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HOMÉLIE 15

Sur le jeûne des quarante (jours).

Elle fut prononcée le vendredi précédent dans l’église de Cassien

(Le vendredi 22 février 513. Le manuscrit liturgique de Chicago nous indique par son titre que cette homélie était lue dans la nuit du lundi de la 2e semaine du jeûne)

C’est une loi, également dans les compétitions corporelles, que, avant le jour véritable des combats, comme en des engagements préliminaires, les athlètes luttent les uns contre les autres. Alors moi aussi, j’appelle combat préliminaire ce jour et le commencement du jeûne des quarante jours. C’est pourquoi j’estime qu’il est également très convenable que je vous dise aujourd’hui une parole sur ce sujet, et en particulier dans cette église, dont non seulement le fondement spirituel, mais encore celui qui est fait de pierres, a été jeté par les apôtres eux-mêmes, eux qui après le Christ sont les législateurs et les gardiens de ce jeûne, eux qui l’ont établi pour nous, non pas comme des gens austères et dignes d’être maudits, — parce qu’ils auraient voulu nous faire maigrir en allongeant le cycle des jours de jeûne, mais comme des gens qui veulent purifier notre âme et en nettoyer l’image (de Dieu) qui a été obscurcie par les passions déshonorantes, et qui ne peut plus regarder ni recevoir la clarté de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière (1 P 2, 9), comme le dit l’apôtre Pierre.

En effet, de même qu’un nuage, en courant devant le soleil, cache l’éclat de ses rayons, et que la fumée qui attaque les yeux, provoquant des larmes piquantes, brouille et trouble la vue, de la même façon, les exhalaisons fumeuses des désirs de la chair qui proviennent du rassasiement et de la jouissance, deviennent pour l’âme un nuage et une fumée et ne lui permettent pas de regarder avec des yeux spirituels ce qui est en haut, alors qu’elle est d’en haut, ni de connaître la noblesse de son origine, et de dire, ainsi qu’il est écrit : (C’est) l’Esprit qui m’a fait et (c’est) le souffle du Tout-Puissant divin qui m’enseigne (Jb 33, 4), mais, comme des liens de plomb, elles l’alourdissent et l’entraînent vers le bas et la font s’attacher à la terre ; car la tente terrestre alourdit l’esprit qui a beaucoup de soucis (Sg 4, 15), comme a dit un sage.

Par conséquent, c’est comme un remède absolument nécessaire que ce médecin de nos âmes nous a prescrit le jeûne, à nous qui sommes malades, en disant : Pour toi, quand tu jeûnes, oins ta tête, et lave ton visage (Mt 6, 17), premièrement, selon le sens obvie, lorsqu’il nous éloigne de la vaine gloire et qu’il crie clairement : Ne soyez pas tristes comme des hypocrites (Mt 6, 16), ensuite, également lorsqu’il nous élève et nous fait monter jusqu’à une pensée très divine et qu’il commande de oindre et de faire briller par le jeûne la tête de notre (être) intérieur, qui est le chef de l’âme, et de laver par ce jeûne les yeux du visage spirituel, selon ce qui est dit par Qohélet : Le sage a les yeux dans sa tête (Qo 2, 14) ».

En effet, celui qui purifie l’intelligence (qui est) ce chef, par le jeûne et les autres travaux de la perfection, stimule les opérations intellectuelles, comme des yeux, en vue de la contemplation de ce qui est excellent et très élevé et en vue de la considération de Dieu, parce qu’en vérité sur une tête corporelle le sage et l’insensé ont des yeux semblables qui ne diffèrent pas par leur position et ne changent pas non plus en leur opération ; mais, pour les yeux de l’esprit, le jeûne tient la place de l’huile et de l’eau, et il en a la vertu : de l’eau, d’une part, en lavant et balayant comme les flots d’un fleuve les soucis terrestres et la préoccupation du ventre et des maux qui en proviennent ; de l’huile, d’autre part, comme de ce qui éclaire également nos pas à la façon d’une lampe, se plaît à chercher avec empressement les sentiers étroits, resserrés et cachés de la perfection, nous oint pour le combat contre les ennemis, nous arme par la privation des aliments contre les combattants sans nourriture, les démons, qui ne mangent ni ne boivent, nous fait lever pour le combat, nous réveille et s’écrie avec Paul : Nous n’avons pas à combattre contre le sang et la chair, mais contre les principautés, puissances, contre les contre les chefs du monde les ténèbres de ce siècle, contre les esprits de la méchanceté, dans les lieux célestes (Ep 6, 12).

Mais voici que le discours, en progressant, a enseigné la cause du jeûne : à savoir le combat contre les démons et contre les esprits mauvais ; mais en quoi consiste le combat contre eux ? Dans les lieux célestes. En effet, c’est à cause des lieux célestes que nous luttons d’une part, quand nous nous efforçons de monter jusque-là par le moyen du jeûne et des sueurs de la perfection, d’autre part, quand les démons et le Calomniateur qui en est le chef, s’acharnent violemment pour nous faire descendre de là et qu’ils nous arrêtent lorsque nous faisons route vers ces (biens) par le moyen des bonnes œuvres et qu’ils égarent nos pas.

En effet, alors que c’était un ange, maintenant c’est Satan et l’adversaire — car c’est cela qu’indique le mot hébreu : Satan — après avoir été créé pour le bien par Dieu et par le créateur unique qui est bon et qui a fait toutes les choses bonnes et qui sont très bonnes (Gn 1, 31), devenu ensuite malade d’orgueil par un mouvement de son libre arbitre et ayant relevé la nuque, ainsi qu’il est écrit, contre le Seigneur tout-puissant (Jb 15, 25), puis s’étant détourné de la contemplation de la lumière première et essentielle et ayant fermé son œil spirituel, en se remplissant lui-même de ténèbres, au point de devenir capable de toute malice ; — et pour cela il est appelé par les livres sacrés le trône de l’iniquité (Ps 93, 20) comme celui en qui repose toute malice —, il est tombé du premier et du plus haut rang. Il en est de même aussi des armées qui se sont révoltées en même temps que lui, qui, elles-mêmes également, avaient été créées aussi d’entre les esprits qui servent (cf. He 1, 14), qui étaient également bonnes et qui sont devenues avec lui malades par méchanceté.

C’est donc pour cette raison et à cause de l’aiguillon de la jalousie qu’elles ont été malades et il est intolérable pour elles de penser que nous, nous obtenions ces (biens) dont elles ont été destituées elles-mêmes à cause de leur maladie. Mais Dieu, notre créateur, ce chef du combat habile et sage, qui tourne en bien tout ce qui arrive, s’est servi, pour notre instruction, de la méchanceté de ces êtres, en réprimant l’arrogance et l’enflure de leur orgueil, alors que nous, qui sommes de la terre, nous sommes dans une condition plus heureuse que ceux-là qui appartenaient autrefois à une catégorie plus élevée et supérieure ; d’autre part aussi, en nous exhibant dans une lutte avec des ennemis difficiles à combattre, avec des athlètes plus brillants et en nous appelant à des couronnes plus magnifiques et plus insignes.

Mais en vérité, alors qu’il ne l’aurait pas fallu, après que nous sommes tombés lors de la première chute, par suite de la transgression du commandement par Adam, le Verbe de Dieu, restant ce qu’il était et s’étant fait homme pour nous sans changement, s’est approprié cette lutte qui est la nôtre et a pris sur lui le combat contre notre ennemi. Et de même que c’est pour nous qu’il a été baptisé — non qu’il eût besoin de purification, — mais en purifiant à l’avance les eaux, devenant lui-même un bain pour le Jourdain, le délivrant de la domination des démons, et brisant, ainsi qu’il est écrit, les têtes des dragons sur les eaux (Ps 73, 13-14), de même, c’est aussi pour nous qu’il a pris sur lui la tentation du Calomniateur et s’est soumis à la lutte, en apaisant d’avance, le combat dirigé contre lui, pour nous qui avions été fatigués et affaiblis et en rendant facile à dompter l’ennemi et l’adversaire si difficile à vaincre.

Considère-moi donc quelle était l’immensité de son amour pour les hommes et comment l’Économie était pour notre race comme un modèle à contempler, la préfiguration d’une conduite parfaite et le symbole de la piété. Que dit en effet le livre sacré des évangiles ? Alors Jésus fut conduit dans le désert par l’Esprit pour être tenté par le Calomniateur (Mt 4, 1). Que dis-tu ? Serait-ce involontairement qu’il était mené par l’Esprit pour endurer la tentation du Calomniateur ; alors que nous, d’une part, c’est par une volonté libre que nous gouvernons notre vie et que c’est volontairement et par un pouvoir libre que nous en venons aux travaux de la perfection et que nous supportons la tentation à leur sujet ; et lui, d’autre part, ce ne serait pas volontairement qu’il serait entraîné à cela ? Comment n’est-il pas insensé d’imaginer seulement une telle pensée ?

Mais cette parole : Il fut conduit par l’Esprit, signifie ceci : il en est venu à une conduite sublime et spirituelle, afin de fournir également une occasion au Tentateur. Et cela aussi s’accorde avec les procédés de son anéantissement volontaire. En effet, prenant sur lui de se faire homme sans changement, par là même il accomplit tout ce qui est de l’homme à notre place, en montrant qu’il nous fallait nous-mêmes après le baptême, une fois enrichis du don de l’adoption filiale, nous acheminer vers une vie supérieure et être conduits par l’Esprit, et non pas par la volonté de la chair, selon ce que Paul aussi, écrivant aux Romains, disait : En effet tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont des enfants de Dieu (Rm 8, 13). Car celui à qui l’Esprit saint est consubstantiel, parce qu’il est Dieu et consubstantiel au Père, comment allait-il avoir besoin d’une vie spirituelle et supérieure ? Mais, selon ce que j’ai dit, il symbolise d’avance en lui-même à la façon d’un enseignement et selon l’Économie, ce qui est utile et convenable pour nous.

Et comment la tentation serait-elle nécessaire à celui qui portait le péché du monde (Jn 1, 29) et qui s’entendait dire par Jean : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi (Mt 4, 6), s’il ne s’était pas approprié ma tentation, afin de faire fléchir pour moi le tentateur inflexible ? C’est pourquoi en effet il jeûne également et, après quarante jours, il a pris la faim sur lui volontairement, sans dépasser la mesure du jeûne de Moïse et d’Élie (cf. Ex 34, 28 ; 1 R 19, 8), que lui-même leur avait fixée, afin de fournir à l’ennemi une occasion de combat. Car s’il avait dépassé le nombre de quarante jours, (le Calomniateur) aurait craint de combattre avec lui, ayant découvert sa divinité et ne pouvant pas le considérer comme un homme qui serait un exemple.

C’est pourquoi c’est aussi par des paroles du Livre inspiré par l’Esprit que, s’abaissant et s’humiliant, Jésus lui-même le chassait, quand celui-là l’excitait à la jactance et à l’orgueil et disait tantôt : Si tu es le Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains, et tantôt : Jette-toi toi-même d’ici en bas (Mt 4, 3.6) ; et il ne faisait aucune action et ne prononçait aucune parole en rapport avec la gloire naturelle et la puissance digne de Dieu qu’il possédait. En effet c’était notre enseignement et notre formation qui était visées par ce qui était proposé, afin que nous soyons éduqués et que nous apprenions comment il faut combattre contre l’ennemi et l’adversaire d’en face. En conséquence, dès que ce fut terminé et que le Calomniateur s’en fut retourné, aussitôt Jésus montrait sa supériorité et son inaccessibilité ; car les anges aussi s’approchèrent et ils le servaient (Mt 4, 11) comme le Seigneur et celui qui est Dieu par nature.

De cet enseignement a pris naissance pour nous cette loi annuelle, ainsi que le cycle des quarante jours de jeûne, qui possède caché en lui un nombre mystique et mystérieux. Mais appliquez avec moi votre esprit, afin que nous apprenions pourquoi nous jeûnons quarante jours seulement et non pas cinquante ou soixante. Nous savons par les écrits de Moïse qu’il dit : Dieu fit ce monde visible en six jours, et il se reposa le septième jour (Gn 2, 2), parce que le septième est le temps total de cette vie. En effet en revenant sur elle-même et en tournant comme un cercle, la semaine accomplit ce siècle qui ne dure qu’un temps, attendu que, lorsqu’il sera achevé, le jour du Seigneur viendra alors, ce (jour) grand et resplendissant (Jl 3, 4 ; Ac 2, 20), qui en vérité est compté, d’une part, le huitième, si on le compte en même temps que cette vie, et, d’autre part, le premier et l’unique, par rapport au siècle futur.

En effet, ni la nuit alors ne le fera cesser, ni un autre jour ne lui succédera ou ne le remplacera en le dépassant et en prenant sa place ; mais il est unique et ne peut pas cesser : vers lui nous tous, nous nous hâtons, parce que le même est huitième et premier, celui qu’attendent les esprits des justes depuis le commencement et jusqu’à maintenant. Lorsque nous prions pour obtenir ce jour, nous aussi nous nous purifions, et notre purification elle-même consiste en ceci : à ne pas pécher par l’un de ces cinq sens, l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat et le goût ; car ce sont là les entrées du péché, par lesquelles s’accomplit tout désir qui mène à la mort, ce qu’également le prophète Jérémie, en se lamentant, disait à ceux qui péchaient : La mort est montée par vos fenêtres (Jr 9, 21).

Après avoir donné ces explications, revenons à parler de ce que nous avions proposé et voyons pourquoi nous jeûnons seulement ces quarante jours. Pourquoi ? — Pour nous préparer en vue de ce jour huitième et premier, ce (jour) important et resplendissant, ce jour du Seigneur. En effet ceux qui purifient huit fois ces cinq sens par le moyen desquels le péché se procure une entrée, je veux dire l’ouïe, la vue, le toucher, le goût et l’odorat, jeûnent quarante jours, afin d’obtenir le jour bienheureux, ce (jour) huitième et premier ; car le nombre cinq en revenant huit fois achève le nombre quarante.

Ces jours-là aussi, Moïse le législateur les a jeûnés (cf. Ex 34, 28) ; ces jours-là aussi, Élie le prophète les a jeûnés ; ces jours-là encore, Jésus le Seigneur de la Loi et des prophètes, le Dieu des Évangiles, le Docteur et le prédicateur de la vie future, les (a jeûnés). C’est pourquoi de nouveau Moïse, après avoir mené la vie ascétique en dehors de l’Égypte pendant quarante années, reçoit alors la conduite d’Israël ; le peuple également, après être resté dans le désert pendant quarante années et avoir été formé, accéda alors à la terre promise ; or ces choses arrivaient en figure à ceux-là, ainsi que dit Paul, mais elles ont été écrites pour notre instruction, à nous, pour qui sont arrivées les fins des siècles (1 Co 10, 11).

Et maintenant, après avoir appris les causes, les raisons et le but du jeûne, expliquons allègrement sa pratique, mais ne vous attristez pas, ne pleurez pas à cause de la privation des jouissances de la chair, ne remplissez pas les heures de bâillements et de nonchalance, ne levez pas vos mains au-dessus de vos têtes pour vous détendre, ne vous appuyez pas contre les murs, ne regardez pas le soleil bouche bée, n’attendez pas la fin du jour comme un voyageur qui s’est mis en route à contre-temps et, de dégoût, se met à compter les semaines, appelant l’une la première, l’autre celle du milieu, et l’autre la dernière, ne consacrez pas, à votre fantaisie, les unes au jeûne comme saintes, en attribuant, d’autre part, la nourriture habituelle, aux autres (semaines) qui sont au milieu (du carême) et en leur assignant valeur de pause et de repos, comme au milieu de deux combats.

Qui t’a fait de cela une loi, ô homme ? À vrai dire, c’est (ton) ventre. Mais toi aussi, dis-lui : Ce sont quarante jours qu’il t’a ordonné de jeûner, malheureux insatiable, et tu poses des lois à l’encontre de celui qui a donné des ordres. Veille à ce qu’il ne te frappe pas d’une maladie : alors tu serais affamé d’une faim forcée et tu jeûnerais ces jours-là sans récompense et malgré toi. Jeûne donc tous les jours de bon gré, en rendant grâce à ce législateur et médecin et en te réjouissant dans la chair de ce que le remède du jeûne a en vue. Et si tu veux ne pas t’apercevoir de la longueur du jour, nourris ton âme de pensées divines, et lis dans les Écritures et dans les écrits des docteurs et des mystagogues de l’Église qui les ont expliquées.

Mais si tu possèdes un métier manuel, dont tu tires des ressources pour vivre ; prends en main les instruments de ce métier en pratiquant ce qui est habituel à ce métier, mais que ta bouche chante des psaumes à la place des chants de Satan et des airs de danse, et que ce qui est chanté ait un sens qui répande la bénédiction et la grâce sur tes travaux. Et s’il y a parfois quelqu’un assis près de toi qui soit inoccupé, même ton fils qui suit encore les leçons de son professeur de lecture et d’écriture, ou de maîtres d’autres disciplines, après que tu auras chanté les psaumes que tu connais, donne-lui un exemplaire du Livre divin et demande-lui de le lire. Et que ta femme également soit près de toi, si c’est possible, et qu’elle ait auprès d’elle sa corbeille à laine, et qu’elle écoute attentivement. Et si tu as une personne à gages ou un enfant comme serviteur ou encore une servante, (fais de même) ; car Moïse également a donné cette prescription à ceux qui se laissent encore conduire par la formation de la loi, qui ont encore besoin de lait et qui ne sont encore en choses divines que de tout petits enfants (cf. He 5, 12 ; 1Co 3, 1 ; Ex 12, 16 ; Ex 13, 14-15 ; Dt 6, 7 ; Dt 20, 25).

Fais de ta maison une église, toi qui as mérité ces instructions qui sont très parfaites et évangéliques. Mais peut-être diras-tu : Je ne sais pas chanter, et je ne peux abandonner mon travail ; vais-je alors mourir de faim, prendrai-je le livre des psaumes, réciterai-je et apprendrai-je des Psaumes ? Écoute donc la parole qui te crie : Jusqu’à quand, paresseux, restes-tu couché (Pr 6, 9), et souvent par une nuit d’hiver si longue ? Réveille-toi un peu, va à l’église et écoute l’office des psaumes ; et tu seras en toi-même touché par l’amour divin, tu choisiras pour toi de veiller au lieu de dormir, et tu diras que ceux qui dorment sont comme dans la mort ; et tu iras la nuit chanter pour le Seigneur, et dans la journée c’est avec le même miel que tu rempliras ta bouche de suavité, et tu méditeras dans la loi du Seigneur, ainsi qu’il est écrit, le jour en vérité et la nuit (cf. Ps 1, 2).

Mais il y en a certains qui n’ont pas de métier et qui vont sans but et sans rien faire ; mais ils cherchent (cf. 2 Th 3, 12), ainsi que dit Paul, et c’est aux spectacles des chevaux de courses qu’ils vont. Pourquoi donc, dira quelqu’un, nous ordonnes-tu de mépriser cette faveur nouvelle de notre pieux empereur, cette faveur si libérale ? — Pour moi, je te répondrai tout-à-fait à propos : Est-ce qu’il a fait ce cadeau, dis-moi, à cette fin, à savoir que tu méprises l’Église et que tu tournes en ridicule les saints jours de jeûne ? Absolument pas ; mais c’est pour que nous mettions un terme à ces maux qui sont si grands, parce que, en vérité, tu es enclin à la méchanceté, qu’il ne peut pas empêcher, en poussant à la perfection, imitant même en cela les parents épris de leurs enfants, qui donnent à leurs tout-petits des noix et des dés pour leurs jeux et leur ordonnent de s’amuser, de peur que, s’ils viennent à franchir la porte, ils ne tombent dans les puits ou dans les mares d’eau, ou que, fuyant l’instruction et l’enseignement des lettres de l’alphabet, ils ne fassent la rencontre de voleurs d’objets, ou d’évadés de prison qui dévalisent les gens.

Pour toi donc, si tes dispositions ne sont pas puériles et folles, laisse passer la course de chevaux ; que pour toi qui ne la regarde pas, elle soit un spectacle superflu et inutile. Et quand le pieux empereur verra que toute notre ville ou que sa plus grande partie a des dispositions si parfaites et qu’elle ne va pas voir la course de chevaux, ce n’est pas dès lors comme à de tout petits enfants, mais comme à des hommes, qu’il fera don de ces faveurs qui sont beaucoup plus précieuses que tout. En effet il prie lui-même pour voir tous les gens réunis à l’église, où il a été assidu toute sa vie, en assistant aux vigiles, en y chantant et en y priant, ce qu’il fait en vérité en menant la vie ascétique, même avec le sceptre et la couronne, ce qui est pour lui également une sauvegarde.

Mais ce qui a été dit ne suffit pas seulement, à mon avis, pour préserver celui qui jeûne : il y a encore en effet beaucoup d’autres choses qu’il ne m’est pas permis de dire, faute de temps. Je dirai seulement ceci à la place de tout le reste, à savoir qu’il faut que celui qui jeûne mette dans la main du pauvre le prix des aliments qu’il aurait effectivement mangés, s’il avait pris le repas du milieu du jour, et que par son jeûne il nourrisse le Christ qui a faim. Il est beau en effet, ô très cher, et tout-à-fait profitable, que le Christ s’aperçoive par là que tu as jeûné et que grâce à la piété qui fait participer au don, tu as allumé la lampe de l’abstinence ; car toute perfection ne lui plait pas, même si elle est réelle, quand la piété manque. Celle-là donc, acquérons-la abondamment avec le reste, et nous obtiendrons le royaume des cieux. Qu’il arrive que nous tous, nous l’obtenions par la grâce et la charité de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, à qui sied la louange avec le Père et l’Esprit Saint, dans les siècles des siècles !

 

Fin de l’homélie 15

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