(prononcée fin janvier 513)
(Lacune d’un folio recto et verso)
Sur la munificence du don du pieux empereur (Anastase), qui avait fait remise de quelques reliquats de contributions et d’impôts du Trésor public.
Vaste et difficile à scruter est la profondeur de l’Économie, que le Verbe de Dieu et Sauveur Jésus Christ a manifestée à l’égard de notre race par sa venue dans la chair, mais ceci nous semble si évident, que nous le glorifions seulement comme bienfaiteur, que nous le reconnaissons comme créateur, que nous l’adorons ensuite comme celui qui, après notre création, nous a formés de nouveau en vue de la perfection, que nous tenons les yeux de notre esprit tournés en bas, et que nous glorifions en silence celui qui est au-dessus de toute pensée et de toute parole.
Qui ne serait pas étonné, en effet, de voir le roi des armées d’en haut verser des impôts aux rois de la terre et se laisser imposer lui aussi avec les autres, comme soumis aux impôts et à la contribution, et, chose en vérité plus remarquable encore, alors qu’il n’était qu’un petit enfant dans le sein de la Vierge, la Mère de Dieu (cf. Lc 2,1-5) : ce qui, en vérité, paraît, de toute façon être un geste d’humilité et se conformer aux règles de son anéantissement et de sa pauvreté volontaire. Car le fait d’être soumis à l’impôt semble sans doute bien humain, par cela même qu’il est visible, et cependant il convient totalement à Dieu.
Car celui qui est dans la forme de Dieu, et qui à cause de sa charité, a pris la forme d’esclave (Ph 2,7) en ce qu’il s’est fait homme sans changement, car ces mots : « Il est » font connaître l’immutabilité de l’essence divine et l’immobilité provenant de ce qu’il est et qu’il existe continuellement, — quand il veut abolir pour nous la servitude du péché, quand il est imposé symboliquement comme l’un de ceux qui sont soumis, quand il tranche les liens de cette servitude et qu’il déchire la sentence (Col 2,14) (portée) contre notre race, quel était donc celui qui pouvait opérer ce redressement ? Celui qui par nature est libre. Et quel est celui qui par nature est libre ? Le Fils unique et le Verbe de Dieu, …………………….
……. pour nourriture il a (?) … il regarde le vieux manteau qui le couvre, il veut le porter au marchand, afin de rassasier son ventre en détresse, il songe même à vendre ses enfants comme esclaves et à tirer de la nourriture avec le prix de ce qui est sa propre nature : le prêteur arrogant est assis, plus méchant et plus cruel que n’importe quelle bête sauvage, insultant ce malheureux, en montrant par dérision l’indigence comme si elle n’existait pas : il remue les doigts, calcule les intérêts, suppute l’échéance du billet, le lit à haut voix et menace de livrer le malheureux à la prison et de lui faire souffrir des (tourments) cruels et insupportables, s’il ne paie pas aussitôt rapidement sa dette.
Ou encore parfois, quand c’est un pauvre étranger, alors qu’on est en pleine saison d’hiver, il l’expulse de sa maison, le chasse et tout aussitôt exige de lui d’être payé. Mais aussitôt ce malheureux, raidi par le froid et voyant que les pauvres et vils vêtements qu’il possédait et ses si misérables haillons ne valant que quelques oboles sont jetés sur la place publique, qu’on exige sa dette et qu’il n’a rien pour la payer et qu’il est comme pressé de tout côté, laisse tomber de chaudes larmes sur ses souffrances et il n’y a personne pour mettre fin à son indigence.
Comment donc, ô homme, diras-tu à Dieu en toute confiance : Remets-moi, alors que toi, tu n’as rien remis, alors que tu es redevable de nombreuses dettes et de myriades de péchés et que tu as montré à l’égard de ton congénère et de ton frère la dureté de qui aurait des entrailles de pierre ? Mais pourquoi est-ce au sujet d’une dette que je prends la parole. Bien souvent c’est une parole d’injure ou de dérision ou d’un autre sentiment très méprisable quel qu’il soit, que nous ne consentons pas à pardonner à notre prochain; alors, comme si nous avions été méprisés au sujet de notre honneur et avions souffert tous les maux, nous aiguisons l’aiguillon de la colère comme des scorpions, et, comme des chameaux, nous gardons cette colère en notre esprit et nous n’avons pas de cesse que nous ne rendions le mal à la place de ce mépris et que, alors qu’on nous a fait du mal en paroles seulement, comme nous l’affirmons, nous fassions, nous, du mal en actions.
Comment donc pourrons-nous dire avec confiance ces mots : Remets-nous (cf. Mt 18, 21-35) ? Car, — je vais redire la même chose bien des fois — : Où est-il juste que nous obtenions ce à quoi nous-mêmes n’avons pas fait participer notre prochain ? C’est ce qu’en vérité également disait un sage avec étonnement : Alors que lui-même est chair, il garde sa colère et il demande au Seigneur sa guérison (cf. Si 28, 3.5).
Mais souvenons-nous du jour du jugement : alors que nous avons besoin de miséricorde, ménageons-nous d’avance la miséricorde ; remettons libéralement, afin d’obtenir une rémission plus libérale ; grâce au don du pieux empereur, convertissons-nous à la charité ; prions pour lui et pour l’impératrice qui fait la paix et qui aime le Christ, en disant : Sauve, Seigneur, ton roi, et sauve-la également, et exauce-nous au jour où nous t’invoquerons, car c’est à toi que sied la louange et la gloire et la puissance, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen !
Fin de l’homélie 13