SUR SON ARRIVÉE DANS LA VILLE DE CYR
ET SUR L’ÉCONOMIE DE L’AVÈNEMENT DANS LA CHAIR
DU CHRIST NOTRE DIEU.
(prononcées en 513-514)
Une coutume ancienne veut que ceux qui viennent dans les églises et qui peuvent dire quelque chose d’utile, paraissent en public et fassent part à leurs auditeurs de la sagesse et de la science qui se trouvent en eux, s’ils en ont par hasard.
Sous ce rapport, même ceux que conduisait encore l’ombre de la Loi de Moise, avalent cette sollicitude. Il est écrit en effet que, quand Paul et Barnabé prêchaient l’Évangile et qu’ils entrèrent dans la synagogue des Juifs à Antioche de Pisidie, les chefs de la synagogue leur envoyèrent quelques-uns d’entre eux, en disant : Hommes frères, si vous avez quelque exhortation à adresser au peuple, parlez (Ac 13, 15).
On voit aussi que Paul lui-même n’est jamais arrivé auprès des hommes sans leur avoir adressé la parole, ou sans prendre la peine de les instruire, mais qu’il arrivait auprès de tous de la même façon, par sa parole plutôt que par son arrivée corporelle. C’est ce que le Livre divin nous montre très clairement, quand il dit de lui : Étant arrivé en Macédoine, il parcourut ces lieux et il adressa aux disciples de nombreuses exhortations, puis il se rendit en Grèce (Ac 20, 1-2). Il avait tant de souci et de sollicitude pour cette manière de faire qu’il parcourait encore les différents lieux successivement et qu’il en exhortait et instruisait (les habitants) en particulier, non d’une façon négligée, ni non plus comme en passant, mais en leur adressant de nombreuses paroles.
Tandis donc que je veux, moi aussi, observer cette loi et dire quelque chose qui soit nécessaire et utile, je vois (d’un côté) que celui qui est à la tête de cette Église sainte mène avec toute la science spirituelle et pastorale son troupeau vers le pâturage bon et exempt de tout germe de corruption, et qui le fait grandir auprès des eaux tranquilles, qui ne contiennent rien de boueux, mais sont bonnes à boire, pures, limpides et claires ; et je vois d’un autre côté que le troupeau obéit à la voix de son pasteur et le suit avec joie, sans se révolter et sans prendre la fuite comme il le ferait à une voix étrangère. C’est cela surtout qui m’amène à parler, pour ne dire cependant absolument rien de nouveau.
Nous ne vous prêcherons pas en effet un autre Jésus que ce pasteur n’ait pas prêché, ni non plus un autre Évangile que vous n’ayez pas reçu. Parce que, comme un sage architecte, il a bien posé le fondement, nous ne pouvons pas poser un autre fondement en dehors de celui qui a été posé, lequel est le Christ (1 Co 3, 10-12). Mais c’est sur celui-ci que nous construirons d’une manière convenable, en mettant l’or, l’argent et les pierres précieuses : les doctrines pures et sans mélange de la vérité, et en rejetant le bois, le foin et la paille : les inventions trompeuses et abominables et les fictions des hérésies. Le fait de bien savoir quel est le fondement nous apprendra en effet à ne construire sur lui rien d’insolite ou d’étranger.
Disons donc quel est le fondement. Car c’est par le cœur que nous croyons la justice, et c’est par la bouche que nous confessons le salut (Rm 10, 10).
Le Christ, la sagesse et la force de Dieu (1 Co 1, 24), est né du Père en tant que Verbe sans souffrance et sans corps; cependant il est sans commencement, c’est-à-dire indépendamment du temps, avant tous les siècles et de toute éternité, en tant qu’il est la splendeur de sa gloire et l’image de sa propre substance (He 1, 3) ; en tant qu’il est Fils de la même essence que son Père et en tant qu’il est Fils unique et le seul qui vient du seul, il possède essentiellement et entièrement tout ce qui appartient au Père et il en demeure lui-même comme une image immuable. (Le même) est descendu des cieux dans les derniers jours, sans avoir de corps, il est entré dans le sein d’une vierge, il s’est incarné sans péché, sans semence humaine et sans concupiscence, par l’action du Saint-Esprit et de la Vierge, (et il s’est fait) chair de la même essence que la nôtre, animée par une âme intelligente. Il n’a pas changé sa (nature) divine et entièrement et véritablement il s’est fait homme, sans s’être changé lui-même en l’âme ou en la chair, et sans avoir non plus mêlé l’âme ou la chair à l’essence de la divinité ; car il est impossible, ou que la nature incréée et immuable soit changée en une créature, ou que quelque chose de fait soit changé et passe en l’essence incréée. Mais il est resté ce qu’il était, et i] s’est uni à lui-même hypostatiquement un corps qui possède une âme raisonnable, de telle sorte que de deux natures, de la divinité incréée et de l’humanité créée, il nous est apparu un seul Christ, un seul Seigneur, une seule personne, une seule hypostase, une seule nature incarnée du Verbe.
Tu diras peut-être d’une manière très agressive : Comment est-il un ? Et (comment) le Verbe s’est-il incarné et n’a-t-il pas souffert de changement (du fait de son union) avec la chair ? Ou quel est en somme le mode d’union de Dieu le Verbe avec le corps ? Pour moi je répondrai encore à ton attaque et je résoudrai la difficulté, sans examiner le mode (d’union), — j’honorerai par le silence ce qui est ineffable et je conserverai à ce mystère l’honneur qui lui est du ; — et (pour cela) je te citerai les lois des Écritures inspirées par Dieu.
Écoute en effet Paul qui possède le Christ lequel parle en lui (2 Co 13, 3). Il montre ce qui est incompréhensible, autant que l’homme peut le comprendre, et il dit : Parce que donc les enfants ont participé au sang et à la chair, il y a participé aussi lui-même de la même manière (He 2, 14). Ainsi donc l’âme de l’enfant, et de l’homme semblable à nous, a participé au sang et à la chair, et, unie en essence (οὐσία) en vertu d’une union intime, elle a complété l’homme pour en faire un seul être vivant ; elle n’a pas été changée elle-même au corps et le corps n’a pas non plus été changé lui-même à l’âme ; mais chacune de ces parties est demeurée sans confusion ce qu’elle était, non pas isolément et séparément en sorte qu’elles soient comptées deux et que, tout en étant unies, elles soient encore séparées, mais de telle façon que par le concours de ces deux éléments il apparaît et subsiste une seule personne (πρόσωπον), une seule hypostase et une seule nature. Il en est de même aussi du Verbe de Dieu lui-même ; sans semence et sans péché il a participé au sang et à la chair animée par une âme raisonnable et il y a été uni en essence (οὐσία) et en nature sans avoir éprouvé ni changement ni confusion, de telle sorte qu’il est un de deux, à savoir de la divinité et de l’humanité qui sont entières et complètes ; aussi est-il né Emmanuel et a-t-il été ainsi désigné. Il a montré « Mère de Dieu » celle qui l’a enfanté ; car par l’habitation de l’Esprit elle a produit d’elle-même le corps capable d’être conçu et de naître, et à cause de l’union ineffable elle a conçu et enfanté le Verbe qui s’est incarné. D’une façon digne de Dieu et du fait de cet enfantement étonnant, elle a été appelée à juste titre « Mère de Dieu », et c’est par suite de ce miracle, et non par suite d’une grâce ou d’une concession humaine, qu’il lui a été attribué cette appellation qui proclame le grand mystère qui a eu lieu pour nous et la condescendance pleine d’amour de Dieu le Verbe et qui même dans l’humiliation n’exclut pas l’élévation supérieure à tous les hommes et digne de Dieu. Car si cet enfantement est ordinaire, appelle aussi la Vierge « Mère de l’homme », ô grand par le bavardage et l’impiété, et s’il est étonnant et ineffable, laisse-lui cette appellation, parce qu’il est étonnant et excellent. Il est en effet connu par avance qu’elle a enfanté Dieu, non pas celui qui ne s’incarne pas, mais celui qui s’incarne et se fait homme.
Mais, de même que, au sujet de notre constitution, nous savons que l’âme est unie au corps en nature, sans que nous puissions dire comment et de quelle manière, — car cela dépasse notre compréhension ; — de même, au sujet de l’Emmanuel, nous savons que le Verbe a participé au sang et à la chair de la même manière que nous en nature et en même temps au-dessus de la nature ; quant à dire : Comment ? cela dépasse toute parole et toute pensée. En effet, par ce seul exemple qui est emprunté à notre vie et qui est ineffable, Paul a montré le mystère qui est encore plus ineffable et que ne peut saisir aucun esprit. Car si tu poses la question : Comment ? au sujet de l’union, il te faut également la poser au sujet de la descente des cieux.
Comment, en vérité, est-il descendu d’en haut auprès de nous, lui qui remplit tout ? Ou comment, sans se limiter, est-il venu s’enfermer dans le sein de la Vierge, lui qui ne peut être enfermé ? Comment était-il tout entier en tout, ou plutôt au-dessus de tout, et était-il en même temps tout entier en elle ? Il est évident que cela est au-dessus de toute parole et de toute intelligence, de telle sorte qu’il est seul à le savoir. Il est, en effet, impossible de trouver le mode de ces choses étonnantes, et il ne convient qu’à Dieu de l’expliquer, lui dont la force vient à bout de tout. Qu’il soit descendu, le Livre saint le dit en effet par (la bouche de) David : Incline les cieux, Éternel, et descends (Ps 143, 5). Et cette expression « Incline les cieux » signifie : Ne continue pas, dit-il, à n’être connu que par les Vertus qui sont dans les hauteurs et dans les cieux ; mais incline les cieux en quelque sorte et fais-les pencher et réunis-les à dessein avec la terre en t’anéantissant et en descendant. C’est en effet l’habitude des Livres saints, de donner souvent le nom de ciel aux Vertus qui sont dans le ciel : c’est ainsi qu’Esdras dit aussi : Le vrai est grand, et le ciel le bénit (3 Esd 4, 35-36).
Paul nous fait également entendre deux choses : il est descendu et il s’est incarné (en prenant) notre propre chair. Dans sa lettre aux Galates en effet il a écrit : Lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, afin qu’il fût de la femme, qu’il fût sous la Loi (Ga 4, 4). Jean, le Théologien, le fils du tonnerre (cf. Mc 3, 17), montre l’indivisibilité en même temps que l’immutabilité de l’incarnation, en disant : Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14). Paul, en se servant encore d’un exemple, a dépeint le fait, autant que l’homme le peut, et il a fait connaître que le Verbe a été uni à la chair en essence (οὐσία), c’est-à-dire hypostatiquement ; c’est, en effet, la même chose, parce que ces deux expressions indiquent l’essence et l’union en nature. Nous avons cité dans ce qui a été dit un peu plus haut sa lettre aux Hébreux : Parce que donc les enfants ont participé au sang et à la chair, il y a participé, lui aussi, de la même manière (He 2, 14).
Car il est faux que l’enfant ait préexisté dans le sein de la Vierge et que le Verbe se le soit aussitôt approprié par une adhésion inspirée par l’amour et par une charité pleine de miséricorde, en vertu d’un dessein décidé par la volonté. Si, en effet, il en a été ainsi, le Verbe lui-même ne s’est pas incarné et ne s’est pas fait homme sans changement ; mais il s’est approprié la personne (πρόσωπον) d’un homme, et par conséquent après une union de ce genre il faut compter deux natures, deux hypostases et deux personnes, qui sont liées l’une à l’autre par l’égalité de nom de filiation et par l’égalité d’honneur et qui passent pour être une seule, en vertu d’une adhésion d’amour qui a lieu par grâce et concession, comme le disent ceux qui vomissent les inepties abominables et infectes de Diodore, de Théodore, de Nestorius et de Théodoret.
Mais si, ainsi qu’il plait à Paul et à la vérité, le Verbe a participé au sang et à la chair de la même manière que les enfants, c’est par cette union avec le Verbe que la chair a possédé sa substance, (la chair) qui venait de la Vierge et était animée par une âme raisonnable. Par là on comprend qu’il s’est lui-même incarné et fait homme et qu’il est resté un sans division, en ce qu’il s’est fait homme, bien que cependant, en ce qu’il était le Verbe et Dieu, il restait et était le même, (à savoir) celui qui est avant les siècles et le temps, de telle sorte qu’il était celui qui a été créé, qui s’est fait enfant dans la chair, qui a été conçu, et qui est né. Après une union de ce genre véritable et ineffable, il n’est nullement divisé ; mais de la divinité et de l’humanité, lesquelles, avons-nous dit, restent entièrement dans leur notion particulière, il est une seule personne (πρόσωπον), une seule hypostase et une seule nature, et il est clair que c’est en tant que le Verbe qu’il s’est incarné.
Je te citerai encore la loi de Grégoire le Théologien, afin que tu apprennes que les interprètes des mystères et les docteurs de l’Église, marchant sur les traces de l’Écriture inspirée par Dieu, reconnaissaient au sujet de l’Emmanuel l’union en essence (οὐσία) et en hypostase. Dans la lettre à Clédonius, en effet, il a écrit en ces termes : « Si quelqu’un dit qu’il a agi par grâce comme dans un prophète, et qu’il n’a pas été uni et formé en essence (οὐσία), il sera privé de l’opération parfaite, ou plutôt il sera plein du contraire. » — Et encore : « Si quelqu’un dit que l’homme a été créé et que Dieu y est ensuite entré subrepticement, il sera condamné, car ce n’est pas la naissance de Dieu, mais la négation de la naissance. » — Et encore : « Si quelqu’un ne confesse pas Marie « Mére de Dieu », il est en dehors de la divinité. »
Il ressort donc de tout cela que, lorsque Théodoret, Nestorius et la foule qui combat Dieu de ceux qui se sont réunis à Chalcédoine, ainsi que leurs maîtres Diodore et Théodore, confessaient qu’après l’union il y a deux natures dans le seul Christ, ils reconnaissaient non pas l’union véritable et hypostatique, mais l’union inspirée par l’amour fondée sur l’adhésion pleine de miséricorde et sur la grâce, — de la même manière que le maître s’associe à son serviteur, comme dans les prophètes par exemple, — laquelle n’implique pas la naissance de Dieu qui s’est incarné, mais qui plutôt exclut et nie la naissance et qui n’accorde pas vraiment que la Vierge fût « Mère de Dieu », bien que (le concile) fasse semblant seulement d’admettre le mot pour tromper et qu’il appelle Nestorius insensé pour induire en erreur et flatter un grand nombre, comme celui qui avait été condamné par lui une fois, et en réalité comme celui qui a affiché des dogmes semblables aux ténèbres et qui est devenu la cause de l’anathème contre leurs Pères.
Ces paroles, en effet, le concile de Chalcédoine a fait semblant (σχῆμα) de les dire d’une manière perfide. Expliquant plutôt par la fable et par la fiction trompeuse, lorsqu’il a défini le Christ en deux natures, il a dit que son hypostase est une en entendant « hypostase » à la place de « personne » (πρόσωπον), ainsi que la ruse a été expliquée par Théodoret dans sa lettre à Jean d’Égée. Car ou bien s’il y a en réalité une seule hypostase, il y aura aussi une seule nature incarnée de Dieu le Verbe, ou bien s’il y a deux natures, il y aura aussi de toute nécessité deux hypostases et deux personnes (πρόσωπον), et la Trinité sera trouvée une quaternité. Mais, disent ces impies, nous affirmons deux natures et une seule personne (πρόσωπον), en joignant ces deux natures par l’appellation de Christ, de Fils et de Seigneur, et par la puissance. C’est absolument comme si quelqu’un estimait un seul deux hommes qu’un roi honore du même honneur, à cause de l’égalité et l’identité d’honneur ou de puissance. Ou a-t-on trouvé ce mode d’union inventée et inusitée ? Disons plutôt ce qui est très vrai : que la distinction est perfide et trompeuse et qu’elle a pour but de nous faire approuver ce qui n’est pas et de nous faire déclarer faux ce qui est vraiment.
Personne, en effet, ne peut dire (le mode d’union) en s’appuyant sur les Livres divins : ces derniers affirment que le Verbe a participé au sang et à la chair de la même manière que nous et qu’il s’est lui-même fait chair, c’est-à-dire homme sans changement, en demeurant ce qu’il était ; et non pas, au contraire, qu’il a communiqué sa propre puissance à un homme. Car, dans cette hypothèse, il ne se trouverait pas lui-même s’être anéanti et humilié volontairement, quand il s’est fait homme sans changement et qu’il a pris par-là la forme du serviteur ; mais un autre homme, du nombre de ceux qui appartiennent à la terre, se trouverait avoir été saisi par la puissance divine.
Mais si, quand il a participé au sang et à la chair, il y a participé de la même manière que nous, il s’est anéanti lui-même, puisqu’il est riche par nature ; et si, après qu’il est venu sous les mesures de la pauvreté, cette dernière est ensuite chassée au loin, il y a encore l’apparence trompeuse de l’imagination. Ce n’est pas, en effet, avec une sorte de corps céleste, selon l’expression des fables de Valentin, que le Verbe est venu parmi nous, parce que tel n’était pas Adam qui a péché et qui a été livré à la mort et que c’est à cause de lui également qu’il a accepté de s’incarner. Il n’a pas passé non plus pour apparaître homme, ainsi que dans des rêves et dans des imaginations, selon l’impiété d’Eutychès et des Manichéens ; car l’apparence ne lui suffisait pas pour relever l’homme qui était tombé et gisait sous le péché et pour opérer sa vraie rédemption. Si son intention était d’avoir des hallucinations et de s’imaginer paraître uniquement, il n’était pas nécessaire qu’il prît la Vierge pour compléter l’économie, ni qu’il fût conçu pendant un espace de neuf mois, ni qu’il fût enveloppé dans des langes, ni qu’il passât par la grandeur corporelle et par la naissance.
Mais ceci ne fait aucune difficulté que, puisqu’il voulait faire partie de la race d’Abraham, comme il est écrit, nous ressembler à mous ses frères en toutes choses (He 2, 16-17) hormis le péché et passer par tous nos états, afin de détruire entièrement la force du péché, il s’est incarné de la Vierge descendant d’Adam, d’Abraham et de David, et s’est soumis volontairement aux lois de notre nature, sans semence toutefois et d’une manière ineffable, afin de nous rendre la liberté à nous les esclaves du péché. C’est pourquoi il s’est fait chair, (en devenant) chair de la même essence (ὁμοούσιος) que la nôtre, et non pas (une chair) inanimée, mais également une (chair) animée, et (animée) par une âme intelligente. Car il serait étrange que le Verbe repoussât l’âme raisonnable et créée à sa propre image et qu’il la laissât sans guérison, elle que le bon Pasteur a donnée même pour ses brebis (Jr 10, 11). L’insensé Apollinaire, en effet, ne se tourmentera pas au sujet de mon salut et il exclura notre intelligence de l’incarnation divine, parce qu’il est insensé et qu’il pense que Dieu ne peut pas être uni d’une façon indivisible à la chair douée de l’âme intelligente. L’élément intelligent, en effet, est apparenté au Verbe et peut lui être uni d’une façon beaucoup plus convenable que la chair, sans qu’il résulte de cette addition quelque alourdissement, comme c’est le cas pour les corps, que l’on juge par la grandeur et la différence du mot : Comment ?
Paul explique la cause pour laquelle le Verbe a participé à nous dans les mêmes choses, en disant : C’est afin d’anéantir par la mort celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire Satan, et de délivrer tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans l’esclavage (He 2, 14-15). De la sorte donc, si le Verbe n’a pas pris une des choses par lesquelles la mort est devenue forte et puissante, celle-ci est demeurée sous l’esclavage de la mort : par conséquent, si l’esprit n’a pas été pris, ainsi que le prétend Apollinaire, il n’a pas recouvré la liberté. Mais tout a été pris et c’est par tout cela qu’a été brisée la puissance de la mort. Satan qui la possédait, quand il a lutté avec l’homme qui était capable de souffrir, trouva le même Dieu impassible, qui n’a goûté la mort que dans la chair, mais qui, par son impassibilité, a émoussé l’aiguillon amer et acéré dirigé contre nous, par sa sépulture vivifiante, a détruit la corruption, par sa descente au Schéol, a brisé les liens inéluctables de ceux qui y étaient enfermés et, par sa résurrection d’entre les morts, nous a préparé la résurrection.
C’est là le fondement de tes doctrines, pasteur de ce troupeau spirituel ; tu as mené paitre tes brebis dans ton pâturage propre et non dans un pâturage étranger. Tu les placeras devant lui (le Seigneur) au grand et brillant jour du jugement, tu recevras la récompense de ton administration par laquelle tu as chassé les loups et montré à ceux que tu faisais paître à fermer l’oreille à la voix des mercenaires, et tu entendras la parole de la sentence du juge, (parole) pleine de reconnaissance, semblable à une prière et agréable pour ceux qui l’attendent : C’est bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton Maître (Mt 25, 21.23). C’est à lui que convient la gloire en tout temps. Ainsi soit-il !
FIN DE L’HOMÉLIE LVIII