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HOMÉLIE 49

Sur ce qui est dit par l’apôtre dans l’épître aux Romains : C’est pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, de même la mort a passé dans tous les hommes, parce que tous ont péché ; car jusqu’à la loi le péché était dans le monde : or le péché n’était pas imputé lorsqu’il n’y avait pas de loi. Cependant la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n’avaient pas péché, à la ressemblance de la transgression du commandement d’Adam, lequel est la figure de celui qui doit (venir) (Rm 5, 12. 14). Et sur ce qui est dit dans l’épître aux Corinthiens : Et, lorsque tout lui aura été soumis, alors lui-même le Fils sera soumis à celui qui lui aura tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous (1 Co 15, 28).

Faisant mémoire, depuis le début, des justes d’autrefois, selon une coutume ancienne parvenue jusqu’à nous et selon une tradition qui descend des saints Pères et de ceux qui ont été (placés) légitimement à la tête de l’Église, nous avons pensé qu’il me fallait vous adresser une homélie sur ce sujet et louer le Christ qui est mort et a vécu pour ceci : être le Seigneur des morts et des vivants (Rm 1, 19). En effet ce n’est pas seulement pour les vivants, mais en vérité aussi pour les morts qu’il a porté et pris sur lui volontairement la croix salutaire. Aussi nous appelons vivants les justes qui vivent dans la justice, et morts ceux qui sont morts par le péché. Mais si quelqu’un appelle également vivants ceux qui vivent encore de la vie charnelle et éphémère, et morts ceux qui étaient alors comptés parmi les morts, avaient quitté le monde et étaient déjà trépassés, il ne s’éloignera pas non plus de la vérité. En effet, c’est et pour les justes et pour les pécheurs, pour ceux qui sont sortis de la vie et pour ceux qui vivent encore, que (le Christ) a versé son sang, afin que, de même que tous sont morts en Adam, de même tous vivent dans le Christ (1 Co 15, 22). Car Paul s’écrie : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, de même aussi la mort a passé dans tous les hommes, parce que tous ont péché (Rm 5, 12).

En effet, après qu’Adam eût été formé de la boue et animé par une âme raisonnable et créée à l’image de Dieu (Gn 1, 19) parce que (cette image) avait été gratifiée de la liberté et qu’elle devait régner sur ce qui est sur terre, et être capable de recevoir la justice et toute perfection, et qu’elle pouvait avoir part à d’autres (prérogatives) de ce genre – toutes choses qui en essence (ne) se voient (qu’)en Dieu et dans la nature qui est au-dessus de tout – il vivait de la vie bienheureuse dans le Paradis et était couronné de la grâce de l’immortalité ; mais lorsqu’ensuite il eût transgressé le commandement qu’il avait reçu pour éprouver (sa) liberté, pour conserver les biens qui lui avaient été donnés et pour acquérir ceux qui devaient lui être surajoutés, et (une fois qu’)il eût reçu comme condamnation la sentence de mort à cause du péché de désobéissance et de la transgression du commandement et qu’il eût entendu : Tu es poussière, et c’est à la poussière que tu iras (Gn 3, 19), depuis lors, nous aussi, comme (issus) d’un père mortel, nous sommes devenus, par conséquence, des enfants mortels, et non seulement cela, mais encore (des enfants) qui sont paralysés quant à la justice et à la pratique de toute perfection, notre nature elle-même, comme si elle était malade par amour de la volupté, étant portée à glisser et à tomber facilement dans le péché, de telle sorte que Dieu ait pu dire : L’esprit de l’homme dès sa jeunesse se repose à son aise dans le mal (cf. Gn 8, 21).

C’est donc là ce que Paul a dit en vérité : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ; de même aussi la mort a passé dans tous les hommes parce que tous ont péché (Rm 15, 12), en disant pour ainsi dire : « Le péché d’Adam a été une semence de mort, et la mort elle-même, après avoir passé dans tous ses enfants comme dans des épis, a produit des fruits abondants, et a fait pousser de nombreux péchés, parce que tous les hommes, pour ainsi dire, étaient embarrassés dans les filets des péchés ».

Quoi donc, dis-moi ! Est-ce que Dieu a laissé notre nature privée de secours ? Car, ce que jadis nous disions en passant et en courant, je veux l’examiner avec attention, scruter et étudier complètement la pensée de l’apôtre en ce qui a été dit à ce sujet. Non, (la nature) n’était aucunement privée de secours. Elle avait en effet la loi naturelle pour la secourir et pour lui enseigner ce qu’il fallait faire. Car naturellement Dieu a mis en nous la connaissance et le discernement de ce qui est bon en vérité et de ce qui est mauvais, ainsi que le remords de la conscience.

C’est pourquoi, lorsque Caïn a honoré Dieu dans (son) offrande par des produits de seconde qualité et de moindre valeur, (tirés) de ses récoltes, et qu’il a été dédaigné et méprisé par rapport à Abel, et que n’ayant pas supporté que (celui-ci) soit préféré, il est devenu malade de jalousie, et a souillé sa main droite par le meurtre de son frère, c’est avec justice qu’il a été condamné à un châtiment. Quant à Énoch, c’est lorsqu’il eut pratiqué la justice qu’il fut transféré. De même, ceux qui étaient avant lui et qui vivaient de la même manière que lui, plaisaient à Dieu et étaient les familiers de Dieu ; et cependant ils n’avaient, pour les conduire vers le bien, absolument aucune loi écrite à devoir observer. N’avaient-ils pas en eux-mêmes la loi naturelle qui leur suffisait pour se diriger ?

Et parce que la perversité n’a été abolie ni par le déluge, ni par la division des langues, ni par les éclairs incendiaires envoyés contre Sodome, ni, en (sens) contraire, par les patriarches qui surgissaient de temps en temps et auraient pu comme de vivantes colonnes de la perfection entraîner par leur exemple ceux qui étaient attachés au péché, dès lors la loi naturelle était submergée par les passions et ne retenait absolument personne pour le redresser par sa conscience : l’esprit de tous les hommes ayant adopté ce fonds de perversité, en raison de la multiplication de leurs péchés, ils ne pensaient plus que c’était là pécher.

Dès lors, par conséquent, il y avait besoin d’une autre loi, qui fut un rappel par écrit. En effet le fait que le péché s’était accumulé et élevé comme à la hauteur d’une montagne et qu’il avait estompé la loi naturelle, constituait une excuse pour ceux qui péchaient ; car ils pouvaient dire : « Alors que nous avons été submergés par le mal et qu’il aurait fallu qu’un rappel (à l’ordre) nous fût présenté, il ne nous a pas été présenté ». C’est ce qui a été dit par l’apôtre : Car jusqu’à la loi le péché était dans le monde ; or le péché n’était pas imputé, lorsqu’il n’y avait point de loi (Rm 5, 13). « D’une part le péché, dit-il, était dans le monde ; d’autre part, il devait, lorsqu’il n’y avait point de loi qui le reprenne, ne pas être imputé à ceux qui péchaient ».

Mais, après que la loi donnée par Moïse fut entrée subrepticement et qu’elle eut amené à prendre conscience du péché ceux qui n’en avaient pas conscience, elle fit en sorte que ce (péché) fût imputé. En effet on voit ceci également chez les malades : après qu’un premier remède a été appliqué, par exemple un régime qui a été observé et suivi, si la cause qui provoque la maladie se trouve renforcée du fait du manque de discipline du malade, et que la puissance de ce remède s’en trouve affaiblie, si une autre sorte spéciale et plus efficace d’une deuxième médecine ne lui est pas appliquée et que nous négligeons d’en blâmer le malade, c’est le médecin que nous blâmerons, en disant en propres termes que c’est de la faute du malade que cela s’est produit, et cela quoique ce soit le malade lui-même qui ait fourni les causes de l’aggravation de sa maladie. Mais si c’est sans omission et au temps (voulu) pour chaque chose que le médecin applique les moyens de la médecine, (les griefs) de l’accusation se retournent justement contre le malade.

 

A ce moment donc la loi écrite fut donnée, pour que notre habitude de pécher, qui faisait abonder et se multiplier le péché, n’échappe pas pour nous au reproche, et que le péché fût imputé à ceux qui pèchent après l’établissement de la loi et le rappel que celle-ci (provoque).

Mais afin que personne en objectant ne dise encore : « La loi elle-même a-t-elle donc fait cesser complètement le péché ? » , l’apôtre, lui, devance l’objection et dit: « La loi a été donnée pour le secours, car Dieu a donné la loi pour le secours (Citation non identifiée) comme dit le prophète Isaïe ; quant à notre nature qui était sans vigueur, et dont la force était tarie, et qui avait été affaiblie par la transgression du commandement d’Adam, il ne l’a pas fortifiée, il ne l’a pas ramenée à la santé qui lui était nécessaire, il ne l’a pas délivrée de la corruption. Il a dit en effet : Tu ne tueras pas, tu ne commettras point d’adultère (Ex 20, 13-14), et par là il a enseigné qu’il faut fuir le péché ; et il a ajouté : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu (Dt 6, 15) et : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19, 18) ; et par là il a montré la voie de la perfection. Mais il n’a pas mis dans la (loi) la force pour le redresser, et il n’a pas redressé la nature humaine courbée par le péché : de même que si l’on donne à quelqu’un qui est devenu vieux et qui est courbé vers la terre, un bâton pour le soutenir et le porter, et qu’on ne lui fournisse absolument aucune force pour marcher, on ne fortifiera pas par une énergie quelconque ses pieds qui trébuchent et chancellent du fait de la vieillesse ».

La mort, en effet, dit-il, a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n’avaient pas péché, à la ressemblance de la transgression du commandement d’Adam, lequel est la figure de celui qui doit (venir) (Rm 5, 14). Car la mort, qui depuis Adam est entrée dans notre nature, n’a pas été entravée par la loi de Moïse. Ici en effet il met sous le nom de Moïse la législation et la règle de vie qu’il a donnée, comme il est dit dans les évangiles au sujet de ceux qui vivaient en ce temps-là selon la loi : Ils ont Moïse et les prophètes (Lc 16, 20), et cela quoique Moïse eût quitté ce monde depuis longtemps et qu’il fût parti vers Dieu. La mort a donc passé, et dans sa marche elle est parvenue jusqu’à la fin même de la règle de vie qui est dans Moïse et jusqu’à la vie qui est dans la loi, que le Christ et l’Évangile ont abolies et abrogées. Et elle a passé en régnant même sur ceux qui n’avaient pas péché (Rm 5, 14). Et comment la mort a-t-elle régné sur ceux qui ne péchaient pas et qui ne faisaient pas des œuvres de mort ? Il répond et dit : « Ce n’est pas par suite des fautes qu’ils commettent -car ils n’ont pas péché – mais c’est à la ressemblance de la transgression du commandement d’Adam (Rm 5, 14). A la ressemblance, dit-il, de la transgression du commandement du premier père Adam, en tant que ses enfants, ils étaient saisis par le billet du péché qui descendait de là ».

Et afin que personne ne dise : « Comment est-il juste que, à cause de la chute du père, ceux qui sont issus de lui soient coupables, alors qu’ils ne pèchent pas » ?, en supprimant d’avance l’objection, il a fait la jonction entre la deuxième (partie) et la première, en disant : A la ressemblance de la transgression du commandement d’Adam, lequel est la figure de celui qui doit (venir) (Rm 5, 14). « Retiens, dit-il, ta langue, ô accusateur. En effet, même si la ressemblance du premier Adam passe pour avoir nui à ceux qui n’avaient pas péché, parce que les peines de la corruption et de la transgression du commandement ont passé chez tous les hommes, cependant, en vérité, elle a fait naître la ressemblance d’une très grande charité, puis qu’elle est devenue la figure du second et futur Adam qui est le Christ. Le (premier) s’étant laissé convaincre avait obéi à Ève ; et après avoir goûté du fruit de l’arbre il fut condamné à engendrer des enfants dans la douleur et fut destiné à la mort ; car c’est là ce que proclame la (parole) : Tu enfanteras des enfants dans les douleurs (Gn 3, 16), et la (parole) : Tu es poussière et c’est à la poussière que tu iras (Gn 3, 19). Mais le (second) a germé d’une femme vierge, lorsqu’il s’est incarné de l’Esprit Saint et d’elle, et il a béni notre passage à l’existence.

Et, après avoir greffé, pourrait-on dire, l’incorruptibilité dans la souche de notre nature, c’est par les contraires qu’il a guéri les contraires ; et il est devenu pour nous les prémices de tous les biens, lorsqu’il a transformé de nouveau les chagrins en joies : quand il a mis une femme en face de la (première) femme ; une vierge sanctifiée en face de celle qui a été trompée par le serpent ; la Mère de Dieu, en face des entrailles qui ont enfanté Caïn ; en face de celle qui enfante dans les douleurs, la malédiction et la corruption, celle qui a enfanté dans la joie, la bénédiction et l’incorruptibilité ; car elle entendait : Tu es bénie entre les femmes et le fruit de tes entrailles est béni (Lc 1, 42) ; et les bergers recevaient d’un ange l’annonce d’une grande joie qui sera pour tout le monde parce qu’il vous est né aujourd’hui un sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David (Lc 2, 10-11). Et en face d’un bois il a dressé un bois ; en face de celui de la désobéissance, celui de l’obéissance ; car pour nous désobéissants, il a obéi au Père jusqu’à la mort et la mort de la croix (Cf Ph 2, 8). Et il a disposé des mains en face de la (première), celles qui ont été attachées avec les clous, en face de celle qui a touché imprudemment ce qui était défendu, afin que nous-mêmes nous clouions à la croix nos mains, c’est-à-dire (nos) actions, en les faisant mourir aux œuvres du monde. Et en face d’une façon de goûter, il a opposé dans la balance une (autre) façon de goûter : en face de cette gourmandise effrénée, cette abstinence qui nous instruit et nous guérit, je veux dire par le (goût) du vinaigre et du fiel. Et voici tout en résumé : en face de la (parole) : Tu es poussière et c’est à la poussière que tu iras, et : Tu retourneras à la terre d’où tu as été pris (Gn 3, 19), il a dressé la résurrection, et la vie qui (vient) de la mort, et la vivification qui vient de la mortalité, semence de notre renaissance et de notre résurrection.

C’est ainsi en vérité qu’il est allé également au shéol, lorsqu’il est descendu dans les régions inférieures de la terre, non pas avec la divinité seule – comment en effet, puisqu’elle remplit tout et qu’elle ne peut être vue ? – ni en se changeant sous l’apparence d’une âme – car il fallait des profondeurs mêmes de la terre chasser l’imagination comme funeste – mais, en étant uni d’une manière ineffable à l’âme que le bon pasteur a livrée pour ses brebis (Jn 10, 11). Et c’est ainsi qu’il est apparu aux âmes enfermées là-bas, afin de délivrer ceux sur qui la mort a régné, alors qu’ils n’avaient pas péché, à la ressemblance de la transgression du commandement d’Adam (Cf Rm 5, 14) ; et c’est pourquoi, quoiqu’ils ne fussent pas en proie à des tourments, ils étaient enfermés cependant, et il y avait pour eux interdiction de prendre le chemin du Paradis et du repos dans les régions de lumière – ils y demeurent aussi, depuis qu’ils y sont montés, après la résurrection, avec leurs esprits en même temps que le Christ, jusqu’à ce que vienne la résurrection totale et la béatitude finale du royaume des cieux. D’autre part (il voulait) dire aussi à ceux qui étaient dans les liens : Sortez, et à ceux qui étaient dans les ténèbres : Soyez éclairés (Is 49, 9). C’est pour cela également que les paroles de justice et l’équité de jugements exempte d’hypocrisie l’appelaient Juste et Charitable.

L’apôtre Pierre dit également aussi : Lorsqu’il est allé prêcher également aux esprits qui étaient en prison, qui n’avaient pas obéi autrefois (1 P 3, 19), en résolvant cette objection que quelques-uns formulent ainsi : « Si l’inhumanation est utile, pourquoi ne s’est-il pas incarné bien plus tôt ? « Voici en effet qu’il est allé prêcher également aux esprits qui étaient en prison (1 P 3, 19) pour délivrer tous ceux qui devaient croire en lui. Ah ! S’il était venu en s’incarnant au temps où ils étaient sur terre ! Car ceux-là aussi, lorsqu’il est apparu et qu’il a été vu dans les profondeurs de la terre, l’ont reconnu nécessairement, et se sont réjouis de son apparition.

Et que personne ne dise : « Il est dit quelque part dans le livre divin au Dieu de l’Univers : Il n’y a pas d’homme dans la mort qui se souvienne de toi, et dans le shéol qui te confessera ? (Ps 6, 6) » Car il est écrit : Les morts ne verront pas la vie (Is 26, 14) ; mais le même prophète dit : Les morts ressusciteront, et ceux qui sont dans les tombeaux se lèveront (Is 26, 19). La première phrase est générale et universelle, se rapportant à toute nature, et la deuxième est particulière et surnaturelle et ne relève que du don et de la seule puissance de Dieu. Car, parmi les choses qui font partie de l’Économie et de l’inhumanation qui (a été opérée) pour nous, beaucoup sont étonnantes et sortent des bornes de la nature.

Mais il est temps que nous apportions aussi une solution convenable à l’autre (question) qui paraît difficile, est formulée par beaucoup de gens et fait l’objet d’interrogations, (à savoir) ce qui est écrit par l’Apôtre aux Corinthiens au sujet du Christ : Et lorsque tout lui aura été soumis, alors lui-même le Fils aussi sera soumis à celui qui lui aura tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous (1 Co 15, 28). Il faut donc savoir que Dieu, en raison de sa qualité de créateur, de (son) pouvoir et de (sa) puissance ineffable, bon gré mal gré, est le Dieu de nous tous et le Seigneur et le roi ; et d’après l’opinion la plus excellente il est le roi et le Dieu, non pas de tous les hommes, mais seulement de ceux qui veulent et de ceux qui vivent selon la perfection, et de ceux sur qui le péché n’a pas régné dans leur corps mortel (Rm 6,12), ainsi que dit Paul. En effet c’est sous ce rapport qu’il est nommé le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, et que le prophète psalmiste loue : Mon roi et mon Dieu (Ps 5, 3), de même en vérité que celui qui est dominé par le péché et par les passions honteuses n’est pas soumis à Dieu, et que, étant soumis aux choses contraires, il passe pour lever les mains contre la royauté légitime.

Lors donc que le Christ s’humilie lui-même pour notre salut, il s’est approprié tout ce qui est à nous. Et comme nous-mêmes nous avons été sous la malédiction, il a attiré sur lui la malédiction, afin d’effacer celle-là, et pour cela il a été appelé et est même devenu malédiction. Paul en effet dit : Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en devenant malédiction pour nous – car il est écrit : Maudit quiconque est suspendu au bois – afin que la bénédiction d’Abraham soit sur les nations dans le Christ Jésus (Ga 3, 13-14). Sous ce rapport nous disons encore qu’il a été nommé péché ; celui, en effet, dit-il, qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous-mêmes nous devenions en lui justice de Dieu (2 Co 5, 21).

Donc de même que c’est pour nous qu’il a été nommé malédiction et péché, de la même manière, quand nous-mêmes nous ne vivons pas selon les commandements, mais que nous sommes agités par les passions, c’est en s’appropriant (notre) rébellion et notre insoumission qu’il est dit lui-même insoumis, en sorte que, quand, en nous instruisant et en nous enseignant par l’Évangile et en nous amenant à la connaissance, il éloignera de nous le péché rebelle et nous soumettra à la grâce, également dominés que nous serons par la justice, et qu’il nous amènera à Dieu, il passe alors lui-même pour être soumis désormais, en s’ appropriant notre soumission à la place de l’insoumission et de la désobéissance ; et lui-même également, il est compris et il est dit être soumis, afin que Dieu soit tout en tous (1 Co 15, 28). Alors, en effet, ce n’est pas seulement parce qu’il est créateur, mais c’est aussi par la connaissance en toutes choses également, qu’il sera le Dieu de ceux qui ont été soumis, des uns d’une part qui l’ont déjà connu à cause de la perfection et lui ont été soumis, (et) des autres d’autre part quand finalement ils le connaîtront dans le tourment interminable qui dès maintenant brûle, sans éclairer. Que personne, en entendant au sujet du Fils la (parole) : A celui qui lui aura tout soumis, ne pense que la puissance lui manque et qu’il est dans le besoin, en sorte qu’il ait besoin du Père qui assujettisse et soumette tout à lui. En effet la Trinité sainte est égale en toutes choses ; et elle ressortit en vérité à une seule essence et à une (seule) opération et à une (seule) puissance, même si la forme extérieure de la phrase est elle-même construite autrement. En effet si le Père est dit faire aussi quelque chose, nécessairement c’est par le Fils et dans l’Esprit qu’il (le fait). Et, à proprement (parler), Paul a écrit aux Philippiens, au sujet du Fils, d’après l’opération qu’il peut et qu’il se soumet toutes choses (Ph 3, 21).

Tremblons donc, mes bien-aimés, nous qui entendons que le Christ est dit être insoumis à cause de notre désobéissance, de notre état d’opposition et de la guerre de (nos) passions. Et soumettons-nous à l’Esprit, et rejetons la vie adonnée aux passions, et préparons-nous nous-mêmes, afin qu’en nous aussi Dieu soit tout en tous (1 Co 15, 28) ! A lui la gloire dans les siècles. Amen !

 

Fin de l’homélie 49

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