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HOMÉLIE 26

Avertissement sur le spectacle des chevaux, le premier qui a eu lieu après le printemps, pour que nous fuyions un divertissement nuisible ainsi que les maux qui en découlent,

et sur le saint martyr Théodore.

De même qu’un bon père, voyant son fils montrer une application constante pour l’une de ses études et pour le métier qu’il apprend, est content, ravi en son cœur et fier de la bonne nature de son fils, de même moi, en voyant cette Église et cette sainte assemblée avoir une application empressée pour entendre les paroles divines et — ce qui en est la suite — pour connaître et apprendre les vertus, je me réjouis beaucoup en moi-même et je sais gré à Dieu, qui supplée au défaut de ma langue par votre audition intelligente.

En effet, il y avait jadis à Jérusalem, alors qu’elle abondait en vertus spirituelles, ainsi que dit le prophète Isaïe, un architecte sage et un auditeur intelligent (cf Is 3, 3). Que l’architecte sage soit le docteur des dogmes divins, écoute le sage Paul qui l’enseigne : C’est, en effet, dit-il, selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, que j’ai, comme un sage architecte, posé le fondement (1 Co 3, 10). De la sagesse de la Jérusalem visible, qui a le même nom, en vérité je ne parlerai pas, attendu que je suis loin d’elle, (mais) je parais être un architecte, du fait de la richesse de votre sage audition, et ce que vous avez en trop supplée à ce que j’ai en moins ; car c’est de nouveau avec à propos que je me sers encore des paroles de Paul (cf 2 Co 8, 14).

Mais c’est alors surtout que je ferai l’éloge de votre intelligence, quand je trouverai que vous faites usage des enseignements spirituels comme il convient au temps de la réalisation, ainsi que des secours qui sont à l’avance un préventif de la maladie pour éviter un dommage ou pour accomplir la perfection. En effet, un soldat aussi, certes, est digne d’éloge, lorsqu’il est splendidement orné de toutes ses armes, qu’il brandit les javelots et qu’il sait lancer les flèches et renverser les boucliers. Mais cette pratique digne de louange n’est absolument d’aucun avantage, si, sur la ligne de bataille, alors que les adversaires se dressent en face, il ne montre rien de ce qui fait le guerrier ou le brave, mais si, fuyard, il est fait prisonnier, selon ce qui est dit dans le psaume : Les fils d’Éphrem qui tendaient l’arc et lançaient (les flèches) avec lui firent demi-tour le jour du combat (Ps 77, 9).

Pourquoi ai-je dit cela ? Je le dirai clairement, et je ne le cacherai d’aucune façon. Depuis que j’ai mis les pieds dans cette ville et jusqu’à ce jour, j’ai trouvé que vous amassez une grande richesse spirituelle, que vous confirmez votre nom que vous avez bien mérité, d’être appelés chrétiens les premiers (cf Ac 11, 26) et que vous montrez dans la réalité et par les faits eux-mêmes les ordonnances apostoliques qui sont proclamées en paroles à l’église : d’une part, que vous aimez sans acception des personnes (cf Jc 2, 1), et, d’autre part, que vous haïssez le mal, selon la parole de Paul, que vous êtes attachés au bien, que vous travaillez à montrer l’amour de la charité fraternelle les uns à l’égard des autres, que dans le zèle vous n’êtes pas nonchalants, que vous êtes fervents selon l’esprit, que vous servez le Seigneur, que vous vous réjouissez dans l’espérance, que vous êtes constants dans la tribulation (Rm 12, 9-12), que vous avez célébré toutes les fêtes du Christ avec foi, pureté et honneur, que d’une part vous êtes renés en quelque sorte avec la naissance de l’Emmanuel selon la chair, parce que vous êtes préoccupés de marcher en renouveau de vies (cf Rm 6, 4), et que d’autre part vous vous êtes levés avec le lever divin et que vous apparaissez comme des lumières dans le monde, en tenant la parole de vie (Ph 2, 15-16), en sorte que soit révélé, même avant le deuxième glorieux avènement et avant le grand jour, le Dieu qui se tient dans l’assemblée des dieux, lui qui dit : Moi, j’ai dit : Vous êtes des dieux et tous (vous êtes) les fils du Très-Haut (Ps 81, 1.6), que vous avez été crucifiés avec le Crucifié et que vous avez crucifié l’esprit de la chair (cf Ga 5, 24 ; Rm 6, 6), que vous avez été mis à mort avec lui par la sépulture et que vous avez fait mourir les membres terrestres, la fornication, l’impureté, la passion, le mauvais désir et l’avarice (cf Col 3, 5), que vous êtes ressuscités avec lui par la résurrection, que vous pensez ce qui est en haut, que vous cherchez ce qui est en haut, où est le Christ qui est assis à la droite du Père (cf Col 3, 1-2), que vous avez été embrasés par la venue de l’Esprit Saint, que vous avez détourné vos visages de la boue, que vous avez volé par les dons spirituels, que vous avez, par le désir de la possession de ces biens, fixé au ciel l’œil de votre esprit, et que vous avez montré de l’empressement pour le stade du jeûne, ou plutôt que vous ne le regardez pas comme un stade, mais comme une riante prairie toute fleurie et une bienheureuse demeure dans le paradis.

Lors donc que je voyais maintenant chez vous, comme je l’ai dit, toute cette richesse spirituelle, je craignais qu’un malheur ne vous arrive. Et en effet j’avais en vue le spectacle des courses de chevaux, le premier qui devait avoir lieu, et j’étais rempli d’inquiétude et de trouble dans mes pensée, et j’avais terriblement peur que le démon, ce malin, ne perde quelques-uns d’entre vous en les trompant par un divertissement éphémère et qu’il ne rende spectateurs d’une pompe de Satan ceux qui ont mérité de voir les divins mystères invisibles et ineffables, que beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir et n’ont pas vus (Mt 13, 17), selon l’expression véridique de Notre Seigneur dans les Évangiles ; que les anges aussi se plaisent à contempler avec le désir d’une compréhension plus parfaite, comme l’a écrit Pierre, l’élu des apôtres (cf 1 P 1, 12). Et je pleure beaucoup et je gémis, en me demandant dans mon esprit si la bouche qui à l’église a fait monter des louanges mystiques et invoqué son Père qui est dans les cieux a laissé échapper à l’occasion des spectacles des paroles démoniaques.

Et, pour omettre les autres (paroles) où il y a beaucoup d’infamie et de blasphème, combien pensez-vous qu’elle irrite Dieu, cette parole même qui semble méprisable, que beaucoup crient sans réflexion, à savoir : « Fortune de la ville, donne la victoire » ! Ceux, en effet, qui facilement forgent et inventent ces êtres qui ne sont pas des dieux, et qui les adorent, — ce qui, parmi ce qui se fait chez les hommes, est indigne, sans fondement et sans valeur, lorsqu’ils l’ont attribué à un démon, d’après ce qui leur est monté à l’esprit, parce qu’en vérité ils ne l’ont pas compris, ils ont nommé cela « La Fortune», parce que ce qui est ainsi arrive par hasard, et, tout en ne faisant que cela de bien et en laissant croire par cette désignation que ce n’est pas une divinité, pourtant, par là même, ils réduisent à rien la Providence de Dieu.

D’abord, en effet, les jugements de celui qui gouverne cet univers sont difficiles à discerner, et nous ne les connaissons pas, selon la parole qui dit : Tes jugements sont un immense abîme (Ps 35, 7), et dans un autre passage encore : Insondables sont ses jugements et ses voies sont impénétrables. Qui, en effet, a connu l’intelligence du Seigneur ? Ou qui a été son conseiller ? Ou qui est celui qui lui a donné en premier lieu, et par qui sera-t-il payé en retour ? Car c’est de lui, par lui et en lui que sont toutes choses. À lui la gloire dans les siècles ! Amen ! (Rm 11, 33-36 ; Is 40, 13 ; Sg 9, 13).

Ensuite même ce qui parmi les événements de ce monde, paraît une exception et est enclin au changement, appartient à la sagesse suprême de Dieu, lequel domine l’univers. Par cela en effet il nous apprend à mépriser ce qui est présent comme ce qui est sans fondement et à ne pas nous attacher aux choses corruptibles et temporaires, mais à regarder ce qui doit advenir d’incorruptible et d’immortel, ainsi que le jugement dernier où se trouvent placés les poids et les balances de justice et la rétribution, selon ce qui est juste pour chacun, au sujet de ce qui s’est passé ici-bas.

Pourquoi donc, ô toi, dans ton aveuglement, appelles-tu Fortune un tel gouvernement sage de Dieu, et, de ta propre autorité, en fais-tu une personne, et ériges-tu ton opinion comme un dieu sur la ville, et lui attribues-tu la victoire, alors que notre Dieu et notre sauveur Jésus-Christ s’écrie dans les Évangiles : Ayez confiance, c’est moi qui ai vaincu le monde (Jn 16, 33), lui qui également par le prophète Isaïe blâme ceux qui sont malades d’une pareille opinion vaine, en disant : Vous qui avez abandonné et oublié ma montagne sainte, et qui dressez une table à la Fortune et qui emplissez une coupe pour le démon, moi, je vous livrerai au glaive, tous vous tomberez par le meurtre (cf Is 65, 11).

Voyez-vous que le fait de vanter la Fortune sème l’erreur polythéiste et idolâtrique ? En effet, si Dieu qui ne ment pas a statué dans le Livre sacré des Évangiles, en disant : Est-ce que deux passereaux ne se vendent pas un as, et l’un d’eux ne tombe pas sur la terre sans votre Père (Mt 10, 29) ? comment, d’après les niaiseries de ces sages sans sagesse, dirons-nous : « La Fortune est la maîtresse de ce qui existe ? »

Si donc, cette seule expression, — même si, pour beaucoup elle ne paraît pas condamnable —, a paru après examen être sujette à la condamnation de tous les reproches de ce genre, où mettrons-nous ces autres expressions que clament ceux qui voient la course de chevaux, lorsqu’ils crient avec force et qu’ils font résonner leurs voix au-dessus des airs en vociférant, qu’ils jettent de la poussière vers le ciel ou à l’occasion lancent même des pierres, qu’ils font sortir de leurs bouches une écume de fou, qu’ils s’imaginent courir avec les chevaux, manier les rênes avec le cocher, frapper en même temps que lui avec les fouets, hurler à propos de la course et se réjouir quand les chevaux de l’adversaire sont épuisés, sans entendre les Livres sacrés dire : Le juste a pitié des âmes de ses bêtes (Pr 12, 10), mais bien au contraire en se disputant et en disant : « Il n’y a absolument aucun péché à se divertir à de tels spectacles ».

Pour moi, tout d’abord, j’omettrai de dire que tout spectacle, quel qu’il soit, est célébré en l’honneur d’un démon, car les païens sont riches d’une richesse nuisible, je veux dire d’un grand nombre de faux dieux ; l’un est pour eux un démon ami des chevaux, et un autre ami du rire ; celui-ci, ami de la guerre, et celui-là, le démon de la chasse ; et (les païens) honorent ces (dieux) par des processions et des fêtes qu’ils aiment, en célébrant celles-ci d’une manière impie, et en s’y comportant d’une manière athée.

Ensuite, accordons qu’aucune adoration des démons n’a lieu dans le spectacle des courses de chevaux et que ce qui se passe n’est que la joie et le divertissement de l’âme. Est-ce que tu crois que cela réjouit le Dieu de l’univers, lui qui, de même qu’il a commandé à l’âne de porter une charge, au bœuf de tirer le joug, à (celui) qui (est attelé) à la charrue de fendre le sillon, et aux autres bêtes de servir aux besoins du monde, de même a donné aussi la rapidité au cheval, afin de servir, pour que nous fassions rapidement des voyages lointains, que nous communiquions des renseignements utiles à ceux qui (sont) en dehors des frontières, que nous empêchions peut-être un dommage et que nous sortions rangés pour le combat contre les ennemis qui marchent sur nous, ainsi que le dit aussi le Livre sacré quelque part : Le cheval est préparé pour le combat, mais c’est de la part du Seigneur qu’est le secours (Pr 21, 31 ; Ps 121, 2). Mais ce n’est pas pour que nous utilisions l’animal pour des courses excessives, pour le faire tourner parfois en rond sur lui-même, pour que nous le fassions périr, ou que nous lui brisions les pattes, en le faisant tourner sans pitié, alors que toi, quand tu donnes en dehors de chez toi (ton cheval) à quelqu’un pour qu’il s’en serve, tu supportes difficilement et tu estimes avoir subi des torts, s’il l’emploie à une meule ou à une mine ou à un autre travail pénible ; et tu penses que Dieu ne supporte pas difficilement et qu’il n’est pas irrité quand c’est en dehors de causes nécessaires et en dehors de ses commandements, qu’il te voit te servir sans pitié des animaux ! Car la miséricorde de l’homme, dit un sage, est pour son prochain, mais la miséricorde du Seigneur est pour toute chair (Si 18, 13).

En effet, j’omets de dire que les dépenses de ce spectacle sans utilité pourraient remplir le ventre de beaucoup de pauvres et que celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, commet un péché (Jc 4, 17), ainsi que Jacques l’a réglé par écrit. Et que personne ne donne une réponse opposée contre moi, en disant : Voici que l’Apôtre Paul aussi dit : Est-ce que Dieu se soucie des bœufs (1 Co 9, 9) ? Car il se soucie même de ceux-ci et il se préoccupe aussi de la nature non raisonnable. C’est lui, en effet, qui ouvre sa main et remplit tout animal de sa bienveillance (Ps 144, 16).

Cependant voici, en ce qui concerne ce qui a été dit précédemment, ce qu’a dit l’Apôtre lui-même ; en effet, lorsqu’il parlait aux Corinthiens au sujet de ce qu’il faut que ceux qui annoncent l’Évangile puissent vivre de l’Évangile (1 Co 9, 14), pour établir cela, il a cité le Livre de la Loi, lequel dit : Tu ne muselleras pas le bœuf qui bat (le blé) (Dt 25, 4) ; et c’est ainsi qu’il a ajouté lui-même ensuite : Est-ce que Dieu se soucie des bœufs ? Ou est-ce pour nous qu’il parle absolument ? Oui, c’est pour nous que (cela) a été écrit, parce que celui qui laboure doit labourer dans l’espérance, et celui qui bat (le blé), c’est avec l’espérance qu’il doit avoir part à ce qu’il bat (1 Co 9, 9-10).

Mais voici ce qu’il (veut) dire : Dieu, dit-il, a dit : Tu ne muselleras pas le bœuf qui bat (le blé), non pas que par là il ait quelque souci des bœufs, qui peuvent remplir leur propre ventre, quand même ce ne serait pas sur l’aire, en accomplissant cependant leur travail, mais parce qu’il nous élève à ce qui est plus important et à la pensée qui se rapporte aux hommes, et qu’il nous montre qu’il est digne et juste que celui qui fait un travail se nourrisse de son travail, selon le commandement qui dit : L’ouvrier mérite sa nourriture (Mt 10, 10).

Mais, si tu le veux, accordons même que l’émulation pour les chevaux est exempte de tout péché. Pourquoi n’est-ce pas en silence et en étant assis avec bienséance, que tu jouis du spectacle ? Mais pourquoi en fais-tu une cause de dispute et d’agitation ? Et pourquoi, en te gonflant, comme d’une victoire sur la perfection, à propos de la course rapide des chevaux, aigris-tu et piques-tu, par des expressions de défi, celui qui est séparé de toi à cause d’une préférence opposée, en sorte que, lorsqu’il ne pourra plus supporter les blâmes, il se tournera à lancer et à jeter des pierres et que de là l’audace fera commettre de nombreux meurtres ? Comment n’appellera-t-on pas justement cela des jeux de tout petits enfants, et plût au ciel que ce ne fût que cela ?

En effet, je ne peux pas dire de qui je me moquerai davantage, au point de vue du manque d’intelligence, de celui qui défie et aigrit, ou de celui qui est inutilement aigri et maudit pour ce qui n’a rien de beau. Il leur faudrait, en effet, comme, moi, je le juge, faire en général l’éloge de ceux qui sont vainqueurs, à savoir des chevaux et des cochers et réprouver en général ceux qui sont vaincus, et n’être pas divisés par une division d’opinion et par l’inimitié et ne pas faire de cela une cause d’agitation et de maux généraux pour tout le peuple.

Mais pourquoi vouloir, comme si je me trompais moi-même, mettre de l’ordre dans le désordre et soumettre à la raison le manque de raison ? En effet, le fait que des cris, des tumultes, des rixes et des agitations ont lieu là, montre surtout que de telles (particularités) des spectacles sont le fait des démons ; car c’est à ses fruits que l’arbre se reconnaît (Mt 12, 33), selon l’expression véridique de Notre Seigneur. Que les spectateurs de ces (courses) montrent le contraire et dans un silence qui est beau, qu’ils se rassasient de ce divertissement ! Moi, en effet, je prie afin d’être prouvé menteur sous ce rapport à cause de leur salut. Car, même si, en ce qui concerne un spectacle ou deux, ils peuvent échapper au tort (causé par le) Calomniateur, pour moi, je suis bien tranquille que la plupart du temps ils en viendront aux disputes et aux troubles.

Que ceci donc soit dit au sujet de ces gens-là ! Quant à vous qui êtes assidus à l’église, je vous avertis et je vous conseille de ne pas souiller vos yeux par un spectacle de ce genre, ni de salir votre langue par des expressions abominables et malpropres, cette (langue) que vous avez sanctifiée en chantant et en faisant monter des prières mystiques. Mais obéissez au saint Apôtre qui légifère et dit : Et ne contristez pas l’Esprit saint de Dieu par lequel vous avez été marqués pour le jour du salut (Ep 4, 30), et (qui) enseigne comment nous pouvons ne pas contrister l’Esprit saint et (qui) ajoute ensuite ces paroles : Que toute amertume et fureur et colère et clameur et blasphème soient enlevés de parmi vous, avec toute méchanceté (Ep 4, 31). Or il est impossible qu’il soit exempt de tout cela, celui qui voit le spectacle des chevaux.

Qu’il nous en délivre tous, celui qui nous a délivrés de nos pièges (Ps 90, 3), ainsi que dit le psalmiste, et qui nous a rachetés du péché, après que nous avions été asservis par le Calomniateur, et que nous étions tombés dans le filet de la mort, par son sang qui a purifié le monde, et qui aujourd’hui encore nous a appelés et rassemblés pour que nous fêtions la mémoire du saint martyr Théodore, en voulant noyer et laver le dommage d’hier par ce profit qui est là aujourd’hui. C’est, en effet, son habitude de cacher les maladies sous l’abondance de la guérison et de compenser nos péchés par ses pardons, afin qu’il ne nous échappe pas que ce qui nous perd, c’est ce par quoi nous l’aigrissons.

En effet, à quelle pensée le martyr Théodore ne ramène-t-il pas, ou de quel spectacle de Satan n’éloigne-t-il pas ? Et il attire les yeux vers lui, car le spectacle est vraiment spirituel et céleste, parce qu’il réjouit et enchante le commandement des chœurs angéliques déjà réjoui, ainsi que l’agonothète, le Christ lui-même : spectacle d’un homme, d’un soldat, qui se tenait au milieu de ceux qui jugeaient, au milieu de ceux qui frappaient et au milieu de ceux qui regardaient, sans trembler et sans avoir peur, confiant sans être troublé, jeune homme par l’âge, dont le duvet ne faisait que sortir et qui n’avait qu’une barbe naissante, bien noire et épaisse à l’égal de ses cheveux, dont le visage n’avait pas été endommagé par le rasoir à cause de sa vie d’ascèse, bien portant et de belle taille, qui, pour les chefs des bataillons de l’armée, était un soldat estimé et renommé, qui réduisait son corps par des travaux d’endurance et brillait par la netteté de son visage, qui avait été inscrit pour combattre et pour lutter contre les barbares et qui avait à combattre non pas avec le sang et la chair, mais avec les principautés et les puissances et avec les chefs du monde des ténèbres de ce siècle, avec les esprits mauvais (Ep 6, 12).

Comme une statue, il se tenait debout dans le stade du martyre, tandis qu’il était déchiré par les coups et par les tourments de tout genre sans céder et sans faiblir ; car c’est par égard pour son courage, son empressement et sa préparation à l’égard des dangers pour le Christ que la flamme de feu, elle aussi, s’est montrée bienveillante, et, qu’après avoir pris la forme d’une maisonnette ronde, circulaire et semblable à une caverne, elle y a enfermé son corps, qu’elle l’a entouré extérieurement et qu’elle l’a préservé de la destruction, et a envoyé son âme vers les esprits célestes.

Nous regardant de là-(haut), avec joie il fait monter vers le Dieu de l’univers les demandes qui sont faites pour nous, alors qu’il est l’auxiliaire et le messager gratuit de nos supplications et le compagnon des soucis de notre vie, jetant sur les démons un regard terrible et tout à fait insupportable, retenant les pieds des serviteurs en fuite et des voleurs, mettant en pleine lumière les entreprises nocturnes et secrètes de ceux qui dérobent les vêtements et percent les maisons, dévoilant les coupables, et les amenant tous près de lui comme enchaînés, alors qu’il a peut-être reçu du Christ cet honneur parce que c’est joyeusement qu’il a accepté les liens qui lui étaient (destinés), lorsqu’il s’avançait vers la flamme. Ces (liens) il les a montrés également superflus, lorsqu’il s’est lié lui-même par les liens volontaires de la patience ; car le fait que quelqu’un jugera bon de souffrir pour le Christ est un lien indissoluble et indivisible, parce qu’en vérité c’est quelque chose de volontaire ; en effet il n’y a rien qui soit plus fort et plus solide qu’une pensée virile.

Est-ce que le spectacle d’hier pouvait autant nous réjouir et nous enchanter ? N’avez-vous pas été nourris et charmés en vos âmes et n’êtes-vous pas devenus meilleurs par la seule audition ? Où y a-t-il en effet une relation entre les délices de la chair et le spectacle trompeur des yeux et le plaisir de l’âme et la contemplation spirituelle ? Il y a une grande distance entre les deux autant qu’il y en a entre la modération et la démence dans les pensées ?

En effet, toi aussi, aux rires immodérés, oppose les larmes du repentir de l’âme ; au relâchement, l’énergie ; à la gloutonnerie, une alimentation suffisante, qui satisfait le besoin et non le superflu ; aux chansons puériles des rues dont on rougit nécessairement quand on y prête une attention soutenue, les chants (en usage) à l’église, et, en face de tout, une conscience sans reproche, l’espérance qui ne déçoit pas (Rm 5, 5), qui est proche de la foi, (qui) est attendue fermement et (qui) est future. Que quelqu’un juge, à la réflexion, s’il y a quelque chose de plus heureux que d’apaiser Dieu ? Faisons-lui aussi monter l’action de grâces pour toutes choses, parce que c’est à lui que sied la louange, la gloire et la puissance, au Père et au Fils et à l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen !

 

Fin de l’homélie vingt-sixième

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