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HOMÉLIE 84

SUR BASILE LE GRAND ET SUR GRÉGOIRE LE THÉOLOGIEN. CETTE HOMÉLIE FUT PRONONCÉE SELON LA COUTUME À l’INTÉRIEUR DE l’ORATOIRE DU MARTYR IGNACE REVÊTU DE DIEU

De même que les rois ont coutume d’avoir chaque année un jour fixe et déterminé et revenant toujours le même dans le cours du temps, où, comme s’il s’agissait d’une bataille rangée, ils font sortir dans une plaine les soldats en leur faisant prendre la tenue de campagne et rappellent la théorie et l’étude des règles du combat, en brandissant correctement le javelot, en tendant l’arc artistement, en retournant et redressant le bouclier avec élégance afin d’amortir et de détourner grâce à lui le coup de l’arme de guerre, en aiguillonnant et retenant le cheval avec les rênes d’une manière digne d’un cavalier ; de même, nous (aussi), nous croyons que le Seigneur qui fait et produit tout avec sagesse a disposé que la commémoraison très chère du grand Basile coïncide et qu’elle se trouve comme à la porte et à l’entrée, avec le commencement du premier mois de l’année (calculée) selon  l’usage des Romains — (mois) qui pour cette raison s’appelle januarius, parce que en vérité dans leur langue janua désigne la porte — en sorte que, au προοίμιον c’est-à-dire au commencement même du cycle annuel, alors que par sa commémoraison nous avons à notre tète  le pontife spirituel et divin et qui n’a pas fait mentir la force de la sainte onction, mais (qui) la possède brillante comme il convient et (qui) en a reçu lui-même son lustre et sa splendeur, elle apporte et fait venir une bénédiction pour ceux qui la célèbrent et aussi pour l’empire romain lui-même que le Verbe de Dieu Jésus-Christ avait béni, puisque c’est aux temps de cet (empire) qu’il est venu dans la chair. (II suit) de là que son serviteur et son ministre véritable, venant chaque année vers nous, comme je l’ai dit, par le fait de sa commémoraison et de ses bénédictions, dit également les paroles de Notre-Seigneur qu’Isaïe avait criées d’avance : L’Esprit du Seigneur est sur moi, c’est pourquoi le Seigneur m’a oint ; il m’a envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles (le recouvrement) de la vue, pour appeler l’année agréée du Seigneur (Is 61, 1-2).

II est donc certain que, puisque la commémoraison du docteur qui est divin et initie aux mystères est célébrée en ce jour qui est le premier de l’année et qu’une semence de bénédiction (y) est jetée, elle finira l’année tout entière remplie de bénédictions, laquelle portera des fruits pour ceux qui célèbrent cette commémoraison d’une manière intelligente, des guérisons de tout genre soit pour le cœur brisé, soit pour le corps, pour ceux qui ont été faits prisonniers par le péché le retour et la libération qui (vient) du repentir, pour ceux qui sont aveugles et pour ceux qui font les œuvres des ténèbres le réveil et la lumière de la connaissance, en sorte que l’année tout entière sera (l’année) agréée du Seigneur, c’est-à dire agréable, joyeuse et qui plait comme un sacrifice et une offrande.

Je continuerai donc, parce que en vérité Basile qui est sage de la sagesse de Dieu (et) qui est homonyme de « royaume des cieux », nous fait monter au jour présent à l’exemple d’un roi jusqu’à une plaine élevée c’est-à-dire jusqu’à la hauteur et à l’élévation de sa doctrine, de sa vie remarquable et de sa conduite, revêtu et recouvert, comme d’une panoplie ou d’une pourpre royale, de Grégoire le Théologien qui lui est associé dans la commémoraison, parce qu’il lui a été associe également dans la même éducation, dans les études, dans les combats et dans l’orthodoxie de la doctrine ; car un seul Esprit agissait en eux deux et un seul soleil de justice les éclairait. N’agissons pas avec plus de paresse que les soldats qui font leur Service comme subordonnés ; mais que chacun de nous montre aux bons commandants de troupes et chefs de phalange ce qu’il possède en fait d’armure spirituelle, en la nettoyant d’une manière brillante, en la revêtant d’une façon élégante et en la ceignant sur soi, (selon cette parole) : Ce n’est pas contre le sang et la chair qu’on s’arme, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les princes du monde de ténèbres de ce siècle, contre les esprits mauvais (Ep 6, 12).

Si quelqu’un s’applique à la virginité et repousse totalement l’union du mariage, que ce soit un homme ou que ce soit une femme, qu’il continue cette observance et qu’il retranche les désirs voluptueux et furieux de la chair au moyen des rênes de la continence, en sorte qu’il pratique la sainteté, selon l’avertissement de l’Apôtre, soit dans le corps, soit dans l’esprit (cf. 1 Co 7, 34).

Si quelqu’un est lié par un mariage chaste et pur, qu’il le rende plus chaste, en assignant des époques fixes au lit de la bonne entente et à l’exercice de la prière par suite d’une décision commune, de manière que ce qui arrive soit une clause du mariage chaste qui vient d’une bonne entente et d’un consentement unanime, et non pas une privation qui comporte une injustice et un dommage pour la vie commune dont la ruine est la séparation forcée. Nous disons cela, non pas comme si le commerce charnel légitime était capable de produire une souillure, au point d’empêcher même de lever les mains vers Dieu dans les prières — car comment un mariage honorable et un lit pur produiraient-ils une souillure ? — mais parce qu’il est agréable à Dieu que pour l’honorer nous nous éloignions souvent même de ce qui d’une part est légitime et d’autre part fait plaisir, sans que nous y soyons poussés par la nécessité, mais volontairement, et que nous ne soyons pas nous-mêmes tout entiers livrés aux désirs ; car la persévérance dans la vie ascétique est plus sainte et plus agréable (à Dieu) que tout sacrifice et que toute vertu. Et le Livre divin a coutume d’appeler « prière » non seulement la supplication et la demande exprimée par des paroles, mais encore toute promesse que l’on fait à Dieu, selon cette (parole) : Faites des prières au Seigneur notre Dieu, et accomplissez-les (Ps 75, 12) ; et selon cette (autre parole) : Toutes les fois que tu fais une prière à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir ; mieux vaut pour toi ne pas faire de prière qu’en faire (une) et ne pas l’accomplir (Eccl 5, 3-4).

Mais si quelqu’un est père d’enfants, qu’il vienne avec eux dans ce temple sacré et qu’il montre aux généraux spirituels qu’il les élève en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur (Ep 6, 4), conformément à la parole de Paul, et qu’il leur ménage une vie heureuse (marquée) par la bénédiction de toute l’année.

Et si quelqu’un offre également un toit charitable aux étrangers et dresse devant eux une table amie, qu’il lasse croître la vertu et qu’il dise avec Job : Ma porte sera ouverte à tout venant et l’étranger ne passera pas la nuit dehors, je ne mangerai pas seul mon pain, je couvrirai celui qui est nu et je ne me détournerai pas de relui qui court le risque de périr ou peu s’en faut (Jb 31, 17. 19. 32).

Si quelqu’un est dans l’administration, qu’il s’informe et s’enquière avec soin des veuves et des orphelins et qu’il ne permette que personne ne l’ait senti ou n’ait fait l’expérience de son administration ; celui qui exerce la miséricorde, comme celui qui sème avec espérance (cf. 1 Co 9, 10) l’âme joyeuse et la main pleine de dons, chassera toute la tristesse de l’avarice.

Si celui qui est propriétaire de beaucoup de biens a des débiteurs incapables de payer leur dette, qu’il cultive pour eux la prière laquelle crie : Remets-nous comme aussi nous-mêmes nous remettrons (Mt 6, 12), (en s’adressant) à celui qui donnera alors en retour la rémission d’une manière riche et abondante.

Si quelqu’un s’applique à la vie monastique, s’il est délivré du séjour dans le monde et s’il habite dans le désert, en méditant cette (parole) : « Passons aux demeures Célestes », qu’il soit pur dans son cœur en lavant et en nettoyant des pensées qui pourraient produire la souillure le modèle invisible et intérieur, en sorte qu’il puisse voir Dieu.

S’il monte jusqu’aux contemplations spirituelles, qu’il ne s’arrête pas dans la voie et (dans) l’accroissement de la purification et qu’il ne se désiste, ni ne s’abstienne d’un progrès meilleur, mais qu’il coure après la couronne de la vocation supérieure de Dieu, qu’il s’examine en particulier sur ses propres actions au moyen des traites de Basile sur la vie monastique et qu’il choisisse au point de vue de la pureté ce qu’il y a de meilleur.

Ce sont là les armes spirituelles dont en vérité je veux que vous soyez armés aujourd’hui d’une façon très brillante, en vous en parant à l’occasion de la commémoraison des sages docteurs, et comme si vous montiez en armes sur une plaine, d’une manière qui ne soit pas indigne de ceux qui vous ont choisis et placés dans (cette) armée ; car tel est le terrain de la perfection, difficile et rude d’une part à cause des sueurs des travaux, large comme une plaine d’autre part par la richesse de la contemplation et par le charme des (biens) Célestes.

Parce que vous vous êtes ainsi armés, il faut donc que nous aussi nous apportions à la solennité quelque chose qui soit utile et qui convienne. Que montrerai-je donc qui puisse réjouir les docteurs, alors que moi également je passe pour tenir la place de docteur, si ce n’est que j’expose devant vous quelque doctrine profitable pour l’âme qui coule de la source doctrinale de ces (maîtres) et qui ne tombe pas en dehors du sujet que nous nous sommes proposé ? II faut donc que nous expliquions en leur temps les paroles du prophète qui tout à l’heure ont été mises devant vous.

L’Esprit du Seigneur est sur moi, c’est pourquoi le Seigneur m’a oint (Is 61, 1).

C’est le Christ, le Verbe de Dieu, qui pour nous s’est incarné et s’est fait homme, qui dit ces paroles par le prophète. En effet, tandis qu’il est le vrai Dieu du vrai Dieu le Père et qu’il n’est pas déchu de ce qu’il était, même quand il s’est fait homme sans changement et en vérité, il a été oint avec nous de l’huile de la joie (cf. Ps 44, 8), lorsque le Saint-Esprit est venu sur lui sous l’aspect d’une colombe au bord du Jourdain.  Car c’était avec de l’huile qu’autrefois les rois et les prêtres étaient oints d’une manière symbolique, en retirant de cette (huile) une certaine participation à la sainteté ; mais c’est avec l’huile intellectuelle de la joie et avec l’habitation même de l’Esprit qu’a été oint celui qui s’est fait homme pour nous, en recevant celui-ci pour nous et non pas pour lui-même. En effet, après que l’Esprit s’était envolé et s’était éloigné de nous et n’était pas resté en nous, parce que nous étions chair (cf. Gn 6, 3), la terre aussi était remplie de tristesse. Car comment ne devait-il pas en être ainsi, puisqu’elle était déjà privée de la société de Dieu et que par hasard un prophète seulement — ou même un second — se trouvait parfois avoir part à une petite goutte et à un rayon confus de lumière ? Parce que l’Esprit qui est venu sur le Christ est venu en quelque sorte des prémices sur toute la race et qu’il a dissipé cette tristesse, c’est donc justement qu’il a été nommé l’huile de l’allégresse et de la joie, attendu qu’il possède en lui-même la charité, la paix générale, la bienfaisance et l’aide et qu’il est répandu sur tout le monde.

Voilà donc ce qu’il dit : « L’Esprit du Seigneur qui procède du Père est en moi par essence, car je suis le Verbe et le Fils du Père ; il a été sur moi parce que je me suis incarné, et c’est conformément à l’économie que j’ai accepté l’onction ; car, si je n’avais pas condescendu à me faire homme, il m’aurait été bien étranger d’être oint, puisque je suis Dieu par nature. »

L’Esprit du Seigneur est sur moi, c’est pourquoi le Seigneur m’a oint ; il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux pauvres (Is 41, 1). En effet, à ceux qui étaient pauvres de la science de Dieu et riches en péchés, il prêchait en disant : Faites pénitence, le royaume des cieux s’est approché (Mt 3, 2). De même, il a aussi guéri ceux qui avaient le cœur brisé. Il a également proclamé la délivrance aux captifs ; ce qu’il a encore fait, lorsqu’il a enchaîné le fort, Satan, lequel avait opprimé le genre humain d’une façon tyrannique et s’était prévalu (contre lui), et lorsqu’il a pillé ses armes pour nous (cf. Lc 11, 22). Il a aussi donné la vue aux aveugles, lorsqu’il a lui à ceux qui étaient assis dans les ténèbres de l’ignorance et à l’ombre de la mort (cf. Lc 1, 79). Et pour tout dire en un mot, il a appelé l’année agréée du Seigneur laquelle en vérité possède en bloc tout ce qui est bon et beau.

Comment est-il nécessaire de (le) dire ? Le Dieu de l’univers a décrété que la semaine serait en honneur parmi les enfants d’Israël, parce que, après qu’il eut fait en six jours ce monde visible, il s’est reposé le septième jour, comme il est écrit, et il l’a sanctifié ; il leur a commandé de le lui consacrer et de n’y rien accomplir qui regarde la chair, mais d’y faire et pratiquer toutes les (œuvres) divines et spirituelles, parce que en vérité ils ne pouvaient, étant donné qu’ils présentaient une certaine rudesse et une certaine difficulté à s’élever jusqu’à la perfection, s’y appliquer chaque jour ; car ce serait encore (plus) agréable à Dieu.

Or, cette (obligation) d’honorer la « septaine » ou semaine ne résidait pas dans les jours seulement, mais passait aussi au nombre des années (cf. Lv 25, 2-13) ; car même la septième année était également sanctifiée et (les enfants d’Israël) laissaient la terre elle-même sans qu’elle fût cultivée et sans qu’elle fût labourée. En plus, ils comptaient encore sept semaines d’années, de telle sorte que d’une certaine manière ce (caractère) honorifique semble encore s’accroitre au moyen de (ces) nombres qui sont très limités et qui reproduisent un certain cycle en se multipliant. Mais il en résultait que la quarante-neuvième année aurait dû être sanctifiée ; car elle était aussi la dernière de la septième semaine d’années. Cependant ils ne faisaient pas cela et ils sanctifiaient la cinquantième (année), c’est-à-dire la huitième année de la septième semaine d’années, laquelle symbolisait le jour qui est le huitième et dernier de ce temps qui avance et passe et qui est le premier du siècle qui vient, lequel en vérité est un et sans fin et ne connaît pas la succession de la nuit.

Cette cinquantième année s’appelait ἰωβήλαιος, parce qu’elle était consacrée à Dieu et qu’elle était comme une chose promise par un vœu ; ἰωβήλ, en effet, est comme si on redoublait le nom de Dieu et disait « Dieu-Dieu » — car chez les Hébreux Dieu s’appelle ̓ʹΙαω et ̓ʹΕλαα— afin que tu apprennes par là qu’elle est très sainte, cette année où il y avait la libération et la rémission de toute servitude et de (toute)dette, l’abolition du joug de l’esclavage, la restitution à ses anciens propriétaires d’une terre qui avait été vendue et la réintégration sans violence et sans entrave dans leur propre place pour ceux qui en étaient déchus.

Lors donc que cette cinquantième année devait approcher, ils la proclamaient le septième mois de la quarante-neuvième année, au jour de l’expiation, et ils l’annonçaient d’avance (au son) de la trompette. Parce que le Christ est venu dans les derniers jours en mettant un terme à ce siècle présent et en nous faisant repasser au huitième jour, c’est-à-dire au siècle futur qui comprend le royaume des cieux, lorsqu’il réunit à ce (siècle) le temps de sa propre inhumanation, il l’a donc appelé l’année agréée du Seigneur et l’a consacré à l’exemple de la cinquantième année qu’on appelait ἰωβήλ ; et il accorde la rémission de tout péché, la libération des fautes anciennes, la délivrance du joug du péché qui est plus lourd que tout et le retour au Paradis qui est la première place et la ville de l’homme, attendu qu’il était lui-même l’expiation de nos péchés (1 Jn 2, 2), puisqu’il était symbolisé d’avance autrefois par le jour de l’expiation dans lequel la cinquantième année était annoncée d’avance et proclamée (au son) de la trompette.

II a bien dit : Pour appeler l’année agréée du Seigneur, et non pas : « Pour la proclamer ». En effet, les prophètes proclamaient cette année depuis longtemps et ils l’annonçaient d’avance (au son) de la trompette prophétique ; mais le Christ a appelé cette année même et il a fait qu’elle fût présente et actuelle. Or que c’était lui-même qui nous amenait cette cinquantième année pleine d’un grand nombre de biens, les Juifs eux-mêmes, qui ne connaissaient pas le mystère, le lui disaient : Tu n’as pas encore cinquante ans et tu as eu Abraham (Jn 8, 37) ? Car qu’est-ce qui les empêchait de dire : « (Tu n’as pas encore) quarante (ans) », parce que le Christ était jeune au point de vue de l’âge selon la chair, bien qu’il fût indépendant du temps parce qu’il était Dieu ? — car c’est lorsqu’il était âgé de trente ans qu’il est venu au baptême (cf. Lc 3, 23). — Et même, en considérant l’ancienneté d’Abraham, ils auraient pu dire : « N’as-tu pas cinq cents ans — ou mille, le cas échéant — toi qui as vu Abraham ? » Car c’était surtout la parole de ceux qui se moquent et tournent en dérision.

Mais ils ont fait mention de « cinquante ans » à cause du mystère qui a été cité plus haut. C’est ainsi, en effet, qu’il est écrit que Caïphe, lorsqu’il était le grand prêtre de cette année-là et qu’il ne savait pas ce qu’il disait, a dit : II est utile que le Christ meure pour tout le peuple (Jn 11, 50), ignorant que de cette mort la vie allait germer pour tout le monde.

C’est divinement, me semble-t-il, que le Saint-Esprit a disposé qu’on notât le cinquantième le psaume dans lequel il y a une grande miséricorde, la destruction de l’iniquité et la purification du péché (cf. Ps 50, 3-4), à la ressemblance de l’année jubilaire ou plutôt, à la ressemblance de l’incarnation de notre Sauveur.

Puisque Basile et Grégoire, les théologiens qui (nous) initient aux mystères et les précepteurs autorisés des âmes, nous interprètent et nous expliquent cette année, c’est bien convenablement qu’ils ont leur commémoraison au début de l’année, lorsqu’ils vont (encore) bénir tout le cours de l’année. Car c’est sur les traces du Christ, Dieu et grand prêtre pour nous, qu’ils marchaient, en annonçant la bonne nouvelle aux pauvres, en guérissant ceux qui ont le cœur brisé, en proclamant la délivrance aux captifs et (le recouvrement) de la vue aux aveugles et en faisant par-là de chaque année (l’année) agréée du Seigneur. Comme Moïse ils ont été instruits de toute la sagesse des Égyptiens et ils ne se sont pas éloignés du sommet de la montage du Sinaï ; mais, après qu’ils eurent très bien compris les dix paroles qui de ce lieu avaient été données dans le livre des tables écrit à l’extérieur et à l’intérieur, ils les ont élevées jusqu’à la perfection des commandements évangéliques, ils ont accordé en vue d’un seul chant et d’une (seule) doctrine les cordes qui se trouvaient des deux côtés et ils ont déchiré comme une toile d’araignée toute la sottise des dogmes païens et vides ; ils ont ainsi regardé et fixé leurs yeux vers les cieux à l’exemple d’Ignace revêtu de Dieu, ils restent et demeurent constamment dans les beautés supérieures, ils habitent avec les esprits incorporels et ils sont à la fois en dehors de la chair et dans la chair. Prends-moi, en effet, pour preuve de ces (dispositions) les paroles de celui qui était véritablement revêtu de Dieu : « Car moi aussi, dit-il, ce n’est pas parce que je suis enchaîné et que je peux comprendre les choses célestes, les places des anges, les états des principautés, les choses visibles et les choses invisibles, (ce n’est pas) pour cela que je suis déjà un disciple ; beaucoup de choses nous manquent, en effet, pour que nous ne manquions pas Dieu. »

As-tu vu que la hauteur de la contemplation et la profondeur d’une pensée humble sont étonnantes en même temps et au même degré ? Quel philosophe païen a songé à dire ou à concevoir quelque chose de semblable et (en même temps) à s’appliquer à la perfection et à monter vers la théologie ou, ce qui est plus modeste, à posséder dans les autres sciences une intelligence qui se tient en garde de tous côtés ? Pour eux tout le λαβύρινθος, ou examen des opinions, n’a-t-il pas débuté par l’orgueil et ne s’est-il pas terminé par l’arrogance et par la hauteur, parce que pour eux Dieu n’était pas le chef de ceux qui discutaient, quand ils se réfutaient les opinions les uns des autres et que chacun d’eux voulait être le chef de quelque nouveauté ? Quant à nous, puisque c’est le Christ que nous avons pour chef et pour maitre et non pas un homme, comme il le dit lui-même dans les Évangiles, préparons-nous donc au royaume des cieux selon la parole du martyr Ignace, « pour que nous ne manquions pas complètement Dieu ». C’est à lui que sied la louange dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !  

FIN DE L’HOMÉLIE LXXXIV

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