Sur la nativité selon la chair du Dieu grand et notre Sauveur Jésus Christ.
En admirant la grande merveille de la présente fête, je suis partagé en esprit : car je suis poussé à garder un silence total, et en même temps à parler avec abondance. Qui, en effet, en entendant que nous fêtons le jour de la nativité de celui qui est incréé et en en scrutant la merveille, ne serait pas saisi de vertige, et n’honorerait par le silence ce qui ne peut se comprendre ?
Mais qui donc, en apprenant le motif même pour lequel le Verbe, élevé au-dessus de tout, est descendu jusqu’à ce total abaissement et a consenti à participer à une naissance charnelle, à cause de nous qui étions tombés dans le charnel et qui avions défiguré par les passions la merveilleuse beauté de l’âme en laquelle nous étions à l’image de celui qui nous a créés, (qui donc) ne volerait en esprit et ne se réveillerait pas pour en faire l’éloge, et ne serait pas stimulé et exalté par la grandeur de la charité, et, à l’exemple de ces trois enfants dans la fournaise de Babylone, ne prierait les anges aussi bien que les armées qui sont au-dessus du monde, ainsi que toute la création douée d’intelligence et de sensibilité, de l’entraîner à la louange en disant : Bénissez le Seigneur, tous les serviteurs du Seigneur ; glorifiez-le et exaltez-le à jamais (Dn 3, 57) !
Car c’est vraiment toute la création qui est honorée par l’inhumanation divine, nous surtout d’abord, parce que le Verbe a participé, à l’exception du péché (He 4, 15), à notre état de créature, et ce n’est pas en rejetant de lui ce qu’il est, Dieu, qu’il est devenu homme ; le reste des créatures, d’autre part, parce que le créateur s’est complu à être réellement créé et que le fabricateur est apparu au nombre de ses œuvres ; mais c’est pour un autre motif que ce monde visible tire profit d’une si belle entreprise, étant donné qu’il a été fait pour notre service et notre utilité.
Car c’est pour moi qu’a été constitué et disposé le soleil, la lune et les étoiles, pour faire apparaître la lumière, et le ciel pour pleuvoir, et l’air pour insuffler la nutrition, et la terre pour produire des fruits, et le reste pour combler ces autres besoins : or, ce n’était pas avec justice qu’ils nous fournissaient leur service, puisque nous, nous avions retiré l’honneur dû à la Seigneurie, du fait que nous nous étions laissés prendre par la seigneurie du péché, étant descendus à cette dernière vanité : ce pourquoi Paul disait : La création a été asservie à la vanité non de son plein gré (Rm 8, 20), pour ainsi dire, puisqu’il va jusqu’à doter de sensibilité ce qui n’est doué ni d’âme ni de sens, pour mieux montrer l’étendue de notre perversion et de notre malice et l’asservissement de ce monde au-delà du convenable.
Mais quand le Verbe s’est incarné et qu’il a appuyé la plante (de son pied) corporel sur la terre et qu’il y a été vu et qu’il a conversé avec les hommes (Ba 3, 38), et qu’il n’a pas été compris comme le fils unique et le Dieu suprême, mais apportant toutes choses en lui et, venant du Père, entrant sur la terre habitable comme l’aîné parmi de nombreux frères (Rm 7, 29), il a délivré la création, en ce qui le concerne, du fait d’être asservie à la vanité (Rm 8, 20) ; mieux encore il l’a fait agir, plus qu’il n’était requis : si auparavant elle était établie pour pratiquer l’asservissement à l’homme qui était à l’image de Dieu, maintenant elle a accepté Dieu comme l’un parmi beaucoup, lui qui à cause de nous se fait pauvre pour s’incarner, qui détruit le péché, qui fait de la terre un ciel, qui y acclimate la virginité, une vie non corporelle et un état de vie angélique, et qui attire un grand nombre d’hommes à son imitation, ce que le prophète Habacuc proclamait aussi à l’avance à son sujet en disant : Tu es sorti pour le salut de ton peuple, pour sauver tes oints (Ha 3, 13). Ceci aussi, le divin Paul a essayé de le montrer en écrivant aux Corinthiens : Soyez mes imitateurs, comme moi aussi je le suis du Christ (1 Co 11, 1).
Qui donc ne louerait pas de mille voix cette belle entreprise si magnifique ? Mais qui ne verserait pas des larmes mêlées de joie et d’exultation spirituelle, et ne serait pas ému en lui-même par le repentir, alors qu’il se trouve comme une pierre et dénué de sensibilité, en nous voyant, nous qui n’étions pas dignes de marcher sur la terre, — à tel point qu’elle en gémissait, — et qui tout à coup ont été transférés au ciel ; mieux encore, nous qui habitons sur la terre comme en un ciel, grâce à une heureuse transformation, parce que nous marchons en imitant le Christ ; par suite de la sublimité de cette charité, la troupe des anges est pleine de stupeur et d’admiration et proclame avec émerveillement : Gloire à Dieu dans les hauteurs et, sur la terre, paix ; et parmi les hommes, bienveillance (Lc 2, 14) !
Or ce qui est dit ainsi, à savoir de rendre gloire au sujet de cet abaissement total, est le fait, dit-on, non pas de l’un de ceux qui sont sur terre, mais, — et tout juste —, de ces armées d’en haut. Car, plus cet être de nature si élevé s’est abaissé en s’humiliant volontairement, plus élevés sont les motifs de gloire. Mais ils le sont plus encore pour ceux qui rendent gloire et louange, parce que c’est à eux surtout qu’il revient de le proclamer Lui, le Très-Haut, plus que quiconque, puisque, ce qu’il a par essence, il l’a dans une perfection totale, qui n’est plus susceptible d’aucun accroissement.
Pour quel motif, d’autre part, disent-ils : Gloire à Dieu dans les hauteurs (Ibid) ? Ils en ont fourni de plus la raison, en disant : Paix sur la terre et parmi les hommes, bienveillance. C’est là encore le fait de gens qui sont étonnés et surpris, car la paix était-elle vraiment sur la terre ? Sur cette (terre) qui était en lutte avec Dieu, qui était remplie d’autels, d’odeurs de sacrifices et de sang, qui avait fabriqué et adoré des êtres qui n’étaient pas dieux ?
Parce que, (ajoutent-ils) chez les hommes, bienveillance, alors qu’ils avaient perdu ce (privilège) d’être des hommes, en descendant jusqu’à l’irrationalité ! Car l’homme, quand il est honoré ne comprend pas. Il se rend semblable au bétail sans intelligence et lui ressemble (Ps 48, 13. 21), c’est ce que nous entendons le psalmiste s’écrier.
Or ce sont ceux-là qui se trouvaient ainsi dans le mal et qui étaient descendus à ce dernier (degré) de mépris et de vilenie et qui avaient rejeté loin d’eux la bienséance raisonnable, en cachant l’image de Dieu par la ressemblance avec les démons, et qui, par les passions, avaient rendu cette image douée d’intelligence, défigurée et abominable, ceux-là, non seulement (Dieu) a eu pitié d’eux, mais encore il les a aimés. Car, c’est ce que veut dire la bienveillance, à savoir que ce n’est ni par force, ni par nécessité, qu’il est venu, mais par un mouvement spontané et par volonté propre, avec une attention plus vive encore pour l’un de ces êtres aimés. Car la bienveillance, par le fait qu’elle est censée être qualifiée de bien, montre aussi la non repentance des dons de Dieu, car ce qui est estimé un bien n’engendre jamais le regret. C’est pourquoi Paul dit : Les dons de Dieu sont sans repentance (Rm 11, 29) et il les a qualifiés ainsi. Mais plût au ciel que nous ne nous montrions pas nous-mêmes indignes de la grâce ! Tout cet amour, c’est celui qu’il a pour son image : ainsi est-il disposé pour son ouvrage, avec amour.
Où y a-t-il une autre façon plus évidente pour prouver son amour et sa paix, sinon ce fait qu’il a poursuivi, en courant après lui, celui qui était perdu au loin, celui qui vis-à-vis de lui était en état d’hostilité, celui qui par la loi et les prophètes avait été recherché sans être retrouvé, (et cela) complètement et sans être devancé, en sorte que, alors que celui qu’il cherchait était un adversaire, c’était pourtant celui-là qu’il cherchait. Car, étant Dieu, il est devenu homme, sans changement et véritablement et alors qu’il s’est placé volontairement au milieu de nous, selon la parole du prophète, il a proclamé : J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, étant donné qu’ils ne voulaient pas me chercher ; je me suis manifesté à ceux qui ne m’interrogeaient pas (Is 65, 1 ; Rm 10, 20) Parce que, à nous qui étions égarés dans les ténèbres du péché et qu’il a détournés de l’erreur vers la connaissance de Dieu, il dit au Père par le psalmiste : Je montrerai ton nom à mes frères : en pleine assemblée je te louerai (Ps 21, 23 ; He 2, 12).
C’est de lui aussi que Jean le Baptiste, quand il le voyait de ses yeux spirituels se mêler et converser avec nous, disait : Il se tient au milieu de vous celui que vous ne connaissez pas (Jn 1, 26). Car, de même que quelqu’un qui aime, brûle davantage d’amour, quand il cherche de quelle manière être en compagnie de celui qui est aimé, essayant — combien de foi ! — de capturer sa proie par un piège, de la même manière, l’Emmanuel s’est attaché à nous par la parenté de la chair, à nous qui avions perdu la familiarité avec lui, alors que nous étions son image, afin que, quand il deviendrait homme, nous nous approchions de lui, auprès de qui, auparavant comme Dieu, nous ne pouvions nous approcher, et que nous confessions ainsi qu’il est véritablement Dieu, alors qu’il est devenu homme, et qu’il s’est humilié, ce qui est aussi digne d’admiration. N’est-ce donc pas le fait de la bienveillance, n’est-ce pas le fait d’un amour souverain, cette disposition de sa part à notre égard ?
C’est pourquoi les Anges louaient en disant : Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur terre ; chez les hommes, bienveillance (Lc 2, 14). Il est évident que ce qui a été loué par les anges a été révélé en premier aux bergers, ces hommes qui étaient le type de ceux qui devaient paître les Églises, et à très juste titre. Il leur fallait en effet entendre au premier rang ce (mot) : Sur la terre, paix, ceux-là qui devaient proclamer la paix à tout l’ensemble de l’Église. La personne des pasteurs et cette joie qu’ils eurent de par la révélation, signifient à l’évidence que c’est à cause de ce troupeau qui errait, que ce bon pasteur est venu. Car, pour des pasteurs, on ne connaît rien qui les réjouisse tant, que de retrouver une brebis perdue : personne d’autre ne pouvait la retrouver si ce n’est le Christ, ce chef des pasteurs. Que dirent donc ceux qui entendirent la multitude de l’armée divine louer (ainsi) : Gloire à Dieu dans les hauteurs et sur terre, paix ; chez les hommes, bienveillance, ils se dirent les uns aux autres : Allons jusqu’à Bethléem et voyons cette parole qui a eu lieu, celle que le Seigneur a fait connaître (Lc 2, 13-15).
Ὁ type du mystère si digne de Dieu ! Car Bethléem se traduit Maison du pain. Or, où donc les bergers, après l’annonce de la paix, devaient-ils courir, sinon à la maison spirituelle du pain céleste, c’est-à-dire à l’Église ? Or le Christ est le pain vivant, celui qui est descendu du ciel et il a été donné pour la vie du monde (Jn 6, 51), comme il le dit dans les Évangiles.
Telles sont donc les explications que nous recueillons des bergers, mais on en trouverait aussi beaucoup de profitables, venant des Mages. Mais, faire à leur sujet quelque développement dans ce discours, ne convient pas au moment présent ; je craindrais en effet qu’en dressant, au-delà de la mesure, la table des (nourritures) spirituelles devant vous, je diminue ce qui en fait l’agrément et le charme, et que j’en alourdisse l’audition par sa surabondance.
Sur un seul point seulement, qui me semble étrange, je suis dans l’étonnement à leur sujet : alors que depuis longtemps leur bouche baillait vers ces choses d’en haut et qu’ils faisaient de nombreuses recherches sur le cours des astres — telle était en effet la spécialité des Chaldéens, parmi lesquels se trouvaient les Mages —, ils n’avaient pas reconnu le créateur du ciel et de la terre. Mais quand ils virent un astre insolite qui apparut, certes, d’en haut, mais qui les attirait et les guidait pour qu’ils regardent en bas, il se posa au-dessus de l’endroit où était l’enfant (Mt 2, 9) et, pour ainsi dire, d’une certaine manière, il proclamait selon le mot de Jean : Celui qui est venu d’en haut est au-dessus de tout (Jn 3, 31), ils le rencontrèrent dans le sein même d’une vierge comme dans le ciel, et quand ils virent le nouveau-né, ils l’adorèrent comme le Dieu puissant, car ils ne lui auraient pas offert de l’encens, s’ils ne l’avaient pas cru tel ; et en ajoutant de l’or et en lui offrant le tribut comme à un roi, ils témoignèrent devant lui de sa puissance universelle ; en y joignant en même temps la myrrhe, ils signifièrent à l’avance la suavité des parfums du tombeau, ce que Paul proclamait après l’avoir médité en lui-même : Nous sommes la douceur du parfum du Christ (2 Co 2, 15).
Mais ont-ils annoncé la division de l’Emmanuel en reconnaissant le même être, et Dieu et roi, et qui a souffert et qui a été enseveli dans sa chair ? Car, même si celui qui est passible, est venu selon la parole de l’Économie, —car celui qui est impassible s’est incarné — aussi le même (être) humainement souffre et divinement aussi demeure impassible. Ne le divise pas par la dualité des natures, étant donné qu’il a été uni une fois de façon infrangible, de sorte qu’un avocat meilleur, sans l’impassibilité de Dieu le Verbe, est apparu, en celui en qui se trouvait l’impassibilité, bien qu’il soit uni hypostatiquement à un corps passible. Je passe sous silence la crèche, dans laquelle la Parole a dominé ce qui est sans parole, signifiant qu’il vient sauver ceux qui sont devenus semblables aux animaux sans parole et apparaître au milieu d’eux.
Quant à la Vierge, je vais lui offrir un discours à part, puisqu’elle suffirait à donner lieu à de nombreux discours, outre que ce qui est dit maintenant, remonte à son sujet comme à une bonne racine, car c’est avec justesse et à propos qu’elle a entendu d’Elisabeth : Bénie sois-tu parmi les femmes et béni est le fruit de ton sein (Lc 1, 42). Celui donc qui bénit le fruit, bénit le sein qui a produit le fruit. Mais j’ignore comment est venue aussi à se répandre l’opinion immonde d’Eutychès. Car tout fruit ne germe-t-il pas de l’essence de l’arbre qui le produit et n’est-il pas de même nature également que lui et non d’une autre, quelle qu’elle soit ? Comment dis-tu donc que le corps de l’’Emmanuel n’est pas de Marie, ô insensé, mais, alors que ce sein a produit ce fruit béni et véritable, tu fais de la mère une invention imaginaire et sans personnalité, en faisant de notre sauveur un fantôme et un rêve.
Car s’il est vrai qu’elle est de la même essence qu’Adam, la femme qui a été prise de son côté et qui a été créée, et qui dans la transgression du commandement a fauté avec celui par lequel est descendu le péché, de la même essence de toute manière est aussi la Vierge, par laquelle est apparu le Christ, second Adam, celui qui a enlevé le péché du monde (Jn 1, 29) ; de même que ceux qui sont morts en Adam revivront dans le Christ (1 Co 15, 12), comme le dit l’apôtre. Si la Vierge en effet n’a rien apporté en même temps venant de son essence pour la naissance de Emmanuel, elle n’est donc pas non plus à proprement parler mère de Dieu. Comment en effet pourrait-elle donner naissance à la seule divinité par la chair ? Mais si le Verbe de Dieu s’est uni hypostatiquement le corps venant d’elle, qu’il anime par une âme douée de raison et d’intelligence, de telle sorte que lui aussi soit conçu, cela prouve qu’il s’est incarné et qu’il est né ainsi d’une façon digne de Dieu, les liens de la virginité n’ayant pas été brisés, alors vraiment Marie, en donnant naissance à Dieu qui s’est incarné et inhumané, est Mère de Dieu. Car telle est la merveille étonnante : que la naissance véritable n’a pas brisé la virginité.
Si en effet elle a enfanté une ombre et une imagination, il n’y a pas grande (merveille) : si elle a enfanté ce qui est imaginaire, la virginité demeure ; mais, quant à nous, ces fables de rêve d’Eutychès et d’Apollinaire qui détruisent tout mystère, ainsi que la coupure juive de Nestorius, disons-leur adieu et louons le (Christ) de ce qu’il est un de deux (natures) parfaites, la divinité et l’humanité, et de ce qu’après l’union il n’est pas divisé en deux natures, celui qui à cause de nous a pris sur lui de s’incarner de notre chair, le péché mis à part (He 4, 15) ; et honorons la Vierge Mère de Dieu et prions-la d’intercéder pour nous.
Pensons que ce sont là des marques d’honneur envers elle, parce qu’en sa virginité nous avons par elle un enseignement de la vie de pureté. Je dis surtout cela pour toutes ces femmes qui aiment Dieu, car je me réjouis, en vous voyant recourir allègrement au souvenir de la Mère de Dieu, revêtir des habits de fête et vous orner, quant au reste de la parure, pour la gloire et la modestie de votre sexe.
Mais je vous exhorte à orner l’homme intérieur : la vierge, d’une part, par l’observance de la pureté ; celle qui est sous le joug, d’autre part, par le lien d’amour pour son mari et par une éducation des enfants plus (remplie) d’amour de Dieu et plus empressée à les corriger, en leur apprenant à aller aux églises et aux maisons de prière, et non pas aux spectacles, afin qu’ils entendent les livres divins et participent aux saints mystères.
Quand en effet ces (habitudes) ont germé en eux dès l’âge de l’enfance, elles les conduisent à un état remarquable, elles forment le début et la cause de toute une belle vie et les amène à recevoir le secours venant de Dieu qui les sauve des flèches amères et homicides du Calomniateur.
À vous tous de même et à vous toutes, je prescris la miséricorde à l’égard de ceux qui sont dans le besoin, car c’est l’enseignement et le précepte commun. Car que donnerons-nous d’autre à celui qui eut tant pitié de nous, sinon la miséricorde à son imitation, vis-à-vis de ceux qui nous sont égaux par la race, celle qu’il fait remonter à sa propre personne en disant : C’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40), à savoir la façon dont vous vous comportez avec les hommes.
De même que, quand vous voyez un objet ou un bracelet d’or, rare et précieux, vous êtes sur le point de l’acheter avec beaucoup d’empressement et de le porter à l’église bien en vue, de même, que chacune d’entre vous dise à son mari : Donne-moi de l’or ou de l’argent pour contenter les pauvres, afin d’embellir mon âme, car je rougis de ne pas voir de parure à la Mère de Dieu, alors qu’en moi il n’y a rien en fait de parure qui puisse réjouir celle-ci ! Et si tu vas ainsi à sa sainte Maison en te revêtant de splendeur spirituelle, tu ramèneras une grande bénédiction à ton mari et à tes enfants en revenant chez toi ; car l’ornement corporel ne montre que ta beauté à toi toute seule, tandis que celui de l’âme montre également à ton mari et à tes enfants qu’ils participent à cette beauté spirituelle qui apporte ce profit commun.
Vous le voyez : telles sont les choses que nous a amenés à dire la Mère de Dieu, alors que nous avions choisi d’avance de n’en parler qu’en passant et en hâte, mais, pas même à ceux qui n’ont ni sagesse ni science, elle n’a permis qu’on passe sous silence qu’elle est la Mère du Dieu Verbe et de la Sagesse.
Mais je veux encore tirer quelque profit de ces bergers, car le livre divin des évangiles dit encore à leur sujet : Ils veillaient la nuit à la garde de leurs troupeaux, et voici que l’ange du Seigneur survint sur eux, et la gloire du Seigneur resplendit sur eux (Lc 2, 8-9). Or (cette) parole désigne aussi ceux qui se tiennent à la tête des troupeaux doués de raison : s’ils ne sont pas très vigilants et n’observent pas les veilles de la nuit, d’une part en écartant des ténèbres de l’imagination du monde ceux qui sont nourris par eux, et d’autre part en les conduisant à la splendeur de la résurrection et de cette vie à venir, la gloire du Seigneur ne brillera pas sur eux.
Car si Jacob, quand il paissait les troupeaux de Laban, disait : Je me suis trouvé brûlé par la chaleur pendant le jour, et par le froid pendant la nuit, et le sommeil a fui mes yeux (Gn 31, 40), que ferons-nous, nous qui avons été préposés à paître l’image de Dieu et qui dormons sans soucis, alors que nous aussi, voici que nous sommes en danger d’être dévorés par les bêtes sauvages ?
Mais il est puissant, ce Dieu qui est descendu d’en haut et il n’est pas loin de nous remplir tous des paroles qu’il connaît, car pour nous, fidèle est sa merveille et on ne se souvient pas qu’il ne nous ait pas tous conduits à ce qui lui plaît, à sa gloire et à celle de son Père et de l’Esprit Saint, maintenant et en tout temps et pour le siècle des siècles. Amen !