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HOMÉLIE 43

Sur ce verset de Jean : Et de sa plénitude nous avons tous reçu,

et grâce pour grâce (Jn 1, 16) ; et sur les nouveaux baptisés.

Nous venons d’entendre que l’évangéliste divin Jean, quand il voulait, à haute voix, montrer la grandeur de la charité ineffable de l’Unique fils de Dieu et Verbe, qu’il a manifestée par l’«inhumanation », s’est écrié de façon surprenante : Le Verbe est devenu chair et il a habité parmi nous (Jn 1, 14), parlant pour ainsi dire, aussi bien de la richesse qui sied à Dieu et qui est sans mesure, que de la bonté qu’il a pour nous, cet (être) sublime et au-dessus de toute nature, celui par qui ont été créées toutes ces choses visibles et invisibles, celui qui est craint et ne peut être vu par les chérubins, les séraphins et toutes les puissances qui sont au-dessus du monde, (celui-là) de cette hauteur inaccessible et qui est si surélevé qu’on l’appelle aussi la tête, (celui-là) est descendu et à quel degré d’humilité : il est devenu chair et il a habité parmi nous (Jn 1, 14).

 Au début certes en effet, c’est dans les âmes des justes qu’il demeurait, et, de temps à autre, il habitait dans les prophètes lorsqu’il réprimandait ceux qui s’étaient éloignés du bien et prédisait ce qui devait arriver ; mais maintenant aussi, quand il s’unit à une seule âme, celle qui a été créée à son image, cette manière de s’abaisser n’est pas tellement extraordinaire, car elle est comme lui, de la famille de la divinité, et cette nature spirituelle et incorporelle n’en est pas totalement distante. Mais que, pour descendre encore dans l’épaisseur de la chair, il me prenne moi et tout moi-même dans l’unité d’une personne, et, à l’exception du péché et à l’exception de tout changement, devienne homme sans être changé de ce qu’il était, comment cela ne serait-il pas surprenant par-dessus tout ? En effet voilà qu’est saisi l’esprit de celui qui réfléchit : il est investi de grandeur, celui qui dépasse toutes choses ; il est entouré de dépouillement celui qui est tellement méprisé et qui est anéanti du côté opposé : d’une part il écarte et retient toute parole et pensée ; d’autre part il loue seulement celui qui par l’humilité est connu pour être encore plus grand.

Comment sais-tu, ô toi qui parles des choses divines ? Explique-nous : Le Verbe est devenu chair et il a habité parmi nous (Jn 1, 14). Car c’est vraiment un grand mystère que tu nous annonces : cette preuve, dit-il, fut pour moi une épreuve. Car nous avons vu, moi et ceux qui sont avec moi, sa gloire : gloire comme celle de l’Unique du Père, qui est rempli de grâce et de vérité (Jn 1, 14), comme celui qui dirait : ce n’est pas en tant que j’ai vu son essence de Verbe, qui est ignorée de tous ; et il ne précise pas qu’elle a été vue, ni non plus qu’elle a été comprise ; je dis ce que je dis : mais, à partir de ses actions et de ses paroles qui conviennent à Dieu, je voyais sa gloire clairement et de mes yeux mêmes, mais la gloire, non pas celle qui fut donnée en participation, comme à l’un des justes du début, ni à la façon de Moïse qui recevait la loi et dont le visage fut illuminé et glorifié, selon ce qui a été dit par Dieu : Ceux qui me glorifient, je les glorifierai (1 R 2, 30), mais la gloire comme celle de l’Unique du Père qui est rempli de grâce et de vérité (Jn 1, 14), c’est-à-dire comme ce qui convient d’être au Fils lui-même, l’Unique, qui en nature et en essence est en lui.

C’est pourquoi en effet il n’a pas dit : gloire comme du Fils, pour que personne ne pense que cette appellation soit dite comme une faveur. Car d’autres encore ont été appelés fils de cette manière, comme lorsque j’ai dit : Vous êtes des dieux (Is 41, 23) ; et les fils du Très-Haut, vous tous (Lc 6, 35), mais comme l’Uniqu ; car cela prouve une naissance authentique et véritable du Père et l’identité d’essence.

Car il montrait qu’il était venu du Père et qu’il n’était pas comme un serviteur venant de Dieu, en ce qu’il agissait et qu’il était glorifié ; quand en effet quelqu’un aussi reçoit dans les yeux l’éclat de la lumière du soleil, il sait que c’est par le rayon que resplendit cette lumière authentique et véritable. Il était en effet rempli de gloire et de vérité et de grâce (Jn 1, 14) et il n’y avait absolument rien qui lui manquât. Or, être en plénitude et sans rien qui manque, c’est le propre de Dieu seul.

Et, qu’il en soit ainsi pour lui, il dit que Jean Baptiste aussi en témoigna quand il s’écriait, disant : Celui-là est celui dont j’ai dit : celui qui venant après moi m’a précédé, parce qu’il était avant moi (Jn 1, 27.30). Il est avant a été bien mis et à très juste (titre) : il a témoigné comme un ambassadeur du Verbe qui court en avant ; car, s’il avait dit seulement : Il était avant moi, on pourrait dire : en tant qu’homme il a dépassé l’homme de toute manière, par la perfection et par la démonstration des miracles. Mais maintenant il a révélé et mis en lumière le motif pour lequel il était avant lui, en disant : Parce qu’il était avant moi, bien que par cette venue à l’être dans la chair, Jésus était second de Jean dans le temps.

Comment donc était-il premier ou sait-on qu’il était Dieu ? Maintenant l’évangéliste en scellant plus clairement et plus ouvertement son témoignage ajoute : Et de sa plénitude nous avons tous reçu (Jn 1, 16). Ne sois pas étonné en disant : Si Jean qui est plus grand que les enfants des femmes (Mt 11, 11), en ces choses primordiales et premières, est attaché à Jésus, (lui) est attaché comme à Dieu. Car ce n’est pas lui seulement, mais nous tous aussi qui, de sa plénitude, avons reçu. Car il était Le soleil de justice (Ml 3, 20). Parfait en tout et en plénitude et qui éclairait de nombreux visages ; par tous il était reçu, selon la possibilité de chacun ; et il a en lui sa lumière propre à lui, sans défaut ; et, non pas comme lui, ni comme il est venu, nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce (Jn 1, 16) : à la place de celle qui était de la loi, celle qui est de l’évangile.

Car si par l’établissement de la loi de Moïse nous n’avions pas d’avance été corrigés, à la façon des petits enfants, grâce à ces commandements qui ressemblaient aux lettres des débutants a, b, nous n’aurions pas pu recevoir la grandeur de cette grâce plus parfaite.

Mais il me semble que ce verset montre encore un autre sens : car, quand au début, le créateur fit venir Adam du néant à l’être, et qu’il l’eut modelé à partir de la terre et qu’il eut insufflé sur son visage une haleine de vie, en quoi il enrichit ce qui était à l’image de Dieu, alors, du coup, rempli de l’action divine d’ici-bas, (Adam) imposa des noms à chacun des animaux et des oiseaux, et quand la stupeur et le sommeil survinrent sur lui et qu’une côte eut été tirée de lui, dont Dieu fit Eve, après son sommeil, il le reconnut en disant : C’est là maintenant l’os de mes os et la chair de ma chair (Gn 2, 23) ; et aussitôt (Dieu), comme un prophète, prédisait l’avenir : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils seront deux en une seule chair (Cf Gn 2, 24).

Mais, que ces paroles ne sont pas d’Adam, mais du créateur divin, comme je l’ai dit, Notre Seigneur en a témoigné dans les évangiles, quand il a dit : Ne lisez-vous pas que celui qui a créé dès l’origine les a faits homme et femme, et pour cela il dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme (Mt 19, 4. 6 ; Gn 2, 24), de sorte que précisément donc, ce n’est pas Adam qui a dit cela, mais le même Dieu dont il avait dit qu’il n’y en avait pas d’autre alors sur qui soit la grâce de l’esprit sain ; et (Adam) tomba en dehors d’elle par cette transgression du commandement ; c’est pourquoi notre Sauveur aussi, quand il éleva à cette pensée première et y fit monter les disciples et qu’il montrait qu’il était ce Dieu qui insuffla jadis l’haleine de vie sur le visage d’Adam (cf Gn 2, 7), souffla alors sur eux en leur disant : Recevez le Saint-Esprit (Jn 20, 22), c’est de celui-ci donc que l’évangéliste parle : De sa plénitude tous nous avons reçu (Jn 1, 17), et de la grâce de l’Esprit, à la place de cette grâce hors de laquelle nous étions tombés.

Celui en effet qui a donné cette grâce comme en plénitude, nous fait don encore de celle-ci d’une façon plus riche et plus abondante : De cette plénitude à lui (Jn 1, 16). Et pour que personne ne dise : Quoi donc ! Par Moïse la grâce n’a-t-elle pas été donnée, il présente à l’avance la réponse que voici en disant : La loi fut donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité l’ont été par Jésus Christ (Jn 1, 17). Car la loi, Dieu l’a donnée comme adjuvant (Is 8, 20), comme le prophète Isaïe le dit. Car c’est alors, quand se révoltait en nous et qu’était opprimée par les passions la loi naturelle, que la loi écrite fut un adjuvant par le moyen d’un rappel quand il dit : Tu ne tueras pas, tu ne forniqueras pas, et tout ce qui y ressemble et apprend à s’éloigner des péchés.

Certes il a amené davantage sous la malédiction, puisque nous n’étions pas capables d’accomplir le commandement ; et ce commandement, celui de la vie, se trouva être pour la mort, comme le dit Paul. Car il dit : Maudit soit quiconque ne persévère pas dans toutes les paroles de cette loi pour les mettre en pratique (Ga 3, 10 ; Dt 27, 26) ; car il n’y a pas de pardon des péchés ni de don de l’esprit : ce fait de dévier, de par la transgression du commandement d’Adam, cela la loi l’a donné.

Car ce sont là les propriétés de la grâce et de la vérité, celles qui furent (données) par Jésus Christ, parmi lesquelles il y a l’adoption filiale après la délivrance des péchés, et ces fleuves qui ont coulé du ventre de ceux qui ont cru en lui (Jn 7, 38-39). Celui-ci aussi a soufflé et parlé aux prophètes, parce qu’ils prophétisaient à son sujet. Mais cela, cette loi qui fut donnée par Moïse comme en figure et en sceau, l’avait seulement dépeint à l’avance. Or celui qui les a accomplies en réalité c’est le Christ qui est véridique : mais par ce qui a été dit aussi par ceux qui ont grandement estimé Moïse, l’évangéliste a fait monter et a élevé cette gloire qu’il fallait rapporter au Christ, en montrant que celui-là était le serviteur de celui-ci, figurant, à l’avance, le véridique.

Donc, en celle-ci et en une pareille grâce, réjouissez-vous, vous qui maintenant êtes jugés dignes du saint baptême : observez cela en toute attention. Car je vous renvoie la parole, parce que nous, de beaucoup de taches, nous avons souillé l’habit éclatant de l’adoption filiale. C’est pourquoi aussi nous avons besoin d’une pénitence abondante et ardente, un ruisseau de larmes suffisant à laver et à engloutir ce poids de nos fautes. Il y faut rattacher aussi une autre vie avec les autres vertus de façon à effacer complètement les taches. Mais, pour vous, rien de semblable n’est à souffrir ni à endurer, mais seulement que vous soyez joyeux par ces biens qui ont été donnés et que vous fassiez retentir ces paroles prédites par le prophète Isaïe : Rassasie-toi, ô mon âme, dans le Seigneur, car il m’a revêtu de l’habit du salut et du manteau de la joie ; comme à un époux, il m’a mis une couronne et comme à une épouse il m’a orné de parure (Is 61, 10-11).

Si en effet vous vous conduisez avec le sentiment de la glorification qui vous a été donnée et que vous vivez cela aussi bien en esprit que de bouche, et que vous ne recevez pas les suggestions du Calomniateur, en vous corrigeant sur tous les points, en redoutant que quelque part une tache n’atteigne cette tunique si glorieuse et si magnifiquement brillante, peu à peu fleurira en vous cette terre divine et vous vous mettrez à l’unisson de ce qui a été dit plus haut, de ces autres paroles du prophète : comme une terre qui fait éclore sa fleur, et comme un jardin qui fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera lever la justice et la joie devant toutes les nations (Is 61, 10-11).

Car vous paraîtrez vraiment comme des luminaires dans le monde qui portent la parole de vie (Ph 2, 15), comme le dit l’apôtre. Mais votre habit extérieur qui apparaît, c’est la force de sa parole qui le maintient et il crie à tous ceux qui voient le spectacle de sa tunique : Vous êtes des enfants de lumière et des enfants du jour et non plus de la nuit ni des ténèbres (1 Th 5, 5) ; préparez-vous donc à des actions du jour resplendissantes, en visant la splendeur de cette vie à venir, en vous y disposant par les veilles et les vigiles ; ne vous endormez pas dans les préoccupations mondaines et éphémères et ne rêvez pas d’espoirs sans fondement et d’imaginations mondaines : nous ne resterons pas longtemps en cette vie présente. Peu après, nous nous en irons.

Ne vous mettez pas vous-même en état de nudité, sans cet habit précieux et plus pur que tout. Ne rejetez pas de votre visage cette rougeur du feu de l’Esprit qui fleurit sur vous. Elle provoque la crainte des démons et du Calomniateur leur chef, quand ils s’acharnent contre ces âmes qui se tiennent libérées des corps et subissent cette discipline qu’il ne faut pas omettre : en se purifiant de ces taches, en se redressant contre le mal et en le rejetant vers ces ténèbres qui les ont atteintes.

Car c’est ensemble que nous subirons cette sentence d’éternité après cette parole redoutable du juge : Allez loin de moi, maudits, dans ce feu éternel, celui qui a été préparé pour le Calomniateur et pour ses anges (Mt 25, 41). Car c’est pour cela aussi que le baptême a été aussi appelé ce bain de la deuxième naissance (Tt 3, 5), pour cela que sont plongés aussi ceux qui sont baptisés dans l’Esprit et dans l’eau, comme le demeure ce qui par la teinture devient rouge ou pourpre, car la teinture est prévalente, tant qu’elle imprègne et demeure dans sa teinte et qu’elle n’a pas été délavée. Donc, vous qui avez été teints de cette teinture divine, ne vous débarrassez pas de cette rougeur spirituelle et ardente, comme je l’ai dit, et n’allez pas la plonger dans les passions humides ; ne vous dépouillez pas de cette tunique qui vous a délivrés des péchés et qui ressemble à la neige ; et appuyez-vous avec confiance sur l’appui du roi, quand vous mangerez à ce souper spirituel et n’entendez pas cette triste parole : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit de noce (Mt 22, 12) ?

Car vous êtes de feu, à vous voir, et brillants des rayons de l’Esprit ; ces voiles de lin aussi qui sont sur vos têtes et qui vous descendent jusqu’aux yeux le proclament : car, de même que Moïse, qui, ayant été tout proche de Dieu, avait un visage brillant et resplendissant qui n’était pas supportable à ses compagnons quand il paraissait, et avait été pour cela forcé de le cacher, de la même façon, vous aussi, mais plutôt avec plus d’instance, à cause du très grand éloignement, vous êtes forcés, quand vous êtes illuminés sur votre tête, votre visage et tous vos membres, par la venue de l’Esprit, de cacher cette splendeur très brillante par un voile, apprenant à nos yeux par ce vêtement à ne pas laisser errer la vue avec curiosité.

Mais puisque vous êtes aussi les temples de Dieu (2 Co 6, 16 ; 1 Co 3, 16), nous recouvrons vos têtes et vos visages comme avec des rideaux précieux, et en nous approchant avec beaucoup d’égards, nous vous donnons la paix nous fiant à la foi seule, celle qui bien des fois ose aussi s’insurger, même contre ce qu’on n’aurait pas osé (penser), celle que Dieu aussi donne et avec laquelle il est descendu.

Et qu’un bruit n’est pas efficace, mais que la parole est puissante, et qu’elles sont plus puissantes que ce qu’on en a dit, tu trouveras qu’il en a été ainsi au début de la prédication, quand les apôtres baptisaient et jetaient comme les fondements de l’enseignement des chrétiens ; alors en effet c’était encore le temps de la démonstration par les miracles et les prodiges, quand l’incroyance sévissait : parce que, certes, quand il écrivait aux Corinthiens, l’apôtre dit à l’adresse des incroyants : Utiles et contraignants sont les prodiges (1 Co 14, 22).

Quand donc Pierre baptisait ceux de la maison du centurion Corneille, ceux qui étaient appelés à cela, avant même qu’ils ne se soient aucunement approchés de l’eau, parlaient en langues ; mais quand Paul, à d’autres (chrétiens), à Éphèse (cf Ac 10, 44 ; 19, 6), qui connaissaient seulement le baptême de Jean, opérait le complément par rapport à cet Esprit, les conduisant et les faisant approcher des eaux de Jésus Sauveur et Dieu, il unissait, avec le don des langues, aussi en même temps celui de prophétie. Ils parlaient en effet en langues, ceux qui furent baptisés ; et ils prophétisaient aussi. Et qu’est-il nécessaire de penser aux quantités innombrables de miracles, dont ces gens ont été jugés dignes, eux qui ont eu la foi au Christ et ont porté la foi jusqu’aux extrémités de la terre et ont attiré et pris tous les hommes à cela ?

En résumé donc pour nous, toute la parole, pour ainsi dire, est à votre adresse : vous qui, d’un seul coup, avez été enrichis de toute cette richesse de la grâce, de sorte qu’avec un zèle attentif vous teniez la main serrée dessus et y veilliez, ne laissant ni aux perceurs de murs, ni aux voleurs, quelque entrée que ce soit ; mais les perceurs de mur, je les compare à cette malfaisance des pensées, de celles qui ont un beau visage et paraissent être comme droites, lorsque quelqu’un de vous dit en réfléchissant : un tel est fidèle et chrétien, comme moi aussi ; et il va sans vergogne au champ de course des chevaux ou au théâtre ; il entre au cabaret ; il s’entretient avec les courtisanes ; il est assidu à boire ; il se complaît au milieu des cymbales et des flûtes ; il se plait à des chansons impudiques ; il est dans les rues avec des enfants et se complaît aux plaisirs (défendus) avec ces enfants, et non seulement lui, mais encore beaucoup d’autres sont pris par la même inclination.

Quoi donc, dis-moi ? Montrerai-je moi seul la rigueur de l’évangile ? Et pourquoi donc n’irai-je pas dans les déserts ? Ressembler à ceux qui mènent la vie monastique ? Bondis, enfuis-toi, mon frère, loin d’une telle pensée ; jette au loin hors de toi ces pensées du Calomniateur : c’est là son travail à lui, son plan et son cortège. Or à cela tu as renoncé ; ne retourne pas à ce dont tu es sorti. Tu es un fils de lumière (cf Ep 5, 8), regarde-toi et sache qui tu es ; et que ton ἀξιῶμα, c’est à dire ton honneur, te suffise en fait de doctrine ; n’envie pas les méchants, même si tu es jaloux de ceux qui font l’iniquité (Ps 37, 1) ; écoute David qui le dit. Et comment n’est-il pas honteux que ceux qui trafiquent dans le commerce et qui s’apprêtent à traverser de larges mers, avec l’espoir de s’enrichir osent (affronter) des dangers sans même penser s’il y a beaucoup de gens à sombrer et à faire naufrage ?

Mais ils regardent le petit nombre de ceux qui réussissent et qui persévèrent et ils ne se départissent aucunement de leurs projets. Mais ceux qui s’approchent de la piété étalent en plein jour l’exemple pernicieux de ceux qui font le mal ; et c’est pourquoi ils ont en horreur les labeurs de la perfection. Alors que d’une part celui-là affronte les dangers avec impétuosité, rêvant d’une richesse qui n’existe pas, toi, d’autre part, voici que déjà tu possèdes les biens et la plus grande partie de la richesse, tu la tiens tout près de toi : la délivrance des péchés, la grâce de l’adoption filiale, l’habitation de Dieu en toi : tu trouves aussi celui par qui tu accrois chaque jour ta richesse en t’appliquant aux bonnes œuvres ; de même encore quand tu pratiques ton métier et que tu te laisses emporter par ces autres affaires du monde pour la subsistance de ta vie quotidienne et que tu ne tolères aucune imperfection ; si tu veilles à ne pas aller aux théâtres, si tu ne souilles pas tes oreilles et tes yeux, si tu ne te laisses pas séduire par les spectacles du Calomniateur et par ses auditions ; si tu vas à l’église aux prières du matin et du soir, et si tu te délectes aux louanges divines des psaumes et tu rends honneur à Dieu.

Mais quand je dis cela, je suis très irrité et je souffre en moi-même, car je vois que ceux qui répètent la parole de piété avec zèle, en toute pureté, en prenant leurs responsabilités, sont dignes du saint baptême, parce qu’ils ont souffert des avanies pour nous avoir imités. Et de même que je laissais tomber toutes ces autres choses, ce qui est digne de mépris et petit et estimé négligeable aux yeux de beaucoup, je l’introduis maintenant au beau milieu : quand on entend les prêtres qui sont debout et qui prient, les uns regardent à terre, sont inclinés et prient avec eux et, avec une pensée appliquée et attentive, répondent le mot AMEN, alors que vous, au contraire, vous êtes dressés, orgueilleusement, vers le plaisir et, la plupart du temps, la bouche béante après les affaires du monde.

Mais cet AMEN est beaucoup plus pressant que tout, totalement, et il parle en même temps que la prière. Car quand il est traduit de la langue hébraïque en grec, il signifie : qu’il en soit (ainsi) ! Quand en effet le prêtre fait monter les supplications pour vous, il vous faudrait répondre : Qu’il en soit (ainsi) ! Ne sentez-vous pas que par votre faute vous êtes responsable de tout ce déficit ? Paul, ayant conscience de cela, ne fait pas de compliments à ceux qui prient ou qui bénissent en leur privé, au point que ceux qui sont dans la foule ne peuvent pas répondre : Amen ! Voici ce qu’il dit : Autrement, si tu (ne) bénis qu’avec l’esprit, celui qui a rang de non-initié, comment dira-t-il : Amen ! à ton action de grâces, puisqu’il ne sait pas ce que tu dis (1 Co 14, 16) ?

Mais que dirait-il de ceux qui courent à cette maison des Ariens, comme s’ils allaient à l’Église et qui pensent ne pas irriter Dieu ? Car quelle participation y a-t-il de la lumière aux ténèbres (2 Co 6, 14), dis-moi ? Toi, tu adores le Verbe et le Fils de Dieu, comme l’incréé et l’égal en éternité au Père, mais ceux-là, quand ils disent qu’il est créé et qu’il a été fait, ils se souillent de l’impiété des païens, en servant la créature en dehors du créateur.

Mais j’entends parler aussi de ceux qui agissent de façon païenne et athée en lisant les ὑπομνήματα, c’est-à-dire les Actes de ce qui a été fait, dit-on, devant Pilate, aux jours de la passion rédemptrice, Ces récits, Maximin le tyran, qui a surpassé tout homme en impiété, ainsi qu’il est écrit dans les histoires ecclésiastiques, alors que ce sont des romans et des mensonges, les avait fait apprendre, même aux enfants qui allaient chez des maîtres, à la place de tout autre enseignement. C’est avec lui que les Ariens rivalisent, quand ils s’efforcent de diminuer aussi la divinité de l’Unique, et à rabaisser son égalité d’honneur vis-à-vis du Père et ce fait d’être de même essence.

Mais vous, vous vous réjouissez quand vous entendez ces même abominations et que vous jugez qu’elles ne sont pas exécrables, alors qu’elles le sont, même si vous lancez des injures seulement devant le rideau de cette petite maison(?) ; alors que les propriétaires sacrés de l’Église sont suppliciés par un châtiment lourd et dur, pour celui qui entre dans la maison des hérétiques et ose avec eux insulter, — mais avec le même esprit non scrutateur, cela est réalisé aussi par certains, — c’est une impiété plus grande que tout.

Car ils mangent les azymes des Juifs qui leur ont été envoyés. N’y a-t-il donc pas une petite différence entre les juifs et nous ? Ceux-là ont crucifié le Christ pour avoir blasphémé et transgressé la loi ; mais toi, tu l’adores comme le créateur du ciel et de la terre. Or lui, Dieu, parce qu’ils se sont révoltés contre lui, il a détourné son visage loin d’eux ; cela, il l’a annoncé à l’avance par le prophète en disant : Je ferai tourner leurs fêtes en deuils (Tb 2, 6 ; Am 8, 10). Et toi, tu manges leur pain de tristesse, (toi) qui as été jugé digne de manger le pain du ciel et de rougir tes lèvres du sang de l’immortalité, ce par quoi il t’a racheté du péché, lui qui a rempli ta langue d’exultation (cf Tt 2, 14 ; Ps 125, 2) ; cette transgression de la loi, en effet, plus grande que celle des canons sacrés, est redevable d’un châtiment.

Pourquoi donc attirer sur nous en vain la malédiction et l’anathème ? Pour cette raison et d’autres semblables, je crains et je redoute que cela ne nuise à ceux qui sont inscrits dans le bercail du Christ. Mais, nous aussi, pensons à ne pas commettre un double péché : l’un en agissant injustement contre nous-mêmes et en nous faisant du tort ; l’autre en nuisant aux autres qui nous imitent.

Mais eux aussi, ceux qui ont été nouvellement baptisés, qu’ils ne prennent pas notre négligence pour un viatique et un motif de péché ; mais qu’ils accomplissent la loi de l’apôtre qui dit : Détestez le mal, attachez-vous au bien (Rm 12, 9). Car en cela nous pouvons tous mériter le royaume des cieux ; nous tous, soyons dignes d’en être, par la grâce et la charité du Dieu grand et Notre Seigneur Jésus Christ à qui sied la gloire avec l’Esprit Saint maintenant et en tout temps et pour le siècle des siècles. Amen !

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