دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 98

SUR LA PROPHÉTIE DU PROPHÈTE ISAÏE, QUI A ÉTÉ APPORTÉE PAR MATTHIEU : VOICI MON SERVITEUR, EN QUI MON AME S’EST COMPLUE (Mt 12,18), ET LES AUTRES (PAROLES) QUI (VIENNENT) APRÈS. ET SUR CE QUI A ÉTÉ DIT PAR NOTRE SAUVEUR : TOUT PÉCHÉ ET (TOUT) BLASPHÈME SERONT PARDONNÉS AUX HOMMES, MAIS LE BLASPHÈME QUI (EST) CONTRE L’ESPRIT SAINT NE SERA PAS PARDONNÉ. ET CELUI QUI DIRA UNE PAROLE CONTRE LE FILS DE L’HOMME, IL LUI SERA PARDONNÉ ; MAIS CELUI QUI DIRA UNE (PAROLE) CONTRE L’ESPRIT SAINT, IL NE LUI SERA PAS PARDONNÉ, NI DANS CE SIÈCLE, NI DANS LE (SIÈCLE) À VENIR (Mt 12, 31-32).

Puisqu’en vérité j’ai appris que ce n’est pas avec négligence, mais aussi avec beaucoup de soin que vous entendez le Livre divin, et surtout celui des saints Évangiles, et non seulement avec les oreilles du corps, mais encore avec celles du cœur, afin de ne pas recevoir sans examen l’expression extérieure des paroles mêmes, mais afin de rechercher également l’intelligence qui y est placée — car l’enseignement de l’Esprit connaît ceux qui entendent ainsi et il cherche les oreilles qui sont telles et en fait l’éloge, en disant : Le cœur des hommes sensés possède le sentiment, (et) les oreilles des sages cherchent les pensées (Pr 18, 15) — je veux maintenant exposer en public ce qui jadis a été l’objet de doutes pour quelques-uns à la suite de la lecture et m’a été adressé sous forme d’interrogation et qui vous fait être très fins pour entendre les paroles divines. Il est bon, en effet, que le profit qui (vient) de là soit aussi commun à ceux qui ont part à un seul pain et à un seul calice, parce qu’en vérité, nous qui appartenons au Christ, nous sommes tous également un seul corps (cf. 1 Co 10, 16-17).

Il faut donc dire quelles étaient les (paroles) qui étaient l’objet de ces doutes. Matthieu a dit dans ce qui a été lu alors : Et des foules nombreuses s’attachèrent après (Jésus). Et il guérit tous (les malades) et il les réprimanda, pour lui, qu’ils ne le fissent pas connaître, afin que s’accomplit ce qui a été dit par l’intermédiaire d’Isaïe, le prophète, qui dit : Voici mon serviteur, en qui je me suis complu, mon bien-aimé, en qui mon âme s’est complue. Je mettrai mon Esprit sur lui et il fera connaître le jugement aux nations. Il ne contestera pas et ne criera pas, et personne n’entendra sa voix sur les places. Il ne brisera pas le roseau fragile, et il n’éteindra pas la mèche de lin qui s’élève dans la flamme, jusqu’à ce qu’il fasse sortir le jugement pour la victoire. Et les nations espéreront en lu (Mt 12,1 5-21).

Et que d’une part cette (parole) : Voici mon serviteur, en qui je me suis complu, c’est-à-dire : « Que j’ai choisi », comme si elle était dite au Fils au nom de Dieu et Père, et cette (parole) : En qui mon âme s’est complue, et cette (parole) : Je mettrai mon Esprit sur lui (Mt 12,18), soient des paroles qui conviennent à l’économie et aux manières humbles de l’inhumanation, qu’en vérité le Verbe unique a volontairement prises sur lui, lorsqu’il s’est fait les prémices de tout le genre humain, (prémices) pures et dans lesquelles il n’y a de trace de péché, lorsque, à cause de nous qui avions été rejetés et (qui) n’avions pas été trouvés être beaux, il a été choisi, lorsque, à cause de ceux qui avaient été haïs, la complaisance s’est produite pour lui et qu’il a été aimé et lorsque, à cause de ceux qui étaient vides de l’Esprit, il a reçu l’Esprit comme homme, lui qui en vérité le possédait par essence comme Dieu, c’est clair. Car c’est lui qui encore dans le prophète Isaïe a fait connaître cela clairement, en disant : L’Esprit du Seigneur (est) sur moi, parce que le Seigneur m’a oint (Is 61, 1). Est-ce que ce n’est pas pour tout homme que ce qui est dit est clair et connu ? N’est-ce pas comme un éclair lumineux brille le sens des paroles ? « L’Esprit, dit-il, qui est en moi comme Dieu, a existé sur moi selon l’économie, parce que j’ai condescendu à me nommer le Christ, en tant que je suis oint pour tout le monde. »

Voici ce qui est digne de recherche : Comment par le prophète Dieu a-t-il dit de lui cette (parole) : Il ne criera pas (Mt 12, 19), alors que Jean dit clairement : Au dernier jour de la grande fête, Jésus se tenait debout et criait, en disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive (Jn 7, 37) ? (Et) comment a-t-il dit : Sa voix ne sera pas entendue sur les places (Mt 12, 19) alors que manifestement notre Sauveur dit lui-même à ceux qui le saisirent au temps de la passion, où plutôt aux foules — car il ne nous faut en rien sortir des paroles inspirées par Dieu — Chaque jour j’étais assis auprès de vous, en enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas saisi (Mt 26, 55) ? Et il entendait les disciples dire : Notre Maître, les foules te pressent et (te) serrent, et tu dis : Qui est celui qui m’a touché ? (Lc 8, 45) Et c’est dans toutes les villes et dans (tous) les villages qu’il circulait en Galilée en vérité et en Judée, en enseignant dans les synagogues et prêchant l’Évangile du royaume (Mt 4, 23 ; 9, 35), en sorte que sa renommée aussi passât dans toute la Syrie (Mt 4, 24), ainsi qu’il est écrit. Comment donc, selon la parole du prophète, personne n’a-t-il entendu sa voix sur les places ? (Et) comment d’autre part n’a-t-il pas brisé le roseau fragile, lui qui, par la parole seulement, a aussi montré que le figuier était sec ? Comment cela s’accorde-t-il avec la prophétie ?

Considère, si tu veux, l’intelligence, et tu verras l’accord capital des paroles de l’Esprit. En effet, cette (parole) : Il ne criera pas, ne doit pas passer pour être dite du cri de la Loi et de l’enseignement — (et) parfois c’est aussi d’une manière digne de Dieu qu’il est dit qu’en vérité Jésus paraît avoir crié, c’est-à-dire s’être écrié, souvent — mais du cri qui est incriminé, (à savoir) de celui qui est la production de l’aigreur et de la contestation et est étranger à toute douceur. C’est pourquoi, en effet, l’Évangéliste, en expliquant la pensée prophétique elle-même, a placé en premier lieu cette (parole) : Il ne contestera pas, et c’est ainsi qu’il a apporté après elle cette (parole) : Il ne criera pas (Mt 12, 19), en montrant que c’est le cri qui vient de la contestation que notre Sauveur n’a pas crié ; et (cela), quoique la parole soit présentée chez Isaïe d’une manière différente et d’une manière obscure. D’abord, en effet, il y a chez elle cette (parole) : Il ne criera pas ; et, au lieu de cette (parole) : Il ne contestera pas, il se trouve : Et il ne se calmera pas (Is 42, 2), c’est-à-dire : « Il ne s’arrêtera pas de crier ». Car tels sont ceux qui crient par suite de la contestation et de la discussion, qu’ils ne s’arrêtent pas ou ne font pas de concession et qu’ils ne renoncent pas non plus au cri, mais qu’ils poussent des clameurs sans ordre, sans arrêt, inutilement et en l’air. C’est au sujet d’un cri de ce genre que l’Apôtre, écrivant aux Éphésiens, disait : Que toute aigreur, (toute) fureur, (toute) colère, (tout) cri et (tout) blasphème disparaissent du milieu de vous, avec toute la méchanceté (Ep 4, 31) ! C’est ce cri que produisaient également les Sodomiens, et le Dieu de l’univers disait à leur sujet : Le cri de Sodome et de Gomorrhe est monté en grandissant jusqu’à moi et leurs péchés sont très grands (Gn 18, 20). (Et) il accusait aussi Israël par le prophète Isaïe, en disant : J’ai attendu qu’il fasse le jugement, et il a fait l’iniquité et non la justice, mais le cri (Is 5, 7). Comment donc devait-il pousser le cri qui n’est pas un objet d’éloge, mais qui sort de la contestation et de l’aigreur, celui qui disait à ses disciples : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11, 29) ; et qui disait avec douceur aux Juifs, lesquels voulaient le mettre à mort et étaient furieux comme des bêtes sauvages : Pourquoi cherchez-vous à me mettre à mort (Jn 7, 20) ? et encore : (Et) maintenant vous cherchez à me mettre à mort, l’homme (que je suis), qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu (Jn 8, 40) ; et qui répondait au serviteur du grand prêtre, lequel l’avait frappé sur sa joue d’une manière déshonorante : Si d’une part j’ai mal parlé,  témoigne au sujet du mal ; si d’autre part j’ai bien (parlé), pourquoi me frappes-tu ? (Jn 18, 23)

 De même donc qu’il n’a pas poussé le cri qui est incriminé, de même il n’a pas non plus enseigné sur les grandes places et sur les places, en étant à l’affût de la vaine gloire, mais dans le temple et dans les synagogues, où c’est le lieu de l’enseignement. (Et) il semble qu’il donnait la plus grande partie de (son) enseignement dans les lieux déserts, sur la montagne et au bord du lac, et (il ne paraît) nulle part qu’(il le donnait) sur la place. (Et) que le nom de πλατεῖα, c’est-à-dire place, ait la signification de la vaine gloire, notre Sauveur lui-même en témoigne, lorsqu’il disait au sujet des Pharisiens hypocrites : Ils aiment à prier en se tenant debout dans les assemblées et aux angles des places, afin d’être vus par les hommes (Mt 6, 5). Car ce nom d’assemblée est apparenté à πλατεῖα, c’est-à-dire place. Il émet un blâme, en montrant l’ostentation et la parade en public. De même en vérité que cette (parole) d’une part : Il ne contestera pas et il ne criera pas (Mt 12, 19), signifie donc la douceur et la paix, (de même) cette (parole) d’autre part : Personne n’entendra sa voix sur les places (Mt 12, 19), (indique) qu’il n’avait pas l’amour de la gloire, l’ostentation, l’orgueil et la licence qui (vient) de la vaine gloire. Et si par hasard, encore en ce qui concerne les Pharisiens, il s’est laissé aller contre eux à des réprimandes, c’est-à-dire à des reproches, ce n’est pas là une négation de la douceur. Car il nous faut, à certains temps et en certains lieux, aussi nous éveiller et nous dresser sévèrement contre la méchanceté et ne pas supporter d’une manière paisible, ou plutôt d’une manière insensible par hasard, ceux qui ont besoin d’une réprimande qui corrige.

Cette (parole) : Sa voix ne sera pas entendue sur les places (Is 42, 2), a également un autre sens élevé. Car c’est en paraboles, en silence n’importe comment et en secret, que, comme quelque chose de précieux, il exposait la parole de l’enseignement, afin que les choses saintes ne fussent pas données aux chiens et que les perles ne fussent pas jetées aux porcs (cf. Mt 7, 6). Car ce sont là ceux qui demeurent sur les places. C’est pourquoi, à ses disciples aussi qui l’interrogeaient : Pourquoi est-ce en paraboles que tu parles à ceux qui (font partie) de la foule ? Il disait : Α vous il a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, (et) à ceux-là (cela) n’a pas été donné (Mt 13, 10-11).

D’autre part, il n’a pas brisé le roseau fragile, (c’est-à-dire) la faiblesse des Juifs ; et il n’a pas éteint la mèche de lin qui s’élève dans la flamme, ou qui fume (cf. Mt 12, 20), (c’est-à-dire) leur fureur, qui d’un côté s’est enflammée contre lui, et d’un autre côté s’est lassée et s’est affaiblie et aussi s’est détruite d’elle-même en même temps qu’elle s’est enflammée. Car telle est la mèche de lin, qui est consumée en même temps qu’elle s’enflamme et est la nourriture de la fumée surtout, et non du feu. Une telle fureur, qui n’a pas besoin de quelqu’un qui l’éteigne, notre Sauveur ne l’a donc pas éteinte, afin que, alors qu’elle combat contre la vérité, il montrât juste celui qui pouvait l’éteindre et l’a supportée et qu’il rendit coupables de jugement ceux qui étaient en fureur à tort et ne se corrigèrent pas. Car c’est là cette (parole) : Il n’éteindra pas la mèche de lin qui fume, mais il fera sortir le Jugement pour la vérité (Is 42, 3), ce qu’en vérité l’Évangéliste a omis, tandis que cela se trouvait dans la prophétie.

Cette même prophétie, qui (est) relative à la mèche de lin qui fume et n’a pas été éteinte et (qui) signifie la fureur juive, dit encore une autre chose, en montrant la patience de celui qui (l’)a supportée. Elle brûlera, sans subir de dommage, jusqu’à ce qu’il mette le jugement sur la terre et que les nations espèrent en son nom. Qu’est cela ? C’est le propre de la mèche de lin de s’enflammer tout d’un coup et de briller à la fois et d’être consumée, ainsi qu’en peu de temps. Or la fureur des Juifs, le Christ ne l’a pas éteinte ; mais, lorsqu’elle eut brûlé, se fût enflammée et se fût allumée contre lui souvent, il ne l’a pas encore laissée faire défaut et se perdre, jusqu’à ce que, après que la croix qu’il a endurée volontairement selon la chair eut été plantée et que la résurrection eut suivi, il la fit venir, c’est-à-dire la fit sortir, pour la victoire et qu’il lui fit accomplir son jugement, (lui) qui a été jugé chez les Juifs, lorsque Pilate jugeait, et (lui) qui a jugé le Calomniateur, lorsqu’il venait à la passion pour notre salut et disait : Le prince de ce monde est jugé (Jn 16, 11) ; et encore : Maintenant, c’est le jugement de ce monde ; maintenant, le prince de ce monde sortira de terre dehors ; et moi, lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi (Jn 12, 31-32). Les nations, en effet, ont espéré en son nom, après qu’il eut fait sortir le jugement pour la victoire.

Vois-tu comment ces (paroles) de prophétie se trouvent être d’accord avec les Évangiles ? Et ce n’est pas hors de propos qu’on rattache à ces mêmes (paroles) également ce qui est chanté par David, (à savoir) cette (parole) : Afin que tu sois justifié dans tes paroles et que tu vainques lorsque tu es jugé (Ps 50, 6). Car, en changeant, par rapport à la signification de la pensée, ce qui est dit par : Jusqu’à ce qu’il mette le jugement sur la terre (Is 42, 4), Matthieu a dit : Jusqu’à ce qu’il fasse sortir le jugement pour la victoire (Mt 12, 20). Or le Livre divin a coutume d’appeler victoire la victoire, par exemple : Où est ton aiguillon, mort ? Où est ta victoire, Schéol ? (cf. Os 13, 14) Et : Grâces (soient rendues) à Dieu, qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ (1Co 15, 57) !

Et on peut prendre également selon une pensée simple cette (parole) : Il ne brisera pas le roseau fragile (Mt 12, 20) ; et cette (parole) : On n’entendra pas sa voix sur les places (Mt 12, 19). Au temps de la passion salutaire, en effet, notre Sauveur a reçu un roseau avec douceur de la part de ceux qui le tournaient en dérision ; et il ne l’a pas brisé, comme celui qui supportait difficilement la honte, lorsqu’il se fut appuyé sur lui. Et également Pilate, selon la parole de Jean, amena Jésus dehors et il s’assit sur le tribunal au lieu-dit « pavé avec des pierres », (et) en hébreu Gabbatha (Jn 19, 13). Ce lieu « pavé avec des pierres », est de toute nécessité une πλατεῖα, c’est-à-dire une large place ; et c’est là que, selon la prophétie, comme une brebis, il a été amené pour être immolé et, comme un agneau devant celui qui le tond, il était sans voix (Is 53,7). Et nécessairement personne n’a entendu sa voix sur les places. Le Livre divin a l’habitude de donner au roseau la désignation de « fragile », parce qu’il lui est facile d’être rompu, cassé et près d’être brisé. C’est pourquoi il le prend, ainsi que nous l’avons dit, comme l’exemple de la faiblesse, en disant : Sur le bâton de ce roseau fragile, sur l’Égypte (Is 36, 6).

Cette prophétie, que nous avons discutée présentement, Matthieu l’a citée, parce que, avant elle, il avait dit que Jésus avait guéri un homme qui avait la main sèche (cf. Mt 12, 10) ; et il a continué ensuite : Les Pharisiens, lorsqu’ils furent sortis, avaient tenu conseil comment ils le feraient périr. Et Jésus, l’ayant su, partit de là. Et des foules nombreuses s’attachèrent après lui. Et il guérit (les malades) et il les réprimanda, pour qu’ils ne le fissent pas connaître (Mt 12, 14-16).

Parce que donc Notre-Seigneur Jésus, bien qu’il fût Dieu par nature et la force du Père éternel, s’était ramené à la petitesse, lorsqu’il osait être complaisant pour les offenses des Pharisiens d’une manière paisible — car le même aussi était homme véritablement — et qu’il accomplissait l’économie sans (élever) la voix, bien qu’il pût comme Dieu faire mourir en masse tous ceux qui se dressaient contre lui, comme l’Évangéliste lui-même n’avait pas d’autre exemple de toute cette grandeur de complaisance et de douceur, il cita la prophétie, qui s’est servie du roseau qui est fragile et n’est pas brisé et de la mèche de lin qui s’élève dans la flamme et n’est pas éteinte, afin de montrer que sa patience dépassait, d’une manière sage et conforme à l’économie, d’un pied léger, ce qui était si dur, sans montrer la grandeur de sa propre divinité, comme quelqu’un qui a peur de toucher à la mèche de lin qui fume et est éteinte immédiatement, ou de s’appuyer sur le roseau fragile, ou de faire venir une parole sur sa bouche, pour être entendu par quelqu’un de ceux qui sont au dehors. Car il semble que tout cela ait été dit comme par un exemple, en montrant la douceur et la paix de celui qui gouvernait.

Il faut qu’également ce qui a été demandé, parmi ce qui a été lu par la suite, soit discuté, en plus de ce qui est dit, et qu’il reçoive la solution qui convient : c’est ce qui est dit par notre Sauveur : Tout péché et (tout) blasphème seront pardonnés aux hommes ; mais le blasphème de l’Esprit ne leur sera pas pardonné (Mt 12, 31). Est-ce que, en effet, si quelqu’un blasphème contre le Père ou contre le Fils, en disant que les choses qui existent sont αὐτóματα, c’est-à-dire par elles-mêmes, et non créées, et qu’elles ne sont pas menées par la Providence qui régit l’univers, ou bien (si) celui qui professe que Dieu d’une part existe, (et) qu’il supprime d’autre part l’existence, c’est-à-dire l’hypostase, du Fils, et qu’il accepte de dire qu’il n’existe pas du tout, est-ce que celui qui est tel passera pour proférer des blasphèmes tolérables et qui sont dignes de pardon ; et (cela), quoique la Trinité sainte soit égale en honneur et d’une seule essence, d’une (seule) royauté et d’une (seule) gloire ? Mais, ce qui est dit d’une manière indéterminée et générale, notre Sauveur l’a restreint dans une définition propre, par ce qu’il a amené ensuite. En effet, lorsqu’il eut dit d’une manière simple et libre : Tout péché et (tout) blasphème seront pardonnés aux hommes ; mais le blasphème de l’Esprit ne sera pas pardonné aux hommes (Mt 12, 31), il a continué ensuite :  Et celui qui dira une parole contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais celui qui dira une (parole) contre l’Esprit saint, il ne lui sera pas pardonné, ni dans ce siècle, ni dans le (siècle) à venir (Mt 12, 32), de telle sorte donc que ce qui se conclut est ceci, quand, par voie de conséquence, la phrase est lue tout entière, et non pas partiellement avec une coupure : « Tout péché et (tout) blasphème qu’on blasphème et qu’on pèche contre le Fils de l’homme sera pardonné aux hommes ; mais celui qui (est) contre l’Esprit ne sera pas pardonné. »

En effet, ce fut après qu’un signe divin et admirable eut lieu de la part du Christ, par l’intermédiaire de l’Esprit saint, qui était en lui par essence et des dons de qui il est lui-même le donateur pour les autres, que, tandis qu’il fallait faire un éloge, ces (paroles) de blasphème se produisaient. Car c’était un homme, qui était en même temps aveugle, sourd et possédé du démon et qui combattait avec trois souffrances et, en plus des deux sens principaux, manquait également de l’opération de l’intelligence — car tels sont ceux qui sont possédés par la folie qui (vient) du démon — qu’il a guéri d’une manière digne de Dieu et en même temps d’une manière charitable, afin en vérité que cet (homme) sourd et aveugle et parlât et vit. Et la race des Juifs, qui combat contre Dieu et qui est prête pour le blasphème, disait : C’est par Béelzébub, prince des démons, qu’il chasse démons (cf. Mt 12, 24). Or il faut prendre garde et considérer qu’ici le Livre sacré appelle « sourd » celui qui ne pouvait pas parler. Lors donc que notre Sauveur rapportait sa parole à ce blasphème par manière de reproche et qu’il a montré par beaucoup (d’actions) et qu’il a dit en propres termes que Satan ne chasse pas Satan et que, lui-même, c’est par l’Esprit de Dieu qu’il chasse les démons, il s’est alors servi des paroles qui sont citées précédemment, en disant : Tout blasphème qui est contre le Fils de l’homme sera pardonné ; mais celui qui (est) contre l’Esprit saint ne sera pas pardonné (Mt 12, 31).

 Qu’est cela ? Comme les Juifs étaient aveugles sous le rapport de la condition vile et humble (prise) à cause de nous de l’inhumanation du Verbe Dieu et notre Sauveur, que, comme s’ils marchaient dans les ténèbres, ils se heurtaient (contre elle), qu’elle était pour eux la pierre angulaire, choisie et précieuse (Is 28, 16), ainsi que la prophétie a proclamé d’avance, un rocher de scandale et une pierre d’achoppement (Is 8, 14), qu’ils ne s’imaginaient nullement l’existence qui (est) avant les siècles, la génération incorporelle qui (est) du Père, l’égalité et l’immutabilité qui est en quoi que ce soit par rapport à celui qui l’a engendré, mais qu’ils avaient une opinion qui se traîne sur la terre, ils disaient : N’est-ce pas celui-là qui est fils du charpentier ? N’est-ce pas Marie qui est dite sa mère (Mt 13, 55) ? et encore : Tu es un Samaritain, et tu as un démon (Jn 8, 48) ; et encore : Ce n’est pas pour de bonnes œuvres que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que, alors que tu es homme, tu te fais Dieu toi-même (Jn 10, 33).

C’est cela donc, tout ce qu’ils disaient en blasphémant ainsi que contre le Fils de l’homme, lorsqu’ils étaient scandalisés par l’économie selon la chair, ainsi que je l’ai dit, que Notre-Seigneur dit qu’il leur sera pardonné, alors qu’ils ont pour excuse l’ignorance du mystère, son abaissement et son humilité qu’(il présente) en tant qu’homme. C’est pourquoi, en effet, il a dit : Il sera pardonné aux hommes (Cf Mt 12,31), et non pas : « À vous », lorsque, pour ainsi dire, il disait : « C’est ainsi qu’à des hommes qui ne connaissent pas la profondeur de l’économie que je donne le pardon. »

Mais les injures qu’ils proféraient, en blasphémant, contre les signes divins et contre les miracles admirables qu’il accomplissait et opérait par l’Esprit qui était en lui et qui est de la même essence, lorsque, comme je l’ai dit, ils lui disaient : C’est par Béelzébub qu’il chasse les démons (cf. Mt 12, 24), celles-là, en tant qu’elles regardent le blasphème qui (est) contre l’Esprit saint, qu’elles avaient par suite des faits mêmes ce qui convient à Dieu et qu’elles ne leur laissent pas de place à une excuse, le Christ dit qu’elles ne leur seront pas pardonnées, parce qu’ils n’avaient là aucun voile d’ignorance. C’est pourquoi, c’est également au sujet de cela qu’il a dit clairement cette (parole) : Il ne sera pas pardonné aux hommes (cf. Mt 12, 31), en leur rapportant les (griefs) de l’accusation. Il leur fallait, en effet, ainsi qu’à des hommes raisonnables, ne pas se comporter d’une manière inintelligente et ne pas blasphémer au sujet de ce qui est si clair et si connu, qui est placé sous les yeux et se voit et qui crie ce qui convient à Dieu. Car, alors que le mot « homme » se trouve dans l’un et l’autre cas, il a fait entrer tantôt le pardon, tantôt l’accusation, en sorte donc en vérité que ce n’est pas à cause de l’injure — car dans un autre endroit ils l’ont appelé et possédé du démon et Samaritain — mais que c’est à cause de leur blasphème qui (est) relatif à des prodiges divins et à cause de leur ignorance qu’a lieu la colère.

(Et) ce blasphème qui (est) contre le Fils de l’homme, lequel est pardonné et est jugé être moindre que le blasphème qui (est) contre l’Esprit saint, c’est jusqu’au temps de la croix qu’il nous faut le comprendre, parce qu’en vérité c’est jusqu’à ce temps-là que le Christ voilait par des paroles et par des actions conformes à l’économie l’élévation de sa divinité. En effet, après la croix et la résurrection d’entre les morts, lorsqu’il n’est plus connu selon la chair, c’est-à-dire lorsqu’il ne vient plus par des actions ou des paroles humbles et humaines, après qu’une fois l’économie eut pris fin, comme dit l’Apôtre : (Et) si nous avons aussi connu le Christ selon la chair, mais maintenant nous ne le connaissons plus (2 Co 5, 16), (alors) il ne donnera aucun prétexte de pardon à ceux qui blasphèment contre lui. Alors, en effet, alors, on ne blasphème plus désormais ainsi que contre le Fils de l’homme, qui a parfait et passé les conditions de l’anéantissement, est monté dans la hauteur, en étant même incarné, et est assis avec le Père à (sa) droite, quoique d’une manière incorporelle en vérité il remplît et remplisse l’univers et qu’il fût et soit tout entier d’une manière incompréhensible au-dessus de tout. C’est pourquoi, en effet, il a dit : Celui qui dira une parole contre le Fils de l’homme (Mt 12, 32). Pour celui qui blasphème contre lui après la fin de l’économie, de même que pour celui qui a été furieux contre l’Esprit saint et l’a injurié et qui a péché au-delà du pardon, il n’y aura donc aucun pardon de péché.

Nous disons cela, si quelqu’un est resté dans le blasphème lui-même jusqu’à la fin de sa vie et est ainsi parti de la vie. Car, s’il est parvenu à se repentir, quand les jours de cette vie lui étaient donnés abondamment, il est clair et certain que le repentir même l’emporte sur tout péché, alors qu’il est certain qu’il donne le pardon à ceux qui se repentent vraiment comme il convient. Il faut donc que, ainsi que dans un exemple réel, afin que ce qui a été dit devienne plus clair, nous supposions que deux hommes aient blasphémé en ce temps-là. L’un d’une part s’est heurté à la chair et il a dit, s’il arrive, à Jésus : Toi, alors que tu es homme, tu te fais Dieu toi-même (Jn 10, 33) ; l’autre d’autre part, excité jusqu’au blasphème contre les signes divins qui s’accomplissaient par l’Esprit saint, a dit : C’est par Béelzébub, prince des démons, qu’il chasse les démons (Mt 12, 24). Et (tous) les deux, ils ont été conduits par des péchés graves dans la voie qui (mène) à la mort. Ici à celui-là d’un côté, comme à celui qui a blasphémé contre le Fils de l’homme, il sera pardonné ; (là) celui-ci d’un autre côté, comme celui qui a fait une faute et a péché contre l’Esprit saint, sera condamné, lorsque nécessairement il n’aura pas obtenu le pardon dans ce siècle, s’il arrive, ni dans le (siècle) à venir.

(Et) quelques-uns disent que c’est aussi par manière de prophétie que Notre-Seigneur a dit ceci : Le blasphème qui (est) contre l’Esprit saint ne sera pas pardonné (Mt 12, 31). « Il savait d’avance, en effet, disent-ils, que quelques-uns d’entre les hérétiques athées, dont l’impie Macédonius a été le chef d’armée, devaient faire descendre l’Esprit saint de la gloire en vérité et de la divinité laquelle a le même honneur (et se trouve) chez le Père et le Fils, parce que notre Sauveur lui-même a dit dans les Évangiles au sujet du Paraclet : Il ne parlera pas de lui-même ; mais, tout ce qu’il entendra, il (le) dira (Jn 16, 13) ; et : Celui-ci me glorifiera, et il recevra de ce qui m’appartient (Jn16, 14). C’est pourquoi, disent-ils, il s’est volontairement servi de cette parole sévère, il s’est fait lui-même petit avec soin et il a dit que le blasphème qui (est) contre l’Esprit saint est plus grand que celui qui (est) contre lui, en interdisant d’avance aux hérétiques d’ouvrir leur bouche blasphématrice contre l’Esprit, comme contre celui (qui serait) plus petit et ne (serait) pas de la même essence que le Père et le Fils. »

(Et) il y a celui qui donnera à ce même passage encore une troisième explication, ainsi que dans un sens plus élevé. En effet, l’inhumanation de notre Sauveur occupe la place des doctrines qui forment une introduction, c’est-à-dire qui commencent. (Et) ce sont des doctrines qui forment une introduction que celles que les docteurs livrent par manière de catéchèse peu à peu, en vue de la science qui se rapporte à Dieu, à ceux qui maintenant débutent dans la religion et sont conduits ainsi que par les στοιχεῖα, c’est-à-dire les premiers signes. En effet, la science qui est relative à la Trinité sainte était également inaccessible pour les hommes et intangible. Mais cet un de la Trinité, le Verbe de Dieu, après qu’il s’est incarné sans changement, s’est fait homme et s’est humilié lui-même volontairement, nous a présenté la science qui se rapporte à lui-même, et au Père, et à l’Esprit saint, lorsqu’il a balbutié avec nous, comme avec des enfants, du fait de sa ressemblance avec nous, et parce qu’il a participé à la même essence que nous à l’exception du péché et qu’il s’est fait homme véritablement. C’est pourquoi, en effet, il se nommait lui-même la porte (Jn10, 9) et la voie (Jn14, 6), en montrant que, lui, il est devenu l’entrée et le commencement de la pensée qui (est) relative à la Trinité et de la science de Dieu qui (s’étend) à toute chose.

Si donc quelqu’un lorsqu’il a goûté maintenant aux doctrines de la religion et lorsqu’il est encore devant le vestibule de la science, pour ainsi dire, a péché et est déchu de ce qui convient, comme à celui qui a péché contre l’inhumanation et a blasphémé contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné et il aura un pardon. Mais, si quelqu’un, après qu’il a persévéré longtemps, qu’il a été exercé dans les disciplines de la sagesse divine et qu’il a obtenu, par le progrès des vertus et par la contemplation, les dons spirituels, qui sont énumérés par l’Apôtre Paul, par exemple la parole de la science, de la prophétie, des guérisons et de l’opération des miracles (cf. 1 Co 12, 8-10), s’égare loin de la vérité et déchoit, celui qui est tel n’aura désormais aucun pardon, comme celui qui a blasphémé contre l’Esprit Saint.

(Et) cela, ainsi que je l’ai dit précédemment, si c’est avant un repentir digne de ce nom qu’est emporté celui qui a péché. Car à l’intérieur de ce (repentir) tout est renfermé et il n’y a absolument rien qui échappe à ce remède. Cependant, pour ces péchés énormes, la guérison elle-même est difficile, douloureuse et très pénible et elle a besoin de nombreuses larmes, de fatigues et de peines.

(Et) que personne, parce que Notre-Seigneur a dit que (ces blasphèmes) ne seront pas pardonnés, ni dans ce siècle, ni dans le (siècle) à venir, ne trompe et ne soit trompé et, en distinguant, ne s’imagine au contraire que, parmi les péchés, il y en a quelques-uns qui d’une part ne sont pas pardonnés dans ce siècle, (et) d’autre part sont pardonnés dans le (siècle) à venir. En effet, il est clairement connu que cette (parole) : Ni dans le (siècle) à venir (Mt 12, 32), relève non pas de la distinction contraire, mais de l’extension dans le temps. Car, comme il voulait faire peur, il a ajouté ce qui est reconnu comme vrai. En effet, il est certain que ce qui n’est pas par- donné dans ce siècle ne l’est pas non plus dans le (siècle) à venir. Car souvent nous trouvons que Dieu lui-même allonge, par une sorte de menace, ce qui est sans contestation, pour (faire) peur, comme (par exemple) où il dit par Moïse : Il n’est personne qui délivrera de mes mains (Dt 32, 39). Qui pourra, en effet, lorsqu’il ne veut pas, faire échapper de force de ses mains celui qui est une fois tombé entre ses mains ? C’est donc ainsi qu’il dit, ici aussi, qu’il ne lui sera pas pardonné dans ce siècle. « Et toi, dit-il, tu ne me résisteras pas à cela ; et, en conséquence, pense aussi au siècle à venir et considère où t’envoie le péché, qui n’est pas pardonné dans ce siècle présent. » Il est certain en vérité qu’il t’envoie dans le siècle qui est attendu et au tourment qui est sans fin, où, selon la parole du prophète des Psaumes, il n’existe pas dans la mort celui qui se souvient de lui, ni celui qui le confesse dans le Schéol (Ps 6, 6), dans la demeure de là-bas et au jugement. En effet, parce que, d’une façon générale, nous faisons tous attention à ce qui cause de la tristesse et est plein de travail, à ce qui est dans ce siècle, tandis que܆‎nous ne faisons absolument aucun cas du siècle à venir, c’est pour cela que Notre-Seigneur, lorsqu’il eut dit : Le blasphème qui (est) contre l’Esprit saint n’est pas pardonné dans ce siècle, a ajouté ce qui est reconnu (comme vrai), pour faire peur : Ni dans le siècle à venir (Mt 12, 31-32) ; ce qui en vérité serait certain, même s’il n’avait pas été dit.

Ayons donc peur, nous aussi, d’oublier que nous commettons de gros péchés, lorsque par suite de beaucoup de négligence nous faisons peu de cas des petits péchés et, comme dit Paul, lorsque nous contristons l’Esprit saint de Dieu, par lequel nous avons été scellés pour le jour du salut (Ep 4, 30). Mais, à chaque heure, pour ainsi dire, inspectons-nous, en considérant avec soin si c’est par les œuvres que le Christ est en nous. Car c’est une chose terrible, ainsi que nous entendons le Livre divin (le) dire, que de tomber entre les mains du Dieu vivant (He 10, 31) et d’être envoyés dans le siècle à venir et au feu qui ne s’éteint pas. Puisse-t-il arriver que nous en soyons tous délivrés et que nous obtenions le royaume des cieux, par la grâce et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, avec qui la gloire et la puissance siéent au Père avec le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !

Scroll to Top