دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 60

(CETTE HOMÉLIE) FUT PRONONCÉE, QUAND LES CHRÉTIENS DE CYR LUI DEMANDÈRENT À GRANDS CRIS DE DEMEURER AUPRÈS D’EUX, AFIN D’ENTENDRE ENCORE UNE AUTRE INSTRUCTION.

Il me semble qu’étant donnée la mesure de notre faible force et étant donné que nous ne sommes venu dans votre ville que pour la visite, nous avons suffisamment pris la parole devant vous au sujet des dogmes de la vérité. Mais, poussés par votre ferveur et inspirés par l’amour de Dieu, vous avez jugé convenable de nous arrêter, au moment même où nous nous préparions à repartir. Tandis que vous nous avez retenu auprès de vous par le frein de l’amour, afin d’entendre encore cette troisième homélie, nous nous sommes rappelé une ancienne histoire.

Elie le Thesbite, qui était embrasé par le zèle de Dieu et qui disait : J’ai été rempli de zèle pour l’Éternel (3 R 19, 10.14), et qui ne pouvait supporter le changement du culte de Dieu que de honteux prophètes, comme dit le Livre divin, avaient transporté à Baal et à de faux dieux abominables, s’écriait en s’adressant à la fois à ceux-ci et au peuple qu’ils avaient trompé : Jusques à quand boiterez-vous des deux jambes ? Si l’Éternel est Dieu, allez et suivez-le  ; mais si Baal est (Dieu), suivez-le (3 R 18, 21-40). Comme il voulait les reprendre de leur ignorance d’une façon parfaite et, puisqu’il n’y avait pas d’espoir de guérison, les livrer à la perte par une décision venue d’en haut, il développa devant le peuple la proposition suivante et, s’adressant à ces impies, il dit : Que l’on nous donne deux taureaux ; qu’ils en choisissent un pour eux, et que l’ayant coupé en morceaux, ils le placent sur le bois sans y mettre le feu ; moi je préparerai l’autre taureau, sans y mettre le feu. Invoquez le nom de vos dieux, et moi j’invoquerai le nom de l’Éternel mon Dieu. Et que le Dieu qui répondra aujourd’hui par le feu, que celui-là soit Dieu.

Quand le peuple eut répondu et dit : La proposition que tu as faite est bonne, il fut permis aux faux prophètes d’offrir leur holocauste en premier lieu ; il convenait en effet que la faiblesse du mensonge fût d’abord reprise et que de même la vérité montrât ensuite sa force invincible. Ces démons criaient jusqu’au milieu du jour : Réponds-nous, ó Baal, réponds-nous, et il ne faisait entendre ni voix ni bruit. Aussi, comme la réponse tardait à venir, qu’il n’y avait absolument pas de feu et que l’holocauste restait là sans brûler, Élie tournait en dérision la vanité de leur intelligence : Criez avec plus de force, disait-il; peut-être réveillerez-vous Baal qui est endormi.

Quand ces faits eurent mis en évidence la faiblesse et la fausseté de leur ruse, l’homme de Dieu leur succéda. Il construisit un autel avec douze pierres et l’entoura d’un fossé. Ainsi, après avoir coupé le taureau par morceaux et l’avoir placé sur l’autel avec le bois, il donna à ceux qui se tenaient près de lui l’ordre suivant : Prenez-moi deux cruches d’eau, versez-les sur l’autel, sur l’holocauste et sur le bois. Il leur dit : Faites cela une seconde fois ; et ils le firent une seconde fois. Il ajouta : Faites cela une troisième fois ; et ils le firent une » troisième fois. Ils remplirent d’eau le fossé creusé autour de l’autel et ils en firent une sorte de mer. Le prophète cria d’une voix forte vers l’Éternel, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël ; il invoqua et implora les ancêtres du peuple et ses patrons, en leur disant qu’ils devaient avoir pitié de leurs enfants qui étaient dans l’erreur. Tandis que ces paroles sortaient à haute voix de son esprit et de sa bouche, le feu était envoyé du ciel en échange de ses paroles et, une fois venu et descendu sur l’autel, il consuma tout en même temps, l’holocauste, le bois, les pierres et les eaux qui inondaient le voisinage, à tel point qu’il semblait lécher même la poussière. Le peuple tomba à genoux et s’écria : Vraiment l’Éternel est Dieu ; c’est lui qui est Dieu. Et, s’étant relevé, il tua les faux prophètes.

Nous aussi donc, nous avons dit en toute liberté (παῤῥησία) à ceux qui se conduisent d’une manière hypocrite, en confessant d’abord un seul Christ et en le divisant ensuite en deux par la dualité des natures après l’union : Jusques à quand boiterez-vous des deux jambes ? Si le Christ est un, confessez une la nature incarnée du Verbe, et si après l’union vous proclamez deux natures, ne faites pas semblent de dire un par la langue celui que vous avez violemment scindé en deux. Cependant ceux-ci, comme les prophètes de Baal, imploraient le secours qui vient de la fausse science, en citant tantôt le refus du calice, tantôt la parole : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27, 46) et la prière offerte pour nous avec un grand cri et des larmes (He 5, 7), ainsi que le reste qui a été fait et dit selon l’économie ; et comme à ceux-là elle ne leur a fait entendre pour réponse ni une voix véritable ni un bruit. Mais nous, nous avons établi l’autel de la vraie science sur les douze pierres de la doctrine inébranlable des douze apôtres, nous avons dépecé l’holocauste spirituel par la subtilité des dogmes et nous l’avons coupé par morceaux. Nous n’avons fait cela que deux fois, en vous parlant ces deux jours-ci ; mais vous voulez que nous imitions Élie complètement et vous nous avez donné l’occasion de le faire une troisième fois ; et voici nous le faisons joyeusement pour la troisième fois, en vous adressant cette troisième homélie. De la sorte le Christ, le feu céleste, immatériel, incréé, — car notre Dieu est aussi un feu qui consume (He 7, 29), comme il est écrit, — resplendira et brillera dans vos cœurs, y consumera tout ce qui est terrestre, liquide et susceptible de brûler, et acceptera comme une odeur agréable tout notre holocauste, en en faisant sa propre nourriture ; il a dit en effet lui-même : Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père (Jn 4, 34) et la volonté du Père est notre salut qui a eu lieu par la venue du Christ dans la chair. Comment en effet le Christ ne serait-il pas le feu ? Quand il vivait encore sous la mesure de l’humiliation volontaire et qu’il opérait l’économie pour nous, il s’est transfiguré sur la montagne. Dans cette circonstance il n’a pas agi seulement en imagination (φαντασία), et il n’a pas non plus changé ce qu’il était ; — chassons de partout en effet le changement et l’apparence ; — mais dans son visage il a brillé comme le soleil de splendeurs divines, et dans les vêtements dont il était revêtu il est devenu blanc de lumière : car il était lui-même le soleil de justice. Il s’enveloppe de la lumière comme d’un manteau et il étend le ciel comme une tente (Ps 103, 2), ainsi que le dit David dans les Psaumes, et lors de son crucifiement il a arrêté les propres rayons du soleil.

Mais, en rabaissant la grandeur de ce miracle digne de Dieu, l’impie Théodore, ancien évêque de Mopsueste et maître de Nestorius et de Théodoret, dit qu’il n’y a là rien de grand ; « car quand les Égyptiens étaient châtiés par Moise, il y eut des ténèbres, non pas pendant trois heures, mais pendant trois jours. » Ne rougis-tu pas, lui dis-je, et à très juste titre, de n’avoir pas compris ce que tu dis, ô vain ? Dans le premier cas en effet cela ne se produisit qu’en Égypte, mais dans le second cela se produisit sur toute la terre ; car il était le maître de toute la terre et de toute la création, celui qui a enduré dans la chair la mort salutaire de la croix. Qu’y a-t-il d’étonnant, puisque comme en figure par l’intermédiaire de Josué, fils de Nun, il a prolongé (la lumière) du soleil l’espace d’une journée ? Car celui-ci commandait aux luminaires qui sont dans le ciel et il leur disait : Arrête-toi, soleil, sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée d’Ajalon (Jos 10, 12), pour cette seule raison qu’il symbolisait le véritable et céleste Jésus. Qu’il le figurait d’avance, c’est en effet un témoignage évident. Quand Moise était sur le point de lui faire quitter le désert ainsi qu’à d’autres hommes pris dans chaque tribu d’Israël, afin de leur faire explorer la Terre Promise, comme il s’appelait Josué (jusqu’alors), il changea son nom en celui de Jésus, tandis que d’une manière absolue il ne changea le nom d’aucun autre. Celui-ci enfin, devenu par une décision de Dieu le chef du peuple après la mort de Moise, lui donna par le sort la Terre Promise en héritage. Car il n’appartenait pas à un autre nom quel qu’il fût d’entrer dans la terre qui était considérée comme la figure du royaume des cieux, si ce n’est à celui de Jésus. Pierre en témoigne : C’est au nom de Jésus que J’ai guéri ce boiteux (Ac 4, 10) et il s’expliquait aux Juifs en ces termes : Il n’y a pas en effet (sous le ciel) d’autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés (Ac 4, 12). Jésus lui-même le proclame dans les Évangiles : Si quelqu’un ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit, il ne peut pas entrer dans le royaume des cieux (Jn 3, 3). Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il entrera et sortira, et trouvera un pâturage (Jn 10, 9).

Quant à ces ténèbres qui ont eu lieu lors du crucifiement, même les auteurs des histoires profanes les ont notées, parce qu’elles se sont produites en dehors de toute éclipse de soleil déterminée et ordinaire, et elles rendent témoignage, ainsi que la terre qui a tremblé, que dans ce miracle la créature souffrait en même temps que le Créateur.

Le prophète Amos, observant exactement les heures, a également prédit qu’il y aurait des ténèbres depuis la sixième jusqu’à la neuvième heure (cf. Mt 27, 40), en disant : Et voici, dit l’Éternel, le soleil se couchera à midi et la lumière se changera en ténèbres sur la terre au milieu du jour (Am 8, 9).

N’avez-vous pas été éclairés dans vos esprits, en voyant que l’Emmanuel, abaissé dans les humiliations, brille dans les souffrances par des prodiges divins ? La face prosternée contre terre, n’adorez-vous pas en disant : Il est vraiment l’Éternel Dieu celui qui a été crucifié pour nous, c’est lui qui est Dieu ? Ne détournez-vous pas votre face, ainsi que des prophètes menteurs, de ceux qui le divisent et disent qu’après l’union il est connu en deux natures, et ne les avez-vous pas en abomination, parce qu’ils altèrent et changent la religion par une fourberie méchante ? C’est vrai, et vous l’avez montré en effet quand vous avez crié et que vous avez anathématisé ceux qui professent ces opinions.

En réponse à votre foi véritable et orthodoxe, Dieu a encore suscité et établi sur vous ce saint vieillard, à savoir l’excellent pasteur de votre métropole ; il est venu avec la plénitude de la bénédiction du Christ, et, à l’exemple de Jacob qui était vieux et rempli de jours divins passés dans les vertus, il peut donner à ses propres enfants des bénédictions vraies et efficaces. Si le temps et la maladie ne l’avaient pas abattu, il se serait peut-être levé en entendant mes paroles et il aurait lancé les flots de sa propre langue contre les inventions des paroles des hérétiques. Car il est encore rempli de zèle pour l’Éternel, et en cela seulement il n’a pas vieilli, mais il a conservé dans son esprit l’ardeur de l’enfance et de la jeunesse.

Nous vous avons adressé la parole encore en ce jour par amour pour vous et nous l’avons fait pour la troisième fois en l’honneur de la Sainte Trinité. Mais vous n’éteindrez pas le feu des dogmes de la foi orthodoxe, afin de venir dans le royaume des cieux avec des lampes allumées. Puissions-nous obtenir tous qu’il en soit ainsi, par la grâce et l’amour de Jésus-Christ le Dieu grand et notre Sauveur. C’est à lui que convient la louange, l’honneur et la puissance avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

FIN DE L’HOMÉLIE LX

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