Deuxième (homélie) catéchétique. Elle fut prononcée le mercredi de la grande semaine.
Lorsque je regarde cette assemblée spirituelle et que je viens à penser que le genre des auditeurs n’est pas d’une seule, mais de différentes sortes, je suis perplexe en moi-même. D’une part en effet, si je vise les oreilles (de ceux) qui ne participent pas aux mystères, je (re)tire ma mamelle avec ma main et je la tends à ceux qui sont en passe de grandir, je veux parler de l’enseignement qui déverse des paroles simples comme le lait ; d’autre part, si je vise ceux qui sont déjà initiés, ceux qui aujourd’hui nous ont ramené d’une année à l’autre des oreilles appauvries, j’en arrive à parler également d’(aliments) qui sont plus solides, de ceux-là qui ont valeur de pain et de nourriture solide, ce qui en vérité convient à ceux qui grandissent en stature spirituelle et deviennent des adolescents.
En effet, lorsque quelque chose de ce genre aura été dit, c’est à grand peine que nous pourrons persuader ceux qui sont dans ces dispositions, que notre arrivée se trouve digne de quelque valeur, en même temps que notre rassemblement ici : si bien que ce que j’apporte en fait de parole est minime et regardé par eux comme médiocre ; ils le négligent et le méprisent ouvertement et ils se vantent eux-mêmes de leur négligence et de leur mépris à l’égard de quiconque se lèvera, écoutera et entendra les choses divine ; cette venue chez nous, ils la regardent comme une venue dont on se moque et qui n’existe que pour les yeux.
Que si en vérité j’élève de nouveau un peu mon esprit à la hauteur du mystère — car c’est là ce qui est proposé aujourd’hui à l’enseignement et à l’expression de la recherche — je ne distingue pas alors de différence parmi les auditeurs. Je suis maintenant dans la stupéfaction et c’est comme si j’étais hors de mon corps, et je vole vers ce qui est en haut, alors que je me trouve en bas en quelque sorte dans la misère d’une vie mauvaise et que j’ai besoin encore d’une grande purification.
Elle m’attire à elle, en effet, la lumière de la théologie, ainsi que la beauté incompréhensible qui (vient) de là, et elle m’enivre d’une ivresse bienheureuse et chaste, en sorte vraiment que ce qui est dit ne relève plus de mon jugement, mais de ce souffle qui (vient) d’en haut, parce qu’en vérité l’Esprit souffle où il veut (Jn 3, 8), ainsi que le dit le Livre sacré.
Que faut-il donc faire ? Fixer l’œil sur la contemplation d’en haut et passer complètement sous silence ce qui (est) en bas ? Mais je crains que celui qui est catéchisé ne fuie la splendeur de la parole, en ne supportant pas la vue des rayons qui en (proviennent) et que je n’aie besoin, moi, d’un voile, c’est-à-dire d’une parole capable de cacher l’élévation des pensées, à la façon de Moïse descendant de la montagne (cf Ex 34, 33. 35) : il resplendissait en son visage, à la suite de son entretien avec Dieu et il ne pouvait pas être vu par les enfants d’Israël, et il a eu besoin de ce (voile).
Et quoi donc ? Faut-il que nous retirions de force notre esprit de ce qui est (trop) élevé ? Mais si nous faisons cela, nous serons à nouveau ceux qui crient de la terre et qui parlent en l’air (1 Co 14, 9), ainsi qu’il est dit au sujet de quelques-uns par Isaïe et par l’apôtre (Cf Is 46, 23 ; cf 1 Co 14, 9). Nous n’irons donc, ni de ce côté-ci, ni de ce côté-là, mais nous marcherons suivant une direction intermédiaire, tantôt en effleurant le caractère caché des pensées, tantôt en nous écartant de ce qui est (trop) profond et en partant d’un pied léger, comme si nous étions ballottés à l’extrémité du navire et accordés en vue d’un cap nouvellement fixé.
En effet, changer la parole avec habileté et sagesse, cela découle pour nous de l’enseignement de l’apôtre, puisque Paul lui-même quand il écrivait aux Galates dit : Je voudrais d’autre part être présent auprès de vous à cette heure et changer ma parole (Ga 4, 20). D’autre part également le prophète Ézéchiel, ou plutôt celui qui parlait par lui, montrait cette même chose très mystérieusement, lorsqu’il ordonnait à ceux qui exercent le sacerdoce : À l’intérieur du sanctuaire, ils ôteront la robe sacrée ; d’autre part ils revêtiront un autre vêtement au-dessus de leur vêtement lorsqu’ils sortiront vers le peuple ; il dit d’autre part ainsi : Et qu’ils revêtent d’autres habits quand ils touchent le peuple ; et encore : Et quand ils sortent au parvis extérieur vers le peuple, qu’ils ôtent leurs robes avec lesquelles ils font le ministère et qu’ils les déposent dans ces chambres du sanctuaire et qu’ils revêtent d’autres robes et qu’ils ne sanctifient pas le peuple avec leurs robes (Ez 42, 14 ; 44, 19).
Or il dit cela, non pas en portant envie au peuple lui-même à cause de la sanctification ; car quel motif d’envie y aurait-il à l’égard de Dieu, qui, à cause de sa bonté abondante et débordante, nous a donné et d’être et de bien-être, mais afin que, pour nous, il ne soit pas nuisible qu’il répande sa bonté, même au-delà de la mesure, parce que nous ne pouvons vraiment supporter de nos yeux aucun rayon du soleil. Si vraiment nous fixions directement face à lui nos pupilles et que nous voulions le voir tout entier, nous manquerions même ce que précisément nous pouvons voir ; et qu’il fasse cela par pitié pour nos âmes, on est prêt à l’entendre d’après les livres sacrés qui disent : Et Dieu a parlé à Moïse en disant : En descendant, témoigne au peuple, de peur qu’ils ne s’approchent de Dieu pour examiner et qu’un grand nombre d’entre eux ne tombent ; et que les prêtres qui s’approchent du Seigneur Dieu se sanctifient, de peur que le Seigneur n’en fasse mourir quelques-uns (Cf Ex 19, 21-22).
Ainsi, d’après la notification de ces (paroles) divines, ce n’est pas à l’adresse de tout le monde qu’il faut se servir des mêmes paroles ou des (mêmes) pensées, et il n’est pas sûr non plus pour tous ceux qui entendent qu’ils s’élèvent à la même contemplation, mais qu’ils connaissent la limite profitable de l’ignorance et de la compréhension, de sorte que ce que chacun vient à avoir, il l’ait en proportion de la préparation et de la purification. C’est pourquoi Paul, lorsqu’il écrivait à quelques-uns, disait : Si quelqu’un croit qu’il est prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont des commandements du Seigneur. Et si quelqu’un ne (le) sait pas, qu’il ne le sache pas (1 Co 14, 37) !
Après donc que ces choses ont été ainsi discernées, j’ai confiance pour aborder le ministère de la parole de la foi, car ce qui m’a été confié par celui qui nous l’a donné, ce n’est pas l’Esprit de crainte, mais l’Esprit de force et d’amour et de modestie (2 Tm 1, 7) ainsi que dit l’Apôtre.
Ceux qui ont été eux-mêmes témoins oculaires et ministres de la parole (Lc 1, 2) et ceux qui, sur les traces de ceux-là, ont gouverné l’Église catholique et apostolique, nous ont appris à croire au Père et au Fils et à l’Esprit saint : mystère nouveau et ancien : nouveau d’une part, qui chaque jour en vérité est compris et connu, et qui en tout temps est renouvelé en nous par des compréhensions partielles, afin que nous retenions d’une part ce que nous avons saisi — mais il est infini et de nouveau nous serons éloignés de lui bien davantage — ou bien en pensant dans la mesure où nous avons saisi ; (mystère) ancien d’autre part, parce qu’il est avant tout siècle et (tout) temps ; donc en cela même, Paul, conformément à la révélation du mystère caché depuis les temps éternels, disait également qu’il le prêchait comme celui qui était depuis le commencement et qui était caché et qui a été connu par ce qui a été révélé à la fin, alors qu’il existait autrefois, mais tacite et caché (cf Ep 3, 9 ; Rm 16, 25).
Or quand je dis : Père et Fils et Esprit saint, comprends-moi, cette unique essence en vérité et divinité (existant) en trois hypostases. En effet le Père d’une part, n’est pas d’un autre ; mais il n’est pas par génération en ce qu’il est. Le Fils d’autre part, quand il resplendit du Père par génération, est lui aussi en tout temps, non pas quand il est né dans le temps et à la fin, mais quand il est en tout temps avec le Père en même temps. Car, s’il y avait un temps, ou, pour ainsi dire, un petit moment dans toute l’éternité, dans lequel le Fils ne serait pas, en ce (temps)-là, le Père ne serait pas non plus Père à proprement parler, étant alors privé de fils.
D’autre part, si le Fils est le Verbe du Père, et (sa) sagesse et (sa) force — nous entendons en effet Jean s’écrier : Au commencement était le Verbe (Jn 1, 1) ; et Paul prêcher que le Christ (est) la force de Dieu et la sagesse de Dieu (1 Co 1, 24) —, comment n’est-ce pas (le fait) de l’impiété que nous élaborions des fictions humaines en pensée, comme s’il y avait un espace de temps pendant lequel le Père serait vide du Verbe et de (sa) sagesse et de (sa) force. Donc le Père est en tout temps Père du Fils qui est en tout temps, et c’est un blasphème de dire, selon la folie d’Arius, qu’il y avait un temps où le Fils n’était pas.
En effet, si selon la parole de Paul il est le rayonnement et l’empreinte de la gloire du Père et de l’hypostase du Père et que le Père a fait par lui tous les siècles (He 1, 2-3), où trouverons-nous le temps de ces impies où ils disent que le Fils n’était pas, si le Fils est l’auteur des siècles, dans lequel est inclus ce « quand », lorsqu’il a une signification temporelle ? Il manque donc, ô vous, selon votre parole, que si le Fils est venu à l’existence dans le temps et que ce n’est pas en tout temps qu’il était, il n’est pas engendré, mais il est fait par le Père ; car le fait de naître dans le temps, c’est le propre des corps, provenant de naissances qui s’écoulent, viennent en vérité à l’existence et meurent, mais, à la nature incorporelle et éloignée de tout, cela est étranger.
En effet, alors que le Père est l’intelligence essentielle, c’est éternellement et impassiblement que, de cette essence qui est la sienne, il a engendré le Verbe, et celui-là vivant et hypostatique, et non pas se répandant dans l’air, comme cette parole qui est la nôtre. C’est pourquoi, en effet, il est nommé également l’empreinte de l’hypostase du Père (He 1, 3). Car de même que cette parole qui est la nôtre, lorsqu’elle sort de cette intelligence qui est en nous, donne l’empreinte à la pensée qui est dans le cœur, de même en vérité le Verbe de Dieu également, comme une empreinte et un sceau, n’est pas différent en se montrant lui-même dans le Père lui-même.
C’est pourquoi, en effet, dans les Évangiles également, il proclamait justement ceci : Moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi (Jn 10, 38), et : Celui qui m’a vu, a vu le Père (Jn 14, 10-11). Car cette (parole) : Il m’a vu équivaut à : Il m’a compris ». En effet, nous accédons à la science des choses divines et incorporelles par les yeux de la pensée, parce que, pour la vue corporelle en vérité le Père aussi bien que le Fils, de la même manière, est invisible, selon la (parole) : Personne n’a jamais vu Dieu (Jn 1, 18), étant donné qu’il est certain que le Verbe est apparu à la fin (des temps) s’étant incarné vraiment, non pas qu’il est venu en tant que Verbe, mais en ce qu’il s’est fait homme pour nous sans changement.
Car celui qui a dit : Personne n’a jamais vu Dieu, a dit lui-même : Ce qui était dès le commencement, celui que nous avons entendu, celui que nous avons vu de nos yeux, celui que nous avons vu et que nos mains ont touché au sujet du Verbe de vie (1 Jn 1, 1), en sorte donc que le Verbe lui-même en vérité, le même est visible et invisible, alors que, d’une part, il est compris en tant qu’il est, et que, d’autre part, il a été vu en tant qu’il est devenu (homme).
S’il était dès le commencement, et s’il était Dieu, et s’il était auprès de Dieu (Jn 1, 1), il est donc certain qu’il est engendré, et non pas créé ou fait, selon ces inepties d’Arius. En effet celui qui était dès le commencement, comment en vérité sera-t-il fait dans le temps ? Car entre cette (parole) : « Il est », et cette (parole) : « Il sera fait », la différence est grande. En effet à ce qui a été fait est assigné un commencement dans le temps ; car c’est dans un certain espace de la durée ou du siècle ou du temps qu’il est fait nécessairement, et par lequel, avant d’être fait, il est limité ; mais celui qui est, fuit toute imagination d’une telle limitation.
En effet, de même que la (parole) : « Il était », est, en ce qui concerne le Père, sans fin et sans limite, — tu ne pourras en effet trouver d’aucune façon quand il n’était pas — de même également en ce qui concerne le Fils, quand la (parole) : « Il était » est employée pareillement en ce qui le concerne, jamais tu ne pourras t’envoler et la faire passer par des mouvements prompts et rapides de la pensée. En effet il était Dieu, et il était auprès de Dieu (Jn 1, 1).
Par-là est détruite également l’opinion mauvaise et athée de Sabellius le Lybien, qui disait une seule hypostase du Père et du Fils et mêlait et confondait ensemble les deux, en sorte vraiment que le même soit nommé Père et en plus Fils et Esprit Saint, et que la Trinité soit ornée plutôt par des appellations vides, et non pas glorifiée. En effet, si le Fils était Dieu et s’il était auprès de Dieu (Jn 1, 1), il était comme un autre auprès d’un autre, en sorte donc vraiment qu’ils sont, d’une part, distincts seulement dans l’hypostase, parce que celui-ci d’un côté est le Père, celui-là, d’un autre, est le Fils ; et ils sont, d’autre part, (tout) proches dans la divinité et dans l’identité de l’essence. Car, de même que le Père est Dieu, de même le Fils est Dieu ; et de même que le Père était, de même le Fils était. Or, à ceux à qui la divinité est en commun et (à qui) est égal le fait d’être, de ceux-là également l’essence est une. Car c’est de ce (mot) : « Il est », qu’est venu et est énoncé le mot lui-même d’essence.
C’est pourquoi nous disons que l’Esprit Saint est également consubstantiel au Père et au Fils ; car il n’est pas créé, et il n’est pas non plus encore compté en même temps avec ce qui est fait. En effet il est l’Esprit de vérité, qui procède du Père (Jn 15, 26) ; or, comment devait-il procéder (comme) quelque chose d’étranger et non pas de la même essence que le Père ? Et vois-moi la force de l’expression, car le (mot) : Il procède fait connaître pour ainsi dire la sortie admirable de l’Esprit, qui, comme la violence d’un fleuve très grand, sort et coule d’une source abondante et de façon continue. Or, que le fleuve est pareillement de la même essence que la source, comment n’est-ce pas à juste titre que quelqu’un pourra le dire ? Mais pourquoi souffrirai-je, (moi) qui essaie d’exprimer les pensées qui (concernent) Dieu, alors qu’elles nous sont parvenues avec beaucoup d’obscurité, et autant seulement que notre intelligence peut l’imaginer, avec des images viles et faibles et avec la pauvreté des vocables de chez nous.
Je crains en effet, que quelqu’un peut-être de ceux qui écoutent, en entendant source et fleuve, ne pense à un cours d’eau, au sujet de l’essence qui subsiste et qui, en tout temps, a en elle pareillement et fixement cette (notion) « Elle est », (c’est-à-dire) qu’elle est, qu’elle ne se meut pas ou qu’elle ne s’éloigne pas de son état et de sa fixité. Source en effet et fleuve, quoique ce soit la même chose en essence, cependant en vérité par le sens, c’est une seule chose, alors que c’est seulement parce qu’il marche et qu’il avance, qu’il sera pensé pouvoir être figuré en deux sujets différents, et que vraiment aucun de ceux qui sont intelligents ne viendra à penser qu’il s’agit de l’essence divine.
En effet l’hypostase du Père ne passe aucunement en s’écoulant dans celle de l’Esprit ; mais c’est, selon la nature d’une part, sans diminution d’autre part, que l’Esprit Saint procède de lui ; en participant, d’une part, à la même essence, en étant, d’autre part, dans sa propre hypostase. En effet l’Esprit Saint lui-même est également Dieu, et ceci est dit dans beaucoup de passages des Livres divins ; et le temps est arrivé d’en recevoir un témoignage évident, ainsi que des entrées mêmes qui (se trouvent) devant les portes des Écritures sacrées (?), afin de ne pas allonger un long discours.
Dans la Genèse en effet, Moïse a écrit — car c’est le premier de ses écrits — que, lorsque Joseph allait interpréter le songe de Pharaon, il a dit : En dehors de Dieu, il n’y a pas de réponse de salut pour Pharaon (Gn 41, 16), lorsqu’il faisait de Dieu le chef et le guide de l’explication, lui qui sait manifestement ce qui est caché ; et parce qu’en vérité, il a expliqué le signe du secret du songe, Pharaon disait à ses familiers, lorsqu’il admirait l’action divine (s’exerçant) par le juste : Est-ce que nous trouverons un homme tel que celui-là, en qui soit l’Esprit de Dieu (Gn 41, 38) ?
Vois-tu comment le témoignage lui-même est clair ! En effet celui que Joseph avait indiqué, (à savoir) Dieu, qui va donner la réponse de salut à Pharaon, va être appelé l’Esprit de Dieu par celui qui a obtenu la réponse : Vraiment donc l’Esprit saint est Dieu, mais il est également créateur, de la même manière que le Père et le Fils, donnant la sagesse et l’intelligence.
Il est écrit en effet dans l’histoire de Job, qu’Elihu dit : L’Esprit de Dieu qui m’a fait, le souffle du Tout-puissant qui m’instruit (Jb 33, 4). Que personne donc, sous prétexte que l’Esprit lui-même a été désigné du genre qui est appelé le neutre, qui n’est ni masculin ni féminin, ne diminue la divinité de cet (Esprit). Et en effet nous trouvons également que le Père lui-même, ou plutôt la Trinité sainte elle-même, a été nommé Esprit. Car il est dit dans les Évangiles en ces termes : Dieu est Esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et en vérité qu’il faut qu’ils adorent (Jn 4, 24).
Tu as donc la Trinité, nom adorable et honorable, prédication de la piété, signe de la foi, une seule divinité en trois hypostases, de sorte que vraiment une seule et même essence est dans la divinité. En effet le Fils n’est pas Dieu autrement que le Père, également aussi et l’Esprit saint. Quant aux caractéristiques des trois hypostases, pour le Père, c’est la non-génération et le fait de ne pas être de quelque chose d’autre ; pour le Fils, c’est la génération qu’il (tient) du Père ; pour l’Esprit saint, c’est la procession ; mais il ne faut pas rechercher (ce qu’est) la génération ; de même qu’il ne faut pas scruter ni rechercher ce qu’est la procession.
En effet il nous importe seulement d’apprendre que le Fils est engendré et que l’Esprit saint procède, pour avoir une connaissance des hypostases non confuse, mais claire, en ne confondant pas dans la Trinité les propriétés, avec ce qui est un et commun dans la divinité. Quant au comment, nous laisserons de côté (le moyen de) connaître le non-engendré, celui qui est engendré et celui qui procède. Car si le mode lui-même de la génération ou de la procession était compréhensible pour nous, ce ne serait pas convenable pour Dieu vis-à-vis de gens à qui en vérité échappe le comment de beaucoup de choses, même de cette existence qui est la nôtre.
Écoute la théologie de Jean. Que montre-t-elle ? Après en effet qu’il a été illuminé pour dire : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu et lui-même le Verbe était Dieu (Jn 1, 1), et après qu’il a montré en même temps également le fait de la génération du Verbe sans commencement et sans souffrance, ainsi que l’égalité d’honneur dans l’essence avec le Père, et également ce qui est le propre de son hypostase, pour que personne en vérité, s’imaginant avoir tout compris, ne l’interroge avec plus d’instance et ne dise : Et comment le Verbe était-il au commencement, et lui-même le Verbe était-il auprès de Dieu et lui-même le Verbe était-il Dieu ? Il a continué de suite aussitôt : Personne n’a jamais vu Dieu (Jn 1, 18). Si donc tu n’as ni vu, ni non plus compris, quelqu’un pourrait lui objecter et très justement : D’où en es-tu venu à dire cela ? — Le Fils Unique, dit-il, qui est dans le sein du Père (Cf Jn 1, 17) lui-même (l’) raconté (Jn 1, 18) pour ainsi dire en disant : Au commencement était le Verbe (Jn 1, 1), et lui-même le Verbe l’a raconté vraiment et révélé.
Et le « Comment était-il » n’est-il pas descendu jusqu’à nous ? je le retourne et te renvoie à celui qui a dit : Il était au commencement (Jn 1, 4). Lui-même t’a dit : « Ce qui a été révélé, je l’ai dit ; quant à ce qui manque, celui qui est dans le sein du Père le sait ». « Dans le sein (est dit) encore de nouveau par suite de la pauvreté des mots et des pensées de chez nous, alors que cela contient une signification corporelle. En effet quel sein existe-t-il qui ne connote quelque chose de fini, cependant, d’autre part, il signifie la familiarité et l’amitié du Fils à l’égard du Père, dont il est le seul à connaître lui-même l’essence, la sienne, cachée et ineffable, échappant à tous les êtres créés, de sorte que lui-même dit également dans les évangiles en quelque sorte : Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît non plus le Père si ce n’est le Fils (Mt 11, 27).
Tel me semble être également ce qui est dit au sujet de l’Esprit : Il scrute également les profondeurs de Dieu (1 Co 2, 10). Car c’est une habitude chez nous de dire, au sujet de celui qui connaît les mystères de son ami, qu’il est dans son sein : il connaît les replis cachés et également la profondeur de sa pensée. Et le (mot) : il scrute, montre une science supérieure telle que rien ne dépasse la science de l’Esprit comme vraiment inscrutable et incompréhensible. De plus, cette expression même n’échappe pas à cette petitesse d’esprit (qui est) la nôtre : scruter est le fait de gens qui ne savent pas. Cependant il faut rejeter pour ces paroles tous les sens qui sont éloignés et qui ne conviennent pas à cette essence qui est au-delà de tout, parce qu’en vérité nous ne trouvons pas les mots les meilleurs, lorsque nous annonçons ces choses divines, et nous adaptons seulement les pensées qui se rapprochent autant que possible de ce qui est en question.
Tiens donc pour la Trinité, ainsi que je l’ai dit, une seule divinité et essence en trois hypostases non confondues, un seul principe et non pas trois. C’est du Père en effet, quoique ce ne soit pas après le Père, que sont le Fils et l’Esprit Saint, quand, indépendamment du temps et de l’espace, celui-ci d’une part a été engendré, celui-là d’autre part a procédé, au-dessus de toute cause et de (tout) motif. D’autre, part, quand je dis Trinité, comprends le Père, et le Fils qui, sans changement et sans transformation, s’est incarné pour nous à la fin des jours et l’Esprit Saint. Car l’«inhumanation» de l’Unique n’a pas entamé la plénitude ni l’indissolubilité de la Trinité : le Verbe en effet est un, même quand il est incarné, et il ne se divise pas en deux, mais avant les siècles il est un, simple et incorporel, de même que le Père et le saint Esprit également.
À la fin des temps d’autre part, quand il s’est fait homme pour notre salut, il n’est pas simple ou incorporel, mais un de deux, de la divinité en vérité et de l’humanité, qui sont parfaites selon leur notion propre, et non pas quand, parce qu’il est Dieu, il a changé le fait d’être simple, mais parce que, quand il est resté d’une manière fixe ce qu’il était, il a pris sur lui l’union relative à la chair, et que pour nous il s’est fait homme.
De même qu’une union originelle unit notre âme raisonnable au corps, par une germination qui a lieu en même temps, sans avoir rejeté loin d’elle son intellectualité et son incorporalité naturelles, mais par un accord qui a lieu en même temps venant des deux, elle achève l’homme même, comme en une seule hypostase et nature et un seul être vivant ; de même, le Fils de Dieu lui-même, quand, sans changement, il a été uni hypostatiquement à la chair, laquelle possède une âme intellectuelle, a été nommé Emmanuel, ce qu’il a été aussi, puisqu’il est dit « Dieu avec nous», étant une seule personne, une seule hypostase, une seule nature incarnée du Verbe, sans qu’il ait changé et sans qu’il ait confondu non plus ces (éléments) à partir desquels a eu lieu l’union inexplicable. Ces (éléments) en vérité se rattachent, d’une part, par suite du mélange, aux corps humides et fluides, et, d’autre part, sont étrangers à la nature incorporelle, mais ne pouvant plus être coupés par la dualité après l’union, car la dualité elle-même est la destruction de l’union.
En effet quel moyen trouverait-on pour départager de nouveau, chez celui qui est (uni) hypostatiquement dans une union indivisible, les (éléments) dont il est (composé) ? Ou quel est celui qui, ayant des pensées saines pourrait dire que le Verbe de Dieu incréé a souffert un changement (en son) corps, ou encore — ce qui est différent — que le corps qui vient de la Vierge sainte et qui nous est consubstantiel s’est retiré de sa propre nature et est passé à l’essence divine, celle qui est inaccessible et incompréhensible pour tous les (êtres) créés.
En effet ce n’est pas à la façon dont la verge de Moïse (a été changée) en serpent ni le fleuve du Nil en sang, ni la lumière d’Égypte en ténèbres, ce n’est pas de cette manière que le Verbe de Dieu a été changé en la nature de l’homme. Ces choses en effet étaient créées et corporelles, quand une nature changeante leur est échue ; elles sont sujettes à la quantité et à la qualité, elles sont transformées souvent également en même temps et dans la même (ligne), pour les uns d’une façon, pour les autres de façon opposée, comme ce fut le cas pour les Égyptiens et les enfants d’Israël, selon le bon vouloir de Dieu. Car c’est ainsi qu’également cette manne s’adaptait à son tour selon toute la gamme des goûts, satisfaisant le désir de chacun (Cf Sg 16, 20).
La nature divine au contraire, étant ce qu’elle est, est ferme, fixe, infinie et illimitée ; elle est sans changement ; chez elle, en effet, il n’y pas de changement, ni d’ombre de transformation (Jc 1, 17) s’écrie le livre sacré. D’un côté en effet, au sujet de cette verge, il est écrit que Moïse la jeta par terre et qu’elle devint un serpent (cf Ex 4, 3) ; pareillement, au sujet des eaux, qu’il changea en sang toutes les eaux du fleuve (cf Ex 7, 20). Mais, au sujet du Dieu de l’univers, tu ne trouveras jamais qu’est mis dans le livre divin le (mot) : « Il a été changé ». Car, même si dans le prophète Osée il dit : Moi, j’ai multiplié les visions et j’ai imité par les mains des prophètes (Os 12, 11), cependant limitation elle-même n’est pas un changement d’essence, mais comme sous forme de signe elle était une préfiguration de la réalité à venir.
Par suite Ézéchiel dit également : Cette vision de la ressemblance de la gloire du Seigneur (Ez 1, 28) : c’était donc là une imitation de la gloire du Seigneur et non pas de l’essence, plutôt qu’un changement. Donc autre chose est la figure de la prophétie et autre chose la démonstration de la façon de se conduire en réalité, comme il le dit. Mais au sujet de la venue dans la chair du Verbe, il est écrit également : Il a été dans la condition des hommes et en apparence il a été trouvé comme homme (Ph 2, 7). Cependant il a supprimé à l’avance l’erreur de ton illusion, c’est-à-dire d’une transformation, en disant : Il a pris la condition de l’esclave (ib) ; et il a amené ensuite les (mots) : Il a été dans la condition des hommes (ib). En effet celui qui a pris notre essence — car c’est là la condition de l’esclave — et qui se l’est unie hypostatiquement, a montré nécessairement et l’apparence et la ressemblance par rapport à nous, non pas lorsqu’il a fait semblant, mais lorsque sans changement il est devenu cela.
Car celui qui par une transformation ou par une vision irréelle voudrait seulement faire preuve d’imagination, n’aurait pas besoin de prendre quelque chose. Que si, en usant de force et d’oppression, tu dis que la condition d’esclave est justement pour ainsi dire limitation et la ressemblance, d’abord se dresse contre toi le (mot) : Il a pris ; car on prend à plein une réalité et non pas une hallucination. Ce n’est pas en effet comme au moyen de fictions qui (entrent) dans la composition des fables que le Verbe lui-même a imité et pris sur lui-même un faux masque d’humanité, mais c’est ensuite par là qu’il te prend, toi l’insaisissable, en vue d’un accord.
Que dit en effet l’apôtre lui-même ? Celui qui, étant dans la condition de Dieu, n’a pas estimé rapine d’être égal à Dieu, mais il s’est vidé lui-même, en prenant la condition de l’esclave (Ph 2, 6). De même donc que quand il est dans la condition de Dieu, il était dans l’essence de Dieu, et non pas dans l’imagination seulement et comme dans une empreinte vide et non hypostatique, de même en vérité il a pris également l’essence, mais non plus l’ombre de l’esclave, quand il s’est uni hypostatiquement à la chair qui possède une âme raisonnable. Pour les deux en effet, c’est de la même manière que Paul a mis convenablement le nom de « condition ».
Et si tu dis : Pourquoi donc, sur la montagne, sa condition n’a-t-elle pas été changée, quand Jean, Jacques et Pierre étaient présents ? Je te ferai surgir du doute, en lisant seulement devant toi les paroles de l’Évangile et en te montrant quel est le mode de changement de condition. Son visage, dit-il, resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière (Mt 17, 2). Est-ce donc que le fait qu’il fit resplendir son propre visage d’une gloire digne de Dieu comme le soleil, et que ses habits étincelèrent de l’éclat de la lumière, fait connaître quelque changement dans l’essence, ou montre qu’il a cessé d’être homme, ce qu’en vérité il a voulu devenir sans changement, outre qu’il est resté Dieu ? Ou bien était-ce là surtout ce qui est vrai en réalité, à savoir qu’il était le même qui a allumé une petite étincelle de sa sublimité personnelle pour la révélation, outre qu’il voulait raffermir la pensée des disciples, autant qu’il était possible. Car, lorsque Pierre avait entendu parler à l’avance de la croix salutaire et qu’il avait des pensées humaines, il disait : Loin de toi, mon Seigneur, cela ne t’arrivera pas (Mt 16, 22).
En effet, si c’est en illusion et non pas en vérité que le Verbe de Dieu lui-même s’est fait homme en dehors de tout changement, et qu’il n’a pas non plus pris notre chair, il est superflu d’avoir recours à Marie : c’est une fable que le temps de la gestation et que ses jours ont été accomplis pour qu’elle enfantât (Lc 2, 6), ainsi qu’il est écrit ; imagination et rêve, à ce qu’il semble, se trouve être également l’enfantement lui-même, les langes eux-mêmes, et également la croissance elle-même de l’âge, le fait d’avoir eu faim, d’avoir dormi, d’avoir été las de la fatigue de la route, les verges (de la flagellation), la croix et également ce fait, ultime en vérité et si important pour la démonstration de la vérité, qu’après la résurrection Jésus ait crié aux disciples qui doutaient : Touchez-moi et voyez qu’un esprit n’a pas de chair et d’os comme vous voyez que j’en ai (Lc 24, 39). Et il n’a pas dit : « Je parais dans la chair et dans les os », mais : J’ai chair et os, en montrant clairement qu’il a pris à notre essence ce qu’il avait par une union véritable en vérité et indivisible.
Or ces choses, ce n’est pas à titre d’indication que je les ai rapportées, mais comme nécessaires et utiles pour ceux qui dans les débuts accèdent à l’enseignement de la foi, et en m’appliquant à arracher à l’avance tout germe d’ivraie et de fausses doctrines, afin qu’elle ne nuise pas à la semence de bonne espèce. Et en effet, ce n’est pas en vain et sans cause que le Verbe Unique et Fils de Dieu le Père s’est fait homme, mais c’est en vue de notre secours. En effet il a vu que nous nous sommes mal conduits avec notre âme, et que nous avons réduit à l’esclavage et asservi sous les passions de la chair, l’intelligence qui se possède elle-même et qui a été faite à l’image de Dieu, et que celui à qui est échu d’être le chef, et à qui il convenait en roi de commander aux sens corporels ce qui doit être fait, a été opprimé de façon tyrannique par les convoitises, le plateau de la chair ayant penché en bas, ayant circonvenu et amené le caractère raisonnable de l’âme à son contraire, l’ayant pour ainsi dire renversé on ne sait comment et retourné, l’ayant tiré et fait descendre au même niveau que l’irrationnel.
Et après avoir vu, il a eu pitié ; et après s’être jeté lui-même comme médiateur, il s’est uni lui-même tout entier à toute notre formation, afin que, à ce qui est excellent, il donne le rendement qui se trouve dans les choses excellentes. En effet il s’est incarné de l’Esprit Saint et de la Mère de Dieu Vierge, (en prenant) la chair qui nous est consubstantielle, qui est animée par une âme intellectuelle, quand l’Esprit, d’une part, faisait en vérité l’enfant lui-même, et que Marie, d’autre part, apportait en même temps sans diminution, en dehors du péché et du désir, tout ce que les femmes sont aptes à apporter en même temps à un enfant, (en le prenant) à cette essence qui est la leur, d’une manière pure toutefois et le lien de la virginité étant conservé sans être brisé.
C’est là ce qui sied à Dieu et qui est admirable dans l’enfant et qui montre que celui qui est né était Dieu ; car il était uni hypostatiquement au corps qui a été créé. Et « comment, dira quelqu’un, tout le Verbe était-il dans le corps, alors qu’il est complet et infini » ? Comment en effet, dis-moi, remplit-il tout et est-il au-dessus de tout, et est-il tout entier en tout et tout entier au-dessus de tout ? En effet tu ne dis pas qu’une part prise sur lui est enfermée dans le tout et que le reste qui est à lui passe au-dessus de tout et se répand au-dessus de tout. Car c’est là le propre des choses mesurables et des choses finies ; mais pour la nature qui est infinie et incompréhensible, c’est complètement étrange et étranger. Si donc tu n’as pas de parole à dire à ce sujet, mais que tu crois qu’il est tout entier et en tout et au-dessus de tout, crois de même que, d’une manière infinie, il est tout entier uni hypostatiquement au corps et qu’il remplit tout.
Telle est en effet l’espèce des choses admirables, quand elle a pour défenseur la volonté de Dieu et la puissance de celui qui a imposé un ordre à la nature même et qui n’est pas mené lui-même par la nature. En effet pour Dieu le Verbe, ce n’est pas seulement le corps qui est petit, mais pareillement cet univers lui-même également, qui en vérité occupe un lieu auprès de lui et qui n’est pas un point par rapport à l’univers ; car les extrémités de la terre sont dans sa main (Ps 95, 4), ainsi qu’il est écrit.
Cependant après qu’il s’est fait homme, il a obéi volontairement à la plupart des lois de la nature, lui qui est au-dessus de la nature et libre par essence. Et c’est par toutes ces choses qui sont les nôtres qu’il est venu, sans péché, afin de détruire le péché et la malédiction qui était sur le genre humain. Or c’était la parole : Tu es poussière et tu iras à la poussière (Gn 3, 19). C’est pourquoi également il a eu part avec nous à l’entrée dans ce monde, il s’est soumis également à la naissance charnelle, et par là il a jeté la racine de l’immortalité, par l’inhabitation de l’Esprit Saint sur cette incarnation qui fut la sienne, et sur sa conception et sur la virginité de la mère qui l’a enfanté ; et ainsi il a été vu sur la terre et il a conversé avec les hommes (Ba 3, 38), en nous traçant la route de la vie parfaite et de la bonne conduite, en dehors de toute imagination.
Car il avait pour but de guérir les douleurs réelles par un remède réel. C’est pourquoi il a pris toutes ces choses qui sont les miennes, sauf le péché, afin que, là où se trouve ce qui relève de la corruption, il manifeste ce qui relève de l’incorruptibilité. Et en effet il n’a pas fait de péché, et il n’a pas été non plus trouvé de fausseté dans sa bouche (1 P 2, 22 ; Is 53, 9). C’est pourquoi il est venu également jusqu’à l’épreuve de la mort, afin de détruire la mort qui a prévalu sur nous, alors qu’il est immortel par nature. Ce qui nous rapproche de l’enseignement des paroles de Paul, qui dit en ces termes : Parce que donc les enfants ont participé à la chair et au sang, lui-même aussi c’est de la même manière qu’il a participé aux mêmes choses, afin de détruire par la mort celui qui a l’empire de la mort, c’est-à-dire le Calomniateur, et de libérer tous ceux qui dans la crainte de la mort étaient condamnés à l’esclavage pour toute leur vie (He 2, 14 sv). C’est pourquoi il leur dit : C’est de la même manière que nous qu’il a participé au sang et à la chair et qu’il a participé aux mêmes choses (ibid), afin que, après avoir rendu la mort inopérante, il nous délivre de l’esclavage du Calomniateur, nous qu’il tenait esclaves comme condamnés au péché, et qui nous avait livrés à l’empire de la mort.
Il ne supporterait donc pas la mort, s’il n’avait pas participé à la même nature que nous. Car s’il ne s’était pas incarné et s’il ne s’était pas fait homme, il ne pouvait pas souffrir, puisqu’il est Dieu incorporel et inaccessible aux souffrances. Donc, comme il s’est incarné, par là-même il a souffert également ; car, en tant qu’impassible, même quand il a souffert, il est resté impassible. C’est dans la chair en effet, qu’il a certainement souffert, et non pas dans la divinité, et il a fait connaître, surtout par ce qu’il a souffert, qu’il est impassible.
Il ne faut donc pas le diviser, à cause de cela, en dualité de natures après l’union, en sorte que nous paraissions être de vains défenseurs de l’impassibilité de Dieu. Mais, avec assurance, nous le disons un et qui est incarné, en nous attachant à l’enseignement des livres sacrés proclamant qu’il a souffert dans sa chair, et en sachant manifestement que la souffrance ne va pas au-delà du corps passible : car elle n’atteint aucunement l’impassibilité de la divinité. C’est comme lorsque la corde est coupée, ainsi celle de la fable se trouve chassée loin d’elle (?).
Ne le sépare donc pas de ce qui est capable de souffrir, au point que ce soit à l’homme pris à part, et non pas à Dieu, que nous attribuions le redressement provenant de la souffrance. Songe que, au sujet de Dieu qui véritablement est impassible, tu as un compte à rendre, et ne crains pas, alors que c’est toi peut-être qui es malade de la théopaschie que tu nous attribues, comme si celui qui ne peut recevoir la souffrance souffrait quelque chose de ce qui est en dehors de la nature, en étant aux prises avec la mort par la chair.
Car de même que le fer, quand il a été chauffé dans le feu et qu’il a reçu la flamme en sa profondeur, en sorte qu’en vérité il semble être la réalité même du feu, d’une part, est frappé lui-même par ceux qui le frappent, quand il est étendu sur l’enclume ; d’autre part, il ne souffre nullement la nature du feu, et cela, quoiqu’il soit uni d’une manière indivisible à ce qui est frappé et soumis aux coups violents provenant des marteaux ; de même également tu comprendras en vérité, au sujet de la souffrance salvatrice, en empruntant un petit symbole et une légère ressemblance à cet exemple — car la comparaison elle-même et sa situation face à l’image sont vaincues complètement par la vérité — parce que le Verbe de Dieu, d’une part, était uni au corps même recevant les coups de la souffrance, et que, d’autre part cependant, la souffrance elle-même, on le croit, lui appartient en propre, quoiqu’il ne se soit pas éloigné de son impassibilité de nature, parce que le corps lui-même qui a pris la souffrance, lui appartenait en propre et n’était pas à quelqu’un d’autre.
C’est pourquoi donc il est dit avoir goûté seulement la mort, lorsqu’il l’a détruite par sa résurrection divine après trois jours : d’une part, par la sépulture de son corps, en arrachant à partir de sa racine et en exterminant la corruption du tombeau, ce qui est signifié par ce fait que beaucoup de corps de saints qui étaient morts ont été réveillés (cf Mt 27, 52-53), sont alors ressuscités et sont entrés en hâte dans la ville sainte ; d’autre part, par l’âme, car il était tout entier uni à elle, et également tout entier dans le corps, complet et indivisible, après être descendu au shéol et avoir pris en pitié les âmes qui y étaient enfermées et avoir dit selon la parole du prophète à ceux qui étaient dans les liens : Sortez, et à ceux qui étaient dans les ténèbres : Venez à la lumière (Is 49, 9).
Celui-là, après être ressuscité, est monté aux cieux ; celui qui est descendu sans Corps est monté avec un corps. Étant l’un de la Trinité, il n’a pas ajouté à son sujet un quatrième nombre, ou en fait de personne, ou en fait de nature, ou en fait d’hypostase. Ainsi il est assis à la droite du Père, afin que, avec l’aide des noms et des pensées en usage parmi nous, tu apprennes sa propre égalité d’honneur et sa qualité de roi venant de son trône. Sinon, quelle serait la droite ou la gauche du Père sans corps, sans apparence et sans limite ? Il viendra ainsi juger les vivants et les morts, afin d’être vu également par ceux qui l’ont transpercé (cf Jn 19, 37 ; Za 12, 10), ainsi que dit la prophétie. Il nous a éloignés ainsi de l’esclavage de ces êtres qui ne sont pas dieux et il nous a apporté la connaissance de celui qui est Dieu et Père du ciel.
Donc, en vous relevant, vous qui maintenant êtes catéchisés selon la parole de la piété, rejetez loin de vous avec courage ces attaches pesantes ; dites les paroles sacrées de David : Coupons leurs liens, et enlevons d’eux leur joug (Ps 2, 3). Regardez et tournez-vous vers le coucher du soleil ; et ainsi renoncez à Satan et à la troupe des démons plus mauvaise que tout et à leurs artifices, en faisant connaître par cette attitude que le vieil homme a disparu ainsi que ses façons d’agir et qu’il s’en est allé vers le couchant. Et après avoir fait cela, tournez-vous vers l’Orient et contractez ces alliances avec le Christ, parce qu’il est d’usage pour ceux qui ont été délivrés de la tyrannie, c’est-à-dire d’une certaine captivité, de s’attacher par des alliances au roi vainqueur qui les a délivrés d’un esclavage amer, et de lui offrir un tribut.
Et quel est le tribut que le Christ demande à ceux qui croient en lui et sont baptisés en son nom et en celui du Père et de l’Esprit Saint ? C’est qu’ils regardent toujours vers l’Orient et vers le jour sans soir de la Résurrection et qu’ils se préparent et se disposent en vue de celui-là. Et une fois qu’ils rejetteront loin d’eux les œuvres des ténèbres, ils revêtiront les armes de lumière, et comme en plein jour ils marcheront dans l’honnêteté et non pas dans les chants et les ivrogneries, ni dans les lits et les impudicités, ni dans la querelle et dans la jalousie (Rm 13, 12-13). Et en effet ce sont là les pompes du Calomniateur et ses œuvres et tout ce qui les accompagne, choses en vérité que Paul a renfermées en bloc dans les (paroles) qu’il a présentées ensuite en disant : Le souci de la chair, ne le traitez pas pour (en satisfaire) la convoitise (Rm 13, 14).
Quand donc vous opérez cela allègrement, nous nous demandons pourquoi en cette promesse vous êtes d’accord seulement avec le Christ, et non pas en vérité en même temps que lui avec le Père et avec l’Esprit saint ; la cause première en est bien connue et il n’y a à son sujet aucune contestation, pour ceux qui connaissent les paroles sacrées de l’Esprit. Lui-même en effet, dans les Évangiles, s’est nommé la porte et le chemin (cf Jn 14, 6), alors qu’est devenu accessible pour nous par l’Incarnation celui qui est inaccessible par sa nature et qu’il s’est frayé lui-même comme un chemin, par une condescendance sans mesure, jusqu’aux pieds de notre pensée, qui boitaient et titubaient par suite de l’erreur des idoles, qui étaient rompus et ne pouvaient aucunement avancer vers le sommet haut, élevé et difficile de la connaissance d’un Dieu unique.
Alors donc que vous êtes comme des débutants dans les études qui commencent et que vous vous tenez en dehors des parvis sacrés, courez vers le chemin et vers la porte, afin que, quand vous frapperez au moyen de ce que vous allez dire, quand vous adhérerez à lui, celui qui a dit : Frappez et il vous sera ouvert (Mt 7, 7), vous ouvre manifestement et promptement et vous élargisse l’entrée.
Par ailleurs d’autre part, en vérité, celui qui est rangé avec le Christ et qui est d’accord avec lui, est rangé également avec la Trinité. D’une part principalement aussi à cause de l’identité d’essence des trois hypostases, d’autre part ensuite parce que ce nom de Christ est à proprement parler celui du Fils qui a été oint, qui est seul à être nommé Christ, car ni le Père n’est oint, ni l’Esprit saint. D’autre part cependant il nous élève et nous fait monter vers la pensée de la Trinité sainte. En effet il fait connaître le Père qui a oint, et le Fils qui a été oint et l’Esprit saint qui est compris comme l’onction. Car Paul dit en écrivant aux Hébreux : Ce qui a été dit par David, dans la prophétie au sujet du Fils, montre le Père qui oint et le Fils qui est oint : C’est pourquoi Dieu, ton Dieu, l’a oint d’une huile d’allégresse plus que tes compagnons (Ps 45, 8). Luc d’autre part a écrit : Quand Jésus se leva dans la synagogue des Juifs et qu’il reçut le livre du prophète Isaïe, il lut la prédiction le concernant, qui faisait savoir qu’à la place de l’huile, il était oint par l’Esprit. Telle est la parole qui se trouve dite ainsi au nom du Christ : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint (Lc 4, 16. 18).
Mais voyez, lorsque vous entrerez dans le sanctuaire et que vous verrez la source du Jourdain redoutable et terrible — car le Jourdain, ce sont toutes les eaux qui sont consacrées au nom de Jésus, lequel lui-même le premier a jeté pour nous dans le Jourdain le commencement du baptême divin. En effet nous prions également pour que la grâce du Jourdain soit donnée aux eaux, de peur que quelqu’un de vous en jugeant des yeux de la chair, ne regarde les eaux comme de simples (eaux) ; mais, avec les yeux de la foi, nous verrons que le fleuve céleste et qui coule d’en haut est rempli d’un feu divin, capable de purifier. Car il est proche celui qui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu (cf Mt 3, 11 ; Lc 3, 16). Des foules de ministres incorporels entourent la source même, ainsi que des myriades d’anges, des milliers d’archanges et d’autres armées, des bataillons et des cohortes de haut rang.
Ne laissez pas descendre votre esprit vers ce qui est en bas, vous qui avez imaginé ce qui est en haut. Et, quand vous serez ainsi disposés dans la pensée et dans la foi, le Christ, ce soleil de justice (Ml 3, 20), brillera en vous. En effet le cours du Jourdain, ce sont des eaux de force et de guérison, qui diffèrent des autres eaux, autant que les eaux vivifiantes, douces et potables différent de la saline qui produit la corruption.
Et l’on peut montrer que ceci autrefois a été prêché à l’avance par les Livres sacrés. En effet dans le IVe livre des Rois, il est écrit qu’un taxiarque, c’est-à-dire un chef d’armée du roi de Syrie, du nom de Naaman, était venu trouver le prophète Élisée, son corps étant taché par la lèpre et lui-même suppliant pour la purification de son mal. Mais lui, ayant reçu l’ordre du juste lui disant : Va, lave-toi dans le Jourdain sept fois, et ta chair reviendra sur toi, et tu seras purifié, méprisa ce mode de guérison. Et, après qu’il fut rempli de colère, il partit en disant : Voici, moi, je disais : Il sortira vers moi, et il invoquera sur moi le nom du Seigneur son Dieu, et il placera sa main sur la lèpre, et il l’éloignera de ma chair. Abarna et Pharphad, les fleuves de Damas, ne sont-ils pas meilleurs que toutes les eaux d’Israël ? En y allant, ne m’y laverais-je pas et ne serais-je pas purifié ? Et il se retourna et il s’en alla en colère. Et ses serviteurs s’approchèrent et lui dirent : Père, si le prophète t’avait dit quelque chose de difficile, ne ferais-tu pas selon ce qu’il l’aurait dit : Lave-toi et sois purifié ? Et Naaman descendit, et il se plongea dans le Jourdain sept fois selon la parole de l’homme de Dieu, et sa chair revint sur lui comme un petit enfant et il fut purifié (4 R 5, 11-14).
Voyez-vous quelle est la vertu des flots du Jourdain et que ceux qui pensent à leur sujet qu’ils sont pareils aux autres eaux, tombent à côté de ce qu’il est juste de penser, et errent loin de la vérité ! Et pourquoi ne considérez-vous pas comment le récit lui-même de l’histoire était la figure du mystère qui devait avoir lieu et de ce baptême divin ? Premièrement d’une part en effet, c’est dans le Jourdain et non pas dans quelques autres eaux, que le prophète ordonnait de se laver, en faisant connaître que seules ces eaux purifient, celles qui peuvent laver la tache. D’autre part qui donc est si ignorant des Livres sacrés qu’il ne sache pas que le Jourdain lui-même n’est saint pour aucune autre cause, si ce n’est à cause de Jésus, le nom très honorable et salutaire : Jésus, qui y a été baptisé également aux derniers jours, et qui fut autrefois figuré à l’avance par Jésus bar Noun : au passage de l’arche, il arrêta son cours, le fit revenir en arrière et fit passer Israël comme à travers une terre sèche (cf Jos 3, 14 et sv).
Deuxièmement, d’autre part, il faut considérer comment, après qu’Élisée eut dit : Va, lave-toi dans le Jourdain sept fois, le Livre qui est vraiment inspiré par Dieu, n’est pas resté au mot de bain, mais a dit : Et Naaman descendit et se plongea dans le Jourdain sept fois (4 R 5, 14), en s’écriant manifestement que le bain dans le Jourdain est seul aussi le baptême, et également que Naaman, d’autre part, le premier qui fait partie des Gentils, le Syrien, se plongea dans le Jourdain, et qu’il est purifié de la lèpre, tenant la figure de l’Église des Gentils qui autrefois était atteinte de la lèpre et était impure, et a été mise en avant par sa vocation au baptême et a prospéré plus qu’Israël.
D’autre part le fait de se plonger sept fois faisait connaître à l’avance la descente parfaite de l’Esprit Saint, qui avait volé et était descendu au-dessus du Jourdain sous l’aspect d’une colombe. En effet, par sept indications, — car le nombre sept est parfait — le prophète Isaïe a montré la perfection de l’Esprit, en disant : L’Esprit de sagesse et d’intelligence, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de science et de piété, l’Esprit de la crainte de Dieu (Is 11, 2).
Mais il nous faut également fixer notre esprit sur ceci, afin d’apprendre que dans la figure même du récit du livre, rien n’est détourné de l’exactitude, mais même en lui on peut voir la vérité manifeste et claire. En effet il n’a pas dit seulement au sujet de Naaman : Il se plongea, mais il a ajouté : Selon la parole de l’homme de Dieu. Car c’est dans la parole de celui qui administre le baptême et qui exerce le sacerdoce et qui prie, que l’Esprit habite. Les eaux enfantent, ce que Paul également, lorsqu’il écrivait aux Éphésiens, dit au sujet du Christ : Et il a purifié par le bain de l’eau avec la parole (Ep 5, 26).
Cependant ce que je vais dire ne mérite pas le mépris : (comme si) ce n’était pas admirable ou cela ne convenait pas beaucoup à Dieu. Il fallait en effet que nous le disions. Si ce n’était pas un mystère qui est devenu notoire, à savoir qu’après que ce Syrien s’est lavé, il est devenu bien portant. Mais que dit-il ? Et sa chair revint sur lui comme un petit enfant (4 R 5, 14). Or c’est là ce que le baptême lui-même divin et véritable promet d’accorder : non seulement la purification des péchés qui sont comme des taches de lèpre, mais également l’enfance et la jeunesse spirituelle ; et que, de plus, nous soyons courageux contre les esprits du mal.
C’est pourquoi, en effet, il est nommé également le bain de la régénération (Tt 3, 5), puisqu’il fait de nous des enfants nouveaux et qui sont alors enfantés, au lieu de vieillards. Ainsi en vérité l’apôtre lui-même dit : L’Église qui a brillé par le baptême, sans qu’il y ait en elle tache ou ride (Ep 5, 27), quand il fait connaître par tache d’une part le rejet du péché, par ride d’autre part le recul et la délivrance de la vieillesse, et l’âge de l’enfance — car une ride est un signe de vieillesse — en dépouillant d’autre part le vieil homme et en revêtant le nouveau (Col 3, 9-10), ainsi que dit le Livre sacré.
D’autre part, ce bain mystérieux est appelé le baptême, parce que nous sommes ensevelis en même temps avec le Christ, quand nous lui sommes associés dans la mort de trois jours par la triple immersion dans les eaux. Lui-même en effet, il a ainsi appelé sa mort personnelle, quand il a dit à quelques-uns de ses disciples : Pouvez-vous boire le calice que moi je dois boire, ou serez-vous baptisés du baptême dont moi je serai baptisé (Mt 20, 22 ; Mc 10, 39) ? Et à très juste titre : Le calice, d’une part, parce que l’épreuve de la mort provenait pour lui, non pas de la force et de la violence, mais était agréée et venait de sa propre volonté : le baptême, d’autre part, parce qu’il n’est pas resté dans le shéol, mais qu’il est ressuscité aussitôt, comme ceux qui plongent dans la profondeur des eaux et qui aussitôt remontent et émergent sans aucune peine ; mais quand ils sont ensevelis en même temps avec lui par la triple immersion et sont changés dans la chambre nuptiale à la ressemblance de la mort vivifiante, lui sont associés également dans la résurrection. Si en effet nous avons été greffés sur lui par la ressemblance de sa mort, dit Paul, nous le serons également par celle de sa résurrection (Rm 6, 5).
Or, à la mort de trois jours, se trouve être également concordante et du même nombre l’appellation elle-même de la Trinité sainte, dans laquelle s’accomplit le baptême lui-même ; car nous sommes baptisés au nom du Père et du Fils et de l’Esprit saint, de l’unique divinité qui est dans la Trinité, à laquelle (sied) la louange dans les siècles. Amen !