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HOMÉLIE 62

SUR LES VERRES QUI FURENT ENVOYÉS DE PALESTINE ET SUR LES CHARBONS QUI FURENT VOMIS PAR DES POSSÉDÉS, ET QUI FURENT MONTRÉS Α LA SAINTE ÉGLISE DE DIEU D’ANTIOCHE.

Jérusalem était une fois sur le point d’être attaquée par les Babyloniens et d’être livrée à une défaite et à une dévastation complètes ; elle était assaillie par les menaces des prophètes, mais elle ne se convertissait pas ; elle n’était pas attristée par ces menaces, mais elle restait sans douleur ; elle ne s’éloignait pas du péché, mais ‘ elle demeurait occupée par les mêmes paroles et par les mêmes actions insensées. Jérémie, dont le cœur était brisé d’une tristesse toute divine, — car il n’y avait pas d’autre personne qui montrât à l’égard de ses compatriotes une pitié plus grande et une miséricorde plus sensible ; — voyant que le malheur attendu était proche et qu’il était déjà arrivé et ne pouvant absolument faire entendre ses plaintes à personne, pleurait et disait : Qui aura pitié de toi, Jérusalem, ou qui éprouvera de la tristesse à ton sujet ? (Jr 15, 5) Il cherchait en effet des plaintes et des larmes telles qu’elles fussent capables d’arrêter la colère de Dieu, non pas celles qui mouillent seulement les yeux et peut-être même coulent sur les joues, mais celles qui viennent de la profondeur et comme de l’âme elle-même et amènent un changement dans la conduite de la vie digne de reproches.

Elles sont louables, en effet, les larmes qui portent des fruits et qui peuvent fléchir Dieu. Pareillement celles qui sont inefficaces et accusées par des actions contraires et qui ne possèdent aucune force, peuvent même exciter la colère, parce qu’elles sont répandues sous les dehors de l’hypocrisie. N’est-ce pas en effet de l’hypocrisie que de pleurer un peu sur le péché el de continuer à nous embarrasser dans ses œuvres ? C’est pourquoi le prophète Isaïe ne réprouve pas seulement les larmes de ce genre, mais dit encore cette parole très importante : (Je ne regarde pas) soit que tu courbes ton cou comme un crochet, soit que tu étendes sous toi un sac et de la cendre, soit que vous appeliez (ces pratiques) un jeûne et un jour agréable à l’Éternel (Is 58, 5). Michée parle aussi selon le même esprit : Dans l’assemblée de l’Éternel ne versez pas des larmes, et ne pleurez pas à ce sujet (Mi 1, 10). Joël crie également de la même façon : Maintenant, dit l’Éternel votre Dieu, revenez vers moi de tout votre cœur, dans le jeûne et dans les larmes et dans les lamentations : déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements (Jl 2, 12-13). Car il faut un cœur contrit et brisé, qui serve le Seigneur avec crainte ou avec amour après la crainte, qui fasse le bien à cause du bien lui-même et qui marche dans tout commandement, afin d’apaiser la colère d’en haut et de rendre Dieu miséricordieux. 

C’est pourquoi, lorsque j’appris autrefois la calamité étrange et inaccoutumée qui frappa à l’improviste la grande ville d’Alexandrie, je me suis avancé en public et, après être monté sur cette chaire sainte, je décrivis par la parole le genre de ce fléau ; j’exposai devant les yeux ces malheurs, je lus devant l’assemblée les menaces terribles que renferme le Livre inspiré par Dieu contre les transgresseurs des lois divines, je donnai des avertissements, je montrai ce qu’il fallait faire. Vous avez été frappés d’étonnement en entendant ce récit, vous avez accepté la pitié que je vous ai témoignée, vous avez payé mes paroles par des louanges, vous avez gémi, vous vous êtes retenus, vous vous êtes assemblés pour faire des prières générales devant les portes de la ville, vous avez prié Dieu à l’église dans les hymnes et les cantiques, vous vous êtes détournés des plaisirs des représentations, ainsi que d’un objet qui cause la perte de l’âme, et de toute la mollesse et de la luxure de la concupiscence, vous vous êtes appliqués et vous êtes préparés à la pureté et à la douceur en vue des œuvres du zèle et du reste de l’honnêteté de la vie.

Mais maintenant, je vois que vous avez oublié tout cela, à tel point que vous ne savez plus si vous avez entendu parler de quelque chose d’effrayant et de terrible. Que fallait-il donc que je fasse ? Car j’apprends que la calamité à laquelle on ne croit pas avant son épreuve, avance dans le chemin sans rien dire, vient, frappe déjà les villes et les autres lieux et qu’on s’attend à ce qu’elle vienne également sur nous sans beaucoup tarder, si bien que désormais on n’en parle pas, mais on la voit. Ne me fallait-il pas vous rappeler encore la pénitence et revenir avec les mêmes paroles ? Mais je ne redoutais pas peu, qu’en disant les mêmes choses, non seulement nous n’excitions en vous aucune crainte, mais encore que nous passions aux yeux de quelques-uns pour être ridicules comme des gens superflus et bavards. C’est pourquoi je vous ai lu les lettres écrites de Palestine, qui sont (l’œuvre) d’hommes saints et très pieux, lesquels respirent la vérité tout comme l’air et sont dignes d’être crus ; j’ai placé devant vous comme preuve les charbons éteints qu’ils nous ont envoyés avec les lettres et qu’ils virent de leurs yeux mêmes, et reçurent dans leurs propres mains, une fois qu’ils eurent été vomis par les possédés, (ainsi que) les fragments pointus de verre brisé qui furent vomis en même temps que les charbons. Vous avez entendu, d’autre part, que ceux qui ont écrit ont encore ajouté qu’ils avaient appris que quelques-uns des possédés faisaient sortir des clous du fond de leurs entrailles et les crachaient par la bouche.

Laisserons-nous donc passer ces (faits) sans douleur et sans larmes ? Ne sont-ils pas capables d’adoucir même l’âme de la pierre, d’éloigner de toute concupiscence et de toute volupté irraisonnable et de nous persuader de nous faire violence pour vivre et nous asseoir sur un sac, d’être dans une tristesse et une douleur cruelles et de dire avec le prophète Psalmiste : J’ai mangé de la cendre en guise de pain et j’ai mélangé ma boisson avec des larmes (Ps 101, 10) ? Ces (faits) ne sont-ils pas les débuts du tourment futur et sans fin ? Qui hésitera et ne croira pas encore au sujet de la flamme inextinguible dont nous sommes menacés, en voyant que les hommes se roulent çà et là sur la terre, qu’ils sont tourmentés et torturés par les douleurs, qu’ils crient être consumés par un feu secret et caché, mais attesté par le vomissement et le rejet de charbons éteints ? Quand tu me répondras, en posant alors cette question : Comment, après la résurrection des corps, quelqu’un brûle-t-il sans fin et sans disparition alors qu’il brûle ? que ces choses qui sont vues soient pour toi, ô homme, la preuve des choses futures.

Il fallait encore, en effet, que nous croyions les paroles certaines de l’Évangile tout comme les faits, surtout quand notre Sauveur crie : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas (Mt 24, 35). Cependant, au sujet de toutes ces choses, nous hésitons et nous ne croyons pas, en disant seulement en parole que nous croyons et en ne pensant nullement que ce soit vrai. C’est pourquoi, même quand nous entendons ces paroles, qui sont encore dites par Notre-Seigneur et qui indiquent un autre genre de tourment préparé pour les pécheurs, par lesquelles il dit : Si le mauvais serviteur dit en son cœur : Mon mètre tarde à venir, et s’il se met à frapper ses compagnons, à manger el à boire avec les ivrognes, le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, et il le divisera (Mt 24, 48-51), nous hésitons et nous ne croyons pas, et, en riant, ou bien nous disons ou bien nous pensons : Quelqu’un mourra donc encore après la résurrection, tout en étant divisé ? Quel est le genre de cette division ? Ce fait semble incroyable et même il est impossible ; mais il se présente (ainsi) pour que nous disions à celui qui est dans ces dispositions : Regarde, ô sage de ce monde, les pointes de verre vomies par l’intermédiaire d’un membre délicat : la gorge ; ils produisent la douleur d’une blessure, mais ils passent sans écorcher et sans blesser, parce qu’ils ne font dans le corps aucune coupure et aucune division. Que la clarté et la fragilité du verre soient pour toi la figure de quelque couteau spirituel et intellectuel, qui ne coupe et ne divise pas le corps, mais qui dépouille, ainsi que de la peau, de l’adoption spirituelle qu’avaient autrefois obtenue par le Baptême ceux qui sont condamnés à cette peine. Ces choses qui sont vues sont un blâme pour notre incrédulité, mes frères. C’est pourquoi, même ceci qu’on vomira et rejettera par la gorge des pointes de verre, fait partie de la foi et ne doit pas être regardé comme une chose irraisonnable. Car c’est la preuve que nous avons méprisé la crainte de Dieu, les paroles de la correction divine et le repentir. David l’atteste en disant : Perce, c’est-à-dire contiens ma chair par ta crainte, car j’ai craint les jugements (Ps 118, 120). L’Ecclésiaste dit de son côté : Les paroles des sages sont comme des aiguillons de taureaux et comme des clous plantés (Eccl 12, 11). C’est très justement qu’il les a appelées « des aiguillons de taureaux », parce qu’elles nous excitent au travail comme des taureaux qui labourent la terre. La parole « comme des clous plantés » est également digne de provoquer notre admiration : car la crainte de Dieu, les paroles pleines d’enseignement de la vertu, les doctrines sont violemment enfoncées en nous, parce que nous avons été saisis par la méchanceté et que depuis notre jeunesse nous sommes portés au mal avec ardeur ; mais, dès qu’elles sont complétement enfoncées, parce que notre nature a de l’affinité pour le bien comme une terre très fertile, elles sont entourées et enveloppées par l’enfoncement des clous ainsi que par les racines de la plante, et elles changent de nouveau la violence en l’habitude naturelle. Mais nous, comme je l’ai dit, lorsque nous avons changé par la méchanceté l’heureuse condition de la nature, nous avons encore vomi avec violence et douleur les clous de ce genre.

C’est pourquoi, en effet, même les enfants en bas âge ont enduré cette souffrance, afin que nous apprenions que c’est ainsi que, par notre faute, nous avons corrompu la nature, et que désormais elle ne se porte pas avec plaisir vers la vertu. Il est clairement indiqué par le vomissement de charbons, que ceux qui viennent au monde deviennent les enfants de la géhenne et du feu, quand nous ne leur apprenons pas la science relative au royaume de Dieu. En effet, qui parle ne jamais à son propre fils de la résurrection, ou du royaume des cieux, ou de la vie future et éternelle ? Nous ne repoussons pas du tout la fatigue pour apprendre l’écriture aux enfants ; et de même, quand ils seront en âge, nous leur montrerons l’iniquité qui se commet dans les échanges du commerce, les motifs de la fraude, les profits et les progrès des procédés malhonnêtes et des gains, la jalousie envers le prochain, la haine des hommes, les constructions superbes de magnifiques édifices. N’est-ce pas par les faits eux-mêmes que nous leur conseillons de ne pas croire l’Apôtre qui dit : Nous n’avons pas, en effet, ici une cité permanente, mais nous cherchons la (cité) future (He 13, 14) ? Leur avons-nous lu une loi (νόμος) spirituelle ? Leur avons-nous appris un petit commandement de l’Écriture ? Leur avons-nous montré comment, par la sollicitude pour les pauvres, par l’hospitalité donnée aux étrangers, par l’assistance exercée à l’égard des affligés et par les autres bonnes œuvres, nous nous bâtissons des demeures éternelles ? Je passe sous silence la mollesse et la dépravation dans laquelle nous élevons les enfants et par laquelle nous leur rendons faciles les mauvais désirs et toute impureté. A cause de toutes ces choses qui maintenant ont grandi et se sont fortifiées, même l’âge de l’enfance est atteint dans une large mesure par cette calamité étonnante ; il instruit d’une part notre insensibilité sans nous causer de douleur, et d’autre part il n’est lui-même nullement incommodé. C’est ainsi que même les enfants, tués à Bethlehem par Hérode, n’ont éprouvé aucun dommage du fait du meurtre, qui les a fait passer rapidement de cette vie misérable et temporelle au royaume des cieux ; car, à la place de toutes ces douleurs et de ces peines qui surviennent ici, à moins qu’elles ne surviennent à cause de la peine des péchés, ils serviront de paiements, dans la vie future, pour ceux qui ont subi les mêmes épreuves ; ici aussi, en effet, c’est ce qui est observé par chacun comme il faut.

Pourquoi donc, nous qui entendons parler de ces malheurs et qui les voyons suspendus désormais au-dessus de nos têtes, nous préoccuperons-nous encore du péché, marcherons-nous dans les mêmes chemins de perdition et n’imiterons-nous pas les petits enfants ? Car lorsque leurs parents veulent les éloigner des objets nuisibles, ils leur donnent par la parole les avertissements convenables et leur disent : « Prenez garde, n’allez pas près du puits, de peur de tomber au fond ; ne montez ni dans la chambre haute ni sur le toit pour regarder, de peur de tomber la tête la première et de mourir. » S’ils les voient ne pas obéir, courir vers les mêmes objets, mépriser leur commandement et n’être pas arrêtés par cet avertissement, ils dressent alors désormais sur ces lieux des personnages terribles et des figures de bêtes sauvages capables de les effrayer et de les terrifier ; et, après les avoir emmenés, ils les leur montrent et leur inspirent de la crainte par quelque menace en leur disant : « Ne continuez pas à fouler ces lieux ; sinon, vous serez dévorés par ces êtres que vous voyez. » Ceux-ci, saisis de peur et de frayeur, contiennent leur esprit par la crainte et repoussent loin d’eux l’habitude nuisible.

Aujourd’hui donc nous aussi, — permettez-moi en effet de vous parler avec abandon, parce qu’il s’agit de votre salut, — nous nous sommes approchés de vous ainsi que des enfants. Autrefois en effet, lorsque nous vous avons parlé ainsi qu’à des hommes, nous vous avons montré les malheurs par la parole. Mais maintenant, quand nous vous voyons comme des enfants aller encore aux représentations, au dérèglement et à la mollesse qui en découlent, à la perte et à la corruption de l’âme, nous vous avons montré ainsi qu’à des enfants non pas des figures trompeuses, faites avec artifice et propres à enseigner une crainte qui n’existe pas, mais les fruits mêmes de la colère, afin d’effrayer par la vue ceux que la parole n’a pas retenus.

C’est ainsi que Dieu s’approchait aussi, par l’intermédiaire des prophètes, des enfants d’Israël qui étaient dans une condition puérile et très imparfaite. Car, comme il les menaçait fréquemment de la ruine de Jérusalem, ils n’écoutaient pas. Dès lors il les effrayait, ainsi que de tout petits enfants, par la vue terrifiante des faits eux-mêmes qui figuraient d’avance la menace. Il disait à Jérémie : Va et achète un vase fait en terre, tu emmèneras des anciens du peuple el des anciens des prêtres, tu sortiras pour te rendre au cimetière de leurs enfants morts ; tu briseras le vase en présence des hommes sortis avec toi et tu leur diras : Ainsi parle l’Éternel des armées : C’est ainsi que je briserai ce peuple et cette ville, comme on brise un vase d’argile, sans qu’il puisse être rétabli. C’est ainsi que ferai à ce lieu, dit l’Éternel, et à ses habitants, et je rendrai cette ville semblable à une terre déserte (Jr 19, 1-2.10-12).

Il commandait également à Ezéchiel de reprendre par des figures semblables et par l’exemple même des faits la vie bestiale et irraisonnable du peuple, les cérémonies mélangées, sa conduite, la captivité qui l’attendait à cause de cela, la faim qu’il y subirait, les aliments impurs et illégaux dont il se nourrirait : Prends, lui dit-il en effet, du froment, de l’orge, des fèves, des lentilles, du millet et de l’épeautre, tu les mettras dans un vase d’argile et tu t’en feras du pain. La nourriture que tu mangeras sera du poids de vingt sicles par jour ; tu en mangeras de temps à autre. Tu boiras de l’eau avec une mesure, un sixième de hin ; tu en boiras de temps à autre. Tu mangeras des gâteaux d’orge et tu les couvriras en leur présence de fumier d’excréments humains. Tu diras : Ainsi parle l’Éternel le Dieu d’Israël : C’est ainsi que les enfants d’Israël mangeront leur pain souillé parmi les nations au milieu desquelles je les disperserai (Ez 4, 9-13).

Mais le prophète Isaïe lui-même — quoiqu’il prophétisât plus manifestement et plus clairement que les autres — n’était pas dispensé d’avoir part à ce mode d’avertissement. Il recevait, en effet, l’ordre de marcher nu et déchaussé, afin de montrer la nudité et la dure captivité de ses compatriotes (cf. Is 20, 2-4).

Ces choses n’avaient lieu pour aucun autre motif que (pour le suivant) : que les auditeurs qui étaient d’un esprit grossier, qui étaient enfants et qui n’étaient pas corrigés par la parole, fussent touchés par la vue des faits et qu’ils fussent réprimés par la crainte et la nécessité.

Soyons donc nous aussi dans la crainte, nous qui avons vu non pas des figures (τύπος) des malheurs qui doivent arriver, mais bien les signes mêmes de la colère. Que chacun ne regarde pas son voisin et qu’il ne s’imagine pas qu’il sera lui-même sauvé par ceux qui sont agréables à Dieu. Que chacun songe que c’est à cause de lui que la colère va venir, s’il ne se convertit pas de nouveau au bien. Car si nous ne nous regardons pas nous-mêmes, mais si nous plaçons nos espérances dans les autres, nous resterons tous les mains vides, nous n’aurons absolument aucune ressource de salut et c’est à juste titre que nous sera appliquée la parole de Jérémie : Courez, parcourez les rues de Jérusalem, voyez, informez-vous, cherchez dans ses places, si vous y trouverez un homme, si vous en trouverez un qui pratique la justice et qui cherche la vérité, et je pardonnerai à la ville (Jr 5, 1).

Voyez la grandeur de sa charité ; c’est à ce seul homme qu’il veut accorder le salut de tous, et il ne le trouve pas. Il se rencontre en effet des cas ou la vertu et la justice parfaite d’un seul homme procurent largement le salut de toute une ville. Mais on trouve à grand ‘peine ce bien suprême, un homme qui puisse arrêter la colère et être exaucé par Dieu : c’est une affaire de trouver un homme fidèle (Pr 20, 6), comme dit le Livre divin ; en effet, le juste fait également connaître la foi qui est manifestée, c’est-à-dire révélée par les œuvres, et non pas exaltée par la langue et les lèvres.

Parce que donc nous sommes tous pauvres et que nous manquons de vertu, de même que dans les aumônes des quêtes, faisons le bien chacun selon notre pouvoir et procurons l’utilité commune ; car ce qui sera recueilli parmi nous tous sera capable de rendre Dieu miséricordieux. Prions, pleurons, faisons-nous violence, jeûnons en nous abstenant de toute méchanceté. Supprimons non seulement la course qui mène aux représentations, mais encore celle qui mène aux tribunaux. Soyons charitables envers les coupables, car nous supporterons également le châtiment. Pardonnons un peu, parce que nous avons besoin d’un grand pardon. Donnons aux pauvres (en prenant) sur nos vêtements superflus, car c’est le comble de la perfection d’endurer la faim volontairement, de se mettre nu avec vertu ou d’être insensé et diffamé, si l’opération des démons en arrivait là, ce qui ne sera pas. Que la femme supprime un anneau d’or ou un collier, et nous subviendrons aux victimes de la faim, avant qu’elle soit liée par les chaînes et les liens. Achetons-nous à bas prix avant la souffrance la faveur de ne pas souffrir ; car le fait que ceux-ci ont souffert, ils l’achetaient cher avant de supporter l’épreuve. Secourez l’Église qui est accablée de peines, qui porte un fardeau de dettes, qui est débordée et qui ne peut ni nourrir tous les affamés ni vêtir ceux qui sont nus.

Mais certains hommes ne rougissent pas de demander des intérêts considérables par l’intermédiaire de l’Église au Christ lui-même ; ils donnent à intérêt de l’argent à celui qui a dit : C’est à moi qu’appartient l’argent, c’est à moi qu’appartient l’or (Ag 2, 9), et qui a donné la richesse ; ils font cela, quelques jours après notre départ, parce qu’ils voient que les pauvres, n’ayant pas de quoi vivre, criaient et se plaignaient au sujet de notre voyage prolongé, s’ils n’avaient pas reçu les dix quadrants ordinaires. Mais je ne sais pas comment ces paroles tombent de ma langue ; car je crains que les usuriers ne se fâchent contre nous et que, fermant leurs mains, ils ne veuillent plus nous prêter. Qu’ils nous pardonnent de toute nécessité, parce que c’est préoccupé de leur salut que nous avons ainsi parlé, afin qu’ils échappent ainsi que nous à la colère placée sur nous. En ayant pitié des pauvres, ainsi qu’il est écrit, ils prêteront à Dieu (Pr 19, 17), dont ils recevront des paiements généreux et magnifiques dans cette vie et dans le royaume des cieux. Puissions-nous obtenir tous qu’il en soit ainsi, par la grâce et la charité de Jésus-Christ le Dieu grand et notre Sauveur, auquel est due ainsi qu’au Père et au Saint-Esprit toute gloire, tout honneur et toute puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

FIN DE L’HOMÉLIE LXII.

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