AU COMMENCEMENT DE L’HOMÉLIE, ÉLOGE DES AUDITEURS, ET (ENSUITE) DISCUSSION, EXAMEN ET SOLUTION SUR LA DERNIÈRE (PARTIE) DES DOUTES, QUI (SE SONT ÉLEVÉS) AU SUJET DE LA GÉNÉALOGIE ET AU SUJET DE LA GÉNÉRATION SELON LA CHAIR DE NOTRE-SEIGNEUR, NOTRE DIEU ET NOTRE SAUVEUR JÉSUS-CHRIST.
Je sais que vos oreilles sont très bien exercées pour l’audition des dogmes divins et pour la contemplation beaucoup plus profitable que tout, laquelle est apportée dans les Écritures inspirées par Dieu, par le moyen de laquelle se nourrissent les âmes raisonnables, en recherchant et en apprenant la richesse de la sagesse de Dieu et en s’envolant vers le désir de la vie future, dans laquelle il existe une copieuse et abondante jouissance de science et laquelle est telle qu’elle remplit et rassasie aussi la puissance de désir de ceux qui y ont part et qu’elle déborde à cause de sa grandeur et répand à la ressemblance des grandes eaux, qui se répandent (en s’échappant) de la main qui s’efforce de les contenir. Comme aussi David la considérait, il disait à Dieu, qui fait un tel don abondant : Je serai rassasié, lorsque ta gloire m’apparaîtra (Ps 16, 15).
C’est pourquoi, moi-même aussi, je m’éveille d’une manière très prompte pour le service de l’enseignement et c’est avant d’être demandé que je suis empressé et que je viens de ma propre volonté pour verser un argent intellectuel. En effet, lorsqu’un bon enseignement tombe dans des oreilles qui savent bien entendre, il montre qu’il est très brillant et très joyeux. Et le livre sacré des Proverbes a montré l’image de cela, lorsqu’il s’est exprimé ainsi : Dans un pendant d’oreille en or est enchâssée une cornaline de grand prix, (et) dans une oreille qui entend bien (tombe) la parole de la sagesse (Pr 25, 12). Car, de même qu’une pierre précieuse, lorsqu’elle a été sertie dans de l’or, a donné et inversement a reçu un ornement et (qu’)elle a doublé ce qui cause de la joie, attendu que des deux a resplendi une seule beauté magnifique, de même une parole sage, lorsqu’elle sera adaptée à des oreilles intelligentes, parfait une beauté supérieure et au-dessus de laquelle il n’y a (rien) et une belle apparence divine.
Or lorsque, vous-mêmes, vous vous trouvez profiter d’une audition sagace et qui est très savante, à tel point que non seulement vous prépariez des actions de grâces à celui qui parle, mais encore que vous suppléiez à ce qui manque à mes faibles paroles et que vous alliez les premiers au-devant de la pensée, alors que combien de fois elles ne pouvaient pas exprimer jusqu’au bout ce qui était proposé précédemment, c’est plein de confiance que dès lors j’aborde même ce qui n’importe comment est très difficile à expliquer. C’est l’une de ces (questions) que semblait être celle de la généalogie selon la chair de notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, et nous montrerons que les Évangélistes s’accordent entre eux, quoiqu’ils aient mentionné des personnes différentes, et non pas les mêmes, à l’aide desquelles (est fait) l’exposé de la race, ce qui aussi en vérité a clairement été montré resplendir des rayons de la vérité et ne pas être empreint de la persuasion de la controverse.
Lors donc que beaucoup de (questions) ont déjà été examinées précédemment et que celles qui semblaient faire naître des doutes ont reçu une solution, il est bien nécessaire que sur (ce) sujet nous ajoutions encore ce qui manque ; beau, en effet, est ce qui est parfait en tout. Alors il faut commencer, dans l’exposé, par ici.
Lorsque Matthieu a recensé brièvement toute la généalogie, l’a résumée en sommaires, l’a divisée en trois parties et a dit : (Voilà) donc toutes les familles : depuis Abraham jusqu’à David quatorze familles, et depuis David jusqu’à l’exil de Babylone quatorze familles, et depuis l’exil de Babylone jusqu’au Christ quatorze familles (Mt 1, 17), et lorsqu’il a nommé et énuméré la génération de chaque famille, on se demande pourquoi, dans la seconde section, qui s’étend depuis David jusqu’à l’exil de Babylone, nous trouvons d’une part que le nombre de ceux qui sont nommés n’est pas faux — car ils sont dix en plus de quatre — (et) que d’autre part trois personnes sont passées sous silence, quoiqu’elles soient citées dans l’histoire et dans le livre des Rois. C’est Ochozias, Joas et Amasias. Ceux-là en vérité, même lorsque l’Évangéliste les eut passés, il a dit : (Et) Joram a engendré Ozias (Mt 1, 8) alors qu’il fallait dire : «(Et Joram a engendré) Ochozias, Joas et Amasias, et — ainsi ensuite — Ozias. » Quelle est donc la cause pour laquelle ces personnes ont été supprimées ?
En commençant un peu plus haut, c’est par les Écritures inspirées par l’Esprit que je (le) montrerai, autant que je (le) peux. Comme Salomon était fils du divin David (et) que, étant jeune encore, il avait reçu le royaume paternel, il demanda à Dieu la sagesse. Et celui qui désire qu’on lui fasse une bonne demande allait être prêt et il lui fit cette révélation divine, en s’ exprimant en ces termes : Parce que ceci a été dans ton cœur, que tu n’as pas demandé la richesse des biens, ni la gloire, ni la vie de ceux qui te haïssent, que tu n’as pas demandé des jours nombreux et que tu as demandé pour toi la sagesse et l’intelligence, pour juger mon peuple sur qui je (t’) ai fait régner, je te donne et la sagesse et l’intelligence, et je te donnerai la richesse, et les biens, et la gloire (Par. 1, 11-12). Et il nous apprend d’un côté ce qu’il faut que nous demandions, (et) d’un autre côté ce que nous recevrons ainsi que dans une part supplémentaire. Car, lorsque (Salomon) eut bien demandé la sagesse, outre que (Dieu) la lui a donnée, il lui a ajouté également tous ces autres (biens), parce qu’en vérité, lui aussi, il est encore celui qui a dit dans les Évangiles : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera ajouté (Mt 6, 33).
Mais celui qui avait été honoré de tels dons oublia celui qui l’avait honoré ; il devint complètement irraisonnable, il s’éloigna des commandements de celui-ci, il s’enivra dans son intelligence de l’amour des plaisirs, il devint tout entier (l’homme) des délices et de l’impudicité qui naît de là, en sorte qu’il se précipita même dans l’idolâtrie et que le Livre divin dit à son sujet : Et les femmes étrangères détournèrent son cœur après leurs dieux. Et immédiatement la punition de ces (péchés) arrivait heureusement et le Seigneur des vengeances, en mêlant la charité à la menace elle-même, décrétait en ces termes : Je déchirerai le royaume (en le prenant) de ta main, et je le donnerai à ton serviteur. Cependant, ce n’est pas dans tes jours que je ferai cela, à cause de David, ton père ; c’est de la main de ton fils que je le prendrai. Cependant, je ne prendrai pas tout le royaume ; Je donnerai une tribu à ton fils, à cause de David, mon serviteur, et à cause de la ville de Jérusalem que j’ai choisie (1 R 11, 11-13).
Et nécessairement les (paroles) de la décision passent à la réalité. Un certain serviteur qui lui (appartenait), qui possédait beaucoup de moyens au point de vue de la ruse et au point de vue des inventions et qui était capable de se servir des événements, dont le nom était Jéroboam, se lève contre lui d’une manière rebelle et enlève au royaume sa plus grande partie, ayant arraché dix tribus et en ayant laissé au fils de son maître deux seulement, Je parle de celle de Juda et de celle de Benjamin, que le Livre sacré a appelées également une seule tribu, parce que les limites de leur héritage étaient voisines, où était enfermée aussi la ville de Dieu, Jérusalem, de telle sorte que les deux tribus pouvaient passer pour n’être qu’une seule. Et, lorsque le royaume eut été divisé de cette manière, (cet) homme d’une part, qui était serviteur et en fuite (cf. 1 R 11, 40), gouvernait ces dix tribus, lesquelles se nommaient aussi Israël, (et) il avait Samarie pour résidence royale. Sur les deux autres tribus d’autre part, auxquelles était assignée l’appellation de Juda, alors que le nom avait été emprunté à la tribu qui était plus grande et la plus peuplée, sur elles (dis-je) régna Roboam, fils de Salomon, ainsi que ceux qui en descendent par génération. Ils avaient Jérusalem pour demeure royale, ils y accomplissaient les cérémonies de (leurs) pères et ils prenaient soin du service du sacerdoce lévitique qui (se trouvait) dans la Loi donnée par Moïse et du reste du ministère sacerdotal des choses saintes, quoique beaucoup d’entre eux ne poursuivissent pas d’une façon parfaite ce qui (faisait partie) de l’exactitude et de la pureté de la législation divine, mais qu’ils eussent un certain penchant d’esprit pour les démons et qu’ils fussent ravis d’admiration pour les montagnes et les hauts lieux, alors qu’ils y faisaient fumer (des encens), selon ce qui leur semblait (bon).
Lorsque Jéroboam, ce serviteur et vil et élevé dans la servilité, ce gouverneur d’Israël, je parle en vérité de ces dix tribus, eut fait croître sa manière servile avec la première place et qu’il se fut élevé jusqu’à l’ignominie la plus grande, la plus notoire et (la plus) connue, il se dresse à la façon d’un adversaire et à la façon d’un rebelle même contre Dieu, qui se refusa encore à le châtier (et), par un prophète envoyé pour cela, lui cria d’avance ces (paroles) : Et il arrivera que, si tu gardes tout ce que je l’ordonne et si tu marches dans mes voies, je serai aussi avec toi et je te bâtirai une maison stable, comme j’en ai bâti (une) à David (1 R 11, 38).
Quelle est donc sa pensée, qui combat contre Dieu, de révolte et de rébellion contre lui, (pensée) qui est vraiment servile, méchante et de mauvaise manière ? Comme la Loi ordonnait, en effet, que tout le peuple montât à Jérusalem et y offrit des sacrifices dans la maison du Seigneur, lorsque ce méchant eut craint que ses sujets, en s’éloignant de lui, ne reconnussent le royaume légitime, qui durait à Jérusalem, il invente et trouve de lui-même un culte d’idoles et il fait fondre deux génisses d’or, et il dit à ces hommes privés d’intelligence — car il me faut citer en propres termes les paroles mêmes du Livre divin — Qu’il vous suffise d’être montés à Jérusalem ! Voici tes dieux, Israël, qui l’ont fait monter du pays d’Égypte (1 R 12, 28). Et, de la sorte, il produit dans les malheureux eux-mêmes un oubli complet et parfait de celui qui est vraiment Dieu ; et, dès lors, tous ceux qui après lui reçurent ce royaume souillé et haïssable pour Dieu suivaient l’erreur et ils recevaient et héritaient l’impiété plutôt que la première place.
Lors donc que ces deux royaumes, celui en vérité qui s’appelait Juda, lequel était gouverné d’après les commandements de la Loi à Jérusalem et par-là était agréable au Dieu véritable et unique, et celui en vérité d’Israël, qui durait à Samarie d’une manière rebelle et adorait les veaux d’or d’une façon athée, étaient ainsi divisés et ne se mélangeaient en rien, Joram, fils de Josaphat, roi de Juda, prend pour lui en vue du mariage la fille d’Achab, roi d’Israël, qui surpassait en impiété tous ceux qui avaient été avant lui, dont le nom était Athalie, et il se produit un commerce charnel qui irrite Dieu, par suite duquel il engendra Ochozias, dont Matthieu n’a pas fait mention dans la généalogie. Et, lorsqu’il a passé sous silence, après lui, aussi Joas, et aussi Amasias, et semblablement les trois, ce n’est pas pour cela qu’il plaisait au Dieu qui s’est incarné de ne pas sembler descendre par génération d’une telle race. Comment, en effet, (cela plairait-il) à celui qui a choisi d’avance pour lui de laver toute souillure de la nature humaine, par sa parenté de race avec et par son incarnation plus pure que tout, qui (est) du Saint-Esprit et de la Vierge Marie ?
Mais, parce qu’en vérité Matthieu livrait (son) Évangile dès le commencement à ceux qui d’entre les Hébreux ont cru, lesquels d’une part haïssaient le royaume d’Israël, qui était puissant à Samarie, (et) qui d’autre part étaient attachés à la Loi de Moïse et comprenaient d’une façon beaucoup trop grossière et à la lettre les commandements eux-mêmes, dont l’un était celui qui ordonne : Tu n’auras pas d’autres dieux en dehors de moi ; tu ne te feras pas d’idole ni d’image de tout ce qui est dans les cieux en haut, et de tout ce qui est sur la terre en bas et de tout ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre ; tu ne les adoreras pas et tu ne les serviras pas. Car c’est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, un Dieu jaloux qui punit les péchés des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération (Ex 20, 3-5), (et) parce que fameuse était l’idolâtrie de Jéroboam, qui fabriqua les veaux d’or et trompa les dix tribus (et) qu’Achab surpassa en impiété, à tel point que le Livre sacré dit à son sujet : Et Achab fit ce qui est mal devant le Seigneur, et il fit plus de mal que tous ceux qui avaient été avant lui, et il ne lui suffisait pas de marcher dans les péchés de Jéroboam (1 R 16, 30-31) ; comme l’Évangéliste voulait montrer par ce qu’il disait qu’un seul et même était le Dieu de la Loi et de l’Évangile, il a passé sous silence, jusqu’à la troisième génération, ceux qui étaient nés d’un mariage qui était si idolâtre, afin d’attirer surtout à la foi ceux d’entre les Hébreux qui ont cru, en montrant que le Dieu de l’Ancien Testament, le Dieu jaloux, le même est, comme je l’ai dit, aussi le Dieu de l’Évangile. Qu’il ait fait cela, en effet, pour faire accéder à la foi ceux qui (sont) d’entre les Hébreux, c’est ce que ceci fait savoir également, (à savoir) qu’il a donné à David la première place avant Abraham et a dit : Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham (Mt 1, 1), pour ce même motif, (à savoir) parce que chez les Hébreux prévalait un grand honneur pour David, ainsi qu’il a été montré déjà par ce que nous avons dit. C’est à cause de cela qu’il a aussi divisé la généalogie en septaines doubles, je dis en ces trois groupes de quatorze familles, parce qu’en vérité la septaine est chère aux Hébreux, alors que c’est par ce qui est habituel qu’il les attirait à la foi.
En effet, si ce n’est pas d’une manière utile et conforme à l’économie qu’à cause de ceux qui d’entre les Juifs ont cru il a passé sous silence Ochozias, Joas et Amasias, mais (si) c’est vraiment à cause de la punition des péchés paternels, il fallait d’abord que, lui, Joram fût passé sous silence, (lui) qui a pris la fille d’Achab, lequel était plus idolâtre et (plus) impie que tout.
Il faut, en effet, que ce qui est dit : Moi, je suis un Dieu jaloux qui punit les péchés des pères sur les fils (Ex 20, 5), se comprenne, non pas comme si les fils étaient punis pour les péchés paternels, mais en raison des péchés qu’ils commettent eux-mêmes, toutes les fois qu’ils font ressembler leur péché à celui de leurs pères, qu’ils poursuivent et imitent l’impiété de leurs parents et qu’ils sont vraiment leurs fils à cause de l’imitation de la méchanceté. Car c’est ainsi que nous avons l’habitude de dire au sujet de ceux qui imitent la méchanceté paternelle : « Vraiment un tel est fils de son père ». C’est pourquoi encore le Seigneur aussi n’a pas dit simplement : Il punit les péchés des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération ; mais il a ajouté : Ceux qui me haïssent (Ex 20, 5), c’est-à-dire : « Toutes les fois qu’ils suivront la haine de leurs pères pour Dieu ».
Parfois, en effet, pour certains d’une part il retarde la punition elle-même et il ne fait pas venir la peine elle-même, en se souvenant de leur propre pénitence, afin qu’en vérité ou ils deviennent parfaits en changeant ou que, si cela n’est pas, ils soient réservés, après la vie d’ici-bas, pour les tourments futurs. Pour certains d’autre part, qui (font partie) de ceux-là peut-être ou de ceux qui ensuite combien de fois sont saisis par la même impiété, il fait venir une juste colère, en montrant sa sollicitude et en corrigeant les autres par un exemple, laquelle (colère) en vérité il ferait venir aussi sur leurs pères, si en vérité il avait jugé (bon) de les tourmenter également ici et s’il ne les avait pas réservés pour les peines futures, eux qui, à cause du retard du châtiment, ne se sont pas repentis d’avoir péché. C’est ainsi, semble-t-il, que les fils paient les fautes des pères : et cela, quoique ce soit pour leurs propres péchés, par lesquels ils ont imité ceux qui les ont engendrés, qu’ils endurent eux-mêmes les peines.
Et sinon, que les fils ne soient pas du tout frappés pour les péchés qu’ont commis (leurs) pères, il est tout proche de l’entendre de la part de la Loi qui a été donnée par Moïse, laquelle s’écrie : Les pères ne mourront pas pour les fils, et les fils ne mourront pas pour les pères ; chacun mourra pour son propre péché (Dt 24, 16). Comment donc celui qui a dit ces (paroles allait-il faire venir sur des fils innocents la peine d’un péché paternel, d’après la parole de ceux qui comprennent d’une manière très grossière et très déraisonnable la (parole) : Moi, je suis un Dieu jaloux qui punit les péchés des pères sur les fils (Ex 20, 5) ? C’est à eux qu’il adresse également la parole par Ézéchiel, en disant : Homme, que signifie pour vous ce proverbe sur le pays d’Israël, qu’on dit : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des fils (en) ont été agacées ? Je suis vivant, dit Adonaï le Seigneur, il n’y aura plus ce proverbe qui se dit en Israël. Car toutes les âmes sont à moi, de même que l’âme du père, de même aussi l’âme du fils ; toutes les âmes sont à moi ; l’âme qui pèche, c’est elle qui mourra (Ez 18, 2-4). Et encore : Et vous avez dit : Pourquoi est-ce que le fils n’a pas porté l’iniquité de son père ? Parce que le fils a pratiqué la droiture, la justice et la miséricorde (Ez 18, 19).
C’est à cause de ceux qui étaient si grossiers et (qui), par le fait d’une opinion préconçue qui prévalait chez les Juifs, étaient ainsi disposés dans leur intelligence que Matthieu a couvert par le silence ces trois pères, qui ont eu part à la postérité et ont été mélangés à la royauté de ceux qui étaient beaucoup plus idolâtres que quiconque, que Jéroboam en vérité et Achab.
Mais peut-être quelqu’un dira : « Alors que le Livre de la Loi dit : Sur la troisième et la quatrième génération (Ex 20, 5), comment Matthieu en a-t-il passé sous silence plutôt trois, et non pas quatre, attendu qu’ils descendaient par génération de cette parenté impure, afin de rendre la parole plus persuasive pour ceux qui (sont) d’entre les Hébreux ? En effet, après ces trois (rois) qui ont été passés sous silence, Ochozias, Joas et Amasias, le quatrième était Ozias, qui se trouvait ne l’emporter en rien sur ceux-là, mais qui avait désiré même le sacerdoce et avait essayé en dehors de la Loi de mettre des encens et (qui) avait été frappé sur les paupières d’une lèpre, laquelle arrêtait son manque de sens et le retenait complètement loin du temple. »
Mais de cela aussi la raison est connue, et qui se rattache à la même pensée, pour ceux qui ne sont pas ignorants des Écritures inspirées par Dieu. Amasias, en effet, qui régna le troisième de ceux qui ont été passés sous silence, livra à la mort les serviteurs qui avaient tué Joas, son père, (et) il eut pitié des fils des meurtriers. Or il est bien qu’ici nous citions également les paroles sacrées elles-mêmes, qui se trouvent d’une part dans le quatrième (livre) des Rois, (et) qui d’autre part s’expriment ainsi : Et il arriva que, lorsque la royauté se fut fortifiée dans la main d’Amasias, il tua ses serviteurs, qui avaient tué son père ; quant à leurs fils, il ne les fit pas mourir, selon ce qui est écrit dans le livre de la Loi de Moïse, où le Seigneur a ordonné, en disant : Les pères ne mourront pas pour les fils, ni les fils ne mourront pour les pères ; mais chacun mourra pour son propre péché (2 R 14, 5-6).
C’est donc parce qu’(Amasias) a accompli une législation qui possède la charité à l’égard des fils que l’Évangéliste a fait mention de son fils comme il convient, alors qu’il a rendu ce qui est semblable à ceux qui sont semblables, afin d’attirer encore sur lui l’opinion préconçue juive, qui pense que la justice des pères profite nécessairement aux fils, laquelle au contraire ne (leur) profite pas vraiment, s’ils ne pratiquent pas la même justice que leurs pères et s’ils ne marchent pas dans la (voie) opposée. Quelqu’un demandera également ceci : « Lorsque la prophétie (faite) par l’intermédiaire de Jérémie dit au sujet de Jéchonias : Ainsi parle le Seigneur : Inscris cet homme (comme) un homme infâme, pour qu’il ne grandisse pas de sa postérité un homme qui s’assied sur le trône de David, (qui est) encore prince en Juda (Jr 22, 30), comment Matthieu dit-il que le Christ en descend par génération ? À ce sujet, lorsque Gabriel exprimait les paroles de l’annonciation à l’adresse de la Mère de Dieu, la Vierge, il disait : Et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père (Lc 1, 32). »
Cela, en effet, paraît être opposé à la prophétie, (et) semblera ne pas lui être opposé, si nous rappelons que le Christ lui-même disait au gouverneur Pilate : Mon royaume n’est pas de ce monde (Jn 18, 36). C’est donc au sujet du royaume humain, et de ce monde, et qui se traîne dans la poussière, qu’a eu lieu la prédiction de Jérémie, et non pas au sujet du (royaume) divin, et céleste, et qui convient au Christ seulement, comme à Dieu qu’(il est) par nature.
Dans les paroles mêmes du prophète également, il y a, pour ceux qui (les) considèrent exactement, une solution de ce qui est demandé, laquelle est d’une évidence très claire. Que disent-elles, en effet, au sujet de Jéchonias ? Il ne grandira pas de sa postérité un homme qui s’assied sur le trône de David, (qui est) encore prince en Juda (Jr 22, 30), de telle sorte alors que c’est au royaume qui durait en Juda que se rapportent les (paroles) de la prophétie, laquelle en vérité est même sans objet, puisque, après Jéchonias, il n’a plus de roi et que d’autre part il a permis la captivité et la sujétion aux Babyloniens. Or le Christ a régné, non pas sur les Juifs, mais sur les extrémités de la terre, alors que d’un côté il est avant les siècles, par essence, roi de l’univers, en ce qu’il est Dieu, (et) que d’un autre côté il entend de la part du Père, selon l’économie, lorsqu’il s’est fait homme et qu’il s’est abaissé volontairement jusqu’à cette humilité : Demande-moi, et je te donnerai les nations pour ton héritage et pour tes possessions les extrémités de la terre (Ps 2, 8) ; et qu’il dit dans les Évangiles, au sujet de l’économie, encore lui-même : Il m’a été donné tout pouvoir dans les cieux et aussi sur la terre (Mt 28, 18). D’où (il suit) qu’il ne s’est pas assis non plus sur le trône corporel de David. Mais, lorsqu’il est né de sa postérité selon la chair, c’est d’une manière intellectuelle et d’une manière digne de Dieu qu’il accomplissait la promesse qui le concernait, attendu qu’il est roi pour l’éternité. C’est pourquoi Gabriel également, dans l’annonciation, disait : Et son règne n’aura pas de fin (Lc 1, 33).
Lorsque Matthieu a écrit : Depuis l’exil de Babylone jusqu’au Christ quatorze familles (Mt 1, 17), le nombre est pleinement sauvegardé, quand l’exil, c’est-à-dire la captivité qui (a eu lieu) à Babylone, lequel s’est prolongé jusqu’à la soixante-dixième année, est compté pour une famille, et (que) la naissance du Christ également est comprise encore (comme) une autre famille, parce qu’en vérité l’Évangéliste et a nommé et a compté les naissances comme familles.
Il a été demandé aussi cette autre (chose) par la suite : « Comment est-il écrit au sujet de la Mère de Dieu, la Vierge, et au sujet de Joseph : Et il ne la connut pas, jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son Fils premier-né (Mt 1, 25) ? » En effet, cette (parole) : Il ne la connaissait pas, a été dite du commerce charnel du mariage, ainsi que dit le Livre divin : (Et) Adam connut Eve, sa femme, et, lorsqu’elle eut conçu, elle enfanta Caïn (Gn 4,1). Car il faut rire de ceux qui disent qu’il ne la connut pas, en ce qu’il ne sut pas le grand mystère qui s’accomplissait en elle, c’est-à-dire qu’il n’avait pas à son sujet une opinion convenable et qui allât de pair avec la vérité. jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son Fils premier-né. En effet, ce n’est pas vrai du tout. Car il avait obéi à l’ange, qui lui disait : Ce qui est né en elle est du Saint-Esprit (Mt 1, 20). Et sinon, comme il était dans la crainte et se trouvait dans le doute, il ne la conduisait pas à sa maison. Si c’est par rapport à la compréhension parfaite du mystère ineffable qu’on entend cette (parole) : il ne la connaissait pas, il ne l’aurait pas connue non plus, après qu’elle a enfanté. Et c’est alors d’une manière superflue qu’est dite cette (parole) : Jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son Fils premier-né (Mt 1, 25). Car, même après qu’il fut né, la profondeur de l’économie échappait également et à Joseph lui-même et aussi à tous les hommes de la même manière ainsi que (de savoir) à quelle fin se rapportait cette naissance. Si, en effet, ce n’est pas en grande partie que Joseph avait dans son esprit des dispositions beaucoup trop humaines, comment fuyait-il en Égypte ? Lorsqu’il était fortifié en lui-même et affermi par les visions successives de l’ange, comment servait-il l’économie ? Et, lorsqu’il fut de nouveau de retour d’Égypte, (comment) était-il dans le tremblement et la crainte, lorsqu’il apprit qu’Archélaüs régnait à la place d’Hérode, son père ?
Cette (parole) : il ne la connut pas (Mt 1,25), a donc été dite de l’union charnelle et du commerce charnel ; (et) cette (parole) : Jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son Fils premier-né (Mt 1, 25), ne doit pas être comprise en vue d’une distinction, comme si d’une part il ne l’avait pas connue avant qu’elle eût enfanté, et qu’il la connut d’autre part après l’enfantement.
Le Livre divin, en effet, a l’habitude de se servir d’une telle indication, non pas pour une certaine délimitation temporelle seulement, afin de renfermer d’une part ce qui est avant cette (indication), (et) d’autre part de laisser libre de soin et de réserve ce qui est après ; mais il fait cela, dans de nombreux passages, également au sujet de ce qui est sans fin et sans limite. Et le prophète Isaïe d’un côté présente le Dieu de l’univers lui-même, qui dit aux enfants d’Israël : Moi, je suis et, jusqu’à ce que vous vieillissiez, moi, je suis (Is 46,4), alors qu’il est évident que celui qui est en tout temps devait être même après qu’eussent vieilli ceux à qui est adressée la parole. Il est écrit, d’un autre côté, aussi au sujet de Noé : Il envoya de l’arche un corbeau, pour voir si les eaux avaient cessé ; et, lorsqu’il fut sorti, il ne revint pas, jusqu’à ce que les eaux eussent séché de dessus la terre (Gn 8, 6-7) ; et (cela), quoiqu’il ne revînt pas non plus après que les eaux eurent séché.
C’est donc ainsi qu’également au sujet de ce qui est proposé précédemment, l’Évangéliste a dit cette (parole) : Jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son Fils (Mt 1, 25), non pas comme s’il faisait une distinction et opposait au temps passé le temps futur, mais en affirmant cela par rapport à un temps sans fin. Car d’un côté il a affirmé avec soin le temps qui (est) avant l’enfantement, lorsqu’il a dit : Il ne la connaissait pas (Mt 1, 25), parce qu’en vérité c’était le temps qui présentait l’hypothèse du commerce charnel et où il y avait un doute. D’un autre côté, lorsque ce (temps) eut été déclaré en propres termes qu’il était exempt de l’union charnelle, il te permet personnellement, même quand il s’est tu, de considérer par manière de conséquence ce qui doit (arriver), (à savoir) qu’après la conception divine et digne de louange, celle qui a conçu d’une manière si digne de Dieu n’était pas dès lors sujette à l’émission de la semence virile.
À cela ressemble aussi cette autre (parole), qui est dite par notre Sauveur aux disciples : Voici que, moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du siècle (Mt 28, 20). Car il est sans conteste que celui qui est avec eux jusqu’à la fin du siècle, devait, à plus forte raison, être avec eux même après la fin (du siècle).
Il faut, en effet, considérer l’exactitude de l’Écriture inspirée par Dieu. Car elle n’a pas dit : Le fils, son premier-né, comme si (Marie) avait été, après cela, mère également d’autres enfants ; mais elle a dit : Son Fils ; et ainsi d’une manière indéterminée elle a continué ensuite : Premier-né. Il est devenu vraiment, en effet, le premier-né de toute l’Église ; de même que le premier Adam (formé) de la terre, de même, lui aussi, lorsqu’il a été formé de la Vierge sans péché et qu’il est apparu les prémices de notre race. C’est pourquoi il criait d’avance par le prophète des Psaumes et disait : Je ferai connaître ton nom à mes frères, je te glorifierai au milieu de l’Église (Ps 21, 23). Et Paul aussi écrivait aux Romains à son sujet cette (parole) : Il sera le premier-né entre beaucoup de frères (Rm 8, 29). (Et) il est devenu aussi le premier-né d’entre les morts, lorsque le premier il a débuté dans notre résurrection, ainsi qu’a dit le même Apôtre, lorsqu’il écrivait aux Colossiens : Celui qui est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin que, lui, il soit le premier en tout (Col 1, 18). (Et) il n’est pas devenu seulement, mais il était, aussi par nature, le premier-né avant les siècles ; et c’est éternellement qu’il était engendré par Dieu et Père, ainsi qu’on peut le trouver dans la même lettre écrit en ces termes : Celui qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création (Col 1, 15). À cause de tout cela, après que l’Évangéliste eut dit : Son Fils, c’est d’une manière indéterminée qu’il a continué ensuite : Premier-né.
J’omets, en effet, de dire que ce n’est pas nécessairement que celui qui est premier-né pour sa mère est premier-né de plusieurs (frères) ; car il se peut que quelqu’un soit et premier-né et fils unique. Ceux de la maison de Jacques étaient d’une part fils de Joseph, par suite de mariages qui précédaient, (et) d’autre part ils étaient dits, par manière de conséquence, frères de Jésus, à cause de l’économie, parce que Joseph aussi passait pour être son père. C’est pourquoi Luc également, dans les Actes, s’exprime ainsi : C’étaient tous ceux-ci qui persévéraient ensemble dans la prière avec les femmes, avec Marie, la Mère de Jésus, et avec ses frères (Ac 1, 14) ; et (cela), quoique, s’ils eussent été d’elle, il lui fallût dire : « Avec Marie, la Mère de Jésus, et avec ses fils ». Mais, on ne voit absolument nulle part que les Évangélistes les aient dits ses fils, en rougissant de la vérité et en parlant de ce qui convient à l’économie.
Ces trois homélies de la généalogie selon la chair du Christ, notre Dieu et notre Sauveur, nous les avons mises à part et nous les avons offertes en son honneur en vérité ainsi qu’(en l’honneur) du Père et du Saint- Esprit ; car c’est en eux qu’est la Trinité sainte, qu’il n’a ni divisée ni multipliée, quand sans changement il s’est incarné. Il est un, en effet, même lorsqu’il s’est fait homme, et non pas deux, quoiqu’il soit de deux, de la divinité et de l’humanité. C’est donc par la force de la Trinité sainte, qui (est) sans commencement et éternelle, que trois fois, ainsi que dans une lutte, nous nous sommes enlacés avec les prises des adversaires et que trois fois nous avons montré que la vérité porte la couronne. Puisse-t-il arriver que, vous-mêmes aussi, vous vous montriez forts contre les passions et que vous soyez couronnés par les vertus, à l’encontre de la méchanceté, pour la gloire de Dieu, à qui sied la gloire dans les siècles ! Ainsi soit-il !
Fin de l’Homélie 96