دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 50

SUR SAINT LÉONCE MARTYR

Je voudrais me taire, sachez-le bien, puisque j’ai déjà fait une fois l’éloge du courageux Léonce. Mais je vois que son sang parle en moi comme le sang d’Abel (Gn 4, 10), dont Dieu a entendu la voix, et je ne peux pas retenir ma langue. Et c’est tout à fait juste, car le sang qui a été versé pour la piété est plus éloquent que tout langage. Comment en effet le sang d’un être animé qui parle, répandu dans un sacrifice pour Dieu et le Verbe, consciemment et volontairement, ne proclamerait-il pas quelque chose de grand, de puissant et qui soit digne d’être exaucé ?

Quelles sont donc ces (paroles) que nous l’entendons proclamer ? – Qu’il nous faut délaisser la chair, comme ce qui passe et se corrompt, – mais on y reviendra pour la purification de l’âme – et attendre cette vie spirituelle et immatérielle, celle de la résurrection. Car si c’est seulement pour cette vie que nous espérons dans le Christ, nous sommes plus malheureux que tous les hommes (1 Co 15, 19). D’une part en effet le Christ qui est mort et ressuscité suffisait à affermir en vue de cette espérance ceux qui avaient cru en lui et qui ont été ensevelis avec lui dans le baptême et sont ressuscités avec lui (Col 2, 12). D’autre part, en outre, on trouve également l’enseignement de l’Écriture, qu’il ne nous faut absolument pas rejeter sans y croire, puisqu’elle est inspirée par Dieu, car ce qui est fourni par Dieu est au-dessus de toute discussion et hésitation. Mais comment ce fait que les combats des martyrs viennent encore mettre le sceau aux paroles sacrées, ne montre-t-il pas clairement la solidité et la fermeté de (cette) attente ?

En effet nous avons reçu un royaume qui ne sera pas ébranlé (He 12, 28), comme le dit Paul. Que personne donc ne soit à ce point insensé et dénué de tout bon sens, qu’il aille enfermer, dans cette vie misérable et digne de pitié, cette espérance immortelle et si spirituelle, dont l’immutabilité est bien au-dessus des souffrances qu’endurèrent pour elle les athlètes, eux qui n’acceptaient pas de souffrir, ou, quand ils l’acceptaient, n’y suffisaient pas, eu égard au grand nombre de tourments qu’ils avaient à supporter, si le Christ, le Dieu de l’espérance, n’avait pas combattu en eux.

Telles sont les paroles et d’autres semblables que nous exprime le sang courageux et valeureux du martyr Léonce ; lorsqu’avec son sang nous aurons rougi les ailes de notre pensée, nous nous envolerons au ciel, allégés en quelque sorte et devenus courageux par la pratique des vertus, entraînés à la sagesse, la justice, le courage, la chasteté. Lorsque, par tous les travaux d’une vie ascétique digne d’éloge, nous ferons défiler devant nos yeux les combats des martyrs et que nous aussi nous nous murmurerons ces choses à nous-mêmes, la flamme du désir de la fornication s’éteindra, parce que, en voyant la chair de ces hommes pieux fondre dans le feu, nous éprouverons de la honte. L’âme aura des leçons de santé et d’énergie et elle ne sera pas frustrée par les sophismes trompeurs du Calomniateur, en raison de la constance de (ces) hommes courageux face aux tyrans, que n’a pu retourner ou changer, ni l’invention des flatteries, ni celle des menaces.

L’insatiabilité de l’avarice et de l’injustice se verra mettre un frein, du fait que les martyrs n’ont pas seulement quitté les choses qui leur appartenaient, mais encore leur chair elle-même, (à l’appel) du commandement qui leur disait : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mt 16, 24 ; Mc 8, 34). Car (si) nous devons ne pas être injustes envers nos semblables, il nous faut aussi prendre garde, selon la parole de Paul, à ne pas être vaincus par Satan (2 Co 2, 11) : car, toutes les fois que nous blessons nos semblables, nous sommes blessés par un mauvais démon ; de même, les blessures que nous infligent les autres nous empêchent de voir celles que nous nous infligeons en vérité à nous-mêmes.

Sur ce point, Léonce, le champion de la piété, n’a pas été vaincu, et il ne s’est pas armé non plus contre les hommes ses congénères : en ce cas, ou bien on tombe sur plus fort que soi, et on ne peut ni le piller, ni le réduire en esclavage ; ou bien, l’ayant réduit et vaincu, après l’avoir attaqué injustement et l’avoir fait prisonnier, on a irrité Dieu et l’on n’est pas sauvé, ce que le prophète Isaïe dit également en vérité, exprimant la même parole sous forme interrogative : Est-ce quelqu’un prendra le butin à un fort ? Ou si quelqu’un fait un prisonnier injustement, sera-t-il sauvé (Is 49, 24) ?

Mais lorsque (Léonce) a servi comme soldat avec le roi céleste, et qu’il s’est rangé auprès du fort spirituel, contre Satan qui avait prévalu contre nous, il l’a pillé et l’a dépouillé de sa force, et il a été sauvé et racheté d’un rachat éternel, après avoir remporté les couronnes du martyre, lui avoir enlevé ses nombreuses armes et les avoir présentées pour faire connaître la vérité. De ces combats sacrés, de nouveau Isaïe entonne le chant victorieux, en disant : Ainsi parle le Seigneur : si quelqu’un fait prisonnier un fort, il prendra le butin ; et lorsqu’il aura reçu de celui qui est fort, il sera racheté (cf. Mt 12, 29).

Est-ce que le sang des animaux et des victimes païennes procurait quelque chose de semblable à ceux qui les honoraient et les servaient, comme les martyrs en instruisaient et en enseignaient les fidèles, eux qui étaient des victimes douées de raison, des holocaustes encore vivants après que le feu les avait brûlés, colonne de vertu, exemple de courage ? Absolument pas, car le sang des animaux privés de raison qui était versé pour des idoles muettes, inanimées et inconscientes ne produisait que des souffrances dénuées de raison, et non pas la purification. C’est pourquoi, c’était sous des dehors infâmes, par des commerces charnels, avec des paroles et des expressions déshonnêtes et licencieuses, et par des chants entraînant la folie, la mollesse ou l’éloignement de toute pensée de solidarité, que les mystères étaient célébrés.

Qui ne sera pas stupéfait à la vue d’un changement divin si étrange ? À Daphné, c’est Léonce, le docteur de la chasteté, qui a la parole, qui fait des révélations, et non pas Apollon, l’amant dont l’amour pour Daphné a été contrarié, et qui, pour se consoler de la fureur endurée en poursuivant celle qu’il aimait, – ses agissements n’ayant pas abouti, – est couronné de ses branches ; mais, semble-t-il, ces feuilles n’ont pas suffi à éteindre l’ardeur de son désir ; en effet, blessé à la tête par sa passion, il en a fait pécher un grand nombre et les a induits en erreur, au-delà de la bienséance, en devinant les énigmes et en tenant une lyre inutile ; la jeune fille aimée l’en a blâmé et a montré qu’il n’était pas musicien, c’est-à-dire qu’il ne savait pas chanter, mais elle n’a été, ni induite en erreur, ni entraînée par ses accents.

Que les fils des poètes soient couverts de honte, eux qui nous gargarisent de la lyre et du trépied et qui trompent et induisent en erreur par des fables les païens misérables et insensés, et qu’ils se taisent sur la divination d’Apollon ! En effet (Apollon) est dans un silence complet et total, il est terrifié et s’enfuit de partout. Lui-même et la bande des autres démons fuyaient les martyrs venus des nations, qui autrefois les craignaient et leur offraient des sacrifices.

Mais, dès qu’ils s’aperçoivent que l’un des saints approche et se trouve quelque part, aussitôt, sur l’heure, ils le fuient comme la flamme du feu, sans pouvoir le supporter, et ils s’en vont, en criant, se lamentant et pleurant, avouant leur défaite, faisant mention nommément des martyrs eux-mêmes et leur demandant de ne pas les persécuter, de même qu’ils disaient également à leur Maître en tremblant : Qu’y a-t-il à nous et à toi, Jésus, Fils de Dieu? Tu es venu ici avant le temps pour nous perdre (Lc 8, 28 ; 4, 34 ; Mc 5, 7 ; 12, 4 ; Mt 7, 29).

Le prophète Isaïe chante également cette hymne de victoire et crie aux martyrs en disant : Voici donc qu’ils craindront eux-mêmes à cause de votre crainte ; ceux que vous craigniez vous craindront. En effet ils enverront des ambassadeurs demandant pour la paix en pleurant amèrement, car les chemins de ceux-là deviendront déserts (Is 32, 8). Désert en effet et abandonné est le temple de Delphes, celui d’Olympie, celui de Némée, celui d’Épidaure, celui d’Isthmos, et les devins et les dieux bavards pleurent d’un commun accord, parce que personne ne vient plus du tout chez eux.

Vous voyez au contraire que c’est vers Léonce que tout chemin dépêche une foule pieuse et innombrable en vérité, qui comme un fleuve se répand de toute part. À Tripoli dans la mer il opère ce miracle, que des vents contraires, rougissant de ce jour glorieux et digne d’admiration, soufflent ensemble et viennent pour ainsi dire au secours les uns des autres, et, comme pour plaire à ceux qu’ils amusent, soufflent également pour ceux qui naviguent, en sorte qu’en vérité les navires paraissent danser en quelque sorte, virevolter et courir çà et là les uns après les autres et se prendre leurs places, et distraire à grande joie ceux qui naviguent, si bien que, à la fin de la navigation, on arrive au comble du plaisir.

En effet Dieu, qui a parlé par le prophète Isaïe, crie par le martyr – car je ne m’éloignerai pas des paroles de l’Esprit, en honorant un athlète de l’Esprit – : Je dirai au septentrion : Fais venir, et au midi : Ne retiens pas. Fais venir mes fils de la terre lointaine et mes filles des extrémités de la terre, eux tous qui invoquent mon nom (Is 43, 6-7).

Puisque donc nous avons un ambassadeur si puissant, prions-le de réprimer ces vents de perversité, qui insufflent une certaine bestialité ennemie des hommes, et qui troublent notre ville, en sorte que le Christ, notre paix, fasse souffler pour nous à leur place un vent pacifique et doux, puisqu’il est favorable et propice à nos péchés, et qu’il nous accorde toute bonne conduite et bonne vie en ce séjour, et qu’il nous rende dignes de cette vie future. Puisse-t-il arriver que nous l’obtenions tous par la charité et par la grâce de celui à qui (sied) la louange et la puissance, avec le Père et l’Esprit saint, pour les siècles des siècles. Amen !

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