Après qu’il a été montré que Vitalien, ce rebelle au nom infâme, s’est incliné ignominieusement, lorsque la réunion eut lieu à cette occasion.
Se réjouir des victoires des rois pieux, c’est honorer Dieu qui est le maître et le guide de la victoire, surtout lorsque l’achèvement de la victoire s’effectue sans effusion de sang, en manifestant la seule puissance invincible, celle d’en haut. C’est pourquoi moi aussi j’interviens publiquement pour vous rappeler, à partir seulement des livres sacrés, les merveilles extraordinaires de Dieu, qui ont des ressemblances avec celles qui ont eu lieu chez nous, et pour exciter toute bouche à la louange, à l’éloge parfait et à la prière.
Ézéchias, en effet, cet ami de Dieu, roi de Jérusalem (cf 2 R 18), alors que les Juifs marchaient hors des lois de leurs pères, et que la pratique des cérémonies prescrites par Moïse, ainsi que le reste des purifications, étaient méprisés et tenus pour négligeables, et qu’ils en étaient tombés à servir les démons, — au point que, même dans le temple de Dieu et dans cette maison de prière qui ne peut être ni touchée ni regardée par ceux qui sont impurs, on chantait des chants démoniaques, on faisait entrer et on installait toutes les souillures des idoles faites de mains d’hommes et les reproductions de leurs images, —, (Ézéchias donc) pleurait et se lamentait sur ceux qui erraient à ce point ; il levait les yeux vers le ciel avec assiduité et vigilance, tandis qu’en même temps l’œil de son esprit était tout surpris et réconforté par Celui qui habite et demeure chez ceux qui prient ainsi : il purifia donc le temple de cette intrusion des démons, il rappela aussi à ses compatriotes ces tables écrites par Dieu, ces révélations célestes et ce Dieu qui était descendu sur le mont Sinaï et avait parlé avec eux. Il fit honorer les prêtres qui, avec beaucoup de magnificence, nettoient, épurent et purifient. Il leur ordonnait de sacrifier selon la loi, de se rendre Dieu propice et agréable et de célébrer la fête de Pâques, car le temps en était venu.
Mais, quand ces (réformes) furent ainsi accomplies, le misérable, ce jaloux, ne le supporta pas, lui qui nous envie ce visage de familiarité avec Dieu et qui veut nous en dépouiller, parce que lui, volontairement, s’en est éloigné. C’est pour cette raison qu’il importe pour lui de nous faire descendre de là, comme il s’est révolté, (lui), et dans la mesure même où nous mettons plus de zèle pour y parvenir.
Il suscita en effet contre (Ézéchias) le roi des Assyriens (cf 2 R 18, 17), qui amena avec lui une multitude innombrable de guerriers armés. Dieu le laissait faire, lui qui organise les combats des hommes pieux, lui qui l’aimait au point de tenter dans l’épreuve sa vertu comme dans un creuset et, suivant l’importance du combat avec le Mauvais, de disposer, à l’encontre, ces réserves d’endurance et de force pour ceux qui sont engagés malgré eux dans le combat.
Rabchakas, qui conduisait les avant-gardes des chefs de troupes et des généraux d’armée de ce barbare, avec une nombreuse armée, s’approcha du rempart de Jérusalem et se mit à crier à ceux qui se tenaient sur les points avancés du rempart : Vous ne devez pas, contre votre grand roi, lever les mains en révolte, mais vous en aller au pays des Perses et vous éloigner de ce pays qui est le vôtre (cf 2 R 18, 32). Ô démence de barbare ! À ceux avec qui il n’avait pas encore combattu, il parlait comme à des prisonniers, en étalant tantôt l’importance de son armée, tantôt l’importance de ses cavaliers, voulant les influencer par la terreur.
Mais tandis que chacun de ses (soldats) se tenait sur le rempart sans crainte et en sécurité, (Ézéchias) repoussa aussitôt ces inepties et ferma la bouche de celui-ci en le mettant au silence : il regardait vers Dieu et il attendait le secours d’en haut : telles furent en effet les prescriptions et les commandements de cet ami de Dieu, le roi Ézéchias, celles concernant le peuple et celles concernant les chefs de l’armée.
C’est alors donc que ce barbare changea cette langue orgueilleuse pour la faire blasphémer contre Dieu, comme contre un (être) faible, tout à fait incapable de sauver ceux qui espèrent en lui. Il mit ces paroles par écrit et envoya la (lettre) à Ézéchias. Celui-ci l’ayant lue, comme le dit le livre sacré, monta à la maison du Seigneur qu’il avait nettoyée et purifiée de la pratique des cérémonies idolâtriques. Il ouvrit la (lettre) devant le Seigneur, puis, ayant pleuré amèrement, il prononça des paroles insignes et pria. À la fin il ajouta ensuite : Que tous les royaumes de la terre sachent que tu es, Seigneur, le seul Dieu ! Il l’entendit, celui qui, avant même qu’il ne lise, était présent (cf 2 R 19, 14 s).
Alors, au milieu de la nuit, l’ange du Seigneur sortit et tua, du camp des Assyriens, cent quatre-vingt cinq mille hommes. Ils se levèrent de bon matin et trouvèrent tous les corps mis à mort (cf 2 R 19, 35).
Tel fut le carnage qu’avait pu exécuter une seule prière qui avait germé d’un esprit ami de Dieu et avait été inondée de larmes. Mais ceci m’a écarté plus ou moins des blasphèmes de Rabchakas ; car quand il se posa en impie par rapport au Dieu de l’Univers, celui-là même qui est aussi le Dieu propre d’Israël, par rapport à l’excellence de la science de Dieu, il osa calomnier le zèle divin du roi Ézéchias, en disant : Ne venez pas me dire : nous avons confiance dans le Seigneur notre Dieu, celui-là dont Ézéchias a détruit les haut-lieux et les autels en disant à Juda et à Jérusalem : Adorez devant cet autel (cf 2 R 18, 22) ; et cela, bien qu’Ézéchias eût enlevé les haut-lieux de ces dieux au nom menteur, — je veux dire les montagnes et les collines, celles sur lesquelles sacrifiaient ces gens insensés —, et qu’il eût transféré l’honneur de l’autel, l’adoration et le culte rendus ici, à la vérité du Dieu unique et à ce nom incommunicable.
Tel nous est apparu Vitalien au nom impie. En effet, à l’exemple de Jéroboam, le serviteur de Salomon, qui avait ourdi une rébellion contre son maître, convoité le pouvoir et persuadé ceux qui étaient à sa main d’adorer ces veaux d’or de Samarie, il a été pris dans le filet juif et dans le piège des deux natures et dans la division impie de ce Christ unique, par celui qui l’a coupé de ses racines, le roi pieux, en professant une nature incarnée de Dieu le Verbe, une chair qui nous est consubstantielle, qu’il a animée d’une âme raisonnable et spirituelle, en dehors de tout péché (cf 1 R 11, 26 s), selon ce que la foi apostolique le proclame et le transmet. Cette lettre et cette vision de mépris pervertit la vérité ; comme ce Rabchakas, il s’attaque à la piété, tout en s’efforçant d’être le défenseur de la piété des chrétiens, lui ce détrousseur de biens qui ne lui appartiennent pas, avec l’appât d’une obole à beaucoup de gens affamés et à vendre, qu’il attira à lui par un morceau de pain. Ces gens, aussitôt, il est vrai, l’ont rapidement abandonné, après avoir été repus, et ont reconnu la Seigneurie véritable. Et il lui est arrivé ce qu’avait bien prédit le prophète Jérémie : La perdrix a fait son cri : elle rassemble les (petits) qu’elle n’a pas enfantés ; (ainsi), alors qu’il s’est enrichi à l’encontre de la justice, il laissera la moitié de sa vie, et, pour en finir, c’est un sot (cf Jr 17, 11).
Cependant ce roi, comme si en vérité il était ami du Christ et plus sage, n’a pas commis de faute volontairement, mais il a trouvé une pauvre et petite humanité, je veux dire celui qui est appelé Vitalien et qui a un nom plus long que son corps de nain, qu’il a rempli de perversité, à la façon des Cyclopes, car, à son esprit ne convient pas ce qui est royal et de haute convenance. Il (l’empereur) avait pensé détruire le crâne de celui-ci, mais il l’a envoyé aux pays lointains des Thraces, pour que là-bas, ou bien il se repente de sa perversité, ou bien il soit tué.
Car cet ami de Dieu chante vraiment chaque jour avec le prophète David : Si j’ai rendu le mal à ceux qui me l’ont fait, je tomberai certes vainement de par mes ennemis (cf Ps 7, 5). Nous aussi donc, prions pour son royaume de charité en disant : Sauve le roi, Seigneur, et exauce-nous en ce jour où nous t’invoquons (Ps 20, 10), car ce n’est pas en voulant faire l’éloge de celui qui est victorieux dans la paix, que nous prononçons ces éloges, mais afin de rendre gloire au Christ, auquel sied toute louange et gloire, avec le Père et l’Esprit Saint ; maintenant et en tout temps, et pour le siècle des siècles. Amen !