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HOMÉLIE 80

SUR LE JOUR OU IL FUT PLACÉ À LA TÊTE DE LA VILLE ET PAR UN SIGNE DE DIEU REÇUT L’IMPOSITION DES MAINS. (CETTE HOMÉLIE) FUT PRONONCÉE DANS L’ORATOIRE DU SAINT MARTYR ROMANOS AU DÉBUT DE LA QUATRIÈME ANNÉE (6 novembre 515). ELLE EST LA PREMIÈRE HOMÉLIE (DE CETTE ANNÉE).

Pour moi, j’estime que ce jour m’est très profitable, (ce jour) où j’ai été mis à votre tête, où le Saint-Esprit, ayant penché la corne intellectuelle, m’a oint dans ma petitesse de l’onction du pontificat, où, après que j’eus été conduit à un lit spirituel, le Christ, lui qui négocie les fiançailles dans les mariages de ce genre et dans les unions exemptes de corruption que consolident l’orthodoxie de la foi et la pureté de la conduite, m’a livré et confié, ainsi qu’une épouse sacrée, l’Église qui la première s’est revêtue du nom de chrétiens comme d’un vêtement sublime et royal (cf. Ac 11, 26) et qui s’est accordée tout à fait avec ses maris ainsi qu’avec des parents, de telle sorte que les témoins (de cette union) disent : « Vraiment c’est de la part du Seigneur que (cette) épouse s’accorde avec (ce) mari, elle qui a repoussé ainsi que des étrangers ceux qui ont fait défection et qui a montré qu’ils cohabitaient mensongèrement avec elle, à tel point que ceux aussi qui comme Jean-Baptiste sont (animés) de l’Esprit gémissent et s’écrient en servant le Seigneur : Il ne t’est pas permis de la posséder (Mt 14, 4), (et cela) en vérité parce qu’ils nous considèrent et nous regardent et qu’ils sont jusque-là remplis de zèle pour le Seigneur tout-puissant. » Car celui qui a fait une telle (défection), lors même qu’il est censé être avec l’épouse, n’est pas en réalité avec elle, bien qu’il ait la témérité d’être assis corporellement sur le trône (patriarcal). 

C’est pourquoi, en effet, c’était une corne pleine d’huile mystique qui jadis oignait les grands prêtres et les rois d’une manière symbolique, afin que nous apprenions que cette onction ne vient pas d’en bas ni d’une faveur humaine sur ceux qui en sont dignes, mais qu’elle descend d’en haut du Père des lumières (Jc 1, 17) et du chef de toute principauté, de (toute) autorité et de (toute) puissance (Col 2, 10 ; Ep 1, 21). Car il est bien certain que la corne est très haute et très élevée au- dessus de la tête et qu’elle est le membre qui est placé le plus haut, de même que Dieu qui donne l’onction est au-dessus de tout siège et de (toute) domination de ceux qui sont élevés et qui sont au-dessus de tout. C’est pourquoi ceux qui ont été oints de l’onction du pontificat et plus particulièrement ceux qui (ont été oints de l’onction) du patriarcat, qui par cette(onction) ont été enrichis de l’Esprit qui convient au chef (cf. Ps 50, 14) et qui ont été fortifiés et confirmés par lui, sont le κεφάλαιον, ou la tête, de tous ceux qui tiennent la place de la tête. Il faut qu’ils soient la corne de salut (cf. Ps 17, 3) de l’armée rangée en bataille pour le combat du Seigneur et de la phalange spirituelle, combattant en avant du peuple et disant a celui qui les a oints : Par toi nous renverserons nos ennemis et en ton nom nous mépriserons ceux qui se dressent contre nous (Ps 43, 6).

De la (vient) que Moïse, bénissant le patriarche Joseph et les tribus qui en descendent par génération, a dit aussi dans les bénédictions : Sa beauté est (celle) du taureau ; ses cornes sont les cornes du rhinocéros ; avec elles il renversera ensemble les nations jusqu’aux extrémités de la terre (Dt 33, 17). Cela est dit de Joseph d’une manière historique et symbolique ; et cela a été prédit d’une manière prophétique et s’est réalisé au sujet du Christ, dont Joseph était la figure. Il a été vendu par ses frères, de même que le Christ par Judas. Il a été jeté dans la fosse et il en est remonté, de même que Jésus (a été mis) dans le tombeau et qu’il est ressuscité. Il a été dépouillé de sa tunique de plusieurs couleurs, de même que notre Sauveur de sa tunique sans couture qui était tissée depuis le haut (cf. Jn 19, 23). Il est descendu en Égypte, de même que l’Emmanuel dans ce monde. Il a été mis en prison, il (en) a fait sortir l’échanson et le serviteur de Pharaon qui (y) était enfermé, il a régné sur l’Égypte, il est reparti pour la Terre promise et il est descendu de nouveau en Égypte, ainsi que Notre-Seigneur qui est apparu dans les régions du Schéol, qui (en) a brisé les portes d’airain et rompu les verrous de fer (Ps 106, 16 ; Is 45, 2), qui a crié à ceux qui étaient dans les chaînes et qui étaient sous l’empire de la mort : Sortez, et à ceux qui (étaient) dans les ténèbres : Paraissez (cf. Is 49, 9), qui est reparti avec la chair pour le ciel, lui qui remplit l’univers d’une manière incorporelle et illimitée, et qui même de la sorte ne nous a pas abandonnés, mais a dit à ses disciples : Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens vers vous (Jn 14, 18), et : Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).

(Jésus) a également accompli en lui-même la bénédiction que le grand Moïse a donnée à Joseph ; et d’un seul coup et de la même façon, par les commandements des Évangiles et par les enseignements des Apôtres, ainsi que par des cornes pointues, il a renversé l’idolâtrie ancestrale des nations jusqu’aux extrémités de la terre et il l’a arrachée comme s’il l’avait déracinée.

Et c’est très justement que (Moïse) a appelé « cornes de rhinocéros » les cornes des patriarches et de ceux qui ont été oints par Dieu. Bien qu’ils doivent, en effet, abonder en beaucoup d’espèces de vertus, puisqu’ils sont aiguisés par les travaux de l’action, et qu’ils sont principalement obligés à la vie ascétique et adonnés au travail, il faut qu’ils conservent jusqu’au bout (leurs cornes) entières et non divisées, ainsi que la corne puissante et invincible du rhinocéros. Dans (leur) conduite ils ne se couperont pas en deux et ils n’essaieront pas de servir Dieu et l’argent (cf. Mt 6, 24 ; Lc 16, 13). Ils ne diviseront pas non plus la foi par des dogmes de mauvais aloi et réprouvés. Ils ne diviseront pas selon la rage d’Arius la seule divinité des trois hypostases du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans des essences étrangères et diverses. Ils ne couperont pas avec le couteau juif de Nestorius l’incarnation ineffable et indivisible de Dieu le Verbe par la dualité des natures après l’union. Ils ne montreront pas mensonger notre salut comme l’athée Eutychès et avec des dents impies ils ne l’arracheront pas de notre Sauveur et de notre médecin, en lui donnant une chair étrangère ou comme une sorte de chair, et non la (chair) véritable, de la même essence que la nôtre, (mais) exempte et pure de tout péché. Ils ne racleront pas l’intelligence de la venue du Christ dans la chair, comme par un raclage, à l’exemple d’Apollinaire qui est inique et privé d’intelligence ; et ils ne nous laisseront pas sans guérison dans cette partie par laquelle nous avons été faits à l’image de Dieu. Comme les Manichéens qui vont au-delà de tout blasphème inique et de (toute) impiété, ils ne diviseront pas en deux principes, le Mal et le Bien, l’essence et la substance de cet univers qui a été amené à l’existence, subsiste et demeure du fait d’un seul Seigneur bon et créateur et Dieu tout-puissant.

Tous ceux-là, en effet, parce qu’ils ont des cornes divisées et qu’ils ont été divisés dans leur esprit par des pensées humaines, ont osé diviser la foi simple, uniforme et indivisible. Mais celui qui a été oint par la grâce d’en haut, qui a conservé cette foi dans sa pureté et qui est armé par la parole de la vérité ainsi que par une corne de rhinocéros, chasse les assauts des combats de ces (adversaires) et, avec David le psalmiste divin et le prophète, il chante : Je me réjouirai à jamais, je chanterai en l’honneur du Dieu de Jacob, je romprai toutes les cornes des méchants, et les cornes des justes seront élevées (Ps 74, 10-11). Il confesse et il croit en un seul Dieu le Père, créateur et Seigneur de ce qui existe, et au Verbe unique, qui de toute éternité est engendré par lui selon l’essence, et qui dans les derniers jours, sans changement, en vertu de l’union hypostatique, par l’opération de l’Esprit-Saint et de la Vierge Mère de Dieu, s’est incarné (en prenant) la chair qui est de la même essence que la nôtre et est animée par une âme raisonnable et intellectuelle, qui est un même après l’incarnation, le même qui est Dieu et homme, de telle sorte qu’en cela il est de la même essence que Dieu le Père et qu’en ceci (il est de la même essence) que nous, lorsqu’il est un de deux et cela même après l’union, sans être divisé par la dualité. (Il croit) au Saint-Esprit qui est de la mème essence que le Père et le Fils, qui procède du Père indépendamment du temps et éternellement. De la sorte la Trinité est complète et parfaite, laquelle n’a perdu sa propriété d’être la Trinité ni par l’addition d’un nombre par suite de l’incarnation du Fils, ni non plus par une soustraction ou un changement, mais laquelle est sauvée sans diminution par une confession saine, ou plutôt garde et sauve ceux qui la confessent de cette manière.

C’est donc à propos que j’ai dit que, lorsque chaque année m’amène ce jour, j’en retire un grand profit, non pas parce que je suis monté jusqu’à une telle hauteur de gloire et d’autorité sacrée, mais parce que je manque beaucoup de la marque du pontife et que peut-être je rampe en bas dans les œuvres terrestres, tandis que je suis assis en haut et que je serais tenu de m’élever vers le ciel sur les ailes des vertus. Lorsque je renouvelle dans ma mémoire ces traités que j’ai contractés avec Dieu à cette époque et que je réfléchis que je suis tenu de les accomplir, je suis rempli de crainte et de frayeur ; et tandis qu’il s’en faut de peu que je ne perde le souffle du fait de la crainte, je me dessèche. Car les paroles qui ont été dites dans le texte (liturgique) et qui ont été récitées sur la tête de chacun de ceux qui sont oints, ont force de traités ; et c’est pour cela qu’on appellera à proprement parler χειροτονία, c’est-à-dire imposition de la main, l’apposition de la main sur (cet) acte de dette. En effet, ces vêtements spirituels qu’un homme revêt, lorsque par grâce il est promu au sacerdoce, il faut qu’il les revête en fait, sans tirer vanité seulement des noms sacrés, paraissant nu par les actions et présentant des apparences trompeuses quant à l’aspect extérieur, tandis qu’à l’intérieur il a des dispositions mauvaises et dignes de faire couler les larmes. Car, qui montrera par la parole la grandeur de la honte du dernier jour, dont Dieu menace ceux qui sont dans cet état par le prophète Isaïe d’une part, lorsqu’il s’exprime ainsi : Toute robe et tout vêtement qui auront été ramassés avec fraude, ils les rendront avec échange (Is 9, 5), c’est-à-dire en quittant honteusement la robe d’honneur qu’ils auront déshonorée et en rendant compte pourquoi ils auront pris la fausseté en échange de la vérité, et dans les Évangiles d’autre part, lorsqu’il s’écrie clairement dans le festin bienheureux : Mon ami, comment es-tu entré ici sans l’habit de noces (Mt 22, 12) ?

Que personne, en effet, ne s’enorgueillisse de (son) onction, de (sa) nomination sacrée et de (sa) place, mais qu’il considère où l’entraîne la grandeur de cet honneur et (qu’il songe), lorsqu’il se sera conduit d’une façon indigne, aux provisions du supplice qui sera plus grand pour lui. Car celui qui est petit est digne d’un pardon miséricordieux, mais les puissants seront examinés d’une manière puissante (Sg 6, 7), dit un sage ; et une enquête puissante est réservée à ceux qui sont forts. Le prophète Ézéchiel pense aussi que ceux qui auront une fois possédé la souveraineté sur terre seront tourmentés de peines égales à l’orgueil de leur tyrannie et qu’ils seront conduits dans la fosse inférieure, lorsqu’il dit : Là est l’Assyrien et toute son assemblée. Et encore : Là est Élam et toute son armée ; ceux qui ont répandu la terreur dans le pays des vivants et qui ont reçu leur tourment avec ceux qui descendent dans la fosse. Et encore : Là ont été livrés Mosoch et Tubal et toute l’armée de chacun d’eux, et ils se sont couchés avec les héros qui sont tombés autrefois et qui sont descendus dans l’enfer (cf. Ez 32, 22. 24. 26-27).

Il convient donc que celui qui a été honoré de quelque autorité et de quelque souveraineté, et surtout d’une (souveraineté) spirituelle, se mesure lui-même chaque jour d’après la grandeur du don (reçu), sans donner le vertige à son intelligence par une imagination extérieure ; mais qu’il réfléchisse et que, comme si une épée était suspendue au-dessus de sa tête, il regarde et voie la volte-face et la colère de Dieu, supposé qu’il se soit conduit d’une façon indigne, et, avant tout, le dernier jour rempli de tremblement, les peines et les châtiments qui y (seront portés), auxquels personne ne peut se dérober par une intercession quelconque, et après cela le feu inextinguible et les maux insupportables et sans fin. En effet, Celui qui a oint Saül disait aussi dans la suite : Je me suis repenti d’avoir oint Saül pour roi, parce qu’il s’est détourné de moi et qu’il n’a point observé mes paroles (1 R 15, 11). Et ce (mot) : « Je me suis repenti » est écrit pour montrer que les appels et les dons de Dieu ne sont pas forcés et nécessaires et qu’ils ne violentent pas la liberté. Car ce n’est pas parce que (Dieu) avait fait (Saül) roi que nécessairement il fallait aussi qu’il le fît bon ; c’était là, en effet, l’affaire de la volonté (de Saül). Que du reste il n’y ait point de repentir en Dieu, lui qui connaît toutes choses avant qu’elles arrivent, Paul l’a attesté en écrivant aux Romains en ces termes : Les dons et l’appel de Dieu ne sont pas sujets au repentir (Rm 11, 29). C’est pourquoi il est aussi permis à celui qui revient à résipiscence de retourner à l’honneur d’où il est tombé, de telle sorte donc que les (dons) de Dieu demeurent fixes et qu’il t’appartient ou de te les approprier par la vertu ou de les aliéner par le péché. Pour cette raison dès le commencement même, après qu’il eut créé l’homme et qu’il l’eut établi le souverain de tout ce qui est sur la terre, lorsqu’il vit que la malice augmentait, — et cela bien qu’il eût prévu dès le commencement ce qui devait arriver — il disait de la même manière, montrant que la liberté possède elle-même sa pleine maîtrise : J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, depuis les reptiles jusqu’aux oiseaux du ciel, parce que j’ai réfléchi que je les ai créés (Gn 6, 7). Et, au lieu de ce mot : « J’ai réfléchi », un autre interprète a transmis : « Je me suis repenti. »

Ces paroles dites d’une manière qui convient aux hommes pour descendre jusqu’à nous et pour tendre à (notre) faiblesse des mains secourables, il faut que nous les appliquions à Dieu dans des sens dignes de Dieu et convenables. Ce (mot) : « Je me suis repenti », en effet, montre aussi l’amour affectueux de Dieu pour nous ; c’est comme s’il disait : « C’est à cause du débordement de votre malice que (je me repens), tout entraîné que je suis vers le sentiment opposé ; car le plateau de la justice vaine désormais et dépasse l’abondance de la bonté dont vous vous êtes vous-mêmes montrés n’être pas dignes. » Et pourquoi est-ce que je parle de Saül ? David, en effet, avait reçu un (bon) témoignage dans le jugement venu d’en haut qui dit : J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toutes mes volontés (Ac 13, 22) ; après qu’il eut commis des fautes, qu’est-ce qu’il entendait ? Je t’ai oint pour roi sur Israël, je t’ai délivré de la main de Saül, je t’ai donné tout ce qui était à ton maître et (j’ai placé) ses femmes dans ton sein, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda ; et, si cela eût été peu pour toi, je t’aurais accordé en plus des (bienfaits) analogues (2 R 12, 7-9). Pourquoi as-tu méprisé le Seigneur, pour faire ce qui est mal devant lui ? Et si par l’aveu de (son) péché et par un repentir digne de ce nom (David) n’avait pas arrêté la violence de la colère (de Dieu), le premier témoignage et l’onction royale ne lui eussent été d’aucune utilité en comparaison de la méchanceté qui a suivi.

Qu’ils entendent cela et qu’ils soient retenus par la crainte et le tremblement, ceux qui brûlent du désir des ordinations ainsi que d’un amour des (plaisirs) honteux, qui courent seulement après l’honneur et la nourriture qui en viennent et non après le travail, et qui nous font, en la tirant je ne sais d’où, la réputation nouvelle et (répandue) dans le monde d’amasser la nourriture de la vie, comme s’il n’était pas permis que ce qui concerne la vie vienne d’autre part en exerçant le métier de forgeron ou de charron ou une autre profession soit intellectuelle soit manuelle. Mais est-il nécessaire que sans intention sainte ils se poussent vers les fonctions saintes ? En vérité, quoique nous ne voyions jamais un soldat borgne ou boiteux se tenir devant un roi ou entrer à son service, nous cependant, alors que tous les membres de (notre) homme intérieur sont blessés, nous avons l’audace de nous présenter devant le roi céleste et Dieu et de le servir, et cela quand nous savons que la Loi dit clairement : Un homme boiteux ou aveugle, ayant ou le nez trop court ou une oreille coupée, ou un homme ayant une fracture à la main ou une fracture au pied, ou un homme bossu ou ayant des verrues sur le visage ou ayant les paupières sans cil, ou un homme en qui il y aura la gale ou une dartre, ou (un homme) qui n’aura qu’un testicule, tout homme de la race du prêtre Aaron qui aura un défaut (corporel) ne s’approchera point pour offrir à ton Dieu les sacrifices, parce qu’il y a en lui un défaut (corporel) (Lv 21, 18-21. 23).

Dans le sacerdoce lévitique, c’est donc corporellement qu’on recherchait ces affections ; mais, dans le service évangélique et spirituel, c’est dans l’âme qu’on les recherche intellectuellement. Il faut, en effet, que celui à qui il est échu d’exercer le sacerdoce soit, ainsi que dit Paul, complet et parfait en tant qu’homme de Dieu, qui soit accompli pour toute bonne œuvre (2 Tm 3, 17).

(Il faut) que ses yeux spirituels soient sans affection, qu’ils ne soient nullement couverts par les ténèbres du monde, mais qu’ils fixent avec pureté leur regard sur les beautés et sur les pensées célestes.

(Il faut) que les pieds et les pas qui (mènent) vers les bonnes œuvres soient droits et sains, sans chanceler ni boiter, mais qu’ils puissent se tenir fermement et inébranlablement sur le roc de la foi, courir dans les chemins des commandements, marcher par tous les commandements, ne pas (se permettre) d’accomplir l’un et de boiter pour l’autre, mais supporter même les obstacles qui empêchent et arrêtent la prédication de l’Évangile et de la foi orthodoxe, et, fortifiés par l’espoir futur, courir sans retard et dire comme Paul : Je cours ainsi comme celui qui ne (court) pas d’une manière incertaine (1 Co 9, 26), et après la fin des travaux : J’ai achevé la course, j’ai gardé la foi (2 Tm 4, 7).

Il faut encore qu’il ne soit pas bossu, mais qu’il ait une belle prestance et qu’il soit parvenu à l’état d’homme fait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ ( Ep 4, 13) au point de vue intellectuel, sans faire aucune œuvre de mauvais aloi ou aller vers ce qui ne convient pas. C’est dans ce sens, en effet, qu’il faut entendre la fracture de la main et la fracture du pied.

(Il faut) que, soit au point de vue de l’ouïe, soit au point de vue du goût de l’homme intérieur, il ne soit pas imparfait, mais qu’il perçoive et sente facilement la bonne odeur spirituelle et la révélation divine, en sorte que, comme Isaac, il dise : Voici, l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ plein que le Seigneur a béni (Gn 27, 27) ; et que, comme Samuel, quand il reçoit un appel d’en haut, il réponde promptement à celui qui l’appelle : Parle, Seigneur, parce que ton serviteur écoute (1 R 3, 10).

(Il faut) qu’il ait soin de faire ce qui est bien non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes (cf. Rm 12, 17), en sorte que même l’aspect extérieur qui se remarque dans le vêtement et dans la marche soit pour lui un sujet d’éloges, qu’il ne soit pas ridicule dans son visage, comme le sont ceux qui présentent à la face des pustules semblables à des verrues ou qui ont les yeux chassieux, et que par des doctrines hérétiques ainsi que par une dartre et la gale il ne se frotte pas non plus contre ceux qui sont plus simples ; car Paul appelle de la sorte la vie nuisible d’hommes corrompus d’entendement et privés de la vérité (cf. Tm 6, 5).

(Il ne faut pas) non plus qu’à l’exemple de ceux qui sont frappés de quelque infirmité dans leurs organes génitaux et qui sont impuissants à procréer des enfants, il fasse entendre la parole d’enseignement qui est incapable d’enfanter, mais bien qui fait croître en abondance le nombre des brebis, en sorte qu’il fasse preuve de grandeur d’âme comme l’Apôtre et qu’il dise : Afin que la grâce, en abondant par beaucoup (de fidèles), fasse abonder les actions de grâces pour la gloire de Dieu (2 Co 4, 15).

Considérez comment la parole (de la Loi) recherche parmi ces affections non seulement celles qui sont graves, mais encore celles qui sont légères, (par exemple) la gale et celles qui lui ressemblent. Que personne ne pense qu’il en est exempt, parce qu’elles ne paraissent pas aux yeux du corps ; car, si nous nous regardons dans le miroir de la conscience, nous les trouverons en nous ou bien toutes ou bien la plupart d’entre elles. Qui donc ne pleurerait pas et ne gémirait pas sur elles, n’essaierait pas de courir dans la solitude et n’y chercherait pas des gémissements capables de détruire le défaut de ces affections honteuses ?

Quant à moi, par ces paroles et ces pensées, je voudrais non seulement aujourd’hui, mais encore chaque jour laver, purifier et renouveler mon onction et (mon) sacerdoce et ne jamais (laisser) le souvenir de ces (faits) vieillir et se perdre en moi. Le Livre sacré, en effet, connaît également des renouvellements d’onction. Samuel fait savoir qu’il avait oint une fois Saül pour roi ; et de nouveau il disait : Allons à Galgala et renouvelons-y la royauté ; et tout le peuple se rendit à Galgala, et Samuel y oignit Saül pour roi devant le Seigneur (1 R 11, 14-15). Il a fait cela en même temps parce qu’il voulait le présenter au peuple, et en même temps comme s’il apportait du soin et de l’empressement à marquer et à exprimer plus clairement (cette) dignité en lui ainsi que dans un homme enclin à la négligence, afin qu’il n’oubliât pas (sa condition). (Puis) par l’intermédiaire du prophète Isaïe, dans une proclamation claire, Dieu commande à toutes les Églises : Elles se renouvelleront (cf. Is 41, 1), (et cela) en criant aux îles. Il les désigne sous le nom d’îles, parce qu’elles surgissent et resplendissent parmi les nations du fond de l’idolâtrie salée et amère ainsi que de la mer et qu’elles offrent les ports tranquilles et paisibles de la religion à ceux qui nagent sur l’incrédulité de l’erreur. Et elles passeront à bon droit pour être des îles, pour cette raison encore que de toute part elles sont frappées et heurtées tout autour par les grosses mers et les tempêtes des épreuves ; mais elles les ont dissipées et résolues en écume par la patience, par la lutte, par l’attaque et par l’espérance du rocher qui est le Christ, le bras du Père Très-Haut. C’est ce que montre encore Celui qui parle dans Isaïe en s’exprimant ainsi : Les îles m’attendront et espéreront en mon bras (Is 51, 5).

Il faut donc que nous nous renouvelions pour ainsi dire à chaque instant, que nous oubliions ce qui est derrière nous et que nous nous portions vers ce qui est en avant (cf. Ph 3, 13). C’est ce que Paul aussi nous enseigne, en effet, en disant : Si quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature (2 Co 5, 17) ; c’est-à-dire : Celui qui appartient au Christ, dit-il, doit le montrer par des œuvres nouvelles, en se montrant lui-même comme s’il avait été créé à nouveau et (était devenu) un homme nouveau ; ce qu’il a également fait connaître par ce qui vient ensuite, en disant : Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles (2 Co 5, 17).

C’est parce que Romanos aussi, qui parmi les martyrs l’a emporté sur tous par la patience et par la sagesse, augmentait constamment ce renouvellement, que les vertus qu’il avait acquises par beaucoup de travaux ne lui suffirent pas, et qu’il se hâtait vers le martyre comme s’il n’avait eu aucune provision en vue du salut. Après avoir éteint au moyen des pluies (obtenues) par la prière la flamme qui lui était préparée, il tendit sa langue au glaive, s’efforçant de montrer qu’un seul combat (comportait) de nombreux martyres et d’offrir chacun de ses membres pour être coupé ; et même en cela il ne cessait et ne s’arrêtait pas de monter, mais il avançait et il désirait des choses encore plus grandes. Je sais bien que, même après les avoir obtenues, il fait monter des prières pour nous, afin que nous ne nous écartions pas du royaume du ciel par le Christ Jésus Notre-Seigneur, à qui sied la louange avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

FIN DE L’HOMÉLIE 80

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