(Un seul manuscrit comprenant seulement le début. Longue lacune ensuite.)
Sur ce fait que, avant la fête de la Nativité, on lit, selon l’usage, le commencement de l’évangile de Luc ; et, d’après les versets de l’évangile, sur le dogme de l’humanation divine et l’enseignement « éthique », c’est-à-dire relatif à la façon de vivre, qui enseigne comment il faut nous préparer avant la fête (Prononcée le dimanche avant la Nativité, 16 décembre 512).
De même que la lumière du jour, à son lever, éclaire d’avance les visages de ceux qui la regardent, et les prépare à la vue de la splendeur du soleil, de peur que, après les ténèbres, les yeux subitement exposés aux rayons, n’en supportent pas l’éclat, que les pupilles n’en soient aveuglées et que les paupières ne se ferment et ne soient privées du charme de la lumière, de même aussi, alors qu’est sur le point de briller sur nous le lever du soleil de justice (Ml 3, 20) par la Nativité selon la chair, et que le jour est à nos portes, le cérémonial de la fête porte qu’en ce jour de la fête de la Nativité, nous célébrions le Christ notre Sauveur par la trompette évangélique des lectures qui vont être faites maintenant, pour purifier à l’avance les yeux de notre esprit, afin que, une fois préparés, nous recevions la lumière de la venue du Christ dans la chair et que nous considérions par quelles paroles le divin Luc nous introduit aux mystères et nous y prépare.
II dit : « La prédication évangélique a été accomplie par ceux qui furent les spectateurs et les serviteurs de la Parole (Lc 1, 2) ». Que dis-tu ? Appelles-tu les apôtres spectateurs et serviteurs de Dieu le Verbe ? Comment ont-ils vu, dis-moi, celui qui est sans corps et qui ne tombe pas sous la vue ? Comment ? Parce que, sauf le péché (He 4, 15), il s’est uni la chair hypostatiquement, celui qui nous était consubstantiel, qui avait une âme douée de raison et d’intelligence, (qui était formé) de l’Esprit Saint et de la Mère de Dieu toujours vierge, Marie, qui peut de toutes manières être vu, être touché et être mesuré. De même aussi Paul dit que parce qu’il a été manifesté dans la chair, il a été vu par les anges (cf. 1 Tm 3, 16). Pareillement aussi Jean, le (fils) du tonnerre, s’écrie dans sa lettre : Celui qui était dès le commencement, celui que nous avons vu de nos yeux, celui que nous avons vu et nos mains ont touché du Verbe de vie (1 Jn 1, 1).
Si donc ce Verbe qui a été vu et touché est proclamé à cause de cette union essentielle avec le corps, (union) qui est sans confusion et sans partage, et si de la même manière il est écrit que le Fils de l’homme est descendu du ciel (Jn 3, 13) et cela, quand il est devenu chair de la Mère de Dieu, la Vierge Marie, celle qui est consubstantielle à nous, comment ne parlerons-nous pas d’un seul Emmanuel, qui, de deux natures, la divinité et l’humanité, est uni en une union infrangible et n’est pas connu en deux natures dans leurs opérations et leurs propriétés. Car si les deux subsistent encore après l’union, l’union serait donc déchirée par ces (éléments). Cet (être) en effet, quand de deux il est réuni en un, ne confond pas ceux dont il est la réunion, parce qu’il est uni de façon immuable, et il demeure un de manière fixe, même quand on nie la dualité après l’union.
C’est pour cette raison que le Verbe a été vu et touché et, parce qu’il est devenu chair sans changement, c’est ce qu’il a en lui de corporel qui est vu et touché. Ses propriétés, il les a reçues en lui pour y être inscrites. Ce n’est pas parce qu’il a été vu qu’il est ; mais c’est parce qu’il est devenu qu’il a été vu. Or, parce qu’il est devenu et qu’il a été vu, pour cela aussi il a souffert dans la chair, en supportant la croix pour nous, et il est resté impassible dans les souffrances.
Ce n’est aucunement comme le tome impie de Léon, celui qui au concile de Chalcédoine a affirmé : Séparons pour chacune des natures ce qui en est le propre et disons en propre ce que chacune opère. Car de même que le Verbe, qui ne peut être ni touché ni vu, a été vu et touché, de même aussi, celui qui guérit, a marché sur la mer. Dirons-nous donc que l’opération propre est qu’il marche sur l’eau ? Ils nous répondront, ceux qui après l’union nous introduisent deux natures, que c’est la (nature) divine. Mais comment serait-ce le propre de la divinité de marcher avec des pieds corporels, et non celui de la (nature) humaine ? Et comment n’est-il pas étranger à l’homme de marcher sur une surface liquide ? Donc il est temps pour toi de chercher une troisième nature, au compte de laquelle tu inscriras une opération de ce genre. Car à partir de ces deux natures…