دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 30

Sur saint Siméon le Stylite

De quelles valeurs ferait-on l’éloge, si nous, nous ne faisions pas celui de Siméon le juste ? Mais une telle splendeur, pourrions-nous la passer sous silence ? Et cela, lorsque l’impie Théodoret a entrepris, non pas de grandir son éloge, mais de s’approprier la conduite de cet homme, aussi bien que la saine intelligence des livres inspirés, en sorte que l’excellence des actions vertueuses passe pour venir défendre l’abomination de Nestorius ? Car celui qui a osé, en écrivant contre les chapitres de saint Cyrille, contredire la parole sacrée des Évangiles et dire ouvertement : « Le Verbe ne s’est pas fait chair », celui-là, avec la langue la plus insolente, a renversé aussi la renommée du juste.

Théodoret, en effet, ce blasphémateur, une fois qu’eut pris fin le concile dérisoire de ceux qui s’étaient réunis ensemble à Chalcédoine, et qu’il eut brisé le lien des Églises saintes et l’accord de la paix, boitant de la débilité de dogmes impurs, s’en alla au monastère de ce saint, avec l’espoir de circonvenir ce Sage en Notre Seigneur. Or, après qu’il eut commencé à beaucoup bavarder et à soutenir sa propre impiété, alors qu’il se trouvait debout devant la colonne, (le saint) le reprit avec beaucoup d’humour en même temps que de vigueur. Il fit comparaître, en effet, un petit enfant et lui demanda en qui il croyait : ayant entendu la voix enfantine et candide déclarer : « Au Père et au Fils et au Saint Esprit », il se tourna vers celui-ci et dit : « Comme cet enfant, c’est au Père, et au Fils, et au Saint Esprit que je crois, et je confesse un seul Dieu adorable dans la Sainte Trinité. Et je ne me laisse pas aller à des radotages délirants, ni non plus à ce que par ma bouche on soit rallié à ce concile dont tu parles ». Voilà ce qu’on peut entendre encore raconter maintenant, par ceux qui menèrent la vie ascétique en ce saint monastère et qui y ont vieilli, après avoir recueilli la vérité de la voix même de celui-là.

Toutefois, cet homme trois fois misérable, même après avoir entendu cette (réponse), a osé affirmer que cet homme vénérable avait acquiescé à sa volonté par écrit, alors qu’il ne connaissait même pas les lettres de l’alphabet. Telle est la conduite de la femme adultère, clame le Proverbe : lorsqu’elle a fait des siennes, après s’être lavée, elle dit : « Je n’ai rien fait de mal (Pr 30, 20) ». Voilà précisément à quoi reviennent ces impudences au point qu’il n’a choisi d’écrire et sa règle et ce plan de vie parfaite, que pour amener des gens trop simples à se conformer à ses pensées impies.

Mais la louange n’est pas belle dans la bouche du pécheur (Eccli 15, 9), comme un sage l’a dit. Parce que, si Eusèbe de Césarée, contaminé, lui aussi, par la maladie d’Arius, a écrit l’histoire des belles actions des glorieux martyrs de Palestine, ce n’est pas pour cela que nous disons que ces athlètes de la vérité avaient les pensées d’Arius. En effet, il y a une tendance très forte chez les hérétiques à orner des belles actions des autres leur propre impiété, comme chez ces femmes qui ne sont pas chastes, de s’efforcer de simuler, au moyen de fards, une beauté qu’elles ne possèdent pas. C’est ainsi, en effet, qu’autrefois au sujet de saint Antoine, ce pionnier de la vie monastique et ascétique qui avait les mêmes pensées sur eux, ces tenants du nom de la folie d’Arius ont entrepris de répandre des calomnies ; mais ils ont été repris par lui, comme aussi Théodoret par saint Siméon, et cela, alors qu’il vivait simplement, et qu’il était très frugal.

Mais, pour moi, le temps est venu maintenant de commencer l’éloge des actions de ce (héros) : chacune d’elle, pour un éloge complet, exigerait, à elle seule, une bouche et une langue ; bien plus, pour dire ce qui est plus exact, elle est sa propre bouche, en se montrant elle-même par la voix puissante de ses actions. Car, qui, parmi les Grecs ou les Barbares, n’a pas entendu la vie de cet (homme), si étrange et si éloigné des hommes ?

Il était d’une bourgade située face à l’Orient, et incluse, non totalement, mais à moitié, aux frontières des Ciliciens, que les gens de ce pays appellent Sis. Après avoir été chargé par ses parents de paître les brebis, lui-même, en son âme, paissait dans les prés intérieurs de l’Esprit. Car il n’était, ni comme Joseph qui était en butte à la jalousie de ses frères (cf Gn 37 sq), ni non plus comme Moïse qui prit la fille de Jéthro en mariage (cf Ex 2, 21), ni non plus comme David qui, au lieu de pasteur, était devenu porteur de l’armure du roi (cf 1 S 18, 4) ; mais, depuis l’âge de l’enfance, il vivait en solitaire : d’une part, de sa main et de son bâton, il conduisait les brebis, d’autre part il regardait vers le ciel et était mené par le moindre signe de Dieu ; continuellement avec lui par la prière, quand il parcourait les sommets des montagnes, ramassant la fleur et la résine du Styrax, il les déposait sur les charbons ardents, honorait le Très-Haut par la suavité de l’odeur qui (montait) de là : ainsi, depuis son enfance, était-il quelqu’un de simple en ses manières, et ami de Dieu.

Et si par hasard il lui arrivait parfois un peu de répit dans sa charge de berger, et qu’il n’avait pas à faire paître les brebis, on était sûr qu’il allait à l’église ; et à la lecture des livres sacrés, intelligemment, il tendait son oreille, amie de l’audition, et il admirait beaucoup comment celui qui est au-dessus de tout, Seigneur de ce qui est et Créateur, descendait ainsi de sa propre hauteur, et parlait aux hommes humblement et miséricordieusement, et, de la sorte, il était davantage enflammé d’amour pour Lui, et transverbéré en son cœur par les paroles inspirées de Dieu, comme par des traits célestes.

Parfois, après avoir entendu le Livre sacré des Évangiles dire : Bienheureux ceux qui sont affligés maintenant, parce que, eux, ils seront consolés (Mt 5, 4), ami de l’épreuve, il suivait à la piste ce bonheur et cherchait avec soin quelle affliction lui correspondait en elle-même. Et, conduit par les pensées de l’Esprit Saint, il trouvait qu’il a appelé affliction la retenue et la réaction constantes contre le relâchement des plaisirs du siècle, ainsi que la vie monastique, conformément à la pensée selon laquelle l’Ecclésiaste a dit qu’il vaut mieux aller à la maison de l’affliction que d’aller à la maison du festin (Eccl 7, 2) Et c’est ainsi que cet homme de Dieu, ayant coupé les liens de la terre, comme Samson le Naziréen, les cordes des Philistins (cf Jg 15, 14), s’envola au désert, et embrassa cette vie ascétique.

D’abord, après être entré en courant dans le temple des saints martyrs, avoir ployé le genou, fixé son visage à terre, répandu vers Dieu de ses yeux des flots abondants de larmes, et supplié que lui fut révélé ce qui serait convenable, il s’endormit d’un sommeil agréable, et il lui vint comme une extase divine, où il obtint une vision comme celle-ci : il creusait, pensait-il, un fondement profond ; après avoir suffisamment creusé, il fut fatigué et se reposa de son travail ; et il entendit quelqu’un dire : « Il faut continuer en profondeur »; de nouveau il se remit à creuse ; et comme à nouveau il tenait ses mains en repos après le travail, auprès de ce qui avait été fait plus profond, la voix de nouveau lui commanda de faire diligence ; et lorsqu’une troisième et une quatrième fois, il eut obéi au commandement, enfin, il entendit de ne pas continuer davantage encore en profondeur, mais de construire désormais solidement et sans danger.

Or l’explication de cette vision, c’est la suite qui l’a montrée clairement. Car si le saint n’avait pas jeté d’abord en profondeur les travaux de l’ascétisme, et n’y était pas venu par un naziréat total, à la ressemblance de ce Sage de l’Évangile qui fixa le fondement de sa maison sur le roc immuable, et non sur le sable (cf Mt 7, 24-25 et par.), ce n’est pas du tout en montant sur une colonne qu’il aurait imperturbablement supporté les eaux puissantes des voluptés et le souffle violent des vents de la méchanceté.

Alors, ce fort, après avoir eu cette vision divine, se servit des maîtres qui savent très bien instruire les jeunes et les former aux méthodes et habitudes spirituelles, ceux, dis-je, qui président et sont préposés à la conduite de ceux qui mènent la vie ascétique en commun, c’est-à-dire qui suit l’exemple de l’assemblée, qui, dès les commencements de la prédication de l’Évangile, crut en Jésus et au sujet de laquelle, dans les Actes des Apôtres, il est écrit ainsi : Et l’assemblée de ceux qui crurent était un seul cœur et une seule âme, et nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais ils avaient tout en commun (Ac 4, 32).

Et il surpassait non seulement ceux de son âge mais aussi ceux qui avaient l’expérience de la vie ascétique, à tel point qu’il fit à la suite cinq jours de jeûne d’affilée et regarda tous ces jours comme un seul, alors que les autres (moines), chaque jour, lorsque le soleil se couchait, prenaient part à un repas, ou, au maximum, doublaient le jeûne (d’un jour) n’osant pas le prolonger un troisième jour, pour supporter l’épreuve de la privation de nourriture, et pour ne pas interrompre une abstinence continuelle.

Et lorsqu’il faisait cela, il était retenu par ceux qui étaient préposés et qui étaient les anciens, qui disaient : « Cela ne convient pas », et : « Ce n’est pas dans l’ordre », et : « Cela fait naître la confusion dans l’habitation des frères, qu’un seul s’efforce de se conduire au-delà des limites prescrites et ne pense pas la même chose ni n’observe la même règle, comme dit l’Apôtre (cf Ph 3, 16 ; 2, 2) » ; et outre cela, il était menacé, ce téméraire, du danger de l’orgueil et de la chute qui en adviendrait.

Mais toutes ces (observations), cependant, il les supportait vaillamment. Car il était humble de caractère, et n’avait aucun orgueil. Et, d’une part, il en était empêché par les admonestations de ces responsables et il prenait pour lui les reproches comme un pécheur ; d’autre part, il était enflammé de l’amour de Dieu. Et, vers la douceur des travaux des vertus, lui, volontairement, prenait son élan. Car il avait goûté que ce qu’il faisait était bon, comme l’a écrit Salomon au sujet de la femme forte (Pr 31, 18), ou plutôt au sujet de l’âme parvenue à la maturité de la jeunesse.

Bien que le sachant aussi, ces vieux ascètes et précepteurs des vertus, apparemment, d’une part, le réprimandaient aussi extérieurement et essayaient même de le retenir d’un naziréat excessif, d’autre part, au fond d’eux-mêmes, ils se réjouissaient en même temps avec lui de sa ferveur, et de ses progrès dans ces vertus. Car de plus, il n’était pas non plus orgueilleux, mais il essayait de se cacher, et de dissimuler de toutes ses forces les pratiques d’humilité qu’il inventait.

À cette fin, lorsqu’il voulut vaincre courageusement les désirs des passions du bas-ventre, afin qu’elles ne le troublent plus aucunement de par la chaleur de la jeunesse, il se procura une corde résistante, faite de palmier, c’est-à-dire de l’écorce de l’arbre : une fois fendue et mise en lanières, on la tresse solidement, parce qu’elle est dure et difficilement soumise au tressage, mais on la tresse cependant, en sorte que des épines semblent en quelque manière saillir sur sa tresse. Il la prit à l’intérieur de sa tunique, sur ses reins, évidemment soucieux de cacher sa ceinture à l’inspection qui, ainsi, devenait difficile, ayant regardé seulement vers le Seigneur, et ayant voulu extirper dans ses racines par la multiplication de la douleur le trouble qui vient des passions.

Ayant souffert de par (cette) ceinture, à tel point que des gouttes de sang, en coulant de là, rougirent la terre sur laquelle il marchait, un jour qu’il était venu aider pour quelque nécessité, et qu’un des frères, avec qui il menait de conserve la vie ascétique, ayant vu cette chose étrange, lui en demandait la cause, lui, se tut, comme s’il ne savait pas ; (mais) le vêtement montra la chose, et ainsi, d’une part, il ne put le cacher ; mais surtout, d’autre part, il fit que cet homme se mit à chercher avec plus d’attention et de diligence en sorte qu’il en vint même à mettre la main à l’intérieur de sa tunique, tout en le tenant près de lui de l’autre main ; imitant l’apôtre Thomas qui, par un amour de Dieu inquisiteur, tâta le côté de la Vie (cf Jn 20, 27) : ce que faisant, il trouva que la chair qui était sur ses reins était entamée par cette corde, et il découvrit la blessure du combat courageux que le soldat de la piété avait mené vaillamment contre la fornication.

À partir de là de nouveau, celui qui était à la tête du monastère, au fond de lui-même, admirait la chose ; d’autre part, en parole, il montrait pour l’accuser l’habit de celui qui avait agi ainsi, et il blâmait ce téméraire, dur et osé à l’égard de la chair, parce que, pensait-il, après lui avoir asséné des reproches, tel que « fougue présomptueuse et cruauté » et autres blâmes de ce genre, il le forcerait à revenir à des pensées d’humilité.

Mais lorsqu’il le vit affronter les remontrances de la correction et faire descendre d’autant plus son intelligence vers la juste mesure, que, par les travaux de l’action, il avait couru à l’assaut des hauteurs de la vertu, selon la parole qui dit : « Plus tu deviendras grand, plus tu t’humilieras et trouveras grâce devant le Seigneur (Eccl 3, 18 ; Cf Jc 4, 6 ; 1 P 5, 5) », il lui permit dès lors de se consacrer, comme il le voulait, à une vie non commune et non mêlée et tout à fait érémitique, puisqu’il était désormais capable de vivre même de cette manière avec prudence et fermeté, et de porter son zèle avec plus de vigueur vers le redoutable combat des démons.

Donc lorsque le vaillant sortit et fut libéré de la vie commune avec des frères, qui freinait et retenait le vol léger de son esprit vers un mode de vie mixte, alors, à la façon d’un cheval impétueux qui a été libéré des rênes, il se mit à marcher à plein cœur vers les labeurs les plus fatigants du naziréat et de l’endurance. Ayant trouvé une citerne dépourvue d’eau qui n’était pas creusée profond, il descendit dedans. Et comme il était là sans nourriture, et méditait selon ce qui est écrit dans la loi du Seigneur jour et nuit (cf Ps 1, 2), il se nourrissait du service de la psalmodie, et ne prêtait aucune attention à la nature.

Mais lorsque cinq jours eurent passé, les chefs de ces groupes d’ascètes d’où il était sorti, pris de regret, envoyèrent deux des frères explorer et fouiller les lieux éloignés et déserts de cette montagne dans l’espoir de l’y retrouver. Car ils pensaient à son sujet qu’il s’était retiré dans ces lieux les plus désolés. Et lorsque ces envoyés eurent rencontré des bergers qui avaient aperçu l’homme, ils s’en servirent comme guides du chemin et aides pour la recherche. Lorsqu’ils furent allés de côté et d’autre sur les rochers, soudain, par un signe divin, alors qu’ils ne l’avaient pas vu auparavant, ils furent amenés à la citerne et se tinrent sur ce lieu comme au-dessus d’une mine d’or cachée. Et lorsqu’ils eurent beaucoup déblatéré contre le juste et l’eurent traité de dur, de féroce et d’autres qualifications semblables, lui ayant envoyé une corde et lui ayant commandé de la saisir, et l’en ayant persuadé, non sans peine, ils le tirèrent et le firent remonter de là. Car, en vérité, se laisser glisser en ce bas-fond était facile, mais remonter de là, ne l’était plus pareillement, sans être aidé ; mais le plus souvent, il aurait eu besoin de l’aide des autres. À la vérité, lorsqu’il remonta ainsi à ce moment-là, ce ne fut pas du tout comme d’un puits de misère selon ce qui est écrit (Ps 54, 24 ; 39, 2) ; mais, comme s’il eut été tiré de force d’une source d’eaux vives, il gémissait et pleurait. Car ce n’était pas à un séjour ténébreux en profondeur qu’il pensait, mais à la conversation avec Dieu sans erreur, sans relâche, sans détour, et qui était remplie de lumière. Et il était affligé de se trouver de nouveau avec les frères.

Lorsqu’il eût demeuré et habité avec eux pendant trois ans, de corps seulement, car ayant surpassé par l’abstention de nourriture, par l’immatérialité du genre de vie et par la pensée ailée de l’âme tous ceux qui sont sur la terre, il imitait les puissances célestes et incorporelles, il alla à Telnesin, bourg ainsi nommé. Et ayant aperçu, sous les sommets de la montagne près de laquelle demeurent les habitants de ce bourg, une cahute faite pour l’ascèse, il en eut l’âme transpercée, la désira et l’aima pour y demeurer, lui le grand amateur d’épreuves.

Pendant trois ans, il y habita aussi, s’étant efforcé de monter par de plus hauts progrès de privation de nourriture vers le jeûne de Moïse et d’Élie (cf Ex 24, 18 ; 34, 28 ; 1 R 19, 8). Car il estimait que Celui qui leur avait donné une si grande rectitude, avant la grâce qu’il donna aux hommes quand il leur apparut au moyen de sa venue dans la chair, lui donnerait à lui aussi la même puissance en apportant la même ardeur, et cela, d’autant plus que par son jeûne accompli au désert, celui qui s’est incarné pour nous l’a d’abord adouci pour nous et rendu facile, alors qu’il aurait pu, en vérité, dépasser même le nombre de quarante jours, puisqu’il est Dieu et Maître de la nature ; mais il ne voulut pas dépasser la mesure de Moïse et d’Élie, afin de donner lieu au tentateur de s’approcher de lui comme d’un homme abordable, sans fuir la condition étrangère et l’inaccessibilité de la divinité ; et lorsque (le tentateur) se jeta sur lui, il fut vaincu et rejeté(cf Mt 4) ; et c’est à partir de ce moment-là, ses liens ayant été coupés, qu’il est vaincu au combat par ceux qui ont cru au Christ.

C’est en pensant à ces choses que Siméon, ce pieux et ce juste, venait vers le stade du jeûne de quarante jours, après avoir commandé que fût close du dehors la porte de la cahute, ayant mis à l’avance sur la table pour lui le nécessaire en eau et en pain, montrant par là aussi l’humilité de sa pensée, et par ses actions, qu’il était prêt, d’une part, comme un homme, à être vaincu par les nécessités de la nature, par la faim et par la soif, et, d’autre part, quand Dieu le voudrait, à surmonter ces épreuves par la puissance de la foi, afin que comme Paul, il dise aussi : « Je puis tout dans le Christ qui me fortifie (Ph 4, 13)

Et, de cette belle ferveur, il y avait un ministre et un serviteur, Bassus, qui en ce temps-là, selon la loi ecclésiastique, dans ces régions aussi parcourait les Églises et les visitait, et était aussi abbé d’une communauté de deux cents ascètes, qui tenaient tant à la pauvreté monastique et à la mort au monde, qu’ils ne s’occupaient même pas de cuire du pain à l’intérieur de la porte de leur monastère : ils n’avaient ni meule ni bête de somme, et ne franchissaient même pas le seuil de la porte de leur demeure, mais ils attendaient la nourriture de ceux qui, par la foi, savent nourrir le Christ lorsqu’ il a faim et visiter lorsqu’il est enfermé en prison (cf Mt 25, 35-36).

Donc, cet admirable Bassus, après le cycle des quarante jours, ayant ouvert la porte de cette cahute, trouva intacts, d’une part, et non diminués, ces pains : pas un ne manquait, car ils étaient au nombre de dix, et d’autre part la cruche d’eau était pleine ; mais le combattant, le puissant, après un pareil jeûne et ce combat à maintes reprises contre les démons, qui avait été fatigant et prolongé —car contre les actions courageuses qui sont les plus élevées, ces esprits jaloux engagent un combat plus âpre, et se lèvent plus brutalement contre elles — le – trouva étendu à terre sans souffle, fervent cependant en esprit ; paralysé, d’une part, dans ses membres, courageux et fort, d’autre part, par l’énergie de la pensée. Et ayant pris quelques racines potagères qui sont comestibles aux hommes, il lui donna l’ordre de les éplucher un peu, de les mordre avec les dents, et de les avaler, après avoir d’abord réconforté l’athlète par la communion des mystères divins.

Et lorsqu’il fut ainsi guéri et que de nouveau son souffle eut été ranimé, à plusieurs reprises, il fit ce jeûne forcé et exténuant, dans une méditation continuelle, naturelle et non forcée, lorsque le désir de la nourriture, à la ressemblance d’un voyageur depuis quelque temps en déplacement, après quarante jours revenait à la nature. Mais lorsqu’il restait ainsi sans nourriture, il était par là même sans sommeil aussi, alors qu’il avait l’intelligence remplie de la lumière divine, sans être lassé du combat contre les démons.

C’est à partir de là que fut faite aussi par lui la station sur une colonne ascétique. Car, de même qu’un homme viril et courageux, lorsque des ennemis forts et difficiles à vaincre viennent contre lui, combattent avec lui et le pressent dans le combat, sort, à leur rencontre, et, lorsqu’il est tombé sur eux, les frappe et les met en fuite ; mais, n’étant pas persuadé que leur chute lui suffira, il les poursuit même dans leur fuite, en les frappant par l’épée sans miséricorde, et en moissonnant comme des épis les têtes des ennemis, au point de ne donner absolument aucun repos à sa droite infatigable, jusqu’à ce qu’il chasse ceux qui sont venus contre lui jusque dans leurs tentes, ou qu’il les fasse s’enfuir dans leurs villes, et que, de nouveau, retombe sur eux l’affliction du combat, — de la même manière, il me semble que Siméon le juste lui aussi, lorsqu’il eut vaincu les assauts divers des démons ennemis et hostiles, les eut terrassés et les eut mis en fuite dans les combats courageux et virils de la patience, voulut, dans un débordement d’ardeur, sortir à leur rencontre jusque dans l’air et les montrer en fuite même de là-haut par la célébration des psaumes dans les hauteurs et la vie immatérielle.

Car sur la colonne il ne cessa pas non plus le jeûne continuel et complet des quarante jours : c’est ce qui, pendant trente ans en tout sans interruption, stupéfia et terrifia les démons, du fait qu’il ne pouvait plus en vérité, comme sur la terre, s’asseoir ou se coucher, alors que l’énergie naturelle du corps était affaiblie et anéantie, le jeûne et la privation de nourriture ainsi prolongés ayant encore augmenté, et qu’il se tenait debout continuellement.

Au début, il est vrai, il avait fait pousser un arbre auprès de la colonne, qui avait, pour ainsi dire, germé avec elle en même temps et en même temps avait été créé, puis qui s’était élevé et avait même dépassé le sommet de la colonne, de sorte qu’il le trouvait pour le soutenir lorsqu’il était courbé par le jeûne, afin par-là de ne pas s’incliner ni tomber ni avoir besoin d’un lien de cordes ; mais, à la fin, n’ayant plus eu besoin de cette aide, ce bon violent du royaume des cieux (ccf Mt 11, 12), et qui, à cause de cela, se délecta de la grâce débordante et riche d’en haut, et qu’il chérit beaucoup, selon ce qui est écrit, et reçut d’autant plus s’écriant, avec Paul : L’amour du Christ nous a saisis, nous qui jugeons ceci, que si un seul est mort pour tous les hommes, donc tous les hommes sont morts, et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne soient plus vivants pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux (2 Co 5, 14-15).

C’est dans cette pensée qu’à tout moment il aurait aimé mourir maintes fois pour le Christ. C’est pourquoi, donc, un de ses pieds, ne supportant plus l’épreuve, enfla d’abord ; puis l’enflure se changea en tumeur qui creva et fit couler et sortir sans arrêt un pus très nauséabond et une multitude de ver ; il ne sentait pas une telle douleur, mais ayant fixé sa pensée sur les paroles du Seigneur qui a dit : Et celui qui patientera jusqu’à la fin, celui-là sera racheté (Mt 10, 22 ; 24, 13) et encore : C’est par votre patience que vous posséderez vos âmes (Lc 21, 19),  il n’accepta pas l’art des guérisons ni la consolation des autres soulagements trouvée par les hommes au moyen des ressources de leur intelligence, mais il persévéra dans les épreuves, en supportant neuf mois entiers ces douleurs aiguës et lancinantes et les morsures des vers qu’on ne peut soulager.

D’une part, les hommes ne pouvaient pas l’approcher à cause de la mauvaise odeur de cet ulcère, d’autre part, il avait, venant vers lui et conversant avec lui, les esprits doués d’intelligence et immatériels, les anges. C’était donc le grain de sénevé, à qui précisément est comparé le royaume des cieux, qui, d’une part, est la plus petite de toutes les semences parmi les légumes, et, d’autre part, lorsqu’il a grandi, s’allonge à la hauteur d’un arbre et en des rameaux épais, de sorte que, lorsque les oiseaux du ciel viennent, ils peuvent y demeurer (cf Mt 13, 31-32 ; Mc 4, 30-32 ; Lc 13, 18-19).

Mais lorsqu’il fut libéré de cet ulcère, après avoir été éprouvé par les douleurs qui en provenaient, alors donc, et même plus qu’auparavant, tout le littoral de la mer, d’une part, et toute la terre environnante, d’autre part, envoyaient vers lui ceux qui étaient malades et qui souffraient de diverses sortes de maladies, en sorte que ceux même qui boitaient des deux pieds retrouvèrent une marche normale, que ceux qui étaient frappés dans leurs oreilles, comme aussi dans leurs pupilles, et dont la langue aussi était liée, retrouvèrent l’usage de leurs sens, tout à coup et sans obstacle, en s’approchant seulement de lui. Quant aux démons, il les chassait de ceux qui étaient molestés par eux, si facilement que personne ne pourrait chasser les mouches avec autant de facilité.

Mais, c’est encore aussi les châtiments et les fléaux naturellement envoyés par Dieu, qu’il faisait cesser uniquement par une prière, — qu’il s’agisse des sécheresses de l’air suspendues sur la tête des hommes : aussitôt qu’il priait, il recevait de fortes pluies, et les faisait cesser ; — de la disette de fruits qui est une calamité : il la changeait en surproduction de fruits, après que les nuages, d’un flot débordant et abondant, et non par gouttes seulement, avaient saturé la terre ; — des épidémies de peste : elles se transformaient en un renouveau stable de santé ; — des raz de marée de l’océan et des fléaux qui atteignent tout un peuple, comme l’épidémie de la teigne et de l’armée dévorante des sauterelles : la prière, baignée des larmes amies de l’épreuve, les arrêtait et les faisait cesser.

Et ces choses, le juste les prédisait aussi lorsqu’elles allaient arriver, quand il eut été enrichi du don de prophétie : en avertissant ceux qui s’apprêtaient à naviguer d’éloigner d’eux par la grâce la colère qui les menaçait. Lorsqu’une terre qui alors nous appartenait, vit sortir une multitude de rats dans la plupart de ses champs, au point qu’ils dévoraient même les brebis qui paissaient, — comme nous l’entendons raconter par le livre divin au sujet de la terre des Ashdodites (1 Sm 5, 6), qu’elle fut agitée et fit sortir à ce moment-là une espèce semblable de reptiles, — le juste fit arrêter la montée de ce fléau et son développement, en commandant aux villageois qui habitaient là, de planter trois croix autour de cette terre, et d’instituer une station de chœurs de vigile pour le service de la psalmodie et pour la prière.

Car c’est par des exercices semblables à ceux qu’il endurait lui-même qu’il exhortait tout le monde à apaiser Dieu, en utilisant des instructions fréquentes chaque jour depuis la neuvième heure jusqu’aux prières du soir, et en rappelant en tout temps le feu qui ne s’éteint pas et le supplice éternel, et en méritant tout naturellement d’être cru, parce qu’on le voyait pratiquer ce qu’il enseignait, avec cette stupéfiante station et ce séjour sur une pierre, de plus en plus haute et de plus en plus pénible, et cette vie sans nourriture et ce genre de vie immatériel, selon la prophétie d’Isaïe qui dit : Qui nous fera savoir que le feu brûle, qui nous fera savoir le lieu éternel ? — Celui qui marche dans la justice, celui qui dit le chemin droit, celui qui hait l’illégalité et l’iniquité, et qui détourne ses mains des présents, en endurcissant ses oreilles pour ne pas entendre le jugement inique du sang, en fermant les yeux pour ne pas voir l’iniquité. Celui-là habitera dans la caverne élevée du rocher puissant. Le pain lui sera donné et son eau est assurée (Is 33, 14-16).

Car c’est par une économie divine, et non par une indication d’une autre sorte qu’existait cette station aérienne sur la colonne et cette vie impraticable à ceux qui sont liés par la chair, qui conduisait beaucoup de barbares, adorateurs des démons et des animaux, vers la vérité, alors que certes ils ne venaient jamais facilement prier les saints cachés dans les montagnes et dérobés à la vue dans les trous de la terre. Mais vers ce spectacle si insolite, élevé et aérien, et le renoncement de Siméon le juste, eux aussi, d’eux-mêmes, venaient, quittant à cause de cela leurs propres habitudes et leurs pays, et se mettant en marche.

Et de même qu’à la naissance dans la chair de notre Sauveur, les mages, qui étaient tournés bouche bée vers l’astronomie, furent conduits à la connaissance de Dieu par une étoile inattendue à son apparition, de même, les Perses aussi qui adoraient le soleil et la lune, et les Arabes qui, pour la gloire d’Aphrodite, adoraient l’apparition de l’étoile du soir qui est la plus brillante des autres étoiles, le juste Siméon les éloignait de l’erreur de leurs pères ; lorsqu’il se faisait voir en plein ciel, et qu’il envoyait au loin les rayons de ses miracles et de sa vie angélique et incorporelle, il illuminait ceux qu’il faisait venir, qui étaient assis dans les ténèbres de l’ignorance (Lc 1, 79).

C’est ainsi que le roi des Perses aussi fut dans l’admiration, en sorte qu’il en vint à croire, ainsi que sa propre épouse, qui demanda que de l’huile bénite lui fut apportée d’auprès du Saint comme un remède secourable contre les maux. Et aux mages aussi ministres du feu, il donna l’expérience de sa propre grâce et de sa puissance, en sorte qu’ils le proclamèrent grand et qu’ils confessèrent qu’il était un surhomme.

Et même, l’un d’entre eux qui s’appelait Mazreban avait été vaincu par la beauté d’une jeune fille perse qui était de religion chrétienne. Comme elle était célibataire, il était persuadé qu’il pourrait la prendre en mariage. Il demanda à ses parents de lui donner la jeune fille en mariage. Mais elle, ayant tracé le signe de la croix sur son front, refusait la chose et appelait souillure l’union avec un adorateur des démons.

Mais lui, brûlant d’une passion démentielle, vint l’attaquer avec une troupe armée ; il s’empara de la jeune fille et l’emmena de force avec lui. Et lorsqu’il vit qu’elle préférait en quelque sorte être coupée en morceaux plutôt que de lui être unie dans un lit en dehors de la loi, après avoir porté sur elle des blessures inguérissables, il la livra à la prison et lui fit appliquer l’épreuve des instruments de torture ; enfin, il commanda à ses serviteurs, qu’après lui avoir suspendu une très grosse pierre au cou, ils la jettent dans les flots où le Tigre conflue avec l’Euphrate et où le flux des eaux est à son comble.

Mais lorsque cette servante du Christ vit le danger si imminent, ayant levé les yeux vers le ciel, et ayant, par la pensée, signé son visage, parce que de sa main, elle ne le pouvait pas, puisqu’elle était attachée, et ayant remué les lèvres, elle dit seulement ces mots : « Dieu du juste Siméon, lève-toi et tends-moi la main dans cette heure d’angoisse, parce que c’est à cause de la foi en toi que je péris ». Lorsqu’elle eut dit cela, ils la jetèrent dans les eaux.

Mais Siméon la reçut, comme la baleine, Jonas ; et la tenant dans sa main, il la déposa sur la terre sèche, après avoir tranché d’elle le lien de la pierre. Est-ce que, comme un oiseau, par le moyen de l’air, le Saint lui-même fut amené, pour faire cette chose admirable, comme il est écrit au sujet du prophète Habacuc, qui se tint debout au côté de Daniel (cf. Dn 14, 33-39) ? Ou bien, est-ce qu’une des puissances angéliques, ayant pris forme sous l’apparence de Siméon, arracha la jeune fille à ce danger ? Le Dieu des prodiges le sait, mieux encore que celui-là. Que faut-il dire de plus ? Inopinément, la jeune fille se trouva auprès de ses parents, et eux, après avoir été frappés de stupeur dans l’étonnement de l’apparition, de par l’amour naturel, bondirent et jetèrent les mains au cou de la jeune fille. Ils l’embrassaient, ils pleuraient ; en l’entendant raconter comment elle avait été sauvée, ils louaient le Christ qui l’avait sauvée, et qui punit aussi de sa dureté l’homme dévoré par la passion, l’athée et le meurtrier de la jeune fille.

Car, comme il faisait un festin et se mettait à table, un homme redoutable, s’étant levé contre lui et tenant une épée dans sa droite, le frappa sur la tête d’un coup direct. Son serviteur fut desséché jusqu’aux ongles au côté droit de son corps, et confessait sa témérité, et il disait que le vengeur de cette témérité était le Dieu des Nazaréens, et devant les Perses était placée la vision redoutable en même temps que son enseignement, afin que personne ne jetât une main tyrannique sur les chrétiens.

Voilà ce que les parents de cette jeune fille racontèrent lorsqu’ils vinrent à l’enceinte du Saint. Maintenant que vous les entendez, vous toutes qui êtes les plus honnêtes des femmes, aimez la chasteté ! Et que les mères, d’une part, élèvent ainsi leurs filles, et que les filles, d’autre part, gardent ainsi l’éducation de leurs parents chrétiens et la virginité.

Mais peut-être quelqu’un dira-t-il que par les Perses, certes, Siméon était ainsi vénéré, et qu’il les transportait d’admiration par suite de leur expérience et aussi de sa renommée, mais que pour les Arabes, ce n’était pas le cas. Il n’en est nullement ainsi, mais, pour ceux-ci, il était plus puissant et donc vénéré encore bien davantage. Leur reine, en effet, n’ayant pas le sein fécond, envoya vers le Saint une légation de notables pour demander qu’elle devint mère d’un fils. Et lorsqu’elle le devint, elle amena le fruit de son enfantement vers la clôture qui n’était pas accessible aux femmes. Et comme, pour cette raison, elle se tenait en dehors de la porte, elle éleva la voix en haut, vers le vieillard qui se tenait sur la colonne en criant : « C’est la pluie de tes saintes prières, ô Père, et nullement mon sein, qui a fait germer pour moi cet épi : reçois les prémices du champ stérile. » Et ayant fait entendre un rire de joie, le vieillard, à cause de la foi de celle qui criait, laissa couler une larme qui se mêla avec ce rire de joie, bénit l’enfant et celle qui l’avait enfanté, la renvoyant joyeuse d’auprès de lui.

Cependant, affirmons aussi qu’un de ces barbares — il était même leur chef — qui était le sujet des Perses, lorsqu’il vit les fils de sa nation serpenter en colonnes comme des fourmis et s’en aller vers la clôture du saint, établit une loi qui décrétait la mort, en punition, si quelqu’un allait vers Siméon ; car il craignait que peut-être, sous le prétexte de la religion des chrétiens, ils ne passent à la principauté des Romains. Mais à l’heure tranquille des nuits, et au temps des profondes ténèbres, une puissance s’étant levée contre lui le lacéra de coups sur le dos et le menaça en plus de la mort, s’il n’abrogeait pas cette loi qui empêchait les serviteurs de Dieu d’aller vers Siméon.

Et de grand matin, avant le jour, il persuadait ceux qui étaient sous sa juridiction d’aller quand ils le voudraient à la clôture du saint, ayant fait savoir que, par une loi meilleure, était abrogée sa propre loi, et que, avec son abrogation, il avait commandé aussi de construire des églises et d’y établir sans crainte un évêque et des prêtres et les autres fonctions spirituelles.

Bien plus, cette course vers la colonne n’échappa pas non plus à la nation des Arméniens ou des Ibères, mais la renommée et les splendeurs de ses miracles les attiraient, eux aussi. En vérité, ce fut connu lorsqu’il apparut même à ceux qui étaient affligés par les tempêtes dans les profondeurs de la mer. Les matelots, oubliant leurs navires et leurs gouvernails, vinrent vers la montagne, les pieds nus, plus habiles à nager qu’à marcher, pour voir celui qui les avait délivrés du danger. Et lorsqu’ils levaient les yeux vers la colonne et le considéraient d’un œil scrutateur, ils comprenaient que c’était là celui qui leur était apparu dans les tempêtes. Et après avoir été bénis, ils s’en retournaient vers le port et vers leur navire, ayant reçu de bons et sûrs viatiques par ses prières.

Mais pourquoi m’efforcer de mesurer avec une petite coquille d’œuf la mer incommensu­rable, et d’énumérer par la parole les hauts faits de celui-là ? Car n’ai-je pas, même en m’appliquant à faire vénérer le juste par les louanges, dépassé la juste mesure ? Mais, voulant tirer profit pour moi et aussi plaisir pour vous, pour cela j’ai rappelé trois ou quatre de ses miracles et de ses prodiges, à la façon de ceux qui rapportent quelques bouquets d’anémones d’un pré qui abonde en fleurs nombreuses et variées en tout genre.

Car, de même que, en s’élevant par les sueurs des travaux, aussi bien que par la hauteur de la colonne, ce (héros) ne s’est laissé distancer par personne, bien que beaucoup s’efforcent d’imiter son état comme en image, — et cela non sans péril —, de même il surmontait aussi et dominait la vigueur des paroles de remontrance. Il ne serait d’ailleurs pas arrivé sans dommage à une vie aussi sublime, s’il n’avait été riche d’un caractère humble et d’un esprit équilibré, parce qu’il pensait à celui qui s’est humilié à cause de nous, à celui qui sur la colonne vint aussi à son aide, pour qu’il aille à ces combats et ne se relâche pas avant l’accomplissement de ces travaux, même après être parvenu à une extrême vieillesse.

Et son corps, qui ne prenait pas de nourriture, et, à cause de cela était presque incorporel, lorsque nos concitoyens le reçurent, ils le déposèrent dans cet édifice ; et, lorsqu’il fut amené et se trouva en face du lieu de devant les portes de la ville, un démoniaque qui errait dans le cimetière fut libéré de sa souffrance et délivré. Et ce fut le commencement des guérisons qu’il a fait connaître aux fidèles d’ici, par le Christ Jésus Notre Seigneur, à qui convient la gloire, l’honneur et la puissance avec le Père et l’Esprit Saint, maintenant et en tous temps, et pour les siècles des siècles. Amen.

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