دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 51

SUR LE MARTYR SAINT DOMÈCE

Je pense en moi-même que c’est à juste raison que le victorieux martyr du Christ Domèce, nous taxerait d’ingratitude, si nous le passions encore sous silence, sans avoir aucunement mis en branle (notre) langue pour faire son éloge. En effet, d’une part, le seul fait d’avoir souffert pour la piété, bravement lutté dans les saints combats et tressé la couronne qui en (découle), suffisait lui-même à donner aux paroles des motifs suffisants, à faire jaillir d’abondantes sources d’éloges et à nous montrer injustes en gardant le silence. D’autre part, du fait que chaque jour il chasse diverses maladies de ceux qui en souffrent, et qu’il guérit sans rémunération et en pleine ville ceux qui sont malades, comment mettrait-il à l’abri de (tout) reproche ceux qui gardent le silence, ou plutôt qui n’ouvrent la bouche d’aucune manière pour (faire) son éloge ?

En effet, d’une part la femme qui était affligée d’une perte de sang, après avoir dissipé toute sa fortune pour la donner aux médecins, a puisé presque sans effort sa guérison sans débourser, lorsque de sa main elle a touché le coin du manteau et que par la pensée elle est descendue jusqu’aux profondeurs de la foi, pour y saisir Dieu, Verbe et médecin. C’est pourquoi, alors qu’une foule nombreuse le serrait et le pressait, comme si seule elle l’avait touché d’une manière spirituelle et plus étrange que les autres, il posait la question : Qui m’a touché (Mt 18, 20-22) ? – non pas qu’il ignorait celle qui l’avait touché, mais parce qu’il voulait par sa question dévoiler et révéler à tous ce contact qui n’était connu que de lui seul. C’est pourquoi, alors que les disciples eux aussi étaient dans l’embarras – car ils étaient plus nombreux, à proprement parler, à lui faire de durs reproches qu’à le toucher il s’écriait : Quelqu’un m’a touché : car moi, je sais qu’une force est sortie de moi (Lc 8, 46), en déclarant « force qui est sortie »  l’accomplissement de cette guérison, que celle-ci avait attirée par la foi et qu’elle avait comme puisée d’un puits d’où découlent les guérisons.

Et c’est vers Domèce qu’accourent tous les malades, non pas après avoir été pressurés au préalable par les médecins, ni après avoir été ruinés par d’énormes frais et s’être appauvris, mais après avoir congédié de loin ceux qui vendaient la guérison elle-même, et s’être réfugiés auprès de sa bonté qui n’est pas à vendre et qui guérit, dès qu’une maladie s’en approche. C’est alors que clairement et par les faits mêmes il professe ces (paroles) du prophète : Vous tous qui n’avez pas d’argent, venez acheter ! (Is 55, 1). Et comment achètera-t-on sans avoir d’argent ? C’est quand on sera certain qu’au lieu d’argent on doit fournir la foi. Le martyr en effet est animé de l’amour du gain en ce qui concerne un prix de ce genre, et il exige la foi. Car il a soin de guérir non seulement le corps qui est malade, mais avant même le corps, l’âme, parce qu’en vérité la foi purifie d’abord l’âme croyante et elle lui rend la santé, et c’est par là qu’elle procure au corps le salut, en sorte que cette (guérison), semble-t-il, n’est pas le fait de celui qui opère le miracle, mais de celui qui a la foi. C’est pourquoi Notre Seigneur également répondait à chacun de ceux qui croyaient ainsi en disant : Ta foi t’a sauvé (Lc 8, 48).

C’est avec cette foi que tous viennent de même à ce temple sacré, non seulement ceux qui sont affligés de maladies graves, mais encore ceux qui le sont de (maladies) légères en quelque sorte, et cela non pas en touchant en cachette l’urne des membres saints et en s’oignant de l’huile qui en (découle), mais pour parler franchement et simplement, en voyant à visage découvert la gloire du Seigneur comme dans un miroir (1 Co 3, 18), et en se tenant devant tous comme dans un hôpital. Si en effet ces oratoires des autres martyrs sont ornés de dalles de marbre blanc, de plafonds et de bassins et de cubes de différentes couleurs qui brillent et resplendissent sur le sol, cette maison vénérable et adorable de Domèce est ornée pour sa part des images parlantes de ces malades placées publiquement aux yeux de tous ; et comme dans un four spirituel, par la santé elles sont embrasées, purifiées, corrigées et renvoyées plus resplendissantes au dehors, alors que (ces malades), lorsqu’ils étaient couchés, rappelaient à Jésus lui-même, le Dieu du Martyr, cette foule dont il est écrit dans les Évangiles : Quand il vit les foules, il fut pris de pitié et il en eut compassion, parce qu’elles étaient abattues et couchées comme des brebis qui n’ont pas de pasteur (Mc 6, 34).

C’est pourquoi c’est en obtenant une rapide guérison que chacun s’en va : et on peut voir des gens de tout sexe et de tout âge étendus pêle-mêle sur la terre ; et tandis que s’arrête parfois le gémissement d’un vieillard malade, lorsqu’il a été guéri, le cri d’un adolescent ou la plainte pitoyable d’un petit enfant se fait entendre en réponse ; et une femme, souvent leur mère, pleurant sur eux, arrachant sa robe, se frappant la poitrine, se déchirant les joues, se penchant sur le malade, veut faire passer la maladie sur elle-même, sans y parvenir, et finalement elle mêle à ses larmes une prière et elle demande au martyr lui-même de l’aider dans sa supplique. Et soudain sur l’heure, c’est vers celle-ci quand elle l’appelle, et c’est vers d’autres, même quand ils gardent le silence, que l’ambassadeur lui-même vient spontanément et récolte pour tous la joie et la délivrance des maux. Et ceux qui sont guéris, cédant alors la place à ceux qui entrent, sortent en donnant à ceux-là leur propre guérison comme gage véritable qu’eux aussi ils obtiendront ce qu’ils attendent.

C’est donc à toutes les maladies que le vrai serviteur de Dieu, Domèce, procure des guérisons faciles et abondantes, et chasse, comme des mouches, les essaims des mauvais démons. Mais ce qu’il remet surtout en place et en parfaite santé, ce sont les fractures depuis la cuisse jusqu’au talon, ou bien les luxations ou bien les maladies provenant de tremblement ou de fractures des os, ou bien les nerfs paralysés, ou bien les artères rétrécies, plus rapidement que par un mot.

Or il me semble que c’est en récompense de son labeur que Dieu a accordé cela, d’une façon spéciale et comme particulière, à la chasteté du martyr et à son renoncement par rapport aux mauvais désirs. En effet j’entends dire de lui que, quand il était dans la chair, alors qu’il s’appliquait au genre de vie ascétique et érémitique, il s’exerçait et s’entretenait lui-même par des exercices pratiques, et il habitait dans une caverne, et il poursuivait une vie sans compromis. Or chez les gens qui (pratiquent) ce genre de vie, les organes de la génération qui sont auprès des cuisses,

lorsqu’ils sont devenus morts par la chasteté et la continence, sont en quelque sorte desséchés, sans fruit ni génération, parce qu’ils ont été consacrés à Dieu, et, pour ainsi dire, ils crient à l’exemple de Paul : Il est bon pour l’homme d’être ainsi (1 Co 7, 26) ; de même qu’au contraire, chez ceux dont les mains sont paralysées, c’est-à-dire chez ceux qui ne pratiquent pas les travaux de la vertu, les cuisses sont souillées par les plaisirs humides ; c’est ainsi en effet que le prophète Ézéchiel parle quelque part, lorsqu’il révèle les causes de la ruine qui devait arriver à Jérusalem : Et je les mettrai tous à mort : toutes les mains seront paralysées, et toutes les cuisses seront souillées par l’humidité (Ez 7, 7). Et peut-être, ou plutôt à dire plus vrai, ce n’est pas seulement pour un exercice chaste et réel de la vertu que le martyr Domèce a reçu comme prérogative et comme don cette faculté de guérir les maladies ayant un rapport avec les cuisses, mais c’est encore pour la connaissance divine de Jésus.

En effet il croyait que c’est des cuisses d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et de la tribu de Juda que le Christ est né selon la chair, après avoir pris quelque chose de notre nature, et que le même est Dieu au-dessus de tout. C’est ce qu’Abraham aussi, après avoir été initié à l’avance par l’Esprit qui révèle ce qui est inconnu et doit arriver, en demandant à son propre serviteur qui appartenait à sa maison de lui donner des promesses avec serment, disait : Mets ta main sous ma cuisse, et je te ferai jurer par le Seigneur, le Dieu du ciel et de la terre (Gn 24, 2), en croyant que le Verbe qui devait s’incarner de sa race est le Seigneur, le Dieu du ciel et de la terre. Jacob disait aussi cela à l’avance, en rendant le dernier soupir et en formulant à ses propres fils les bénédictions relatives à sa sortie (du monde), lesquelles étaient mystérieusement grosses de la prophétie de celui qui devait venir : Un prince ne fera pas défaut à Juda, ni un chef qui sortira de ses cuisses, jusqu’à ce que vienne celui à qui cela est réservé, et, lui-même, il est l’attente des nations (Gn 49, 10).

Et le Christ est celui qui selon la chair vient généalogiquement et descend des Pères et de la circoncision et qui a pris sur lui d’accomplir charitablement une telle Économie ; et il est lui-même l’attente et l’espoir des nations. C’est pourquoi Paul, écrivant aux Romains, disait : Et j’affirme que le Christ Jésus est devenu le ministre de la circoncision pour la fidélité de Dieu, afin de confirmer les promesses faites aux Pères, et les nations rendront grâces à Dieu pour sa miséricorde (Rm 15, 8) ; et encore : A qui appartiennent les patriarches ? Et de qui est issu le Christ qui est selon la chair, lequel est Dieu, qui est béni par-dessus tout, qui est éternellement. Amen ! (Rm 9, 5).

C’est là ce que nous enseigne en faisant connaître Dieu par des guérisons, le martyr Domèce, qui est originaire de ces régions avoisinant la ville de Cyr, qui, d’une manière salutaire, est venu habiter chez nous, et qui dévoile et couvre de mépris par ce que nous avons dit – car c’est du martyr qu’étaient ces paroles et non pas de nous – l’impie Théodoret, qui contre la loi a siégé à la tête de cette ville, qui a été malade de la même sottise que Nestorius, qui a enseigné que cet unique Christ était deux natures après l’union, et qui a rabaissé au culte d’un homme le mystère véritablement grand et divin, qui paraissait divin même aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob, ce qu’ils croyaient en effet, alors qu’il n’était annoncé à l’avance que par des symboles et des signes.

Lors donc que nous nous réjouissons d’une telle guérison et d’une telle doctrine du martyr, étant guéris à la cuisse ou en un autre membre du corps, ne l’honorons pas seulement par des lames d’argent ou d’or, portant gravée la guérison et le membre même qui a été guéri, mais ornons nos membres de pureté, et tenons-les plus brillants que l’or et plus (brillants) que l’argent, ou bien en contenant leur impulsion particulière par un mariage honorable et par un lit pur, ce qui est pour eux leur loi, ou bien en les faisant mourir et en les sanctifiant par la virginité (cf. He 13, 4) pour la gloire de celui qui s’est anéanti lui-même (Ph 2, 7) et qui pour nous est venu, par les généalogies, des cuisses d’Abraham.

Car un anneau d’or ou un collier n’est pas un aussi bel ornement qu’un commerce chaste, quand il est observé, et que la virginité, qui par l’abstinence et par la continence repousse l’attaque et l’impulsion de la chair ; et que la pitié pour les pauvres, qui, venant s’ajouter à ces (pratiques), abreuve et entretient la lampe même des vertus, pour qu’elle ne s’éteigne pas et qu’elle rende propice Dieu lui-même. Car celui qui est charitable aide très promptement ceux qui viennent au secours de ceux qui sont dans le besoin et ne se détournent pas de ceux qui sont de la même race. C’est là ce qui plaît aux martyrs, c’est là (ce qui plaît) au Christ, le Dieu des martyrs. Poursuivons cela avec empressement et avec toute application, et rendons-nous plus puissantes les prières des saints qu’ils adressent pour nous. Celles-ci en effet par elles-mêmes chassent de cette ville toute maladie et toute affliction mortelle, de même qu’en vérité ce que nous faisions était la cause de beaucoup de colère ; car, chaque jour, nous faisons tous grandir la méchanceté, en méprisant la richesse de la douceur de Dieu et sa patience.

Hâtons-nous donc de nous transformer et de montrer des fruits de pénitence, avant que la grâce incommensurable de la patience ne vienne à s’arrêter, mais elle est à notre disposition en abondance, les prières des martyrs étant puissantes. Puisse-t-il arriver que la grâce ne nous soit pas mesurée, mais qu’elle demeure pour nous sans fin, et que la puissance des intercessions ne soit pas affaiblie ni vaincue par nos péchés, de par la grâce et la charité du grand Dieu et notre Sauveur Jésus Christ, à qui sied la louange avec le Père et l’Esprit Saint dans les siècles des siècles ! Amen !

 

Fin de l’homélie 51

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