دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 78

SUR LES SAINTS MARTYRS TARACHOS, PROBOS ET ANDRONICOS.

Comment me tairais-je, en voyant que trois martyrs ont comme un seul homme soutenu un seul martyre d’un commun accord, qu’ils ont conformément à la législation de l’Apôtre conservé l’unité de l’esprit par le lien (Ep 4, 3) des combats et l’ont montrée par les faits mêmes, qu’ils ont revêtu comme une panoplie les paroles sacrées de Paul, non quand il écrit, mais quand il arme : (Il y a) un seul corps et un seul esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance de votre vocation ; (il y a) un seul Seigneur et une seule foi ; (il y a) un seul baptême (Ep 4, 4-5) ; et qu’ils ont parfaitement scellé et affirmé qu’il n’y a aussi qu’un seul martyre pour cela. Ils sont donc vides et privés de ces paroles et ils ne participent pas à la grâce divine de l’Esprit, ceux qui ne sont pas d’accord avec eux-mêmes, mais qui boitent dans les pensées de la religion ; tantôt ils confessent et ils écrivent ce qui concerne la religion et des choses dignes de louanges, et tantôt ils se portent d’une manière insensée vers ce qui (y) est opposé : maintenant ils font les œuvres du Christ, et maintenant celles du Calomniateur ; ils se font violence pour regarder d’un œil vers le ciel, et par force aussi ils deviennent faibles (pour regarder) de l’autre vers la terre ; ils sont liés et attachés aux choses d’en bas, quoiqu’ils fassent semblant de penser aux choses d’en haut. Nous entreprendrons donc de considérer (ces) martyrs et d’apprendre d’eux et à penser et à dire les mêmes choses au sujet du seul et même Dieu, et à tenir bon dans les mêmes choses, sans être par tout souffle agités (dans un sens) et de nouveau agités dans le sens contraire et sans nous incliner facilement des deux côtés comme des roseaux.

Ainsi que je l’ai dit, ces vaillants étaient au nombre de trois, lorsque d’une part les tyrans Dioclétien et Maximien persécutaient la religion, et que d’autre part un préfet, Maxime, rendait la justice d’abord à Tarse de Cilicie et en dernier lieu à Anazarbe, ou plutôt livrait un combat d’une manière très dure, selon ce qu’il pensait. Le premier qui comparut en public et qui fut interrogé sur son nom, confessa qu’il était chrétien, disant pour ainsi parler au juge inique : « Ce que toi tu poursuis comme un crime, cela est pour moi un ornement et un nom propre ; le nom que mes parents m’ont donné, en effet, est métaphorique ou commun, et il m’a été imposé en raison de ce qui leur paraissait et non d’après les faits mêmes. Mais, puisque tu cherches à apprendre aussi ce (nom), je me nomme Tarachos », ne faisant nullement mentir cette appellation. Car, tout en étant soldat, j’ai renoncé à servir ici-bas : en effet, nos armes, (à nous) chrétiens, ne sont pas charnelles ; mais elles sont puissantes en Dieu (2 Co 10, 4), ainsi que le dit Paul. C’est pourquoi j’ai volontairement jeté loin de moi (ma) ceinture comme un lien, en entendant David qui chante : Je me suis préparé et je n’ai pas été troublé (Ps 118, 60), ainsi que d’autres paroles divines qui donnent cet avertissement : Ne craignez point ce qu’ils craignent, et ne soyez pas troublés ; sanctifiez le Seigneur Dieu dans vos cœurs (Is 8, 12-13). Celui qui est ainsi préparé, en effet, fait à son tour passer le trouble chez ceux qui se figurent l’effrayer, parce qu’il possède en lui-même le Dieu de la confiance qui a dit à ses disciples : Ayez confiance, j’ai vaincu le monde (Jn 16, 33) ; et qui crie par son prophète contre ceux qui ne lui obéissent pas : Moi, je suis comme un trouble pour Éphraïm et comme un aiguillon pour la maison de Juda (Os 5, 14 LXX). Fais donc ce que tu voudras ; car, pour toi aussi, à cause de Dieu qui est en moi, je serai et un aiguillon et un trouble. Ne me rappelle pas mes cheveux blancs et ma vieillesse comme des (objets) dignes de pitié, à moi qui suis d’une ardeur juvénile, et ne donne pas à l’erreur idolâtre de tes empereurs l’appellation de loi de (nos) pères. Notre seul et véritable père, en effet, c’est Dieu qui nous a amenés à l’existence ; par conséquent sa loi, et elle seule, est (la loi) d’un père. Car, à ceux qui ne sont pas des dieux, mais qui consistent en bois et en pierres, comment ne leur serait-il pas étranger de porter une loi ? » Après que par ces (paroles) il eut enflammé la colère du juge, sous le prétexte qu’il insultait les dieux et les empereurs, il était frappé sur la nuque de coups nombreux dont ceux qui se tenaient près de lui ne pouvaient supporter seulement la vue. C’est pourquoi (ceux-ci) essayaient même de lui faire des exhortations, afin qu’il se convertît de cette conduite insensée et de ce bavardage inutile, à ce qu’il leur semblait ; et ce vaillant leur dit avec sagesse : « Après que je me suis appliqué avec soin à cette folie pendant toutes ces soixante années de ma vie, est-ce qu’en une seule heure je rejetterais loin de moi avec une telle facilité ce que j’ai acquis pendant un si long espace de temps ? » Après qu’il eut dit cela et qu’il fut apparu à ceux qui voulaient le persuader qu’il n’était capable d’aucune (persuasion), il reçut par ordre du juge l’épreuve de chaînes de fer plus lourdes qu’auparavant et il fut conduit en prison.

(Puis) celui qui était le second par l’âge fut présenté, disant tout sans délai et à la suite, de peur d’attendre pour souffrir. Il dit, en effet : « De mon nom divin et sublime je m’appelle Christianos, et de (mon nom) humain Probos ; je suis Thrace par (ma) famille, (et) simple particulier dans le monde. Je dédaigne les honneurs des empereurs et les tiens, ô juge, qui sont contre la religion, et surtout même votre amitié qui éloigne de Dieu. Car j’ai acheté à grand prix de devenir chrétien, après avoir méprisé tout ce que j’avais, et ce n’était pas peu, à cause du commandement de l’Esprit. » En disant cela, il fut lié et étendu, et il recevait des coups de nerfs de bœuf subits et nombreux comme des averses de pluies. Comme la terre était abreuvée de (son) sang (et) que ceux qui se tenaient autour de lui étaient dans la stupeur et criaient pour lui : « Vois ce terrible flot et aie pitié de toi-même », il dit encore en les regardant : « Je tiens ce sang pour une huile qui rend alerte ou pour un parfum ; c’est pourquoi je suis oint d’une manière même excessive pour les combats et je suis fortifié dans ma résolution par cette odeur. » Après qu’il eut reçu pareillement des coups sur le ventre et qu’il eut rougi abondamment la terre de son sang : « Christ, secours-moi, » dit-il seulement. Comme le préfet disait : « S’il te secourait, nécessairement il te délivrerait aussi de ces tortures », il dit modestement : « Je lui demande, en vérité, non de ne pas souffrir, mais de supporter les souffrances ; car, de ceux qui luttent dans le combat, qui demanderait s’il a du bon sens, à être délivré des combats, en sorte qu’il n’obtiendrait pas la couronne ? Toi, ne sais-tu donc pas et que j’ai été exaucé par le Christ et que j’ai été secouru ? et (cela) lorsque je persistais à ne pas t’obéir, lorsque je n’ai pas été pris dans les (pièges) dans lesquels tu pensais me prendre et lorsque j’ai eu dans mon âme des dispositions plus fortes par suite des douleurs du corps. » Parce que le juge se laissa aller à ces (paroles), il donna l’ordre de le charger de chaînes de fer, de le conduire en prison et de l’étendre aux quatre trous du bois (destiné) aux tortures.

Après (Probos), Andronicos entrait en troisième lieu. Par le corps d’une part c’était un enfant ; par l’âge d’autre part il était l’égal de ceux qui l’avaient précédé dans la lutte, il était un homme fait et, selon la parole de Paul, il courait après la mesure (de l’âge) de la plénitude du Christ (cf. Ep 4, 13). C’est pourquoi il fit preuve de la même fermeté, de la même franchise, des mêmes paroles, disant au préfet ce qui était très nouveau et très vrai : « C’est justement, ô Maxime, que tu aurais donné à nos combats le nom de folie, s’ils manquaient d’espérance ; mais si quelqu’un regarde vers la résurrection qu’a promise la parole du Sauveur, nécessairement il dira avec Paul : Les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire future qui sera révélée en nous (Rm 8, 18). » Lorsque celui-ci fut mordu par cette philosophie du martyr et qu’il voulut convaincre ses paroles de n’être rien autre chose que des paroles, il trouva qu’elles étaient confirmées par les faits mêmes. En effet, il donnait l’ordre de lui faire dans les jambes des entailles avec des (instruments) de fer, puis de lui frapper et de lui percer les côtés avec des aiguilles très pointues, de les frotter avec du sel et de polir (ses) plaies avec des tuiles, imaginant (ces supplices) afin que devant l’acuité de ces douleurs l’athlète se fatiguât et renonçât (à sa foi). Mais lui, il disait que le sel avait donné à son corps plus de fermeté et de santé, en sorte qu’il pût suffire au reste des combats. Après que celui qui infligeait ces tortures eut perdu espoir sur ce point encore et qu’il fut las, il donnait l’ordre que ce (vaillant) aussi fût pareillement gardé dans la prison.

Après avoir fait cette expérience de premier choix et de première qualité sur ces trois (chrétiens) illustres et courageux, aussitôt il les faisait de nouveau approcher de son tribunal dans le même ordre. De nouveau c’était Tarachos qui, usant de franchise, réfutait le préfet, les αὐτοκράτορες, c’est-à-dire ceux qui sont à eux-mêmes leurs chefs, leurs dieux qui sont plus faibles que tout. Il était frappé sur la bouche avec des pierres, ses dents étaient arrachées, il recevait avec empressement du feu dans ses mains, il était suspendu la tête en bas, il endurait et supportait dans ses narines la fumée, le vinaigre, le sel et les mixtures des graines les plus amères ; et il tenait d’une part ce feu pour froid en comparaison du feu éternel, et d’autre part cette acidité pour douce. Il était ainsi conduit (de nouveau) en prison.

Mais Probos n’apparut pas non plus au juge autre que « probus » ; il se moquait des dieux ridicules d’après ce qui (en) est rapporté chez les païens d’une manière impure ainsi que dans les fables ; il ne faisait aucun cas des empereurs qui sont à eux-mêmes leurs chefs, parce qu’ils commandent des choses iniques ; il bondissait de joie au milieu des tortures comme s’il s’y fût précipité. Ainsi il se tenait vaillamment sur une (plaque) de fer chauffée au feu, et, après qu’elle eut été chauffée davantage, il marchait sur elle encore plus résolument et plein de jeunesse il y restait en place, la qualifiant de bien plus froide qu’auparavant et se riant de l’invention du juge ; il avait les cheveux rasés avec un rasoir et c’est sur les tempes pour ainsi dire qu’il recevait des charbons ardents ; il tirait la langue et la tendait à celui qui avait menacé de la lui couper ; mais celui-ci céda et renonça à cause de l’empressement (de l’athlète) ; car il l’entendait (dire) : « J’ai une langue qui n’est pas susceptible d’être coupée et qui autrement n’est pas mortelle ; Dieu l’entendra, lui qui a dit entendre aussi crier la voix du sang d’Abel (cf. Gn 4, 10). »

Après que Maxime fut passé ensuite au divin Andronicos, persuadé qu’il était par l’expérience que toute espèce de tortures serait pour lui sans avantage et sans résultat, il se tourna vers la fourberie. « Eh bien ! lui dit-il, fais quelque chose de sage et sacrifie avant de souffrir un de ces (tourments) insupportables ; ceux qui furent tes conseillers, en effet, après beaucoup de sueurs et des travaux inutiles, ont obéi à l’ordre des empereurs et ont honoré les dieux. » Que répondit à cela le martyr du Christ ? « Si tu m’avais persuadé, dit-il, moi aussi je dirais également en même temps que toi que ceux-ci ont été persuadés par toi ; mais, si je ne puis pas être persuadé, — que jamais, en effet, je ne déraisonne ni je ne devienne ainsi insensé dans mon esprit ! — j’ai le gage de leur belle tenue ; car il n’y a en nous tous qu’une seule pensée conforme à la religion. Ou bien n’entends-tu pas Paul qui nous écrit : Tous, en effet, vous êtes un dans le Christ Jésus (Ga 3, 28) ? » Quant à ces (paroles) il fut devenu de nouveau fou de colère, il menaça de lui infliger des tortures inusitées. En vérité, même lorsqu’il était vigoureusement frappé avec des nerfs (de bœuf) secs et durs, le juste dit en se riant : « Tu as proféré de fausses menaces, puisque tu es retombé dans ces coups ordinaires et que tu n’as pu imaginer ni trouver rien d’extraordinaire. Mais, même en donnant l’ordre de répandre du sel sur moi, tu ne me causes aucun tourment, mais tu fais que mon corps ne soit pas sujet à la putréfaction, ou plutôt c’est encore superflu ; car, lorsque Jésus m’a saisi, il m’a rendu bien portant. Voici, en effet, tu as vu que, tandis que je n’étais tout entier qu’une plaie par suite des coups précédents, en ce moment j’apparais tout entier si net que je ne présente en moi-même aucune cicatrice. » Touché par l’aiguillon de ces paroles, l’impur s’emportait contre les soldats, sous prétexte qu’ils avaient laissé les martyrs recevoir en cachette le soin des médecins ; et comme ceux-ci offraient leurs têtes à couper s’ils avaient été surpris à avoir fait quelque chose de semblable, il était blessé par leur défense comme par une accusation (portée contre lui) et il en était vivement peiné, ne supportant pas de voir que la force de la vérité fût attestée même par des ennemis. Après avoir ensuite mis un terme aux menaces, il réserva pour le dernier jour le reste des combats.

Lorsqu’il se fut assis pour la troisième fois sur le tribunal, il ramenait les martyrs vers les mêmes tortures, comme s’ils exécutaient une danse en rond ; sans rien abandonner de tout ce qui relevait d’une flatterie vile ou d’une ruse pleine de fourberie, il en arriva à la manière bestiale, et il dévora les chairs des saints et les déchira par des tortures successives ainsi que par des dents. À l’un il ôta la peau de la tête et il coupa le bout des lèvres ; à l’autre il enfonça les yeux et à l’autre il coupa la langue ; et à tous il traversa pareillement les seins, les côtés, les jambes et les intervalles des doigts avec des broches de fer chauffées au feu, les brûlant fortement, et (cela) jusqu’aux os mêmes.

Enfin, quand il vit que tout avait été réfuté et que toutes ces espèces de tortures inventées n’avaient abouti à rien, il donnait l’ordre de faire prendre de force à Probos et à Andronicos une partie de la chair qui était sur l’autel et du vin (emprunté) à celui des libations impures qui donne une ivresse inique ; et le misérable leur reprochait d’avoir goûté de ces (mets) iniques. Mais eux, ces vaillants, lorsqu’ils eurent longuement tourné en dérision la sottise de ce (préfet), lui dirent : « Après avoir déposé les armes à la suite de beaucoup d’inventions de ruses et de ces défilés de tortures variées, tu avoues (maintenant) ta défaite. Car, jusqu’à ce petit moment de temps, tu luttais contre notre raison et contre notre propre liberté pour la convertir à ce que tu pensais. Pourquoi prononces-tu donc un verdict de condamnation contre tes propres travaux comme contre des (efforts) inutiles ? En vérité, en effet, si c’était une victoire d’approcher la chair du sacrifice de notre bouche contre notre volonté, il te fallait dès le début (nous) prêter une réponse mensongère à la place de ce qui est vrai et t’imaginer que tu étais victorieux, et te libérer de ces affaires. Mais, parce que tu cherchais à te saisir de notre pensée et à montrer qu’elle fuyait en faisant défection de la religion, pour cette raison tout ton travail entrepris à notre sujet a été détruit par toi ; car le martyre est un combat de l’âme par l’intermédiaire des tourments pénibles du corps. Si tu veux, nous te citerons encore à ce sujet la loi de notre Dieu qui dit : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme (Mt 10, 28). Pourquoi es-tu donc entraîné hors de l’enceinte de la lice ? C’est que tu n’es pas instruit et exercé sur tous les points. Tu fais, en effet, la même chose que celui qui a quitté (ses vêtements) en vue de la lutte et qui s’est colleté avec son adversaire, et qui, après qu’il n’a pas pu le jeter (à terre) par les luttes, a armé sa main d’une épée. Si le fait de nous faire prendre contre notre volonté une parcelle de chair impure entraînait l’inculpation d’idolâtrie, tu pourrais également accuser d’adultère celui qui est chaste, au cas où malgré lui quelque femme débauchée aurait l’audace de l’entourer de ses bras, et de même incriminer de vol celui qui est juste, parce qu’on aurait jeté sur lui un vêtement qui ne lui appartient pas ; car c’est par la disposition de l’esprit et par ce qui vient de la volonté qu’on juge les péchés. Cependant, si nous te paraissons avoir péché en quelque chose, ôte-nous ces lèvres qui contre notre volonté ont touché les libations ; nous sommes prêts à tout, en effet, à l’exception d’un seul point qui serait de sacrifier aux démons ou de faire quelque chose de ce qui est défendu. En vérité, en effet, en nous menaçant des bêtes, tu ne nous émeus pas le moins du monde ; car tu n’as rien qui ne soit beaucoup plus sauvage que ton âme elle-même contre laquelle nous avons lutté. »

Après qu’il eut entendu ces (paroles), c’est à l’amphithéâtre situé en dehors de la ville que, dès l’aurore, avant que le soleil se levât le jour suivant, il donnait l’ordre de porter et d’emmener les vaillants, parce qu’ils ne pouvaient pas marcher. En vérité, lorsqu’ils furent placés en public à moitié morts, ces (martyrs), qui avaient les extrémités des membres coupées, qui manquaient des principaux membres auxquels se reconnaît un être humain, qui étaient détruits par les coupures et les brûlures, montrèrent qu’ils étaient des êtres parfaits et complets au point de vue de l’homme raisonnable et intérieur, qui a été fait à l’image de son créateur (et) qui a été établi pour être le chef sur toutes les bêtes et sur (tous) les reptiles qui sont sur terre (cf.. Gn 1, 26). En effet, quand les bêtes furent lancées sur eux, elles ne touchèrent pas à ces corps saints, et Maxime était fort en colère. Après avoir menacé du danger de mort celui qui était préposé au soin des bêtes, il fit lancer sur eux un ours qui tue les hommes et qui était très cruel, hardi et avide de sang. Celui-ci venait près du vénérable Andronicos, après avoir dépassé les autres ; et, s’étant couché près de lui, il léchait avec sa langue le pus de ses plaies. Ayant placé sa propre tête sous ses dents, le saint s’efforçait de le mettre en colère, parce qu’il avait hâte de devenir la nourriture de cet (ours) sauvage et cruel et qu’il désirait son bienheureux passage au Christ. Cependant (l’ours) allait de-ci de-là, accompagnant celui qui le poussait et le conduisait de force. Il semblait que (le martyr) jouât avec (cet ours), comme si celui-ci eût oublié sa nature sauvage. Quand il se fut approprié cette (nature sauvage), le juge, l’être doué de raison, décréta la mise à mort de cet (ours) privé de raison, pensant que ce qui était arrivé était l’œuvre de celui-ci, et non pas de Dieu qui opère des prodiges.

Après cet (ours), une lionne sans pitié et cruelle se précipitait avec impétuosité sur les saints d’une certaine façon ainsi que sur des adversaires difficiles à dompter. Lorsqu’elle eut ébranlé tout l’amphithéâtre par un rugissement puissant et terrible et que dans une course rapide elle se fut approchée des martyrs, elle réprime d’elle-même son impétuosité et elle se prosterne aux pieds des saints. Tarachos, ayant étendu sa main vénérable qui a subi le martyre et qui a été remplie de douleurs pour le Christ, et la saisissant tantôt par sa crinière et tantôt par ses oreilles, l’attirait près de lui. Mais cette (lionne), après qu’elle eut repoussé loin d’elle de se laisser toucher paisiblement comme une brebis et qu’elle eut couru vers la porte, elle enfonça ses dents dans les planches, elle fit violence pour sortir et elle ne céda pas jusqu’à ce que le peuple eût crié : « Qu’on la mette dehors ! » Il ne se trouvera personne pour ne pas croire ces faits et les (faits) semblables à ceux-ci qui se sont produits aussi pour d’autres martyrs, en lisant la lettre écrite aux Romains par Ignace revêtu de Dieu, où sont rapportées ces (paroles) : « Plût au ciel que j’aie obtenu les bêtes qui me sont préparées ! Je prie également afin de les trouver promptement. Je les flatte, afin qu’elles me dévorent rapidement, et non pas afin que, prises de peur, elles ne touchent à des êtres humains. Et, si même elles ne voulaient pas, je les pousserais de force. »

Lorsque ces martyrs eurent donc brillé par ces prodiges et ces luttes, ils furent condamnés par Maxime à sortir de cette vie par le glaive, ou plutôt à passer dans la vraie vie et à recevoir les couronnes de l’immortalité et la félicité qui en vient. Mais le juge jaloux et très impur, nous portant envie à cause de (ces) membres saints, confondit les corps des martyrs avec les (restes) impurs mis à mort par les gladiateurs, et il donna à dix soldats l’ordre de les garder. Mais, tandis que les gardiens mangeaient et buvaient et s’allumaient du feu, par un abondant débordement de pluie et par un tremblement de terre, le Dieu des prodiges éteignit (le feu) et mit (les soldats) en fuite. Comme ces corps vénérables étaient placés pêle-mêle avec les autres et qu’ils ne pouvaient pas être reconnus par suite de l’obscurité, une brillante étoile, (descendue) du ciel, en laissant tomber sa clarté sur la terre et en s’arrêtant sur chacun des corps, faisait connaître qu’ils étaient retrouvés, ressemblant (ainsi) à l’étoile qui, à l’occasion de la naissance de l’Emmanuel selon la chair, conduisit les Mages depuis la Perse jusqu’à ce qu’elle s’arrêtât, une fois arrivée au-dessus du lieu où était l’enfant (cf. Mt 2, 9), ainsi qu’il est écrit. C’est de la même manière, en effet, par un tremblement (de terre), qu’il chassa et les gardiens des martyrs et ceux du divin tombeau, Celui qui accorde à ses propres serviteurs des honneurs analogues.

Cela eut lieu, pendant que quelques fidèles qui se tenaient sur une montagne étaient prosternés à genoux et priaient le Seigneur, afin d’obtenir le don de (ces) saints membres qui avaient soutenu la lutte pour lui ; après être descendus (de la montagne), ils les prirent et par crainte du préfet les cachèrent dans le creux d’un rocher.

Écoutez, vous qui négligez à l’église de vous mettre à genoux pour la prière ; comprenez comment ceux-ci sur des pierres étaient courbés la face contre terre et prosternés pendant la nuit, alors qu’ils étaient trempés par une pluie violente. Tout cela, en effet, est écrit pour notre instruction, afin que nous soyons pleins de zèle pour le bien ; et cela réjouit les martyrs et cela (réjouit) le Christ, le Dieu des martyrs, à qui sied la louange, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

FIN DE L’HOMÉLIE 78

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