Qui montre que le fait d’anathématiser ceux qui sont coupables de nous avoir annoncé un évangile différent de celui que nous avons reçu, libère la ville et l’Église,
c’est-à-dire le peuple, de la malédiction et de l’anathème.
Il n’y a rien de pire que la cruauté de l’hérétique. Car, plus on écarte ses attaques diverses, aux multiples approches, plus il s’efforce de résister, en inventant des paroles d’un langage impudent, comme ces serpents venimeux à plusieurs têtes : si on leur en coupe une, ils menacent de nouveau, au moyen d’une autre, du même venin et de la mort. C’est pourquoi le prophète David, quand il chantait la difficulté de garder ainsi sa langue, s’écriait : Quelle chose te sera donnée et quelle chose te sera ajoutée pour une langue perfide (Ps 119, 3) ? Et, à l’adresse des justes qui ont mérité d’être préservés de ce (mal), il disait : Tu les cacheras dans le secret de ton visage, loin des intrigues des hommes. Tu les recouvriras, par une tente, loin de la contestation des langues (Ps 30, 21).
Quelle est donc cette tente qui préserve ceux qui le craignent de la contestation des langues incoercibles, sinon de faire et de dire tout en Dieu, comme Paul exhortant aussi les Colossiens et disant : Quoi que vous fassiez en son nom, en parole et en acte, faites tout au nom de Notre Seigneur Jésus, en confessant par lui le Dieu et le Père (cf Col 3, 17) !
Voici en effet que ceux qui sont descendus dans cette boue immonde de Nestorius et qui divisent l’unique Notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ en la dualité des natures après l’union, alors que leur impiété a été réfutée, — par combien de preuves — en des écrits persuasifs et par l’enseignement inspiré de Dieu de ceux qui introduisent aux mystères de l’Église, ricanent doucement en eux- mêmes, et, comme des esclaves que l’on flagellerait, murmurant entre leurs dents, disent avec insistance : Il est très important qu’à toute heure nous anathématisions ces évêques qui ont quitté le monde, qui ont défini que le Christ unique est connu en deux natures : or, très pénible à entendre et fastidieuse à supporter au-delà de tout fardeau est même le simple fait d’entendre la lecture d’un anathème, et nous disons avec effroi : Plût au ciel que par de tels anathèmes la ville ne soit pas ébranlée et que ne retombent pas sur nous ces choses ténébreuses, trompeuses et perfides, venant de gens étrangers et trompeurs, qui se sont introduits en rampant pour explorer notre liberté, ainsi que le dit Paul (cf Ga 2, 4) !
Qui donc dira à ces gens : Comment ? N’y a-t-il plus de baume en Galaad ou n’y a-t-il là aucun médecin ? Pourquoi la guérison de la fille de mon peuple ne fait-elle aucun progrès (Jr 8, 22) ? Il est bon en effet en son temps de se servir des paroles du prophète Jérémie et de dire : Comment ? Manquons-nous des remèdes du livre divin pouvant guérir leur maladie, alors que ce n’est pas pour un autre motif que ces choses ont été dites par l’Esprit divin, sinon afin que, pour chacune de leurs souffrances et maladies, nous trouvions le remède convenable. De même peut-être aussi l’apôtre Paul, quand il écrivait aux Romains, disant : Tout ce qui a été écrit à l’avance, a été écrit à l’avance pour notre instruction, afin que par la constance et la consolation que donnent les Écritures, nous ayons l’espérance (Rm 15, 4).
En effet, recours, je t’en prie, pour venir à ton aide, au récit concernant Josué 15 fils de Nun, ce chef d’armée invincible des lignes de bataille du Seigneur, et tu verras clairement que le fait de n’avoir pas anathématisé ceux qui étaient accusés et coupables, a rendu la ville elle-même passible d’anathème, mais le fait d’avoir livré au châtiment les coupables a délivré les citoyens de toute malédiction. Car ce grand chef d’armée, sage guide du peuple, héritier et détenteur de l’autorité du grand Moïse, quand il fut sur le point de combattre contre Jéricho, qui était une ville d’une tribu étrangère, avait donné cet ordre aux soldats, en disant : Criez, car le Seigneur vous a livré la ville, et que cette ville soit livrée à l’anathème, car tout ce qui s’y trouve est au Seigneur des armées, au Seigneur Sabaoth… et vous, prenez garde à l’anathème, pour ne rien prendre par convoitise de ce qui est anathème, et ne pas rendre anathème le camp des enfants d’Israël et ne pas être détruits (Jos 6, 16-18).
Tels furent les ordres qu’il donna ; et les murailles, d’elles-mêmes, s’écroulèrent à terre, aux cris du peuple, comme si elles étaient détruites au moyen d’armes de guerre ; et la ville fut écrasée et livrée aux mains de ceux qui l’avaient assiégée. Or un soldat des enfants d’Israël, Akar, fils de Carmi, fut séduit par la beauté d’un collier, succomba à la (tentation) de vol et pécha. Le péché fut imputé au peuple entier. Or, s’étant (ensuite) levés pour attaquer Αï, ville, elle aussi, d’une tribu étrangère, ils subirent une dure défaite. Comme Josué fils de Nun en était affligé, il se mit à pleurer, et, ayant déchiré ses vêtements et répandu de la poussière sur sa tête, ainsi que les anciens d’Israël, il se prosterna la face contre terre devant le Seigneur en demandant d’être instruit du motif de la défaite de ceux du peuple qui s’étaient rangés pour le combat, et il entendit Dieu lui dire clairement : L’anathème est au milieu de vous ; vous ne pourrez pas résister contre vos ennemis, tant que vous n’aurez pas rejeté l’anathème du milieu de vous (Jos 7, 13).
Quand cet ami de Dieu eut entendu ces (mots), il se mit à chercher celui qui avait accompli ce vol et qui avait péché, et qui était cause de la malédiction et de l’anathème pour le peuple. Quand il eut trouvé Akar, fils de Carmi, qui avait osé (faire) une telle impiété, il fit passer la malédiction infligée au peuple ainsi que l’anathème, et la plaça sur lui, en parlant ainsi : Pourquoi nous as-tu perdus ? Que le Seigneur te perde en ce jour ainsi ! Et tout Israël le lapida et ils élevèrent sur lui un grand monceau de pierres et le Seigneur fut apaisé de son ardente colère (Jos 7, 25-26).
Vous voyez que le fait de jeter sous la malédiction et l’anathème ceux qui sont coupables détourne la colère de Dieu qui est sur le peuple et sur la cité. Or ce fait que parmi le peuple se cachent secrètement ceux qui sont passibles d’anathème entraîne la destruction totale de tout le peuple pour toute la communauté. C’est pourquoi ceux qui ont décrété que le Christ unique est connu en deux natures, nous les dénonçons, nous, comme anathèmes, en délivrant notre ville de la malédiction et de l’anathème, et nous reversons sur leur tête la malédiction. Or ne détruisait-il pas ce dogme, cet impie que vous connaissez et qui imposait à chacun le secret et qui, au milieu de vous, sans que nous le sachions, était devenu anathème et était caché, alors que pendant tout ce temps il remplissait la ville de révoltes et de troubles, au point même d’avoir fait brûler le portique et des quartiers importants de la ville et que de nombreux meurtres ont été cyniquement commis et que des ruisseaux de sang ont coulé à flots.
Mais lorsque, comme Akar, il a été accusé et arrêté, alors que l’impiété qui le corrompait était caché en lui en secret et avec ruse, nous avons rejeté la duplicité et l’astuce, et, au vu et au su de tous et de chacun, nous l’avons mis à nu et à découvert : ainsi nous l’avons tourné en ridicule et par le décret de l’anathème nous l’avons condamné en même temps que ses maîtres impies. Mais en outre, ce n’est pas seulement Akar qui avait reçu le châtiment, mais aussi sa femme et ses enfants et tous ceux qui étaient ses complices et qui, par suite, étaient coupables avec lui et avaient participé à ce vol : lorsqu’ils l’ont traduit publiquement, ils l’ont démasqué et anathématisé, lui et sa bande, dans le but d’infliger crainte et tremblement chez les spectateurs, et, afin qu’ils ne tombent pas dans les mêmes fautes, ils furent lapidés par les enfants d’Israël (Cf Jos 7, 24-25). C’est pourquoi quand un évêque vient ici, par une parole d’anathème il jette une pierre sur toute la horde des impies, et, en délivrant de la ruine notre ville amie du Christ, il dit à chacun des coupables, comme Josué fils de Nun : Loin que tu nous perdes, que le Seigneur te perde, aujourd’hui encore (Jos 7, 25) !
Excellente donc et très adaptée au sujet qui nous est proposée, est à nos yeux l’histoire d’Akar, parce qu’elle est l’image de l’impiété de leurs hérésies. Car que dit ce dément et ce misérable quand il fut arrêté ? Qu’il avait volé ; et il tomba sous l’anathème : J’ai aperçu dans le butin un manteau simple, de belles couleurs variées, mais c’était un manteau simple ; et deux cents sicles, c’est-à-dire deux « souzè » d’argent et un lingot d’or de cinquante sicles ; et les ayant convoités, je les ai emportés et voici qu’ils sont cachés en terre dans la tente et l’argent est dissimulé par-dessous (Cf Jos 7, 21).
Peut-être en est-il donc aussi de la sorte pour ceux qui furent les chefs de ces hérésies impies : détrousseurs du sanctuaire, voleurs du Livre divin, qu’ils ont enfermé dans leurs mains, alors qu’il avait été ravi au Calomniateur par les saints apôtres et les docteurs qui introduisent aux mystères de l’Église ; mais ils volent ce manteau simple, varié et beau, c’est-à-dire la belle tunique de l’Église, celle dont parle le prophète David au Dieu de l’Univers : La reine s’est levée à ta droite, revêtue d’un vêtement d’or et varié (Ps 44, 10) ; tel est celui que, par leur enseignement de mensonge, ces insolents s’efforcent de lui arracher et de lui enlever.
Or c’est avec une très grande justesse qu’il l’a appelé tunique de l’Église, simple, variée et belle, car elle est simple et facile, en raison de la simplicité et de l’inaltérabilité de la vérité ; variée, à cause des titres variés des vertus d’où provient la beauté et la convenance, celle en qui il n’y a ni tache, ni ride, ni rien de tel, comme le dit Paul (Ep 5, 27).
Mais ces salisseurs volent ce qui leur plaît, c’est-à-dire corrompent aussi les deux cents sicles, à savoir les deux « souzè » d’argent, c’est-à-dire l’enseignement de la tradition des deux testaments, l’ancien et le nouveau, qui produit et rapporte dix dizaines pour un : tel est en effet le rendement de la tradition au début. Qu’en effet elle produise du fruit, nous l’avons entendu dans les évangiles au sujet de cette semence céleste et de la parole : Cent pour un, après trente et soixante (Cf Mt 13, 8 ; Mc 4, 8). Nous disons qu’il en est de même pour l’argent et aussi pour le lingot d’or, que c’est (la langue) des apôtres et des prophètes, comme embrasée et liée par l’Esprit Saint, d’où sortent les paroles dites dans l’Esprit.
Il est écrit en effet : La langue du juste est de l’argent éprouvé (Pr 10, 20). Or l’épreuve pour l’argent et l’or, c’est l’épreuve du feu ; et encore : Que les paroles du Seigneur (sont) des paroles pures, de l’argent éprouvé, qu’il met à l’épreuve sur la terre, qu’il purifie sept fois (Ps 11, 7).
Donc ce lingot d’or éprouvé et ce pur argent, quand les hérétiques le dérobent comme Akar et le cachent dans la terre comme ce serviteur méchant et négligent de l’évangile qui cacha ce talent (Mt 25, 25 sq), et cela non seulement dans la terre, mais encore dans la tente, c’est-à-dire avec hypocrisie et ruse, avec l’apparence extérieure et le prétexte de la piété, comme le dit l’apôtre, ils singent la piété, mais ils en renient la force (2 Tm 3, 5), et, avec une langue de plomb et de mensonge, ils travestissent et adultèrent les dogmes divins, et, pour tout le peuple, ils sont les causes de la colère de Dieu. C’est pourquoi, comme avec des pierres, nous leur jetons l’anathème, même s’ils sont plus nombreux en fin de compte, pour que s’accumule sur eux, d’autant plus, un monceau considérable de pierres, afin qu’ils ne puissent plus relever la tête comme des serpents, ni ramper et sortir de leurs trous.
Car ce divin Paul n’est pas au-dessous des anges en disant : Même si nous-même ou un ange vous annonce un évangile différent de celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème (Ga 1, 8) ! Et encore de nouveau il cite ensuite à proximité la même parole pour notre sauvegarde, en disant, comme nous l’avons dit plus haut : Si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème (Ga 1, 9) !
Que m’a-t-il donc dit ? Peut-être, il est vrai, dit-il des choses vaines et semble-t-il pour toi excessif de le déclarer deux fois anathème, à la suite et sur le même sujet, ou vigilant à l’excès et faisant du zèle pour notre salut et faisant pour nous des choses trop tournées vers les observances d’ici-bas, celui-là qui dit encore de façon absolue : Si quelqu’un n’aime pas Notre Seigneur, qu’il soit anathème (1 Co 16, 22) ! Mais qu’est-ce qui est devenu au-dessus des anges, en nous annonçant un évangile différent de celui que nous avons reçu ? Plût au ciel ! Il avait pitié des gens si nombreux qui transforment et adultèrent la foi et l’annonce de l’évangile. Ou bien ne sais-tu pas qu’’Israël était (un peuple de) six cent mille fantassins, quand il faisait la traversée de l’Égypte à la terre promise, et était appelé peuple saint, peuple nombreux, sacerdoce royal (cf Ex 19, 6) ? Or, quand ils ont transgressé les commandements de Dieu, tous sont tombés morts dans le désert, comme il est écrit, jusqu’à ce que leurs cadavres disparaissent là-bas ; mais seul Josué, fils de Nun, et Caleb, fils de Jéphoné, devaient aller à la terre des ancêtres et être jugés dignes de la promesse (cf Nb 14, 30. 32. 38).
Mais comment n’entends-tu pas Moïse, et plutôt le Christ qui parlait en lui, légiférer et dire : Tu ne seras pas avec le plus grand nombre pour le mal, tu ne feras pas nombre avec la foule pour se détourner avec le grand nombre, comme pour infléchir le jugement (Ex 23, 2). Poursuivant cette idée, Grégoire le Théologien lui aussi (dit), alors que de nombreux évêques étaient rassemblés en ce temps-là, alors que sévissait l’abominable hérésie d’Arius, et que contre la foi des trois cent dix-huit (au concile de Nicée), ils avaient conspiré avec ruse, ils définirent insidieusement que le Fils ressemble au Père, alors qu’il leur eût fallu dire qu’il (lui) est consubstantiel, de sorte que, par le moyen d’un seul mot, ils ont ouvert la porte à l’impiété ; l’assemblée de ceux qui avaient donné une telle définition, il l’appela l’assemblée du conseil de Caïphe, et cela fort justement, pour qu’on se souvienne aussi des paroles du saint dont le contenu est celui-ci : « (Qu’on l’appelle) soit tour de Chalanè qui a divisé les langues (Gn 11, 4) (mais plût au ciel que ces (langues) eussent été divisées, car elles sont d’accord pour le mal), soit conseil de Caïphe, celui par qui le Christ fut condamné (Jn 11, 47), soit qu’il faille donner quelque autre nom analogue à ce concile qui a tout perverti et bouleversé, en détruisant ce dogme pieux et antique et défenseur de la Trinité, en établissant le blocus et en ébranlant par ses machinations le mot ‘consubstantiel ‘, ouvrant par-là la porte à l’impiété par le moyen même des formules »
Il dit encore sur le même sujet : « [À la place des évêques chassés de leur siège, on en poussait d’autres] en exigeant d’eux de souscrire à l’impiété, comme s’il n’y avait rien d’autre de nécessaire (pour y accéder), et l’encre était toute prête et le dénonciateur à proximité : tel fut encore le sort de nombre de ceux d’entre nous qui étaient restés inébranlables : ils ne fléchirent pas dans leur con- science, mais se laissèrent entraîner à signer, et ils rejoignirent les impies sur les deux points, non pas pour le feu auquel ils ne prirent pas part, mais du moins pour la fumée : ce que bien des fois j’ai déploré en voyant le débordement de l’impitié d’alors et la persécution actuelle qui a été suscitée contre la doctrine orthodoxe par les responsables de la parole.
Car, en vérité, les pasteurs sont devenus fous (Jr 10, 21), selon l’Écriture : ils ont couvert de honte la part désirable (Jr 12, 10), je veux dire l’Église, celle qui a été rassemblée au prix de beaucoup de sueurs et de victimes, aussi bien avant le Christ qu’après lui, et encore au prix des grandes souffrances que Dieu lui-même a subies pour nous. Car, à part un très petit nombre, et, parmi eux, tous ceux qui furent méprisés à cause de leur insignifiance, ou qui, à cause de leur valeur, se sont levés dans l’opposition, qu’il fallait laisser comme germe et comme souche à Israël, afin qu’à nouveau encore il repousse, et revive grâce à l’irrigation de l’Esprit, tous furent les esclaves des circonstances, ne se différenciant les uns des autres que parce que, les uns au début, les autres à la fin, subirent le même sort, les uns en étant les protagonistes et champions de l’impiété, les autres étant mis au second rang, soit ébranlés par la peur, soit esclaves du gain, soit séduits par les » flatteries, soit trompés par l’ignorance, ce qui est encore plus anodin, si du moins cela peut être une excuse suffisante pour ceux qui avaient reçu la mission d’être à la tête du peuple.
Car, de même qu’il n’y a pas les mêmes réactions chez les lions ou chez les autres animaux, chez les hommes ou chez les femmes, chez les vieillards ou chez les jeunes, et qu’il y a une différence qui n’est pas négligeable selon les âges et selon les sexes, de même en est-il entre les gouvernants et les gouvernés. Peut-être, d’une part, pardonnerons-nous aussi aux gens, s’ils subissent ce sort, pour qui bien des fois le salut est venu en ne faisant pas d’enquête sur les faits ; mais, à un maître, comment accorder ce (pardon), à quelqu’un qui au contraire corrige les ignorances d’autrui, si du moins son nom (de maître) n’est pas un nom de mensonge ?
Comment en effet n’est-il pas monstrueux qu’il ne soit pas permis à quelqu’un, fût-il rustre ou tout-à-fait illettré, d’ignorer la loi romaine, et qu’il n’y ait pas de loi pour excuser ce qui a été commis par ignorance ? Mais que les Maîtres (chargés) d’introduire aux mystères du salut ignorent les principes du salut, même si par ailleurs ils se trouvent être des hommes des plus simples et d’esprit superficiel ? Qu’il y ait, soit ! de l’indulgence pour ceux qui ont suivi par ignorance ! Mais que diras-tu de ces autres, de tous ceux qui, alors qu’ils se piquaient de leur science, furent vaincus par ceux qui détiennent (le pouvoir) pour les motifs que j’ai rappelés, et, alors qu’ils jouaient abondamment sur la scène de la piété, dès l’apparition du moindre danger, sont tombés !»
Remarquons avec attention comment, alors que ce docteur le théologien savait que, parmi ceux qui ont défini et souscrit, les uns d’une part tenaient pour l’impiété et en étaient les premiers champions, les autres d’autre part étaient ébranlés par la peur ou bien étaient esclaves du gain, séduits par la flatterie et entraînés par l’ignorance, à tous en bloc néanmoins il a donné le nom d’assemblée du conseil de Caïphe, celui par qui le Christ fut condamné, et de tour de Kalané, celle que construisirent au début des temps ces ennemis de Dieu, en s’efforçant de la faire monter jusqu’au ciel, ce pourquoi aussi ils furent condamnés à la confusion et à la division des langues.
Comment n’est-elle pas digne d’anathème l’assemblée de Caïphe ainsi que ces ennemis de Dieu qui bâtirent la tour ? Il fallait aussi, disent-ils, mettre à part ceux qui méritent le pardon, et ne pas les compter tous de la même façon en une seule accusation de culpabilité. Mais moi, ceux qui m’ont annoncé un évangile différent de celui que j’ai reçu, je (les) anathématise et je détourne le visage loin d’eux. Quant à ceux auxquels il faut pardonner, Celui qui détient les frontières du pardon et les poids et les balances de la miséricorde, les connaît.
Au contraire, le concile des trois cent dix-huit et de la même manière aussi celui des cent cinquante, nous les appelons honorables et saints, et cela, alors que dans le premier, il y eut Eusèbe de Césarée qui combattait avec l’hérésie arienne, et dans le second, Diodore de Tarse, le maître d’impiété de Nestorius : ceux-ci certes ont été condamnés à l’anathème, mais le nombre des saints conciles n’en demeure pas diminué, parce que sérieusement et sévèrement de telles choses ont été condamnées et proclamées.
Au sujet de ce fait qu’épargner des gens malgré les ordres, expose ceux qui les épargnent à la condamnation et à la colère, écoutons les livres sacrés, en ce passage du troisième livre des Règnes, qui dit (1 R 20, 35-37) : Un homme parmi les frères prophètes dit à son compagnon, sur la parole du Seigneur : « Frappe-moi ». Mans cet homme ne voulut pas le frapper. Alors il lui dit : « Parce que tu n’as pas obéi à la voix du Seigneur, voici que tu t’en iras d’auprès de moi et qu’un lion te frappera. » Et il s’en alla d’auprès de lui, un lion le trouva, le frappa et le tua. Et il trouva un autre homme et lui dit : « Frappe-moi ». Cet homme le frappa et l’assomma : ainsi celui qui avait épargné ce prophète, malgré le bon plaisir de Dieu, reçut le châtiment, mais celui qui frappa sans pitié, quand Dieu l’ordonnait, fut justifié et sauvé.
Ce que je rapporte maintenant, c’est ce que fit le prophète en reprochant d’avoir épargné un autre homme contrairement à la loi : quand Achab, roi d’Israël, prit Ben Haddad, roi des Iduméens, à la guerre et dans le combat, il ne le tua pas, mais il le laissa vivre, alors que c’était un ennemi de Dieu : c’est alors que ce prophète vint, et se montra blessé au visage et roué de coups et qu’il dit à Achab, l’avertissant et en l’introduisant par cette apparence visible aussi bien que par la voix : Le Seigneur dit ceci : Puisque tu as laissé (vivant) l’homme voué à la perdition hors de ta main, voici que ta vie répondra pour la sienne et que ton peuple répondra pour son peuple (1 R 20, 42).
Quant à vous, sachant cela, grâce à tout cela, attachez-vous aux lois du Seigneur, et lorsque vous faites miséricorde, et lorsque vous punissez le blasphème et le mal. Quant aux folies de ces deux ou trois femmes de rien, crachez dessus et méprisez celles qui sont enfoncées dans leurs péchés et en proie aux passions diverses, qui sans pudeur parlent aux hommes et se repaissent des yeux des mâles, parce que, à celles qui déraisonnent faute de cervelle, Dieu leur donnera d’être purifiées de cette nouvelle impudence et passion, en disant : « Il n’y a pas à faire venir le salut sur des morts ». Donc pour Arius, comme pour Eunomius, Apollinaire et Mani le souillé et leurs suppôts, bien qu’ils soient nombreux en fin de compte, il faut avoir pitié d’eux, car eux aussi sont morts. Ou bien alors il les a abandonnés eux aussi, le législateur ou l’ami des hommes, ou bien tu seras coupable d’une grande honte en jugeant des morts et l’hypocrisie te rend malade et tu répudies la justice par des pots de vin.
En disant une fois ces choses et d’autres semblables, soyez convaincus de ce qui plaît à Dieu, soyez libérés de toute malédiction et anathème (cf Za 14, 11 ; Jr 31, 40), et, comme il est écrit : Le Seigneur enverra sur toi la bénédiction dans tes greniers, et partout où tu mettras la main, sur la terre que ton Seigneur Dieu te donnera, le Seigneur suscitera pour lui un peuple saint, comme il l’a juré à tes pères, si tu écoutes la voix du Seigneur ton Dieu et si tu marches dans ses voies. Et tous les peuples de la terre verront qu’il a invoqué sur toi le nom du Seigneur et ils te craindront (Dt 28, 8-10) et ils diront : « Vous êtes bénis par le Seigneur qui a fait le ciel et la terre, par le Père et par le Fils et par le Saint Esprit, à lui la gloire, pour les siècles des siècles ». Amen !
Fin de l’homélie vingt-neuvième.