SUR LA NEUVIÈME HEURE DU VENDREDI QUI(EST APRÈS LA PENTECÔTE.
Peut-être quelques-uns de ceux qui sont tournés vers leur ventre et (qui), à cause de la passion avide de la gourmandise, ne peuvent pas lever les yeux de leur esprit vers les cieux murmurent et parlent contre moi. Et, lorsqu’ils sont irrités en silence par suite de la fureur, qu’ils me regardent avec des yeux perçants et qu’ils sont mus à la fois par manière de contradiction et par manière de dispute, ils disent : « D’où nous as-tu trouvé encore le jeûne d’aujourd’hui ? Tandis qu’auparavant il se terminait vers la sixième ou la septième heure, toi, tu le prolonges après le tournant (du jour), qui se fait tard et qui appartient au soir, et jusqu’au soleil couchant. Est-ce que tu peux nous citer, d’après le Livre divin, une loi qui ordonne cela ? Ou bien est-ce de ta propre autorité que tu fais ce qui te vient à l’esprit et que tu places sur nous, comme (le) dit notre Sauveur dans les Évangiles, des fardeaux lourds et difficiles à porter (Mt 23, 4), à l’exemple de ces Pharisiens ? »
Pour moi, si c’était d’une part lorsque tous avaient faim et jeûnaient qu’ils disaient cela, je supporterais avec plaisir leur fureur, tandis que, comme Paul, je dirais : Et qui est celui qui me réjouit, si ce n’est celui qui est dans la tristesse à cause de moi ? (2 Co 2, 2) Ce qui m’irrite d’autre part, c’est que le plus grand nombre de mes accusateurs lancent de telles accusations, lorsqu’ils déjeunent et sont rassasiés et lorsque souvent ils restent assis sur la place ou dans d’autres réunions. À ceux-là, de peur qu’ils n’amollissent, en bavardant inutilement, l’énergie de ceux qui jeûnent, je répondrai même avec une grande joie, et je montrerai quelle est la raison de ce jeûne et qu’il n’est pas d’un seul jour seulement, mais encore d’un grand nombre de jours.
En effet, lorsque Notre-Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ était à table dans la maison de Matthieu avec des publicains, à cause de sa grande charité, et qu’il mangeait avec eux — car Luc écrit : Lévi lui fit une grande réception dans sa maison, et il y avait une nombreuse foule de publicains et d’autres (personnes) qui se trouvaient être à table avec eux (Lc 5, 29), parce qu’en vérité le même était dit et Lévi et Matthieu — cette foule jalouse et orgueilleuse de Pharisiens blâmait sa sollicitude bienfaisante de médecin comme une chose humble et vile et elle essayait de l’injurier auprès des disciples — car c’est l’œuvre de la jalousie de diviser ceux qui s’entendent — et elle disait : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains et des pécheurs? (Mt 9, 11) — car c’est le propre de l’orgueil de se rire et de se moquer de la condescendance et de ce qui est humble et modéré. — Ceux-là, il les a également réduits au silence, lorsqu’il a dit : Ceux qui se portent bien n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui vont mal. Allez, apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non pas au sacrifice. Car je ne suis pas venu pour appeler des justes, mais des pécheurs (Mt 9,12-13). Et, par ces paroles, c’est par suite même de ce qu’ils blâmaient qu’il les a montrés coupables de nombreux blâmes.
Et en premier lieu d’une part, (il les blâme) comme ceux qui ont d’eux-mêmes une (grande) opinion de docteurs et oublient qu’il est étranger à l’état de docteur de ne pas s’abaisser avec les disciples, de même que ce n’est pas non plus le propre de la profession de médecin de ne pas se pencher vers les souffrances de ceux qui sont malades.
Et deuxièmement, (il les blâme) comme ceux qui s’enorgueillissent de connaître les Écritures et sont malades de la dernière ignorance. C’est, en effet, ce qu’indique cette (parole) : Allez, apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non pas au sacrifice, comme s’il disait : « Vous qui pensez être près de comprendre les divines Écritures, alors que vous en êtes très éloignés, allez les trouver et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non pas au sacrifice. Pourquoi mettez-vous tout dans les sacrifices légaux, (et) rejetez-vous la miséricorde qui (s’étend) sur ceux qui sont de la même race, laquelle surtout plaît à Dieu ? » alors qu’il indiquait et signifiait en même temps à son propre sujet qu’il était lui-même celui qui, à cause de sa miséricorde qui (s’étend) sur nous, allait volontairement être sacrifié et faire disparaître la faiblesse des sacrifices qui (se trouvaient) dans la Loi. C’est à leur sujet que David aussi criait d’avance, lorsqu’il voyait avec des yeux prophétiques ce qui devait arriver : Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et tu nous donneras ton salut (Ps 84, 8).
Troisièmement, il atteint les orgueilleux eux-mêmes, qui, avec cet autre manque d’esprit, se justifiaient aussi eux-mêmes et disaient pécheurs tous les autres (hommes). Et c’est pourquoi il ne leur a pas suffi de dire : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains ? mais ils ont ajouté : Et (avec) des pécheurs (Mt 9, 11). Car c’est ainsi que le Pharisien, qui monta au temple avec le publicain, disait également, en priant : Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, (qui sont) ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; je jeûne deux fois par semaine ; je donne la dîme de tout ce que je possède (Lc 18, 11-12). C’est en rapportant la parole à cette même disposition d’esprit que notre Sauveur dit : Je ne suis pas venu pour appeler des justes, mais des pécheurs, à la pénitence (Lc 5, 32); c’est-à-dire : « Ce n’est pas vous que je suis venu appeler, (vous) qui, par vos propres décisions, vous déclarez vous-mêmes justes — car vous ne voulez pas (l’être) — mais ce sont ceux qui confessent qu’ils sont des pécheurs et accourent à mon appel que je suis venu sauver. L’appel, en effet, n’est en rien nécessaire et forcé, mais il attend ce qui (se fait) par la volonté, comme en vérité, en ce qui me concerne, vous-mêmes aussi, vous êtes appelés, à la seule condition que vous chassiez loin de vous la présomption de justice qui parait (en vous) ». Car tous ont péché, comme Paul aussi (le) dit, et sont privés de la gloire de Dieu, tandis qu’ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen du salut qui est dans le Christ Jésus (Rm 3, 23-24). C’est au sujet de tels justes que celui qui parlait par le prophète Ézéchiel a dit aussi : Quand je dirai au juste : Tu vivras, et qu’il se sera lui-même confié dans sa justice et aura commis l’iniquité, toutes ses justices ne laisseront aucun souvenir ; c’est dans son iniquité même, qu’il aura commise, qu’il mourra (Ez 33, 13). La présomption de justice, en effet, est une muraille, qui barre tous les chemins qui mènent au salut et arrête Dieu, en prévenant l’esprit lui-même ; elle a fait que les Pharisiens aussi se sont précipités complètement dans la fosse de la perdition, sans les avoir laissés s’approcher du Christ, la lumière de la vérité.
Lorsque, après eux, les disciples de Jean se furent approchés, ils interrogeaient celui-là même qui était à table, à la manière d’un médecin, avec les publicains : Pourquoi, nous et les Pharisiens, jeûnons-nous beaucoup, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? (Mt 9, 14) Vois-tu comment la même jalousie excite et pousse ce qui est semblable vers ce qui est semblable et aiguise par-là l’aiguillon cruel de l’envie ? D’un côté, en effet, elle a dressé les Pharisiens, qui se glorifiaient en tant que docteurs, contre le Docteur ; à cause de cela, ils disaient également : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec des publicains et des pécheurs ? (Mt 9, 11) Et d’un autre côté, elle a dressé les disciples de Jean contre disciples du Christ ; c’est pourquoi, ils disaient aussi : Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ?
Mais celui qui est véritablement la Sagesse, et répond sans dureté à cette interrogation et les reprend en secret d’oublier les enseignements de Jean et encore de tirer pour eux-mêmes une vaine gloire du nom de disciples. Car que dit-il aussi en vérité ? « Est-ce que les fils du lit peuvent s’affliger aussi longtemps que l’époux est avec eux ? Des jours viendront où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront (Mt 9, 15). C’est par l’expression de Jean, votre propre docteur, au sujet de qui vous avez de grandes pensées, que je vous réponds ; souvenez-vous d’elle et vous aurez la solution de votre question. Lorsque celui-ci rendait témoignage à mon sujet, il disait : Celui à qui est l’épouse, c’est l’époux (Jn 3, 29). Si donc je suis l’époux et que vous ne fassiez pas mentir votre propre docteur, il est connu d’avance qu’il faut que mes disciples, alors qu’ils sont les fils du lit — car ils me servent, lorsque j’accomplis l’économie du repas de noces — soient gais et joyeux et qu’ils ne s’affligent pas ni ne soient déprimés à cause du jeûne. Or, sous quelque rapport, le jeûne relève du trouble et d’ailleurs est pénible pour ceux qui n’ont pas des dispositions parfaites, (et) pour l’heure mes disciples sont imparfaits. »
Et il semble n’importe comment que la même parole marque encore une pensée plus grande. (Le Christ), en effet, n’a pas dit : « Les fils du lit ne peuvent pas jeûner » ; mais : Ils ne peuvent pas s’affliger, alors que, pour ainsi parler, il disait : « Vous, ô disciples de Jean, vous observez un jeûne corporel et frère de celui des Pharisiens ; et c’est pourquoi vous avez dit aussi ceci : Pourquoi, nous et les Pharisiens, jeûnons-nous beaucoup ? (Mt 9, 14) Et c’est à ceux-là que vous vous êtes joints vous-mêmes. En vous vantant du grand nombre de (vos) jeûnes, en disant : Nous jeûnons beaucoup, et en développant ce (sujet) par (vos) bouches, vous avez clairement montré que vous êtes des esclaves de la vaine gloire. Or, moi, par le moyen de la gaieté qui (règne) au temps du repas de noces, j’exerce au jeûne parfait, à ce jeûne qui travaille et transforme la bienheureuse affliction, au sujet de laquelle j’ai dit en enseignant : Bienheureux ceux qui s’affligent, parce que ce sont eux qui seront consolés (Mt 5, 5). Et l’affliction, qui produit la consolation, ne pleure pas le vide du ventre ; mais elle refrène toute sensation, qui est satisfaite par les désirs, et forme tous les membres selon la loi de Dieu. Tels sont, en effet, ceux qui s’affligent, qu’ils ramènent l’intelligence même vers la seule souffrance, dont il est question, et qu’ils ne se répandent vers rien absolument de ce qui peut faire plaisir. À cause de ce qui précède, l’affliction est donc principalement une privation volontaire, qui, à la place des plaisirs du monde, apporte en retour la consolation divine, remplit l’intelligence même de la contemplation et d’avance montre et lui enseigne la béatitude qui est attendue, (à savoir) celle de la vie future. Les fils du lit ne peuvent donc pas s’affliger de ce jeûne aussi longtemps que l’époux, qui corrige leur propre imperfection, est avec eux. »
Apprenons ce que sont le repas de noces, l’épouse et l’époux, et ne passons pas simplement en courant.
Le Verbe de Dieu a cherché et poursuivi notre nature, qui s’est révoltée et s’est enfuie, (qui) a méprisé et a déshonoré en vérité l’union et la familiarité qu’elle (avait) avec lui et (qui) a soumis et a asservi sous des désirs sans nom l’âme raisonnable et qui a été à l’image de Dieu ; et il se l’est unie par les (actes) opposés. Car, lorsque cette (nature) eut brisé l’union de l’intelligence, qui (vient) de l’image divine, il s’en approche lui-même par la parenté, qui (est) selon la chair, alors qu’il est resté ce qu’il était, (à savoir) Dieu, et que sans changement il s’est fait homme. En effet, il a reçu de la postérité d’Abraham (He 11, 16), et il a germé de la racine de Jessé et des reins de David, de qui (vient) la Sainte Vierge, qui sans semence l’a conçu, et il a participé de la même manière que nous au sang et à la chair (He 11, 14), qui possède une âme raisonnable.
Cela seulement ne lui a pas suffi. Mais en vérité il a reçu (la nature) également en vue des noces mystiques, lorsqu’elle a cru en lui, après qu’il l’eut épousée par le baptême, par lequel il a commencé au bord du Jourdain — attendu qu’il est les prémices de notre race et qu’il est baptisé à notre place — et après qu’il y eut installé d’abord le lit intellectuel, par lequel nous lui sommes unis et sommes désormais nommés son épouse et Église. Et Paul en témoigne, en écrivant aux Éphésiens en ces termes : Maris, aimez vos femmes, comme aussi le Christ a aimé son Église et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, en la purifiant par le bain de l’eau la parole, pour qu’il se présentât à lui-même l’Église glorieuse, sans qu’il y ait en elle de tache ou ride ou rien de ce qui est semblable, mais pour qu’elle soit sainte et immaculée. C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes, comme leurs propres corps. Car celui qui aime sa femme s’aime lui-même ; et, en effet, personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit, la réchauffe et l’embrasse, comme aussi le Christ (le fait pour) l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps et (que) nous faisons partie de sa chair et de ses os (Ep 5, 25-30).
En effet, d’une part, le (fait) de notre parenté avec le Christ nous est arrivé par suite de son incarnation ; car nous sommes les membres de son corps (et faisons partie) de sa chair et de ses os (Ep 5, 30). D’autre part, le (fait) de l’association mystique et de l’union à la fois (s’est produit) par le saint baptême ; car c’est après l’avoir purifiée par le bain de l’eau qu’il s’est présenté à lui-même l’Église glorieuse, lorsque, à la ressemblance d’une épouse, elle resplendissait de la beauté spirituelle, et après en avoir chassé par la grâce toute saleté et (toute) souillure et, pour parler simplement, toute tache de la malice ancienne.
Que nous disent, sous ce rapport, ceux qui sont fatigués par l’illusion athée d’Eutychès ? Est-ce qu’ils ne se cachent pas et ne rougissent pas, lorsqu’ils combattent contre les expressions si lumineuses des Livres sacrés, lesquelles enseignent que l’Emmanuel, qui est de la même essence que le Père selon la divinité, le même aussi est devenu en vérité de la même race et de la même essence que nous, lorsque sans changement il s’est uni hypostatiquement à la chair, qui possède une âme intellectuelle ? Car il était un de deux, en vérité de la divinité et de l’humanité, et non pas deux après l’union ineffable, de même que notre homme aussi est compris (être) un de deux, en vérité de l’âme et du corps. Et, si c’est de l’imagination que le Christ a été vu dans la chair, il n’a pas reçu de la postérité d’Abraham (cf. He 11,16), et il n’a pas germé de la racine de Jessé et des reins de David ; il n’a pas été de la femme ; il n’a pas été sous la Loi (cf. Ga 4, 4) ; nous ne (faisons) pas (partie) des membres de son corps, de sa chair et de ses os (cf. Ep 5, 30). C’est inutilement que ces (paroles) sont assemblées et par les Apôtres et par les Prophètes et par les Évangélistes. Nous sommes vides de tous (ces) biens, s’ils appartiennent à une chair étrangère, et non pas à la nôtre, et si ce n’est pas par elle que le Verbe, qui sans changement s’est incarné, a vaincu celui qui a la puissance de la mort (cf. He 2,14).
Mais je sais bien que, lorsqu’ils entendent cela, ceux qui même depuis peu se sont mêlés eux-mêmes à la foule de l’Église sont froissés ; et, après qu’ils en ont poussé quelques-uns à cette (action), ainsi qu’en vérité je l’ai appris, c’est dans des injures (lancées) contre nous qu’ils ont trouvé leur joie et leurs délices. Quant à moi, je ne négligerai pas pour cela leur salut, parce que le médecin aussi, lorsque les malades (lui) donnent un coup de poing ou (lui) envoient un coup de pied, se rend lui-même parfait pour un cautère ou pour une incision dans les membres qui se sont corrompus.
Veux-tu, en effet, ô celui-là, apprendre d’une façon plus lumineuse que le Christ et est de la même race que nous selon la chair et est un époux ? Alors écoute l’épouse qui (est) dans le Cantique des Cantiques, laquelle d’avance symbolise l’Église elle-même et dit à (l’époux) : Voici, tu beau, fils de ma sœur, et en vérité magnifique (Ct 1, 15). Car il est, au point de vue de la beauté, plus magnifique que les fils des hommes (Ps 44, 3), ainsi que (le) chante David. Mais en vérité, lui aussi, il lui répond, en l’appelant en même temps épouse et sœur et en recevant (d’elle) la fleur, la bonne odeur, la douceur et la nourriture (provenant) de son travail, en ces termes : Je suis entré dans mon jardin, ma sœur (et) épouse, j’ai cueilli ma myrrhe avec mes parfums, j’ai mangé mon pain avec mon miel, j’ai bu mon vin avec mon lait (Ct 5, 1).
As-tu jamais vu la même personne à la fois en vérité épouse et sœur ? Mais, comme je l’ai dit, ceci d’une part appartient à la parenté selon la chair, (et) cela d’autre part à la grâce du baptême. Donc, parce que ce qui a été livré, par le moyen du baptême, par le Christ d’une manière mystique, était des noces, (et) que le besoin réclame nécessairement que l’époux lui-même, après les noces, séjourne et reste auprès de l’épouse et qu’il l’instruise et lui apprenne, en cela qu’il demeure avec elle, de quelles manières et de quelles actions elle doit se servir, c’est avec les disciples, qui étaient dans la condition de l’Église et de l’épouse, que comme homme il a vécu et a demeuré avec les hommes — et cela, bien qu’en même temps il fût Dieu également — en leur montrant tout chemin de la vie excellente, ce par quoi ils devaient former et représenter selon la manière de l’époux ceux qui en tout temps deviennent des épouses par le baptême divin.
C’est pourquoi tout le temps de l’inhumanation était la tradition, la méditation et la direction de ces noces mystiques, c’est-à-dire du lit nuptial, de l’union et du mariage ; et les disciples étaient les serviteurs, c’est-à-dire les compagnons, et les fils du lit, de même qu’aussi les serviteurs, c’est-à- dire les ouvriers, de la moisson. Le Livre divin, en effet, a coutume de nommer « fils de telle action » ceux qui servent pour quelque chose ou qui cultivent, c’est-à-dire font, quelque chose, comme « fils de la paix » (cf Lc 10,6) et au contraire « fils de la désobéissance » (cf Ep 2,2), et « fils de la force » les armées et les phalanges de ceux qui sont en armes. C’est donc ce que dit le Christ : Est-ce que les fils du lit peuvent s’affliger aussi longtemps que l’époux est avec eux ? Des jours viendront-où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront (Mt 9, 15).
Quand l’époux leur a-t-il été soustrait et enlevé ? Il est certain que c’est quand il est monté aux cieux et qu’est descendu le Paraclet, (lui qui est) le docteur du jeûne parfait et qui nous conduit et mène vers tout ce qui est parfait. Celui-ci, en effet, vous mènera à toute la vérité, disait le Christ à ses disciples (Jn 16, 13). Cet enlèvement de l’époux, le prophète David également le chante, en disant : Seigneur, notre Seigneur, que ton nom est admirable sur toute la terre, parce que ta majesté α été enlevée au-dessus des cieux (Ps 8,2) !
C’est donc aujourd’hui la commémoraison des jeûnes qui ont lieu, après que le Christ a été enlevé et soustrait, des jours qui ne sont pas déterminés selon le nombre. C’est d’une manière indéterminée, en effet, que notre Sauveur a dit : Des jours viendront où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront (Mt 9, 15). Nous cependant, en raison de notre négligence, c’est par la commémoraison d’un jour seulement que nous accomplissons la loi même d’une manière hypocrite ; nous nous montrons difficiles par rapport aux heures de ce (jeûne), nous regardons l’air, nous rêvons au coucher du soleil et notre palais est ouvert tout grand vers lui. Mais ce ne sont pas (là) ceux qui sont vraiment chrétiens.
Je sais aussi, en effet, que beaucoup observent ces (jeûnes) exactement même dans les villes, et surtout des femmes chastes, dont quelques-unes d’une part jeûnent également tous les jours, et beaucoup d’autre part (jeûnent) le mercredi et le vendredi, (elles) dont rient aussi ceux d’entre les maris qui sont très négligents et (qui les) poussent et les incitent à rompre (le jeûne). Mais, ceux qui tiennent la place de la tête sont vaincus par celles qui d’un côté sont des femmes, (et) qui d’un autre côté sont cependant des âmes fortes, et ils leur doublent la récompense, en sorte qu’elles seront couronnées ; et (cela), après avoir jeûné et après avoir vaincu en même temps par la puissance du Christ, qui a dit : Ma puissance se complète dans la faiblesse (2 Co 12, 9), et qui réalise cela par les faits eux-mêmes. À lui (soit) la gloire dans les siècles ! Amen !
Fin de l’Homélie 92