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HOMÉLIE 39

Sur le jeûne : c’est la deuxième.

Moïse, le serviteur de Dieu, quand les fils d’Israël sortaient au combat, ordonnait au prêtre de parler ainsi en disant ce qui pourrait remplir les troupes de courage et de résolution irrésistible : Écoute, Israël, vous allez, vous, aujourd’hui au combat contre vos ennemis. Que votre cœur ne défaille pas, ne craignez pas, ne soyez pas écrasés, ne cessez pas de faire face, car le Seigneur votre Dieu marche à votre tête pour combattre avec vous contre vos ennemis et vous sauver (Dt 20, 3).

Si donc contre le sang et la chair il armait les soldats et les alignait face à des hommes de même race, en étant pour eux un dieu tutélaire, portant caution pour eux, combien davantage n’aurions-nous pas l’espoir de pouvoir émettre des promesses encore plus vastes que celles-ci, alors que nous vous faisons sortir, vous, troupes spirituelles, par le moyen du jeûne, en ligne pour le combat spirituel contre des ennemis invisibles ? Car ce n’est pas contre le sang et la chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Souverains du monde des ténèbres de ce siècle, contre les esprits du mal qui sont dans les régions célestes (Ep 6, 12).

Ô ligne de combat vraiment divine et digne de grandeur ! C’est contre les esprits aériens de ténèbres et ces forces, pires que tout, qu’elle nous arme, nous qui sommes attachés à la boue, ces (forces) que Paul a appelées Principautés et Puissances, ceux qui se sont révoltés avec le Calomniateur, qui avaient été créés au commencement en état de bonté et pour le bien par le créateur, et avaient été rangés et institués en principauté et en ordre angélique ; mais qui, volontairement, ont détourné leurs regards de la contemplation des choses d’en haut et de la perfection lumineuse et ont été atteints de la maladie de l’orgueil, en compagnie de celui qui, comme il est écrit, a levé l’échine contre le Seigneur Tout-Puissant (Jb 15, 25). De par leur propre volonté, ils ont aveuglé leur œil spirituel et se sont trouvés enténébrés. Car celui qui, volontairement, éloigne son œil de la lumière, installe, de toute évidence, les ténèbres en lui-même.

Or l’Apôtre les a appelés Principautés et Puissances, non pas que les démons aient sur nous une principauté ou une puissance quelconque, absit ! — Comment, en effet ? Ceux qui n’étaient même plus capables de se réfugier dans les porcs, sinon lorsque Jésus, le Sauveur Dieu, le leur eût permis, n’y sont-ils allés, comme il est écrit dans les évangiles (Mc 5, 11-13), que parce qu’ils étaient tombés de la Principauté et de la Puissance dans laquelle ils avaient été établis par Dieu ?

Il en est bien ainsi : écoute sur ce sujet les livres sacrés qui parlent de la sorte : Les anges qui n’ont pas gardé leur Principauté, mais qui ont abandonné leur propre demeure, il les a gardés pour le jugement du Grand Jour avec des chaînes éternelles dans les ténèbres (Jude 6). Car le jour terrible du jugement les attend, ainsi que la flamme des tourments sans fin et inextinguibles, ainsi qu’il est dit : Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le Calomniateur et ses anges (Mt 25, 41) ! Ainsi donc en effet, ils n’avaient aucune Principauté, sinon peut-être que, ayant pour chef le Calomniateur, à mesure qu’ils étaient engagés par lui en premier dans le mal, lui qui a péché et engendré la rébellion le premier, ils se sont rangés sous lui en ordre désordonné et ténébreux et ils habitent l’étendue de l’air et se promènent selon leur ancienne nature dans la portion qui leur revient, libérés de la lourde opacité des choses d’en bas.

C’est pour cette raison que Jésus, alors qu’il y avait bien des sortes de châtiment, est monté volontairement sur la Croix, afin de détruire leur Principauté qui est dans l’air, d’où, comme ceux qui ont subjugué la citadelle d’une ville, ils avaient opprimé et asservi le genre humain. Et il a été exalté aussi quand il a souffert, afin que nous, pour qui et en faveur de qui il y a eu la croix, il nous exalte et nous attire jusqu’à lui, et qu’il manifeste ouvertement que, même dans la souffrance de l’abaissement volontaire, il est demeuré grand et qu’il est exalté, non pas simplement en une seule dimension, mais déployé en quatre directions — la croix en effet n’a-t-elle pas quatre côté ? — montrant ainsi par-là clairement qu’il est Dieu, qu’il surpasse tout et qu’il renferme tout en lui.

C’est ainsi que Paul, expliquant le mystère de la croix en écrivant aux Éphésiens, disait : Afin que vous soyez capables de comprendre avec tous les saints ce qu’est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et que vous connaissiez l’amour du Christ qui dépasse et surpasse la connaissance (Ep 3, 18).

Quoi donc, dira quelqu’un ? Est-ce que les démons qui ne possèdent rien sont dits souverains du monde ? Non pas comme s’ils avaient pouvoir sur le ciel, la terre et tout ce qui y est renfermé : car c’est là le monde visible. Mais comme s’ils avaient pouvoir sur les pensées du mal de ce monde et la diffusion des plaisirs, ce par quoi ils possèdent et asservissent ceux qui vivent dans ce monde. Car ceux qui, les premiers, ont été affectés par la malice et qui en ont comme jeté la semence, en sont à juste titre les chefs, et sont dits et censés être ceux qui en sont les souverains et les rois.

Or, que l’Écriture donne, de manière habituelle, le nom de « monde » aux pensées du mal qui sont dans le monde, prends-moi Jean, l’évangéliste théologien, qui parle ainsi : N’aimez pas le monde, ni ce qu’est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde — la convoitise de la chair et la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie du monde — ne sont pas du Père, mais sont du monde. Et le monde passe et la convoitise. Maïs celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours (1 Jn 2, 15-17). Et encore : Nous savons que nous sommes de Dieu et que le monde entier est soumis au Mauvais (Jn 5, 19).

Or, on ne disait pas cela plus haut au sujet de ces œuvres visibles bonnes et belles, alors que Dieu les a toutes faites, belles et très belles — comme nous entendons Moïse qui l’a écrit (cf Gn 1, 31) — et qu’elles ne sont aucunement mauvaises. Conformément à cet avis, notre Sauveur disait aussi dans l’évangile à ses apôtres : Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient (Jn 15, 19). Or, bien qu’eux aussi fassent partie du monde, puisqu’ils étaient par nature des hommes, comme nous aussi, on sait bien que pour ceux-là qui avaient part d’une manière convenable à l’esprit et aux pensées, c’est parce qu’ils étaient étrangers à ces pensées du mal, à quoi sont asservis ceux qui se contentent de ces choses mondaines et éphémères, que (Jésus) leur dit qu’ils sont des étrangers dans le monde.

Pareillement aussi Paul, quand il nomme les démons souverains du monde, par ce mot qu’il avance immédiatement après, diminue la portée de leur sens en disant : de ces ténèbres, disant cela comme pour dire : je dis souverains du monde, chaque fois qu’il s’agit de quelque chose qui détient les ténèbres et le mal répandu dans le monde. Car tout ce qui se sépare de Dieu, vraie lumière, cela est dit proprement ténèbres.

C’est pour cela aussi qu’il écrivait aux Thessaloniciens : Nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres (1 Th 5, 5). Et encore, il appelle aussi ces mêmes démons esprits du mal, déclarant ainsi que, alors qu’ils étaient au nombre des esprits doués d’intelligence et également de même nature qu’eux, ils ont été atteints de ce mal, de sorte que cette maladie qu’ils ont est devenue leur propre nom. C’est pourquoi quand nous prions, nous disons : Délivre-nous du Mal (Mt 6, 13) en nommant Satan le Mal, comme commandant et chef de la phalange du mal.

Mais « dans les régions célestes » a une double explication. Certains disent, en effet, que c’est l’usage dans l’Écriture d’appeler l’air « ciel », et, selon cet (usage), elle dit aussi les oiseaux du ciel (Mt 6, 26). Que donc on dise « dans les régions célestes » au lieu de « dans les régions de l’air », ils l’affirment. D’autre part, que ces esprits du mal habitent la plupart du temps dans l’air, nous l’avons dit précédemment. Aussi Paul dit-il au sujet du Calomniateur : Selon le chef de la puissance de l’air, de l’esprit qui travaille maintenant dans les fils de désobéissance (Ep 2, 2).

Mais d’autres, qui ne sont pas versés dans l’Écriture divine et qui n’ont pas saisi comment elle est exprimée, donnent réponse à cette explication : ils ont osé déformer ce mot en ayant l’audace d’écrire à la place de dans les régions célestes, « dans les régions au-dessous des cieux » ; et par l’explication de cette fiction impie, ils cachent la nonchalance et l’ignorance qui leur est propre, car quand ils disent : « ce qui est au-dessous des cieux » nous avons tout lieu de croire que c’est « l’air ».

Mais d’autres comprennent ainsi choses célestes, en disant qu’il s’agit pour nous d’une lutte contre les esprits du mal et cela, ni en vain, ni de façon générale, dans des actions quelconques et ne se rapportant à rien, mais dans les choses célestes. Car c’est en ces choses-là que consiste tout le conflit, étant donné que, d’une part, nous luttons pour monter vers la récompense céleste, par une conduite vertueuse et de bonnes actions, mais que, d’autre part, ceux qui se sont levés contre nous et nous font obstacle, par la légèreté des plaisirs immondes, attirent en bas nos visages et nous entraînent à l’abîme et à la destruction. Les démons en effet, étant jaloux par nature et étant devenus malades, à cause de la jalousie et d’autres maux encore, cela leur est extrêmement pénible et ils grincent des dents, en voyant que nous nous hâtons et courons vers cette hauteur d’où ils sont tombés à cause de cette malice qui était entrée en eux.

Ces deux explications à eux, nous les acceptons, parce que nous nous rattachons à cet objectif de la piété. Car ces mots de l’Esprit ont été compris de bien des manières, à cause de la richesse des sens divins. Nous n’en avons rejeté qu’une seule : cette invention stupide de falsification.

C’est donc contre de tels adversaires que le Christ nous a mis en ligne par le jeûne, je veux dire contre le Calomniateur et contre la confédération de la puissance mauvaise des démons, étant donné qu’il a été nommé Calomniateur, pour cette raison que le premier il a menti, il a calomnié, il a accusé la législation et le commandement de Dieu, en excitant Ève à la désobéissance et en disant : Vous ne mourrez pas de mort, car Dieu sait que le jour où vous mangerez de cet arbre, vos yeux seront ouverts et vous serez comme des Dieux, connaissant le bien et le mal (Gn 3, 4-5).

Ô, de toutes les insolences, la pire ! À la jalousie dont il est lui-même malade, il associe Dieu, en affirmant que l’interdiction de manger de l’arbre n’était que de la jalousie, jalousie en effet en vérité, selon la fiction trompeuse du Calomniateur, pour les priver de la participation et de la nourriture de celui qui pouvait alors les combler de biens.

De nouveau, parce que, de façon blasphématoire, nous avons mangé hors de propos, par le moyen de ce même jeûne, notre général nous arme contre lui, car si Adam avait jeûné à ce moment où il le fallait, en se (privant) de la nourriture de cet arbre, il n’y aurait pas pour nous nécessité de (faire) ce jeûne. Mais de même qu’un médecin habile, quand des aliments ont été pris hors de propos et ont provoqué une maladie dans le corps, le purge, par privation de nourriture, de ce qui lui était nuisible, et élimine peu à peu les causes de la maladie, ainsi le jeûne, à la façon d’une médecine, est venu en nous, par une privation de nourriture sage et intelligente, purifier les passions survenues en nous par une nourriture intempestive, guérir, redonner peu à peu des forces, ramener à la bonne santé et à la vigueur convenable et armer contre les démons.

C’est en ceci que consiste le souverain amour de Dieu et sa sollicitude pour nous. De même en effet que c’est un sujet de joie pour des parents, que leurs propres fils se joignent à des hommes forts qui combattent l’adversaire et s’illustrent par la victoire et des défilés glorieux ; de même, alors que, pendant ce long temps intermédiaire, Dieu, plus que tout père, avait, vis à vis de nous, des dispositions de miséricorde, il utilisa la jalousie du Calomniateur et des démons, qui eux étaient descendus à une telle quantité de méchanceté, et il a permis qu’il y ait un combat, à cette fin de punir l’arrogance de ces êtres, celle qui (vient) de l’orgueil, et de nous faire apparaître plus glorieux et plus illustres par des couronnes, et de nous proclamer bien haut comme ceux qui ont combattu, et que nous ayons part, comme ceux qui ont travaillé et peiné, aux délices des biens éternels.

Mais autrefois, quand nous étions dans un état imparfait et maladif, le jeûne, à la façon d’une médecine, nous a été appliqué, car Moïse en donnait l’ordre en parlant ainsi : Et le dix du septième mois est un jour de propitiation et il sera appelé saint pour vous et vous humilierez vos âmes (Lv 23, 27). Parce que c’était un jour de propitiation et de pardon, ils ont accepté l’humiliation provenant du jeûne, comme si un médecin disait à ceux qui souffrent de maladie, de supporter la douleur d’une incision ou d’une cautérisation, en vue du bienfait de la guérison.

Mais maintenant que nous sommes arrivés à un état de vie plus parfait, c’est à la façon des athlètes et comme pour un combat, qu’a été institué et ordonné pour nous le jeûne par le grand Dieu et notre Sauveur le Christ. Que dit-il en effet ? Toi quand tu jeûnes, oins ta tête (Mt 6, 17). En réalité celui qui se déshabille pour la lutte est oint entièrement, mais parce que ce n’est pas une lutte corporelle, mais entièrement spirituelle, il ne commande pas, par ces paroles de l’Esprit, qu’une autre partie du corps, si ce n’est la tête, c’est à dire le lieu suprême de l’âme, soit ointe de cette onction divine ; par ces paroles de l’Esprit comme ce qui est dit par Qohélet : Pour le sage, les yeux sont dans la tête (Ec 2, 14). Mais celui qui est oint ainsi, qui est engagé avec ses ennemis et qui a vaincu, par la suite, se lavera aussi le visage, ayant l’œil de l’intelligence pur et lumineux par la contemplation des choses célestes.

C’est pourquoi, après avoir dit : Oins ta tête, il ajoute ensuite : Et lave ton visage. Joyeux donc et avec ton regard fixé sur le ciel, élève-toi à ce jeûne qui est sublime et élevé. Ne gémis pas face à lui, ne sois pas courbé vers la terre, ni en deuil et ne t’attriste pas à cause de l’amaigrissement et de l’absence de nourriture de ton ventre. Car tel est le propre des bêtes à quatre pattes, d’être tournées vers le ventre, et non le fait de l’homme raisonnable, créé à l’image de Dieu, et qui par sa forme corporelle, seul parmi tous les autres vivants, peut fixer facilement son regard vers le ciel. Écoute donc Paul qui légifère en disant : Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ assis à la droite de Dieu ; songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre (Col 3, 1).

Prends dans tes mains le volume du livre divin ; passe en revue les récits des anciens ; lis les vies des héros qui ont été loués : d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Job. À la manière d’un peintre habile, imite l’icône de leur vertu ; apprends comment ils ont vécu chastement avec les femmes ; comment ils ont élevé leur fils dans l’amour de Dieu ; comment ils ont pratiqué l’amour des étrangers ; comment ils ont même reçu chez eux des anges (cf Gn 18) : comment, en s’enrichissant, ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour leurs proches, quand, par le partage d’un don, ils apaisaient un miséreux ; et ils n’étaient attachés en aucune manière à l’or ; et, de l’avarice, comme d’une souillure, ils ont détourné leurs visages. L’un d’entre eux, en effet, étant chargé de présents par quelqu’un, disait : Je lève la main vers le Dieu Très-haut, celui qui a créé le ciel et la terre, si d’un fil jusqu’à une courroie d’une sandale, je prends de tout ce qui est à toi, de sorte que tu ne dises pas : J’ai enrichi Abraham (Gn 14, 22 s).

Un autre, quand quelqu’un pensait qu’il était puni à cause d’un péché et le déclarait et l’en accusait, n’était pas orgueilleux en lui-même, mais disait : Si de mes mains j’ai touché un pot-de-vin, que je sème, certes, et que d’autres mangent. Mais si aussi je me suis réjoui quand j’avais de grandes richesses, ou si j’ai mis la main sur des propriétés sans nombre, vraiment ne voyons-nous pas le soleil se lever et disparaître, la lune qui diminue et qui termine sa course ? Car ce n’est pas en leur pouvoir (Jb 31, 7-8 ; 25-26).

J’ai vu là une philosophie exacte et une pensée qui méprise les réjouissances visibles. « La belle couleur de l’or », dit-il en effet, «ne m’attire pas, et je ne suis pas submergé par l’éclat brillant de l’argent, et je ne suis pas atterré en mon esprit. Car j’ai regardé vers le soleil et la lune : ces éléments qui ont une telle beauté et qui resplendissent beaucoup mieux que l’or ou l’argent ; et j’ai découvert que l’un disparaît et que l’autre, après avoir grandi, diminue et peu à peu arrive à sa fin et disparaît, et que ce n’est pas en leur pouvoir. Car il n’est pas en leur pouvoir de donner de la lumière ou de ne pas en donner, mais il y en a un autre, qui nous illumine avec la lampe qui vient d’eux, celui aussi qui les a faits et qui les a tirés du néant, et ceci a été pour moi une leçon : que je ne considère pas la fleur des richesses qui se fane et tombe en un instant ».

La raison donc pour laquelle je me servais des richesses, écoute-la : Si j’ai mangé mon pain seul, dit-il, et ne l’ai pas partagé avec l’orphelin ; et depuis ma jeunesse je (l’)ai élevé comme un père, et dès le sein de ma mère je (l)ai conduit ; si j’ai négligé un homme nu qui allait périr et ne l’ai pas couvert, et les faibles, s’ils ne me bénissaient pas, (si), de la toison de mes agneaux, leurs reins n᾽ ont pas été réchauffés, et si encore j’ai levé la main sur l’orphelin, confiant d’avoir beaucoup d’assistance : que mon épaule soit détachée de ma nuque et que mon bras se rompe au coude (Jb 31, 17-22). Il dit encore : L’étranger ne passait pas la nuit dehors, et ma porte était ouverte à tout venant (Jb 31, 32). Et pour beaucoup d’autres actions droites, il pensait qu’elles dissipent la richesse et plaisent à Dieu.

Si maintenant nous sommes vraiment remplis de zèle pour ces choses, en même temps que du corps, jeûnons aussi d’esprit. Car quel avantage pour moi le fait que tu aies faim, si, ce qui est superflu en fait de nourriture, tu ne l’envoies pas au ventre de celui qui a faim ? Quel profit d’un jeûne corporel, si tu ne te nourris pas l’âme avec les enseignements des paroles divines, avec des instructions d’exhortation, et avec des récits historiques, parmi lesquels il faut en trouver aussi pour les femmes comme remèdes et médicaments convenables et exemples de vertu. Car le stade ici est ouvert, de la même façon, aux hommes et aux femmes, et pour ne pas diriger notre discours loin et en dehors de ce qui a été proposé, voyons quel pacte d’amour de la sagesse, en ces femmes qui jeûnent, Moïse nous laisse dans ce livre de l’Exode.

Quand en effet, il décrivait en détail la construction de la tente, il dit, à propos de Beseleël, le chef des artisans, que Dieu l’avait rempli de sagesse et d’intelligence, que celui-ci fit le bassin de bronze et sa base de bronze avec les miroirs des femmes qui jeûnaient, de celles qui jeûnaient aux portes de la tente du témoignage (Ex 38, 8), vois vers quelle hauteur de vertu les fait monter la purification du jeûne. Car, non seulement elles demeuraient sans nourriture, mais en outre elles s’étaient assises aux portes de la tente par amour de Dieu, sanctifiant en quelque sorte leur esprit, et jeûnant de toute préoccupation mondaine.

Contemplant les choses qui sont, comme il est écrit, belles (aux yeux) de Dieu et rayonnant de la beauté de leurs âmes, elles ont rejeté loin d’elles les miroirs (faits) pour des visages corporels, proclamant par ces actions que les qualités qui sont celles de la beauté intérieure étaient les leurs. Elles méprisaient la beauté qui se fane et qui vient du dehors, c’est à dire celle qui, par des couleurs, est capable de duper et de tromper les yeux, comme les images ou les portraits que des peintres barbouillent sur des tablettes.

Mais considère aussi le commandement de l’Esprit, qui est celui d’un vrai sage. Il a commandé qu’un bassin soit fait avec ces miroirs, afin de montrer clairement qu’à celles qui ont fait preuve d’une vertu si grande et qui ont présenté une telle offrande, il a donné un bain et la rémission des péchés comme récompense.

Ainsi le bon jeûne, comme s’il était un miroir spirituel, a établi qu’il faisait apparaître les tâches de l’âme et nous a instruits et enseignés de nous soucier de les nettoyer. Si donc celles qui avaient reçu la loi provisoire de Moïse, qui venait tout juste de les délivrer des mœurs égyptiennes et barbares, ont, à cause de l’excellence de la promesse, jeûné d’une manière si excellente et spirituelle, vous, les femmes qui remplissez l’église, vous dont la tête est le Christ, vous pour qui a été établie La loi par l’Évangile et qui avez appris les lois célestes, celles du Dieu qui est descendu sur terre, à cette fin seulement de les annoncer, ne dépasserez-vous pas celles-là d’une mesure sans limite ? Jeûnez donc avec un esprit qui est au-dessus du monde, méprisez toute élégance corporelle et établissez dans vos âmes l’ornement des vertus.

Il y a, en effet, pour vous un bassin plus réel, ce sont les mains des pauvres : déposez là votre bronze et lavez-y vos âmes. Soyez assidues aux maisons de prières et attentives aux psaumes, aux hymnes et aux cantiques spirituels (Col 3, 16), car si vous jeûnez ainsi, vous laisserez aussi pour vos fils votre exemple comme une loi écrite.

Rappelons et disons par tous les moyens que nos pères jeûnaient de cette façon. Nous accomplirons ainsi la loi de nos pères et, les choses étant ainsi, d’une part, ils vous suivront et marcheront avec vous, récompenses de cette bonne éducation ; d’autre part, Dieu leur sera propice et miséricordieux pendant toute leur vie, en les récompensant du bon et digne enseignement qu’ils ont reçu, avec ce qui est plus grand que tous les biens, le royaume du ciel.

Qu’il advienne que tous nous en soyons dignes, par la grâce et la charité du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, à qui sied la gloire avec le Père, avec l’Esprit Saint, pour le siècle des siècles ! Amen !

 

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