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HOMÉLIE 47

Sur l’Ascension du Grand Dieu et Notre Sauveur Jésus-Christ

Pour moi, lorsque je réfléchis à la magnificence du jour présent, je n’ai pas lieu de rester silencieux devant (un tel) prodige. En effet, celui qui est descendu dans les régions inférieures de la terre est monté au-dessus de tous les cieux (Ep 4, 9-10). Mais alors que faire ? Ferai-je l’éloge de la charité de cette descente ? Ou bien louerai-je la grandeur divine de la montée ? Il faut, en effet, à la fois, faire l’éloge de celle-là et louer celle-ci, mais ne faire absolument aucune investigation (sur l’une ou sur l’autre) ; car le mode de la descente est incompréhensible, de même que le prodige de la montée est également impénétrable.

En effet, où donc est-il descendu celui qui est présent à tout lieu ? Ou bien, où est-il remonté celui qui remplit tout ? Si, d’une part, (c’est) incorporellement, (il) ne (va) nulle part. Car où ira-t-il et partira-t-il, celui qui est infini et illimité et qui n’est contenu dans aucun lieu ? Or lui, il renferme et contient tout en lui. Mais si, d’autre part, il est venu corporellement – en effet le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous (Jn 1, 14) – lorsque, sans changer et sans être contenu, il s’est uni hypostatiquement à la chair qui a une âme intelligente et qu’il est resté ce qu’il était, même après qu’il est devenu homme, il est entré sur terre comme premier-né parmi de nombreux frères, et il est monté (Rm 8, 29), en étant lui-même ainsi, c’est-à-dire incarné, au-dessus de tous les cieux, comme Fils unique du Père (Ep 4, 10 ; cf. Jn 1, 24).

Car Paul, parlant du Christ aux Colossiens, a écrit : En lui habite corporellement la plénitude de la divinité (Col 2, 9) c’est-à-dire : ce n’est pas une opération partielle du Verbe, ainsi que dans les prophètes, mais c’est le Verbe de Dieu lui-même, (et) celui-ci en plénitude et vivant et en personne ; non pas, en habitant, comme par un amour d’ami, par grâce et par participation, mais en s’ « incorporant », c’est-à-dire en s’incarnant, selon l’essence en vérité et par une union naturelle ; c’est là, en effet, le fait d’habiter corporellement.

Et que le mot d’« habitation » soit dit souvent aussi de ceux qui sont unis hypostatiquement, Paul l’a attesté, lui qui écrit au sujet de notre corps : Si notre maison terrestre du corps est détruite (2 Co 5, 6) ; un des amis de Job aussi (s’exprime) de la même manière, en disant au sujet de tous les hommes : Et combien plus à ceux qui habitent dans des maisons de boue (Jb 4, 19), de la même boue dont nous aussi nous sommes. Et que personne ne soit troublé en faisant cette réflexion : « Si le Christ est le Verbe de Dieu qui s’est incarné, quel autre (être) existera en dehors de lui, en qui a habité la plénitude de la divinité (cf. Col 2, 9) ? »

En effet le livre divin a l’habitude parfois aussi de nommer la partie d’après le tout, de même que Paul également a appelé l’âme « l’homme intérieur » et le corps « l’homme extérieur » ; et quoique l’homme pris en sa totalité ne soit pas une partie, mais une seule hypostase qui (est) de deux, cependant ce n’est pas parce qu’en vérité on a parlé de l’homme intérieur et de l’homme extérieur que nous comprenons cet être unique (comme) deux hommes. 

Et l’on peut voir également une pareille façon de s’exprimer dans ce qui est dit selon le prophète David : La nuit je méditais avec mon cœur (Ps 76, 7). En effet, de quel autre s’agit-il pour celui qui méditait avec son cœur, si ce n’est qu’il parle de son cœur même, dans lequel il retournait lui-même (ses) pensées ? Car ce n’est pas parce qu’il y a comme une manière de s’exprimer à deux personnes, que pour cela nous penserons que cet unique (être) est deux cœurs.

De même Jacques aussi, en écrivant l’Épître catholique, a dit au sujet de notre âme : L’Esprit qu’il a fait habiter en nous désire ; mais il donne une grâce qui est plus abondante (Jc 4, 5-6). Et cependant nous, nous sommes un homme qui (est composé) d’une âme et d’un corps. Quelle autre âme donc, ou (quel autre) esprit a-t-il fait habiter en nous ? Mais il est bien certain qu’il a dit : En nous, alors qu’il lui fallait dire : « Dans le corps », lorsque, au lieu de signifier la partie, il s’est servi du nom du tout ; et ce qu’il dit est de cette sorte : « L’Esprit qui est en nous désire ardemment la familiarité avec Dieu, en se détournant de l’amour du monde, et celui-là (Dieu) donne une grâce qui est plus grande que le désir ».

De la même manière le prophète Zacharie dit également : Celui qui a formé l’esprit de l’homme en lui (Za 12, 1). En effet quel autre esprit en dehors de l’homme comprendra-t-on y avoir été formé ? Mais ne regardons pas la manière de s’exprimer, mais considérant la nature des faits, comprenons que celui dont il est question est un et non pas deux, parce qu’en vérité l’homme (qui est) de deux est une seule personne et une seule hypostase.

Mais quand je parle au milieu de ces sujets, la grandeur du don me réveille et me redresse, et devant la richesse de la charité qui nous concerne je suis dans l’admiration, en voyant aujourd’hui que celui qui a pris de la semence d’Abraham (cf. He 2, 16), celui qui (est sorti) de la racine de Jessé et de David, celui qui a germé de l’Esprit Saint et du sein virginal, celui qui (a été) dans la conception, celui qui (a été) dans la naissance, celui qui (a été) à Bethléem, celui qui (a été) dans les langes, celui-qui (a été) dans la crèche, celui qui (a été) dans la croissance de la taille corporelle, et – ceci vient en dernier lieu et est très remarquable – celui qui (a été) sur la croix, celui qui (a été) dans le sépulcre, celui qui a été au shéol même, ( en voyant, dis-je, que celui-là) a dépassé les cieux, les principautés, les puissances, les vertus, les trônes, les dominations (cf. Ep 1, 21), qu’il a dépassé en courant toute la création intelligente, et qu’il est monté jusqu’au trône plus élevé et plus royal que tout, et qu’il y est assis conjointement avec le Père.

Et en effet le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma, droite (Ps 109, 1), entends-tu dire au divin David lui-même qui chante prophétiquement. Que dirons-nous donc au sujet de ces (paroles), si ce n’est que, sans contredit, grand est le mystère de la piété (1 Tm 3, 16), lequel en vérité, sans avoir besoin d’aucun artifice verbal, du fait de la prédication, chasse au dehors les inventions des hérésies, et montre la vérité de façon claire et lumineuse plus brillante que tout.

En effet, si dans ce qui est rapporté parmi les paroles de l’Économie, il n’y avait rien qui soit digne de Dieu, qui ait montré que l’Emmanuel lui-même est Dieu, ni l’étoile extraordinaire qui a brillé comme pour éclairer les pas des mages et les amener à l’adoration de celui qui est né, ni les présents (qu’ils ont offerts) indiquant que celui qu’ils honoraient est Dieu et roi – il y avait en effet de l’or et de l’argent, mais il se trouvait qu’ils avaient aussi de la myrrhe, signe de la sépulture volontaire et vivificatrice de trois jours – ni la guérison des souffrances de tout genre, et la restauration, c’est-à-dire le retour à l’intégrité des membres nécessaires et très appropriés, (réalisée) avec une puissance bien digne du créateur, ni les reproches faits à la mer et aux vents, et la marche admirable sur l’(élément) humide, ni les pains, tantôt sept et tantôt cinq, qui rassasiaient plusieurs milliers (de personnes) – et, des fragments qui en sont restés, coulent des sources abondantes – ni la résurrection des morts qui se fit de façon étonnante sur un simple commandement, ni le soleil qui au crucifiement se coucha à midi, puis ralluma de nouveau ses rayons et se coucha enfin selon les décrets et les lois fixés pour lui et établis depuis le commencement pour laisser la place au soir, ni la terre qui tremble, les rochers qui se fendent, le sépulcre scellé et gardé, vaincu par la résurrection et qui fait jaillir la vie au lieu de la corruption, s’il n’y avait pas ces choses et d’autres en plus grand nombre encore, le fait d’être assis à la droite du Père proclame que Jésus est Dieu, et ferme les bouches béantes et impudentes de ceux qui altèrent la profession de la foi orthodoxe.

Comment en effet ceux qui imaginent et enseignent la folie d’Arius diront-ils que le Verbe de Dieu est une créature, s’ils viennent à considérer que celui qui est incompréhensible et inaccessible pour les créatures, est assis sur le trône élevé au-dessus de tout ? Le Seigneur, en effet, a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite (Ps 109, 1). Et la créature est une servante, et non pas une maîtresse, en sorte qu’en vérité, s’il n’était pas Seigneur par nature, et de la même essence et royauté et gloire que le Père a également, le trône ne le recevrait pas, du fait qu’il serait absolument hors-série et étranger.

Et ces mêmes opinions condamnent également ceux qui disent deux natures après l’union ineffable, cet unique notre Seigneur et notre Dieu Jésus Christ. En effet, s’il n’est pas une (seule) nature et une seule hypostase incarnée celle de Dieu le Verbe, il est de toute nécessité que dès lors nous ajoutions faussement à la Trinité une quatrième personne ; car la dualité établit chaque nature à soi, à part et par soi, et, une fois que la nature humaine est distincte du Verbe, il lui sera nécessairement attribué une personne propre ; et, à son tour, le trône royal chassera celui qui est absolument hors-série et étranger, et non pas seulement en tant qu’étranger, mais encore en tant que en surnombre ; car, comment n’est-il pas en surnombre celui qui fait de la Trinité une quaternité, et qui introduit et fait habiter dans le ciel un homme qui a été fait Dieu, et qui le compte en même temps que la créature incréée et adorable, et qui tout à coup crée et compose un Dieu nouveau, ainsi que les païens ont coutume de fabriquer et d’appeler faussement des dieux, ceux qu’ils cherchent parmi les hommes, et de les faire monter au ciel ?

Mais telle n’est pas la part de Jacob, dit Jérémie, parce que celui qui a formé l’univers est lui-même son héritage ; son nom est le Seigneur des armées (Jr 10, 16). Et en effet ce n’est pas après avoir grandi en vertu et être venu à la croissance parmi les hommes que le Christ a été appelé Dieu ; mais au contraire, c’est quand, étant Dieu par nature en tant que Verbe, qu’il s’est anéanti lui-même (Ph 2, 7), lorsque sans changement il s’est fait homme lui-même, lorsqu’il s’est incarné et qu’il s’est fait homme de l’Esprit Saint et de la Vierge sainte et mère de Dieu, après s’être uni, selon l’hypostase, le corps qui nous est consubstantiel et qui est doué d’âme et d’intelligence, à l’exclusion du péché, afin que, de tout le composé humain, il effaçât la faute d’ Adam, parce que, un de deux, à savoir de la divinité et de l’humanité, il est une seule personne, une seule hypostase.

C’est pourquoi il n’y en a pas d’autre qui soit monté au ciel si ce n’est celui qui en est descendu ; car celui qui est descendu, lui-même, est également celui qui est monté au-dessus de tous les cieux (Ep 4, 10) (comme) nous entendons Paul le crier. Et quoique ce soit sans chair qu’il est descendu et avec la chair qu’il est monté, cependant par ce fait qu’il est un seul, même ainsi, c’est lui et pas un autre qui est monté. Mais, s’il est en deux natures, selon les fables du culte de l’homme, c’est un autre que le Verbe a fait monter en même temps que lui, et celui qui n’est pas descendu se trouvera être monté. Mais, comme il est un, le trône éternel aussi l’a reçu conformément à la coutume, en tant qu’il est avant les siècles.

Il entendait : Ton trône, en effet, Dieu, est pour les siècles (Ps 44, 7) ; et les armées bienheureuses et les esprits intellectuels et immatériels professèrent qu’il est le roi de gloire et leur Seigneur, et (cela) non pas simplement, mais en montrant comme du doigt, parce qu’il était incarné, celui qui autrefois était invisible ; quand ceux-ci posaient de façon péremptoire la question : Qui est ce roi de gloire (Ps 23, 8) ? ceux-là répondaient très clairement : Lui, il est le roi de gloire (Ps 23, 10), afin que nous pensions qu’il est un et le même,  et non pas un autre et un autre.

Ainsi il nous a ressuscités avec lui et nous a fait asseoir en même temps que lui (Ep 2, 6), lorsqu’il s’est incarné la chair qui nous est consubstantielle. En effet, si la chair elle-même était d’une autre essence ou si elle était une certaine imagination sans hypostase, ce serait donc plutôt d’autres choses, je veux dire des ombres et des hallucinations qu’il aurait fait asseoir en même temps que lui, et non pas nous. Cependant l’apôtre, lui, dit en vérité que nous sommes ressuscités nous-mêmes et que nous nous sommes assis en même temps que lui. Et il n’aurait pas dit cela, s’il ne s’était pas uni ce corps qui est le nôtre, et non un autre.

Ô charité ineffable ! Ô honneur dont nous avons été honorés ! Dès le commencement en effet, lorsqu’il nous a fait passer du néant à l’existence, c’est dans cette boue qui est la nôtre et dans un vase d’argile, qu’il a mis une âme raisonnable et son image particulière, et qu’il a parachevé l’homme. Mais parce que ce qui est terrestre a prévalu sur ce qui est supérieur, et que la beauté de l’image a été obscurcie par la vie charnelle, le Verbe, le Créateur, en se faisant homme, nous fait monter tous, avec la boue même et avec l’image, jusqu’au ciel ou plutôt jusqu’au trône qui est au-dessus des cieux.

Pourquoi donc nous qui avons été honorés d’un tel honneur, doutons-nous encore cependant du royaume des cieux qui nous est promis, alors que nous avons là-haut les prémices de notre race, et que par elles c’est comme si nous avions un pâturage au ciel et que nous y paissions. Cependant, ô homme, quand tu achètes un champ, dès que tu prends possession d’une prairie, tu n’hésites pas le moins du monde, tu ne doutes pas qu’elle t’appartienne, et alors tu t’efforces de l’entretenir. Mais, tandis que tu as une prairie dans le ciel, tu ne prends pas de peine pour les choses du ciel, mais tu regardes en bas, en allant et venant sur la terre comme les vers de terre, en restant attaché à la puanteur de ce monde et en enfermant ton intelligence dans des préoccupations éphémères.

Mais écoutons Paul nous dire ce qu’est (cette) culture, c’est-à-dire l’exploitation des choses célestes, et appliquons-nous joyeusement à celle-ci afin d’obtenir les biens éternels. Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, où est le Christ, assis qu’il est à la droite de Dieu : appliquez-vous aux choses d’en-haut, et non pas à celles qui sont sur la terre ; car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu (Col 3, 13). Voilà la culture et l’exploitation ; et quelle est la récompense ? Quand, dit-il, le Christ, notre vie, sera manifesté, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui dans la gloire (Col 3, 4). En effet c’est à lui qu’est la gloire pour les siècles. Amen !

 

 

Fin de l’homélie 47

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