دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 40

(Elle fut) prononcée à l’intérieur du saint baptistère, le soir du début du saint jeûne des quarante (jours), alors que nous allions nous interdire l’entrée au baptistère qui se fait chaque dimanche soir, — et cela jusqu’à la sainte (fête) de Pâques et de la Résurrection.

 

Tout ce qui s’accomplit et s’exécute dans les églises de Dieu ne vise qu’à une seule fin : nous corriger et nous rapprocher de ce qui est le mieux et nous faire progresser vers en haut, que l’on parle de fête ou de jeûne, ou de quelque autre chose de ce genre. En effet il y a là de toute façon le rappel d’un bienfait divin qui s’est effectué à notre égard, à savoir que nous sommes devenus des débiteurs, de sorte que chacun d’entre nous, en (y) songeant, dise : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a accordé (Ps 116, 12) ?

C’est avec cette pensée que venant à nous souvenir de la nuit où notre Seigneur et notre Dieu Jésus Christ est ressuscité d’entre les morts, nous entrons, chaque jour de dimanche, dans cette demeure vénérable, avec des psaumes et des demandes et des prières, afin que, considérant cette source d’eaux vives, où, après avoir été ensevelis en même temps que l’Emmanuel par une triple immersion, nous sommes ressuscités en même temps que lui, alors que, d’une part, nous avons dépouillé le vieil homme (Col 2, 12 ; Ep 4, 22), et que, d’autre part, nous avons revêtu la taille incorruptible, celle qui n’est pas vaincue par la vieillesse, qui ne vieillit pas et qui conduit à une vie sans fin, nous louions celui qui nous y a appelés.

 Et maintenant c’est avec la même pensée que nous voulons vous écarter pour quelque temps de cette entrée sacrée, en ayant soin de graver plus clairement dans vos âmes, comme sur une colonne, la raison pour laquelle nous avons vu l’invisible et avons saisi l’insaisissable. Et quelle est cette raison ? C’est le sang de Dieu qui s’est incarné, (sang) véritablement précieux et cher et qui a suffi à racheter le monde entier qui avait été asservi par les péchés. En effet nous entendons Paul qui dit : Le Christ, par son propre sang, est entré une fois (pour toutes) dans le Saint des Saints, après avoir trouvé une rédemption éternelle (He 9, 12) ; et (nous apprenons) que nous avons pleine liberté pour entrer dans (le Saint) des Saints avec le sang de Jésus, par le fait qu’il a inauguré pour nous une voie nouvelle et vivante.

 Puisque donc c’est pour louer le sang du Christ versé pour nous en abondance afin de submerger et de laver toute tache et (toute) souillure, que nous jeûnons ces quarante jours, comme des gens rachetés à un si grand prix, et que nous ne vivons plus pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous (1 Co 7, 27 ; cf 2 Co 5, 15), nous osons quelque peu nous éloigner de cette entrée, afin que, le jour (même) où ce sang a été versé, où le Christ a été immolé pour nous comme pâque, nous rentrions en même temps que lui, en (re)montant en même temps que lui, comme celui qui monte au ciel. En effet, Paul, cette trompette de l’Église, (trompette) mystique et à la grande voix, qui révèle les profondeurs de l’Esprit autant qu’il est possible, s’écrie : Ce n’est pas dans un sanctuaire fait de main d’homme, image du véritable, que le Christ est entré ; mais (il est entré) dans le ciel même, afin de paraître devant la face de Dieu pour nous (He 9, 24).

Quel est celui qui n’admirerait pas la magnificence de sa charité et de son anéantissement pour nous, lui qui dépasse tout par la grandeur de la Sagesse du Père, celle qui a dit : Avant toutes les collines il m’enfante, et tous les jours je me réjouissais devant sa face en tout temps (Pr 8, 25. 30). Maintenant elle apparaît devant la face de Dieu comme extraordinaire, étrangère et débordant celle-là. Toutefois sa justification est tout-à-fait à notre portée. Elle apparaît en effet, non pas pour elle-même, mais pour nous, car c’est nous, en même temps, qu’elle a fait monter avec elle, ceux qui (étaient) des étrangers du ciel, ou plutôt qui ne sont même pas dignes de la terre, ceux qui étaient perdus, ceux qui avaient été dépouillés de la grâce, ceux qui se cachaient (loin) de Dieu, ceux qui par (l’intermédiaire) d’Adam ont entendu : Où es-tu ? (Gn 3, 9), ceux qui, par celui-là, ont dit ces mots pleins de honte : J’ai eu peur parce que je suis nu, et je me suis caché (Gn 3, 10).

Puisque donc nous avons été jugés dignes d’une si grande charité et que nous allons entrer dans le Saint des Saints, ainsi que dans le ciel même, en même temps que le Christ, et paraître devant la face de Dieu, préparons-nous de toute notre force par de bonnes œuvres et purifions-nous nous-mêmes à l’avance avant ce jour où (il y a) la victime, où (il y a) le sang, où (il y a) l’eau du côté, où (il y a) l’élection de ceux qui sont les bien-aimés, où (il y a) la résurrection, la consécration, l’espérance d’une nouvelle naissance, où (il y a) tout un torrent de bien, auquel non seulement nous avons déjà bu, mais encore dont nous nous sommes enivrés, à cause de l’abondance du courant qui (coule) sans mesure : Ils s’enivreront en effet, dit (le livre), de la graisse de ta maison, et tu les abreuveras au torrent de tes délices (Ps 36, 9).

Conduisons-nous donc en toute pureté, nous préparant en vue de ce jour vénérable, auquel aussi nous prépare une prédiction du prophète, s’exprimant ainsi : Vivez dans la pureté devant la face du Seigneur, parce que le jour du Seigneur est proche, parce que le Seigneur a préparé sa victime ; il a consacré ses élus (So 1, 7). À lui la louange pour l’éternité ! Amen !

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