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HOMÉLIE 18

Du même saint Sévère : De quelle façon fut établie par les saints canons l’ordonnance prescrivant qu’au saint jeûne de la quarantaine il nous faut faire mémoire des saints martyrs ; et sur les quarante saints martyrs.

Elle fut prononcée le jour du samedi.

Que personne d’entre vous ne soit surpris que je vous fasse sortir vers ce temple des martyrs, insignes en leur victoire, alors que nos pères ont prescrit dans les anciens canons(?), qu’en ces quarante jours de jeûne, on ne doit pas faire de réunion pour la victoire des martyrs. Car, si nous l’avons faite, ce n’est pas en allant à l’encontre des lois, car il est permis le samedi et le dimanche, même en plein jeûne(?), d’offrir le sacrifice non sanglant et de faire mémoire des saints martyrs. Je dis en outre qu’on juge d’une loi, non pas à partir des mots, mais plutôt à partir de l’esprit. Or l’esprit de cette loi, le voici : ce n’est pas à cause de la commémoraison des martyrs que nous succomberons à la passion et que nous en viendrons au cabaret et à la goinfrerie, au point d’interrompre notre entraînement au jeûne. Car ceux qui établissent une loi, non seulement promulguent ce qui est le propre de la loi, mais prévoient à l’avance …..

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Rien ne convient mieux au jeûne que les hauts faits des martyrs, et rien d’étonnant que les martyrs aiment le jeûne, la privation des aliments et toutes les autres épreuves d’endurance, qui sont les bons exercices préparatoires à leur combat. Ils se réjouiraient beaucoup en vérité et ils seraient heureux, si nous célébrions toutes leurs commémoraisons par une telle pénitence. Mais, parce que nous ferions difficulté quant aux labeurs de la perfection et que ce ne serait pas le grand nombre qui s’empresserait à se réunir pour la solennité des martyrs s’il leur était commandé de jeûner même en ce jour-là, pour cette raison, (nos Pères) nous ont laissé nous réjouir et festoyer en souvenir de leur combat, en condescendant à la faiblesse de notre nature et en imitant leur Maître qui a supporté la croix, afin de nous octroyer la liberté.

D’autre part, ce fait même de nous réjouir et de festoyer, en mémoire des martyrs, n’est pas non plus en dehors des lois de l’Esprit. En effet, avant que nous recevions l’espérance certaine, ou plutôt le gage de la résurrection, à savoir la résurrection du Christ d’entre les morts au bout de trois jours, la mort était la mort, et le deuil qui s’ensuivait ne renfermait absolument aucune consolation. Mais, quand celui (qui est) Dieu et Verbe est apparu pour nous par sa venue dans la chair, a accompli l’Économie qui nous (concerne) et a dénoué les liens du shéol, la mort elle-même est devenue un sommeil, et la sortie de ce monde est devenue avant tout une fête et non pas un deuil. Celui qui a menacé les Juifs perfides par le prophète et a dit : Je changerai vos fêtes en deuil, a fait de nos deuils des solennités ; et (ce sont) surtout ceux qui se sont préparés par une vie bonne et vertueuse à la résurrection comme les martyrs. C’est pourquoi, c’est avec joie et pleins de toute allégresse que dans le cycle de chaque année nous fêtons la mort des martyrs, en dansant et en chantant avec le prophète David et en disant avec une foi véritable : Précieuse est devant le Seigneur la mort de ses saints (Am 8, 10).

Il faut donc que nous connaissions et l’objet et les termes et l’esprit des canons et des lois de l’Église. Et ainsi nous comprendrons si ce qui est fait ou dit par nous est conforme à la législation, et nous ne deviendrons pas aveugles comme les Juifs — nous appuierons-nous seulement sur la lettre et nous y attacherons-nous, en fermant les yeux sur la beauté des pensées qui (est) à l’intérieur ? — (comme les Juifs, dis-je), qui accusaient notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ, de violer le sabbat, parce qu’il daignait guérir ce jour-là ceux qui avaient des infirmités et des maladies, alors qu’ils ne connaissaient exactement ni les termes ni même l’esprit de la Loi.

En effet, la Loi, lorsqu’elle ordonnait au sujet de la fête des Azymes et commandait de ne rien faire pendant ces sept jours de fête aussi bien que le sabbat, disait dans le Lévitique : Vous ne ferez aucune œuvre servile (Ps 116, 15) ; mais, dans l’Exode et dans le Deutéronome, comme pour indiquer le sens de cette parole, elle s’exprimait de cette manière : Vous ne ferez aucun ouvrage pendant (ces jours) (Ex 12, 16), cependant toutes les choses qui seront faites pour l’âme, celles-là seulement seront faites par vous (Dt 16, 8), afin qu’il fût bien connu qu’une œuvre servile désigne, non pas le profit et la guérison de l’âme, mais la satisfaction d’un plaisir de la chair et d’une jouissance, ou l’exercice d’un métier, soit dans la culture, soit dans le commerce, soit en d’autres (professions) semblables, à quoi nous passons notre vie, — voilà ce qu’en vérité il était défendu de faire le (jour du) sabbat.

Mais le fait de guérir la paralysie du corps ou la lèpre, comment ne vise-t-il pas le salut de l’âme, courbée par la souffrance du corps d’une manière digne de pitié (cf. Lc 9, 13s) ? C’est pourquoi également Jésus, le législateur et médecin, qui connaissait mieux que ceux qui blasphémaient l’interprétation réelle et l’esprit de sa Loi qu’il avait lui-même portée et fixée, interrogeait ces Juifs sans intelligence pour leur confusion, en disant : Vous interrogerais-je ? Le jour du sabbat, qu’est-il permis ? Défaire du bien, ou défaire du mal ? De tuer une âme, ou de la sauver (cf. Lc 6, 9 ; Mc 3, 4) ?

Que personne donc ne nous accuse à la manière juive, parce que nous célébrons la mémoire des saints quarante martyrs pendant ces jours de jeûne ! Quoiqu’en vérité il ne nous soit pas permis de le faire pour d’autres martyrs, cependant cela est légitime pour ces quarante martyrs ; car ce sont les enfants de ces quarante journées de jeûne, parce que chaque journée a enfanté pour nous un athlète et un martyr. Et en effet c’est pendant ces (jours) où ils ont combattu, que par leur sainteté et leur courage ils se sont montrés forts, et qu’ils ont été à la hauteur d’un pareil combat. Il est donc juste que les pères se réjouissent des combats de leurs enfants, que nous ne soyons pas injustes à leur égard, et que nous n’affections pas à d’autres jours la mémoire de ceux-là.

Que tous apprennent que la discipline du jeûne sait conduire et exercer les enfants au martyre, et pas (seulement) un ou deux, mais tout un groupe en son ensemble et une assemblée de soldats et une troupe d’(hommes), armés de toute la panoplie mystique, eux en vérité qui ont comparu en public, lorsque celui qui jugeait alors les a fait venir (et) comparaître devant lui, différents de races et de corps, mais égaux en âge spirituel et parvenus à l’homme parfait (Ep 4, 13), selon la parole de Paul.

C’est pourquoi aussi dans le combat ils étaient égaux en ardeur et en attention comme des (hommes) armés, ainsi qu’en vigilance comme des hommes vaillants qui connaissent les règles du combat et (savent) comment il faut attaquer des ennemis, qui ont appris à la façon de l’Apôtre à assujettir toute pensée au Christ (cf. 1Co 15, 27) et (qui) ont fait passer (et) placé leur expérience des combats (temporels) jusque dans l’ordre de bataille spirituel.

Et alors qu’ils parlaient à celui qui présidait en tyran, de deux d’entre eux, ils faisaient leurs porte-parole, les ayant placés comme devant le front de toute la troupe, tandis qu’ils se rangeaient eux-mêmes derrière eux, et c’est ainsi qu’ils faisaient confiance à ce qui était dit ; l’un avait pour nom Kandios, et l’autre, Kurion ; et les deux étaient formés pour conduire des soldats au point de vue spirituel.

D’une part, toutes les fois que le juge usait de flatteries, ils faisaient des réponses très fermes, craignant que la flatterie elle-même ne relâche l’énergie de leur courage ; mais, toutes les fois que (le juge) changeait (de ton) pour devenir plus cruel, s’irritant avec menaces et en même temps aussi y ajoutant des blessures graves avec ordre même de les frapper au visage avec des pierres, alors ceux-là à leur tour, s’adaptant à nouveau, articulaient (leurs) réponses avec le calme qui convient, en imitant notre Dieu et maître incarné, lequel dit au serviteur qui le frappa à la joue : Si j’ai mal parlé, témoigne au sujet du mal ; mais si(j’ai) bien (parlé), pourquoi me frappes-tu (Jn 18, 23) ?

O modèle de patience, qui peut susciter l’imitation, mais qui surpasse toute imitation ! Car, même si quelqu’un l’imite exactement en tout, la palme reviendra (encore) à Celui-là, parce qu’il était Dieu et qu’il se soumettait volontairement à son (sort).

Nous aussi donc, après avoir appris la tactique des martyrs, irritons-nous contre la fornication qui amollit, (et), devant la fureur qui nous rend féroces comme des bêtes sauvages, exerçons-nous au calme ; car il existe, maintenant encore, si nous le voulons, un temps pour le martyre.

Alors donc, après que le juge eût remarqué que ni la férocité n’avait terrifié les martyrs, ni la flatterie n’avait su les conquérir, mais (qu’ils) avaient deviné sa ruse, se moquaient de ce que son esprit lui avait fait trouver, et l’appelaient Agricolaos, mot de la langue latine, afin qu’il soit nommé ainsi convenablement dans la langue grecque, parce qu’il était féroce et flatteur, alors, transporté d’une grande fureur, il énuméra tous les divers et habituels instruments de supplice ; mais voyant que tout, de la même manière, était tourné en dérision et méprisé, c’est à un genre étrange de tortures qu’il recourut en son esprit, afin de tresser par là aux martyrs une double couronne, l’une, parce que les supplices qui sont habituels parurent comme peu de chose à cause de leur vaillance et de leur perfection, l’autre, parce qu’ils supportèrent avec constance et avec force un supplice inaccoutumé.

C’est en plein air et nus, en effet, qu’ils reçurent l’ordre de passer toute la nuit ; mordus par le souffle du vent du nord, lequel était très vif, et couverts par le givre et une neige fine ; et ils restaient patiemment dans l’étang, assaillis par les flots. D’une part, ils étaient cloués par le givre, d’autre part, toutes (les souffrances) les assaillaient en même temps pour une mort certaine, une seule d’entre elles étant suffisante pour les conduire à une disparition complète et à la corruption.

Mais, sur cette neige et sur ce lac, ces vaillants s’imaginaient être comme sur un lit douillet. Et, tandis que les extrémités de leurs membres étaient gercées et brûlées par le froid et (que) la chaleur de leur corps se retirait à l’intérieur d’eux-mêmes, ils renvoyaient à l’extérieur la flamme de leur esprit et en enveloppaient leur corps qui se mourait ; et la chaleur de la foi augmentant à mesure que leur corps se refroidissait, réchauffait vivement les athlètes ; ils se représentaient en esprit le grincement de dents, objet de la menace du tourment éternel, et ils comptaient pour rien la rigueur d’un froid temporaire.

Si par hasard, l’un d’entre eux était entraîné par la douleur à se plaindre et à gémir, il entendait son voisin qui face aux douleurs répondait en ascète par la psalmodie et la prière, et il psalmodiait aussitôt avec lui, répondait en même temps avec lui en ascète et se tournait vers l’action de grâces. Ainsi ces bons soldats et compagnons d’armes se soutenaient entre eux, et gardaient sans faille leur entraide mutuelle comme dans une armée rangée en bataille.

Du haut du ciel, l’Agonothète les regardait, tandis qu’en même temps le chœur des anges se réjouissait, se disposait à (venir) à leur rencontre et préparait pour les athlètes des hymnes de victoire. Et une lumière, descendant d’en haut, éclairait et illuminait le stade de la lutte, semblable à cette lumière qu’en vérité notre Seigneur lui-même a montrée aux disciples sur la montagne, quand sa face resplendit comme le soleil et [que) ses vêtements devinrent blancs comme la lumière (Mt 17, 2) ; car il aime à glorifier ses vrais serviteurs comme lui-même.

En vérité des couronnes descendaient aussi pour les combattants, en nombre égal à eux, à une exception près seulement. En effet, l’un d’eux, après avoir succombé sous les tourments et avoir défailli, alla en hâte vers le bain qui était à proximité ; et aussitôt, à l’instant où il sentit la chaleur du bain, il devint mort, sa chair ayant éclaté ; il mourut ainsi d’une double mort, l’une, la première, celle du péché, qui (est) éternelle et par laquelle l’âme meurt, la deuxième, celle qui délivre de cette vie vaine et éphémère.

Certes ceux qui étaient ses compagnons d’armes gémissaient ; troublés par la tristesse, ils ne se réjouissaient pas de la vue de la lumière céleste et ils ne se livraient pas à la joie en présence des couronnes ; mais, en disciples du Christ qui aiment (leurs) frères, ils pleuraient sur le départ et la perte de leur frère et sur la dissolution de leur groupe et du nombre sacré des « quarante ».

Mais les pères qui aiment (leurs) enfants, je veux dire les quarante jours du jeûne, se trouvant capables de quelque prouesse à cause du Dieu incarné qui a jeûné ces (jours)-là, n’ont pas été indifférents à la douleur et à la misère de leurs enfants qu’ils avaient conçus par le givre et la neige ; mais tout aussitôt ils en ont conçu et enfanté un autre et l’ont fait entrer à la place de celui qui a péri.

Tel est en effet l’enfantement spirituel : avant même que puisse se produire une naissance prématurée, il y a tout à coup conception et en même temps enfantement et à nouveau douleurs de l’enfantement pour le même être, nombre de fois : ainsi en était-il de Paul, qui écrivait aux Galates : Mes enfants, pour qui je suis de nouveau dans les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que la ressemblance du Christ soit formée en vous (cf. Ga 4, 19). Le prophète Isaïe également montre ce genre d’enfantement qui s’achève très rapidement, en disant : À cause de ta crainte, Seigneur, nous avons conçu et nous avons été dans les douleurs de l’enfantement et nous avons enfanté l’Esprit de ton salut que tu as fait sur la terre (Is 26, 17-18).

Mais voyons quel fut cet admirable enfantement des jeûnes, qui consola les martyrs. Un homme était assis dehors et restait assidu à la garde de ce bain : il regardait vers le stade glacial des athlètes, afin d’accueillir les fuyards qui (pourraient sortir) de la lutte et quitter le rang, pour (trouver) le soulagement de l’eau chaude ; il pensait à cela et regardait avec attention, lorsqu’il aperçut une lueur et vit des couronnes qui descendaient ; il fut frappé en lui-même et saisi tout entier par la beauté qui apparaissait. Alors, se proclamant lui-même chrétien, il se jeta au milieu des martyrs, restant avec plaisir dans l’étang et dans le givre et, pour ainsi dire, demandant que le froid devienne encore plus vif, il manifestait un empressement (mêlé) d’une certaine ardeur candide pour être frappé par une pieuse mort, en songeant à ces paroles de Paul : Les souffrances de ce temps présent sont sans proportion avec la gloire à venir qui sera manifestée en nous (Rm 8, 18). C’est pourquoi il réalisa aussi son désir divin ; et après avoir été baptisé et mené à la perfection dans les luttes pour la piété, il s’envola comme martyr avec les martyrs et il vit rapidement celui qu’il avait si ardemment aimé.

C’est maintenant le temps pour David de chanter la (parole) : C’est là un changement de la droite du Très-Haut (Ps 76, 11). Car comment n’y avait-il pas changement, quand celui qui mettait tant d’empressement à procurer ce bain et à proposer un soulagement (aux victimes), devenait un entraîneur en fait de vaillance ? Voici que celui qui désirait accueillir les déserteurs est inscrit parmi les vaillants. Moïse aussi chantera également à ce sujet, en disant : Ta droite, Seigneur, est louée pour (sa) force (Ex 15, 6). Et le Christ est la droite du Très-Haut toute puissante, qui fait des prodiges si magnifiques.

Mais, sur la fleur de ce bain, posons-nous un peu comme des abeilles laborieuses, afin que, lorsque nous en recueillerons quelque profit, nous préparions avec elle habilement un rayon de miel spirituel. Voici, en effet, ce que le juge imagina alors avec une fourberie perverse, (à savoir) qu’à proximité, comme attrait, il y eut le soulagement d’un bain, ce qui montrerait d’autant plus l’étendue de l’endurance des martyrs.

Car, d’une part, celui qui, ayant renié en son esprit, n’a cependant aucun regard pour aucune échappatoire, peut-être même sans trop le vouloir, se montrera fort et persévérera dans les douleurs ; d’autre part, celui qui, ayant le repos à proximité s’il voulait changer, et (qui) choisit pour lui-même la souffrance plutôt que la facilité, celui-là est à proprement parler patient, mais non pas celui qui mène la vie d’ascète malgré lui, (favorisé) par l’absence et le manque d’occasions (de chute).

C’est pourquoi personne absolument n’a d’excuse, en disant : « Il faut aller au spectacle des luttes de chevaux, parce qu’en vérité il nous a été octroyé récemment. » Maintenant surtout, en effet, montre-moi ta perfection ? Que si c’est à cause de l’absence de plaisir que tu n’étais pas jadis spectateur du mal, je rends grâce à l’absence qui (se présentait) alors. Quant à toi, même lorsque tu ne vois pas la lutte, je sais que tu es amateur de spectacles et que tu irrites toujours Dieu par ta volonté, et — ce qui est redoutable — c’est pendant les jours saints du jeûne que (cela a lieu), alors qu’il faudrait nous abstenir et vivre dans le repentir à cause de celui qui a souffert pour nous selon la chair ; car j’omets de dire que c’est même pendant toute notre vie qu’il nous faudrait avoir cette conduite.

Or maintenant, nous, d’une part, nous récitons les prières sacrées ; (et) le théâtre, d’autre part, retentit très fort et fait résonner (son) vacarme en face de nous jusque pendant les nuits, avec des flûtes, des cymbales et des chants lascifs et sataniques. Comment donc ne pas être plus insensible que les pierres pour demander, quand on voit cela, pourquoi Dieu a écarté la pluie ? Quel amour ne mérite-t-il pas, pour que, agissant de la sorte, nous soyons encore en vie et voyions encore le soleil ?

Mais revenons aux martyrs. Ils peuvent, en effet, par leurs prières nous détourner de la perversité, enivrer la terre de pluie et chasser de nos âmes et de nos corps toute infirmité et (toute) maladie. Ceux-là, en effet, ceux-là, après avoir soutenu une belle lutte, après leur mort par le froid et le départ de leurs esprits vers le Christ, ce Dieu des esprits et de toute chair, reçurent l’ordre du juge d’être brûlés par le feu, car il nous refusait par jalousie la bénédiction qui viendrait de leurs membres saints ; des valets emmenèrent donc également les corps de tous les saints sur un chariot, mais ils en laissèrent un seulement, qui respirait encore après tous ces supplices, s’imaginant le faire revenir de son bon dessein.

Mais sa mère, ayant vu ce qui était arrivé, inquiète, oubliant (sa) faiblesse de femme, méprisant la dureté des persécuteurs, et préoccupée uniquement d’une seule chose, (à savoir) de ne pas perdre son fils — car elle jugeait comme une perte le fait qu’il demeurât dans cette vie — après l’avoir soulevé de ses mains et l’avoir mis sur ses épaules, courut vers ce chariot, et le jeta par-dessus ses compagnons d’armes, en disant : « Que le chariot porte également mon épi, que j’ai porté dans mes entrailles et introduit en ce monde, (et) que maintenant, après l’avoir porté sur mes épaules, j’ai envoyé à la résurrection: je le reverrai là-bas dans peu de temps, et il ne me quittera plus, quand il habitera dans les tabernacles éternels » (Lc 16, 9).

Que les mères qui aiment la chair et n’aiment pas (leurs) enfants, entendent, s’instruisent et apprennent l’espérance d’une mère, une (espérance) virile et qui sied à des chrétiens, et qu’elles se hâtent vers l’avenir !

Mais, afin que les martyrs sanctifient toute la création visible, une ordonnance en vérité très cruelle et (très) rigoureuse de ce persécuteur ordonna que la cendre vénérable provenant des flammes et des restes de leurs ossements à moitié brûlés, soit jetée dans le fleuve qui coulait à proximité. Et, après qu’ils eurent été jetés, les eaux qui les reçurent les gardèrent, et comme un navire, dirigèrent, vers un certain lieu déterminé, une fois qu’elles furent réunies ensemble, ces reliques précieuses qui avaient été dispersées, (eaux) qui autrefois également, lorsqu’elles se scindèrent, firent passer Israël comme à travers la terre sèche et (qui) pour le passage de l’arche refrénèrent (leur) impétuosité et leur cours naturel (cf. Jos 4, 16 s).

C’est à cette cendre vénérable des martyrs qu’il nous faut appliquer la parole du prophète Isaïe : Si tu passes à travers le feu, la flamme ne t’embrasera pas, et les fleuves ne t’ entraîneront pas  (cf. Is 43, 2) (cendre) en vérité qui, une fois divisée, a passé toutes les frontières — si quelqu’un se trouve ne posséder qu’une très petite parcelle et comme une petite graine, il possède chez lui les quarante martyrs eux-mêmes, lançant un regard douloureux et terrible contre les démons — (cendre) qui a valeur de remède pour ceux qui sont faibles, qui instruit et enseigne ceux qui ont besoin d’enseignement, qui est une source de paix pour ceux qui sont ennemis l’un de l’autre et (qui) sont en colère, pacificatrice et charitable pour ceux qui demandent et prient pour obtenir leur intercession ; car ils se sont (faits) tout à tous (1 Cor 9, 22), en voulant profiter à tous.

Le panégyrique de ces (martyrs) a été fait pareillement par le sage et grand Basile, docteur de toute l’Église qui est dessous les cieux, quand il faisait les éloges des athlètes de sa région : en vérité, ce sont à la fois des maîtres excellents et des martyrs qu’il a fait venir, en recevant leurs (reliques) comme une bénédiction de la part de Dieu. En venant donc à ce qui a été dit par le docteur, vous avez été ravis. Et en effet, nous aussi, c’est avec l’aide de celui-ci que nous avons dit ces quelques mots. Et puisque vous êtes contents et ravis, louez le Christ qui est la source de toute science et de (toute) sagesse, à qui (sied) la louange et la puissance avec le Père et l’Esprit Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen !

 

Fin de l’homélie 18

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