À CEUX QUI, APRÈS LA PRIÈRE, VONT AU THÉÂTRE. IL EST CONTRAIRE A LA LOI DE VOIR CES SPECTACLES. NOUS DEVONS PRÉVENIR PAR LES ŒUVRES DE LA PÉNITENCE LA NÉCESSITÉ DU COURROUX QUI A ÉTÉ ÉTABLI, ET PARTICIPER SOUVENT AUX MYSTÈRES SAINTS ET ADORÉS.
De nouveau je me suis avancé, alors que je manque de toute capacité pour parler ou enseigner quoi que ce soit d’utile ; alors que je suis obscurci par le nuage des soucis matériels, dans lesquels est liée cette Église sainte et immatérielle d’une manière inconvenable ; alors que des personnes la chargent successivement de fardeaux étrangers et non sacerdotaux. Comment les troubles extérieurs ne porteraient-ils pas préjudice aux religieux de l’intérieur ? C’est contraint et conduit de force par cette nécessité présente, et comme quelqu’un qui brûlerait dans le feu, que je suis poussé à cela, et non volontairement. Qu’y a-t-il d’étonnant si moi qui fais sortir de moi-même des ulcères nombreux et incalculables, j’ai subi cette douleur sans pouvoir me taire ? Lorsque le prophète Jérémie, qui dès le sein de sa mère avait été consacré, voyait que son peuple riait surtout de ce qu’il lui avait dit, loin d’en être attristé, et s’en moquait sans en éprouver du chagrin ni de l’affliction, qu’il ne tremblait pas non plus devant le courroux dont il était menacé, alors le prophète songeait à se taire ; mais il s’enflamma et brûla dans son cœur, et fut forcé de parler. C’est pourquoi il disait : J’appellerai l’impiété et la misère parce que la parole du Seigneur a été pour moi un outrage et une dérision toute la journée. Et j’ai dit Je ne nommerai pas le nom du Seigneur et je ne parlerai pas de son nom. Et il fut dans mon cœur comme un feu brûlant qui flambait et se pressait dans mes os, et je ne puis le supporter (Jr 20, 8-9).
II suffit donc, ainsi que je l’ai dit, que le lien de ma langue soit faible, que cette tempête des événements mondains arrive seulement, ainsi que le trouble extérieur de ceux qui combattent la parole orthodoxe. Si alors je pense, comme Jérémie, que pour moi aussi la parole du Seigneur a été un outrage et une dérision, je dirai nécessairement, moi aussi comme lui : J’ai dit : Je ne nommerai pas le nom du Seigneur et je ne parlerai pas de son nom. Je prierai pour qu’une porte de prison soit mise sur mes lèvres et que je sois contraint à un silence complet, sinon le rire et la dérision manifeste pour les paroles du Seigneur ne feront pas que je ne prêche avant peu des prières universelles dans l’Église, des larmes, la confession des péchés, le jeûne, et, pour parler simplement, la correction effectuée par la pénitence, à cause de ce fléau déjà menaçant qui, pour ainsi dire, est proche et suspendu au-dessus de notre tête ; il est terrible à entendre.
Vous donc, ou plutôt beaucoup d’entre vous, car je ne dois pas vous accuser tous, vous irez au spectacle de l’hippodrome et à ce temple du rire ou, pour le nommer d’un nom peut-être plus propre, de l’ardeur de la prostitution, à ce théâtre de toute luxure. Mais tu diras que tu n’as pas manqué aux prières ni aux assemblées dans l’église, et que tu as pris part de la même manière aux spectacles. Cependant n’as-tu pas entendu saint Paul qui écrit aux Corinthiens : Vous ne pouvez pas boire la coupe de Notre-Seigneur et la coupe des démons. Vous ne pouvez pas prendre place à la table de Notre- Seigneur et à la table des démons (1 Co 10, 21). Un sage ne dit-il pas très bien : Un qui construit et un qui démolit, à quoi cela servira-t-il de plus qu’à prendre de la peine ? Celui qui prend un bain et se lave à cause d’un mort et qui touche ensuite à celui-ci, quel profit tirera-t-il de son bain ? De même un homme qui jeûne pour ses péchés et qui va ensuite commettre les mêmes fautes (Si 31, 27-31). C’est le fait de ceux qui agissent ainsi contrairement à la loi et sont pleins de perversité. Ils s’imaginent prendre part à la Table et à la Coupe, manger et boire et faire ce qui leur plaît. Le Livre sacerdotal témoigne au sujet de tels gens en disant : Ils mangent une nourriture d’impiété et s’enivrent d’un vin illicite (Pr 4, 17)
Et quelle perversité y a-t-il, dira-t-on, à regarder une course de chevaux ? Une grande et non pas une quelconque. Je te répondrai librement, ô un tel ! Premièrement : tout spectacle est nécessairement consacré à un des dieux qui portent un faux nom, et donné en son honneur à Neptune, le spectacle des chevaux ; à Mercure, le spectacle des lutteurs qui combattent seuls ; à Artémis, celui des lutteurs qui combattent avec les animaux ; à Bacchus, les représentations théâtrales. Comment plairait à Dieu ce qui fait la joie et le plaisir des démons ? Comment courrions-nous vers ces spectacles auxquels nous avons légalement renoncé lorsque nous étions inscrits pour le service du Christ, que nous souscrivions à des actes d’obéissance envers lui, et que nous étions préparés à mériter le baptême divin et salutaire. Ces spectacles sont en effet les pompes de Satan et le culte de ses fêtes auxquelles nous avons renoncé. Deuxièmement alors même qu’on dirait : « Les représentations ne sont pas données en l’honneur des démons, mais pour notre plaisir. Mais nous irriterons le Créateur si nous usons des animaux privés de raison d’une manière contraire à ses commandements. Chacun d’eux a été créé pour remplir un besoin quelconque de la vie du monde, et non pour un agrément excessif et inutile. Le cheval a été donné aux hommes pour que, montés sur cet animal, ils accomplissent rapidement leurs courses et sortent contre les guerriers qui viennent à eux. Il est pour eux un secours et un auxiliaire dans le combat contre les ennemis. C’est aussi ce que dit Celui qui parlait à Job du milieu de la tempête et des nuages (Jb 38, 1) : O toi, as-tu posé la puissance dans le cheval et as-tu revêtu son cou de crainte ?… Marchant à la rencontre de la flèche, il rit et ne se détourne pas du fer… Lorsque la trompette donne le signal, il dit : Bravo, bravo ! De loin il sent le combat (Jb 39, 19-25). II est écrit de même dans les Proverbes : Le cheval est prêt pour le jour du combat, c’est le secours de la part de Dieu (Pr 21, 31).
C’est pourquoi cet animal a été introduit pour servir à la vie de l’homme et non pas pour que tu l’abîmes en lui faisant faire sept tours du cirque, en faisant sortir chars contre chars, en écrasant ses pieds par la vitesse des roues, ni que tu te réjouisses et applaudisses à une chute misérable et déplorable. Ce n’est pas là ce que te prescrit et t’enseigne le Livre divin, mais le contraire. Lorsque tu agis ainsi, il écrit pour toi les mots de cruauté et d’iniquité en disant : Le juste a pitié de la vie de ses bestiaux, mais les entrailles des impies sont sans miséricorde (Pr 12, 10). Ce que dit le sage saint Paul : Est-ce que Dieu a souci des bœufs ? (1 Co 9, 9) vise un autre sens. En effet, en parlant aux Corinthiens, il disait qu’il faut que ceux qui prêchent l’Évangile vivent de l’Évangile (1 Co 9, 14). Qui fait jamais la guerre à ses propres frais ? Qui plante une vigne et ne mange pas de ses fruits ? Qui paît un troupeau et ne mange pas du lait du troupeau ? Est-ce que je dis cela comme un homme ? Ou la loi ne le dit-elle pas aussi ? Dans la loi de Moïse il est écrit : ‘Ne mets pas un frein au bœuf qui foule le grain. Est-ce que Dieu a souci des bœufs ? (1 Co 9, 7-9). Voilà donc ce qu’a dit ce commandement légal qui ordonne de ne pas mettre un frein au bœuf qui foule le grain Dieu a fait la loi non pas parce qu’il avait souci de l’équité due aux bœufs. Qu’y a-t-il donc d’odieux à ce que ceux-ci soient entravés et retenus sur l’aire afin qu’ils fassent leur service avec soin et ne s’occupent pas de leur ventre en temps inopportun ? Mais, par ce commandement, il nous enseigne qu’il est juste que ceux qui travaillent soient nourris du produit de leur peine. C’est pourquoi il ajoute ensuite : Ou parle-t-il absolument pour nous ? Car c’est pour nous que cela a été écrit, puisque celui qui laboure doit labourer avec espoir, et celui qui foule doit fouler avec l’espoir de prendre sa part de nourriture (1 Co 9, 10).
Que Dieu a soin de tout, s’occupe de tout et aime tout en tant que Dieu, c’est chose connue et bien évidente. Tu ouvres ta main et tu remplis tout animal de bonne volonté (Ps 144, 16), lui dit le prophète des Psaumes. Mais un sage dit aussi : Comme tu peux tout, tu es miséricordieux pour tous (Sg 11, 24). Un autre écrit aussi : La pitié de l’homme est sur son prochain ; la pitié de Dieu est sur toute chair (Si 18, 13). Ce n’est pas une raison, parce que quelques espèces d’animaux ont été données aux hommes pour être tuées et mangées, pour que, durant leur vie, nous ne devions pas nous servir d’elles avec miséricorde, nous n’ayons pas pitié d’elles, et que, pour un amusement et un plaisir diabolique, nous fassions un commerce vain et nuisible de l’épuisement, de la fatigue et de la mort des chevaux. Et de qui s’agit-il ? De nous qui devons imiter Dieu : Soyez miséricordieux, dit-il, comme votre Père est miséricordieux (Lc 6, 36).
Diabolique est le spectacle des chevaux, c’est ce dont témoignent les ruses et les moyens astucieux qui y sont pratiqués, cette émulation qui ressemble à de l’enchantement, ces meurtres affreux, cruels et illégaux des fourbes qui se montrent audacieux contre un âge jeune et faible (?). Ces spectacles (?) peuvent grandement courroucer Dieu ; ils méritent de nombreux éclats de tonnerre et des éclairs flambants. Alors même que le divertissement serait exempt de pareilles choses, nous en jugerions par ses fruits. C’est à ses fruits qu’on connaît l’arbre (Mt 12, 33) Tel est le décret du Christ, Dieu et sauveur, qui ne ment pas (cf. Tit 1, 2). Or quels sont les fruits de ces combats de chevaux ? Des querelles, des blasphèmes, des luttes, la confusion des gens, des clameurs, des attaques à coups de pierres, des guerres entre concitoyens, des meurtres, des incendies. Combien de fois tombe souvent dans un de ces péchés le plus pur des spectateurs ? Ou il crie, ou il se querelle, ou il blasphème, ou il se laisse emporter à la colère et à l’outrage. Et quel châtiment en résulte-t-il ? On détourne et on s’aliène Dieu. Y a-t-il une peine plus dure ?
Maintenant écoute au sujet de la clameur qu’on estime être moindre que les autres choses : Le Seigneur a dit La clameur de Sodome et de Gomorrhe s’est accrue vers moi et leurs péchés sont très grands (Gn 18, 20). Cela suffit pour montrer ce qu’est la clameur. C’est d’abord l’accusation de Sodome et de Gomorrhe. Le Seigneur dit encore par l’intermédiaire du prophète Isaïe : Car la vigne du Seigneur Sabaoth est la maison d’Israël, et les hommes de Juda sont la vigne plantée récemment, la chérie. J’ai attendu qu’elle fit ce qui est juste ; elle a fait l’illégalité, non pas la justice, mais la clameur (Is 5, 7). Eh quoi La clameur est sujette à l’accusation.
La querelle est-elle chose louable ? Nullement. Vois comment Dieu, par l’intermédiaire du prophète Ézéchiel, la place parmi les grands sujets de blâme, lorsqu’il dit : Les Israélites ne voudront pas t’écouter, car ils ne veulent pas m’écouter, parce que toute la maison d’Israël se compose de querelleurs et de durs de cœur (Ez 3, 7). Tu te demanderas pourquoi la querelle est rangée avec la désobéissance et la dureté de cœur. Saint Paul place ensemble tous ces vices comme étant de nature à affliger et irriter le Saint Esprit. En effet il écrit ainsi : N’affligez pas l’Esprit-Saint de Dieu, dans lequel vous avez été signés pour le jour du salut. Toute amertume et courroux et colère et clameur et blasphème soient enlevés de vous avec toute méchanceté (Ep 4, 30-31).
Pourquoi donc allons-nous au spectacle de l’hippodrome ? C’est pour que tous ces vices bouillonnent à l’instar d’un mauvais courant dans un lac, et non pour que, restant plutôt en repos, nous priions Dieu de nous pardonner lorsque, occupés des affaires du monde, nous sommes entraînés contre notre volonté à une clameur, à une parole de blasphème ou à la colère. Mais, s’il vous plaît, examinons les théâtres, ces lieux de spectacles, et voyons s’ils ne sont pas nuisibles et pernicieux, et non, comme on le pense et le dit, amusants et réjouissants. Je laisse de côté l’orchestre, c’est à-dire la danse en groupes et exubérante qui effémine les corps virils, et ces chants érotiques ou amoureux qui enseignent la mollesse, dissolvent la vigueur de l’âme, dans laquelle ils insèrent et déposent la rage de toutes les vilaines passions, l’enlaçant et l’ensevelissant sous le fardeau et l’ivresse des voluptés. Que dirons-nous des spectateurs des mimes, ces gens du ridicule ? Est-ce que nous n’excitons pas le courroux et la colère de Dieu lorsque nous rions en voyant frapper le visage d’un homme que Dieu a créé, dans la face duquel Dieu a insufflé le souffle de la vie pour qu’il fût respecté même des anges, et. qu’a honoré aussi le Verbe de Dieu qui s’est fait homme pour nous, lorsqu’il est ressuscité d’entre les morts et a soufflé sur les Apôtres en disant : Recevez l’Esprit-Saint (Jn 20, 22). Un visage qui a été honoré à ce point, bien plus qui a été doublement célébré, ne penses-tu pas que c’est un sujet de terreur et d’effroi même pour les troupes célestes, lorsqu’il est outrageusement frappé et tourné en ridicule ? Ensuite, dis-moi, ris-tu de choses sur lesquelles tu dois pleurer et te lamenter ?
Où placerai-je cette couche pure, cette union honorable qui devient un sujet de plaisanterie ? Et la chaste communauté qui, comme une adultère, est triturée par la dérision ? Et les membres du corps qui sont mis à nu, eux par qui se procréent les enfants, par qui se conserve la transmission de notre race ? Et la partie naturelle dont on ne doit pas parler, qui est ridiculisée d’une manière honteuse et odieuse ? Et surtout ce mystère plein de pudeur et de chasteté ?
Respecte, ô homme, – ne respecterais-tu pas autre chose, —ta forme qui a été créée par Dieu. Respecte la seconde création divine, pour laquelle le Verbe de Dieu, en prenant un corps de la Vierge, s’est associé à toi. Pourquoi rire de toi-même, comme ceux qui, dans la folie et sans aucun sentiment, déchirent ou mangent leur propre chair ? Pourquoi donc, lorsqu’un adultère est commis contre toi d’une manière outrageante, pleures-tu et gémis-tu, et penses-tu que ta vie n’est plus une vie ? T’affliges-tu en voyant le soleil, et crois-tu que tout est sens dessus dessous ? Écris-tu contre l’adultère une sentence de condamnation à la prison ? Déclares-tu que la mort est une faible peine pour lui ? Combien de fois voudrais-tu faire périr le pécheur ?
Lorsque tu vois des représentations perverses de ce genre dans ce théâtre odieux du jeu, tu éclates de rire, tu te répands en effusions et tu appelles joie et divertissement ce spectacle déplorable. De quels yeux regarderas-tu ta femme lorsque tu rentreras à la maison ? Comment exigeras-tu d’elle la chasteté, toi le spectateur de l’impudicité de ces spectacles affreux, inconvenants et immoraux, toi qui as amassé une quantité de milliers de passions et qui nourris dans ton esprit les images des vices comme un feu qui couve et brûle dans les bois ?
« Que faire, dit-il, voici que le théâtre des jeux est ouvert et m’appelle au spectacle ! » Mais, s’il était fermé, y aurait-il besoin de ces paroles, ô mon bon ? Comment verrais-tu ce qui n’est pas exécuté ? Ce serait une grâce de la nécessité et non de ta volonté. Comme il est ouvert, passe devant en courant, avec fermeté et philosophie. Laisse sans les visiter les acteurs qui sont là tout prêts. Fais voir que tout cela est futile et sans utilité. Car il ne suffit pas pour l’excuse de ceux qui sont captés, que l’on prépare et dispose le théâtre, que l’on attire et trompe ceux qui y prennent place avidement. Celui qui dérobe des habits pourrait dire aussi que, ayant vu des habits et de l’or, il a été tenté dans son esprit et a été trompé. Celui qui regarde avec un esprit de fornication sans se tenir sur ses gardes, s’excusera sur la beauté des femmes. Par-là peut-il surtout être considéré comme non coupable ?
Mais on n’ignore pas que celui qui s’éloigne avec fermeté des tentations qui sont à sa portée, méritera, parce qu’il pratique la vertu, la couronne et les récompenses de la victoire. Fuis donc de toutes tes forces les spectacles, la suffocation des âmes, l’abîme de Satan, la ruse parée, la ruse plaisante, le dommage qu’on subit insensiblement, la ruine facile, évidente et certaine. Si quelqu’un t’y entraîne, entraîne-le en sens contraire à l’église en lui disant cette parole de l’Écriture : Détourne ton pied de la mauvaise voie. Les voies de la droite, Dieu les connaît, mais les voies tortueuses sont celles de la gauche (Pr 4, 27). Montre-lui très au long par la parole la différence de ces deux voies. Montre la fin de chacune d’elles. Tourne en risée et blâme devant lui l’état passager et le peu de durée de ce divertissement fugitif. Effraie-le, dépeins-lui le futur tribunal du Christ. Amène-le à l’espérance de la bienheureuse vie infinie qui est préparée pour les justes. Enferme-le de tous côtés. Ne manque pas son salut. Ne perds pas la proie. Si tu vois qu’il résiste trop fortement dans la lutte, qu’il s’efforce de triompher dans le mal et que, soit par la ruse, soit par la violence, il cherche à t’entraîner vers le vice, alors aie recours à une juste colère, rejette une amitié ou une compagnie mauvaise, empresse-toi de fuir le méchant. Souviens-toi du Législateur spirituel qui t’ordonne et te commande de te fâcher et non de pécher. Ainsi Phinées se mit en colère et, lorsqu’il eut frappé et percé de sa lance ceux qui commettaient la fornication, le fléau cessa (cf. Nb 25, 7-8). Ainsi Moïse, le plus doux et le plus humble des hommes, s’irrita contre ceux qui transgressaient les lois de Dieu, alors qu’il supportait doucement et humblement ses injures personnelles. Lorsque la famille de Dathan et d’Abiram et la réunion de la famille de Coré (cf. Nb 26, 24) se soulevèrent contre lui par jalousie et d’une manière outrageante, le législateur et chef du peuple tomba à terre sur sa face devant eux, et il exhortait et suppliait les insulteurs de ne pas s’exposer à la colère d’en haut. Comme ils demeuraient désobéissants et orgueilleux, à la fin il les envoya en enfer.
Nous devons subir et supporter humblement et philosophiquement les injures et les injustices qui nous sont faites, mais celles qui sont dirigées contre Dieu et fomentées contre sa gloire, nous devons nous tenir en éveil contre elles avec colère et le plus durement possible. C’est pourquoi un prophète a dit : « Que l’homme doux devienne belliqueux. » L’humilité et la douceur qui sont inintelligentes et n’ont pas de raison d’être, sont le propre des moutons et non des hommes raisonnables. C’est pourquoi l’irascibilité se trouve dans notre âme, afin qu’elle nous exhorte et nous excite au courage, que nous nous en servions contre la mollesse des passions, et que nous combattions avec elle pour les lois de Dieu et aussi pour la vérité.
Mais je ne sais pas pourquoi, après le sermon que je vous ai prêché auparavant dans l’église, alors que je m’attendais à vous voir faire de bonnes œuvres, je vous parle encore des moyens d’éviter le mal. Je reviens à parler du vice et de la vertu, parce que nous avons besoin de pratiquer beaucoup les bonnes œuvres pour échapper à cette colère qui est suspendue au-dessus de nous, qui est en route maintenant vers d’autres villes. Elle ne s’est pas encore éloignée de la ville d’Alexandrie, dont elle continue de dévorer les gens sains, croissant et se propageant, au point que les habitants ferment non seulement les théâtres, mais aussi les cabarets, les maisons des marchands de vins, les boutiques de viandes crues et cuites et de comestibles de toute sorte offrant quelque agrément, et dans leur deuil ne se nourrissent que de pain et de légumes secs ils ne font rien autre que de supplier Dieu tous les jours par d’ardentes prières.
Saisissons donc cette nécessité pour montrer volontairement de la pénitence et obtenir, outre le bénéfice d’éviter la colère, la récompense due en pareil cas. Ce n’est pas, en effet, sans en être récompensé, qu’on songe de son propre mouvement : Si de telles calamités nous survenaient, que ne voudrions-nous pas faire pour y échapper ? Avant qu’elles ne surviennent, vivons avec vigilance et philosophiquement. Si, par cette correction et par la crainte, nous ne nous convertissons pas, manquerons-nous d’être des sots et des étrangers pour Dieu, d’être livrés à une ruine complète, et de tomber dans la fosse profonde ?
On peut trouver ainsi évidente la parole écrite par Jérémie : Par la douleur et la verge sois instruite, ô Jérusalem, afin que mon âme ne s’éloigne pas de toi, et que je ne fasse pas de toi une terre inculte qui ne soit pas habitée (Jr 6, 8). Aussi est-ce terrifié et tremblant que je me suis arrêté à ces paroles, et j’ai prononcé à, pleine voix ce verset de l’Apôtre saint Paul : Pendant qu’il en est temps encore, faisons le bien (Ga 6, 10). Nous avons grand besoin de beaucoup de prévoyance. Nous attendons le choc impétueux des démons contre nous. Fortifions-nous par le mur du secours divin. Quel est ce mur ? La crainte de Dieu. L’ange du Seigneur campera autour de ceux qui le craignent, et il les sauvera (Ps 33, 8). Considère que la garde d’un seul ange autour de toi prend la place et la force de tout un camp d’armée et de l’ensemble des soldats. Et aussi à chacun de ceux qui craignent le Seigneur est attaché un ange pour sa garde. C’est pourquoi, en parlant d’hommes chastes, nous disons ton ange. Dans les Actes des Apôtres, lorsque Pierre, arrêté et mis en prison par Hérode, eut, contre l’attente de tous, frappé à la porte d’une maison, les gens qui étaient à l’intérieur, perplexes et incrédules, dirent à la jeune fille qui l’annonçait : C’est son ange. Et qu’y a-t-il là d’étonnant, quand chaque petit enfant a son ange gardien déterminé et distinct ? Le Seigneur dit dans l’Évangile : Voyez, ne méprisez pas un de ces petits, car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient en tout temps la face de mon Père qui est dans les cieux (Mt 18, 10). Non pas comme si l’on voyait la face de Dieu. Comment donc aurait une face celui qui n’a ni forme ni corps ? Ou comment verrait-on l’être invisible ? Mais c’est l’habitude de la Sainte Écriture d’appeler face l’action que Dieu fait pour nous. Ainsi le Psalmiste a dit : Ne détourne pas ta face de moi (Ps 26, 9) ; et : Éclaire ta face sur ton serviteur (Ps 30, 17). Les anges voient donc, c’est-à-dire considèrent quelles sont l’action et la sollicitude de Dieu pour les petits enfants, et ils les gardent en veillant avec soin et vigilance.
Comprenez-vous, ô femmes, quel tort vous causez à ces petits enfants, quand vous les envoyez au théâtre ? Vous dépouillez ces êtres que vous aimez du secours et de la garde angéliques, et vous les préparez à subir le dommage du Malin. On définirait cela le fait d’ennemies, plutôt que de mères. Courons donc tous à l’église, jeunes et vieillards, hommes et femmes, gens de toute espèce et de toute taille. Rendons ainsi non troublée la garde des anges autour de nous, surtout en participant aux saints mystères, par la puissance desquels nous serons oints et nous serons fortifiés. Alors près de nous demeureront les anges non seulement à cause de notre propre garde, mais aussi par honneur pour leur Maître ; et ils seront fermes et persévérants pour nos âmes et nos corps qui seront comme des habitations angéliques dans lesquelles demeure le Roi. Que personne ne me dise : Je crains la communion des mystères et je m’en écarte. Saint Paul en effet m’arrête lorsqu’il dit : Celui qui mange et boit d’une manière indigne, mange et boit la condamnation pour lui-même (1 Co 11, 29). C’est pour cette raison que, une fois ou deux par an, je m’approche de la table redoutable avec circonspection. Et c’est cela, dis-moi, que tu regardes comme un empêchement, parce que l’Apôtre te dit : Tu te purifieras chaque jour et tu jouiras de cette nourriture immortelle dont tu ne dois manger ni boire d’une manière indigne.
Si l’on te rappelait lorsque tu dois te rendre auprès d’un roi, que tu dois faire ton entrée d’une manière convenable, avec une tenue et une démarche modestes, nous ne dirions pas qu’on t’a écarté ainsi de la demeure des rois, mais qu’on t’a plutôt encouragé à y entrer et à y jouir de l’honneur en te présentant d’une manière convenable. Et encore, lorsque tu t’approches une fois par an, tu ne te purifies pas à l’avance pour toute l’année d’une manière digne par ce jour, dans lequel tu veux t’approcher. S’il n’en est pas ainsi, ta subtilité a-t-elle quelque raison d’être ? C’est tout le contraire. Lorsque tu as entassé l’impureté de plusieurs mois et un grand amas de péchés, c’est plutôt d’une manière très indigne que tu t’approches. Celui qui s’approche continuellement, sait qu’il est tout préparé pour se présenter devant le Roi, le saluer et le recevoir à l’intérieur ; de toutes ses forces et de tout son pouvoir, il évite de nombreux péchés. Mais toi, après avoir fixé une fois pour t’abstenir ensuite, tu envisages un long délai et, avec assurance et sans crainte, tu fais tout ce qui te plaît jusqu’à ce que vienne ce jour dans lequel il n’y aurait pas même une entrée pour le Roi qui trouverait fermée ton habitation.
Nous devons donc nous purifier le plus possible et nous approcher constamment du Pur. Le soleil est visible aux yeux sains, mais ce n’est pas une raison pour que ceux qui ont une vue faible dédaignent de se soigner pour être privés complètement de l’éclat des rayons. Ne sais-tu pas que ce sacrifice spirituel et non sanglant se retrouve dans le service légal qui était accompli autrefois au moyen du sang, lorsque, chaque jour matin et soir, il était offert en expiation ? Par là on doit savoir qu’il n’y a qu’un seul et même sacrifice qui, suivant la Loi, était offert le matin et au commencement de la connaissance de Dieu, et qui, suivant l’Évangile, était immolé pour la fin des jours du monde et le soir, d’une manière spirituelle et plus complète. Ce sacrifice était appelé aussi sacrifice perpétuel, parce qu’il était offert perpétuellement et sans interruption. Si donc tous te ressemblaient, à toi qui ne te présentes qu’une seule fois dans l’année, le sacrifice demeurerait un sacrifice non sacrifiable, la perpétuité de l’immolation serait interrompue, l’expiation cesserait, l’autel serait sans service. Quel serait celui qui prendrait le péché du monde qui a besoin en tout temps de purification ? Tu vois en combien d’insanités nous tomberions, si nous obéissions à nos décisions intimes, et non pas à la Loi.
En nous occupant de faire de bonnes œuvres par tous les moyens, participons donc au sacrifice vivifiant. Car il n’est pas possible que quelqu’un croie et n’y participe pas, s’il veut vivre de la vraie vie, comme il ne peut vivre sans respirer d’air. C’est pour cela aussi que nous, qui avons cru dans le Christ, nous vivons, nous nous agitons et nous existons par lui : A lui la gloire éternelle. Amen !