Sur l’Ascension de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ
et sur le manteau de pourpre qui fut donné par notre pieux empereur Anastase.
Aujourd’hui Jésus-Christ, celui qui est nommé le Fils de l’homme, de Marie, de Bethléem, de Nazareth, est monté au ciel. O merveille et charité sublime ! Car il est monté en étranger et en non étranger, alors qu’il se trouve dans les régions des armées spirituelles et incorporelles. Étranger d’une part, parce que maintenant, pour la première fois en sa chair, il siège sur son trône qui surpasse celui des rois et qui est au-dessus de toute principauté. Non étranger d’autre part, parce que, étant devenu homme sans changement à cause de nous, il n’avait pas quitté ce siège ni le ciel. Mais, comme homme, il fréquentait les hommes (Ba 3, 38), et comme Dieu, il emplissait l’univers.
Si quelqu’un va quelque part en étranger, on dit à juste titre qu’en définitive il est parti là où il n’était pas auparavant ; de même (pour le Christ), alors qu’il emplissait la terre avant l’inhumanation, on a dit qu’il venait sur terre et on a cru à sa venue dans la chair, comme de quelqu’un qui était en dehors d’elle ; ainsi, maintenant aussi, il est allé au ciel dans sa chair, alors qu’il emplit tout, et qu’il n’est contenu par rien. Tel est l’accomplissement du mystère : à cela visait tout le mystère de l’Économie, afin que nous, qui ne semblions même pas dignes de la terre, lui-même en lui nous élève et nous fasse monter au ciel.
C’est pourquoi Paul, parlant de l’amour qu’a pour nous le Dieu et Père, écrivait : Il nous a ressuscités avec lui, et avec lui nous a fait asseoir dans ces régions au-delà du ciel dans le Christ Jésus, pour démontrer dans les siècles à venir la richesse débordante de sa grâce par sa bienveillance à notre égard dans le Christ Jésus (Ep 2, 6-7).
Quel esprit assez large peut saisir par la pensée la grandeur de ce mystère, ou bien quelle parole peut expliquer comme il convient ce qui est envisagé ? Car voyez ce héraut et apôtre des gentils : quand il parle de grâce, de richesse débordante et de bienveillance, et qu’il rassemble, pour ainsi dire, toutes les meilleures expressions qui peuvent signifier une telle charité, pour finir, la pauvreté des termes le laissant démuni, il est vaincu par la merveille, et il ajoute encore ces mots : Cela ne vient pas de vous, cela est un don de Dieu (Ep 2, 8). Pourquoi tant insister, alors que par un mot de ce genre, je veux montrer qu’une telle surabondance de bonté en ce don est un don de Dieu, et en conséquence qu’elle surpasse aussi toute parole ?
Qui ne s’étonnerait, en effet, de voir cette race des hommes, celle qui avait été chassée du paradis, qui s’est soumise au Calomniateur, aux démons et aux passions de la chair, qui a pris pour des dieux le bois et les pierres, assise (maintenant) sur ce trône au-dessus des royaumes, par cette puissance qui est de chez nous, le Dieu incarné et inhumané sans changement pour nous, ce second Adam, ce Fils Unique, ce Verbe d’avant les siècles, celui qui seul siège avec le Père et le Saint Esprit, et avant l’incarnation et après l’incarnation, mais qui, avant l’incarnation, est simple et non composé, étant incorporel, et, qui après l’incarnation, de deux, de la divinité et de l’humanité, est un.
Car le Verbe s’est uni hypostatiquement, par l’Esprit Saint et par la Mère de Dieu, Marie, un corps consubstantiel à nous et qui est semblable à nous en tout, à part le péché (He 4, 15), animé par une âme douée de raison et d’intelligence. Ainsi il est encore un (seul) Fils, n’ayant pas rejeté ce qu’il était, Dieu, et étant devenu homme sans confusion ; et c’est pourquoi il a été appelé Emmanuel et il a reçu ce nom afin qu’il soit écrit qu’il signifie une hypostase de deux natures. S’il est d’une hypostase, il est aussi d’un « prosôpon », et aussi d’une nature incarnée de Dieu le Verbe. En conséquence, la Trinité adorable n’a pas reçu d’accroissement.
Car il ne ment d’aucune manière, quand il s’écrie selon le prophète : Je ne donnerai pas ma gloire à un autre (Is 42, 8). C’est pourquoi aussi cet Un de la Trinité a été crucifié, en supportant la croix pour nous, alors qu’il est le Seigneur de la gloire (cf. 1Co 2, 8). Car si après l’union on divise la dualité, il aurait de toute nécessité une nature humaine non adorable, parce qu’il serait uni non naturellement à celui qui par nature est adorable, et qu’il ne serait pas compté ne faire qu’un avec celui qui n’a pas estimé comme une proie le fait d’être égal à Dieu (Ph 2, 5).
C’est lui aussi qui, une fois ressuscité des morts, nous a fait ressusciter avec lui, nous qui étions descendus par le péché ; et il montrait ses mains et ses pieds (Lc 24, 40 ; Jn 20, 27) à ses disciples, ainsi que la trace des clous, et il se prêtait à ce qu’ils le touchent, en disant : Touchez et voyez qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai (Lc 24, 39), fermant ainsi la bouche de ces téméraires et de ces insolents qui disent : Il est incarné en imagination. Car ce qui est imaginaire est-il susceptible d’être pris ou touché ? Et ce n’est pas en cela seulement qu’il a supprimé à l’avance leur impitié, mais encore en disant en outre aussitôt à ses disciples : Avez-vous ici quelque chose à manger ? Et comme ceux-d lui présentaient un morceau de poisson grillé et un rayon de miel, il les prit et en mangea (Lc 24, 41-43). Or il ne fit cela que pour montrer clairement que c’était lui qui était ressuscité des morts, lui qui aussi avant la croix et pendant tout le temps de l’Économie, avait mangé et bu avec eux et les avait fréquentés (cf.. Ba 3, 38) en homme, selon la parole du prophète.
Mais il y a encore une considération sublime : ce fait de manger un morceau de poisson grillé signifie l’accomplissement de l’Économie, car l’accomplissement de l’Économie, c’est ma rédemption. En effet, à notre nature humaine plongée dans l’humidité de la vie dissolue à la façon d’un poisson, par l’Incarnation ineffable, s’est uni le Verbe de Dieu, ce feu mystique et insaisissable, comme ce qui l’a fait griller et réchauffer, qui a éteint en lui l’effusion des passions et accompli cette Économie si utilement, comme pour en faire sa nourriture habituelle.
Car le salut des hommes, c’est de se nourrir de Dieu, et il l’a montré clairement dans les Évangiles : une fois, ses disciples le pressant de manger, alors qu’il allait parler à cette Samaritaine, alors qu’il prévoyait le salut de celle-ci grâce à (sa) foi, il disait : Pour moi, j’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas, et ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre (Jn 4, 32-34).
Or, avec du poisson grillé, il mangea aussi un rayon de miel, voulant dire que ceux qui ont été brûlés par l’inhumanation divine et rendus participants de sa divinité, comme du miel, acceptent avec passion ses commandements, afin d’écrire, en eux ses lois comme sur de la cire.
C’est en accomplissant ces mystères et d’autres semblables que celui qui ressuscita d’entre les morts, après avoir été blessé au côté par la lance (cf. Jn 19, 34), et dans ses mains et ses pieds par les clous, monta au ciel, en portant les signes de la victoire et du triomphe sur la mort, qui manifestaient aux puissances d’en haut pourquoi s’était incarné ce mort volontaire, ce mort vivant, celui qui était dans la corruption et hors de la corruption. Car c’était un corps susceptible de se cor rompre, mais appartenant à celui qui par nature est incorruptible et qui ne peut laisserons tomber tout ce qui vient de nous et nous donnerons ces (membres) purifiés à leur Seigneur (cf. Rm 6, 12-13).
Voici en effet que notre pieux et véritable ami du Christ, notre empereur, lui fait offrande de sa pourpre et de son manteau impérial. Pour nous, c’est un symbole des bonnes actions que nous avons à faire, et, à l’égard de Celui qui lui a donné l’empire, c’est une rétribution d’honneur inspirée par ses pieux sentiments. Il ressemble ainsi à ceux qui étendirent et étalèrent leurs vêtements sous ses (pas) sur le chemin, alors que, sur le petit d’une ânesse, de manière divine en même temps que selon l’Économie, il était porté en triomphe avec des branches de palmier, honoré et accompagné par la foule qui venait au-devant lui et le suivait.
En confessant aujourd’hui avec les armées d’en haut, qu’il est le roi de gloire, celui par qui les rois règnent et les puissants écrivent la justice, il fixe son regard vers cet (être) élevé et inaccessible qui pour nous volontairement s’est humilié, qui enseigne et apprend l’humilité et la patience de l’esprit. Il le considère comme la cause des bonnes actions, par le fait d’avoir, peinant avec lui et ayant en même temps acquis de pareilles vertus, celle qui, pour nous, est Co-souveraine avec lui et son épouse, de telle sorte que ceux qui sont sous leur autorité admirent et louent Celui qui par le mariage unit les âmes pieuses aussi bien que les corps, et disent qu’en vérité on peut invoquer justement à leur sujet cette parole sacrée : C’est grâce au Seigneur que la femme convient à l’homme (Pr 19, 14).
Car toute collaboration et mariage viennent de Dieu, et il n’y a rien en dehors de sa Providence. Mais, qu’il y ait harmonie et accord entre cette femme et son mari, c’est là un don divin, qui n’est accordé qu’à un petit nombre, et seulement à ceux qui vivent dans la vertu, don qui est augmenté par sa grâce et par sa force.
Laquelle, en effet, parmi les impératrices, a vécu de telle sorte qu’elle n’a été à charge à aucun de ses sujets sous le rapport des passions féminines, et n’a pas fait payer le tribut de ses plaisirs personnels à ses subordonnés, mais a méprisé ces choses d’un cœur viril et évité même par dessus tout que l’on pense qu’elle est femme ? Et à très juste titre. Car auparavant les femmes qui étaient liées aux empereurs par le mariage étaient des étrangères, qui dépassaient les bornes quant à l’honneur impérial, et, sans avoir l’expérience du bien, jouissaient du train de vie d’ici et avaient une totale licence pour leurs passions.
Mais celle-ci, étant née d’un pieux empereur, ayant grandi, mûri et vécu dans une demeure impériale, habite maintenant avec un mari qui aime Dieu, et qui est plus empereur par l’esprit. Ce luxe de l’empire, elle juge qu’elle doit en mépriser la tyrannie et ne pas être prise par les choses visibles à désirer à tout prix, mais elle sait les dominer en les méprisant toutes.
C’est pourquoi le Sauveur universel a honoré son royaume et celui du pieux empereur, même en cette vie, des délices du ciel, en couronnant leur communauté de pensées et l’orthodoxie de leur foi, ce qui les prépare ainsi au royaume des cieux. Que tous nous méritions que cela se réalise, par la grâce et la charité de notre Sauveur Jésus-Christ, à qui convient la gloire avec le Père et avec l’Esprit très saint, bon et vivificateur, maintenant et en tout temps et pour les siècles des siècles ! Amen !
Fin de l’homélie 24