CATÉCHÈSE QUI FUT PRONONCÉE SELON LA COUTUME POUR CEUX QU DEVAIENT ÊTRE BAPTISÉS LE JOUR TRÈS GLORIEUX DE PÂQUES ET DE LA RÉSURRECTION, ALORS QU’ILS ÉΤΑΙΕΝΤ RÉUNIS EN TRÈS GRAND NOMBRE. C’EST LA QUATRIÈME (CATÉCHÈSE).
En voyant cette assemblée spirituelle, j’ai cru voir non pas seulement des hommes, mais aussi une réunion des ordres célestes qui, après s’être mêlée et être entrée parmi vous d’une manière invisible, est présente, vous entoure extérieurement, complète le troupeau unique et parle à l’assemblée de l’Église, (à savoir) : des anges, des archanges, des puissances, des dominations et tout ce qu’a énuméré Paul, (tout) esprit ou (tout) nom intellectuel et immatériel, soit qu’il ait été nommé à présent, soit qu’il doive être connu dans le siècle futur (cf. Ep 1, 21) ; et c’est très justement que (j’ai cru cela).
Si, en effet, selon ce qui est écrit, ce sont des esprits faisant fonction de ministres qui sont envoyés pour (exercer) leur ministère en faveur de ceux qui doivent recevoir l’héritage du salut (He 1, 14) — or en ce moment le salut le plus important de tous et le plus parfait de tous et est (tout) proche et est présent et se tient à la porte, je veux parier (du salut) de ceux qui doivent obtenir le divin baptême, ( salut) qui en vérité fournit également la matière et le sujet de cette présente homélie, et (du salut) que vous possédez, fidèles, vous qui vous approchez des mystères en même temps que ceux qui sont initiés et (qui) avec les yeux de l’esprit vous approchez très largement et très vaillamment de ce qui se dit — comment resteraient-ils à l’écart ? Et comment ces ministres du salut n’afflueraient-ils pas et ne viendraient-ils pas avec joie, et non pas par un ou par deux, mais pour ainsi dire avec tous les ordres et (tous) les chœurs ?
C’est pour eux, en effet, une joie et un plaisir sans fin que ce ne soit pas en eux seulement que s’établisse la connaissance de Dieu, ainsi que la communication et le flot de la lumière élevée et (placée) au-dessus de tout, mais qu’elle s’écoule sur un grand nombre et qu’elle se répartisse et se répande sur toute âme raisonnable et sur toute nature capable d’avoir part à un tel bienfait. C’est pourquoi, aussi à l’occasion de la naissance de l’Emmanuel selon la chair, après qu’ils furent frappés d’étonnement par la charité ineffable et l’attention dont nous avons été l’objet, lorsque comme des chœurs ils entonnèrent le chant qui sied aux esprits intellectuels et immatériels qui sont les créatures du bon Dieu et aux anges qui sont ses ministres, ils chantaient également notre propre salut et le glorifiaient en disant : Gloire à Dieu dans les hauteurs et sur la terre paix, parmi les hommes bonne volonté (Lc 2, 14). C’est pourquoi notre Sauveur lui-même dit aussi dans les Évangiles : Je vous dis : II y aura de la joie devant les anges de Dieu à cause d’un seul pécheur qui fait pénitence (Lc 15, 10).
Or, lorsque en tout lieu qui est sous le soleil la source qui fait jaillir le baptême de la pénitence et la rémission des péchés s’ouvre avec une grâce libérale, débordante, riche et abondante, que le ligament et le fœtus spirituel sont mystérieusement rompus et séparés et que simultanément et subitement la foule et le peuple saint et l’Église enfantent en masse, d’une part en concevant ces (enfants) tandis qu’ils sont des serpents et des petits de vipères qui laissent échapper un venin de méchanceté et d’amertume et d’autre part en les changeant par cette conception même et en en faisant des enfants de lumière, c’est de toute nécessité que les anges se tiennent près de ceux qui enseignent (et) près de ceux qui écoutent, près de ceux qui rendent parfaits (et) près de ceux qui sont rendus parfaits, en sorte que la terre est devenue d’autres cieux. Ce n’est donc pas d’une manière différente qu’on doit être disposé dans son esprit mais c’est comme si on se tenait en ce moment-ci dans les cieux mêmes, qu’on se trouvait réuni avec les anges et qu’on faisait la solennité avec les armées supérieures.
Et parce que l’homélie catéchétique elle-même tient en quelque sorte la place d’un témoignage qui est fait d’avance et d’un commandement qui avertit d’avance — car d’avance elle dit et témoigne à ceux qui s’approchent du bain divin de ne plus retourner en arrière — les anges sont ici présents, attestant ce que nous disons et mettant par écrit les paroles des engagements que ceux-ci contractent envers le Christ. Et il est facile de voir cela par ce que Paul a fait dans un cas semblable, lorsqu’il a écrit à Timothée en ces termes : Je l’atteste devant Dieu et le Christ Jésus et devant les anges élus, afin que tu gardes ces choses d’une manière irréprochable, en ne faisant rien par hypocrisie (1 Tm 5, 21). Mais je ne sais comment en avançant la parole nous a montré que non seulement les anges mais que Dieu et Père lui-même et que le Fils aussi et que le Saint-Esprit encore — c’est certain — sont ainsi présents en tout lieu et remplissent l’univers ; car pour ce motif ils sont également et dans l’univers, mais également et dans la charité et dans la bonne volonté et dans l’action et dans la parenté. La preuve évidente en est la parole du Christ notre Sauveur, laquelle dit : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Mt 18, 20) ; il a lui-même réuni aussi ce qui est en bas à ce qui est en haut, lorsqu’il a pacifié par le sang de sa croix soit ce qui est sur la terre, soit ce qui est dans les cieux (Col 1, 20), comme l’Apôtre le disait en écrivant aux Colossiens.
Qui donc ne tremblerait pas, eût-il même une âme de pierre, en pensant que d’une part il se tient dans les cieux et que d’autre part il est entouré par des milliers et par des myriades d’anges, qu’il s’approche là de la lumière même de la sainte Trinité qui est présente et qu’il est éclairé par cette (lumière) ? Car le grand mystère de l’ineffable Trinité, qui autrefois d’une part était montré d’une manière confuse (et) d’autre part restait caché aux armées intellectuelles et incorporelles plus élevées que les autres esprits, je veux parler des chérubins et des séraphins, est confessé en ce moment par nous au moyen de lèvres (formées) avec de la boue, est connu dans la mesure où il peut être saisi par les hommes et est prêché en (toute) liberté. En effet, nous confessons que nous croyons au Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, en vérité de tout ce qui est vu et de (tout) ce qui n’est pas vu ; et au seul Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique, qui a été engendré de lui c’est-à-dire de sa propre essence avant tous les siècles et éternellement » et qui est de la même essence que le Père ; et au Saint-Esprit qui procède du Père sans commencement et indépendamment du temps et éternellement (et) qui est de la même essence que le Père et que le Fils.
Paul lui-même certes disait justement : C’est maintenant que les principautés et les puissances dans les cieux ont connu par l’Église la sagesse infiniment variée de Dieu (Ep 3, 10). En effet, les chérubins qui ont eu pour nom « la multitude de la science » — car c’est là ce que montre la langue hébraïque — parce qu’ils sont représentés avec des faces nombreuses et par celles-ci ils font connaître la richesse de la contemplation, parce qu’ils resplendissent tout entiers complétement et non pas partiellement d’yeux nombreux et qu’ils brillent comme des étoiles très brillantes et par là ils montrent qu’ils sont vigilants et éclairés, parce qu’ils s’élèvent et volent au moyen d’ailes nombreuses et par là ils font connaître la rapidité, la légèreté, l’élévation et la mobilité — car c’est par ces apparences corporelles et ces appellations ainsi que par des signes et des symboles que nous obtenons peu à peu la compréhension de ces (êtres) incorporels et que (nous savons) qu’ils sont tels au point de vue de la nature et au point de vue de la condition —(les chérubins, dis-je) s’attiraient eux-mêmes pour leur part la connaissance ou l’imagination de la ressemblance de la gloire du Seigneur et dans cette seule participation même à peine jouissaient-ils non pas de la gloire elle-même, mais de la ressemblance de la gloire du Seigneur, à plus forte raison (ne jouissent-ils) d’aucune manière et d’aucune façon de l’essence de Dieu — comment (en jouiraient-ils)? — ou plutôt ils en sont éloignés à une grande distance. Et il est facile d’entendre encore la parole même de celui qui a vu qu’il en était ainsi pour les (chérubins), et celui-ci était le prophète Ézéchiel : C’est, dit-il, la vue de la ressemblance de la gloire du Seigneur (Ez 2, 1).
De même en est-il aussi pour les séraphins, eux en vérité qui, traduits pour passer en langue grecque, se nomment « les esprits qui se tiennent en haut », ainsi qu’ils sont également, parce que, comme s’ils se tenaient en haut et qu’ils étaient plus élevés que les autres armées, ils s’appliquaient avec insistance à la hauteur de la contemplation divine, autant qu’il est possible, aspirant et se plaisant à tirer quelque chose de plus de la beauté et de la lumière qu’on ne peut concevoir et dont on ne peut se rassasier ; eux aussi, en effet, ils sont pourvus d’ailes nombreuses pour le motif précédemment dit ; — c’est le prophète Isaïe qui (les) a vus (Cf Is 6, 2) — avec les unes d’une part ils s’élèvent en volant, ils se hâtent dans leur désir (de se porter) vers celui qui est aimé et, pour ainsi dire, ils osent passer par-dessus celui qui ne peut être dépassé ; et avec les autres d’autre part ils retiennent le désir du mouvement qui court en avant et ils se cachent la face, de peur que, s’approchant avec tout le visage de ce qui est très élevé sans pouvoir le supporter, ils ne perdent même le degré d’illumination qui serait descendu jusqu’à eux, parce que pour eux quelque chose n’est visible que dans la mesure où leur face qui est cachée par les ailes a la possibilité de voir, et cela ne montre comme par une fente qu’un point lumineux qui est petit et très confus. En effet, ce qui dépasse la puissance visuelle, le verrait-on pendant un temps très court — et il serait mieux de dire : chercherait-on à le voir — éteint la vue plutôt qu’il ne l’éclaire ; pour cette raison, comme ce qui (précède), l’éclair qui passe en courant, avant qu’on ait pensé à le voir, fait également que l’œil se ferme, en lui interdisant le regard par la peur.
C’est pourquoi il est encore écrit, au sujet des armées dont il est question, non pas qu’elles se cachaient la face simplement, mais qu’elles se cachaient de la façon la plus complète même les pieds avec les autres ailes (Cf Is 6, 2), ce qui en vérité fait connaître la peur et la frayeur ; car c’est un signe de peur que de regarder en soi-même et de se retirer au-dedans (de soi-même).
Tandis que de cette façon en vérité les séraphins entouraient le trône royal et élevé, que dit Isaïe ? — Qu’il les a entendus crier : Saint, saint, saint est le Seigneur des armées (Is 6, 3). Cette θεολογία ou théologie parfaite de la Trinité, qui alors d’une part était énoncée et chantée par les armées supérieures et incorporelles ainsi que dans une énigme, en ce moment d’autre part a été découverte et comprise par ceux qui sont baptisés et qui confessent qu’ils croient au Père et au Fils et au Saint-Esprit. En effet, quand par ce mot qui est répété trois fois et qui suppose l’égalité d’honneur, elle a distingué les trois hypostases du Père et du Fils et du Saint-Esprit et qu’elle a mis en lumière leur « non-confusion » par cela même qu’elle a dit : Saint, saint, saint, elle les a pareillement réunies toutes les trois en une seule seigneurie et divinité par ce qu’elle a ajouté ensuite : Le Seigneur des armées ; car une est la seigneurie et divinité des trois hypostases. Et ce (Seigneur) des « Sabaoth » fait connaître (le Seigneur) des milices, c’est-à-dire en vérité des ordres et des armées célestes, parce que celui qui est compris dans l’unité et dans la trinité comme fondateur et créateur et auteur est et le Seigneur et le Dieu non pas seulement de la création visible, mais encore de la (création) invisible. C’est de cette manière, en effet, que le prophète des Psaumes dit aussi quelque part : Celui qui fait des esprits ses anges et du feu ardent ses ministres (Ps 103, 4).
Et lorsque je considère toute la gloire des séraphins c’est sur moi que s’étend et se répand le prodige de la charité de Dieu. En effet, aux paroles qui ont été dites précédemment, (à savoir) cette (phrase) : Saint, saint, saint est le Seigneur des armées, (Isaïe) a encore ajouté cette (phrase) : Toute la terre est pleine de sa gloire (Is 6, 3). Et bien qu’il fallût en vérité dire que ce sont surtout les cieux qui sont pleins de sa gloire, cependant il ne l’a pas dit, parce que en vérité cette (gloire) qui était alors montrée d’une manière couverte et confuse aux (êtres) célestes, ainsi que nous l’avons dit, le Fils unique et Verbe a fait qu’elle soit connue dans les derniers jours, lorsqu’il est descendu et en ce qu’il s’est incarné, s’est fait homme et a vécu avec nous qui sommes hommes et il a rempli toute la terre de la gloire qui est dans la Trinité, lorsqu’il a prêché (ce) nom qui était caché et tenu secret et lorsqu’il a fait connaître que d’une part celui de qui il était lui-même avant les siècles comme engendré est et s’appelle le Père, que d’autre part lui-même (est et s’appelle) le Fils et que celui qui procède du Père (est et s’appelle) l’Esprit de vérité et (l’Esprit) saint. C’est ainsi en vérité qu’il disait également même aux Apôtres : Allez, enseignez toutes les nations, en les baptisant au nom Père et du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28, 19). C’est pourquoi, quand il était sur le point de venir à la croix, il disait aussi au Père : J’ai révélé ton nom aux hommes (Jn 17, 6) ; et encore : Père juste, même le monde ne t’a pas connu ; quant à moi, je t’ai connu, et ceux-ci également ont connu que c’est toi qui m’as envoyé ; et je leur ai fait connaître ton nom et je (le leur) ferai connaître (Jn 17, 23-26).
Et quoiqu’en vérité le nom de Dieu ne fût pas inconnu à tous les hommes, pour ainsi dire, même avant la venue (du Fils) dans la chair, cependant c’était une chose cachée et tenue secrète que (Dieu) était le Père. Tu diras peut-être que les païens également le reconnaissaient pour le Père, en disant : « le Père et des hommes et des dieux ». Mais, puisque le Fils véritable et de la même essence et selon la nature était caché et inconnu, c’est d’une façon fausse nécessairement qu’était confessé le Père ; car la connaissance du Fils est la (seule) révélation du Père qui soit véritable et exempte de fausseté et au sujet de laquelle il n’y ait point de discussion. Celui qui m’a vu, dit-il, en effet, a vu le Père (Jn 14, 9). C’est pourquoi il a dit : Père juste, même le monde ne t’a pas connu ; quant à moi, je t’ai connu (Jn 17, 25) ; c’est-à-dire « non pas ainsi que le monde se figurait te connaître, mais ainsi que je suis moi seul à te connaître ; j’ai fait connaître ton nom, ce par quoi on a connu à mon sujet que c’est toi qui m’as envoyé ». En effet, il a ajouté : Ceux-ci également ont connu que c’est toi qui m’as envoyé, en sorte en vérité que ce (fait) que le Fils a été connu a donc été la connaissance de cet (autre fait) que Dieu était également le vrai Père.
Que personne, en prenant au point de vue humain la (parole) que le Fils a dite au Père : Quant à moi, je t’ai connu (Jn 17, 23), ne pense qu’il a eu une connaissance du Père qu’il a (ainsi) eue par suite de l’ignorance et qu’il a acquise récemment ; mais (qu’il considère cette parole) d’une manière digne de Dieu et (qu’il estime) que cette (connaissance) est en lui naturellement et éternellement, selon ce que Matthieu a dit du Père : Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils voudra le révéler (Mt 11, 27 ; Lc 10, 22).
C’était (là) ce que criaient en vérité les séraphins : Toute la terre est pleine de sa gloire. En effet, après que la gloire eut été répandue sur la terre par le (Fils) unique, elle est également montée jusqu’aux cieux mêmes, en sorte que la charité pour l’Église fut cause pour les esprits d’en haut d’une connaissance et d’une compréhension plus claire ; de là (vient) (que l’Évangéliste Jean disait : C’est le Fils unique qui est dans le sein du Père qui (l’) a lui-même raconté (Jn 1, 18). Car il n’appartenait encore à personne parmi les hommes, mais à lui seul lorsqu’il est descendu sur la terre, de montrer et de révéler le nom adorable de la Trinité, et celui-ci (toutefois), non pas encore comme il est aussi, mais comme il est saisi par nous. C’est pourquoi, quand il s’agit également de la victime spirituelle et raisonnable, lorsque nous crions ce (chant) : Saint, saint, saint est le Seigneur des armées, que nous confessons que la seigneurie est une dans les trois hypostases, que nous nous acquittons de la gloire des séraphins et que nous voulons montrer clairement que personne ne nous a appris la connaissance de la confession de ce nom si ce n’est seulement le Fils unique qui est dans le sein du Père, qui est un de la sainte Trinite, qui s’est également incarné pour nous sans changement et s’est fait homme, aux paroles du Trisagion nous ajoutons immédiatement l’action de grâces : « Béni est celui qui est venu et vient au nom du Seigneur » , en faisant connaître que, si celui qui va encore revenir au nom du Père n’était pas venu lui-même, nous ne serions pas dignes nous-mêmes d’exprimer par notre bouche ce cantique de gloire que les armées célestes chantaient et disaient à grand ‘peine et avec crainte et d’une manière ineffable.
Et (cette phrase : Saint, saint, saint est le Seigneur des armées) convenait et montait à la sainte Trinité d’une manière générale, et de plus d’une manière particulière à chacune des hypostases, soit qu’on dise le mot « saint » trois fois, soit qu’on (le dise) une fois. En effet, si quelqu’un, portant son regard, pour ainsi dire, sur le Père et sur sa seule personne, glorifiait celui-ci par le mot « saint » répété trois fois ou s’il le nommait « trois fois saint », ou (s’il traitait ainsi) le Fils à part ou le Saint-Esprit isolement, il ne s’écarterait pas de ce qui est convenable ; car le Trisagion est propre à chacune des hypostases, tout en convenant aux (deux) autres. Les hypostases, en effet, qui participent à la même essence les unes comme les autres et qui en vérité sont une seule divinité et seigneurie, participent nécessairement et au Trisagion et à la louange et à la gloire de l’éloge qui monte jusqu’à eux. Et de plus si quelqu’un, en embrassant par l’intelligence, autant qu’il est possible, la sainte Trinité en bloc et en même temps, faisait tendre vers elle et (sa) parole et (sa) pensée et s’il embrassait en même temps cette gloire trois fois sainte, en l’appliquant à part à chacune des hypostases, à l’une le mot « saint », à l’autre l’autre mot « saint » et à l’autre l’autre mot « saint », il ne déchoirait pas de ce qui est orthodoxe ; car l’unité et l’identité d’essence rendent commune cette même gloire, et la « non-confusion et la propriété des hypostases la rendent spéciale.
C’est, parce que cette connaissance devait descendre jusqu’à nous que les séraphins disaient : Toute la terre est remplie de sa gloire (Is 6, 3). En effet, après que (la terre) a reçu la venue de Dieu laquelle est véritable et dans la chair, comment ne devait-elle pas être remplie de gloire et être comparée aux cieux sous le rapport de la magnanimité en même temps que changer de rôle et faire monter la gloire et la connaissance très complète qui aurait dû descendre d’en haut ?
Telle est la richesse qu’a répandue sur nous celui qui s’est vidé lui-même (Ph 2, 7) —non pas en ce qu’il a cessé d’être plein, mais en ce que volontairement il s’est fait pauvre et a participé à notre indigence — que nous sommes nous-mêmes pleins au lieu de vides et riches au lieu de pauvres.
En proclamant d’avance cette richesse et (cette) grâce complète et abondante, le prophète Isaïe disait : Toute la terre a été remplie de la connaissance du Seigneur comme des eaux assez abondantes pour couvrir les mers (Is 11, 9). Ne nous écartons pas de cette louange qui est bien plus complète et de (cette) gloire parfaite, qui d’une part était chantée mystiquement et est chantée encore par les séraphins avec les armées qui leur sont proches (et) qui d’autre part a été révélée à ceux qui sont sur la terre par le (Fils) unique, au moyen de laquelle c’est d’une manière semblable et sans confusion et sans division que la Trinité qui est sainte et présente l’égalité d’essence est en vérité confessée et glorifiée ; mais prenons-la dans son intégrité et dans toute sa teneur, en ne déposant rien de la sainte Trinité, mais en vérité en la louant et en la glorifiant avec les armées supérieures par l’égalité d’honneur en tant qu’elle présente l’égalité d’essence, sans déraisonner avec les stupidités d’Arius, lesquelles combattent et luttent également contre la gloire des séraphins et sans professer l’iniquité dans les hauteurs (Cf Ps 72, 8), comme a dit le prophète David.
(Les Ariens), en effet, en faisant, autant qu’il est en eux, descendre du trône royal l’unique Verbe, qui règne et est assis avec le Père, le mettent au nombre des créatures et au nombre des esprits faisant fonction de ministres qui sont dans les cieux, comme s’il était venu à faire partie des choses qui ne sont pas et (comme) s’il n’était pas avec le Père éternellement, et ils disent que Paul a appelé le Fils le premier-né de toute la création (Col 1, 15) ; « il y a donc nécessité, disent-ils, en tant que frère des créatures, qu’il soit nommé le premier-né de toute la création. » Or le fait de dire cela n’est pas le propre d’autres (hommes) si ce n’est de ceux qui sont fous et se posent en adversaires de la nature et de l’ordre des faits. II leur faudrait, en effet, et être conduits par la qualité des locutions et par la prononciation des mots aux sens qui conviennent aux faits placés devant nous, et juger de leurs différences et savoir clairement que d’une part le mot « premier-né » indique la génération et l’identité d’essence et de nature — car quelqu’un engendre le fils qui (vient) de lui-même et ne le fait pas — et que d’autre part le mot « création indique l’état de ce qui est fait — car toute la création soit celle qui n’est pas vue, soit celle qui est visible, est ce qui est fait. — Comment donc se peut-il que le même comme Fils soit premier-né et comme ce qui est fait soit rangé et compté avec les créatures ? Si Paul voulait cela, en effet, (s’il voulait) montrer qu’il est le premier-né de la création, il aurait dû dire : « Le premier-né de l’autre création » ou « du reste de la création ». Or ce mot : « Toute la création » montre ceci, (à savoir) qu’il est quelque chose qui est distinct, qui est mis à part, qui est en dehors de toute la création, en tant qu’il est engendré avant tous les siècles et non pas fait ; car les siècles eux-mêmes, que le Père a faits par son intermédiaire (cf. He 1, 2) avec les autres choses, sont également une (partie) de toute la création. Il est, en effet, la splendeur de la gloire et l’image de l’hypostase (He 1, 3) du Père, laquelle a resplendi à partir de sa propre essence sans s’en écarter et de toute éternité. Or s’il était créé ou fait, de toute nécessité il aurait été fait et créé avant les autres créatures dans une portion et ainsi que dans un espace de temps (qui fait partie) des siècles et, comme on peut bien le penser, (dans) un court moment de temps ; par conséquent le Fils lui-même, le (Fils) unique (?), dont il est écrit qu’il est l’auteur des siècles (cf. He 1, 2) ne serait pas l’auteur de cette partie.
Tout au contraire, si on pense de lui qu’il a été dit le premier-né de toute la création en tant que frère des créatures et non pas en tant qu’il est engendré avant tous les siècles, comment celui qui a beaucoup de frères et qui est rangé avec les autres créatures serait-il vraiment appelé (Fils) unique ; car le même est dit et (Fils) unique et premier-né, afin que par le mot « (Fils) unique » nous chassions la folle pensée qui (dérive) du mot « premier-né » et qui ne convient pas à Dieu, en ne considérant que ceci, (à savoir) qu’il est engendré avant tous les siècles, (et) par conséquent en ne le mettant plus à la première place et en ne l’ignorant plus d’une préséance athée, comme si les autres créatures étaient ses propres sœurs. En effet, cette (expression) : Le premier-né de toute la création, comporte la répudiation, la séparation et l’éloignement, et non pas la participation et la ressemblance, à tel point en vérité que nous le mettons en tête des choses qui lui ressemblent. Or, c’est à cause de L’inhumanation, parce qu’il a participé à la même essence que nous et qu’en tout il a accepté pour lui la ressemblance avec nous à l’exception du péché, qu’il a été dit convenablement s’être fait le premier-né entre beaucoup de frères (Rm 8, 29) en tant que le second Adam de notre race et s’être fait le premier-né d’entre les morts (Col 1, 18) en tant qu’il est les prémices de notre seconde formation et de la résurrection qui (mène) à l’incorruptibilité. Assurément, est-il dit.
Mais lui-même a dit clairement dans les Évangiles : Mon Père est plus grand que moi (Jn 14, 28), » (répliqueras-tu). — Mais il faudrait que ce ne soit pas en passant que tu l’entendes dire d’après les mêmes Évangiles : Le Père qui m’a donné est plus grand que tout, et personne ne peut ravir de la main de mon Père. Moi et mon Père, nous sommes uns (Jn 10, 29-30). En effet, parce que, lorsqu’il s’est fait homme pour nous sans changement, il est devenu l’une d’entre toutes les choses et qu’il a été recensé parmi toutes les choses — et certainement parmi les choses qui sont considérées (être) après Dieu — sans avoir rejeté loin de lui l’élévation divine, à cause de ce (mot) : « (II est) plus grand que lui », je dirai qu’il (s’agit) du Père, et à cause de ce (mot) : « II est même plus grand que tout », je dirai qu’il suit de là également que (toutes choses) lui ont été données par le Père, (choses) en vérité qui lui appartenaient et dont il était le propriétaire en tant que Dieu, et à cause de l’identité d’essence je dirai : Moi et le Père nous sommes uns. Ainsi d’une part le (mot) « grand » relève de l’économie qui a lieu par l’inhumanation et d’autre part le (mot) « un » relève de l’égalité d’honneur qui est dans la divinité. C’est pourquoi le peuple juif qui est jaloux et qui combat contre Dieu, s’indignant aussi de ce qui avait été dit, se pressait de le lapider, en disant : Alors que tu es homme, tu te fais Dieu toi-même (Jn 10, 33). Car c’est pour le même motif de l’anéantissement volontaire qu’il dit et qu’il a été envoyé par le Père (Jn 5, 37) et qu’il a reçu le commandement (Jn 10, 18) et qu’il ne peut rien faire par lui-même (Jn 5, 19. 30). Mais nous savons que, lorsqu’il était dans la forme de Dieu et qu’il a condescendu à prendre la forme de serviteur (Cf Ph 2, 7), il a prononcé des paroles qui conviennent à la servitude et à l’obéissance (et) qui n’amoindrissent ou ne rapetissent en rien l’élévation et la hauteur de sa divinité ; car comment la condescendance et l’humilité des paroles conformes à l’économie auraient-elles produit un amoindrissement de l’essence divine ou de la puissance (de Dieu) ?
Si ces ignorants, en effet, prenaient la (parole) : Le Père est plus grand que moi (Jn 14, 28), par comparaison au point de vue de la divinité, comment celui qui est une créature irait-il se comparer lui-même à celui qui est incréé ? Car ce sont les choses qui se ressemblent, et non pas celles qui par nature sont complètement éloignées, qui se comparent les unes avec les autres. Et puis, si le Christ est la force de Dieu et la sagesse de Dieu (1 Co 1, 24), comment ne serait-il pas déraisonnable de dire que c’est par suite de sa sagesse et de (sa) force que le Père est plus fort ou plus sage ? En rien, en effet, le Fils n’est inférieur au Père, puisqu’il possède la même gloire que lui, la (même) royauté, la (même) éternité, la (même) force. Paul, en effet, dit qu’il est l’image du Dieu invisible (Col 1, 15), la splendeur de sa gloire et l’image de son hypostase (He 1, 3) — or dans l’image il y a tous les (traits) du modèle — en sorte qu’il est à proprement parler une image, non pas une image artificielle et inanimée faite artificiellement comme les images qui (se rencontrent) chez nous, ni (une image) au sens où nous sommes dits nous-mêmes être à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26), en ayant part à la grâce qui (vient) de lui, mais l’effigie de la ressemblance et l’empreinte propre de l’hypostase du Père, ce qu’est aussi l’image, de manière qu’il soit la vie hypostatique de la vie, la lumière de la lumière, la force sans fin de la force infinie et illimitée. Où donc placerons- nous ici le (mot) « grand », attendu que partout nous rencontrons en premier lieu l’égalité en tout, à moins qu’on ne soit entraîné de force et contraint à dire que, par cela que le Fils est du Père, bien qu’il ait resplendi de lui indépendamment du temps et éternellement en tant que la splendeur de la gloire du Père, il n’est pas au point de vue de l’éternité l’égal de celui qui le fait resplendir. Or cela même ne cause aucune infériorité au Fils. En effet, de même qu’il est grand pour le Fils d’être engendré par le Père (en étant) éternel et sans commencement, de même pour le Père aussi il est grand et marque d’une gloire qui est digne de Dieu d’avoir un Fils qui est son égal au point de vue de l’éternité et qui n’a pu être acquis, ni ajouté. Car, si le Fils était regardé comme inferieur au Père, par cela même qu’il n’est pas Père, est-ce donc que le Père aussi présenterait lui-même un défaut, parce qu’il n’est pas Fils ? Mais cela appartient à ceux qui plaisantent, et non pas à ceux qui font de la théologie. En effet, « Père », « Fils » et « Saint-Esprit » sont des désignations qui caractérisent et font connaître clairement la « non-confusion » des hypostases ; car elles ne définissent pas la Trinité par ce qui est supérieur, ni par ce qui est inférieur. En effet, tout ce qui se trouve dans le Père et dans le Fils, cela apparaît aussi dans le Saint-Esprit. En le proclamant d’avance, en effet, le prophète David disait au Père : Dans ta lumière nous verrons la lumière (Ps 35, 10), c’est-à-dire dans le Fils (nous verrons) le Saint- Esprit. Car, lorsqu’il a paru par l’intermédiaire de la chair, (le Fils) lui-même nous a révélé (le Saint-Esprit) et c’est par (l’Esprit) que (le Fils) lui-même a été révélé très brillamment. C’est là, en effet, ce qu’a dit également le grand Grégoire, le synonyme des signes et des prodiges étonnants, ou plutôt celui qui lui a découvert la foi : « Un seul Saint-Esprit qui tient du Père l’existence et qui a été montré par le Fils — aux hommes, c’est certain — le parfait du parfait, de la même manière que le Fils est aussi l’image du Père, en disant : Celui qui me voit, voit celui qui m’a envoyé. Moi la lumière, je suis venu dans le monde. » Car les hypostases se montrent elles-mêmes les unes les autres, parce que la divinité qui (se trouve) dans les trois (hypostases) possède un seul et même honneur.
L’auditeur dira peut-être ou bien avec le désir d’apprendre par suite de l’ignorance ou bien par manière de discussion par suite de ruse : « Si le Saint-Esprit également tient du Père (son) existence éternelle, pourquoi lui aussi n’est-il pas considéré et n’est-il pas dit Fils ? » — Parce qu’il n’est pas écrit qu’il a été engendré, mais que c’est de la théologie qu’il procède. Car ces (appellations) qui (sont renfermées) dans des limites bien définies, dis-je à mon tour, tout en se ressemblant, font connaitre des faits et elles ne sont pas, bien au contraire, des paroles vides et des mots. De même, en effet, que je ne dis jamais que le Fils est le Saint-Esprit, parce qu’il ne procède pas, mais qu’il est engendré, de même c’est une impiété de dire que le Saint-Esprit est le Fils, parce qu’il n’a pas procédé par génération.
En effet, si cela était, il y aurait cette (autre) faute que le Fils ferait également mentir la désignation de (Fils) unique. Car, lorsqu’il y a deux fils, comment l’un de ceux-ci serait-il le (Fils) unique ? Mais il faut garder attachée au Fils la génération et (attachée) à l’Esprit la procession, de même qu’au Père aussi le fait de n’être ni d’une manière engendrée, ni de quelque chose. En effet, lorsque les propriétés de chacune des hypostases demeurent immuables et que nous croyons que l’essence ou divinité est unique dans les trois (hypostases) à la fois sans confusion et sans division, (alors) nous confesserons la sainte Trinite telle qu’elle est en vérité, sans rechercher en quoi consiste la génération divine et la procession et quelle différence existe entre elles, et la sainte Trinité se connaîtra elle-même telle qu’elle est.
Or il est important pour nous de confesser sans altération ce que le Fils unique qui est dans le sein du Père nous a raconté (Jn 1, 18) et expliqué et de ne pas avoir par manière de discussion l’audace de regarder à l’intérieur de ces (questions) mystérieuses et cachées. En effet, ce que (le Fils) a dit lui-même suffit à celui qui est modeste en place de toute démonstration. D’où toi-même, en effet, dis-tu ces choses, sans qu’elles soient de celui-ci ? Par conséquent, aie pour règle qu’il te faut ni dire cela, ni demander ce qu’il ne l’a pas dit lui-même ; car il a passé sous silence ce qu’il savait manifestement dépasser la profonde ignorance.
Quant à ce qui doit nous être dit par ceux qui luttent contre le Saint-Esprit — ce qui s’est rencontré d’une part avec méchanceté et iniquité et d’autre part avec ignorance et manque d’intelligence — il faut également nous en garder et nous en préserver. En effet, ils disent : « il est écrit au sujet du Fils : Toutes choses ont existé par lui, et sans lui absolument rien n’a existé (Jn 1, 3). Or le Saint-Esprit est également renfermé en quelque sorte parmi toutes les choses. Par conséquent il est créé par le Fils, lorsqu’il a existé avec les autres choses. » — C’est là une controverse qui trompe et qui relève d’un sophiste, laquelle est plus fragile qu’une toile d’araignée. En effet, que l’essence divine n’est pas comptée et mise avec toutes les choses, ni renfermée avec elles, parce qu’elle est au-dessus de tout, quel est celui dont les pensées sont saines qui ne le confesse pas en même temps ? Comment le Fils devait-il donc créer l’Esprit de vérité qui procède du Père comme l’une des autres choses qui font partie des choses qui ont existé ? En effet, de même que celui qui a été engendré par le Père éternellement n’est nullement considéré être l’auteur de sa propre génération, pour le même motif nécessairement il n’est pas non plus (l’auteur) de la procession de l’Esprit. Car, si (celui-ci) procède du Père au point de vue de l’essence, comment est-il créé par le Fils ? Comment celui qui est créé est-il aussi compté et rangé avec le Père et avec le Fils ? Allez, dit-il, en effet, enseignez toutes les nations, en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28, 19). Et l’Évangéliste lui-même s’est également servi avec une grande précaution de la (parole) qui suit, lorsqu’il dit : Et sans lui absolument rien n’a existé de ce qui a existé (Jn 1, 3), en sorte en vérité que la parole renferme par conséquent toutes les choses qui ont été faites, sans toucher à l’essence qui n’est ni faite, ni créée et qui est divine.
Parfois pourtant les Ariens et ceux qui se sont séparés à leur suite rougissent de (ces) blasphèmes manifestes, ils combattent contre le Saint-Esprit seul et, ne différant en rien de ceux qui n’ont qu’un œil, ils disent : Nous disons que le Fils ou le Saint-Esprit ne sont ni des créatures ni non plus de la même essence que le Père. Nous professons, en effet, qu’ils existent avant toutes les créatures. » — Qu’est-ce donc qui se tient entre l’essence incréée et (l’essence) créée, ô théologien vain et insensé ? Explique-le-moi, afin que j’y place le Fils et le Saint-Esprit à moins qu’il n’y ait rien ; car il t’est impossible de le dire. En effet, toutes les choses qui (viennent) après l’essence divine sont faites et créées, eussent-elles même (le privilège) d’avoir existé avant les autres choses. En effet, que la matière des Manichéens qui n’est pas faite soit déracinée et jetée au loin et complétement, ainsi que les ténèbres qui en sont sorties ! II est certain que tu fais monter le Fils et le Saint-Esprit jusqu’à l’essence de Dieu et Père, si en vérité tu rougis de les dire créées ; et si tu dis qu’ils existent avant les autres choses et qu’ils sont postérieurs au Père, tu leur as fait l’honneur de l’ancienneté d’un laps de temps seulement, sans les avoir délivrés du fait de la création et sans savoir que tu entres en lutte avec les Livres sacrés qui disent : Il n’y aura pas chez toi de dieu nouveau, et tu n’adoreras pas un dieu étranger (Ps 80, 10) ; car tout ce qui n’est pas éternel, soit-il même initial et ancien, est nouveau en quelque façon, ainsi qu’il ressort de la parole relative aux dieux, et ce qui est nouveau est étranger à l’essence divine et n’est pas adorable.
Mais je remonte vers les séraphins et vers la contemplation du prophète ; car, en plus de la théologie, il y a encore en elle la merveille de l’économie qui (a eu lieu) pour nous, laquelle est insaisissable et difficile à comprendre. (Isaïe) dit, en effet, avoir vu un autel et un charbon placé au-dessus de lui ainsi que l’un des séraphins qui en ce moment cachaient leur face avec leurs ailes et qui ne pouvaient voir l’éclat de la gloire divine ; (ce séraphin) prit le charbon avec une pincette, en toucha la bouche (du prophète) et dit : Voici, ce (charbon) a touché tes lèvres, il enlèvera tes iniquités et il effacera tes péchés (Is 6, 7). Or il est clair pour tout le monde que le charbon symbolise l’Emmanuel, qui, étant assis sur le trône haut et élevé qu’entourent les séraphins avec le Père et le Saint-Esprit, selon que l’a fait connaîtrai la gloire trois fois sainte, sans pouvoir être saisi du regard même par les armées d’en haut, est descendu volontairement jusqu’à nous et s’est fait homme sans changement. Car telle est (sa) descente, à savoir : qu’il n’est pas parti d’un lieu pour un (autre) lieu — ce qui en vérité est impossible — mais que, tandis qu’il est tout entier en tout et au-dessus de tout sans connaître de limites, il a existé tout entier également dans un corps qui possède une âme intellectuelle, non pas ainsi que par une association quelconque et au point de vue de l’activité seule, mais sous le rapport de l’hypostase et par suite d’une union naturelle. Cette merveille a ceci d’étonnant que d’une part elle ne peut pas être saisie par la parole, en sorte qu’elle reste encore étonnante, et que d’autre part elle est scellée par la foi au Livre inspiré par Dieu, lequel dit tantôt : Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous (Jn 1, 14), et tantôt encore : Parce que les enfants ont participé au sang et à la chair, c’est donc de la même manière qu’il a participé lui aussi aux mêmes choses (He 2, 14). Par conséquent, de même que, quand il s’agit du petit enfant et de l’homme que nous sommes, nous ne pouvons pas dire de quelle manière l’âme a participé à la chair et au sang, comment une union excellente les unit et (comment) à partir de l’âme et du corps l’être vivant tout entier est sans confusion une seule nature et une (seule) hypostase, de même nous disons que la force du Père Très-Haut, le Verbe de Dieu, lorsqu’il a habité dans la Vierge et qu’à partir du Saint-Esprit et de celle-ci il s’est uni hypostatiquement à une chair qui possède une âme raisonnable, en sorte qu’il a été sujet à la conception et qu’il a été enfanté selon la chair d’une manière à la fois digne de Dieu et naturelle, tandis que le lien de la virginité est demeuré sans se rompre, (nous disons qu’il) est un de deux, à savoir de la divinité et de l’humanité, la seule personne, la seule hypostase, la seule nature de Dieu le Verbe qui s’est incarnée et qui s’est faite homme parfaitement. En effet, d’une part, parce que par nature Marie était un être humain (résultant) d’une formation humaine, elle faisait un don selon la nature, ou plutôt (elle faisait) même ce (don) au-dessus de la nature — car elle était éloignée de la semence virile et de la concupiscence, attendu que c’est le Saint-Esprit lui-même qui agissait et formait en tant qu’agent — et d’autre part le Verbe de Dieu qui existe avant les siècles, dès les premiers commencements et dès le moment indivisible du temps de la fixation ou de l’établissement (de l’enfant) dans le sein (de Marie), était uni d’une manière ineffable à une chair douée d’une âme raisonnable de la (même) manière que l’âme raisonnable peut être unie au corps, ou plutôt au-dessus de cela d’une manière plus véritable et divine ; car l’union coïncidait avec l’établissement ou la fondation (de l’enfant) dans la chair, et c’est là l’union hypostatique, en sorte que le Verbe de Dieu lui-même qui s’est incarné sans changement, qui a été et conçu et enfanté et qui a d’une manière étonnante montré Mère de Dieu celle qui l’a enfanté, soit considéré comme celui qui déjà s’était uni un corps capable d’être conçu et d’être enfanté. En effet, il a acquis un commencement de Marie, non pas en ce qu’il est le Verbe — car comment (l’aurait-il pu) celui qui est en tout temps et qui n’a pas changé sa condition d’être Dieu ? — mais en ce qu’il s’est fait homme.
Si c’est d’une manière indivisible que l’Emmanuel est apparu un (au sortir) de la Vierge, comment après une union de ce genre le couperions-nous en disant deux natures ? Car c’est une coupure grossière et une destruction de l’union. Que si comme Nestorius tu formes d’avance l’enfant dans la Vierge et que de la sorte tu introduises et fasses habiter Dieu en lui ainsi que dans les prophètes par une adhésion d’affection et d’amour volontaire, après une telle union fausse et trompeuse tu confesseras nécessairement qu’il y a les deux natures. En effet, tu ne dis pas comme Paul : C’est de la même manière que nous que le Verbe a participé au sang et à la chair (Cf He 2, 14), et tu entres en lutte ouverte avec les paroles des docteurs de l’Église, lesquelles rejettent ton adhésion qui (entraîne) la division. Est-ce que tu n’entends pas Grégoire le Théologien qui écrit à Clédonius : « Si quelqu’un dit que l’homme a été formé, et qu’ensuite Dieu est entré en se glissant, il sera coupable ; car ce n’est pas là la naissance de Dieu, mais c’est la fuite de la naissance. » J’ai cité ces (paroles) pressé par la nécessité, afin que les âmes de ceux qui sont instruits ou de ceux qui sont au contraire nouveaux et instables dans la foi soient trouvées inattaquables et vigilantes par ceux qui flattent la table impure de Nestorius et qui, refusant également d’entendre les dogmes orthodoxes, se trouvent en ce moment en train de se glisser quelque part et de se cacher dans les troupeaux. Il y aurait avantage à ce que, une fois qu’ils apparaissent, fût-ce même en secret, nous les frappions de nos flèches meurtrières dans un combat en règle. Car, comme leur propre perte ne leur suffit pas, tout en se croyant sages, d’une part auprès de ceux qui sont faciles pour eux et qu’ils peuvent tourner en dérision et tromper aisément ils ouvrent leur bouche (pleine) de blasphèmes, et d’autre part auprès de ceux qui sont capables de les réfuter et de leur montrer la vérité ils ferment leurs lèvres et en plus leurs oreilles également. Et aussitôt que quelqu’un essaie de leur offrir simplement une parole qui puisse leur profiter, parce qu’ils ne savent pas saisir l’occasion et qu’ils sont sans expérience, ils se récusent en s’inclinant, baisent les mains, serrent les genoux, supplient, demandent et se prosternent. En effet, pourquoi ne parlent-ils pas simplement ? Et pourquoi ne font-ils pas ce qui convient à des esclaves, en demandant d’obtenir leur pardon ? (Pourquoi), en insensés qu’ils sont, estiment-ils profitable d’éviter d’être bien pris et d’être réfutés ? (Pourquoi) disent-ils au sujet de la foi : « Je défendrai Dieu », en considérant comme loi un préjugé qui n’a pas été soumis à l’examen ? Quelle défense auras-tu, dis-moi ? Tandis que tu n’examines pas seulement à l’aide de ton propre jugement un denier, aussitôt que tu le reçois de ton débiteur, mais que tu le pèses aussi avec la balance juste du contrôleur d’impôts et que, s’il te semble être un (objet) quelconque en cuivre ou (un denier) faux pour un autre motif, tu vas trouver ceux qui peuvent distinguer entre celui qui est éprouvé et celui qui est refusé, tu ne fais absolument aucun cas de la foi qui n’est pas éprouvée, mais tu la retiens auprès de toi sans examen. Peut-être sera-ce par de petites femmes ou par de petits hommes mauvais qui se frottent de la même lèpre que toi que tu seras déclaré bienheureux ? Et n’entends-tu ni le prophète Isaïe qui dit : Mon peuple, ceux qui te déclarent bienheureux te trompent (Is 3, 12) ; ni non plus Jérémie : Nommez-les « argent refusé », parce que le Seigneur les a refusés (Jr 6, 30) ; ni Paul pareillement : Hommes corrompus dans l’entendement, non éprouvés dans la foi (2 Tm , 8).
Par conséquent, parce qu’il est bon que nous examinions — car nous sommes bien l’objet de ton examen et de ta sollicitude — viens réfléchir en même temps que ceux qui sont instruits avec bienveillance. Si tu veux, regarde le charbon qui peut être saisi, lequel te montrera la vérité, encore que ce soit comme dans un Symbole. En effet, de même que le feu qui prend dans du bois d’une part s’en empare, l’entoure, y pénètre profondément et en fait entièrement du feu, et d’autre part ne le transforme pas du tout au point qu’il cesse d’être du bois, bien qu’il ait l’aspect et la force du feu — car tout ce qui est en lui, (le feu) le fait totalement dans le (bois), lequel, en effet, fait brûler et fait briller — et qu’à partir du feu et du bois qui sont deux ce qui apparait est un seul charbon qui n’est plus divisé en les éléments à l’aide desquels il est formé et ne peut plus être partagé en deux, aussi longtemps que le charbon subsiste sans être consumé et réduit à rien par le feu, de même comprends-moi, autant qu’il est possible et ainsi que par des contemplations ardues, que le Verbe de Dieu, la lumière intellectuelle, qui s’est uni à une chair douée d’une âme intellectuelle, est une seule hypostase de deux (éléments), sans que le Verbe ait été changé au corps, ni que le corps ait passé à la nature divine — car c’est impossible — ni non plus que le seul Christ soit de nouveau résolu en les éléments dont l’union a été faite, attendu que en vérité la chair, par le fait de la germination simultanée du Verbe qui lui a été uni, possède la gloire et l’activité qui conviennent à Dieu comme les qualités qui lui appartiennent déjà en propre et qui ne peuvent plus être divisées, et que (la chair) l’emporte beaucoup plus sur le bois lorsqu’il produit les opérations du feu, en sorte en vérité que le Christ, le Verbe qui s’est incarné, ressuscite les morts, qu’il fait vivre ceux qui sont étendus à terre, qu’il marche sur la mer, que, les portes étant fermées, il se trouve à l’intérieur d’une maison et qu’il apparait aux disciples. Nous pouvons, comme l’un des séraphins, le saisir avec la pincette de la science ; car il a été également touché, en ce qu’il s’est fait homme ; mais, ainsi que le charbon, il est de même insaisissable pour ceux qui ne s’approchent pas avec (cette) pincette. Et très charitablement il touche les lèvres de ceux qui par le cœur croient la justice et par la bouche confessent le salut (Rm 10, 10), comme dit Paul.
En entendant cela, où sont ceux qui sont possédés par l’imagination d’Eutychès, ou plutôt qui sont tombés dans la boue infecte des Manichéens ? Est-ce que, rougissant de l’éclat du charbon, ils donneront au Christ la chair qui est véritable et qui est la nôtre, qu’ils jugent indigne de l’union avec le Verbe à cause de sa malpropreté, comme ils disent ? A quelle souillure, en effet, Dieu a-t-il part, lorsqu’il veut venir à (notre) aide ? Et quelle malpropreté y a-t-il là où il n’y a pas de péché et (là où il y a) au contraire la pureté de la virginité et l’habitation de l’Esprit ? Assurément (aucune), est-il dit.
« Mais il est dit : La chair et le sang n’hériteront pas du royaume de Dieu et la corruption n’héritera pas de l’incorruptibilité (1 Co 15, 50) ; et je crains de dire que le Verbe de Dieu s’est uni à la corruption. » — O manque de science et stupidité grossière ! Ils ignorent que parfois le Livre divin appelle « chair » et « sang l’essence du corps ou l’homme lui-même tout entier à l’aide d’une partie, comme dans le (passage) où il dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce n’est ni la chair, ni le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux (Mt 16, 17) ; et Paul dans la lettre aux Galates : Je n’ai connu ni la chair, ni le sang, et je ne suis pas allé à Jérusalem trouver les apôtres qui m’ont précédé (Ga 1, 16-17) ; c’est-à-dire : « La révélation que (j’ai reçue) de Dieu m’a suffi, et parmi les hommes je n’ai fait part à personne du conseil relatif à cette question ; et le psalmiste également : Dieu, écoute ma prière ; c’est vers toi que viendra toute chair (Ps 64, 3) ; et dans un autre passage encore : Que toute chair bénisse son Saint nom (144, 21) ; (et) que parfois il sait appeler « chair et sang » ou seulement « chair » l’esprit qui considère le plaisir de la chair, comme dans le (passage) ou l’Apôtre dit en écrivant aux Romains : Or ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu ; quant à vous, vous êtes non pas dans la chair mais dans l’esprit (Rm 8, 8-9) ; car est-ce qu’il leur écrit cela lorsqu’ils sont sans corps, ou plutôt lorsqu’ils sont purs et affranchis de l’esprit de la chair ? Et c’est ce que montre clairement celui-là même qui a dit ces (paroles) ; car plus haut il avait dit : L’esprit de la chair, c’est la mort, et l’esprit de l’Esprit, c’est la vie et la paix, parce que l’esprit de la chair est l’inimitié avec Dieu ; car il ne se soumet pas à la Loi de Dieu et en effet il ne le peut pas (Rm 8, 6-7). C’est au sujet de ce pareil esprit qu’il a dit : La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu, et la corruption n’hérite pas de l’incorruptibilité (1 Co 15, 50).
En effet, si nous disons aussi selon votre erreur, ô parfaits, que l’essence de la chair et également le corps lui-même ne peuvent hériter du royaume de Dieu et que la corruption ne (peut) hériter de l’incorruptibilité, l’espérance de la résurrection de nos corps est perdue pour nous et Dieu lui-même qui dès le commencement a formé l’homme se trouvera (être) aussi l’auteur de la corruption. Voyez-vous que vous poussez l’épée même contre vous et que vous aboutissez à des opinions blasphématoires, en courant après cette imagination diabolique ainsi qu’après vos ombres, en sautant sans raison comme des hommes ivres et en allant au-delà de la vérité. Considérez le charbon avec ceux qui en ce moment ont goûté la parole de vie, (et) sachez à quelle gloire il nous a fait participer. C’est par notre chair capable de souffrir que l’impassible a brisé l’empire de la mort, en achetant pour nous la victoire. En effet, c’est nous qu’il a ressuscités avec lui et qu’il a fait monter (avec lui) aux cieux et jusqu’à son trône royal et (placé) au-dessus de tout ; car il est assis à la droite du Père, tandis qu’il doit lui-même venir pour le jugement dans le même corps, dans lequel maintenant encore il est sans limites (et) dans lequel il sera également vu par ceux qui l’ont percé (Ap 1, 7), selon la parole du prophète — cependant avec la gloire qui convient à Dieu.
Puisque vous avez été appelés à cette vie, vous qui êtes initiés et qui allez recevoir la lumière véritable et être délivrés du terrible esclavage de Satan, réveillez-vous donc et levez-vous. C’est le Christ qui vous le commande, et non pas moi ; car, si par la croix, la descente au Schéol et la résurrection d’entre les morts il n’avait pas émoussé l’aiguillon de la mort, lequel en vérité était un javelot très ennemi du Calomniateur, une citadelle et une cellule de prison dans une ville forte (préparées) à cause de nous, qui aurait pu vous arracher a (cette) dure tyrannie, puisque vous étiez devenus déjà les biens et la possession du Malin ? C’est, en effet, ce que notre Sauveur lui-même disait également dans les Évangiles : Comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet (homme) fort) et c’est alors qu’il pillera sa maison (Mt 12, 29) ? Pourquoi donc tardez-vous ? Pourquoi n’est-ce pas rapidement que vous regardez le soleil couchant, que vous renoncez aux actions de ténèbres, que vous quittez le vêtement noir de la méchanceté et que vous rejetez loin de vous ces entraves tyranniques ? Car c’est ce que signifie le fait que vous vous servirez des paroles de liberté en vous tournant vers l’occident. Ce n’est pas, en effet, pour montrer que le démon méchant et cruel exerce son pouvoir sur une partie quelconque de la création ; car c’est à moi qu’appartient la terre avec sa plénitude (Ps 49, 12), dit celui qui en est le maître et le créateur par le prophète des Psaumes, lequel criait également en le louant : Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher le nom du Seigneur est digne de louange (Ps 112, 3). En vous tournant vers lui et en regardant le soleil levant, prononcez les paroles des serments ; dites clairement : « Nous ne paierons plus de tribut au Malin, nous sommes devenus la possession du roi des cieux. » Faites les actions conformes à la loi et dignes des cieux. Vous avez regardé vers le Christ, le soleil de justice ; soyez resplendissants de la lumière des œuvres de justice. Hâtez-vous vers le premier lieu, je veux dire vers le Paradis planté à l’orient ; car c’est ce que montre l’aspect extérieur de la position que nous vous avons fait prendre à présent, comme en est la loi. Ensuite vous irez aussi à la source du Jourdain pleine du Saint-Esprit, de la purification et du feu divin, dans laquelle vous serez ensevelis avec le Christ en ensevelissant le vieil homme dans les eaux ; à cause de cela, en effet, c’est également par la triple immersion que nous faisons connaitre la sépulture qui a duré trois jours et la résurrection qui en (est venue). A quoi sont donc tenus ceux qui ont eu part à cette grâce ? Écoutons Paul qui nous l’enseigne en ces termes : Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême pour la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle ; en effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi (par celle) de sa résurrection, sachant ceci que le vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, en sorte , que nous ne soyons plus les esclaves du péché (Rm 6, 4-6).
Que vous dirons-nous donc à notre tour, à vous qui allez vous montrer immédiatement, dans quelques instants, les enfants de la lumière ? — La catéchèse, dis-je, d’une part est courte et vraie, d’autre part cependant elle semble pénible à beaucoup. — Ne nous imitez pas ; car nous portons et nous promenons un corps qui n’a pas été détruit au point de vue du péché, mais plutôt qui agit beaucoup ; c’est vers l’occident que nous bâtissons toute notre maison ; quant à l’orient, nous nous en soucions peu, ou plutôt nous nous accordons à le compter pour rien ; nous courons aux pompes de Satan, aux festins enivrants, aux réunions des buveurs et aux chansons honteuses ainsi qu’à des fêtes, à tel point que même les femmes se rendent aux spectacles. C’est pourquoi nous nous sommes faits la risée des païens, en faisant mentir (notre) désignation même de chrétiens ; car, en nous attachant ainsi aux choses présentes, nous faisons que les espérances de la résurrection paraissent vaines et comme rien ; dès lors le Paradis est une histoire inventée (et) le royaume des cieux une vaste bêtise.
« Quoi donc ? dira-t-on. Notre (condition) est-elle désespérée, lorsque nous pécherons après le baptême ? Est-elle sans remède dans la mesure où tu le dis, et nous supprimes-tu toute attente de salut ? » — Pas du tout. Jamais je ne serai assez insensé pour dire cela. En effet, il y a la purification qui (s’opère) par la pénitence, mais qui est pénible et pleine de beaucoup de larmes et de sueurs, ainsi que la mortification corporelle et la pratique publique de toute œuvre pure qui regarde la justice. C’est pourquoi beaucoup ont couru aux déserts et ont embrassé la vie philosophique et monastique, en prenant soin de montrer pure la robe qui avait été souillée. Cependant, il y a un espoir de salut même en ville, si nous le voulons, par le mariage chaste qui s’interdit les unions bestiales et les désirs (impurs), par la sollicitude que (nous témoignons) pour les pauvres et les besogneux et par les œuvres de perfection qui leur ressemblent.
En effet, qu’il y ait même après le baptême le remède de la pénitence et la purification, la Loi qui fut donnée par Moïse le fait connaître également, et (cela) lorsqu’elle représente d’avance la vérité par le moyen de symboles sensibles ainsi que par une représentation figurative. Car celui qui était atteint de la lèpre dans son corps d’une part — et qui par la mauvaise habitude a d’une certaine manière mis le péché au-dessus de la nature — et qui est revenu à la santé n’est compté, ni mêlé par la (Loi) avec ceux qui sont purs — bien au contraire — s’il n’est lavé avec l’eau, s’il n’est oint avec l’huile et s’il n’est purifié avec le sang de la victime ; et cela crie clairement la vertu du Saint baptême. (La Loi) d’autre part sait également purifier la lèpre du vêtement : ce qui en vérité paraîtrait ridicule et une question d’ailleurs superflue, si tu t’en tenais au symbole. Or, si quelqu’un regarde la vérité, ainsi que la beauté des sens qui se trouve dans le Livre, il sera ravi d’admiration par cette législation même et il glorifiera le législateur. En effet, c’est parce que nous qui sommes baptisés dans le Christ revêtons le Christ (Ga 3, 27), ainsi qu’un vêtement, qu’il nous donne, si nous tachons cette belle robe par une souillure, les travaux de la pénitence pour la purification, soit qu’il se trouve que nous ayons commis des péchés légers qui passeraient encore pour un vêtement de lin, soit qu’il se trouve que nous ayons commis des péchés graves et présentant une grossièreté grande, charnelle et mortelle, qui seraient assimilés aux vêtements faits avec de la laine, lesquels sont en général le produit des peaux mortes. Or (la Loi) commande que, si la lèpre du vêtement ne s’en va pas lorsqu’on le lave, celui-ci soit brûle par le feu (cf. Lv 13, 57) ; et la parole fait connaître que celui qui après le baptême ne s’est pas purifié de tout son pouvoir et qui n’a pas lavé les taches des péchés est accueilli par une flamme qui ne s’éteint pas.
La Loi purifie encore la maison atteinte de la lèpre, en montrant quelle doit être la grandeur de la pénitence. En effet, si quelqu’un arrive à faire progresser une conduite honnête et vertueuse, au point d’obtenir l’habitation de Dieu dont le Christ a dit aussi : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure (Jn 14, 23), et si après cela par une vie sans observance et relâchée ou par orgueil et par hauteur il court de nouveau après la méchanceté, il peut au moyen de la pénitence détacher de lui une semblable lèpre, puisque, pour lui venir en aide, il a également le sang de l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Cf Jn 1, 29) ; car c’est pour cela que, lorsque la maison atteinte de la lèpre était purifiée, on offrait aussi le sacrifice légal et accompli ainsi qu’en figure (Cf Lv 14, 49-53).
J’ai cru nécessaire de vous détacher et de vous remettre ces paroles, afin de fermer aux fidèles la fosse du désespoir en leur présentant de doux espoirs et de rendre ceux qui vont recevoir le don du bain divin plus circonspects et (plus) vigilants à s’observer eux-mêmes, et afin de ne pas vendre au péché pour un plaisir de peu de valeur le grand bien de la grâce et de ne pas recevoir la corruption en échange du vêtement de l’incorruptibilité. Et tous, sauvons-nous et conservons-nous en bonne santé dans nos âmes el dans nos corps par celui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4) ; car c’est par lui, et non pas plutôt par nous, que nous nous sauvons à cause de sa grande miséricorde et de sa charité. À lui la louange dans les siècles ! Ainsi soit-il !