SUR THÈCLE, LA PREMIÈRE DES MARTYRES
Lorsque j’entends David, dans un esprit prophétique, symboliser et figurer d’avance l’Église, adresser la parole elle-même à son chef, qui est le Christ, et dire : La reine s’est tenue à ta droite, revêtue d’un habit d’or et offrant un aspect varié (Ps 44, 10), aussitôt (et) sur l’heure, je suis conduit dans mon intelligence vers la vaillante martyre Thècle, et je la vois (comme) une colonne animée, qui par les faits mêmes donne à lire en elle-même ces paroles de la prophétie, comme dans des écrits, parce que c’était aussi de toute l’Église qu’elle possédait les vertus, lorsqu’elle les a reçues (toutes) à la fois.
(Et) l’Église est l’assemblée, c’est-à-dire la réunion, de ceux qui ont cru dans le Christ, laquelle se compose de chacun d’eux, ainsi que de (ses) membres, et forme un seul corps, beau, magnifique, immensément grand, qui (est) façonné et arrangé par le baptême divin et par les commandements évangéliques, pour (occuper) la première place (au point de vue) de la beauté, selon qu’en vérité Paul aussi, écrivant avec le prophète David, dit à son sujet : Le Christ a aimé son Église et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, en la purifiant par le bain de l’eau selon la parole, pour qu’il se présentât à lui-même l’Église glorieuse, sans qu’il y ait en elle de tache ou ride ou rien de ce qui est semblable, mais (pour qu’)elle soit sainte et immaculée (Ep 5, 25-27).
As-tu vu l’accord des paroles et des mots ? La reine s’est tenue à ta droite, a crié David. Afin qu’il se présentât à lui-même l’Église glorieuse, a crié Paul vers lui, (et), pour que je dise ce qui est plus propre, crierai-je avec lui. (Et) cette (parole) : Elle s’est tenue près de toi, montre la promptitude et l’allégresse de l’Église en ce qui concerne la foi. En effet, c’est d’une manière prompte qu’elle était présente de son propre mouvement sous le rapport de la vocation. Car qu’y a-t-il qui soit plus prompt que d’une part le Christ dise à ceux de la famille de Pierre : Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes (Mt 4, 19) ; et que d’autre part ceux-là laissent, avec les poissons, également les filets et qu’ils le suivent, et que de la même manière, avec l’appel, les fils de Zébédée laissent la barque et leur père ? J’omets, en effet, de dire que Matthieu, alors qu’il était assis auprès de son τελώνιον, ou bureau d’impôt, et (qu’) il était à l’affût de ruses et de profits un peu forcés ou d’impôts, lorsqu’il eut entendu : Viens après moi (Mt 9, 9), oublia également, pour parler brièvement, qu’il était publicain.
(Et) on verra, aussi à l’occasion de l’enseignement des Apôtres, qu’il y a des choses plus grandes que celles-là, (à savoir) celles qui se sont produites au nom de Jésus-Christ de Nazareth. Pierre parlait en Judée, après la résurrection du Christ d’entre les morts, à ceux qui l’avaient crucifié, alors que la passion était encore récente ; c’est (au nombre de) trois mille et encore (au nombre de) cinq mille que ceux qui l’entendaient croyaient en même temps. Paul s’adressait au peuple à Athènes, et il attirait à lui les Aréopagites, ces juges sévères et difficiles à changer et il n’y avait rien qui fût plus dur et plus fort qu’eux dans les jugements, (lui) qui, en volant comme un oiseau, prenait en masse également les villes et les nations par la parole de la foi, (ainsi que par un filet).
Lorsque l’Église se fut rassemblée par-là, elle s’est tenue auprès du roi, (comme) un filet qui est excessivement prompt, ou plutôt la λέξις, c’est-à-dire l’expression : Elle s’est tenue, montre qu’il n’est pas prompt seulement, mais encore qu’il est parfait et complet. Car nous avons l’habitude de dire : « Un fait s’est tenu », « Un sens s’est tenu », c’est-à-dire a été accompli et est venu à la fin qui convient, ce qui surtout en vérité est confirmé également par la suite qui (vient) après. La reine, est-il dit, s’est tenue à ta droite (Ps 44, 10), parce qu’il appartenait aussi à la reine de se tenir près du roi, à proximité, (elle) qui, par rapport à quoi que ce soit, ne souffre aucun manque. En effet, une fois qu’elle eut cessé de prendre conseil des dieux menteurs et des passions déshonorantes et qu’elle eut changé et pris une vie nouvelle et pure, en place de la conduite ancienne et souillée, elle s’est tenue parfaite, lorsqu’elle a été associée au roi et pour l’honneur et pour le nom, qu’elle est entrée avec lui dans la chambre à coucher à la façon d’une épouse, qu’elle dit par l’intermédiaire du Cantique des Cantiques : Le roi m’a fait entrer dans sa chambre (Ct 1, 3), qu’elle est reconnue par le roi et quelle entend à son tour : Une est ma colombe, une est ma parfaite colombe (Ct 5, 2), d’un côté, comme celle qui tout entière est spirituelle — car c’est d’une manière significative que l’esprit se reconnaît sous l’aspect de la colombe — parfaite, d’un autre côté, parce qu’elle se trouve revêtue d’un habit d’or et offre un aspect varié (Ps 44, 10), ce qu’a dit David. En effet, d’une part, c’est à cause du cortège très divers des vertus, de la justice, de la vaillance, de la chasteté, de la sagesse et des vertus qui se divisent au-dessous de celles-là, que la robe offre un aspect varié, et, d’autre part, sous le rapport de la beauté, elle est encore uniforme, présente une seule couleur et est parfaite. Car elle est aussi tout entière en or, lorsqu’elle est parfaite sous le rapport de la familiarité avec Dieu, à laquelle elle prépare ceux qui se sont appliqués aux vertus. Or c’est quelque chose de simple et d’uniforme que la divinité, et aussi la lumière qui par elle se produit dans ceux qui y participent. (Et) ce n’est pas sans peine, ni sans dessein, et n’importe comment, que l’Église s’est élevée jusqu’à une semblable gloire ; mais c’est principalement, lorsqu’elle a prêté son oreille au Christ, comme une fille (le fait) à (son) père et à (son) maître, qu’elle s’y est ainsi attachée comme à (son) roi, et que dès le commencement elle l’a entendu dire : Écoute, ma fille, vois et prête ton oreille, et oublie ton peuple et la maison de ton père, et le roi désirera ta beauté (Ps 44, 11).
Quelqu’un me dira peut-être, en entendant ces (paroles) : « Tu as oublié, ô celui-là, que tu nous écris un éloge de l’Église, et non pas de Thècle ». Mais, qu’il écoute, à la fois comme il convient et véritablement ! Attends, ô bon, afin d’apprendre la beauté de l’image originale, que la parole te trace, ainsi que sur un tableau, et alors tu sauras avec évidence que la martyre dont elle a peint l’image a ressemblé exactement à toute (cette) belle apparence. Cependant, parce que, étant un auditeur fiévreux, tu n’accordes aucun pouvoir à la parole elle-même, (et) que tu nous poursuis relativement à ce qui précède, en frappant, pour ainsi dire, même avec un fouet, en arrêtant l’élan et en interrompant la course elle-même, examine à l’occasion de Thècle ce qui été dit par moi et tu verras d’une façon simple que c’est par la personne de l’Église et par ce qui a été dit à son sujet que la martyre est gravée et figurée d’avance. Pourquoi, en effet ?
Il y avait Paul, qui enseignait à Iconium, dans la ville qui possède la première place de l’éparchie des Lycaoniens, ou plutôt il y avait le Christ qui parlait en lui. Et Thècle, qui par la race et par la richesse occupait la première situation de la ville, (qui) cachait sous la beauté du corps la gloire qui (vient) de ces (avantages) et (qui) possédait pour l’heure, sans qu’on l’en puisse dépouiller, ces biens qui sont d’une proie si facile, était assise en cachette au bord d’une fenêtre placée au-dessus d’une maison, alors qu’elle voyait le docteur lui-même par l’ouïe plutôt que par la vue. Et sur l’heure elle accomplissait l’image de l’Église, qui a été prédite par le prophète David. Elle a écouté docilement, comme une fille, elle a prêté l’oreille, elle a oublié son peuple et la maison de son père, elle est devenue chère au roi et elle s’est tenue et près de lui à sa droite, en étant revêtue des habits des vertus et en offrant un aspect varié. En effet, lorsque, par suite des paroles de la vie future et du royaume des cieux, elle eut goûté du bout des lèvres seulement ce qui en vérité est dit, (à savoir) que, plus que tous les hommes, les âmes chastes et pures entrent en même temps que l’époux, en allumant d’une façon brillante les lampes de la pureté avec l’huile, elle a aimé également la virginité, et c’est en place de tout qu’elle l’a reçue en échange.
Et de là (il suit) que sa mère était folle, alors qu’elle était remplie d’admiration pour la tente de ce monde, qu’elle était fascinée et clouée dans son intelligence par rapport à la chair et qu’elle se représentait le lit nuptial de sa fille, la chambre du mariage, les danses et les orgies des réceptions païennes, les chansons, la procession des couronnes, la mollesse et le plaisir qui (se trouvent) en ces (fêtes), le lit du mariage, la procréation des enfants, la descendance de la race et le soutien de (sa) propre vieillesse. Car les femmes qui aiment les lamentations ont l’habitude de pleurer ce qui est attendu, comme si déjà cela avait été obtenu, et par là de tordre la chaîne très longue des tristesses et des larmes qui (existent) dans les lamentations.
Et, lorsqu’elle se fut lassée à faire changer la jeune fille de son empressement pieux et religieux, elle appelait au secours le fiancé de celle-ci. Thamyris était son nom. Et, lorsqu’il fut venu en courant et qu’il brûlait du feu du désir, il se mit d’une manière flatteuse et d’une manière amoureuse à la fois à bercer par ses chants celle qu’il aimait. Et, comme elle était silencieuse et qu’elle regardait virilement, elle blâmait : la faiblesse et l’agrément des paroles elles-mêmes, en les laissant aller en l’air ; et elle pensait que celui qui parlait avec elle n’était pas présent là, alors qu’en vérité elle était attachée et clouée aux paroles de Paul, qu’elle édifiait à l’aide de celles-là l’homme intérieur, qu’elle s’imaginait les choses futures et qu’elle pensait qu’elle n’était plus dès lors dans un corps. Et Thamyris, épris d’un mauvais amour et vide de persuasion, changea nécessairement l’amour en haine. Car tels sont ceux qui perdent ce qui leur est cher.
Et, lorsqu’il fut venu vers Paul d’une part, avec de grandes forces et avec des engins de guerre, il le conduisit (et) l’amena chez le proconsul, tandis qu’on le traînait. Après qu’il se fut approché du tribunal du prince et qu’il eut parlé de la chasteté et de la foi telles qu’il se trouvait que Paul en parlât, il arrangea (tout) pour qu’il fût mené en prison. Quant à Thècle, d’autre part, qui pendant la nuit était venue se tenir auprès du docteur et du (prisonnier) chargé de chaînes — car elle l’entendit aussi dire : La parole de Dieu n’est pas enchaînée (2 Tm 2, 9) — qui puisait abondamment aux flots de (son) enseignement, qui se répandait sur ses chaînes et qui embrassait ses liens et ses entraves, comme celles qui laissaient échapper la sainteté, il l’entraîna vers le Juge, et non pas elle seule, mais unie en même temps au (prisonnier) chargé de chaînes et à l’Évangéliste. Lorsque celui-là eut flagellé Paul d’un côté, il le chassa : d’un autre côté, il livre Thècle, qui avait appris par les chaînes de son maître à savoir souffrir pour le Christ, à un feu ardent. Car cette peine avait été prononcée contre elle, non pas par celui qui jugeait, mais, avant lui, par la mère (de Thècle) également et aussi par toute la masse de la ville, des hommes en vérité et des femmes, comme contre celle qui rompt le mariage et renverse les lois de la nature.
Quant à elle, lorsqu’elle eut reçu dans son intelligence le Dieu qui s’est incarné de la Vierge et sans changement s’est fait homme — car c’est à celui-là qu’elle avait mis à part et donné (comme) une chose consacrée sa virginité et c’est son signe qu’elle avait tracé en face du feu — elle marcha sur les bois et elle osa monter au-devant de la flamme. Aussitôt un éclair et une tempête, d’une part, parcouraient la terre et l’’ébranlaient ; un nuage, d’autre part, lorsqu’il se fut détaché d’en haut et eut laissé tomber une pluie forte et persistante, qui était mêlée de grêle, éteignit le feu et, parmi ceux qui se tenaient autour du (feu), montra que les uns étaient morts et que les autres prenaient la fuite, (et) il délivra Thècle, pour les incrédules inopinément et pour les fidèles non pas inopinément. Car, lorsqu’il veut, que ne fait pas le Dieu des prodiges ?
Voyez-vous comment la martyre ressembla jusqu’au bout à l’image maternelle, je dis à celle de l’Église, sous le rapport de l’élévation principale ? Sur cette pierre, en effet, dit notre Sauveur, je bâtirai mon Église, et les portes du Schéol ne prévaudront pas contre elle (Mt 16, 18). C’est pourquoi la flamme n’a pas vaincu la vaillante.
Quelqu’un, en s’avançant en public, nous dira : « En quoi la fille a-t-elle été inférieure à l’image maternelle ? Est-ce qu’elle ne s’est pas tenue auprès du roi ? Est-ce que ce n’est pas promptement ? Est-ce que ce n’est pas parfaitement ? Est-ce que ce n’est pas lorsqu’elle est revêtue comme une reine et qu’elle offre un aspect varié, qu’elle est recouverte de tout le vêtement et de (tout) l’ornement des vertus, et lorsque de la sorte elle a passé à travers le feu et a montré que tout ce qui lui appartient est vraiment en or et qu’il a été éprouvé par la flamme et n’est pas faux ? »
Cette ressemblance des filles avec leur mère — beaucoup, en effet, ont envié par la suite la virginité et le martyre de Thècle, même si elles s’arrêtent loin de la ressemblance qui (est) en tout — le divin David la chantait d’avance, en disant : Les vierges seront amenées au roi après elle ; ses compagnes te seront amenées, elles seront amenées dans la joie et dans l’allégresse ; elles seront conduites au temple du roi (Ps 44, 15-16). D’une part, en effet, cette (parole) : Après elle, indique la ressemblance et (fait savoir) qu’elles sont allées après (leur) mère ; car c’est ainsi que le prophète criait également au Dieu de l’univers : Mon âme s’est attachée après toi (Ps 62,9). D’autre part, cette (parole) : Ses proches, montre qu’elles ont été dans la ressemblance la plus proche ; car ce n’est pas différemment qu’elles ont été amenées dans le temple du roi, au sujet duquel de nouveau celui qui chante (les psaumes) a chanté d’une manière prophétique avec cadence : Saint est ton temple, (il est) admirable par la justice (Ps 64, 5-6).
Lorsque Thècle eut été élevée à cet honneur, qu’elle eut enduré le martyre de la flamme et qu’elle eut rendu témoignage au Christ, elle était de nouveau parmi les disciples et elle écoutait l’enseignement de Paul, alors qu’elle voulait être instruite et apprendre qu’il faut souffrir souvent pour l’Emmanuel. En effet, lorsqu’elle eut également coupé ses cheveux à cause du dommage qui (lui venait) de la beauté, elle fait à son esprit viril l’extérieur qui convient. Et elle s’attachait au prédicateur de la vérité, en prêchant en même temps que lui. Et, en effet, comme elle était aussi son disciple, elle possédait la préparation du maître. Que personne ne dise : « Et comment Paul écrivait-il aux Corinthiens : Quant à la femme, je ne lui permets pas d’enseigner (1 Co 14, 34) ? Et (comment) ceux qui ont gouverné les saintes Églises ont-ils ordonné dans un canon : Il ne sera pas loisible à une femme d’avoir les cheveux coupés ni de se couvrir d’un habit d’homme ? » En effet, ces prescriptions légères et qui ont été faites avec soin par certains subsistent jusqu’à ceux-là, alors qu’elles ne deviennent pas une loi pour d’autres. (Et) les législations sont faites d’après la force de celle d’un grand nombre, et ce n’est pas d’après un par hasard ou (d’après) deux qu’elles sont définies et disposées pour tout le monde d’une manière générale. En effet, Thècle d’une part possédait, avant l’extérieur, la force de la réalité ; les autres d’autre part avaient un extérieur qui manquait de la pratique (et) qui devait être tourné en ridicule avec la honte. (Et), après la législation et l’interdiction, même à celles qui peuvent rivaliser avec Thècle, il n’est plus permis de faire cela. Car c’est aux définitions et aux dispositions générales qu’il faut se soumettre, parce qu’également un commandement de la Loi nous ordonne de ne pas déplacer les bornes anciennes qu’ont placées nos pères (Dt 19, 14). Or on les déplace, même si c’est à droite qu’on va en dehors de la Loi.
Cependant, la femme courageuse, et qui respirait comme l’air les combats pour la religion, vint d’une part dans un extérieur d’homme et dans une intention (virile) jusqu’à cette ville d’Antioche ; d’autre part, comme elle était Thècle, elle ne pouvait pas se cacher. Car et ces chasseurs de beauté et ces persécuteurs de religion l’attaquèrent, en l’entraînant ceux-ci d’un côté vers l’impureté, ceux-là d’un autre côté vers l’idolâtrie, les uns (allant) contre les autres. Mais la vierge et martyre était inexpugnable pour eux sous l’un et l’autre rapport.
En effet, comme un certain Alexandre, lui aussi, avait été malade de l’amour inefficace de Thamyris, il devint fou à cause de la beauté de la sainte. Et, lorsqu’il eut échoué et manqué son but, comme le juge avait ordonné que Thècle fût servie en nourriture aux bêtes sauvages — alors qu’il donnait et inventait en ce temps-là des spectacles de ce genre — cet (homme), qui brûlait en même temps des deux passions très opposées, de la mollesse en vérité et de la cruauté, qui était perplexe d’une part par rapport à l’une et à l’autre, et qui pencha d’autre part vers celle de la cruauté, parce qu’en vérité il s’était interdit tout espoir au sujet de ce qui était aimé, rassembla et réunit de partout toute espèce de bêtes sauvages de tout genre. Mais celle qui était prête à tout souffrir parut de nouveau inexpugnable pour toutes (ces bêtes), lorsque, par la prière seule et par l’extension de (ses) mains, elle émoussa leurs dents non apprivoisées, alors qu’elle était couchée, ainsi que parmi des brebis, au milieu de ces (bêtes sauvages) non domptées et non apprivoisées, et (cela) sans crainte.
Qu’ils entendent cela, les païens dont le palais est ouvert tout grand par rapport à la lyre d’Orphée, laquelle (est) légendaire et pleine de futilités et apaise les bêtes sauvages par ses sons, à ce qu’ils disent ! Que les Juifs considèrent comment une seule femme a éteint l’ardeur (du feu), à l’exemple de ces trois jeunes gens, a passé à travers la flamme, sans s’être brûlée, et a paru inexpugnable et terrible, comme Daniel, non seulement pour les lions, mais encore d’une façon générale pour tout genre de bêtes sauvages, et qu’ils confessent à la suite de semblables prodiges qu’un est le Dieu de la Loi et des Évangiles, ou plutôt qu’ils ne soient pas trompés dans des espérances lointaines et vaines, mais que par ce qui est excellent ils comprennent que le Christ est venu et qu’ils n’attendent pas celui qui est oint, celui qui ne doit jamais venir !
En effet, le prophète Isaïe, d’une part, comme il était dans la douleur, s’écriait : Femmes riches, levez-vous et entendez ma voix ; filles, entendez mes paroles avec espérance (Is 32, 9). Et absolument pas une d’entre elles n’a entendu comme il fallait entendre. Thècle, d’autre part, comme elle était riche de tous objets qui paraissent faire le bonheur sur la terre, de la race, et en de de la beauté et de la richesse, est allée au-delà des paroles du prophète. Car elle a entendu, et même sans avoir été appelée, les paroles de Paul, et elle (les) a entendues avec espérance. Et, en échange de cette seule espérance, elle a tout laissé aller, lorsqu’elle a imité le marchand dont (il est question) dans l’Évangile, qui trouva une seule perle de grand prix (Mt 13, 46), ainsi que dit notre Sauveur, et (qui) l’acquit en échange de tout ce qu’il avait.
De même, en effet, qu’Adam, qui a été créé à l’image de Dieu, avant qu’il eût transgressé le commandement, était entouré, comme un roi, par les bêtes sauvages et donnait des noms à toutes, à l’exemple du propriétaire d’un troupeau, de même aussi Thècle, lorsqu’elle eut dépouillé l’homme ancien et purifié (son) intelligence — c’est l’image divine — et qu’elle eut appris de Paul cette (parole) : Si quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature (2 Co 5, 7), et l’eut accomplie, était entourée par une troupe de bêtes sauvages, et ces (bêtes) féroces étaient pour elle apprivoisées.
Et, lorsqu’elle eut passé à travers cela sans dommage, qu’elle eut en même temps combattu dans de nombreux martyres et qu’elle eut été ornée de toutes les couronnes de ce genre, elle partit pour Séleucie d’Isaurie. Et, lorsqu’elle y eut tranquillement achevé sa course et gardé sa foi (cf. Tm 4, 7), son corps d’une part, elle le confia à la terre, (où) il est maintenant caché dans un temple saint et célèbre et opère ce qui est le propre de Thècle, c’est- à-dire des guérisons et des prodiges ; avec son âme d’autre part, elle fit route vers les chœurs des anges et vers les demeures célestes.
(Et) c’est de là qu’elle regarde et visite d’une manière joyeuse et paisible la ville de Séleucie d’un côté, à cause de son corps, et cette ville qui est la nôtre d’un autre côté, à cause de ses combats, parce qu’en vérité c’est dans celle-ci qu’elle les a accomplis, laquelle (ville), j’en suis persuadé, elle aide aussi particulièrement et dont elle prend soin. Car elle a encore, même maintenant, une prédilection pour les combats qui (se livrent) pour la religion, desquels (viennent) des couronnes et la proclamation de triomphes, (et) alors pour ce lieu aussi où elle les a livrés. Car c’est pareillement qu’aux lutteurs qui triomphent, et même après la victoire, est cher le lieu où ils se sont mis sur les rangs.
C’est à cause de cela que nous avons mis à part, que nous avons offert et que nous avons consacré à notre Sauveur le Christ cet oratoire sous le vocable d’Étienne en vérité et sous celui (de Thècle). En effet, celui-là d’une part est aussi, parmi les hommes, le premier des martyrs, (et) celle-là d’autre part est, parmi les femmes, le commencement des martyres, après qu’elle eut confirmé sa désignation et qu’elle fut devenue la gloire de Dieu — car Θέκλα est la « gloire de Dieu », parce qu’en vérité les enfants des poètes donnent à la gloire elle-même le nom de κλέος — afin qu’en cela aussi elle accomplisse le commandement de son docteur Paul, qui dit : Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit (1 Co 6, 20), après qu’elle l’a glorifié doublement, par la virginité en vérité et par le martyre.
Il faut donc que, vous aussi, ô vierges, lorsque vous avez, après la Mère de Dieu, une semblable image de la perfection, (à savoir) la première des martyres, vous regardiez vers elle, que vous imitiez par-là (sa) beauté intellectuelle et que vous peigniez vos âmes avec les couleurs des vertus. Mais, pour vous également qui êtes sous le joug du mariage, Il vous est possible de cueillir sur la même image une vie honnête et chaste, en sorte que, lorsque le nom du Christ est glorifié par vous toutes, vous vous ménagiez la gloire et la grâce qui (viennent) d’en haut. Car celui qui dit : Ceux qui me glorifient, je les glorifierai (cf.1 R 2, 30), ne ment pas. À lui siéent toute gloire et (toute) puissance, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !