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HOMÉLIE 95

SUR LA DIVISION ET LE DÉSACCORD APPARENT DE MATTHIEU ET DE LUC, AU SUJET DE GÉNÉALOGIE SELON LA CHAIR DE NOTRE-SEIGNEUR, NOTRE DIEU ET NOTRE SAUVEUR JÉSUS-CHRIST, ET, À LA FIN, CONTRE CEUX QUI ÉTAIENT MONTÉS À DAPHNÉ D’UNE MANIÈRE PAÏENNE.

Je me rappelle qu’auparavant, lorsque j’ai prononcé l’homélie qui (est) relative à la généalogie selon la chair de (notre) Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ et que j’ai montré pourquoi et comment le même et descend par génération de la race des hommes et aussi est élevé, dépasse toute race, se conduit en dehors du temps et met sous lui la pensée relative à tous les siècles, alors qu’il est égal au point de vue de l’éternité au Père et est Dieu de Dieu ; et pourquoi on peut entendre les Évangélistes dire : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu (Jn 1, 1) ; et : Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils  d’Abraham (Mt 1, 1) ; et pour quelle cause il a été dit en premier lieu fils de David, et ainsi ensuite fils d’Abraham, qui était plus ancien selon le temps et (que) pour cette raison il fallait qu’il fût nommé le premier ; et quelle est la raison de ce que Joseph a été compté dans les familles, alors que la Mère de Dieu, la Vierge Marie, sans semence et du Saint-Esprit, et a conçu et a enfanté le Christ, (elle) qu’au lieu de celui-là  il fallait que (l’Évangéliste) comptât dans les familles comme il convient ; et comment, lorsque l’union du mariage n’a pas eu lieu, celui-là d’un côté est nommé son homme, (et) celle-ci d’un autre côté (est nommée) sa femme ; et (cela), alors que toutes ces (contradictions) et celles qui leur ressemblent, lesquelles et pour les Juifs et pour les païens et aussi pour les hérétiques ont passé pour être fortes et inéluctables, étaient soigneusement discutées par moi d’une manière claire et exempte de violence — (je me rappelle, dis-je, qu’auparavant) je vous voyais d’une part, à l’occasion de l’exposé de ces doutes, vous tenir sur le bout de vos ongles et comme si vous voyiez un combat de luttes, (et) d’autre part, à l’occasion des solutions, bondir d’allégresse, faire des éloges et être joyeux, comme si quelque combattant adverse avait été vaincu et était tombé.

C’est pourquoi, j’en suis venu aussi à vous promettre que, si vous ne montiez pas à Daphné, c’est encore d’autres luttes et (d’autres) objections, qui sont regardées comme difficiles, sans l’être — car comment y aurait-il aussi quelque chose de difficile où (il y a) Dieu et la vérité ? — que je vous préparerais et (que) je vous tiendrais prêt le spectacle, qui est voisin du même sujet. Et quelques-uns d’un côté, ayant fait attention à ma promesse et à cette arène spirituelle, ont et suivi et gardé les conventions et ils ne sont pas montés à ce plaisir nuisible. Beaucoup d’un autre côté, vaincus par le désir honteux, ainsi que des fuyards devant la perfection, se sont retournés et ont présenté leur dos qui s’en va (Za 7, 11), comme dit le prophète Zacharie. Mais, ce n’est pas à cause de ceux-ci que, moi, je m’arrêterai, fermerai ma bouche, paierai l’injustice par le silence et mentirai à la promesse. Mais, c’est à cause de ceux qui ont persévéré dans ce qu’ils avaient approuvé, fussent-ils même très peu nombreux, fussent-ils même par hasard un ou deux en nombre, que joyeusement je paierai la dette. Et, n’y aurait-il personne qui eût obéi et eût été sans tort, même ainsi je serais tenu de parler. C’est pourquoi, en effet, je pense que Notre-Seigneur, lui aussi, disait dans les : Évangiles : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende (Mt 11, 15), en montrant qu’il (nous) faut jeter sans savoir. la parole de l’enseignement, comme une semence, également sur tous ceux qui entendent d’une manière semblable, sans chercher après discussion qui est celui qui possède des oreilles sensibles ; car celui-là, la parole elle-même le trouvera, lorsqu’ elle aura été reçue d’une manière invisible dans les profondeurs de son cœur. Il faut déjà commencer par les προβλήματα, c’est-à- dire les demandes, mêmes.

« Comment, disent-ils, Matthieu d’une part, en comptant les familles, fait-il descendre l’exposé même depuis les premiers pères jusqu’aux enfants, lorsqu’il a commencé par Abraham et qu’il est descendu jusqu’à Joseph, le fiancé de la Mère de Dieu, Marie ? (Comment) Luc d’autre part, en marchant vers la source des fleuves, ainsi qu’on dit en vérité, et en faisant retourner le courant en sens opposé, lorsqu’il a commencé par Joseph, et compte-t-il à reculons les pères mêmes, et dit-il au sujet de notre Sauveur Jésus : Il était, à ce qu’il paraissait, fils de Joseph, fils d’Héli (Lc 3, 23), et monte-t-il de la sorte sur une échelle qui conduit vers le haut, jusqu’à ce qu’il parvienne également près d’Adam ? »

À cela en vérité nous disons aussi que nous trouvons que les Évangélistes eux-mêmes n’ont rien fait d’étrange ni encore qui soit inconnu au Livre divin. Il est dans ses habitudes, en effet, et aussi de faire descendre d’en haut le recensement du nombre des races et aussi de le faire monter d’en bas. Et cela est écrit clairement et de nombreuses fois dans le livre des Paralipomènes. Car d’une part il (le) fait descendre, comme là où il dit : Ce (sont) les fils d’Aaron : Éléazar, son fils ; Phinées, son fils ; Abisud, son fils ; Boqci, son fils ; Ozia, son fils (1 Ch 6, 50-51). (Et) d’autre part il (le) fait monter, par ce qu’il dit encore : Le chantre Héman, fils de Joël, fils de Samuel, fils d’Elcana, fils de Jerameel, fils d’Éliab, fils de Νaac, fils de Suph (1 Ch 6, 33-35). Et, en lisant avec soin, on trouve que beaucoup de races de ce genre sont composées différemment dans leur exposé, et tantôt d’un côté de cette manière-ci, (et) tantôt d’un autre côté de cette manière-là.

Comment donc, disent-ils, voyons-nous Luc lui-même faire mention dans la généalogie d’autres personnes en dehors de celles qui sont citées par Matthieu, et non seulement d’autres (personnes), mais encore de (personnes) beaucoup plus nombreuses en nombre que celles-là ? En effet, Joseph, le fiancé de la Mère de Dieu, la Vierge, Matthieu d’une part dit qu’il est fils d’un certain Jacob, Luc d’autre part (dit qu’il est fils) d’Héli. »

Mais également en cela encore, ceux qui ne sont pas initiés et ne sont pas instruits et qui sont troublés à cause de cela, la vérité des Livres sacrés les fera accéder à la foi. Ce n’est pas, en effet, une seule généalogie que les divins Évangélistes avaient dessein d’établir ; et cela, bien qu’un seul fût celui qui était compté dans les familles ; car c’est là ce qui est étonnant. Mais Matthieu d’un côté raconte la (généalogie) naturelle, Luc d’un autre côté la (généalogie) légale. (Et) qu’est cela ? Si Dieu (le) permet, moi, je (le) dirai clairement. Dans la Loi de Moïse, il avait été ordonné que personne autre ne prît en vue de l’union charnelle la femme de celui qui mourrait sans enfants, si ce n’est le frère de son mari, et que celui qui naissait de là fût nommé fils de celui qui était mort. Il est bien que nous entendions aussi les paroles divines elles-mêmes, qui d’une part se trouvent dans le Deutéronome, (et) d’autre part s’expriment ainsi : Si deux frères demeurent ensemble et (que) l’un d’eux meure (et) n’ait pas de postérité, la femme de celui qui est mort ne sera pas au dehors à un homme qui n’est pas proche parent. Le frère du mari entrera chez elle ; qu’il se la prenne pour femme et demeure avec elle, et qu’il arrive que le fils qu’elle enfantera ressuscite le nom de celui qui est mort, el Son nom ne sera pas effacé d’Israël (Dt 25, 5-6). Si de plus celui qui est mort sans enfants n’avait pas de frère, un autre parmi ceux qui lui étaient proches parents selon la race prenait sa femme même, en vue de lui susciter une postérité. Car c’est à celui qui est mort, ainsi que vous l’avez entendu maintenant, qu’était assigné ce fils selon la Loi ; et cette sorte de mariage s’appelait « proche parenté de race ». Et si le parent qui était le plus proche ne voulait pas prendre, comme il convient, la femme de celui qui était mort, c’est celui qui après lui était le plus proche parent selon la race qui nécessairement acceptait le mariage même. Car la Loi elle-même prenait soin de susciter une postérité à celui qui n’avait pas eu d’enfants et était mort.

Cela est écrit clairement dans Ruth ; (et) ce livre aussi fait partie des divines Écritures. Un certain Booz, en effet, qui voulait prendre en vue du mariage Ruth, qui avait été la femme d’un certain Mahalon, son parent, lequel était mort sans enfants, dit à celui qui avant lui était le plus proche parent selon la race de celui qui était mort : Si tu es le plus proche parent selon la race, sois le plus proche parent selon la race ; (et) si tu n’es pas le plus proche parent selon la race, dis-le moi et je (le) saurai ; n’y a personne qui s’approche plus que toi et c’est moi qui suis après toi (Rt 4, 4) . Et, lorsque, lui, il n’eut pas voulu et lui eut dit : Approche-toi et revendique pour toi la proche parenté de race qui est à moi, parce que je ne peux pas, moi, m’approcher (Rt 4, 6), Booz dit de nouveau : Alors Ruth la Moabite, la femme de Mahalon, voici, je me l’acquiers pour femme, afin de ressusciter le nom de celui qui est mort du milieu de ses frères et du milieu de sa tribu (Rt 4, 10).

Lors donc que ces (prescriptions) ont été ainsi connues et expliquées, il est connu de tout le monde que la procréation des enfants qui (provient) des mariages de ce genre est comme si elle était la résurrection de celui qui est mort. Car l’Écriture inspirée par Dieu dit clairement : Pour ressusciter le nom de celui qui est mort dans son héritage (Rt 4, 10). Et c’est de toute nécessité qu’à celui qui est né est assigné d’une part selon la nature comme père le deuxième mari de la femme, de l’union charnelle de qui également il est né, de même que selon la Loi d’autre part il est réputé être fils de celui qui est mort.

C’est de cette manière que, en ce qui concerne également Joseph, qui a épousé la Sainte Vierge, il est vrai que deux pères doivent lui être assignés. Car, lorsqu’Héli eut pris une femme et fut mort sans enfants, Jacob, qui lui était proche parent selon la race, prit sa femme en vue de l’union charnelle, afin de susciter une postérité à celui qui était mort, conformément à ce que la Loi ordonnait. Lorsqu’en vérité Joseph aussi fut né de lui, c’est d’Héli d’une part qu’il était fils légal, (et) c’est de Jacob d’autre part qu’(il était fils) naturel. Et c’est pourquoi, Matthieu d’un côté a dit que Joseph est fils de Jacob, (et) Luc d’un autre côté (a dit qu’il est fils) d’Héli.

En effet, celui-là d’une part a aussi attribué à la nature, (et) celui-ci d’autre part (a attribué) à la Loi encore l’égalité de race, qui des deux côtés est divisée entre des personnes différentes. Et Matthieu d’un côté a fait mention des pères naturels de Joseph, Luc d’un autre côté des (pères) légaux, lorsqu’il a mentionné Héli, qui selon la Loi était père de Joseph, et ensuite il s’est dès lors avancé vers le haut jusqu’à Nathan, qui était, lui aussi, fils de David, pour montrer également la parenté légale, qui fait monter le Christ Jusqu’à David. Car, c’est en recensant la parenté naturelle, par l’intermédiaire de ceux qui descendent par génération de Salomon, que Matthieu a montré que le Christ est fils de David selon la chair.

Que et Salomon et Nathan soient fils de David, non seulement fils d’un seul père, mais encore en vérité fils d’une seule mère, c’est ce qui est montré aussi par le premier livre des Paralipomènes. Le Livre sacré, en effet, s’exprime ainsi : Et David régna à Hébron sept ans et six mois, et trente-trois ans il régna à Jérusalem. Et ceux-ci lui sont nés à Jérusalem : Simmaa, Sobab, Nathan et Salomon, (tous) quatre de Bethsabée, fille d’Élias (1 Ch 3, 4-5). C’était la femme d’Urie, à qui David s’est uni charnellement par adultère. Et cela, je ne l’ai pas indiqué purement et simplement et n’importe comment, mais à cause de ceux qui ont pensé que c’est d’un autre mariage, (d’un mariage) pur, que Nathan est né à David, et que « Luca pris soin de ne rappeler aucun de ceux qui sont nés de mariages qui (étaient) en dehors de la Loi » ; ce qui n’est pas vrai. Car il a mentionné également Pharès, qui est né du commerce charnel contre la Loi de Juda avec sa belle-fille : par quoi il est surtout montré clairement que c’est pour corriger les maladies de notre nature que le Christ est venu.

Mais, lorsque Luc a pris le soin que j’ai dit en vérité d’établir la parenté selon la Loi, par l’intermédiaire d’autres personnes jusqu’à David, en commençant à partir d’en bas, il compte un recensement même de la race, où d’autres (personnes) d’une part existaient vraiment, (et) quelques-unes d’entre elles d’autre part se nommaient du même nom que celles que Matthieu a comptées. Car, dans le même peuple, ce n’est pas aussi un seul, mais ce sont beaucoup, qui, s’il arrive, s’appellent et Juda, et Lévi, et Simon, de même que maintenant (il y a) des Pauls, et des Jeans, et des Pierres. (Et) souvent Luc a cité aussi la même personne en même temps que Matthieu ; et cela, quoiqu’il composât un récit de race différente, je veux dire de la (race) légale.

En effet, à la ressemblance de cours d’eau qui se divisent différemment, coulent de nouveau ensemble et se séparent de nouveau les uns des autres, les races sont habituées à se mélanger ouvertement par l’intermédiaire de certaines personnes, même après s’être dispersées au loin peut- être et divisées. Car voici que les deux Évangélistes ont mentionné Salathiel. Mais, Matthieu d’un côté l’a nommé, selon la nature, fils de Jéchonias, (et) Luc d’un autre côté, selon la Loi en vérité, l’a appelé fils de Néri, lorsque furent intervenus un manque d’enfants de celui qui est mort et une deuxième union charnelle, d’après la manière que nous avons dite plus haut. Mais en vérité, tous les deux mentionnent également Zorobabel, de qui Matthieu d’une part dit qu’est Abiud, (et de qui) Luc d’autre part (dit) en vérité (qu’est) Résa. Mais, de même que, à partir de David, il y avait deux (personnes), (à savoir) les deux fils Salomon et Nathan, et que par eux la race a été divisée et que c’est en Joseph, le fiancé de la Mère de Dieu selon l’économie, que, par la parenté naturelle et par la (parenté) légale, elle est venue en même temps à la même (parenté) et d’une certaine manière (y) a conflué et s’(y) est mélangée, de même, lorsque  la race se fut également séparée à partir d’Abiud et de Résa,  les fils de Zorobabel, elle a concouru en Joseph de la même manière.

(Et) il n’est pas étonnant, si, selon Matthieu d’un côté, quarante-deux personnes ont été comptées depuis Abraham jusqu’à Joseph, (et), selon Luc d’un autre côté, (il en est compté) environ cinquante-cinq. En effet, comme il y avait des races différentes, ce n’est pas en dehors de ce qui convient que celle-ci d’une part ait beaucoup de naissances, et celle-là d’autre part ait peu de naissances lentes. C’est à proximité donc qu’on peut voir les maisons de deux frères, s’il arrive, de l’un d’un côté, qui est l’aîné selon le temps et qui a pris une femme il y a longtemps, de l’autre d’un autre côté, qui est le plus jeune selon l’âge et qui jusqu’à la fin a pris part au mariage. On peut voir d’une part que la maison du plus jeune a grandi et s’est levée déjà jusqu’à trois âges, qu’elle abonde en de nombreuses naissances et qu’elle fait fréquemment circuler l’appellation de πάππος, c’est-à-dire de grand-père, (et) d’autre part que la maison de l’aîné nomme à peine père, tardivement parfois et aux portes de la vieillesse, celui à qui manque la procréation des enfants. Qu’y a-t-il donc d’étonnant, si, dans le cours de cinq cents ans, pour ainsi dire, et dans le cycle de tous ces âges qui (vont) de David jusqu’ à Joseph, une des races, que Luc en vérité a comptée selon la Loi, s’est multipliée et a grandi par la rapidité de (ses) naissances jusqu’à dix familles ou davantage, (et) que l’autre a avancé plus paresseusement à cause des naissances lentes dans le temps ?

Et, dira-t-on, d’où est-il connu que Luc a fait mention de la généalogie légale et que, comme Matthieu, il n’a pas plutôt, lui aussi, fait mention de toute la (généalogie) naturelle ? » C’est par les faits mêmes que je prouverai cela promptement. Par sa venue selon la chair, effet, le Christ aussi est venu, et également pour relever et guérir la chute de notre nature, et également pour apporter la vigueur et la santé à l’impuissance, à la faiblesse par rapport au secours parfait et à l’ombre de la Loi, qui a été donnée par Moïse, et pour la cacher ainsi ; car c’est cela qu’il a également fait, quand sur les symboles il a placé la vérité elle-même. Lors donc que Matthieu a commencé l’Évangile et a écrit : Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham (Mt 1, 1), aussitôt après cela, il a exposé la généalogie, lorsqu’il a dit : Abraham a engendré Isaac et Isaac a engendré Jacob (Mt 1, 2) ; et, après qu’il eut mentionné ceux qui sont nés d’un commerce charnel en dehors de la Loi et eut fait venir pour la fin le recensement du compte des familles, il a aussitôt fait venir après lui : Or la naissance de Jésus-Christ était ainsi. En effet, lorsque Marie, sa mère, eut été fiancée à Joseph, avant qu’ils se fussent unis charnellement, elle se trouva être enceinte du Saint-Esprit (Mt 1, 18), alors qu’il voulait montrer que, à l’encontre de notre génération liquide, qui a lieu à la suite d’un enlacement et d’un commerce charnel et envoie à la corruption et à la mort, il a placé la génération qui (est) de la Vierge, qui conduit à l’immortalité, guérit la nature elle-même, qui était tombée malade et de là avait souffert la corruption, et la fait monter vers ce qui était dès le commencement et primitivement. En effet, c’est après qu’il eut transgressé le commandement et entendu cette (parole) : Tu es poussière, et tu iras de nouveau en poussière (Gn 3, 19) et qu’il fut tombé du paradis, qu’alors Adam connut Eve, sa femme, et, lorsqu’elle eut conçu, elle enfanta Caïn” (Gn 4, 1).

Luc d’autre part n’(a) pas (procédé) de cette façon. Mais, lorsqu’il eut fait comme προοίμιον, c’est-à-dire commencement, de l’Évangile le récit de la nativité de Jean, le Baptiste et le précurseur‎ qu’il eut raconté l’annonce de l’archange Gabriel à la Sainte Vierge, la conception qui (est) du Saint-Esprit et la naissance divine et admirable, qu’il eut écrit d’une manière différente beaucoup d’autres (faits) et qu’il eut dit que, alors que Jésus était âgé de trente ans selon l’âge du corps, il vint au Jourdain et fut baptisé, ou plutôt baptisa les eaux par sa descente, leur donna la sanctification et en fit pour nous-mêmes un bain parfait — (car elles sont) saintes, (opèrent) la purification de tout péché et (sont) pleines de tous les dons de l’Esprit — c’est alors qu’il commence à exposer la généalogie, en comptant les personnes dont la parenté de race selon la Loi est connue. Il paraît n’importe comment faire ce qui n’est pas en son temps (et) qui ne convient pas, comme s’il était éveillé du sommeil, et c’est après trente ans qu’il fait l’exposé et le récit de la race. Or le récit paraîtra également être bien en son temps, si nous mentionnons quel est l’objet de la parenté de race légale. Qu’est-il ? C’est qu’un fils soit, par suite d’un second mariage, à celui qui est mort sans enfants, qu’il lui soit attribué et assigné (comme) sien, même après sa mort, et qu’il ressuscite son nom. Que ce soit là, en effet, ce qu’ordonnaient les paroles sacrées, nous l’avons entendu maintenant, en sorte en vérité qu’alors il y avait en cela même un symbole et une image et de l’adoption et de la résurrection.

C’est donc, parce que le baptême donne l’adoption véritable et céleste, en nous montrant enfants de Dieu, et qu’il s’accomplit dans la mort de Jésus et dans l’espérance de la résurrection, c’est pour cela que le divin Luc, après que Jésus fut baptisé, a mentionné la généalogie légale, qui présente l’ombre de l’adoption, pour montrer que ce symbole a été confirmé par la vérité et que l’état maladif de la Loi a été ramené à la santé par la grâce. C’est pourquoi, en effet, il fait monter la généalogie aussi du bas vers le haut et la dresse jusqu’à Dieu, en faisant connaître que la grâce, qui vient par le baptême, nous élève et (nous) fait monter jusqu’à la parenté de race divine, lorsqu’elle nous fait enfants de Dieu, de même que l’union du mariage, qui (a lieu) après la transgression du commandement par Adam, et la naissance qui en (vient) nous ont fait descendre en bas. C’est en accomplissant l’image de cela que Matthieu a fait descendre la généalogie naturelle vers le bas, en la faisant rouler comme une roue.

(Et) que le baptême ait la force de l’adoption, Paul en témoigne, (lui) qui crie : Vous avez reçu un Esprit d’adoption (Rm 8, 15) ; et, lui aussi, Notre-Seigneur, qui dit : Si quelqu’un ne naît pas de l’eau et de l’Esprit, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu (Jn 3, 5).

(Et) qu’il soit aussi le gage de la résurrection, le même Paul le montre encore, lorsqu’il écrivait aux Romains en ces termes : Est-ce que vous ne savez pas que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis en même temps que lui par le baptême, pour la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même, nous aussi, nous marchions selon un renouvellement de vie. Car, si nous sommes devenus la même plante que lui par la ressemblance avec sa mort, mais, nous le serons aussi (par la ressemblance) avec sa résurrection (Rm 6, 3-5). C’est pourquoi, en effet, les eaux mêmes de l’Esprit divin ont été appelées également le bain de la régénération (cf. Tt 3, 5), en sorte en vérité que le baptême, qui confère l’adoption, est alors un gage véritable et non trompeur de la résurrection. Car, s’il n’y avait pas de résurrection, il n’y aurait pas non plus de baptême, qui se donne pour l’espérance de la résurrection. D’où (il suit) que le symbole de la parenté de race légale conférait, par l’adoption, à celui qui était trépassé et qui était un mort, la résurrection, laquelle paraissait ainsi que dans une image et dans une ombre. Comme le Docteur des nations considérait cela, il écrivait aux Corinthiens eux-mêmes : Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi est-on aussi baptisé à leur place (1 Co 15, 29) ? Car, comme chacun de nous est baptisé pour la résurrection, en ce qu’il est enseveli en même temps par la ressemblance avec la mort du Christ, il est baptisé pour l’espérance des morts.

Cette objection, c’est-à-dire opposition, de la division, c’est- à-dire du désaccord apparent, de la généalogie, je vous l’ai réservée aujourd’hui toute seule, comme celle qui paraissait plus importante que les autres, qui mérite davantage d’être crue et qui a besoin d’une solution digne et convenable et d’une grande explication, Je l’ai abordée avec les paroles inspirées par Dieu, à la manière des instructions, c’est-à-dire règles d’exercices, que les pédagogues crient et apprennent à ceux qui engagent la lutte. Il existe, en effet, cette habitude, même dans les luttes corporelles, (à savoir) que les athlètes, qui sont beaucoup plus fameux que les autres, qui méritent d’être crus (tels) et qui sont de la même valeur dans les luttes entre eux, soient gardés tout prêts à cause de (ce) fait, afin qu’ils combattent pour être couronnés.

Pourquoi donc, vous-mêmes, n’avez-vous pas décerné une couronne à la vérité, alors qu’elle a vaincu si remarquablement et a échappé à toute prise ? Ou plutôt son Dieu l’a couronnée avant vous, ainsi que le dit aussi le livre sacré d’Esdras en ces termes : Et la vérité est grande et beaucoup plus puissante que tout ; toute la terre appelle la vérité, et les cieux la bénissent ; et toutes les œuvres s’agitent et tremblent, et il n’y a rien après elle (Esd 4, 35-36).

Mais, ceux qui sont montés à Daphné d’une manière païenne ont estimé comme rien la vérité, qui est si terrible (et) à cause de laquelle tout s’agite et tremble. Mais, au temps obscur des nuits, ils allumaient au stade même des flambeaux en cire et mettaient des encens, en faisant furtivement leur propre perte ; et cela, sachez-le bien, ce sont certains étrangers qui me l’ont fait connaître en gémissant et en pleurant. Est-ce que vous ne voyez pas les filets du Calomniateur et ses pièges cachés, qui ont d’une part pour prétexte la joie et le plaisir à première vue et conduisent d’autre part à l’idolâtrie et à la célébration de fêtes en quelque sorte criminelles et nuisibles, et n’avons-nous pas honte, lorsque nous nous appelons chrétiens, que nous sommes nés d’en haut par la purification qui (vient) des eaux et de l’Esprit et que nous nous nommons enfants de Dieu, de courir également aux solennités de Satan, auxquelles nous avons renoncé avant le baptême divin ? Car, toutes les fois que d’un côté tu changes de vêtement et que d’un autre côté tu montes ensuite au spectacle, en étant vêtu d’une toute petite tunique de lin, qui cache les bras et pas les mains, en agitant vers le haut un bâton de férule et en ayant, pour ainsi dire, toute ta peau rasée avec un rasoir, voici, n’est-ce pas d’une manière évidente que tu as fait une procession et que tu as fêté Jupiter Olympien ?

(Et) quoi ? Est-ce à l’apparence seulement que s’arrête le dommage ? (Et) ne corrompt-il pas le corps et ne vient-il pas jusqu’à la perte de l’âme ? En effet, Jupiter Olympien, le puissant, chasse d’une part les femmes du spectacle, (et) il est fou d’autre part des jeunes enfants du sexe masculin ; c’est de là qu’(il suit) qu’un tout jeune enfant, portant des ailes, Ganymède, lui verse à boire. Et, comme beaucoup envient leur dieu impur, les jeunes gens font des actions honteuses avec les jeunes gens ; car il nous faut citer, d’une manière apostolique et voilée, autant qu’il est possible, (cette) turpitude. Que les parents comprennent dans quelle fosse ils laissent se précipiter leurs enfants, qui participeront à la corruption, et non pas au plaisir, en les envoyant au spectacle !

Je m’étonne comment le vertueux Jupiter ne demande pas à Apollon, qui est dans son voisinage, de ne pas aimer Daphné, de peur qu’il ne ramène le spectacle à l’honnêteté. Mais ce n’est pas à un conseil qu’est capable d’obéir l’or de Danaé, le cygne de Léda, qui s’est transfiguré et s’est changé (pour apparaître) sous de nombreux aspects et qui a corrompu une foule de femmes nombreuses. Et ce n’est pas à ceux qui sont savants et instruits à dire que ce sont des fables et des fictions ; car parfois aussi, lorsqu’ils rougissent de ces choses ridicules, ils se réfugient dans des expressions de ce genre. En ils ont, pour les significations des fêtes qu’ils célèbrent, des raisons (tirées) de ces fables et de ces récits, afin de se servir aussi des paroles et des chants des poètes, chez qui ces (sujets) qui sont si honteux sont et arrangés avec chant et exprimés en vers, alors qu’il fallait que dans les mystères, si en vérité ils étaient véridiques et sans souillure, tout ce qui était fabuleux et conduisait à la turpitude fût mis dehors. Comme j’avais encore beaucoup d’autres choses à dire, qui ridiculisaient le manque d’esprit de ceux qui honorent leurs propres passions et qui s’appliquent à ce que leurs dieux, (qui sont) leurs défenseurs, possèdent leur impureté, j’arrête l’homélie elle-même, qui aboutit à être démesurée, et je glorifie le Christ, qui nous a délivrés d’une telle erreur et nous a libérés de la servitude des démons. À lui (soit) la gloire dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !

Fin de l’Homélie 95

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