SUR L’ASCENSION DU DIEU GRAND ET NOTRE SAUVEUR JÉSUS-CHRIST
Je célèbre les traditions des apôtres, que les pasteurs de cette Église nous ont léguées comme un héritage paternel, après les avoir reçues à tour de rôle, ainsi qu’un fils (reçoit) de son père, après les avoir étendues par des développements successifs, lorsque la connaissance du mystère s’élargissait avec les montées du cœur (cf. Ps 83, 4), comme dit David, et après les avoir gardées avec soin. C’est aussi l’une de ces (traditions), que l’Église puisse aujourd’hui monter sur ce sommet de la montagne, en proclamant par-là que c’est pour nous et non pas pour lui-même que Jésus est monté aux cieux. De même, en effet, que c’est pour nous qu’il a été baptisé, lorsqu’il purifiait et sanctifiait les eaux et non pas lorsqu’il était purifié (par elles), — car comment (l’aurait-il été) celui qui est la lumière de la lumière et qui ne connaît pas de péché ? — et de même que c’est pour nous qu’il était crucifié et, comme il est écrit, qu’il était élevé à la perfection par les souffrances (He 5, 8-9), lui qui par nature est parfait en tout, lorsqu’il nous rendait en lui-même parfaits, nous qui étions imparfaits, par un salut entier et par une guérison complète, et lorsqu’il était aux prises dans la chair avec la mort dont il brisait la puissance et qu’il ressuscitait ; de même lorsqu’il remplissait incorporellement le ciel et la terre et toutes les choses visibles et invisibles, il est monté corporellement au-dessus de tous les cieux, lorsqu’il nous portait en lui, nous qui étions les exilés du ciel, ou plutôt qui foulions même la terre indignement.
Et de même que, lorsque nous prêchons le bienfait de la résurrection et que nous montrons que c’est par elle que nous nous sommes relevés de la chute ancienne du péché, jusqu’au jour de la Pentecôte , c’est-à-dire au cinquantième (jour), nous faisons nos prières en nous tenant debout et non pas en nous mettant à genoux ; de même dans ce quarantième jour compté depuis l’époque de la résurrection d’entre les morts de notre Sauveur, nous montons sur la montagne en faisant savoir que nous avons été élevés et que nous sommes devenus en quelque sorte sublimes et célestes, lorsque celui qui est au-dessus de toute principauté, autorité et puissance (Ep 1, 21) les prémices de notre race (1 Co 15, 20-23), est monté sur un trône placé au-dessus du ciel et royal. Le Verbe de Dieu, en effet, a pris la semence d’Abraham (He 2, 16), quand il a été de la femme, quand il a été sous la loi (Ga 4, 4), quand il a participé de la même manière que nous au sang et à la chair (He 2, 14), douée d’une âme intelligente, quand en toutes choses il nous a été semblable à nous ses frères hormis le péché (He 2, 17).
Mais ne t’étonne pas si l’Emmanuel, les prémices de notre race, est monté jusqu’à cette hauteur. En effet il n’a pas regardé comme une rapine d’être égal à Dieu ; c’est-à-dire ce n’est pas comme un tyran qu’il est entré prendre par la force le royaume qui ne lui convenait nullement et qu’il a enlevé le siège en dehors de toute justice, lorsqu’il s’est lui-même estimé et jugé l’égal de Dieu. Mais au contraire, bien qu’il fût dans la forme de Dieu, laquelle est dans l’essence de Dieu, il s’est anéanti lui-même, en prenant une forme de serviteur, et sans changement il s’est fait homme en essence et non pas en apparence. Il vivait dans la forme des hommes, et à l’extérieur il est apparu comme homme (Ph 2, 6-7), ainsi que dit le Livre sacré : comme s’il disait que, quand en rien il n’a méprisé ou repoussé le rang de serviteur, mais quand une fois il a pris sur lui d’être homme véritablement, il a vécu comme homme avec les hommes, en montrant la ressemblance avec nous en tout hormis le péché et même jusqu’à l’extérieur et aux manières. Il n’a pas paru un homme qui est un prodige et une merveille, comme les formes des géants ; car il possédait comme Dieu la supériorité de la nature, et il n’avait pas non plus comme les séducteurs la préoccupation d’étonner ceux qui le voyaient. Mais, progressivement, il manifestait et montrait sa divinité en proportion de l’âge humain, quand il opérait l’économie avec sagesse et avec grâce à notre égard, en sorte que lui le parfait passât pour grandir avec l’âge dans la sagesse et dans la grâce (cf. Lc 2, 52). Mais il a eu faim, il a eu soif, il a enduré la fatigue de la route, et il se soumettait volontairement aux autres (souffrances), je veux dire aux souffrances exemptes du péché, quand il s’est fait obéissant au Père.
Que signifie cela ? La faute du péché d’Adam était la désobéissance et la violation du commandement. Quand le Christ, le second Adam, la suppléait et la guérissait, il disait que le commandement qu’il avait reçu du Père était notre correction. En le mettant à exécution et par là en obéissant à Celui qui avait donné cet ordre, il nous offrait l’exemple d’une vie supérieure. Par l’obéissance il guérissait la désobéissance ; c’est elle qui a été la source des maux, et c’est d’elle qu’est sorti le torrent du péché, et c’est (par elle) que la mort est entrée dans la race humaine tout entière et y a régné. Ainsi il était dès lors devenu nécessaire que le Christ, qui suppléait l’obéissance, allât même jusqu’à la mort qu’(Adam) avait encourue par la désobéissance, et que par celle-ci il plantât la grâce de l’immortalité par la résurrection. C’était là, en effet, ce que Paul disait : Il s’est humilié, quand il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné comme nom : Celui qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse chez ceux qui sont dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Ph 2, 8-11).
Oh ! quelle est la profondeur de la sagesse et de la science de Dieu ! Oh ! quelle est la richesse de l’économie pour nous ! Comme ce qui est digne de Dieu, haut et sublime se retrouve dans les choses humaines et humbles, ou plutôt conformes à l’économie, afin de dire les deux ensemble d’un seul coup ! Que dit l’Apôtre en effet ? C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné comme nom : Celui qui est au-dessus de tout nom. Que signifie ce (mot) : C’est pourquoi ? — Parce qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
« Et celui qui a enduré la mort de la croix, dis-moi, a été élevé jusqu’à la hauteur divine ? Et comment cela n’est-il pas une rapine ? » — Eh quoi Oublies-tu ce qui a été dit auparavant : que celui qui a été crucifié et a souffert selon la chair, bien qu’il fût dans la forme de Dieu, s’est anéanti lui-même (Ph 2, 6-7), en ce qu’il s’est fait homme ? C’est là, en effet, la signification de cette parole : Il a pris une forme de serviteur. Et quoiqu’il soit parfait comme Dieu, il a été compté avec nous qui sommes sujets au besoin, et, en effet, cette parole : il s’est anéanti, ne signifie pas autre chose que cela.
C’est pourquoi il est encore écrit : Il lui a été donné comme nom : Celui qui est au-dessus de tout nom, (nom) qu’il avait par nature, en tant qu’il est de la même essence que le Père et qu’il est le maître de l’univers. Mais il est dit : il lui a été donné, à cause de nous, auxquels passait ce don (et) desquels il s’était également fait les prémices selon la chair. Car, si ce n’est pas en essence que le même était homme et Dieu, mais si le Christ était en deux natures, ainsi que le veut la stupidité des Nestoriens, il était également manifestement impossible que le nom « Celui qui est au-dessus de tout nom » fût donné par grâce à un homme qui existe d’une façon particulière à part isolément. Dieu peut, en effet, (Dieu) peut tout ce qu’il veut. Mais il (ne) veut (que) ce qui est digne de lui, et rien n’est digne de lui de ce qui est sans ordre, car, celui qui a mis de l’ordre dans ce qui existe, comment aurait-il voulu en lui-même quelque chose de désordonné ? Ce n’est pas, en effet, parce qu’il peut tout faire, ce n’est pas pour cette raison que nous disons encore qu’il peut faire aussi un autre Dieu le Père non engendré comme lui, ou faire que lui-même soit mortel ou qu’il ne soit pas sans commencement ou qu’il ne soit pas éternel et séculaire. Car, de même qu’il est puissant, ou plutôt la puissance même, de même il est aussi l’ordre même et l’harmonie de l’univers ; et il n’était pas convenable pour lui de faire la Trinité quaternité, quand l’homme qui existe d’une façon particulière à part est compté avec lui d’une manière superflue et impie, et non pas plutôt quand le Verbe même incarné est un ; car cette (théorie) possède ce qui est convenable en même temps qu’elle peut conserver la Trinité.
Il est des cas où (Dieu) fait des miracles variés et au-dessus de la nature, mais qui cependant ne vont pas contre ses propres paroles. Comment donc celui qui dit : Du lever du soleil jusqu’à son couchant mon nom est glorifié (Ps 112, 3), et dans un autre prophète : Je ne donnerai pas ma gloire à un autre (Is 42, 8 ; 48, 11), a-t-il donné comme nom « Celui qui est au-dessus de tout nom » à un homme autre que Dieu le Verbe, qui participe essentiellement et à sa gloire et à son nom ? De même, en effet, que, quand il s’est anéanti lui-même, — car, tandis qu’il est riche et sans besoin en tant que Dieu, il s’est fait pauvre pour nous en devenant homme, — il a pris selon l’économie ce qu’il possédait (déjà) par nature : de même il est dit qu’il a été élevé humainement ; cependant il est aussi écrit qu’il est monté divinement. Paul, en effet, qui a écrit de lui : Il a été élevé dans la gloire (1 Tim 3, 16), a encore écrit : Celui qui est descendu, c’est aussi le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir (Ep 4, 10).
En entendant ces (paroles), qui osera encore diviser le seul Seigneur et Dieu Jésus-Christ ? Si, en effet, celui qui est descendu sans corps est aussi le même qui est monté, — et ceci quand il est incarné en notre chair, — au-dessus de tous les cieux jusqu’à l’honneur sublime et digne de Dieu, comment croira-t-on qu’il est deux et non pas un ? C’est pour cette raison donc que dans les Évangiles il disait lui-même à Nicodème : Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel (Jn 3, 13). Et ainsi donc celui qui après l’incarnation de la Mère de Dieu Marie s’est fait le Fils de l’homme sans changement, le même était le Verbe de Dieu qui est avant tous les siècles, qui est avant de s’être fait chair et après s’être fait homme, qui est dans les cieux et qui remplit tout. Car ce n’est pas autrement qu’il disait : Le Fils de l’homme est descendu du ciel, que selon la parole de Paul : Jésus-Christ, qui est hier et aujourd’hui, le même était et sera éternellement (He 13, 8).
Cependant les Juifs, quand ils professent des opinions sœurs de celles de l’impiété nestorienne et qu’ils sont les adversaires aveugles de l’indivisibilité de l’incarnation, comme Jésus s’écriait : Je suis le pain descendu du ciel (Jn 6, 41), poussaient contre lui des cris de blasphème et disaient : Celui-ci n’est-il pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc celui-ci dit-il : Je suis descendu du ciel ? ( Jn 6, 42). Et le Christ, qui sait mieux que les Juifs et les Nestoriens qu’il est un et le même et qu’il n’est pas divisé par dualité des natures après l’union, et qui voyait de plus que même quelques-uns de ceux qui lui étaient attachés doutaient de la parole relative au pain et chancelaient dans leur esprit, disait en se préoccupant de sa propre pensée : Cela vous scandalise ? Et si vous voyez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ? (Jn 6, 62-63).
Paul, dans des paroles conformes à celles-ci, a dit justement : Il n’a pas regardé comme une rapine d’être égal à Dieu (Ph 2, 6). En effet, il est monté avec un corps là où il était autrefois sans corps, ou plutôt là où il était toujours divinement et infiniment. Si donc il remplissait tout, comment dit-il : Il est monté au-dessus de tous les cieux, afin de tout remplir (Ep 4, 10) ? Et moi je dis : Quand il s’est incarné, il est apparu à ceux qui sont sur la terre ; il est allé chez ceux qui sont sous la terre, quand il est descendu au Schéol ; il restait qu’il allât aussi chez ceux qui sont au ciel, une fois incarné, afin de tout remplir par le bienfait qui découle de (l’incarnation), en délivrant les uns de la malédiction du péché (et) des liens de la mort, et en révélant aux autres les profondeurs de sa sagesse. En effet, que les puissances célestes aient également connu dans (toute) son abondance la richesse cachée de la sagesse divine par suite de l’économie pour nous, c’est certain d’abord par ce que disaient ceux que jetait dans l’étonnement la naissance de l’Emmanuel : Gloire à Dieu dans les hauteurs, (et) sur la terre paix (et) bienveillance pour les hommes (Lc 2, 14) ; et de façon très claire aussi par ce que Paul écrivait aux Éphésiens en ces termes : Afin que les principautés et les autorités dans les cieux connaissent maintenant par l’Église la sagesse infiniment variée de Dieu (Ep 3, 10).
Par conséquent, puisque cela est ainsi disposé, devant lui-même incarné a fléchi tout genou de ceux qui sont dans les cieux, sur la terre et sous la terre (Ph 2, 10), c’est-à-dire ils ont reconnu sa domination : car quel genou imaginerait-on chez des êtres incorporels ? Et toute langue a confessé que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu le Père (Ph 2, 11). En effet, il n’y a désormais aucune nation et aucune langue, dont ne font pas partie nécessairement quelques hommes qui ont confessé la foi dans le Christ, et qui par lui et en lui connaissent le Père ; car celui qui a vu le Fils a vu le Père (cf. Jn 14, 9), et la gloire du Fils est la gloire du Père.
Ces (paroles) touchent également la folie d’Arius et d’Eunomius, qui disent que le Fils de Dieu est une créature et qu’il ne ressemble pas au Père. En effet, ce n’était pas de la justice que le nom « Celui qui est au-dessus de tout nom » fût donné à l’une des créatures ou à l’un de ceux qui ne ressemblent pas à Dieu le Père par l’essence. Car si le Fils était une créature et l’une de toutes (les créatures), lorsque lui aussi était compté avec les autres créatures, par cela même qu’il est créé, quoiqu’il ait été créé le premier, — c’est ce que disent ceux qui s’affublent de cette impiété ; — et quoiqu’il lui ait été donné un tel nom, il cessait d’être au-dessus de tout nom ; car il s’est fait une (créature) et l’une de toutes (les créatures), si en vérité il a reçu d’une manière humaine et conforme à l’économie un (nom) d’entre tous (les noms), et non celui qu’il a par nature en tant que Dieu. C’est pourquoi, en effet, Paul n’a pas dit : « Il lui a donné de s’appeler Dieu » ; car cela nous est aussi donné par sa parole : J’ai dit : Vous êtes des dieux et (vous êtes) tous les fils du Très-Haut (Ps 81, 6). Mais afin de détourner les esprits des auditeurs d’une comparaison basse et à notre portée, quand il a élevé la parole et l’a portée en haut avec la vérité du fait, il a nommé (le Fils) « Celui qui est au-dessus de tout nom », en faisant entendre par là qu’il est au-dessus de toute créature et qu’aucun des êtres créés ne lui est comparé. C’est pourquoi les premiers, les anciens et les plus divins des Hébreux, par lesquels ont été révélées les paroles divines et les prophéties exemptes d’erreur des choses futures, nommaient aussi ce (Fils) « Celui qui ne peut être nommé » (cf. Jr 20, 9), en (lui) donnant comme nom de fuir, de dépasser et d’être élevé au-dessus de tout nom ; et, de son côté, Paul l’a donc surnommé « Celui qui est au-dessus de tout nom ». Mais cette (parole) : Il a été souverainement élevé, montre encore que l’’Emmanuel est au-dessus de toute créature en tant que Dieu par nature. Prends-moi, en effet, les trois enfants qui glorifiaient le Seigneur au milieu de la flamme et d’un feu excessivement terrible ; ils prenaient et acceptaient avec eux dans ce chœur spirituel les anges, les puissances et toute la création spirituelle et sensible, et ils attribuaient seulement au Seigneur de l’univers d’être loué et souverainement élevé.
Qui donc louera dignement la générosité et la grandeur de la charité du Christ et de sa condescendance infinie ? Moïse autrefois montait sur la montagne du Sinaï, et il restait quarante jours en ne prenant aucune nourriture et en s’abstenant de pain et d’eau, pour voir seulement l’apparence de la gloire de Dieu, et celle-ci (lui) apparaissait comme sous l’aspect du feu mélangé aux ténèbres et à la fumée. Mais le Christ, le Verbe de Dieu, la lumière véritable et sans mélange, s’est élancé de la hauteur ainsi que dans une profondeur, s’est glissé et s’est enfoncé dans la profondeur de la terre, ou plutôt dans les régions inférieures de la terre ; il nous a tirés de là et nous a fait monter, nous qui étions submergés par le péché et par la mort. Après être ressuscité d’entre les morts, il a vécu quarante jours avec les disciples, en mangeant et buvant à plusieurs reprises et en confirmant (par-là) que l’économie selon la chair est en dehors de l’imagination. Et ainsi il est monté au ciel, lorsqu’il nous portait tous en lui-même, parce qu’il s’était incarné dans notre (condition).
Pourquoi donc, ô homme, es-tu dans le doute et ne crois-tu pas la résurrection de notre chair et le royaume des cieux, quand tu en as pour gage le Christ, qui s’est incarné de ta race, est ressuscité d’entre les morts, est monté aux cieux et y a pénétré ? Si, en effet, il ne s’est pas incarné notre chair, selon la vanité d’Eutychès, il a rendu faux notre gage et l’objet de l’espérance future est plein d’erreur et sujet au doute ; et nous avons éprouvé la même souffrance que ceux qui ont été trompés par des usuriers (et) à qui, pour de véritables deniers d’or, s’il se trouve, et d’argent, ont reçu des gages lesquels passent pour être en or et (en réalité) sont en cuivre intérieurement et recouverts d’or extérieurement.
Mais, disant adieu aux histoires et aux fables de ce genre, donnons notre assentiment à Paul qui dit : Puisque par un homme (est venue) la mort, c’est par un homme aussi que (vient) la résurrection des morts : et de même que tous meurent en Adam, de même aussi tous vivront dans le Christ (1 Co 15, 21-22). Et tandis que celui-ci s’élevait au ciel, les apôtres le considéraient et étaient dans l’étonnement à son sujet, quand ils tenaient leurs propres âmes en suspens en fixant sur lui leurs yeux et leurs regards, et ils entendaient (dire) aux anges qui se tenaient à leurs côtés : Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui a été élevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même façon que vous l’avez vu aller au ciel (Ac 1, 11). C’est pourquoi ils ne cessèrent pas et ne s’arrêtèrent pas de le regarder, et c’est ainsi qu’ils vivaient et c’est ainsi qu’ils se préparaient au spectacle futur.
Or ces (paroles) n’étaient pas adressées à eux seulement, mais par eux à tous les croyants, afin que nous aussi nous le regardions et que nous pensions à l’honneur qui nous a été fait, lorsque nous nous asseyons par ces prémices au-dessus de toute principauté et autorité. Et toi, tu es insensible à cet honneur et tu cours au στάδιον, ou lieu d’exercices des bêtes sauvages ; (là) tu vois que des hommes de la même race que toi combattent el sont aux prises avec elles et qu’ils sont déchirés et mis en pièces inutilement , eux qui sont de la même boue et de la même création, de la même image raisonnable et divine, de la même adoption et de la même seconde création, et qui font partie des uniques prémices, lesquelles sont montées au-dessus des cieux et règnent sur les esprits d’en haut spirituels et immatériels.
Oh ! comment parlerai-je sans larmes ? Comment te montrerai-je la grandeur du péché ? Après avoir été amenés du néant à l’existence, nous avons été honorés de l’autorité sur les bêtes, les oiseaux, les animaux et (sur) toute la terre. Les (bêtes sauvages) étaient pour nous des servantes et nous étaient soumises, et l’ours et le loup étaient remplis de douceur et de paix pour l’homme comme pour la brebis. Que les bêtes sauvages te persuadent (elles-mêmes), puisque, comme un troupeau d’animaux au pâturage, elles s’assemblaient toutes auprès d’Adam, lorsqu’il leur donnait des noms d’une manière appropriée et qu’il distinguait chaque espèce par son nom. Mais, maintenant que nous sommes déchus de cette autorité par le fait du péché et que nous ne portons plus en nous-mêmes la marque pure de l’image divine, nous craignons désormais la cruauté des bêtes sauvages ; et cela, quand elles se souviennent de (notre) ancienne autorité et qu’elles ne viennent plus vers nous, mais s’enfuient aux déserts.
Toi donc, en les enfermant, en excitant et en combattant leur brutalité et en les poussant à se ruer sur les hommes, tu découvres et manifestes le péché de notre race, et tu rappelles l’autorité dont nous sommes déchus. Il nous fallait (au contraire) regarder l’honneur, nouveau, qui, au lieu de l’autorité sur la terre nous a fait repasser dans le royaume des cieux (et) qui, si nous vivions comme il convient et comme il faut, nous rendrait terribles non seulement pour les bêtes sauvages mais encore pour les démons, et aussi respectables pour les anges. C’est ce que fait connaître Daniel, devant lequel les lions ont été couverts de confusion, lorsqu’il était enfermé dans la fosse. C’est aussi ce que confirme Thècle, qui était très éprouvée et très patiente dans la virginité et dans la foi, ainsi que la foule innombrable des martyrs qui ont arrêté la fureur terrible et redoutable par-dessus tout de nombreuses bêtes sauvages, parce qu’ils tenaient la place du Christ, les prémices de notre race, et qu’ils étaient assimilés à cette ressemblance divine, comme celui qui disait : Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ (1 Co 4, 16).
Mais, bien que j’aie encore à dire de nombreuses choses touchantes, j’arrêterai et je terminerai l’homélie, par respect pour cette fête grandiose et adorable, en priant le Christ qui a été élevé pour nous et s’est élevé pour lui-même, qu’il fasse monter au ciel nos esprits entraînés vers le bas par sa grâce, sa charité et sa miséricorde ; c’est à lui que convient aussi la gloire avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
FIN DE L’HOMÉLIE LXXI