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HOMÉLIE 45

Sur ce (verset) écrit par l’apôtre à Timothée : Exerce-toi à la piété ; car l’exercice corporel est utile à peu (de choses), mais la piété est utile à tout, elle qui a la promesse de la vie, de la (vie) présente, et de la (vie) à venir. Et sur ce qui a été dit par notre Sauveur à Marie : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père.

Et sur la victoire du pieux empereur (Anastase), qui nous a été annoncée.

 

Le désir de s’instruire faisant s’approcher de moi les (auditeurs) pour l’explication des paroles divines et l’éclaircissement des questions difficiles, en tout temps, (mais surtout) aux jours plus graves de la passion salvatrice du Christ et de sa Résurrection, ils ont choisi deux passages du livre inspiré par Dieu, demandant qu’ils soient jugés dignes d’être expliqués. De ceux-là, voici le premier, dont l’occasion vient du jeûne. Ils disaient en effet : Faut-il subir la peine provenant du jeûne, seulement pour faire partager aux indigents de ce que nous avons, mais encore pour exprimer la vérité sur nos lèvres, pour écarter nos mains de l’iniquité, pour nous éloigner de la cupidité, et pour pratiquer les œuvres de piété, puisque Paul écrit à Timothée : Car l’exercice corporel est utile à peu (de choses) mais la piété est utile à tout (1 Tm 4, 7-8).

La seconde question tient sa force de la fête et de la résurrection même, car ils demandaient aussi à apprendre quel est le sens de ces paroles que le Sauveur universel dit à Marie après sa résurrection des morts : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père (Jn 20, 17). Et comme je leur ai promis aussi de dire un mot à l’église sur ce sujet, de la sorte, non seulement ils auront abondance d’explications, mais encore, outre cela, ils seront, récompensés par Dieu, pour avoir été cause d’une audition profitable à l’ensemble. Mais, des occupations angoissante de toute sorte m’étant advenues, et le découragement et quelques ténèbres ayant envahi mon esprit, je n’ai pas pu bien réfléchir, et le silence m’a saisi ; et comme le dit le prophète David : Je suis resté muet et à plat ; j’ai cessé de faire le bien et ma douleur s’est exacerbée (Ps 39, 3) ; maintenant aussi certes, comme cette angoisse brûle encore en moi, je suis encore dans l’obscurité, obnubilé de tristesse ; alors en guise de conseil, je me suis servi de l’ordonnance établie par le Saint Esprit qui dit : De toute votre inquiétude déchargez-vous sur lui, car il a soin de vous (1 P 5, 7), et aujourd’hui je vais payer cette dette qui a dépassé le jour de son (échéance).

La parole de l’apôtre qui dit : Ton âme est exercée à la piété, mais la piété est utile à tout, parce qu’elle a la promesse de la vie, de celle de maintenant et de celle à venir (1 Tm 4, 7-8), certains la prennent comme d’un exercice bon et utile, mais pour ceux qui s’exercent corporellement et qui apprennent ; mais moi je dis que, pour ceux qui s’exercent au combat, lequel procure une bonne santé à ceux qui apprennent, cet (exercice) est de peu de profit, car il se limite au corps et se termine à lui.

Mais la piété, qui est un exercice de l’âme et cette purification par les vertus, est utile à tout, parce qu’elle a la promesse de la vie, de celle de maintenant et de celle à venir. Car ceux qui s’exercent dans les labeurs de la vertu, ce n’est pas seulement en cette vie qu’ils espèrent dans le Christ, mais ils visent celle à venir, où sont les récompenses des combats indicibles et sans fin, celles que l’œil n’a pas vues et l’oreille pas entendues et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme (1 Co 2, 9).

Mais d’autres donnent pour ce passage l’explication que voici : ils disent en effet que cet exercice corporel est éclairé par ces versets qui le précédent : quand en effet l’apôtre dit : Quant aux fables impies et aux (racontars) de vieilles femmes, rejette-les (1 Tm 4, 7), il amène ensuite ceci : Mais exerce-toi à la piété, car l’exercice corporel est utile à peu (de choses) (1 Tm 4, 7-8) ; mais par les fables impies et (racontars) de vieilles femmes, ils disent qu’il évoque les observances légales, ces choses que pratiquaient les Juifs, surtout quand ils les adultéraient, et après qu’elles avaient vieilli et étaient devenues proches de la corruption, ils les transmettaient à contretemps ; car ce qui est présenté en temps opportun est utile, et ce qui est présenté en temps inopportun n’est pas utile : c’est comme si quelqu’un, arrivé à la taille d’un homme fait, voulait prendre le sein pour grandir, comme en se nourrissant de lait.

Donc, comme ces observances légales, que Paul appelle des racontars et des contes de vieilles femmes au sujet de ces Juifs qui en usaient à contre temps et de façon impie, du même nom il appelle aussi l’exercice corporel, car les observances légales sont corporelles, même si elles sont dépeintes comme débouchant en fait, pour finir, en contemplations spirituelles ; en effet, ainsi qu’il apparaît clairement, elles traitent de la purification du corps et des lustrations de la chair, en quoi encore il y a peu de profit, et combien d’entre elles ne contenaient que de l’ombre ; et la loi de Moïse était ambiguë.

L’apôtre donc, en écartant Timothée de cet exercice corporel et de cette conduite selon la loi, attirait cette race venant des gentils pour passer outre loin des Juifs et l’établir dans la vie évangélique en disant : Mais la piété est utile a tout parce qu’elle a lei promesse de cette vie actuelle et de celle a venir  (1 Tm 4, 7-8) : d’un côté en effet, ce qui est récompense temporaire : la terre promise, l’oppression des ennemis, l’abondance des fruits et la prospérité et les délices actuelles ; de l’autre, l’adoption filiale, le don enrichissant de l’Esprit, et, avec cette vie présente, la vie à venir aussi qui n’a pas de fin.

Vois-moi la subtilité de pensée de l’apôtre : il n’a pas dit en effet que l’exercice corporel est utile, mais il a dit qu’il était peu utile, car il l’a concédé en disant que même maintenant il occupe une (place), qu’il est encore ambigu et que c’est sa conduite à lui. Mais même s’il accordait cela, ce serait de peu d’utilité, car les récompenses pour lui sont temporaires ; la piété, au contraire, c’est-à-dire cette conduite selon l’évangile, possède les promesses de la vie à venir, car, manifestement, il est grand ce mystère de la piété, celui qui est annoncé par l’évangile.

Mais d’aucuns disent que l’exercice corporel, ce sont les labeurs de la vie ascétique, le jeûne, le fait de ne pas se laver, de coucher sur le sol, et ces autres (pratiques) par lesquelles le corps est maîtrisé. Mais la piété, c’est la purification des pensées, car se tenir à l’écart de la nourriture est connu, en effet, pour refréner les rébellions, les violences et l’amour des passions corporelles, mais cela n’éloigne pas des pensées impures, ou persuade de contenir la colère, ou émousse l’aiguillon de la jalousie, ou retient la folie de l’avarice, ou abat l’orgueil, ou incite à l’amour pour le prochain et l’enseigne. Ainsi donc l’exercice corporel ravale seulement la chair et est quelque chose d’inférieur, c’est-à-dire se rapportant seulement à elle.

Source de profit au contraire est la piété, celle qui garde les pensées, qui purifie l’âme, qui, dépouillant le vieil homme, l’introduit à la contemplation naturelle et fait voir aux hommes, à mesure qu’elle est saisie par eux, quelles sont les paroles de la création, et (leur) fait toucher dans la théologie ce qu’on attend comme une autre béatitude.

Donc, à ceux qui se laissent conduire par elle, la piété accorde ces récompenses, et, déjà en cette vie présente ici-bas, elle fait goûter la vie à venir à ceux qui sont à son école, leur accordant comme arrhes de la vie cette contemplation ici-bas de ce qui est espéré là-bas. C’est pourquoi l’apôtre, parce que la (piété) a la promesse c’est-à-dire la promesse de la vie, parle de celle d’ici-bas et de celle à venir (1 Tm 4, 8). Car, cette vie présente, personne ne l’appelle principalement une vie, mais une mort, pendant laquelle l’homme fleurit certes, mais s’étiole et est destiné à la corruption.

Mais celui qui est conduit par la piété, recueille les promesses et les pensées de cette vie à venir : il en fait sa vie, aussi bien cette vie de ce monde présent, parce que déjà ici-bas il a une participation à cette vie véritable. Car la piété a la promesse de la vie, de celle d’ici-bas et de celle à venir. Mais nous le disons, non comme quelqu’un qui méprise les labeurs de la vie ascétique, à l’imitation de cet Adelphios, au nom impie, quand il fut malade de cette hérésie des Messaliens : Engraissons le corps et promettons la purification de l’esprit, et, comme le jeûne et les autres contraintes ne donnent que dégoût et nausée et peu de profit, élevons-nous dans l’orgueil : c’est là la piété.

Car celui qui rejette loin de lui les labeurs du corps et se vautre dans le plaisir et dit qu’il est pur en son esprit et qu’il n’est pas souillé par ces pensées d’impureté ou par ces autres passions, est semblable à celui qui, brûlé par le feu et en étant enflammé, dit qu’il ne se sent ni dans un foyer ni dans la fumée : sur quoi le proverbe de la Sagesse s’étonne, qui s’exprime ainsi : Quelqu’un cache-t-il du feu dans son sein, cela ne fera-t-il pas brûler ses vêtements ? Ou quelqu’un marche-t-il sur des charbons ardents, ne se brûlera-t-il pas les pieds (Pr 6, 27-28) ?

Il ne faut donc pas mépriser ces restrictions de la vie ascétique ; il ne faut pas non plus négliger l’exercice corporel qui est la vie ascétique appliquée, mais il faut la prendre de toute notre force, de façon que, par elle, nous soyons amenés à la piété, celle qui est cette purification de l’esprit, dont le fruit est la contemplation naturelle et celle de la science de Dieu. Car l’action est le marchepied de la contemplation, comme le dit Grégoire le Théologien.

Si donc on méprise la pratique, nous serons vides de toute vie ascétique. Car ceux qui ébranlent le fondement d’une maison préparent la ruine de toute la maison : même si on est arrivé à ce qui est en dehors des débuts ou de l’introduction à la vertu, on a besoin de ce qui est donné par la vie ascétique, pour refréner les violences du corps, ces amies des passions qu’on ne peut retenir : ce qui est de peu de profit, quand la piété n’est pas attelée avec elle ensemble, c’est-à dire avec la garde des pensées et la purification.

Car l’exercice corporel est ce qui prive de la piété et est peu profitable. Mais la piété est ce qui est profitable à tout (1 Tm 4, 7), lorsque, en dehors même de tout exercice corporel, elle est en quelqu’un et s’y trouve fixée et sans hypocrisie. Si en effet, chaque jour, nous ne mortifions pas ces membres sur terre, je ne sais si, en nous, vivra jamais le Christ. Il oblige donc à l’exercice corporel, mais aussi à la piété, de sorte que, autant qu’elle peut être atteinte par les hommes, nous arrivions à la perfection.

C’est ainsi qu’était Paul, qui se servait des deux à la fois, tantôt d’une part en disant : Je réprime mon corps et le réduis en servitude, de peur que, après en avoir prêché d’autres, je ne sois réprouvé ; tantôt d’autre part : Quand nous abaissons nos pensées et tout orgueil qui se dresse contre la connaissance de Dieu et que nous réduisons en servitude toute pensée pour l’asservir au Christ ; et encore : Dans les veilles bien des fois, dans la faim et dans la soif, dans le jeûne bien des fois, dans le froid et dans la nudité (1 Co 9, 27 ; 2  Co 10, 5 ; 2 Co 11, 27) ; et encore au sujet de certains, il dit : Ceux qui montrent la réalité de la loi inscrite en leurs cœurs, à preuve le témoignage de leur conscience, ainsi que les jugements intérieurs qu’ils portent les uns sur les autres (Rm 2, 15), ou bien encore : ils s’excuseront en ce jour où Dieu jugera les actions secrètes des hommes, selon mon Évangile par Jésus Christ (Rm 2, 16). Mais aussi au sujet de Paul et de Barnabé, ce livre des Actes raconte que, quand ils prièrent avec des jeûnes, ils recommandèrent certains hommes au Seigneur, parce qu’ils avaient cru en Lui (cf. Ac 13, 3).

Ces trois explications sur ces versets de l’apôtre qui avaient été présentés, nous les avons choisies et nous n’avons négligé non plus aucune d’entre elles ; et en effet ils ne s’opposent pas l’un à l’autre, chacun ayant un sens direct et visant à la piété : riche en effet et fructueuse est la pensée des paroles de l’Esprit.

Mais il est temps maintenant d’en venir aussi à cet autre (verset) -et à se livrer à une courte réflexion, -ce (verset) que notre Seigneur et notre Sauveur Jésus Christ dit à Marie après sa résurrection des morts : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père (Jn 20, 17).

Certains en effet disent que parce que cette femme s’est approchée de lui et l’a touché en même temps en esprit comme auparavant sans penser à rien de profitable à son sujet, elle ne croyait pas que cette action de la Résurrection fût digne de Dieu, glorieuse et sublime ; mais à son sujet, elle pensait encore que, comme à cette première fois, il se comporterait avec plus d’humilité et d’humanité avec ses disciples. Alors donc qu’elle demandait cette façon d’agir, à cause de cela, notre Sauveur, élevant et faisant monter sa pensée vers le ciel, alors qu’elle la plaçait en bas sur terre, dit : Ne me touche pas ; je ne suis pas encore en effet monté vers mon Père ; comme s’il disait : Ne me touche pas avec trop de curiosité, comme pour te saisir de moi, car je me hâte vers mon Père. Peut-être en effet savait-il aussi qu’elle demandait avec vigueur et avec toute sa force de saisir ces pieds divins avec joie et émotion, en amie de Dieu. Car Matthieu le dit aussi à son sujet et au sujet de cette autre Marie, celles qui saisirent ses pieds et l’adorèrent (cf. Mt 28, 9).

Mais d’autres disent qu’il nous élève, après cette parole de Notre Seigneur, à une pensée plus élevée et plus sublime. Car quand Marie s’approcha de lui, avec plus d’ardeur, et pour demander quelque chose de divin, elle voulait que lui soit dévoilée la raison de la résurrection, et elle revenait toucher le fond de cette conduite à notre égard. Jésus lui dit, lui qui connaît les choses cachées du cœur : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père (Jn 20, 17).

Car, comme il avait promis à ses disciples qu’après la montée au ciel, par la venue de l’Esprit Saint, son enseignement et sa révélation du mystère seraient menés à la perfection, il avait dit : Cela je vous l’ai dit, quand je suis venu à vous ; mais le Paraclet, le Saint Esprit, celui que mon Père du ciel enverra, lui vous enseignera toute chose et vous conduira, en tout ce que je vous ai dit ; et encore : J’ai encore beaucoup à vous dire; mais vous ne pouvez pas les porter maintenant ; mais quand il viendra cet esprit de vérité, lui, vous conduira vers la vérité tout entière (Jn 16, 12-13).

C’est pourquoi il dit : Ne me touche pas (Jn 14, 26), c’est-à-dire ne scrute pas, ne recherche pas la raison au sujet de ce que tu es venue demander. Ne me touche pas. Leur temps n’est pas encore venu. Car je ne suis pas encore non plus monté vers le Père. Mais je monterai et alors, quand viendra l’Esprit, il vous enseignera, comme aussi il me l’a promis ; car c’est quelque chose de tel que Marie voulait demander à Notre Seigneur à apprendre.

On le sait clairement parce que quand elle s’approcha de lui, elle ne l’avait pas appelé Notre Seigneur, mais Rabbouni, c’est-à-dire Maître (Jn 20, 16). Je t’appelle en te disant : Maître, parce que j’ai hâte d’être instruite ; mais celui qui dirige ses paroles avec discernement pour enseigner, écarte sa (question) comme étant inopportune ; et personne ne dira qu’il n’est pas croyable que cette femme soit si éprise de science, car c’est surtout chez les femmes que se trouve cette curiosité, et même chez les vertueuses.

Notre Seigneur fait savoir que celles qui furent ses disciples étaient aussi éprises de science, en témoignant de ce désir de science au sujet de Marie, la sœur de Marthe, quand il vit que, ne se rassasiant pas de ses instructions, elle lui restait attachée et qu’il lui dit : Mais Marie s’est choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas ôtée (Lc 10, 42), mais personne d’autre non plus n’est revenu faire opposition parce que Marie ne s’est pas approchée, quand notre Seigneur a promis aux apôtres la venue du Paraclet et l’enseignement parfait ; il ne lui avait pas dit à elle ; elle, elle ne le savait pas ; il le sait, lui qui parle non pas suivant l’ignorance de ceux qui l’écoutent, mais selon sa connaissance familière : telle était la coutume de Notre Seigneur en parlant et en répondant.

Ainsi donc, à Nicodème qui ne savait pas, il disait : En vérité, en vérité, je te le dis, personne, s’il ne renaît de nouveau, ne peut entrer au royaume de Dieu (Jn 3, 5). De la même façon, à cette Samaritaine, qui ne savait pas, il disait aussi : Mais celui qui boira de cette eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif (Jn 4, 14). Mais pourquoi parlerai-je de la Samaritaine, alors qu’il en est de même pour les disciples eux-mêmes, qui ne savaient pas ce qu’ils avaient entendu au sujet de la plupart des paroles qu’il leur disait : comme là où il leur disait : J’ai une nourriture à manger, que vous ne connaissez pas (Jn 4, 32) ; et dans un autre passage encore, Jean l’évangéliste indique que les disciples disaient : Nous ne savons pas ce qu’il dit (Jn 16, 18) ; et encore dans ce récit sur l’ânon et sur les rameaux, il dit : Eux, ses disciples n’avaient pas compris tout d’abord ; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela avait été écrit de lui (Jn 12, 16).

Ainsi ici aussi, à Marie qui désirait apprendre ce qu’elle voulait demander, même sans le savoir, celui qui sait tout avant que cela soit, lui dit : Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Peut-être en effet, si Marie avait su, comme les apôtres, cette promesse au sujet de l’Esprit et ce renvoi à un enseignement plus parfait, n’aurait-elle pas tenté d’apprendre ce que le temps ne lui avait pas permis ? Mais maintenant elle tentait de l’apprendre, comme celle qui ne savait pas. Mais Notre Seigneur, en tant que celui qui sait, faisait une réponse, mais ce n’est pas à cause de son ignorance à elle que lui aussi avait oublié ses propres paroles.

En admettant donc cette seconde explication qui vise ce qui est (plus) élevé, nous ne méprisons pas la première, car nous disons aussi que Marie toucha Jésus de façon sensible, et en même temps que la demande, par le fait qu’elle l’appela Maître, elle le toucha aussi spirituellement ; et nous croyons, non pas en vain, que les deux (explications) existent. Tel est ce qu’il nous semblait devoir dire, pour ce qui avait été proposé à expliquer dans ces versets.

Mais ce verset de l’apôtre me paraît aussi bien convenir à la victoire contre les rebelles de notre empereur ami du Christ, à savoir celle qui maintenant nous a été annoncée : L’exercice corporel est utile à peu (de chose), mais la piété est utile à tout, parce qu’elle a la promesse de la vie, de celle de maintenant et de celle à venir (1 Tm 4, 7). Car ce n’est pas tout de se confier dans l’exercice corporel et militaire. et dans la préparation des armements, ceci a peu d’utilité ; combien davantage, que la piété et l’orthodoxie de la foi soient de tous côtés affermies et possèdent la (pleine) lumière, sans subir aucune transformation, que l’on sache qu’unique est le Verbe de Dieu, en vérité, et qu’en dehors de tout changement, il s’est incarné et « inhumané » et a volontairement souffert dans sa chair ; que l’on fuie également cette division juive de la dualité des natures après l’union divine et ineffable, et l’erreur de ces rêves de l’imagination d’Eutychès et ce manque insensé d’intelligence d’Apollinaire, car ce sont ces fables ineptes et stupides qui ont fait de notre Sauveur, ou un homme revêtu de Dieu, ou une imagination, ou un être sans intelligence, selon ce qu’il leur semble bon, et non pas, selon l’Écriture divine : le Dieu parfait qui s’est « inhumané » parfait, de sorte qu’il nous a gratifiés d’une guérison parfaite et sans aucun défaut, pour ceux qui étaient malades et corrompus par le péché, pour lesquels il s’est abaissé afin de s’incarner et a pris sur lui aussi de souffrir.

C’est pourquoi, en vérité et non comme sous une apparence trompeuse et qui serait à nos yeux moquerie, à cause de cette attitude du pieux empereur, regarde en haut et chante avec le prophète David : Ce n’est pas en mon arc que j’ai mis ma confiance, et mon épée ne me fit pas vainqueur (Ps 44, 7), mais ta droite et ton bras (cf. Ps 98, 1) et la lumière de ton visage (cf. Ps 89, 16), par toi nous enfoncerons nos adversaires et par ton nom nous mépriserons ceux qui se sont levés contre nous (Ps 44, 6) ; et cela, non seulement en paroles, mais aussi en actions, le rend comparable à David.

Car comme celui-là, quand il dévasta le shéol, vengea quelqu’un de sa race et réduisit à rien l’opposition, de même aussi la révolte et l’iniquité de naguère, il les a saisies dans ses mains, délivrées et remises en vie. À l’un, malgré son manque d’intelligence qui était très grand, il a fait miséricorde ; l’autre a été démasqué, a fui et a péri ; mais que l’autre soit digne, par sa piété, sa paix et sa charité, de la royauté d’ici-bas comme de celle du ciel. Car la piété est utile à tout parce qu’elle a la promesse de la vie, de celle d’ici-bas et de celle à venir (1 Tm 4, 7-8). Que nous tous en soyons dignes par la grâce et la charité du Dieu grand et de notre Sauveur Jésus Christ, auquel sied la gloire avec le Père et le Saint Esprit dans le siècle des siècles ! Amen !

 

Fin de l’homélie 45

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