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HOMÉLIE 83

SUR LA NATIVITÉ OU L’ÉPIPHANIE. C’EST LA QUATRIÈME (HOMÉLIE). ELLE FUT PRONONCÉE À L’INTÉRIEUR DE L’ORATOIRE DE LA VIERGE MARIE, SAINTE ET MÈRE DE DIEU, APRÈS QU’IL EUT ÉTÉ AGRANDI, LORS DE SA RESTAURATION GRÂCE À LA MUNIFICENCE DU PIEUX EMPEREUR ANASTASE.

Quand les anges, dis-moi, s’écrient : Gloire à Dieu dans les hauteurs et sur la terre paix, parmi les hommes bonne volonté (Lc 2, 14), pourrions-nous nous taire et rester figés et muets comme des pierres ? Et comment ne serait-il pas déraisonnable que d’une part les armées qui (demeurent) dans les hauteurs se réjouissent à cause de nous et que d’autre part nous, qui sommes l’occasion de cette joie, qui nous tenions en bas et qui avons été élevés, nous nous tenions encore en bas par notre pensée et que nous soyons insensibles devant le secours divin, sans nous élever en même temps avec la milice intellectuelle et incorporelle des serviteurs de la lumière et sans glorifier Dieu, non pas en le glorifiant seulement avec la langue, mais aussi en considérant par l’intelligence la grandeur des paroles de cette glorification et de ce chant angélique ? Apprenons, en effet, ce que veut dire : Gloire à Dieu dans les hauteurs.

« Car, disent-ils, ce n’est pas parce qu’il s’est abaissé par charité que nous lui adresserons une glorification différente de celle que (nous lui adressions) d’habitude dans les hauteurs. En effet, si, lorsqu’il est descendu sur la terre, il avait cessé d’être en haut et y avait renoncé, nécessairement nous apporterions, nous aussi, un abaissement et un changement à la glorification qui (lui) est offerte en tant que Dieu ; mais si, lorsqu’il est venu corporellement sur la terre, il remplit incorporellement et sans aucune limitation ce qui est dans les hauteurs et s’il n’y a absolument rien qui soit vide de lui, — car il reste dans les élévations divines sans avoir changé ou diminué ce qu’il était, même lorsqu’il est devenu homme — nous restons, nous aussi, dans la même glorification et dans le même service, sans rien diminuer ou changer. Mais, en tant que nous nous tenions auprès du trône royal et élevé, nous n’oublions pas notre position et notre condition, ou plutôt par suite de cette descente sans mesure nous reconnaissons notre hauteur, en donnant pour preuve manifeste la paix qui (règne) sur la terre, de même que, lorsque tout ce qui est sous le ciel resplendit, il est également impossible de dire que le soleil ne paraît pas. »

Voyons, afin de connaître cette immense mer de paix, quelle était la guerre. Dieu détournait sa face du genre humain, d’abord quand Adam transgressa le commandement, qu’il fut en dehors du Paradis, qu’il fut chassé de l’habitation située du côté de l’orient et qu’il s’éloigna beaucoup de la clarté divine ; car c’est ce que signifie cette interdiction d’habiter du côté de l’orient ; il se cachait, il était dans l’impossibilité de s’approcher de Dieu et il disait : J’ai entendu ta voix, lorsque tu te promènes dans le Paradis, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché (Gn 3, 10) ; c’est ainsi, en effet, que ceux qui sont faibles ferment leurs yeux en face d’un rayon de soleil qui les frappe, sans pouvoir en supporter la vue. Puis, quand le péché prévalut, que les passions ignominieuses enveloppèrent l’intelligence et que l’image divine et raisonnable qui était en nous n’était plus visible, à tel point que c’était par la chair seule que l’homme se laissait reconnaître, ou plutôt, alors qu’il avait perdu par là (la possibilité) de se laisser reconnaître comme homme, une sentence cruelle et pleine de misère était criée d’en haut, disant : Mon esprit n’habitera plus jamais parmi ces hommes, parce qu’ils sont chairs (Gn 6, 3).

Est-elle insignifiante, cette guerre où nous avons combattu contre Dieu ? Est-il supportable, pour ceux qui sentent, d’entendre cette (parole) : Mon esprit n’habitera plus parmi ces hommes ? A cause de cela (il y a) l’inondation qui enlève par le déluge et engloutit au milieu même des péchés toute la race à l’exception de Noé et de ses fils qui ont été laissés comme des étincelles de feu, pour rallumer ce qui était éteint et pour remplir toute la terre ; ce qui a eu lieu également. Mais (il y a) de plus l’oubli de la charité de Dieu, la puissance, la force et l’empire du péché, toute la foule des maux et les crépitements des incendies dirigés contre Sodome ainsi que les tourments qui sont leurs frères, le repos, la pacification et l’enseignement qui se mêlaient à ce tourment, le soutien de la Loi contenue dans les Livres de Moïse, le bâton des prophètes qui redressait ceux qui étaient courbés et confirmait les avertissements par le moyen des prédictions prophétiques et de la réalisation étonnante des choses à venir, les paroles que le père qui aime ses enfants (adressait) à des serviteurs ingrats et haïs à bon droit avec une pitié toute compatissante et avec un esprit réprobateur : Mon peuple, que t’ai-je fait, ou en quoi t’ai-je été désagréable ? Réponds-moi (Mi 6, 3). Et encore : Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, vous qui (venez) des extrémités de la terre. Je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre (cf. Is 45, 22). Écoutez-moi, vous dont le cœur est perdu, vous qui êtes loin de la justice ; j’ai fait approcher ma justice, et elle ne tardera pas, et je ne retarderai pas le salut qui vient de moi (Is 46, 12-13).

Comme ces paroles n’étaient pas écoutées et qu’elles restaient sans effet, et que (les hommes) résistaient et regimbaient, alors qu’il leur aurait fallu obéir, aussitôt il est encore présenté une autre espèce de paroles, qui d’une part revêt des formes d’une manière digne des hommes et qui cependant d’autre part est empreinte de tristesse, qui appelle de nouveau les (hommes) lesquels n’en éprouvent pas de douleur et qui est capable de toucher même une âme de pierre : Le ciel s’est étonné de cela et la terre a tremblé très fortement, dit le Seigneur, parce que mon peuple a commis un double crime : ils m’ont abandonné, (moi qui suis) une source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes crevassées qui ne pourront retenir l’eau (Jr 2, 12-13). Et encore avec cela : Est-ce que j’ai été pour la maison d’Israël un désert ou une terre inculte, pour que mon peuple m’ait dit : Nous ne serons plus sous ta domination, nous ne reviendrons plus à toi ? Est-ce que la fiancée oublie sa parure et la vierge sa ceinture ? Mais mon peuple m’a oublié depuis des jours sans nombre (Jr 2, 31-32).

Comme ces (paroles) et de semblables étaient dites, mais n’étaient pas écoutées et que des prophètes étaient suscités et envoyés constamment, alors que tout était inutile et sans profit et qu’il était besoin d’un secours plus grand, celui qui envoyait les prophètes a été envoyé, en ce qu’il devint chair, c’est-à-dire homme, et qu’il vint en ce monde corporellement, tandis qu’il le remplissait divinement, ou plutôt qu’il le menait et le tenait, parce qu’il conduit tout par sa parole puissante (cf. He 1, 3). C’est ainsi, est-il écrit, en effet, qu’il est venu chez les siens (cf. Jn 1, 14), lui qui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête (Mt 8, 20 ; Lc 9, 58). Et encore, lorsqu’il était tout enfant, il était couché dans une crèche, parce qu’il ne s’était pas trouvé de place dans l’hôtellerie (cf. Lc 2, 7). Celui qui est dans la forme de Dieu a pris une forme de serviteur (cf. Ph 2, 6-7), ainsi qu’il est écrit, lorsque d’une part il a participé à la même essence que nous et qu’il s’est uni hypostatiquement à la chair douée d’une âme intelligente, et que d’autre part il est venu sous notre ressemblance en tout à l’exception du péché seulement (cf. He 4, 15), même jusqu’à l’apparence, la taille des membres et la démarche, sans avoir dans le corps rien de prodigieux ou de merveilleux ou de différent ou de particulièrement très grand, à l’exemple des géants dont il est question dans les récits ; c’est ce que Paul aussi montre en disant : Il a été dans la forme des hommes et selon l’apparence il a été trouvé comme homme (Ph 2, 7). Laisse-moi de côté, en effet, les prodiges divins qu’il accomplissait, en mettant en parallèle la manifestation de sa divinité avec le développement et l’accroissement de sa taille corporelle ; car, de même qu’il est devenu homme sans changement et en vérité, ainsi le même était aussi Dieu par nature. N’acceptons pas les miracles pour supprimer et détruire la chair, ni non plus les mesures humaines et la pauvreté volontaire pour nier et retrancher la divinité ; renvoyons, en effet, à ceux qui ont un culte pour l’homme et aux Phantasiastes ce demi-héritage plein de méchanceté et cette impiété qui divise. Quant à nous, marchons au milieu du chemin royal, en détournant notre face des issues tortueuses qui (se trouvent) des deux côtés et en sachant que celui qui est dans les hauteurs et qui par nature est dans les grandeurs dignes de Dieu s’est anéanti lui-même (Ph 2, 7), que celui qui envoyait des hommes qui avaient pour office de nous redresser est devenu lui-même homme et serviteur et qu’il est devenu lui-même l’auteur de notre salut, lorsqu’il disait : Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de beaucoup (Mt 20, 28 ; Mc 10, 45) ; et que celui qui adressait par l’intermédiaire des prophètes ces paroles étendues et pleines d’une doctrine divine à ceux qui étaient dans un état incurable n’a pas frustré (leur) espérance ; mais il a encore accru beaucoup sa bonté, quand sans changement il est devenu ce que nous sommes ; et, lorsqu’il s’est mêlé lui-même à ceux qui n’obéissaient pas, il a crié la parole qu’il avait dite d’avance par Isaïe, (parole) salutaire et plus charitable que tout, qui convient à lui seul : C’est moi qui parle ; voici, je suis présent (Is 52, 6).

Qui donc louerait dignement la grâce incommensurable d’un tel bienfait ? Ou, même parmi ceux qui sont très ingrats, qui pourrait regarder en face ces paroles si évidentes et (si) claires des Livres inspirés par Dieu, pour s’y opposer ? A moins de fermer ses oreilles, quel Juif contesterait en disant : « Ce n’est pas le Dieu des prophètes qui s’est fait homme », alors que celui qui parlait par ceux-ci a dit : C’est moi qui parle ; voici, je suis présent (Is 52, 6) ?

Il est avantageux que nous apprenions aussi la cause pour laquelle il est descendu jusqu’à toute cette charité ; car il la dit et la fait connaître très clairement : « Je me suis choisi Israël, dit-il, pour peuple parmi toutes les nations (cf. Dt 7, 6 ; 14, 2), l’ayant conduit par la Loi, instruit par les révélations prophétiques et affermi par des prodiges et des miracles, afin que par son intermédiaire ce qui concerne la connaissance de Dieu passât aussi chez les autres hommes. Mais tout aboutit au résultat opposé. En effet, lorsqu’ils contestaient, résistaient, n’obéissaient pas, étaient appelés et ne répondaient pas, mais en arrivaient à l’erreur des démons, mon nom surtout était blasphémé parmi les nations. C’est pourquoi, moi qui autrefois parlais par les prophètes, maintenant, voici, je suis présent, non pas auprès d’un seul peuple, mais auprès de tous les hommes, en sorte que, par une disposition contraire, du fait de la vocation des nations, mon peuple connaisse mon nom. »

Mais il dit aux circoncis qui ont cru à l’Évangile parmi lesquels il y a chacun des Apôtres, lorsqu’il a parcouru avec ses beaux pieds une certaine portion de la terre habitée : Annonce la paix ! Annonce le bien (Is 52, 7) ! en venant non pas par un chemin plat et uni, mais par les montagnes inaccessibles de l’idolâtrie des nations laquelle était plus raboteuse et plus difficile que tout et par les habitudes difficiles à changer de l’erreur ancestrale, en sorte qu’ils en paraissent plus beaux, ceux qui sautent sur ces (montagnes), qui passent de l’une à l’autre successivement et qui prêchent le salut qui est apparu dans Sion et le Dieu qui a régné sur elle par la venue dans la chair ; car c’est en ceux qui le connaissent que l’on comprend et que l’on dit que Dieu règne. Je citerai en propres termes les paroles des Livres sacrés qui peuvent le plus faire briller en vous la richesse de cette bonté, et elles sont ainsi exprimées : Voici ce que dit le Seigneur : A cause de vous, mon nom est toujours blasphémé parmi les nations ; c’est pourquoi, en ce jour, mon peuple connaîtra mon nom, (à savoir) que je suis celui qui parle ; voici, je suis présent. Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui annonce la nouvelle de la paix, qui annonce le bien ! Car je ferai entendre ton salut, en disant à Sion : Ton Dieu régnera sur toi. La voix de ceux qui te gardent s’est élevée ; et, en même temps qu’ils (élèveront) la voix, ils se réjouiront aussitôt, parce qu’ils verront des yeux dans les yeux, quand le Seigneur aura pitié de Sion. Les ruines de Jérusalem ramèneront en même temps la joie, parce que le Seigneur a eu pitié de son peuple, et qu’il a délivré Jérusalem. Le Seigneur révélera son bras saint devant toutes les nations, et toutes les extrémités de la terre verront le salut qui (vient) de la part de notre Dieu (Is 52, 5-10).

Lorsque les anges ont vu ce salut et cette paix, c’est avec un plaisir céleste et plein de poésie qu’ils chantaient : Gloire à Dieu dans les hauteurs, et sur la terre paix (Lc 2, 14). En effet, c’est chez ceux qui n’étaient pas obéissants, résistaient et étaient assez orgueilleux pour s’enfuir peut-être loin de lui et pour longtemps qu’il est venu de sa propre volonté, appelant souvent et n’étant pas du tout écouté. La voix de ceux qui gardent Sion, — et c’est la (voix) des prophètes qui était enveloppée et cachée et était devenue à peu près imperceptible — s’est élevée par la venue du Christ dans la chair ; elle s’est étendue et a passé chez les nations, elle s’est en quelque sorte réjouie du résultat, elle a bondi de joie et sauté, alors qu’elle était autrefois abattue et triste par le fait qu’elle n’était ni crue ni écoutée par les Juifs. En effet, nous avons vu aussi de nos propres yeux la miséricorde et notre salut ; et, ainsi que le dit Jean, nous avons vu et entendu le Verbe de vie, et nos mains l’ont aussi touché (cf. Jn 1, 1). En effet, l’invisible a été vu sur la terre et il a vécu parmi les hommes, lorsqu’il est devenu homme ; et celui qui d’une part est vu avec les yeux du corps tombe d’autre part sous les yeux de la science chez ceux qui croient, et de cette manière il est vu doublement ; c’est, en effet, ce que signifie cette (parole) : Ils verront des yeux dans les yeux. Jérusalem qui était alors déserte et vide de Dieu, à l’exemple du rocher qui s’était autrefois fendu dans le désert, a fait jaillir la joie spirituelle et la connaissance du Christ, laquelle a encore coulé et inondé toute la terre habitée. En effet, le bras saint du Seigneur, qui est le Christ, la droite et la force du Père, s’est révélé devant toutes les nations, et toutes les frontières de la terre ont vu le salut qui vient de celui-ci ; car il n’y a eu aucun lieu qui n’ait pas entendu la prédication évangélique et salutaire. C’est pourquoi la gloire est à Dieu dans les hauteurs, parce que la paix est sur la terre, non pas sur un seul peuple ou un seul lieu, mais sur toutes les extrémités. Les Apôtres, en effet, s’entendaient dire, non pas comme Moïse et Isaïe : Va à ce peuple, mais : Lorsque vous irez, enseignez toutes les nations (cf. Mt 28, 19). Toute la terre a été remplie de la connaissance du Seigneur comme des eaux assez abondantes pour couvrir les mers (cf. Is 11, 9). Et ce qui a exalté excellemment la gloire du Très-Haut, soit par les anges, soit par nous-mêmes, c’est non seulement que la paix a existé sur la terre, mais c’est encore qu’il y a bonne volonté parmi les hommes. Car il ne s’est pas seulement réconcilié avec nous ainsi qu’avec des ennemis et il n’a pas fait non plus la paix avec nous comme avec ceux qui luttaient contre lui dans une guerre qui était ainsi sans merci ; mais, à l’exemple de quelqu’un qui désire et qui poursuit de son amour ceux qu’il faudrait haïr, et comme si nous lui avions plu par de bonnes actions, il s’est fait homme pour redresser notre nature. La bonne volonté, en effet, consiste en ce qui a bien plu et qui a semblé (bon), et en ce que quelqu’un choisit pour soi, sans être entraîné par la nécessité ou par quelque autre motif, mais (poussé par la considération) qu’il a lui-même expérimenté et éprouvé ce qu’il y a de plus beau et de plus aimable. Car n’est-ce pas de l’amour qu’autrefois il ait mêlé l’image divine, je veux dire l’âme intelligente, à de la boue et qu’il ait fait de l’homme un être raisonnable, et qu’à la fin, parce que cette image était enveloppée par le nuage et l’esprit de la chair, sans changement il soit devenu lui-même chair, c’est-à-dire homme ; et que celui qui dès le commencement a façonné la créature à sa propre image se soit soumis à être formé de la Vierge ?

Car, que ce soit lui qui est né de la Vierge, Isaïe, voyant d’avance de ses propres yeux ce qui devait arriver et montrant la Vierge avec son doigt, pour ainsi dire, — et cela dès son époque — l’a dit : Voici, une Vierge concevra et enfantera un fils, et vous lui donnerez le nom d’Emmanuel (Is 7, 14). Or « Emmanuel » est interprété « Dieu avec nous » selon le mot de l’ange qui apparut en songe à Joseph (Mt 1, 23) ; celui qui est né de la Vierge a donc été « Dieu avec nous ». Mais les Juifs infidèles, qui tordent ce qui est droit et qui en cela se dressent contre l’Esprit-Saint, disent que certains de ceux qui ont interprété les Livres divins ont transmis : « Voici, une jeune fille (concevra) », et non pas : Voici, une Vierge concevra. Une jeune fille est une femme qui a été mariée et qui a connu son mari. Mais les Livres divins donnent parfaitement même à une vierge l’appellation de jeune fille, selon ce qui est écrit dans le Deutéronome au sujet de l’outrage fait avec violence contre une petite fille dans un lieu désert : La jeune fille qui était fiancée a poussé un cri et il n’y avait personne qui fût prêt à la secourir (Dt 22, 27) ; car il est certain qu’elle criait, alors qu’elle était vierge, avant que celui qui l’avait prise de force ne l’eût outragée. Dans les Juges aussi (l’écrivain) dit clairement la même chose : Vous sacrifierez, dit-il, en effet, toute femme qui a connu la couche d’un homme, et vous sauverez toute jeune fille vierge. Et parmi les habitants de Jabès de Galaad ils trouvèrent quatre cents jeunes filles vierges qui n’avaient pas connu d’homme couchant avec une femme (Jg 21, 11-12). Dans les Rois également nous trouvons qu’Abisag (cf. 3 R 1, 1-4) qui était au service de David et qui le réchauffait dans la vieillesse a reçu la désignation de jeune fille, alors qu’elle était vierge. Et puis, que ceux qui ont souci d’épier les paroles de l’Écriture et qui se détournent de celle-ci ainsi que de son sens, nous expliquent comment le prophète dit : C’est pourquoi le Seigneur vous donnera un signe (Is 7, 14), et continue en ces termes : Voici, une jeune fille concevra (Is 7, 14) ; car quel signe y a-t-il à ce qu’une femme mariée enfante ? Un signe, en effet, consiste dans l’indication d’un fait étonnant qui sort des limites de la nature. C’est donc une vierge qui a enfanté, même si vous ne le voulez pas, — et le signe désigné dans la prophétie a été réalisé — et elle a enfanté l’Emmanuel. C’est, en effet, à une vierge, et non à une (femme) qui connaît la couche conjugale de son mari, qu’il convenait, et d’une manière très séante, d’avoir un semblable enfantement divin. Soyez donc couverts de honte et par cette expression même de « signes » et par la désignation de « l’Emmanuel », en sorte que vous regardiez comme Vierge celle qui a enfanté et comme Dieu incarné celui qui est né ; puissent les paroles de la prophétie inspirées par Dieu qui viennent ensuite vous augmenter la foi, pour qu’il en soit ainsi pour vous !

Que dit (Isaïe), en effet, au sujet de celui qui est né ? — Il mangera du beurre et du miel (Is 7, 15). Aussitôt qu’il est né, tout enfant, prenant le sein de sa mère, se nourrit du lait de celle-ci, et non pas de beurre et de miel ; il appelle donc « beurre » et « miel » le lait de la jeune fille qui est la Vierge Mère de Dieu, (lait) jeune, vaillant, fort et coagulé, qui ne descend pas par suite de la volupté, du commerce avec l’homme, de la mollesse et de la dissolution et qui n’a en lui rien d’amer du fait du péché, du venin et de la fourberie du serpent, mais qui coule du Saint-Esprit et de la Vierge desquels vient la germination de la naissance de l’Emmanuel. Le bœuf, en effet, est le signe de la force et de la vigueur, comme il est écrit dans les Proverbes : Où il y a beaucoup de revenus, là se manifeste la force du bœuf (Pr 14, 4). C’est au miel que ressemblent la qualité et le goût de l’aliment spirituel. De là (il découle) qu’Ézéchiel, ayant avalé le divin rouleau du livre, disait aussi : Dans ma bouche il fut comme du miel doux (Ez 3, 3). Mais, ci-dessus d’une part, c’est d’une manière intellectuelle que le prophète a mangé, — car il n’était pas possible d’avaler autrement un rouleau de livre — et ici d’autre part, c’est d’une manière sensible et véritable que l’Emmanuel a été nourri de lait, lorsque sans péché il a passé par tous nos (états), pour détruire et enlever de toutes (ces manières d’être) le péché et la malédiction et pour y planter la bénédiction et la sainteté. Que ceux qui sont malades de l’erreur des Phantasiastes ne passent donc pas si légèrement sur ce qui a été dit, altérant partout d’une manière malhonnête la vérité de l’économie, au point qu’ils se détournent du salut véritable.

Mais ce n’est pas sans but que l’on désigne sous le nom de « terre où coulent le lait et le miel » la Vierge dont le nouvel Adam a été formé et du lait et du miel de laquelle il a été nourri. C’est à son sujet que le prophète a encore continué en ces termes : Avant qu’il sache ou qu’il choisisse le mal, il choisira le bien (cf. Is 7, 15) ; car, avant que l’enfant sache le bien ou le mal, il méprise le mal pour choisir le bien. Chacun de nous, en effet, examiné à l’âge de l’enfance, n’a pas conscience du bien et du mal ; et c’est lorsque le temps avance, qu’il commence alors à les discerner. Mais, comme par nature l’Emmanuel était aussi Dieu et la bonté même, bien qu’il fût devenu enfant suivant l’économie, il n’a pas attendu le temps du discernement ; au contraire c’est dès les langes, dit (Isaïe), avant d’être parvenu à l’âge capable de discerner le bien et le mal, que d’une part il a méprisé le mal et ne lui a pas obéi, et que d’autre part il a choisi le bien. Ces (mots) : « Il a choisi » et « Il n’a pas obéi » et cet (autre) : « Il a choisi » nous montrent que le Verbe de Dieu s’est uni hypostatiquement non seulement la chair, mais encore l’âme douée de volonté et de raison, afin de faire pencher vers le choix du bien et vers l’aversion du mal nos âmes penchées vers la méchanceté ; car Dieu, en ce qu’il est Dieu, ne choisit pas le bien, attendu qu’il est bon par essence ; mais, lorsque à cause de nous il a participé à la chair et à l’âme intelligente, c’est pour nous qu’il faisait ce redressement. En effet, c’est encore pour nous qu’il a été aussi baptisé, alors qu’il est pur et la pureté même ; c’est encore pour nous qu’il a été tenté, alors qu’il n’avait pas lui-même besoin de tentation, mais qu’il rend facile à vaincre celui qui présente la tentation pour ceux qui doivent lutter avec lui ; c’est pour nous qu’il a été crucifié, alors qu’il n’est pas coupable de péché et qu’il a suspendu la mort qui avait prévalu contre nous d’une manière tyrannique ; c’est pour nous qu’il a été enseveli et qu’il a détruit la corruption par la résurrection : toutes choses que le prophète Isaïe a prises d’un seul coup avec son sage esprit et qu’il a proclamées par ce grand mot : Un enfant est né pour nous ; car c’est pour nous, et non pour lui, qu’il est né. En effet, tout homme naît pour son propre avantage, pour participer à cette lumière et à la connaissance de Dieu ; mais le Christ, la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jn 1, 9), n’avait besoin d’aucun avantage ; c’est à nous au contraire qu’il a procuré des avantages par la naissance selon la chair : d’où il (suit) que, ce que le prophète dit, moi (aussi) je dis : Un enfant est né pour nous (Is 9, 6). Le même nous est donné aussi comme Fils (cf. Is 9, 6) ; car (le Christ) est le Fils et aussi l’unique Verbe de Dieu le Père. C’est très convenablement qu’il a réuni ce (mot) : « Il a été donné » au (mot) : « Fils » ; car c’est un don, un présent et un bienfait de Dieu, que le Fils et Verbe soit sur la terre et qu’il soit né enfant d’une femme ; tout don excellent et tout présent parfait, en effet, descendent d’en haut (Jc 1, 17), dit le Livre sacré.

Vous voyez quel enfant nous a enfanté la Vierge, et à quelle abondance de pensées divines elle nous a fait aboutir ; car tout ce qui se rapporte à cette (Vierge) est abondant et excède notre force. C’est pourquoi, lorsque ce temple a été agrandi et élargi par la main généreuse de l’empereur pieux et aimant Dieu, qui se répand avec effusion même sur ceux qui sont au loin, et que la foule de ceux qui sont réunis ensemble surpasse et excède encore la grandeur du lieu, et que mon discours semble dépasser la mesure, bien qu’il ne soit pas éloigné de ressembler à une goutte en comparaison de la richesse infinie des pensées, il me semble entendre la Mère de Dieu me dire ces paroles prophétiques : Cet endroit est trop étroit pour moi, — ajoute que ton discours également est (trop court) — fais-moi un lieu pour que j’y habite (Is 49, 20). C’est donc à vous d’une part qu’il appartient d’élargir et d’agrandir ce lieu ou de l’orner de matières excellentes ; et c’est le fait de ses prières que, moi qui suis petit, j’entende celui qui a dit : Ouvre ta bouche, et je la remplirai (Ps 80, 11), « afin que tu puisses faire encore des discours plus parfaits ». Nous tous cependant, puisque nous ne sommes pas dans l’angoisse à cause de l’observation exacte des commandements évangéliques, mais que nous marchons allègrement grâce à eux, disons avec le psalmiste au Dieu qui s’est incarné et qui nous a sauvés : Ton commandement est très large (Ps 118, 96) ; tu as élargi mes voies sous moi, et mes pas n’ont pas faibli ; je poursuivrai mes ennemis et je les atteindrai, et je ne reviendrai pas avant de les avoir détruits (Ps 17, 37-37). Nos ennemis, c’est le Calomniateur et les démons méchants qui l’accompagnent ; nous les poursuivrons, si, regardant la Mère de Dieu, hommes, nous faisons honneur à une vie chaste et honnête ; (si), vierges, vous gardez la pureté ainsi qu’un bien céleste pur de toute tache ; (si, femmes) qui êtes sous le joug du mariage, vous conservez véritablement et purement l’amour de vos maris et l’amour de vos enfants, de sorte que par là le lit où vous couchez soit gardé pur ; (si) la charité à l’égard des pauvres est une pratique générale et pour les hommes et pour les femmes. Pour tous, en effet, il n’y a qu’un stade de la perfection, parce que, soit pour l’homme, soit pour la femme, il n’y a qu’un salut, qu’une espérance, qu’une adoption qui confère le même honneur et aussi qu’un don de l’Esprit.

Je ne sais pas par quel motif quelques-uns ont été poussés ici pour défendre aux femmes de dire la doxologie dans l’office des psaumes ; Paul dit, en effet : Je ne permets pas à la femme d’enseigner (1 Tm 2, 12), et non de ne pas dire la doxologie. Car, s’il était défendu (aux femmes) de dire la doxologie, par cette même parole il leur serait défendu aussi de chanter ; et si aucune loi ne défend ceci, n’auront-elles pas aussi envie de cela ? Mais moi, je vais te montrer que la femme dit la doxologie dans le Livre divin. En effet, après que Pharaon fut noyé avec ses chevaux et ses chars, Moïse chantait : Nous louerons le Seigneur, car il est très digne de louanges (Ex 15, 1) ; et Marie, sœur de Moïse, frappait aussi sur un tambourin, en disant elle-même et en chantant devant un chœur de femmes : Nous louerons le Seigneur, car il est très digne de louanges (Ex 15, 21) ; de telle sorte donc que la doxologie est générale, et non pas particulière aux hommes seulement. Mais en vérité je ne sais pas comment, voulant venir au secours des femmes, je n’ai encore trouvé pour défenseur personne autre que Marie. Par conséquent, après avoir dit adieu aux inventions humaines, obéissons aux lois divines et louons celui qui par la Mère de Dieu a rendu le sexe féminin digne de vénération et qui a béni notre naissance. C’est à lui que sied aussi la puissance et la louange avec le Père et le Saint-Esprit maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

FIN DE L’HOMÉLIE 83

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