C’EST LA TROISIÈME CATÉCHÈSE. (CETTE HOMÉLIE) FUT PRONONCÉE, SELON LA COUTUME, LE MERCREDI DE LA SEMAINE DE LA PAQUE SAINTE OU DE LA PASSION. `
(nov. 514-515)
Que personne, pensant que, dans son évolution, le cycle de l’année nous ramène le même jour avec le même sujet, alors que souvent celui qui enseigne est également le même, ne juge superflue la présente leçon, sous prétexte que l’instruction va redire les mêmes choses et qu’elle va rouler inutilement dans les mêmes termes sur ce qui est déjà connu. Car celui qui aurait de semblables (pensées) oublierait aussi, me semble-t-il, ce genre de discours, que sa seule désignation révèle et fait connaître. (Ce discours), en effet, est appelé catéchèse ou retentissement et bourdonnement, — je ne me lasse pas de dire la même chose deux fois, dix fois et même plus souvent ; — parce qu’il bourdonne ou retentit aux oreilles de ceux qui ne sont pas initiés, et peut-être aussi de ceux qui sont initiés, afin qu’ils saisissent dans ce qui est dit beaucoup ou même très peu de chose.
De même, en effet, qu’autre chose est de se réjouir et autre chose est de se réjouir beaucoup, et pareillement qu’autre chose est de chanter et autre chose est de chanter beaucoup, de même ce n’est pas la même chose de bourdonner ou de retentir et de retentir beaucoup. Car cela marque l’action d’un fait ou d’une science qui a été montrée une seule fois, et ceci le séjour répété et fréquent et, pour ainsi dire, le grand usage. Il n’est donc pas étonnant que nous venions dans les mêmes pensées et les mêmes mots. Les mères et les nourrices, en effet, versent aussi le même lait à leurs enfants, et ensuite elles broient le même pain avec leurs dents, à l’occasion, les habituant peu à peu à une nourriture plus forte. Elles se servent des mêmes expressions dépourvues de sens et des mêmes cris, bégayant avec eux, imitant l’imperfection du mot, balbutiant et prononçant avec eux de petits mots réduits en menus morceaux et les conduisant vers le mot entier, net et certain.
Mais il n’est pas hors de propos de dire que ce genre d’instruction qui se trouve placé devant nous est aussi appelé κατήχησις ou catéchèse, c’est-à-dire retentissement de la voix qui parvient aux oreilles, à cause de ceci que, comme s’il venait du ciel et d’une hauteur, un bourdonnement ou une voix théologique descend vers les auditeurs selon leur intelligence; car c’est d’en haut que (ce genre d’instruction) retentit ou bourdonne et crie à ceux qui sont quelque part en bas et qui viennent sur la terre.
Nous aussi donc, à qui a été confié désormais le ministère de l’enseignement, impressionné dans notre cœur par le bourdonnement ou la voix qui émane de là, s’il était vide et pur des pensées matérielles, comme la voix qui se fait entendre dans les déserts (cf Lc 3, 4) et dans les endroits solitaires, nous ferons bourdonner avec bourdonnement ou voix ce qui va suivre, de telle sorte donc que le bourdonnement ou la voix des dogmes de la piété n’est pas de nous, mais se trouve l’écho de ce bourdonnement ; peut-être aussi, à le bien considérer, devons-nous encore rapporter cette (voix des dogmes) à celui qui crie, parce que ce qui germe appartient également aux semences.
Comment pensera-t-on donc que la parole qui tient du ciel ses raisons, même lorsqu’elle est dite de nombreuses fois, est digne de satiété et superflue ? Personne ne le fera, à moins qu’il ne soit totalement dépourvu d’intelligence et de pensées. Ainsi il ne résulte pas de satiété chez ceux qui voient du fait de la clarté du soleil, sous prétexte qu’il éclaire des objets passés et anciens et toujours les mêmes ; car il passe pour être chaque jour rajeuni par une splendeur inépuisable. Je veux dire qu’il y a la même relation entre la parole divine et le soleil qu’entre la lumière intellectuelle et la (lumière) sensible. Mais je vois que cette comparaison est complètement en défaut, sinon que (dans les deux cas) la satiété déshonorante est chassée, parce qu’aussi par ce seul bourdonnement ou voix, un aiguillon insaisissable de désir est déposé en nous. David l’atteste en parlant en ces termes : De même que le cerf soupire après les sources d’eau, de même mon âme soupire après toi, Dieu. Mon âme a eu soif du Dieu vivant : quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? Mes larmes ont été mon pain jour et nuit, pendant qu’on me disait toujours : Où est ton Dieu ? Je me suis souvenu de ces choses et j’ai répandu mon âme au dedans de moi-même. Car je passerai dans le lieu du tabernacle admirable jusqu’à la maison de Dieu, au milieu de la voix de l’allégresse et de l’action de grâces (pareille) à un bruit de fête (Ps 41, 2-5).
O miracle ! Je désirais Dieu, dit-il, je voulais trouver celui que j’aimais, j’avais soif comme les cerfs. Comme je ne trouvais pas l’objet de mon désir, je faisais une nourriture de mes larmes. Je n’approuvais aucunement le doute des pensées qui me disait : Où est ton Dieu ? Et je n’ai pas non plus perdu espoir. Mais j’ai épuisé toute la force de mon âme à l’égard de ce désir. Après avoir alors perçu avec peine un bourdonnement, — et ce bourdonnement ou voix était (un bourdonnement) de fête, d’hommes qui étaient dans l’allégresse, qui louaient, qui prenaient un repas de parole et qui se réjouissaient, — je m’en servais comme de guide et je me mettais à passer dans un tabernacle admirable, c’est-à-dire à marcher et à passer à la contemplation naturelle qui apparaît dans ce monde visible, lequel est autour de nous comme une tente merveilleuse, et à arriver ainsi à la maison de Dieu, (aux êtres) intellectuels et incorporels. C’est en ceux-ci surtout que Dieu habite comme dans une maison et c’est par eux qu’il est connu, alors que par nature il est incompréhensible et inaccessible. Ce bourdonnement ou catéchèse est pour nous la naissance de semblables bourdonnements ou voix de ceux qui nous bourdonnent ou font retentir (des chants) de fête, lesquels (bourdonnements) sont éloignés de toute satiété, nous attirent et nous entraînent vers ceux de qui ils viennent et enflamment notre désir.
Je continuerai donc : Parce que c’est une fête que de se souvenir de Dieu, – Je me suis souvenu de Dieu et je me suis réjoui (Ps 76, 4), dit, en effet, celui qui a dit, — confessons que nous croyons en un seul Dieu le Père tout-puissant ; et tout aussitôt notre bouche sera remplie de joie et notre langue d’allégresse (Ps 125, 2), ainsi qu’il est écrit.
« Comment, diras-tu peut-être, m’ordonnes-tu de croire en un seul Dieu, puisque tu vas me dire aussitôt de croire aussi en son Fils unique ? » — Eh quoi ! N’entends-tu pas que, après avoir dit « en un seul Dieu », j’ai encore ajouté conséquemment « le Père » et qu’avec le mot de Père est également entrée en même temps l’idée de Fils ? Car le Père est nécessairement le Père du Fils, en sorte qu’il soit Père à proprement parler, non pas en une parole vaine, mais en fait. Cependant, même de cette façon, il reste un seul Dieu en tant que Père. Il n’y a pas, en effet, un autre Père avec lui ; car il possède seul toute la qualité de Père sans la partager avec un autre, parce qu’il n’est pas d’autre chose, mais qu’il était ce qu’il était sans être engendré et éternellement, de même que le Fils possède aussi toute la qualité de Fils, parce qu’il vient du Père par génération ; cependant lui aussi existe indépendamment du temps et éternellement.
« Et comment est-il possible de concevoir un Fils qui ne soit pas postérieur dans le temps et après le Père ? » — Comment ? En éloignant ton esprit des naissances corporelles qui subsistent dans le temps et qui tiennent du cours du temps leur passage à l’existence. Nous, en effet, nous devenons pères dans le temps et le cours du temps précède la naissance de nos fils, et c’est après que nous sommes devenus les fils de certains hommes que nous devenons à notre tour les pères d’autres hommes. Mais, quand tu entends dans les Livres sacrés que le Fils de Dieu le Père est proclamé le Verbe et la splendeur, que les expressions elles-mêmes te soient une leçon, et par elles élève-toi et envole-toi vers la naissance impassible, incorporelle et éternelle. L’intelligence, en effet, engendre sans souffrance, et non pas comme les corps en sont capables, la parole qui caractérise et signifie au fond la mobilité intellectuelle et qui forme par elle-même l’intelligence toute entière invisible et inconnue. C’est pourquoi Paul a surnommé le Fils l’image du Dieu invisible (Col 1, 15) et Isaïe l’ange du grand conseil (Is 9, 6) en tant que la parole de l’intelligence ou du Père qui est au-dessus de tout. Lorsque tu trouves que le même est nommé la splendeur de la gloire (He 1, 3), considère que sa naissance est indépendante du temps et éternelle. De même, en effet, que personne ne dit que la splendeur et la clarté du soleil peuvent être séparées du soleil qui resplendit ou éclaire, ni non plus que le disque qui renferme les rayons, — c’est le soleil, — est séparé en partie pour un temps de sa propre clarté ; de même il est de toute nécessité que nous confessions aussi que le Fils, la splendeur intellectuelle du Père, est égal en éternité à celui qui l’a fait resplendir et briller d’une manière ineffable et que par la pensée nous n’entendions pas non plus le Père le premier dans le temps avant son Fils qui lui est égal en éternité.
En entendant cela, oseras-tu donc encore comparer la génération très sublime du Fils à l’une des générations qui sont entraînées sur la terre et qui roulent vers la matière ? Ou forceras-tu Dieu à engendrer à la manière des hommes, en sorte qu’il soit comparé à notre condition et qu’il soit regardé comme ayant un Fils qui est comme nous le second dans le temps et qui a été aussi après lui ? Et ne distingueras-tu pas convenablement qu’il y a autant de distance et de différence entre la naissance divine et (la naissance) humaine que la condition du (Père) est complètement différente de celle dans laquelle nous sommes ? Mais, puisque les naissances sont ainsi séparées et éloignées l’une de l’autre sans offrir un point de comparaison dans ce qui apparaît en elles, c’est par ignorance que tu veux introduire une ressemblance. Le (Père) a engendré d’une manière incorporelle, impassible et indépendante du temps, et par conséquent il n’est pas étonnant qu’il ait aussi (engendré) éternellement, afin qu’il soit en tout temps le Père du Fils qui est en tout temps. C’est pourquoi, en effet, (le Fils) est encore surnommé l’unique, non seulement parce que seul il est sorti du seul, mais parce qu’il a été également (engendré) d’une façon unique et différente de tout genre et mode de naissance.
Lorsque tu entends « Fils », conclus donc de ce nom qu’il est égal en essence ; car tout fils est égal à son père en essence et en nature. Lorsque tu sais que le même est dit « splendeur », considère l’égalité en éternité qu’il possède avec celui qui l’a fait resplendir et briller. Que l’appellation de Verbe soit pour toi une indication suffisante de l’impassibilité de sa génération, car c’est d’une manière impassible que le Verbe est engendré par le Père, ainsi que par une intelligence.
Pour parler simplement, choisis dans chacune de ces expressions ce qui convient à Dieu et jette au loin et à distance tout ce qui le fait descendre jusqu’à la ressemblance de notre pauvreté. Car une seule indication est si éloignée et si incapable de montrer toute la réalité que c’est à peine si, à l’aide de toutes, nous réunissons quelques signes et quelques points de ressemblance excessivement très petits, comme si nous frappions ensemble une pierre contre une autre pierre, afin d’en voir sortir et jaillir une étincelle de feu.
Cependant de quelque manière que l’on envisage ce nom de Verbe, il reste qu’il convient à Dieu. Mais, si ce n’est pas avec prudence que tu sais que le Verbe fait partie de Dieu, et non pas de la même manière que (la parole) qui est prononcée avec les organes de la voix et qui sort dans l’air fait partie de nous, laquelle est encore appelée émise, parce qu’elle cesse avec son émission, tu penseras nécessairement que (le Verbe) est également sans substance. Aussi Paul, renversant cette opinion impie, l’a-t-il nommé l’image de la substance du Père (He 1, 3). La parole émise ne peut pas être l’image de la substance ; car ce n’est pas par l’émission des paroles que nous connaissons la nature et la substance de l’intelligence, mais (seulement) sa mobilité intellectuelle ou sa pensée. Mais le Verbe de Dieu, en tant qu’il est une image substantielle, fait partie de la substance de celui qui l’a engendré, parce qu’il est égal au Père en la même essence. C’est ainsi donc que même le Fils est aussi appelé Dieu : Au commencement, en effet, était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu (Jn 1, 1).
De la même manière, le Saint-Esprit qui procède du Père était aussi au commencement. Car, de même que le souffle sort en même temps que notre parole comme s’il lui était attaché, de même c’est sans distance et sans séparation que la procession de l’Esprit accompagne aussi la génération du Verbe et lui est unie. Par conséquent le Saint-Esprit est également indépendant du temps et éternel. En effet, si le Fils n’a pas été engendré dans le temps, puisqu’il est la splendeur de la gloire du Père, il est nécessaire que l’Esprit, qui n’est pas séparé ou distant du Fils et Verbe, ait procédé également de Dieu le Père, non pas dans le temps et en dernier lieu, mais éternellement. Et si le Verbe de Dieu est substantiel, et non pas comme est notre (parole) qui est détruite dès que cesse l’émission de la voix, il est de toute nécessité que le Saint-Esprit soit aussi substantiel, et non pas comme est un souffle ou une haleine qu’on exhale.
« Mais, dis-tu, affirmant qu’il procède du Père, et non pas qu’il a procédé, je crains que cela ne montre que la procession de l’Esprit soit celle d’un enfant. » — Mais il est facile de dire que ce qui est distingué par (les mots) « il était », « il est », « il sera », ô un tel, apparaît pour l’être créé et fait, tandis que pour Dieu le Père tout est présent, de telle sorte que même le temps passé est regardé comme présent. Par conséquent, à proprement parler, il n’était pas et il ne sera pas, mais il est en tout temps. Parce qu’il s’agit de Dieu, « il procède » est donc plus propre que le mot « il a procédé ». De même, il est écrit au nom de la Sagesse de Dieu qui est le Christ : Il m’engendre avant toutes les collines (Pr 8, 25), et non pas : « Il m’a engendré » ; et cela étonnera fort tous ceux qui sont environnés de ténèbres sur ces questions. Si, en effet, le Saint-Esprit procède de l’essence du Père, comment se fait-il qu’une des propriétés qui se trouvent en lui par nature, devienne acquise et soit en dernier lieu, et non pas qu’elle existe en lui éternellement ?
Mais tu nous attaqueras et tu nous diras à cela : « Si l’Esprit est de l’essence du Père et s’il l’est éternellement comme le Fils, pourquoi ne lui donnons-nous pas aussi le nom de Fils ? » — Mais nous disons : Parce que les révélations des paroles sacrées affirment, non pas qu’il est engendré, mais qu’il procède.
Et si tu nous répliques encore : « En quoi la génération diffère-t-elle donc de la procession ? » je te dirai d’une façon à la fois pure et vraie : Si je savais, ô excellent, quel est le mode de la génération divine ou de la procession, je te dirais aussi leur différence. Mais je laisse à la Trinité ce qu’elle possède ainsi d’une manière ineffable, à savoir de se connaître elle-même telle qu’elle est. Je crois et je garde en moi ce qui nous en est descendu, et j’estime que c’est beaucoup d’enseigner que le Père n’est pas d’autre chose, mais qu’il a de particulier et de spécial de ne pas exister par génération, et que le Fils vient du Père par génération et l’Esprit par procession, attendu qu’ils possèdent une marque particulière fixe et distincte, celui-là la génération, et celui-ci la procession. De la sorte, c’est d’une manière inconfuse, claire et nette que, par les particularités qui apparaissent en chacune d’elles, peut se garder la connaissance des trois hypostases, dont l’essence, c’est-à-dire la divinité, est une, ainsi que la royauté, la louange, la volonté, l’opération et tous les autres attributs qui conviennent à Dieu. Car le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, mais ils ne sont pas trois dieux séparément, parce que le Fils et l’Esprit remontent, indépendamment du temps, à un seul principe ainsi qu’à une cause, au Père ; c’est de lui, en effet, que le Fils et l’Esprit possèdent leur existence, bien qu’ils ne soient pas après lui, car ils sont égaux en éternité. De la sorte, la même Trinité sera conçue d’une triple façon à cause des particularités, tandis que l’unité sera reconnue à cause de la divinité, et elle sera séparée sans division et réunie sans confusion.
Tu éviteras (ainsi) la pauvreté des Juifs et de Sabellius, qui restreint la divinité à une seule personne et à une seule hypostase ; par cette une et même essence, tu renonceras au polythéisme d’Arius et des païens, qui multiplie tout en gardant l’unité, — chose encore étonnante, — en ce qu’il s’étend seulement d’un à trois et que de nouveau il remonte à un. Après deux, en effet, il vient uniquement et parmi les nombres impairs le nombre trois, en sorte que même par là on comprend que la divinité n’a rien de commun et de comparable avec la créature. Car parmi les êtres incorporels nous n’en voyons aucun en dehors de (Dieu) qui ait l’unité et la trinité, tandis que la dualité est le propre des êtres corporels qui consistent en la matière et la forme. Mais il n’y a aucune composition dans la Trinité, loin de là ! parce que la divinité est quelque chose qui est simple et qui n’est pas composé au point de vue de l’essence.
Mais l’un de ceux qui entrent maintenant récemment dans la religion ou encore de ceux qui discutent, posera peut-être cette question : Selon qu’il le veut ou qu’il ne le veut pas, Dieu acquiert-il donc un Fils et un Saint-Esprit, afin d’apparaître dans la Trinité ? »
Combien cette question est très dénuée de science et de sagesse et comme elle relève d’une âme qui n’est vraiment pas initiée ! Dans ce qui peut être acquis qui est reçu de l’extérieur et qui est soumis au choix et à la puissance, il y a place pour notre vouloir ou pour notre non-vouloir ; car c’est lorsque nous voulons que nous l’acquérons et que nous le recevons, ou que nous ne l’acquérons pas. Mais ce qui dès le commencement existe en nous par nature et par essence, ne tombe pas sous notre vouloir. C’est, en effet, la même chose, et non moins insensée, que si tu posais cette question : « Es-tu doué de la raison, selon que tu le veux ou selon que tu ne le veux pas ? » Car cela relève de la nature et non de la volonté. De même qu’il n’y a personne qui pose la question : « Dieu est-il Dieu, selon qu’il le veut ou qu’il ne le veut pas ? » car il était Dieu toujours ; de même aussi le Père, quand il montrait que le Fils brille par lui indépendamment du temps, en tant que sa propre splendeur, et que l’Esprit procédait éternellement. Ces derniers, en effet, ne peuvent être séparés du (Père), de même que la clarté et la chaleur ne peuvent l’être du feu, quoiqu’il échappe à toute ressemblance avec les exemples. Car le feu n’existe pas du tout en dehors de cela, je veux dive en dehors de la clarté et de la chaleur ; mais l’hypostase de Dieu le Père n’est pas détruite par le Fils et l’Esprit, loin de là ! bien qu’il apparaisse en eux, parce qu’il n’y a qu’un seul et même honneur de la divinité. Mais l’auditeur dira encore à cela : « Tu ne me sembles pas parler en dehors de ce qui convient à la notion de la divinité. Pour moi, cependant, je suis troublé en lisant les Livres divins et en ne trouvant nulle part dans l’Ancien Testament l’enseignement de la Trinité, mais (seulement) d’une seule personne et d’un seul Dieu, et dès lors j’hésite à confesser un celui qui a parlé dans la Loi, dans, les prophètes et dans les Évangiles. »
Mais, d’abord, quand le Dieu de l’univers parlait par Moïse, il avait soin d’éloigner du polythéisme Israël qui avait grandi dans le culte égyptien des démons et de lui faire voir un seul Dieu. Il jugea que le temps n’était pas venu d’enseigner clairement à ces (Israélites), enfants et incapables de saisir, la foi en une seule divinité et en trois hypostases, de peur qu’ils ne fussent de nouveau portés à penser qu’il avait parlé de plusieurs dieux. Mais c’est par partie qu’il leur a servi cet enseignement, lorsqu’il a dit clairement qu’il faut adorer un seul Dieu, ce qui est le contraire du polythéisme, et qu’il a usé de sagesse pour cacher la notion claire et nette des trois hypostases. C’est pourquoi, quand il enseignait la formation de ce monde dont Moïse a donné le récit, il a passé sous silence la création et la formation des anges à cause de la chute dans le polythéisme et dans l’adoration des créatures. Il le déclare dans le prophète Osée en ces termes : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui affermis le ciel et crée la terre, dont les mains ont créé toute la milice céleste (Is 45, 18.12) ; je ne t’ai pas montré ces (êtres), afin que tu n’ailles pas après eux ; je t’ai fait monter du pays d’Égypte. Tu ne connaîtras pas de Dieu en dehors de moi, et il n’y a pas de Sauveur en dehors de moi (Os 13, 4).
Ensuite, il se trouve aussi diverses paroles qui sont citées dans les livres de Moïse, contre lesquelles il n’y a rien à dire et qui couvrent les Juifs de confusion. Tantôt elles laissent entrevoir le Fils et Verbe ; tantôt elles font également connaître le Saint-Esprit en même temps, et elles fournissent par le pluriel une indication des trois hypostases dans un honneur égal et une gloire unique.
En voici une pour le moment : Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance (Gn 1, 26). Vers qui ces paroles inspirées par Dieu conduisent- elles donc le Dieu qui parle ? Les Juifs aveugles disent : « Vers les anges. » Et comment le Seigneur et le Créateur de l’univers invitait-il les serviteurs et les créatures à se joindre à lui dans la création et à créer avec lui, et en particulier lorsqu’il s’agissait de l’animal raisonnable qu’est l’homme ? Car le fait de créer est le propre de Dieu seul.
Mais il est bien certain que d’après l’Écriture il a parlé à celui qui participe à son essence, à sa royauté et à sa gloire, son Fils et Verbe, et au Saint-Esprit, auxquels il n’est pas étranger de créer : Par la Parole du Seigneur, en effet, les cieux ont été affermis, et par le Souffle de sa bouche toute leur armée subsiste (Ps 32, 6). Autrement, si celui qui disait : Faisons l’homme, n’était pas d’une seule et même essence avec ceux auxquels il parlait, comment était-il possible que l’homme fût une seule image de ceux qui différaient par l’essence ?
Si nous prenons encore ce mot : À l’image, non pas pour l’extérieur du corps, — et c’est là la vérité, car Dieu n’est ni dans une image humaine ni dans un extérieur, puisqu’il est sans extérieur et sans corps ; — mais pour une marque de supériorité, afin qu’il soit le chef et qu’il règne sur la terre, — lorsqu’il eut dit : À notre image et à notre ressemblance, il a ajouté, en effet, après cela : Qu’ils dominent sur les poissons de la mer, su les oiseaux du ciel, sur les animaux et sur toute la terre (Gn 1, 26) — il est de toute nécessité que le modèle à l’image duquel l’homme devait être fait, fût d’une nature supérieure et royale, laquelle est la Sainte Trinité, et non pas d’une nature angélique ou d’une autre (nature) créée et soumise à la domination.
Mais tu diras : « C’est comme les rois et les chefs qui sont près de nous, lesquels disent : Nous un tel, nous légiférons ou nous ordonnons, et ceci quand une est la personne en question, que Dieu a dit : Faisons l’homme à notre image, et que ce n’est pas pour indiquer la Sainte Trinité. »
Mais Dieu est éloigné de cette manière de faire et de cette gloriole qui se rencontre parmi nous, et il ne semble jamais se montrer créateur en parlant ainsi ; mais (il parle) toujours au singulier et non au pluriel. Par exemple : Je suis le premier et le dernier, et en dehors de moi il n’y a pas de Dieu (Is 44, 6). Et encore : C’est moi qui ai créé la lumière (Is 45, 7) ; j’ai fait la terre et (j’ai placé) l’homme sur elle, par ma main j’ai affermi les cieux (Is 45, 12). Il n’a pas dit : « Nous avons fait » ou « nous avons créé » ou « nous avons affermi ». En effet, si Dieu affectionnait un honneur et une gloire de ce genre, nécessairement ses serviteurs lui parleraient également au pluriel. Et maintenant ils semblent agir d’une manière opposée dans tout ce qu’ils font et disent. C’est toi qui as affermi la mer par ta puissance (Ps 73, 13) ; et : Au commencement, Seigneur, tu as donné à la terre son fondement, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains (Ps 101, 26).
Il reste donc que l’on ne comprend pas que cette (phrase) : Faisons l’homme à notre image, soit écrite avec la marque du pluriel dans un but autre que le suivant, à savoir que l’on sache que la Sainte Trinité crée en tant qu’elle est un seul Dieu, parce qu’il n’y a ᾿ qu’une seule et même essence où divinité. C’est pourquoi dans la suite (Moïse) a encore affirmé la notion de la Trinité d’une façon cachée et énigmatique, quoique imparfaite : mais il laisse entrevoir que celui qui crée est non pas une seule personne, mais une deuxième (personne). Dieu, dit-il, en effet, créa l’homme, il le créa à l’image de Dieu (Gn 1, 27). Tu entends que Dieu a créé à l’image de Dieu bien qu’il fallût dire : « À sa propre image ».
On peut voir que cette même chose est encore enseignée dans un autre passage. (Moïse) dit, en effet, que Dieu apparut à Abraham, et il nous a expliqué de quelle manière il apparut : Il leva les yeux et regarda, et voici trois hommes se tenaient au-dessus de lui (Gn 18, 2).
Dis-moi donc ceci : Le Dieu qui apparut, est-il ce groupe de trois hommes ? » — Oui, dis-je ; car Dieu est dans la Trinité et dans l’unité. Celui qui vit trois hommes et qui se prosterna jusqu’à terre, tenait conversation, en effet, avec ces trois hommes comme avec un seul, en disant : Seigneur, si j’ai trouvé grâce devant toi, ne passe pas (loin) de ton serviteur (Gn 18, 3). Et, après avoir changé aussitôt la forme de sa parole, il parlait de nouveau ainsi qu’à trois : Qu’on apporte donc de l’eau, et qu’on lave vos pieds, et reposez-vous sous cet arbre (Gn 18, 4).
Que dira-t-on, en entendant encore les Livres sacrés dire : Et le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu de par le Seigneur du haut du ciel (Gn 18, 2). Quel Seigneur ? De par quel Seigneur ? Ne dis pas, en effet, qu’un ange ou un des esprits au service (de Dieu) était un Seigneur ; car le nom de Seigneur convient à Dieu seul, ainsi qu’il est écrit : Et qu’ils sachent que ton nom est le Seigneur et que seul tu es le Très-Haut sur toute la terre (Gn 18, 3).
De même, quand Moïse a écrit ceci à son propre sujet : Et le Seigneur parla à Moïse face à face, comme si un homme parlait à son ami (Ex 33, 11), il faisait aussi à Dieu la demande suivante : Montre-moi ta gloire (Ex 33, 18). Mais s’il parlait à Dieu face à face comme à un ami, comment désirait-il encore voir la gloire de Dieu ? N’est-il pas certain qu’il demandait qu’il lui fût montré la splendeur de sa gloire, le (Fils) unique, le Verbe, l’image de la substance du Père, celui qui devait apparaître les derniers jours dans la chair ?
C’est pourquoi il entendait aussi : Voici un lieu près de moi, tu te tiendras sur le rocher (Ex 33, 21). Et Paul dit : Ce rocher était le Christ (1 Co 10, 4). Ce qu’il dit signifie ceci : « Pour l’aspect de ma gloire que tu désires trouver, je n’ai qu’un lieu et qu’une manière, à savoir l’incarnation du Verbe. C’est à cause de celle-ci qu’il se donnera le nom de pierre, en disant : Sur cette pierre je bâtirai mon Église (Mt 16, 18), qu’il sera visible par l’économie selon la chair, tandis que par nature il est invisible, et qu’il dira : Celui qui me voit, voit le Père (Jn 14, 9), en sorte que ceux qui le verront diront : Nous avons vu sa gloire, gloire comme celle du (Fils) unique qui vient du Père, plein de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Si donc tu veux voir ma gloire, c’est de cette manière que je te la montrerai à l’avance, et ceci comme en énigme et dans la mesure où il est possible que tu voies l’avenir, en le voyant à l’avance à distance, tandis que la plupart (des événements) te resteront cachés, de peur que tu ne sois glacé d’effroi par ce qui est au-dessus de toi et que tu ne sois aussi paralysé par ce qui sera saisi par toi. Je te mettrai, dit-il, en effet, dans le creux du rocher, je te cacherai de ma main, jusqu’à ce que j’aie passé, et j’enlèverai ma main, et alors tu verras ce qui se trouve derrière moi, mais tu ne verras pas ma face (Ex 33, 22-23). »
Ce creux, et cette main qui cache, que montrent-ils autre chose sinon une révélation partielle et faite avec parcimonie ? Car tel est ce qui tombe sous les yeux par le trou par lequel on peut voir ce qui se trouve derrière Dieu ; et c’était là la manifestation du Fils unique dans la chair, qui a eu lieu dans les temps qui se trouvent par derrière, pour parler d’une manière poétique, et qui sont à venir.
Ce qui suit fera connaître qu’il en est ainsi. Le Seigneur, dit-il, en effet, descendit dans la nuée, se tint là près de (Moïse) et invoqua le nom du Seigneur, et le Seigneur passa devant la face de (Moïse) (Ex 34, 5-6). Tu vois que le Seigneur a invoqué un autre Seigneur, qui partage son nom, parce qu’il partage aussi son essence et sa gloire. Il l’avait aussi prédit ainsi à Moïse J’invoquerai le Seigneur devant toi (Ex 33, 19). Et en vérité il l’invoqua.
C’est pourquoi le Verbe de Dieu disait lui-même aux Juifs dans les Évangiles : Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car celui-ci a écrit de moi (Jn 5, 46). Le même encore, dans le Deutéronome, lorsqu’il faisait connaître le Dieu unique qui est en trois hypostases, renfermant ce fait tout entier dans une phrase brève et nette, a dit : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est un Seigneur un (Dt 6, 4).
J’ai développé (ces passages) dans le discours, afin que ce qui est dit convienne également à ceux qui parmi les Juifs et les Samaritains sont instruits de la parole de la piété, et que cela ne leur soit pas complètement étranger et inacceptable ; car l’instruction saisit et approche chacun d’après ses propres pensées. Il y a, en effet, un grand nombre de témoignages (tirés) des prophètes et des autres livres de l’Ancien Testament qui établissent et montrent la notion de la Sainte Trinité. Il est long de les passer en revue et ce n’est pas l’affaire du moment présent.
Qu’y a-t-il d’étonnant, si, à l’époque de Moïse, où les hommes avaient des dispositions imparfaites, comme je l’ai dit, ce qui concerne la théologie était enseigné d’une manière très dérobée, alors que même dans le Nouveau Testament une telle notion a coulé avec une économie très sage et peu à peu ? Quand le Christ enseignait la perfection des commandements évangéliques, il disait : Il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point. Et moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère au hasard, sera coupable de jugement (Mt 5, 21-22). Il n’a pas dit : « Dieu a dit aux anciens » ; mais en se servant de cette expression : Il a été dit, qui n’indiquait aucune des personnes, et en ajoutant ensuite cette autre : Et moi, je vous dis, il a mis en avant l’honneur et la puissance digne de Dieu de sa propre personne, et il a évité de passer pour poser des lois opposées à celui qui avait posé les premières, quoiqu’il fût lui-même celui qui les avait posées ; car c’est par lui que Dieu a parlé à ces anciens dans la Loi et dans les prophètes. Mais après l’accomplissement de l’économie, quand les apôtres vaquaient au service de la parole de l’Évangile et qu’ils la confirmaient par des miracles, ils proclamaient dès lors avec liberté la même puissance et l’honneur égal que l’Esprit (partage) aussi avec le Père et le Fils, en disant : Le Saint-Esprit dit ceci (Ac 21, 11) ; il a plu au Saint-Esprit (Ac 15, 28) ; l’Esprit Saint a dit (AC 10, 19 ; 11, 12 ; 13, 2) ; le Seigneur, c’est l’Esprit (2 Co 3, 17). Étienne dit aux Juifs : Vous résistez toujours au Saint-Esprit (Ac 7, 51) ; et Pierre à Ananie : Pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu (Ac 5, 3-4).
Tout cela donc a montré que la Sainte Trinité est créatrice et qu’elle est une seule et même essence, gloire, royauté, force et éternité. C’est celle-ci qui a fait passer du néant à l’être le monde invisible, je veux dire les puissances supérieures et intellectuelles, et ce monde visible. Le Père a tout créé par le Fils, tandis que le Saint-Esprit créait aussi avec lui ; car il n’y a qu’une seule opération de la Sainte Trinité.
Que dit-on donc ? Avant qu’il y eût quelque chose, dira-t-on que Dieu était oisif et inactif ? Nullement. Il avait, en effet, pour plénitude, pour ainsi parler, sa propre contemplation qui est infinie et qui était connue de lui seul et la possibilité de se réjouir dans la Sagesse qui était en lui par essence, à savoir le Fils unique et Verbe, qui est également citée dans les paroles sacrées, lorsqu’elle dit : Il m’engendre avant toutes les collines, et j’étais celle auprès de laquelle il se réjouissait (Pr 8, 25). Autrement, si nous disons qu’il avait besoin de ses propres créatures, afin de montrer par elles sa propre opération, il a cessé d’être sans besoin. Car il n’a lui-même besoin de rien. Mais il a créé tout, quand il a jugé que c’était convenable pour des raisons que lui-même connaît, en voulant à cause de sa seule bonté qui surpasse tout l’existence de ceux qui participent à sa connaissance et à sa gloire et qui s’en réjouissent. Sinon, selon l’opinion folle et insensée de ces (mêmes hommes), même maintenant il est oisif et inactif en grande partie et pour ainsi dire en tout. Car tout est pour lui peu de chose en comparaison de sa puissance et de son opération infinie. Selon l’expression du prophète Isaïe, en effet, toutes les nations sont à ses yeux comme la goutte suspendue à un seau et comme l’inclinaison de la balance ; toutes sont comme rien et sont comptées pour rien (Is 40, 15.17). Et selon la parole du sage Paul, il mène tout par la parole de sa puissance (He 1, 3). Si donc il mène tout comme un dé placé dans la main, et si tout, comparé à la sublimité de sa puissance, ressemble à la goutte et à l’inclinaison de la balance à cause de la sublimité de son opération qui surpasse tout et déborde comme une mer immense, même après avoir créé le monde, il est demeuré inactif, suivant l’opinion de ceux qui le jugent et le considèrent d’une manière humaine.
Mais, avant la création comme après la création, il est lui-même celui qui se suffit à lui-même. Son occupation est sa propre contemplation : écoute, en effet, sa Sagesse qui dit : J’étais celle auprès de laquelle il se réjouissait. Et l’occupation de la Sagesse était également de « se réjouir dans le Père : car elle dit : Chaque jour je me réjouissais dans sa personne en tout temps (Pr 8, 30). De même (Jésus) dit aussi dans les Évangiles : Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père, st ce n’est le Fils (Mt 11, 27). En effet, ces mots « chaque jour » et « en tout temps » ne troubleront personne, sous prétexte qu’ils renferment la marque du temps : car il ne nous est pas possible de ne pas parler de la supériorité divine d’une manière humaine et défectueuse, quelque grande contrainte et quelque violence que nous employions.
Par ce qui est dit aussi du Saint-Esprit, tu peux entendre cette Sagesse et cette Force de Dieu unique et hypostatique, qui est le Christ ; car nous entendons Paul proclamer le Christ la Force de Dieu et la Sagesse de Dieu (1 Co 1, 24). Après avoir dit de Dieu le Père : Il m’engendre avant toutes les collines (Pr 8, 25) [la Sagesse] dit aussi d’elle-même : Le Seigneur m’a créée (Pr 8, 22 ; Si 24, 12). Comment donc est-elle créée, si elle est engendrée ? Car ce qui a été engendré fait partie de la nature, et ce qui a été créé fait partie de la création ; et comment est-il possible qu’une même chose soit une génération et une création ? Écoutons ses propres paroles et aussitôt nous serons délivrés de cette incertitude. En effet, après avoir dit : Il m’engendre avant toutes les collines, — et le Livre divin se plait à donner le nom de collines aux armées angéliques et intellectuelles, selon ce qui est écrit : Tu éclaires d’une manière étonnante du milieu des montagnes éternelles (Ps 75, 5) — elle n’a donné aucune cause. Quelle est, en effet, la cause de la génération avant les siècles de la Sagesse, qui a resplendi et brillé du Père éternellement au-dessus de toute cause et de tout motif ? Car on ne peut trouver une cause pour qu’elle soit plus ancienne que Dieu et un motif pour qu’il soit plus ancien que le Verbe.
Mais au sujet de la parole : Le Seigneur m’a créée, elle a donné en outre une cause ; car elle a dit : Il m’a créée le commencement de ses voies pour ses œuvres (Pr 8, 22). En effet, quand le Verbe, la Sagesse unique et la Force du Père, s’est incarné, c’est pour nous qu’il a été créé, en ce qu’il s’est fait homme. Mais il a été créé pour le commencement de ses voies, afin de nous faire remonter, nous qui étions dans l’erreur, vers le Père et vers la voie droite des vertus, puisqu’il dit dans les Évangiles : Je suis la voie (Jn 14, 6) ; et : Mon Père agit jusqu’à présent, et moi aussi j’agis (Jn 5, 17). Il est certain encore qu’il nous a redressés, même après l’accomplissement de l’économie pour laquelle il a été créé, attendu qu’il s’écrie : J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donné à faire (Jn 17, 4). Ceci, à savoir que les voies ont été préétablies avant les œuvres, ainsi que le reste, ferme la bouche insolente des Ariens ; car la voie, c’est la direction et l’enseignement de la science et de la vertu, par lesquelles les œuvres, c’est-à-dire nous-mêmes, ont été de nouveau formées et adaptées au bien, selon ces paroles : Il a trouvé toute la voie de la science et il l’a donnée à Jacob, son serviteur (Ba 3, 37) ; et : Le commencement de la bonne voie, c’est de pratiquer la justice (Pr 16, 5) ; et : Fais-moi connaître les voies, Seigneur, et enseigne-moi tes sentiers (Pr 24, 4).
Si les héritiers de la folie d’Arius objectent à cela que la Sagesse a dit : Il m’a fondée avant les siècles, et (s’ils demandent) quel motif nous avons d’entendre cette parole de l’économie qui a eu lieu dans les derniers jours, qu’ils sachent qu’ils sont des ignorants sous le rapport de l’intelligence des Livres sacrés. En effet, le fondement de la Sagesse qui est dans la chair était décidé d’avance d’en haut et était posé d’avance par les paroles de la prescience, car personne, dit (l’Apôtre), ne peut poser un autre fondement que celui qui est posé, lequel est Jésus-Christ (1 Co 3, 11).
Écoute Paul qui écrivait à Timothée : Selon son propre dessein et selon sa grâce qui nous été donnée en Jésus-Christ avant les siècles des siècles (2 Tim 1, 9).
Et si elle nous a été donnée en Jésus-Christ, comment est-ce avant les siècles des siècles ? Mais il est bien certain que ceci relève de ce qui a été décidé d’avance et de la prescience, et que cela relève de la réalisation des faits. Par conséquent, cette Sagesse essentielle, le Verbe unique, le Fils qui est avant les siècles, la lumière de la lumière, il faut confesser, et qu’il a été engendré par le Père sans commencement et d’une manière indépendante du temps, impassible et incorporelle, et qu’il a été aussi créé avec un corps selon la chair par l’opération du Saint-Esprit et de Marie, sainte Mère de Dieu et toujours Vierge, sans qu’il ait chassé ou rejeté loin de lui, par suite de sa création, d’être incréé par nature et d’être avant les siècles. Si, en effet notre âme, par suite de sa réunion avec le corps, ne chasse pas loin d’elle sa propriété, — laquelle? je veux parler de son caractère raisonnable et de sa faculté de connaître ; — mais que, par le fait de cette réunion naturelle, des deux il résulte un seul animal qui est un homme complet et seule hypostase, comment Dieu le Verbe, qui ne connaît pas le changement, mais qui est en tout temps et qui lui-même donne aux autres l’existence, devait-il déchoir de ce qu’il était, en s’unissant hypostatiquement à un corps animé par une âme intelligente, ou bien, au contraire, changer et élever jusqu’à l’essence de la divinité la chair à laquelle il s’était uni (en la prenant) de Marie ?
Nous confessons donc que l’Emmanuel est un sans confusion de deux natures, à savoir de la divinité et de l’humanité, qui sont entières selon leur notion particulière, et non qu’il est deux natures après l’union, (et) que le même est de la même essence que le Père, parce qu’il est Dieu, et que le même est de la même essence que nous, parce qu’il s’est fait homme sans changement. Quant à ceci : « après l’union », nous ne devons pas l’entendre d’une séparation faite dans le temps, comme si les deux natures existaient avant l’union, et c’est ridicule de le penser. Car l’enfant n’a pas non plus préexisté dans la Vierge avant l’habitation du Verbe, en sorte qu’ils soient connus deux, et que celui qui a été conçu ait été uni ensuite par une familiarité d’amour ; mais (il a été uni) au moment même où le Verbe a habité dans la Vierge, dans ce court instant de temps, dès que le corps animé par une âme intelligente eut existé en union avec lui d’une manière ineffable et qu’il eut reçu le commencement de son existence. L’union hypostatique, en effet, consiste en ce que l’on reconnaisse que le Verbe a été conçu, qu’il s’est fait enfant sans changement et qu’il est né, parce qu’il était uni à un corps capable d’être conçu et de naître.
Montre-moi donc un court instant de temps, où, pendant qu’ils existaient, le corps ou bien la nature humaine qu’il s’est unie ne faisaient pas partie du Verbe, et alors je dis qu’il y a deux natures. Mais s’ils ont existé d’une manière inséparable, n’aie pas l’audace de briser par la dualité l’union hypostatique qu’on ne peut scinder.
Cela signifie donc que nous ne devons pas dire deux natures après l’union. Car, de ce que l’union résulte de deux ou plusieurs objets, est-ce de la folie de dire un et simple celui qui s’est uni lui-même ? Après que tu confesses l’union, ne dis plus deux en brisant les éléments dont l’union a eu lieu, et ne brise pas le seul qui d’une manière indivisible a existé de deux.
Il faut aussi expliquer pourquoi, quand nous parlons des deux natures, nous ajoutons à leur sujet : « qui sont entières selon leur notion particulière ». L’âme raisonnable, parce qu’elle est âme, est quelque chose d’entier et de parfait. Ce n’est pas, en effet, pour le complément de son existence que l’âme reçoit le corps, parce que, même séparée de celui-ci, elle existe isolément par elle-même, par exemple, quand Paul dit : Il y a les esprits des justes parvenus à la perfection (He 12, 23), et quand Pierre écrit au sujet des pécheurs : (L’esprit) dans lequel il est allé prêcher aux esprits en prison (1 P 3, 19). Mais l’âme qui est entière selon sa notion particulière et vue en elle-même, lorsqu’elle est unie au corps, passe pour être une partie de l’homme. De même le corps, parce qu’il est corps, est aussi quelque chose d’entier et qui ne manque absolument de rien selon la définition du corps et sa notion particulière. Mais cependant il est une partie de tout l’être vivant. Nous disons aussi au sujet de l’Emmanuel que c’est de cette manière que l’union a été faite, à savoir de la divinité et de l’humanité qui sont entières selon leur notion particulière. Car les éléments qui dans l’union tiennent la place d’une partie pour former une seule hypostase, ne perdent pas leur notion d’intégrité, parce qu’elles ont été unies sans confusion et sans diminution.
« Nous avons aussi l’audace, dis-tu, de définir que le Verbe de Dieu qui est parfait en tout, tient la place d’une partie. » — Oui, dis-je, et avec beau- coup de confiance. Car c’est volontairement qu’il a fait cela pour toi, et c’est là l’anéantissement. Celui qui a été engendré avant toutes les collines (Pr 8, 25), s’est écrié : Le Seigneur m’a créé (Si 24, 12) ; Pr 8, 22) sans se dépouiller comme d’un vêtement de sa propriété d’être incréé et entier par essence. De la même manière il s’est aussi appelé lui-même serviteur et ministre, mais il n’a pas cessé d’être roi et tout-puissant. Il a souffert dans la chair, et il est demeuré impassible. Et quand nous disons que le même est de la même essence que le Père et de la même essence que nous, nous ne disons pas deux, selon l’expression de ceux qui professent des opinions dénuées de science. De même, en effet, que notre homme, qui est formé de deux (éléments), est un être vivant raisonnable et mortel, qui n’a qu’une seule hypostase et une seule nature, qui par l’âme est raisonnable et par le corps est mortel, qui pour cela n’est pas divisé en deux, et cependant est appelé tout entier raisonnable et tout entier mortel ; de même aussi le Christ est de la même essence que le Père, parce qu’il était Dieu, et le même est également de la même essence que nous, parce qu’il s’est fait homme sans changement, et il n’est pas divisé pour cela. Et la marque de cette union excellente et de ce fait que l’Emmanuel est la seule hypostase et la seule nature incarnée du Verbe consiste surtout en ce que nous avons forcément besoin d’un ποοςδιοοισμὸς ou d’une délimitation et que nous disons qu’en ceci il est de la même essence que le Père et qu’en cela il est (de la même essence) que nous autres hommes. Car quand il s’agit des êtres qui sont divisés et séparés par la dualité, point n’est besoin de ce προςδιορισμός ou de cette délimitation. C’est pourquoi il est devenu le Fils de l’homme, et il est le Fils de Dieu, et il s’appelait lui-même celui-ci et celui-là ; et ce n’est pas pour cela que nous estimerons ce seul deux fils.
« Mais, dis-tu, le Livre divin n’a pas dit qu’il est de la même essence que nous, et je crains de dire une parole qui n’est pas écrite. » — Je te louerais de cette crainte, si ce que tu dis n’était pas fait d’une cause mauvaise ou de l’ignorance. Que me dis-tu, en effet ? Y a-t-il quelque part dans le Livre divin : « Le Fils est de la même essence que le Père sous le rapport de la divinité » ; ou : « La Sainte Vierge sera appelée Mère de Dieu » ; ou : « Le Verbe s’est incarné » ; ou : « Il s’est fait homme » ? Nulle part, en effet, dans les paroles des Livres inspirés par Dieu, on ne peut trouver que ces phrases soient dans ces mêmes termes. Cependant c’est à l’aide de paroles du même genre, d’expressions et de pensées incontestables que les interprètes des mystères de l’Église apostolique les disent.
En effet, quand ils ont appris que Dieu le Père dit par Moïse : Je suis celui qui suis (Ex 3, 14), et que Jean écrit au sujet du Fils : Au commencement était le Verbe (Jn 1, 1), et : Celui qui est, celui qui était et celui qui vient Ap 1, 4), ils ont compris et jugé sans erreur que de ceux qui possèdent une seule et même existence, de ceux-là une est nécessairement l’essence et l’être, et ils ont réglé que le Fils est de la même essence que le Père. Quand ils ont lu : Le Verbe s’est fait chair (Jn 1, 14), ils ont dit qu’il s’est incarné. Quand ils ont encore entendu : Il a habité parmi nous (Jn 1, 14) et : Jésus-Christ homme (1 Tim 2, 5), ils ont professé qu’il s’est fait homme. Quand ils ont regardé attentivement les révélations divines de la prophétie d’Isaïe, qui crient : Voici, une Vierge concevra et enfantera un Fils, et vous lui donnerez le nom d’Emmanuel (Is 7, 14) ; et : Un enfant nous est né, et un Fils nous a été donné, le commandement a été placé sur son épaule, et son nom sera l’ange du grand conseil, le conseiller admirable, le Dieu fort (Is 9, 6), ils ont proclamé Mère de Dieu celle qui a enfanté l’enfant, le Dieu fort.
De même, quand ils ont appris : Il a eu part à la race d’Abraham (He 2, 16) ; et : En tout il a été fait semblable à nous ses frères, à l’exception du péché (He 2, 17) ; et : C’est de la même manière que les enfants qu’il a participé au sang et à la chair (He 2, 14) ; et : Nous sommes les membres de son corps, (formés) de sa chair et de ses os (Ep 5, 30), selon la chair, ils ont enseigné qu’il est de la même essence que nous. Par conséquent, ou bien renie également les autres expressions, car elles aussi ne sont pas écrites selon tes définitions, afin que ta malice soit complète ; ou bien, si tu admets celles-ci, admets encore celle-là, car elle est des mêmes maîtres, ou plutôt de l’Esprit qui a parlé par eux.
« Quoi donc ? Tu me commandes, dis-tu, de glorifier une créature qui est montée jusqu’au trône sublime et royal, (à savoir) la chair qui vient de nous ? » — Si elle est séparée du Dieu incréé et Verbe, fuis cette impiété ; car cette action serait le culte de l’homme, c’est évident. Mais si elle est unie hypostatiquement au (Verbe) incréé et adorable par nature, adore-la, parce que même après son incarnation il est un et qu’il est adoré avec le Père et l’Esprit, et conserve trinité la Trinité. Avec Paul sois ravi en admiration par sa grande charité ; il nous a ressuscités avec lui et il nous a fait asseoir avec lui au-dessus des cieux en Jésus-Christ (Ep 2, 4.6). Il a dit que nous sommes ressuscités avec lui et que nous sommes assis avec lui, nous qui avons été sauvés par sa grâce, parce que le Christ a participé à notre nature. Pourquoi donc, lorsque tu abandonnes ce qui est vrai et ce qui est proclamé et attesté par les Livres sacrés, te contrains-tu et te fais-tu violence, pour faire monter jusqu’au ciel une fausse imagination ? Ou bien Dieu trompe, parce qu’il est censé opérer faussement notre salut.
Nous avons exposé devant vous ces (doctrines) qui ont été mises en doute par quelques hommes non encore initiés, et même par quelques hommes qui n’ont pas été initiés exactement, — il est bon de dire qu’ils se sont initiés eux-mêmes ; — parce qu’elles s’adaptaient nécessairement aux paroles de la catéchèse, et nous avons usé de brièveté autant qu’il était possible. Car je ne me suis pas avancé en public pour dire ce qui me paraît bon, mais pour accomplir ce qui est utile et avantageux pour les auditeurs.
Lorsque vous avez été appelés à une pareille foi et que vous êtes sur le point d’être baptisés (au nom) du Père, du Fils et du Saint-Esprit, comprenez donc par le baptême le grand mystère de la piété. Car, si le baptême a lieu au nom de la sainte Trinité et si ceux qui sont baptisés sont baptisés dans la mort du Christ (Rm 6, 4), selon la parole de Paul, quelle autre chose est montrée par-là, sinon que le Christ est un de la Trinité, le Verbe qui s’est fait homme et qui a goûté la mort selon la chair, afin que le baptême ait lieu dans la Trinité et non dans la quaternité ? Il fallait, en effet, qu’il fût tel, celui qui recevait l’épreuve de la souffrance et de la mort : le même (devait être) à la fois passible et impassible, de telle sorte que dans l’élément qui était capable de souffrir, — et il est certain que c’est dans la chair, — il fût accessible au combat et qu’il fût aux prises avec l’ennemi, et que, une fois après avoir formé le dessein de le combattre, il le rejetât, le repoussât et le mît à mort par l’impassibilité de la divinité. Par-là, la corruption des tombeaux était tuée par la sépulture incorruptible, et, par la descente au Schéol et par la résurrection qui a eu lieu au bout du troisième jour, la tyrannie de la mort était complètement brisée, ainsi que le royaume du Schéol. Les portiers du Schéol, comme il est écrit, furent saisis de terreur, en le voyant (Is 14, 9) ; et : Les morts sortaient des tombeaux et entraient par les portes de la ville sainte (Mt 27, 53), affirmant, par ce qui apparaissait, l’espoir attendu par nous, à savoir que nous aussi, après la résurrection des tombeaux, nous serons reçus par la Jérusalem céleste d’en haut.
Qui donc ne courrait pas vers la ressemblance de la mort (Rm 6, 5) de ce genre qui a lieu par le saint baptême, afin de participer à l’immortalité ? Qui ne serait pas enseveli avec lui ? Qui ne se revêtirait pas lui-même complètement de l’apparence des morts, ainsi que de l’incorruptibilité, consumé par le désir de ressusciter et d’être glorifié avec le Christ ? Je sais qu’en entendant ces (paroles) vous êtes dévorés en vous-mêmes et que vous brûlez (d’amour) pour celui qui est aimé. Manifestez donc par la langue le désir dont vous êtes animés. Vous tournant d’abord vers le soleil couchant, renoncez à l’esclavage du Malin : en effet, vous vous êtes déjà délivrés de ses liens, parce qu’il ne peut pas supporter la force des paroles que vous allez dire, car ces paroles sont puissantes et efficaces et, comme des fouets, elles chassent les démons, ainsi que ceux qui sont fouettés et s’enfuient. Et vous tournant ensuite vers le soleil levant, faites de nouveau la profession salutaire de la foi ; c’est par le cœur, en effet, que l’on croit la justice, et c’est par la bouche que l’on confesse le salut (Rm 10, 10).
Vous vous êtes donc acquittés envers le Christ des signes du renoncement par lequel vous avez renoncé à la domination cruelle du Calomniateur et des démons à laquelle vous étiez soumis, lorsque vous serviez les désirs de la chair, et des symboles des traités que vous avez conclus. Mais il faut que nous vous fassions connaître également la raison de ces (cérémonies).
Quand vous vous êtes tournés vers l’occident, vous avez étendu la main droite et vous avez retiré la main gauche, et ainsi vous vous êtes servis de paroles qui vont contre le Calomniateur. Vous avez montré que jusqu’à ce jour la main qui fait les actions qui sont dans la nature et sont droites était pour vous morte et inactive, tandis que la (main) gauche, c’est-à-dire l’esprit mauvais, qui faisait les actions de la méchanceté qui sont en dehors de la nature, était pour vous bien portante et qu’elle s’élevait d’une façon tyrannique contre les lois de la justice. Mais à l’instant vous avez abaissé celle-ci, et vous avez porté la (main) droite en haut, concluant ainsi avec les bonnes œuvres le traité de l’armer contre le démon maudit et insolent.
On connaissait cela aussi dans les figures légales et symboliques. En effet, quand un lépreux se purifiait, la loi était qu’on oignit le lobe de son oreille droite, l’extrémité de son pouce droit et l’extrémité de son pied droit (Lv 14, 17), afin qu’il pût entendre, parce que son oreille qui entendait facilement les bonnes œuvres était autrefois pour lui déformée par suite de la méchanceté, et afin qu’il fût l’auteur des œuvres qui sont dans la nature et sont droites. On observait encore cela quand on consacrait le grand prêtre et qu’on le mettait à part pour la sainteté, et on oignait ses membres droits avec le sang de la purification (cf Lv 8, 23-24)..
C’est à cette pensée que se rapporte également la réflexion de l’Ecclésiaste, qui explique singulièrement ce que j’ai dit. Il a écrit, en effet, en ces termes : Le cœur du sage est à sa droite, et le cœur de l’insensé à sa gauche. Même quand l’insensé marche dans un chemin, son cœur s’attardera, et tout ce qu’il méditera est de la folie (Eccl. 10, 2-3).
Quand vous vous êtes tournés vers l’orient et que vous avez porté vos deux mains en haut, vous avez conclu un traité avec le Christ ; vous avez fait connaître que, lorsque vous regarderez la lumière intellectuelle de la connaissance de Dieu, vous serez droitiers de vos deux (mains), sans qu’il y ait en vous rien de gauche ; mais tous vous paraîtrez droitiers en tout.
C’est ce que vous promet la vertu de ce divin baptême. Gardez cette grâce qui vous transforme d’une façon merveilleuse et vous fait enfants de lumière. Vous apparaîtrez dans Sion, dit Isaïe, comme un fleuve remarquable qui s’avance dans une terre aride. Ils ne mettront plus leur confiance dans les hommes. Mais ils emploieront leurs oreilles à entendre ; le cœur des faibles s’appliquera à comprendre ; les langues qui bégaient apprendront rapidement à parler la paix, et elles ne diront plus que le fou est le premier (Is 32, 2-5).
Vous aussi, dès que ce fleuve remarquable vous recevra, — car comment quelqu’un a-t-il vu ou entendu un fleuve remarquable, sinon ce (fleuve) spirituel qui est apparu dans Sion, l’Église, qui s’est répandu universellement sur tout ce qui est sous le soleil et qui abonde en louange divine et en dons célestes ? — vous passerez donc à une condition nouvelle ; vous emploierez vos oreilles, selon la prophétie, à entendre ; votre cœur qui autrefois était malade et faible, une fois guéri par l’Esprit, s’appliquera à comprendre ; vos langues qui balbutiaient dans l’ignorance de la science de Dieu, apprendront à parler la paix, et notre paix c’est le Christ (Ep 2, 14), comme dit Paul, et elles ne diront plus que le fou est le premier, et le fou c’est Satan qui le premier a été malade du manque d’esprit et de la privation de Dieu ; car c’est en cela que consiste le manque d’esprit.
Restez donc dans ces (dispositions) et n’allez pas de votre gré à la méchanceté. C’est de celle-ci, en effet, que vous vous êtes détournés maintenant ; par l’extérieur, par le regard, par la voix, vous avez méprisé hautement ses œuvres, sa pompe, son erreur : à savoir les flûtes, les cymbales, les chansons adultères, le reste de la folie diabolique des spectacles qui embrase, pour ainsi dire, la rage des mauvais désirs, les unions illégales que ne connaît pas la nature. Ne vous laissez pas subjuguer et toucher par (tout) cela, afin que, revêtant le Christ par le baptême, jetant sur votre vêtement par les bonnes œuvres les ornements variés de la vertu et vous habillant d’une manière brillante, vous soyez dignes des noces divines et du banquet spirituel préparé dans le royaume des cieux. Puissions-nous obtenir tous qu’il en soit ainsi par la grâce et la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, auquel convient la louange dans les siècles. Ainsi soit-il !
FIN DE L’HOMÉLIE LXX