SUR LA DÉPOSITION DES CORPS SACRÉS DES SAINTS MARTYRS PROCOPE ET PHOCAS DANS L’ÉGLISE DITE DE MICHEL.
Grande est la vertu de la venue du Christ dans la chair et de son apparition divine, et l’expérience elle-même a montré qu’elle est si puissante et si vraie que, par suite des faits, même ceux qui sont étrangers à la foi s’écrient avec Paul : Sans contredit le mystère de la piété est grand (1 Tim 3, 16).
On trouvera, en effet, à l’aide de ce qui est dit par manière d’histoire dans le Livre divin, qui est encore lu parmi les Juifs, mais qui n’est pas compris, que même ces derniers, avant l’apparition du Christ dans le monde, tombèrent fréquemment dans l’idolâtrie et choisirent, à la place de l’honneur et du plaisir de Dieu, ceux des démons et qu’ils furent souvent punis par les attaques et les pillages de leurs voisins et des barbares qui se trouvaient en dehors de leurs frontières, sans se convertir ou revenir de leur erreur. Et, après que le christianisme s’est levé, qu’il a pris vie et qu’il s’est donné d’une manière éclatante pour la religion à proprement parler et à vrai dire, (on trouvera) qu’ils sont couverts de honte lorsqu’ils sont mis en comparaison avec nous et qu’ils courent encore, de manière intempestive, vers le Livre de la Loi et vers le Dieu un, — lorsque l’intelligence et l’esprit de la loi montre qu’il est connu dans l’unité et dans la trinité, celle-là à cause de l’identité d’essence et celle-ci à cause de la distinction et de l’inconfusion des hypostases ; — de telle sorte qu’ils font toujours profession, selon ce qui est écrit, de combattre le Saint-Esprit et de lui résister (Ac 7, 51).
Chez les Grecs également, il est facile de voir que parmi les plus sages de tous leurs philosophes, ceux qui ont brillé dans les temps très anciens, introduisirent ouvertement des cultes et des cérémonies insensées et allégoriques ainsi que tout ce qui conduisait au polythéisme et à l’adoration des idoles, et que ceux qui parurent après que la religion des chrétiens eut resplendi et brillé, furent couverts de honte du fait de notre éclat et de notre pureté par l’horreur de ce qui était célébré et adoré parmi eux et que, par des sophismes ridicules et des explications diverses, ils eurent soin de dissimuler la folie de ce qu’avaient dit leurs prédécesseurs, sans pouvoir cependant cacher la grandeur de cette folie, même d’une façon modérée par la persuasion. Ils essayaient, en effet, d’emprunter quelques images à la vérité qui se trouve chez nous, afin de consolider leur propre opinion vaine et instable et leur erreur.
C’est pourquoi, quand le Livre divin dit qu’il y a des anges et des archanges, des vertus et des puissances, des trônes et des dominations et les autres appellations des ordres intellectuels, qui ne sont pas nommés par nous maintenant, mais qui doivent peut-être être aussi nommés et connus dans le siècle à venir (cf. Ep 1, 21), selon l’état de préparation et de purification de chacun, purifié qu’il est d’avance par les travaux de vertus d’ici-bas, ils se sont imaginé avoir trouvé une défense du polythéisme professé parmi eux. Couverts de honte et de confusion par ces allégories et par ceux d’entre les hommes qu’ils ont faits dieux, ils possèdent une impiété cachée et ils portent en eux-mêmes l’enfant qui les dévorera, ainsi que les ventres des vipères, qui se détruisent en mettant leurs petits au monde. Ils adorent les anges, en effet, comme des dieux ; par un manque de mesure ils sortent encore des limites légitimes et ils prennent le voile de l’idolâtrie pour l’aspect extérieur de la piété. C’est de cela que sont malades même beaucoup de ceux qui font profession pour eux-mêmes d’être chrétiens, lorsqu’ils cachent sous la peau de la brebis l’esprit païen et qu’ils ignorent la magnificence et la haute supériorité de notre mystère.
Nous sommes tellement éloignés d’adorer les anges et de leur attribuer un honneur et un culte qui ne conviennent qu’à Dieu seul, que nous avons même préféré pour nous une lutte irréconciliable avec les Ariens, qui disent : « Il y avait un temps où le Verbe de Dieu n’était pas », lui qui est au commencement, qui est en Dieu et qui est Dieu (Jn 1, 1) ; et de même ils professent que l’Esprit éternel et saint a aussi existé au point de vue du temps après le Père et le Fils. Car tout ce qui n’appartient pas à la nature incréée ou à l’essence, cela n’est pas Dieu, eût-il l’existence avant les autres créatures. Nous entendons, en effet, le prophète aussi dire : Qu’il n’y ait pas en toi de dieu nouveau, et n’adore pas non plus un dieu étranger (Ps 80, 9). Et nouveau est ce qui n’est pas en tout temps, mais ce qui a été fait dans le temps, ou dans une partie d’un siècle et dans une durée plus ou moins courte, de même que ce qui est sujet au temps : car Paul crie : Dans les derniers jours, le Père nous a parlé par le Fils, par lequel il a aussi créé les siècles (He 1, 2). Et comment le créateur de tous les siècles n’était-il pas en tout temps ? Mais, comme celui qui n’était pas dans le temps, il a été dans une partie du temps.
Nous reconnaissons donc que les anges et tous les ordres célestes qui ont été énumérés, ont été aussi créés par Dieu, et ne sont pas des dieux ; car pour nous il n’y a qu’un seul Dieu le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes (1 Co 8, 6). De son côté, David, le plus divin des prophètes, chante en s’adressant au Dieu de l’univers : Celui qui fait des vents ses anges, et des flammes de feu ses ministres (Ps 103, 4). Dans un autre passage il dit encore : Bénissez le Seigneur, (vous) tous ses anges, qui êtes puissants en force (et) qui exécutez sa parole, afin d’obéir à la voir de ses paroles. Bénissez le Seigneur, (vous) toutes ses armées, qui êtes ses ministres et qui exécutez sa volonté (Ps 102, 20-21).
À cela il est bon d’ajouter aussi ce que dit l’Apôtre à leur sujet : Ne sont-ils pas tous des esprits au service (de Dieu), envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ? (He 1, 14) Ce sont donc des esprits faits et des créatures intellectuelles et incorporelles, dont l’occupation est de louer Dieu, de recevoir des ordres divins et de les exécuter avec rapidité et force. Ils possèdent, en effet, une force qui convient à ce qui leur est commandé, lorsqu’il leur est donné d’en haut de faire de telles choses, lorsqu’ils sont envoyés pour le ministère de notre salut et lorsqu’ils participent à la lumière première, incréée et essentielle qui apparaît dans la Sainte Trinité et ܝ qu’ils sont éclairés par là.
À cause de cela ceux qui remplissent la fonction d’écuyers qui portent la lance et qui sont armés, sont également appelés des anges de lumière, non pas parce qu’ils se trouvent sous des apparences semblables, —ce qui est en dehors de la grossièreté du corps, en effet, est nécessairement aussi sans apparence : — mais parce qu’ils sont vus et compris dans les inventions de l’esprit de cette manière, à savoir par ces appellations et ces actions connues parmi nous, afin qu’ils montrent la royauté et la puissance universelle de celui qui a le pouvoir, lequel est appelé tantôt le Seigneur des armées, tantôt le Seigneur Sabaoth ; car « Sabaoth » se traduit par « des milices ». C’est pourquoi Luc aussi dit : Une troupe de la milice céleste apparut aux bergers, disant : Gloire à Dieu dans les hauteurs et sur la terre paix, parmi les hommes bonne volonté (Lc 2, 13-14).
Personne, en effet, ne jugera ce qui a rapport (aux anges) par les aspects sous lesquels ils sont apparus parfois à des hommes saints ; Car ces (aspects) sont variés, et ils ont paru différemment suivant le temps, selon l’opportunité du besoin qui se trouvait, et dans des apparences que pouvaient les apercevoir les yeux d’êtres sensibles.
C’est pourquoi Daniel, qui était dévoré en lui-même pour les profondeurs de la sagesse et pour la beauté intellectuelle des visions divines, et auquel il arriva en fait, — et très justement, — d’être appelé un homme de désirs (Dn 9, 23), voyait des hommes divers, variés et différents suivant le temps au point de vue des apparences, à cause de la variété et de la difficulté d’interprétation des révélations. Tantôt il vit Gabriel comme un homme qui vole, et (celui-ci) lui faisait connaître par ses paroles que l’apparence de l’oiseau est la marque de la rapidité. Au commencement de ta prière, dit-il, en effet, une parole est sortie, et je suis venu pour te la faire connaître (Dn 9, 23). Tantôt (il vit) encore un homme vêtu de lin, dont les reins étaient ceints d’or d’Uphaz ; son corps était comme la chrysolithe, son visage comme l’aspect de l’éclair, ses yeux comme des lampes de feu, ses bras et ses pieds comme l’aspect de l’airain étincelant et sa voix comme la voix d’une multitude (Dn 10, 5-6). Tout cela montrait la difficulté d’interpréter et de comprendre les visions, et (indiquait) que la variété des événements divise les moments de l’avenir entre beaucoup de royaumes : car c’est ce que montrent la diversité des matières et la voix confuse et incertaine de la multitude. C’est pourquoi il avait encore besoin d’une explication au sujet de ce qui était dit, et il entendait : Comprends les paroles que je te dis (Dn 10, 14).
Mais si nous pensons que l’essence (des anges) est aussi selon les aspects qui apparaissaient en eux, il est également nécessaire de croire qu’ils sont variés et matériels, et ceci, lorsqu’ils sont immatériels et simples en tant qu’ils sont incorporels. Ne sont-ils pas tous, en effet, des esprits au service (de Dieu), envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ? (He 1, 14). Est-ce que tel n’était pas Gabriel qui pour nous, qui devions devenir les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ (Rm 8, 17) ? et être sauvés par le salut qui en vient, était envoyé pour l’annonciation de la Mère de Dieu Marie ? Pourquoi n’est-ce pas de la même manière que (se présentèrent) aussi ceux qui apparurent aux femmes auprès du divin tombeau et annoncèrent les premiers la résurrection, eux qui, d’une manière également appropriée à la lumière de la connaissance de Dieu qui resplendit dans la suite, apparurent revêtus de robes blanches et étincelantes ?
N’estimerons-nous donc pas bienheureux ceux qui sont dans cet état, qui se délectent et se réjouissent de l’illumination d’en haut et exécutent les ordres divins ? Oui, dis-je, et avec une grande confiance. Honorons-les d’autant plus que nous savons seulement qu’ils sont de vrais ministres du bon Dieu et du Seigneur et de bons serviteurs, et qu’ils sont dans une grande allégresse et dans une grande joie à cause de notre salut. Il y a, en effet, de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent (Lc 15, 7), a déclaré le Christ Dieu le Verbe. Il est donc certain que les armées célestes se réjouissent. Car, reprenant cette parole, il s’est exprimé très clairement en ces termes : Je vous le dis, il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent (Lc 15, 10). Et encore : Voyez à ne mépriser aucun de ces petits ; car je vous dis que leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux (Mt 18, 10). Il est encore écrit : Les Séraphins se cachent la face (Is 6, 2), parce qu’ils ne peuvent voir la gloire de Dieu.
Mais il est certain par-là que c’est d’après les sens qui s’y trouvent renfermés que le Livre divin, se servant de l’habitude en usage chez nous, varie la parole de l’enseignement. Par les Séraphins et par les armées rapides, excessivement courageux, prompts, sublimes et élevés, — c’est, en effet, ce que montre clairement leur grand nombre d’ailes, — il fait connaître que cette gloire sublime est absolument inaccessible et invisible. Par les anges, auxquels a été confiée la garde de ceux qui passent pour être les plus petits parmi nous, eux qui voient sans cesse la face du Père céleste, il indique la grandeur de leur charité et de leur paix, grâce à laquelle les anges sont censés avoir toute la liberté de ceux qui s’entretiennent personnellement avec des princes très élevés. Quand il s’agit de nous, on peut trouver aussi que la parole varie de la même manière. En effet, tantôt, craignant la visite terrible de Dieu, le prophète s’écrie : Détourne ta face de mes péchés (Ps 50, 11) ; tantôt, attirant la paix sur lui, il dit : Fais briller ta face sur ton serviteur et ne détourne pas ta face de ton serviteur ; parce que je suis dans la détresse, exauce-moi vite (Ps 68, 18).
C’est d’après des sens de ce genre qu’il faut prendre diversement les faces de Dieu, et non d’après un type et une image corporelle et d’après une forme humaine ; ce qui est étranger à une nature ou à une essence incorporelle. C’est ainsi que les anges sont dits voir sans cesse la face de Dieu, lorsqu’ils s’occupent avec zèle de notre garde et peut-être aussi lorsqu’ils font quelques supplications pour nous. Quelque chose de ce genre est indiqué également par l’ange qui parlait à Daniel, quand, par une sorte de prosopopée et par une indication, il prédisait la fin de la captivité d’Israël, en s’exprimant en ces termes : Il n’y en a pas un qui me vienne en aide contre ceux-là, sinon Michel votre chef (Dn 10, 21). Il est donné, eu effet, pour gardiens, même aux nations, aux villes, à chaque homme et surtout à ceux qui craignent le Seigneur, des anges ainsi que des officiers fidèles et des soldats qui viennent de la part du grand roi. L’ange du Seigneur, est-il dit, en effet, campera autour de ceux qui le craignent, et il les sauvera (Ps 33, 8). Car ce mot « il campera » indique que le secours d’un seul ange possède la force de tout un camp et d’une troupe rangée en bataille.
Mais, oubliant leur condition de soldats et de serviteurs, ne les déshonorons pas à cause de cela, en vertu d’une erreur païenne, par des honneurs qui sont au-delà des limites. Car tout ce qui est enlevé à la gloire de celui qui seul est Dieu est un déshonneur pour eux. C’est ainsi que l’ange qui parlait à Manué, disait : Et si tu fais un holocauste, offre-le au Seigneur (Jg 13, 16). C’est ce que faisaient aussi Barnabé et Paul, ces serviteurs aussi fidèles que les anges, quand les adorateurs de démons de Lycaonie entreprirent de leur offrir un sacrifice comme à des dieux. Ils criaient, en effet : Ô hommes, pourquoi faites-vous cela ? Nous aussi, nous sommes des hommes sujets aux mêmes passions que vous ; nous vous annonçons qu’il faut quitter ces vanités et vous tourner vers le Dieu vivant qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve (Ac 14, 14).
Les païens, au contraire, se servaient d’une foule de ruses et mettaient toute pierre en branle, afin d’obtenir un holocauste et d’être regardés comme des dieux, parce qu’ils avaient rendu dans une ville un service ou un bienfait humain. Tels, en effet, ils voyaient aussi leurs prédécesseurs qui ont passé à tort aux yeux des hommes pour être des dieux. Mais tels ne sont pas les esprits administrateurs, intellectuels et célestes. Car il y a en eux-mêmes une crainte d’autant plus vive qu’ils sont plus près de Dieu, et ils sont saisis d’effroi par suite de sa terrible supériorité. Ils se souviennent, en effet, de la chute du Calomniateur qui autrefois appartenait à leur ordre et qui, comme il est écrit, a élevé son cou contre le Seigneur tout puissant et a couru sur lui avec déshonneur (Jb 15, 26). Mais la main des peintres qui est insolente et qui est à elle-même sa loi, favorisant les inventions ou les imaginations païennes et relatives à l’idolâtrie et disposant tout pour son avantage, revêt Michel et Gabriel, ainsi que des princes ou des rois, d’une robe de pourpre et royale, les orne d’une couronne et met dans leur main droite la marque de l’autorité et du pouvoir universel. C’est pour ces raisons et d’autres semblables que ceux qui honorent les anges dans une telle folie, abandonnent l’Église et transgressent ses lois, ont été anathématisés par ceux qui ont ordonné et posé les saints canons.
Nous aussi, suivant ceux-ci dans leur intégrité et fermant les entrées secrètes de l’idolâtrie, nous sanctifions donc les temples construits sous le vocable des anges par les os et les membres sacrés des saints martyrs, ou par leur cendre victorieuse qui a été entièrement consumée d’une manière héroïque et qui est devenue un sacrifice, en nous écriant par le fait même que ceux-ci sont également des puissances comme les anges. Ils sont devenus eux aussi, en effet, de même que David le chante des anges, puissants en force et exécutent la parole (du Seigneur), ils sont devenus ses ministres et ils exécutent sa volonté (Ps 102, 21-22), et ceci, lorsqu’ils étaient liés à la chair. Ils se sont détournés de celle-ci comme d’un étranger, ils se sont conduits d’une manière incorporelle et ils opèrent de nombreux miracles. Cependant même à cause de cela ils n’ont pas oublié leur condition de serviteurs. Ne croyons donc pas que les anges eux-mêmes soient autre chose que des ministres et des serviteurs.
C’est, en effet, ce que nous apprend et nous enseigne ceci, que les martyrs se trouvent mélangés aux (anges). C’est ainsi que Dieu agissait également à l’égard des enfants d’Israël qui penchaient vers l’idolâtrie ; il les laissait sacrifier, mais à aucun autre sinon à lui seul, et, dans les sacrifices, il mêlait des figures du service spirituel et évangélique ; il tolérait quelque petite chose de l’habitude ancienne, afin d’attirer vers la vérité et de ravir ceux auxquels avait été laissé ce (reste) d’habitude et, d’une certaine manière, de se faire lui-même une arme de cette habitude. C’est pourquoi les martyrs mélangés avec les anges nous apprennent et nous enseignent à nous éloigner d’une pensée trompeuse, puisque les uns et les autres n’ont qu’une seule occupation, (à savoir) louer Dieu et le servir en vue de notre salut.
Dans le ciel aussi, en effet (comme dans cette église), ils habitent ensemble. Paul l’atteste, en réunissant aux myriades des anges et à leur assemblée l’église des premiers-nés inscrits dans les cieux (He 12, 22-23). Ces derniers sont ceux qui, par la foi et le bain de la régénération, ont été enrichis de l’adoption et ont eu part à la naissance spirituelle en vertu de laquelle personne n’est cadet, mais tous sont premiers-nés à cause de la même plénitude de grâce et du même honneur. C’est ainsi que parle aussi Grégoire le Théologien dans un de ses discours : « Il y aura une assemblée générale des armées célestes et terrestres ; car je suis persuadé que celles-ci sont aussi dans l’allégresse et dans la fête avec nous en ce jour, si vraiment elles aiment les hommes et si elles aiment Dieu. »
C’est dans cette pensée que nous mettons ensemble les martyrs et les anges, comme étant les serviteurs fidèles d’un seul maître et étant une seule assemblée qui aime les hommes et qui aime Dieu. Ce n’est pas, en effet, afin de chasser les anges, selon une erreur des païens, par les membres saints (des martyrs), sous le prétexte qu’ils ont eu une mort violente. Car, s’il en était ainsi, les anges n’habiteraient pas et ne séjourneraient pas auprès du tombeau du Crucifié, à l’exemple de ceux qui portent la lance auprès du palais des rois, et ils ne diraient pas aux femmes : Vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié ; il n’est pas ici ; il est ressuscité, en effet, comme il l’avait dit (Mt 28, 5-6).
Ceux qui ont honoré celui qui a été crucifié, ô insensés, comment auront-ils donc en horreur ceux qui ont souffert et combattu le combat pour lui, et comment se détourneront-ils de la poussière de ces membres qui ont vécu avec pureté et chasteté et avec vertu, (poussière) qui opère toujours des guérisons de tout genre, qui chasse les démons. On peut voir que ces merveilles sont faites en Palestine, à Césarée même, par Procope, et dans le Pont par Phocas, qui apparaît clairement à ceux qui sont affligés sur mer, qui navigue avec eux et qui accompagne doucement et paisiblement ceux qui sont sur le point d’être submergés par les flots.
Les anges sont auprès des membres de ces (martyrs) déposés maintenant dans ce lieu ; ils les aiment et ils les louent ainsi que leurs esprits. Ils honorent, en effet, ceux qui avec le corps se sont conduits d’une manière incorporelle et de la même manière qu’eux-mêmes et ils ne se détournent aucunement de la mortalité de ceux qui ont vécu dans la vertu. Et qu’y a-t-il d’étonnant s’il en est ainsi des martyrs, lorsque Dieu disait aux enfants d’Israël qui se rendaient en toute hâte d’Égypte dans la Terre Promise et qui emportaient mort le corps de Joseph : Voici j’envoie mon ange devant ta face, pour qu’il te garde dans le chemin (Ex 23, 20) ? Ou plutôt il allait aussi lui-même avec eux ; car Moïse disait : Si toi-même tu ne vas pas avec nous, ne nous fais point partir d’ici (Ex 33, 15) ; et (Dieu) répondait : Je te ferai la parole que tu as dite, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais mieux que tout le monde (Ex 33, 17). Et cela avait lieu, lorsque le fait de toucher un mort passait pour une action déshonorante selon les commandements puérils de la Loi, qui nous apprenaient et nous enseignaient d’une façon allégorique à nous éloigner des œuvres mortes des péchés.
Il est dit que Michel lui-même veilla aussi sur le tombeau du corps de Moïse, quand le Calomniateur lui résistait, lorsque Dieu le permettait et voulait, par ce qui paraissait, montrer à ceux qui alors voyaient peu de choses et avaient des dispositions très grossières, ce qui ne paraissait pas, à savoir que, après que nous sommes délivrés de la condition d’ici-bas, le Calomniateur et les armées mauvaises qui sont avec lui combattent nos âmes, quand elles font route vers les (régions) supérieures, et veulent arrêter leur marche ; ils triomphent de ceux qui ont fait le mal, mais ils sont vaincus par les justes grâce au secours des anges : c’est ce qu’a vu aussi Antoine, qui est grand dans la vie ascétique et dans la vie angélique. Le Livre sacré a ces mots : Or l’archange Michel, lorsqu’il parlait au Calomniateur dans la dispute relative au corps de Moïse, n’osa pas porter contre lui une sentence d’exécration ; mais il dit : Que le Seigneur te réprime (Jude 9).
Puisque nous avons été jugés dignes de ces mystères et de pareils biens, louons donc le Christ, le Dieu des anges et des martyrs, en lui sachant gré de tous ces (bienfaits). C’est à lui que convient toute louange, (tout) honneur et (toute) puissance, ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
FIN DE L’HOMÉLIE LXXII