SUR LA PRÉPARATION HABITUELLE A l’ENTRÉE DANS LE BAPTISTÈRE.
En ce moment, me semble-t-il, la source du Jourdain se prépare pour le jour adorable de la résurrection et à cause de cela elle ferme et barre l’entrée dans le (baptistère), à l’exemple d’une mère. Vraiment, en effet, elle est bien une mère spirituelle, qui vous enverra, (vous) qui êtes ses véritables enfants, à la vigne du jeûne, en imitant le maître de la vigne et en disant : « Allez et travaillez », et non pas en convenant avec vous d’un denier par jour ou en fixant : Je vous donnerai ce qui conviendra (Mt 20, 2. 4). Car vous n’êtes pas des mercenaires, mais déjà vous êtes devenus des enfants de lumière ; et, quand il s’agit de (ses) enfants, une mère ne convient pas d’un salaire, mais pour les petits de son sein elle amasse, met de côté et garde très soigneusement toute la richesse de ses biens et elle leur fait cadeau de tout avec abondance et largesse.
Souvenez-vous donc que c’est par votre mère que vous avez été envoyés pour travailler dans la vigne, et allez au travail avec une entière allégresse et avec toute votre force. Car c’est là le propre des enfants ; et c’est le (propre) des mercenaires de ne se montrer que négligents, de se moquer de celui qui les a loués en faisant semblant de travailler, de peiner par force et par nécessité dans l’espoir du salaire et de désirer que la journée soit passée. Mais des enfants bienveillants, qui conservent encore la noblesse de leur mère dans sa pureté et sans altération, savent donc clairement que, quoiqu’ils fassent tout pour faire plaisir à leur mère, ils ne peuvent rien lui rendre qui égale sa gestation ou (son) enfantement ou (ses) peines ; et le plaisir qu’on fait à une mère est comme une dette, plutôt de beaucoup la plus juste de toutes les dettes, et non pas une grâce. Et vous-mêmes, demandez-vous qui (vous êtes devenus) au lieu de qui (vous étiez). (Le jour) où la mère spirituelle vous a reçus, le même jour elle a conçu, elle a enfanté et elle a mis au monde.
Mais, s’il (vous) plait, apprenons par l’Apôtre la vertu de ces enfantements divins et le changement soudain qui (s’opère) chez ceux qui en même temps ont été conçus, se sont développés dans le sein (maternel) et ont été mis au monde. Que dit-il donc ? Nous aussi, en effet, autrefois nous étions insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, haïssables et nous haïssant les uns les autres. Mais, lorsque la bonté et la charité de Dieu notre Sauveur se sont levées sur nous, il nous a sauvés, non à cause des œuvres que nous aurions faites dans la justice, mais selon sa miséricorde, par le bain de la régénération et par le renouvellement du Saint-Esprit qu’il a répandu sur nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle (Tt 3, 3-7). Comprends-tu : « Le bain de la régénération » ? Comprends-tu : « Le renouvellement de l’Esprit » ? Tu en as là la signification par les paroles mêmes. En effet, après qu’elle a lavé et nettoyé, la mère a mis au monde ; elle n’a pas seulement lavé, mais encore elle a mis au monde. Car le propre du bain est de laver la saleté de la méchanceté, et (celui) de la naissance est d’imprimer, de marquer et de mettre encore les caractères de la grâce comme des propriétés naturelles en ceux qui sont venus au monde. C’est pourquoi, afin de montrer également cela, nous trouvons que ceux qui dès le commencement même avaient été rendus parfaits par les Apôtres au moyen du divin baptême, au moment même où ils sortaient de L’eau, parlaient en langues et prophétisaient (cf. Ac 19, 6) et qu’ils présentaient les marques de leur naissance maternelle et que par tout cela ils resplendissaient. Alors, en effet, c’était encore le temps des signes, afin que la prédication de l’Évangile s’étendît, se développât et englobât toutes les nations qui, penchées vers l’idolâtrie ancestrale, étaient difficiles à sauver et qui demeuraient inébranlables, pour dire ce qui est plus vrai ; mais c’est de telles pierres que les signes et les prodiges ont merveilleusement suscité des enfants à Abraham (Cf Mt 3, 9). Car les signes et les dons qui (viennent) de l’Esprit-Saint ont lieu en vue d’un besoin et non pas en vue d’une (simple) manifestation, parce que même maintenant il y a la même grâce qui est entière, sans diminution et sans aucun changement ; et, si l’occasion le demandait, ceux qui seraient baptisés feraient nécessairement encore des signes et des miracles, une fois qu’ils sont revêtus du Christ et qu’ils possèdent son Esprit qui fait et parfait tout ; Selon la parole de l’Ecclésiaste, en effet, toutes choses ont leur temps (Ecc 3, 1) ; car ce n’est ni Paul, ni Apollos qui baptise, mais c’est Dieu lui-même.
Puisque, du fait de cette naissance spirituelle que vous a donnée la source mystique du Jourdain, vous êtes devenus nouveaux au lieu d’anciens, croyants à partir de l’incrédulité, enfants et serviteurs de Dieu à partir de l’esclavage du péché, vrais à partir de l’erreur, adorateurs du créateur au lieu d’adorateurs des créatures, héritiers du Père céleste et cohéritiers du Christ à partir d’étrangers, par quels paiements convenables pourrez-vous donc vous acquitter envers une mère qui a ainsi de beaux enfants — et il est bon de l’ajouter — qui a aussi de nombreux enfants ? Car elle a également les deux (qualités) à la fois. Un paiement convenable, on n’en trouve donc pas.
Or elle se réjouit beaucoup de ce que vous couriez vers la vigne du jeûne non pas avec tristesse ou par nécessité, mais avec un visage joyeux et riant et avec un esprit serein ; car Dieu aime la joie non seulement chez celui qui donne, mais encore chez le serviteur ou l’ouvrier. Je passe sous silence, en effet, que celui qui travaille pour sa mère, ou qui, semble-t-il, peine pour elle, travaille surtout pour lui-même, d’abord parce qu’il s’attend à recevoir l’héritage maternel, et ensuite parce qu’immédiatement il recueille en particulier sa bénédiction ; écoute, en effet, la parole divine qui dit : La bénédiction de la mère soutient les maisons des enfants (Eccl 3, 11).
Lors donc que vous avez été dans la vigne du jeûne — car je ne m’éloignerai pas de ce mot (de jeûne) en lui donnant le nom de vigne en haut et en bas, afin que vous n’oubliiez pas le travail — d’une part, en défonçant les préoccupations terrestres avec le hoyau de la patience, séparez-les des racines du cep, en vous appropriant seulement tout ce qui peut produire et profiter, mais en enlevant et en rejetant loin de lui tout ce qui ne peut pas donner de fruit et qui produit des épines ou des ronces ; d’autre part, en aiguisant bien (votre) faux, je veux dire le jugement de l’esprit, coupez très sagement parmi tous les sarments ceux qui sont capables de brûler servent à entretenir le feu de l’enfer dont nous avons été menacés — les sentiments des passions et les pensées obscènes et honteuses — et en laissant seulement ceux qui peuvent rapporter des fruits, et cela c’est le zèle ardent pour les vertus. Puis, il nous faut encore arroser abondamment la vigne avec l’eau de l’amour des pauvres. Or la vigne, c’est le Christ qui s’approprie les sarments des vertus et qui dit : Je suis la vigne, et vous les sarments (Jn 15, 5) ; c’est pourquoi, lorsqu’on lui donne abondamment à boire, il dit encore à ceux qui lui donnent à boire : J’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire Mt 25, 35).
A côté de l’amour du travail mettez également l’office vigilant de la psalmodie qui monte la garde pendant la nuit, de peur que le Calomniateur, le voleur méchant et le démon jaloux, n’essaie par des moyens insidieux et cachés de piller le vignoble.
Prenez garde — (prenons garde) nous aussi qui veillons et qui montons la garde avec vous — de vous tromper eu égard seulement à l’exemple de ceux qui se tenaient oisifs sur la place à la troisième, à la sixième, à la neuvième et à la onzième heure et qui allèrent alors à la vigne (cf. Mt 20, 3. 5. 6), et d’attendre que deux, trois ou même plusieurs semaines s’écoulent sur le jeûne et de vous mettre ainsi au travail ou à la patience ; car celui qui fait cela avec fourberie et artifice ne trompe pas le législateur, et il est encore semblable à ceux qui disent : Faisons le mal, afin qu’il nous en arrive du bien ; la condamnation de ces gens est juste (Rm 3, 8), ainsi que dit Paul. Voici, en effet, je vous le dis d’avance, regardez tous les jours du jeûne comme une seule heure, (à savoir) la onzième, agissez avec allégresse et ne vous relâchez pas des travaux utiles. Car, si c’est altérés et ruisselants de sueur du fait des travaux de la terre que vous arrivez au jour de la résurrection, vous aurez la joie de voir que la mère, la source du Jourdain, fera jaillir des eaux invisiblement mélangées à l’Esprit. Vous tournant vers elle et la saluant, vous serez rafraîchis et vous vous reposerez de vos peines, comblés des bénédictions qui en (découleront), vous serez aussi enivrés du calice de sang qui produit une ivresse plus puissante et plus forte que tout, ainsi que chante David ; le calice, en effet, est fort (Ps 22, 5) ; car l’ivresse que produit un vin non mélangé est de la langueur et de la mollesse, tandis que celle que produit une boisson spirituelle est de la puissance et de la force contre le Calomniateur et les démons et contre les passions déshonorantes. Puissions-nous aussi en être délivrés par la grâce et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, à qui sied la louange avec le Père (et) avec le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi-soit-il !