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HOMÉLIE 69

SUR LA PRÉPARATION À L’ENTRÉE AU BAPTISTÈRE, QUI A LIEU D’ORDINAIRE APRÈS LA SAINTE FETE DE LA RÉSURRECTION. (CETTE HOMÉLIE) FUT PRONONCÉE AU SOIR DU COMMENCEMENT DU JEÛNE, LORSQU’ON FERMA LA SAINTE MAISON DU BAPTISTÈRE.

Pendant ces jours glorieux du jeûne, nous voulons encore vous rappeler la raison de la sainte entrée dans ce (lieu). De même en effet qu’une fois dans l’année, lorsque nous examinons, autant qu’il est possible, le retour du jour, où le Christ a porté volontairement dans la chair la croix du salut et, après avoir été enseveli, est ressuscité, en détruisant par sa sépulture vivifiante la corruption des tombeaux et en déracinant par sa descente dans les régions inférieures de la terre le terrible, cruel et indéracinable empire du Schéol, nous nous purifions d’avance pendant les quarante jours qui précédent ce (jour), en jeûnant et en nous abstenant non seulement des aliments qui regardent la jouissance et qui enflamment la fureur des désirs (mauvais), mais encore de toute malice, afin d’avoir part au sacrifice pur et non sanglant de la brebis qui doit être sacrifiée, de la (brebis) spirituelle, de l’Agneau divin, et afin de célébrer la fête non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de perversité, mais avec les azymes de la pureté et de la vérité (1 Co 5, 8), en ne portant rien du vieil homme entré en putréfaction ou en fermentation, et en montrant par les faits eux-mêmes que : Quiconque est dans le Christ, est une nouvelle créature, et que : Les choses anciennes sont passées et que tout est devenu nouveau (2 Co 5, 17), en sorte que par-là dorénavant, en faisant de chaque dimanche mémoire de la résurrection et en honorant le jour qui porte le nom de Notre-Seigneur et de notre Sauveur, nous jouissons du même sacrifice souvent et d’une manière toujours nouvelle ; de même, pendant ces jours de pénitence et de purification, nous nous purifions d’avance avant le jour, où le Christ, percé au côté par la lance du soldat, nous a fait jaillir le sang et l’eau de la vie et a fait monter la source du pardon qui coule continuellement. Et quand cela (s’est-il produit) ? Après le départ de l’âme et après la mort. Qui a vu la vie et le pardon venir de la mort ? Certes ce n’est pas étrange, si ceux qui sont baptisés dans la mort du Christ sont revêtus de la vie.

Honorons donc cette source divine, qui coule des cieux ou plutôt du créateur des cieux, et qui envoie aux cieux les plantes qui en naissent et y boivent. Mais honorons-la, en éloignant un peu la question du corps en vue de la purification dont il a été fait mention plus haut, et en la regardant constamment avec les yeux de l’esprit, de telle sorte que nous arrivions au jour de la résurrection avec des pieds purs en même temps que le Christ et que chaque dimanche nous marchions et allions avec le même esprit dans le même chemin qui est foulé et n’est pas foulé et qui est (sans cesse) renouvelé; car tous les (chemins) qui mènent à la vie future ont pour eux de ne connaître ni la vieillesse ni la décrépitude. Il faut regarder le jour ou le côté vivifiant et resplendissant (du Christ) a été ouvert et celui de la résurrection comme un seul jour, bien qu’ils soient différents. L’eau et le sang étaient en effet les signes de la résurrection ; ils indiquent clairement que celui qui a souffert et qui devait être enseveli, devait d’une part être compté, comme dit David, seulement avec ceux qui descendent au Schéol (Ps 113, 17), mais non avec ceux » qui (y) demeurent, et d’autre part se montrer libre parmi les morts (Ps 87, 6) et ressusciter en tant que le Dieu vivant.

Préparons-nous donc, de peur de nous éloigner du chemin des eaux vives et de paraître totalement indignes, en le déshonorant par des pas impurs. Quel est le chemin qui mène à cette source ? Isaïe l’a proclamé, après en avoir reçu dans son esprit la figure et le symbole, en parlant ainsi : Des eaux jailliront dans le désert, et un torrent dans la terre aride ; la terre sans eaux se changera en forêts, et dans la terre aride il aura une source d’eaux ; là sera le bonheur des oiseaux, les demeures des sirènes, les roseaux et les forêts. Là il y aura un chemin pur, et il sera appelé un chemin saint ; l’impur n’y passera pas, et il n’y aura plus là de chemin impur. Les égarés y marcheront, et ne s’y tromperont pas. Là il n’y aura pas de lion, et les bêtes sauvages qui sont méchantes n’y monteront pas et ne s’y trouveront pas ; mais ceux que l’Éternel aura rachetés et rassemblés y marcheront (Is 35, 6-10).

Quelle est la terre qui était d’abord déserte et sans eaux, mais qui fut enfin rendue grasse par une source d’eaux vives, si ce n’est l’Église ? Autrefois elle n’était pas foulée aux pieds par Dieu, elle était privée de sa connaissance, elle était desséchée par la soif de l’idolâtrie et elle ne buvait ni aux flots de la Loi ni à ceux des prophètes ; mais maintenant elle est complétement remplie comme la mer par la source du bain de la régénération et, ainsi qu’une mer immense, elle a reçu en elle-même tous les ruisseaux partiels d’Israël, je veux dire les prophéties de Moïse et des prophètes relatives au Christ.

À cela il faut encore rattacher à son tour la parole de David qui est ainsi conçue : Dans les églises bénissez Dieu, l’Éternel, (vous qui êtes) des sources d’Israël (Ps 67, 27). C’est dans cette (terre) qu’a eu lieu le concours des oiseaux, qui ont voltigé et volé depuis les actions terrestres jusqu’au ciel par la vie évangélique. Autrefois ils étaient sans voix et à la fin, comme des sirènes, ils ont chanté les paroles divines, de la même manière que se sont montrés les docteurs excellents de cette (Église). Les sirènes en effet sont une espèce d’oiseaux qui ont une voix agréable, qui chantent beaucoup et qui aiment, dit-on, habiter dans les déserts. Et tels sont aussi les saints qui se complaisent dans la solitude et dans la privation des affaires séculières et matérielles. C’est pourquoi (la terre) a produit des forêts, tout en étant ornée des propriétés du paradis ; il est certain que (les saints), par les productions des différents genres de vie, rapportent des fruits cent, soixante ou trente fois (plus). (La terre) a produit aussi des roseaux dans lesquels on peut souffler, et (par-là) chanter les louanges et les révélations de l’Esprit et charmer et apaiser par leurs chants ceux dont les mœurs sont barbares.

Vous voyez de quels fruits elle a été pour nous la mère, cette source de vie qui a arrosé la terre déserte. Le chemin qui y conduit est saint et pur et inaccessible aux lions et à ceux qui sont semblables aux bêtes sauvages et impurs. Tels sont, en effet, ceux qui ont été purifiés et illuminés par le saint baptême ; autrefois ils étaient dispersés au milieu des peuples, tandis qu’ils grandissaient sous des lois et des habitudes différentes, et maintenant ils ont été réunis par la grâce et ils se trouvent dans le seul corps Nous aussi chassons donc de notre esprit tout ce qui est une passion de la bête sauvage : les désirs bestiaux et impurs des passions inférieures, la rapine et la fraude à l’égard de nos semblables, la fureur, la colère, l’aigreur, les manières fourbes, l’injure soit qu’elle entre par les oreilles soit qu’elle sorte par la langue. Vous avez entendu, en effet, que le chemin est pur et saint. Si vous y marchez comme il convient et avec préparation, Isaïe ira de nouveau à votre rencontre avec ces paroles sacrées, il vous félicitera de votre préparation, il vous poussera jusqu’à l’entrée par ses félicitations et il dira : Le chemin des hommes pieux est droit et prêt ; ouvrez les portes ; que le peuple qui garde la justice, qui garde la vérité, qui possède la vérité et qui garde la paix entre ; car il a espéré en toi, Seigneur, à jamais (Is 36, 7.2-3). Que le Seigneur vous donne lui-même, après vous être ainsi disposés et préparés, d’obtenir encore avec paix l’entrée dans ce (lieu) et celle dans le royaume des cieux pour sa propre louange ; car c’est à lui que convient la louange, au Père, au Fils et à l’Esprit-Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

FIN DE (L’HOMÉLIE) LXIX

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