… comme là où celui qui chante (les psaumes) dit à Dieu qui est au-dessus de l’univers : Tu éclaires, toi, merveilleusement, à partir des montagnes éternelles (Ps 76, 5). Mais aux adversaires, comme là où dans Jérémie, le Seigneur s’adresse longuement au Calomniateur, chef de leur faction, en disant : Me voici contre toi, montagne de destruction, qui détruis toute la terre (Jr 51, 25). Mais également ces (mots) : Je suis descendu en une terre, dont les verrous ferment pour l’éternité (Jon 2, 7), puisque ces mots ne s’appliquent nullement à Jonas, je les ferai s’appliquer, et à très juste titre, au Christ, qui a brisé les portes d’airain, et a mis en pièces les verrous de fer (Ps 107, 16). En effet les portiers du shéol lorsqu’ils l’ont vu, furent saisis de frayeur (Jb 38, 17) ; et il a dit à ceux qui (étaient) dans les liens : Sortez, et à ceux qui étaient dans les ténèbres : Montre-vous (Is 49, 9), selon l’expression de Job et du prophète Isaïe. Les (mots) également : Que ma vie remonte de la corruption (Jon 2, 7), qui ont été dits par Jonas, doivent encore être appliqués au Christ, de qui il a été écrit : Son âme n’a pas été abandonnée dans le shéol, ni sa chair n’a vu la corruption (Ac 2, 31 ; cf. Ps 15, 10 ; Ac 13, 35.37).
Que personne n’examine ces mots, (pour savoir) comment, après que Jonas a été dans le ventre de la baleine trois jours et trois nuits, il n’a pas été corrompu. En effet, quand tu entends le Seigneur parler du signe de Jonas, le prophète (Mt 12, 39), ne va pas chercher le comment du miracle, car il n’y a plus de signe si tu le présentes par des raisons naturelles. C’est en effet le propre des miracles et des faits extraordinaires de dépasser l’ordre naturel. Sinon, si nous ne concédons pas cela, je déclarerai faux en conséquence même le miracle de la résurrection de l’Emmanuel.
À cela, que nous disent ceux qui sont aveuglés par la misérable gloriole de l’imagination ? Si d’une part, en effet, la figure de Jonas est réelle, l’homme qui est consubstantiel à nous a été avalé et vomi par la baleine sans avoir été corrompu ni diminué ; si, d’autre part, c’est en imagination que Notre Seigneur s’est fait homme, qu’il a semblé porter la croix pour nous et est descendu jusqu’aux portes mêmes du shéol, comment n’est-ce pas un sujet de dérision, que la réalité soit la figure de l’imagination. Mais il faut voir au contraire que les figures d’une part valent comme ressemblance et comme image obscure, et, d’autre part, que ce qui est montré en figures est un événement tout-à-fait réel.
Mais tu dis que c’est du ciel que le Verbe de Dieu s’est procuré une chair. Adam cependant, qui avait commis la faute et avait besoin d’une guérison, était terrestre et formé de la boue dont nous aussi nous avons été faits (Jb 4, 19), ainsi que le dit le livre de Job. Ou bien alors, concède-moi que le premier Adam qui est tombé sous le péché, était céleste ; ou bien, si tu ne le concèdes pas — c’est en effet dépourvu de sens —, il convient alors de confesser que le Verbe de Dieu céleste et qui est avant les siècles, s’est uni hypostatiquement une chair de la même race qu’Adam et consubstantielle à nous, ce pourquoi il a été nommé aussi le second Adam, et il est apparu sur terre et a fréquenté les hommes (Ba 3, 38), afin de nous faire monter vers le ciel ; et lui-même est celui dont Job aussi s’est écrié à l’avance, en indiquant à la fois et la figure de Jonas et sa victoire contre le Calomniateur, en disant : Mais qu’il le maudisse, celui qui a maudit ce jour, celui qui doit tuer la grande baleine (Jb 3, 8) !
Donc, après avoir savouré un tel profit à partir des dogmes divins, à la suite des paroles de Notre Seigneur et de l’histoire de Jonas, brûlons de zèle aussi pour sa vertu, soyons vigilants et persévérons sans interruption dans les prières. En effet, où celui-ci priait-il et faisait-il cet exercice continuel, si ce n’est lorsqu’il était enfermé dans le ventre de la baleine et qu’il implorait Dieu (Jon 2, 2). Nous donc également, pratiquons cet exercice digne d’éloge, afin que toutes les fois que nous serons avalés par les épreuves, comme par une baleine, nous soyons vomis au moyen de la prière, par la grâce, la miséricorde et la charité de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, à qui (soit) la louange avec le Père et l’Esprit Saint, dans les siècles des siècles ! Amen !