دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 32

Sur Jean le Baptiste

Même encore maintenant, Jean le Baptiste prêche en disant : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur ; rendez droits ses sentiers (cf Lc 3, 4 ; Is 40, 3 ; Jn 1, 23). Et nous, alors qu’il élève la voix, resterons-nous sans voix et en silence, et ne supporterons-nous même pas un écho qui réponde à sa parole ? Au début et à la fin de la proclamation, proclamons, en retour, une réponse. Qui ne nous accusera pas de déraison coupable ? Car le son de la voix des autres hommes, quand elle est criée dans le désert, est un bruit qui frappe l’air, et qui y retombe sans signification quand il donne de la voix. Mais, quand la parole de Jean crie et annonce la venue du Verbe dans la chair et crie dans les âmes, non seulement dans celles qui aiment Dieu, mais aussi dans celles qui sont privées de Dieu, quelle chose y aurait-il qui reviendrait criée en réponse, si ce n’est : Préparons le chemin du Seigneur, rendons droits ses sentiers ?

Nous aussi donc, de toute manière, en entendant cette parole : « Devant la « Parole » il court en avant», donnons en réponse, non pas un bruit quelconque sans signification, mais une parole significative, qui plaise à Dieu et qui soit profitable aux auditeurs. Soyons comme une cithare, qui sans doute n’a pas une belle facture, ne possède que des éléments misérables et produit une sonorité qui ne convient pas à de la vraie musique ; mais quand elle est touchée comme il faut par une parole de Jean, elle aussi émet un son parfait et un chant parmi les chants de Sion, non pas sur une terre étrangère, mais dans les parvis du Seigneur et au milieu de cette Jérusalem (cf Ps 137, 4 ; Ps 116, 19). Car, c’est Jean, en vérité, qui est cette parole de celui qui crie, laquelle a amené avec elle une abondante richesse de sens spirituels.

Zacharie donc, le père de celui-ci, qui était prêtre selon la loi, était entré dans le saint des saints et avait mis l’encens (cf Lc 1, 9 sq). Et il lui fut annoncé par Gabriel qu’il aurait un fils de sa femme stérile : il douta et ne crut pas. À cause de son incrédulité, il fut condamné au silence. Mais quand (l’enfant) fut né, avec la voix il reçut aussi le don de prophétie, et il proclama à l’avance et dit : Toi, aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu iras en avant devant la face du Seigneur pour préparer ses chemins (Lc 1, 76).

Zacharie en effet portait le type du sacerdoce et du service de la loi, qui en ses retraits et profondeurs, comme l’encens, a, de façon cachée, la bonne odeur mystique de la pratique du service spirituel, et le mystère de l’évangile. Les Juifs n’y croyant pas, la loi demeure pour eux sans voix, sans effet, sans efficacité, et, comme pour des (êtres) stériles, sans fruits, et sans enfants, car, ils ont cessé, en effet, ces sacrifices qui étaient accomplis selon la loi. Mais, pour les croyants venant de la circoncision et pour les gentils, non seulement elle n’est pas sans voix, mais encore elle parle en prophétisant et s’accomplit spirituellement.

Mais pour les chrétiens jusqu’aujourd’hui, la loi prophétise et est pratiquée par eux spirituellement, quand ils entrent dans les profondeurs de l’esprit, en recueillent le fruit et sont ornés de dons spirituels ; et ils disent : En vertu du culte que nous avons pour toi, Seigneur, nous avons porté dans notre sein, nous avons accouché et nous avons mis au monde l’esprit de ton salut : ainsi en effet l’Église, celle qui était stérile et qui est venue des gentils, a enfanté sept fois (cf 1 Sm 2, 5 ; Ga 4, 27 ; Is 54, 1). Mais la synagogue s’est affaiblie, elle qui avait eu auparavant beaucoup d’enfants. Et il y eut beaucoup plus d’enfants de celle qui avait été délaissée que de celle qui avait un mari (cf 1 Sm 2, 5 ; Ga 4, 27 ; Is 54, 1).

Et de même que Zacharie devint le père de Jean qui est la parole retentissant dans le désert et que, quand il ne lui fut pas possible de l’appeler Jean par la langue, ayant pris une tablette, il écrivit le nom (cf Lc 1, 63), de même aussi, la loi était en quelque sorte la racine et le commencement de la grande parole de l’Évangile, qui a rempli la terre habitée, alors desséchée et déserte de la science de Dieu. Ce que la loi ne pouvait pas, comme avec une langue, clairement exprimer et dire avec une voix, lui, comme sur une tablette, par des figures, le décrivait.

Si donc, quand Jean fut sorti du sein de sa mère et des langes, il fit déborder sur nous la source des symboles de ce genre, comment n’est-ce pas chaque oreille et chaque esprit qu’inonde, à la façon du cours d’un fleuve, l’histoire de toute sa vie et de toute sa conduite angélique ? Aussitôt en effet, directement, (sortant) de l’âge de l’enfance, il dirige son ardeur vers le désert, comme vers le lieu du combat, et sa façon de vivre est une vie d’ascèse, inhabituelle et incomprise des hommes, et connue de Dieu seul, montrant aussi en cela clairement qu’il nous fallait avoir un prédicateur de sacrifices plus nouveaux et en quelque sorte immatériels, ceux-là qu’il avait nommés aussi pour eux royaume de Dieu, en leur disant clairement : Faîtes pénitence, le royaume de Dieu est arrivé (Mt 3, 2).

En effet, comme ce n’est pas le péché qui règne en nous, mais la justice (Rm 6, 21), selon la parole du sage Paul, une vie comme celle-là, il la nommait à juste titre royaume de Dieu, celui qui courait devant notre sauveur, celui-là qui, étant déjà homme et arrivé à cette stature parfaite de la taille corporelle et de la (taille) spirituelle, sur l’ordre de Dieu, à la façon d’un astre du matin, apparut (venant) du désert, (venant) du temps jadis et qui a, pour témoin, législateur et redresseur, non pas l’un de ces habitants de la terre, mais seulement celui qui est dans le ciel.

Aussi apparaît-il, non pas lui seul simplement, mais accompagné de la prophétie, disant : Je suis la voix qui crie dans le désert. Préparez le chemin du Seigneur (Lc 3, 4 ; Is 40, 3 ; Jn 1, 23), comme pour dire, en montrant comme avec le doigt et en criant : Le Seigneur, celui sur qui on a prophétisé depuis le début, voici qu’il est proche et qu’il est aux portes. Je suis venu pour lui faire la route. Car il veut d’abord cheminer en vous par les commandements, et quand il verra en chacun la route aplanie et purifiée, alors donc il dira : Moi et le Père, nous viendrons et nous ferons chez lui une demeure (Jn 14, 23).

Et en disant ces (paroles), il persuadait et attirait beaucoup de gens au baptême de pénitence, en purifiant à l’avance et en disposant d’avance par l’eau à ce don de l’Esprit et à ce grand privilège de l’adoption filiale. Car en vérité, il était, comme il convenait qu’il fût, celui qui convoquait à de tels symboles, et, courant en avant, il précédait l’arrivée de l’Emmanuel, comme celui qu’il était, Jean le Baptiste.

Comment en effet aurait-il suffi, pour élever l’esprit de ceux qui l’écoutaient, pour les éloigner du péché aussi bien que des pensées terrestres, pour les fixer au ciel, pour les disposer à regarder en haut, leur faire ouvrir la bouche et attendre la venue de Dieu, de voir un homme ni vu ni connu à l’avance et qui tout à coup apparaît dans le désert, et qui est venu à la façon d’une puissance venue du ciel et qui également par son extérieur a pu faire peur : (aspect) sévère du corps, cheveux de la tête coupés d’aucune façon, comme un naziréen, barbe dense et épaisse ; sanglé d’une ceinture de cuir : il fait remonter ceux qui le voient au souvenir du prophète Élie : c’est en effet également à son sujet aussi que le livre sacré parle d’un homme velu et revêtu d’une ceinture de cuir sur les reins (2 R 1, 8) en criant les paroles d’Isaïe qui proclament à l’avance : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers (Is 40, 3). Il a un vêtement de poils, et, ce n’est pas tout, – il précise -, de poils de chameaux (Mc 1, 6) ; Mt 3, 4). Et cela non pas sans raison, mais comme par symbole et par type.

Car le chameau aussi, on ne le compte pas tout à fait avec les animaux impurs ni avec les purs : il a une place intermédiaire : il a des (points de) ressemblances dans les deux catégories, à cause de ces signes distinctifs qui lui sont propres : le fait de la rumination, c’est-à-dire de faire remonter la nourriture absorbée une première fois et de la renvoyer de nouveau sous les dents et de la mastiquer une fois encore, c’est là le propre des animaux purs, ce qui échoit aussi au chameau. D’autre part le fait de n’avoir pas le sabot fendu se dit des (animaux) impurs. Or le sabot du chameau également n’est pas fendu, grâce à la semelle placée sous ses doigts.

Donc, c’est pour cette raison que Jean était revêtu du poil de cet animal, manifestant que l’appel de l’évangile et le royaume de Dieu, celui dont il disait qu’il est arrivé (Mt 3, 2), reçoit également les gens d’Israël, le peuple pur, et aussi ceux des gentils impurs, et, qu’à ceux-là aussi bien qu’à ceux-ci, à égalité d’honneur, il proclamait la pénitence.

Mais, à la manière d’Élie le prophète, quand la famine s’empara de la terre, alors qu’il était assis au torrent de Cherit, qu’il était nourri par les corbeaux symboliquement, et qu’il recevait, le matin du pain, et le soir tard de la viande (cf 1 R 17, 5-6), la parole montrait ceci : lorsque la loi, cette ombre, (venue) par Moïse régnait, et que le rayon de la connaissance de Dieu était quelque peu obscur, le sacrifice était accompli par la chair. Mais, lorsqu’apparut le Christ, ce Soleil de Justice (Ml 3, 20), comme lorsque le jour commence, et que les prêtres venus des gentils impurs, semblables à des corbeaux, justifiés par la foi, furent appelés à sacrifier, alors le sacrifice figuratif de la chair passa et fut changé en ce sacrifice parfait et non sanglant du pain.

Ainsi également Jean le Baptiste se délectait d’une nourriture qui était plus symbolique et remplie de sens spirituels. Il mangeait des sauterelles et du miel sauvage (Mc 1, 6 ; Mt 3, 4). D’une part les sauterelles montrent que, les pharisiens et les sadducéens qui ont été rabaissés à la méchanceté de reptiles dardant leur venin — ceux-là qu’il appelait également animaux et engeance de vipères (cf Mt 3, 7 ; Lc 3, 7) — il les change en sauterelles, car, au nombre des insectes qui volent, la sauterelle est pure, ce qui n’empêche pas de la manger, et comme grâce à ses pattes elle se dresse en haut, elle peut sauter au-dessus de la terre, ce qui veut dire qu’elle s’écarte et s’éloigne des pensées de la terre.

Le miel, d’autre part, signifie que, pour les gens venus des gentils, qui furent incultes et non civilisés et qui n’avaient pas reçu les semences du précepte de la loi ni l’enseignement des prophètes, il leur a fallu attendre les sources de miel. Et il a montré cela dans les actions mêmes introduisant aux symboles et aux docteurs de l’Église, qui, devant tout ce qui est sous le ciel, ont dressé l’amphore spirituelle de l’enseignement.

Ce fait aussi qu’il purifiait et lavait à l’avance dans les eaux de la pénitence ceux qui s’approchaient, suffisait pour persuader de se préparer à la charité quelque peu divine et mystérieuse et à la condescendance de l’arrivée du Christ, sur l’abondante médiation duquel il n’y a plus à dire, tant elle est divine, plus encore que la descente sur le mont Sinaï.

Là en effet ils reçurent l’ordre de nettoyer seulement leurs vêtements : Jusqu’au troisième jour qu’ils se purifient (cf Ex 19, 10) ! Mais ici : Qu’ils lavent l’âme en même temps que le corps ! Car ils s’entendaient dire : Produisez un fruit qui soit digne du repentir (Mt 3, 8 ; Lc 3, 8). Or Moïse, par le jeûne de quarante jours, était initié à l’avance à la loi qu’il reçut sur les tables. Mais Jean, en passant toute sa vie sans goûter aucune nourriture habituelle aux hommes, a accompli les (tables) ; il a montré le Verbe de Dieu qui s’est incarné et a signalé à l’avance l’accomplissement de son symbole, c’est-à-dire la croix et la souffrance rédemptrice qu’elle procure, en disant clairement : Voici l’agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde (Jn 1, 29).

Je passe sous silence la cérémonie du baptême et j’omets de parler de ce fait qu’il a touché par-là cette nature intouchable, devenu touchable à cause de nous, quand il plaça sa(main) droite sur la tête de l’Emmanuel et baptisa, comme s’il en avait besoin, celui qui est au-dessus de toute puissance, domination et force. (Jean) montra la supériorité (de Jésus) et (ce fait) qu’il n’avait pas besoin du baptême en disant : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi. Mais il s’entendit (répliquer) : Laisse maintenant. C’est ainsi en effet qu’il nous convient d’accomplir toute justice (Mt 3, 14-15) et de remplir de courage et de confiance cette (main) droite, — un instant pleine de terreur —, en se prêtant et se soumettant aux signes divins, ou bien à cette âme menée par Dieu et qui avait paru digne de la révélation de ces choses ineffables, mais qui n’a pas été enorgueillie par la grandeur du don.

Quand, en effet, (Jean) eut de Dieu le Père la révélation de ce qui devait arriver, il dit clairement : Moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’a dit : Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là, celui qui baptise dans l’Esprit Saint (Jn 1, 33). Lorsque (Jésus) lui fit savoir qu’il était venu pour le baptême, (Jean) l’écartait en disant : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi (Mt 3, 14) : Le commandement du Père, dit-il, m’exhorte à célébrer le mystère.

« Mais, la majesté de la divinité du Fils, tu me la caches et tu me fais craindre et retirer la main, même si surtout elle est cachée en raison de l’Économie. Car l’excès de la kénose est plus éclatant au milieu des rayons de la divinité. Qui peut en effet cacher les rayons du soleil de justice (Ml 3, 20) ?  Aussi je crains à juste titre ; c’est pourquoi j’attends un commandement semblable du fils, qui me prie de faire la même chose que le Père ».

Aussi Jésus faisait-il cette réponse. Laisse maintenant (Mt 3, 15). C’est-à-dire, admets la sagesse de l’Économie et fais seulement ton office en ne craignant pas de t’approcher de ma divinité, puisque je m’approche de toi par l’incarnation ».

En entendant cela, qu’ils aient honte ces agresseurs atteints de la maladie d’Arius et de Nestorius, puisque les uns, d’une part, rabaissent et diminuent l’égalité d’honneur de Dieu le Verbe vis à vis du Père, et que les autres, d’autre part, écartent du Verbe la chair dans la dualité des natures, celle d’après l’union. Car si cela était, le Baptiste n’aurait pas dit : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi (Mt 3, 14) ; mais il aurait dit : Bien que tu sois plus grand que moi en autorité, je te baptise cependant, en exécutant le commandement de Dieu, comme toi aussi.

Mais maintenant, en disant le contraire de : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi (Mt 3, 14)), il s’est rendu témoignage à lui-même du fait qu’il a besoin (de quelque chose) en tant qu’il est homme, mais du fait qu’il n’en a pas besoin, il s’est rendu témoignage en tant qu’il est Dieu par nature et qu’il peut faire de tels dons à ceux qui en ont besoin.

Parlons donc de toutes ces autres vertus qui se trouvent chez le Baptiste : non pas parce que le temps (de finir) approche, car chacune des (vertus) aurait également besoin d’une homélie propre et d’une audition : Plus grand que les enfants des femmes (Mt 11, 11 ; Lc 7, 28) : par une parole qui ne ment pas, il a été témoigné qu’il est non seulement prophète, mais plus encore que prophète (Mt 11, 9 ; Lc 7, 26), qu’il a été appelé ami de l’époux (cf Jn 3, 29). Lumière (Cf Jn 1, 8) qui luit avant et court devant le soleil de justice (Ml 3, 20). Tête des violents du royaume des cieux (cf Mt 11, 12). Apôtre également avant les apôtres, parce que à l’avance il a prêché l’Évangile et a crié : Faîtes pénitence, car le royaume de Dieu est arrivé (Mt 3, 2).

Mais c’est près de sa tête que je veux m’attarder quelque peu et m’arrêter, étant donné qu’elle lui fut tranchée pour la vérité. C’est lui le premier qui a montré le stade des martyrs du Nouveau Testament, de même qu’également dans ce même (stade) il a couru pour être le précurseur. Car, à Hérode, qui illégitimement couchait avec la femme de son frère, il disait en maître : il ne t’est pas permis de la prendre (Mt 14, 4 ; Mc 6, 18 ; Lc 3, 19) parmi les femmes. Mais celui-ci ne supportait pas cet avertissement de réprimande, qui était si bonne pourtant, et il pensait qu’il était difficile de ne pas lui permettre comme légitime ce concubinage illégitime. Il livra aux fers et à la prison celui qui conseillait et enseignait ce qu’il convient de faire, en pensant que par là il ébranlerait cet athlète inébranlable, et qu’il commencerait à introduire la crainte dans cette âme bien armée, très forte, remplie d’un courage digne d’éloge de ceux qui ont des pensées droites.

Mais il fut frustré dans son espoir, car ce fut surtout à partir du temps de la prison et des liens qu’il reçut davantage de reproches. Car ce qui angoisse et fait peur pour ceux qui vivent dans les (plaisirs) de la chair, suscite et élève les pensées des saints vers la vertu ; et quand ils regardent Dieu, ils méprisent ce qui tourmente et afflige le corps.

C’est pourquoi donc il lui coupa la tête, plutôt que la libre parole. Et c’est alors seulement, quand elle ne pouvait plus parler, qu’il vit qu’il avait réduit au silence la langue de ce serviteur des lois divines, mais elle prit la place de Jean, en manière de réprimande encore plus violente : cette ablation était amenée par Dieu et condamnait l’orgueil par le châtiment, étant donné en effet que celui qui réprimandait fut frappé en son corps par le supplice, au moment même où il avait infligé le coup (de mort) (?)

Et bien que Marc dise dans l’évangile qu’Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et l’écoutait avec plaisir (Mc 6, 20), comment pareille action de tyrans a-t-elle pu s’accomplir ? D’une part, ces gens sont subjugués et attirés par la vertu, mais, cette vertu, ils en font seulement l’éloge et ils l’écoutent, à cause de la grande foule de ceux qui en vivent, mais ils ne limitent en aucune façon. Et dès qu’ils sont fustigés, ils se séparent de ce qui leur plaisait, prennent l’offensive et s’empressent de se démasquer : ils conçoivent aussitôt l’envie et le meurtre. Et si, de plus, des femmes habitent avec eux, complices de la même volonté de domination, ils mettent au jour ce qu’ils avaient conçu et provoquent la mort.

Ainsi Hérodiade, complice par son concubinage, et enflammée de colère, enleva le salaire fatal par une danse obscène : la tête de Jean Baptiste, non pas apportée sur un coussin ou dans un panier, ou entourée et serrée dans une étoffe, mais amenée sur un plat : ce qui pour moi est un grand sujet d’admiration. Car il fallait que soit amenée sur un plat cette (tête) (Mc 6, 25 ; Mt 14, 8) qui, d’une nourriture de paroles, accueillit et nourrit tous les fidèles, cette (tête) que, non sans souffrance, Jean avait tendue devant le glaive ; étant comme la tête et le premier des martyrs, il a livré le membre supérieur de son corps et a donné en témoignage cette tête sacrée ; le Christ nous en a fait don, lui qui donne ce qui est bon à ceux qui demeurent à l’orient. D’abord elle resta cachée au pays de Samarie, celui où régnait Hérode ; mais maintenant à l’orient, elle resplendit comme un astre brillant, et cela non sans parole ni jugement.

En effet c’est parce que le baptême divin avait été prophétisé en vue de ceux qui, venant de ces gentils insensibles et durs comme des pierres, devaient avoir la foi, qu’il disait : De ces pierres, Dieu peut susciter des fils à Abraham (Mt 3, 9 ; Lc 3, 8). Mais la promesse à Abraham prédisait : En ta race seront bénis tous les peuples (Gn 22, 18 ; 26, 4) ; or sa semence, ce fut le Christ, pour nous qui avons accompli cette prophétie. Et, vers ceux qui, venus des gentils, ont été appelés chrétiens et qui avec raison et convenance ont suscité des fils à Abraham, est accourue cette tête qui a proclamé à l’avance ces paroles. Mais en courant, il s’est tenu au pied de la montagne du Liban et a béni la ville de Homs, en regardant de là vers nous et en faisant affluer avec abondance des guérisons variées et de toutes sortes.

Car il aime encore ces monastères dans le voisinage des montagnes et des déserts et il veut y être encore maintenant et être appelé la voix de celui qui crie dans le désert (Mt 3, 3 ; Mc 1, 1 ; Lc 3, 1 ; Is 40, 3), et abolir complètement le culte des démons qui sévit au Liban. C’est ce que l’on peut voir encore se manifester effectivement et s’étendre pour ainsi dire chaque jour. Car, tous ceux qui séjournent dans cette région, il les transforme dans la piété.

Honorons donc, nous aussi, le chef vénéré et saint du Baptiste, par un changement de conduite en accomplissant des œuvres de justice. Si quelqu’un, brûlant d’un amour illégitime, est sur le point d’aller vers une liaison illégitime et de s’unir avec une femme qui n’est pas la sienne, qu’il pense que la tête de Jean se dresse au-dessus de lui, le fixant avec colère, le menaçant et s’écriant : Il ne t’est pas permis de la prendre (Mt 14, 4) ; Mc 6, 18) ; et aussitôt, sur le champ, qu’il prenne peur, qu’il suspende son action et qu’il détourne ce torrent de la passion.

Et vous toutes, parmi les femmes qui êtes modestes et aimez le Christ, au milieu des délices de la table, détournez vos visages de toute danse, de la lascivité des chants, de la luxure et des paroles portant à la moquerie, en vous représentant devant les yeux la tête vénérable de l’ambassadeur et précurseur Jean, placée devant vous sur un plat.

Mais si quelqu’un encore, se trouve en butte avec un chef tyrannique qui est prêt à aller jusqu’au meurtre, en échange d’une parole de piété, qu’il contemple l’exaltation de la tête de Jean, symbolique et instructive, et cette liberté de la loi et qu’il pense que tout cela est secondaire par rapport à Dieu (?), en lui recommandant son âme, pour la conserver sans dommage.

Car les âmes des justes sont dans les mains de Dieu (Sg 7, 16), comme le dit-un sage. Mais, nous tous, accomplissons la justice (1 Tm 6, 11 ; 2 Tm 2, 22), pour parler comme l’apôtre, dans la crainte de Dieu, en pensant à Jean qui se tient sur le cours du Jourdain et qui touche la tête de l’Emmanuel, celui qui étant intouchable en tant que Verbe incorporel, éternel et consubstantiel au Père, est aussi, sans changement, consubstantiel à nous les hommes, le péché mis à part (He 4, 15), afin qu’il attire l’Esprit saint sur nous, qui avons besoin de lui, alors qu’en une vision corporelle il descend comme une colombe (Mt 3, 16 ; Mc 1, 10 ; Lc 3, 22).

Car, alors qu’il n’en avait pas besoin en tant que Dieu et Fils véritable du Père, inséparable de l’Esprit, dont il est consubstantiel, il a baptisé pour nous le baptême et il a préfiguré le fondement de l’adoption filiale spirituelle, celle qui a été donnée aux hommes par lui, parce qu’il est la tête de notre race (Ep 1, 22 ; Col 1, 18) et qu’il a été nommé le second Adam (1 Co 15, 45).

C’est pourquoi, chaque jour de dimanche, nous vous conduisons au baptistère avec une célébration, des louanges, des prières et des supplications, afin de nous rappeler ces engagements établis avec Dieu, quand nous avons renoncé à Satan et aux œuvres mauvaises, afin de ne pas en venir à oublier le pardon de nos péchés, le don de l’Esprit, la faveur de l’adoption filiale et afin de conserver cette richesse à toute force, en ne retournant pas à ce dont nous sommes sortis.

Car nous avons besoin de beaucoup de soutiens, quand, par lassitude, nous penchons vers la terre et que nous courons le risque de tomber, mais de cela aussi sont accusés ceux qui aiment à contester et qui aiguisent sur nous leurs langues envieuses ; ils disent en effet : il ne faut pas que ce lieu vénérable du baptistère soit ouvert, sauf une fois l’an. D’où prennent-ils cela ? Ou bien quelle loi sortent-ils pour le prouver ? Aucune, à part leur mauvaise volonté qui hait les hommes.

Pourquoi, en effet, dans les autres maisons et dans les temples de prière, tous les jours vous voyez ces lieux du baptistère ouverts et n’y trouvez pas à reprendre ? Mais vous ne considérez qu’une seule église et le baptistère qui s’y trouve, bien que dans toutes se trouve le même, vénérable et respectable. Il faut donc, ou bien que les autres soient fermés, ou bien, quand celui-ci est ouvert le dimanche avec des chants et des supplications spirituelles, qu’il ne tombe pas sous une accusation, mais plutôt qu’il suscite la louange des gens pieux.

Mais pour moi c’est encore de la prédiction d’un prophète que je tire une loi pour me défendre, au sujet de cette action digne de louange et pleine d’amour de Dieu. Ézéchiel, en effet, ce voyant de ces visions divines, quand il voyait cette église future préfigurée par les yeux de la prophétie, écrivait ainsi : Cela, dit Yahweh le Seigneur, c’est la porte du parvis intérieur, celle qui regarde vers l’orient ; qu’elle reste fermée six jours, ceux des travaux ; mais, le jour du sabbat, qu’elle soit ouverte et le jour du début du mois, qu’elle soit ouverte (Ez 46, 1). Mais quel est ce parvis intérieur qui a une porte regardant vers l’orient, sinon le baptistère qui a une source qui donne la vie, qui est la porte et l’entrée qui conduit au paradis planté à l’orient. Que cette porte, le septième jour, était ouverte, cela a été montré très clairement par la loi et les prophètes. Comme pour le début du mois, c’est en ce dimanche, tête de la résurrection et de la vie nouvelle, qu’il a été ouvert par la pratique évangélique, très clairement et très lumineusement.

Or le dimanche, c’est en vérité toute la conduite et la vie de ceux qui après la venue du Christ marchent dans la nouveauté de la vie (Rm 6, 4), selon la parole de l’apôtre divin : selon ces paroles spirituelles il nous a donné les raisons de se souvenir de Jean, le messager qui court devant le Christ. Pour méditer cela, pour y être en tout temps, prions dans le Christ Notre Seigneur, à qui soit la gloire avec le Père, avec son Esprit Saint et consubstantiel, maintenant et en tout temps et pour le siècle des siècles ! Amen !

Scroll to Top