SUR (LA DOXOLOGIE) : « SAINT, DIEU, SAINT, FORT, SAINT, IMMORTEL, TOI QUI AS ÉTÉ CRUCIFIÉ POUR NOUS, AIE PITIÉ DE NOUS. »
Le grand Paul, l’Apôtre, qui a été appelé par le ciel après tous les apôtres, et (qui) a reçu le ministère (cf. Ac 22,24) de l’Évangile d’une manière si vraie, et (qui ) y a passé (si) laborieusement, ou plutôt (si) témérairement, qu’il dise même : Les souffrances du temps présent n’ont pas de parité avec la gloire future qui sera manifestée en nous (Rm 8, 18), et (qui) faisait (si) peu de cas de quoi que ce soit qu’il souffrirait pour la piété, et (qui) a tellement ouvert la bouche de sa pensée et attiré l’esprit (cf. Ps 118, 131), et (qui) a (si) abondamment puisé au ruisseau qui (vient) d’en haut de la source de vie, que, selon la promesse véridique de notre Sauveur, des fleuves couleront de son sein, ( des fleuves) d’eau vive (Jn 7, 38) — or le sein, c’est la puissance génératrice de la pensée, (puissance) qui donne naissance et répand largement les sens qui (viennent) de l’action divine comme des ruisseaux (d’eau) potable ; c’est pourquoi, en effet, il a fait sien propre même le nom commun des apôtres ; et, si quelqu’un donne le nom d’apôtre d’une manière indéterminée, c’est Paul, et non un autre, que les auditeurs s’imaginent ; car par la fréquence et le grand nombre des luttes, des combats, de l’enseignement, de la double course, à savoir des pieds et de la parole, par laquelle il a couru vers tout ce qui (est) sous le soleil en général, il réunit en lui-même toute la gloire de l’apostolat, en étant une image véritable et en présentant une figure complète et parfaite des faits — celui-là donc, le prédicateur de la piété qui (est) tel et si grand, sachant combien important est le fait de la foi et de quel soin et de (quelle) protection très empressée il a besoin, disait à ceux qui ont cru : Vous, examinez vous (pour voir) si vous êtes dans la foi ; vous, éprouvez-vous. Est-ce que vous ne reconnaissez pas que Jésus-Christ est en vous ? À moins que vous ne soyez rejetés (2 Co 13, 5). Il nous faut donc et croire et faire l’examen de notre âme et éprouver notre pensée comme dans un fourneau et distinguer ce qu’est la scorie et ce qu’est ce qui est pur et qui n’est pas mélangé avec l’(élément) étranger, afin de croire d’une manière éprouvée et de ne pas être rejetés.
C’est pourquoi, en vous parlant peu auparavant et en vous expliquant, autant qu’il m’était possible, la confession de foi qu’a faite Pierre, le premier chef des apôtres et des disciples, lorsqu’il a dit à Notre-Seigneur Jésus : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16), et j’ai mis devant vous la fermeté de la pensée orthodoxe, et j’ai repoussé celle qui est fausse et je l’ai montrée étrangère à la confession de l’Apôtre, et j’ai produit en public cette mention, s’il me faut dire ce qui est très vrai, lorsque j’ai présenté en même temps également la péroraison, que ceux qui (sont) en Palestine ont voulu d’une manière impie retrancher à la doxologie du Trisagion l’(addition) : «Tu as été crucifié pour nous » ; et ils ont osé (cela) ; et, de la part de quelques-uns, ils n’ont pas été écoutés favorablement, mais ils ont été combattus par la controverse — car l’habitude de la vérité triomphait du blasphème de l’audace — et, en quelques lieux, ils l’ont même emporté par l’audace de l’impiété.
Cependant, afin que je ne passe pas pour accuser seulement ceux qui ont abouti à ce degré d’audace et de sottise et pour ne pas montrer de quelle manière cette louange possède ce qui est parfait, quand c’est avec l’(addition) : « Tu as été crucifié pour nous » qu’elle est chantée à notre Sauveur le Christ — car j’en ai entendu quelques-uns demander pourquoi nous blâmons la suppression —ce sont certains des (arguments) que déjà auparavant je me suis donné la peine d’opposer à l’impie Macédonius, qui a été malade du même mal et de la (même) contagion que ceux-là et qui a eu cette audace, alors que je séjournais dans la ville impériale, que j’essaierai d’exposer maintenant sur ce présent (sujet).
Tous ceux qui ont des pensées orthodoxes professent ensemble dans un seul esprit et avec une langue unanime que la Trinité sainte, le Père et le Fils et l’Esprit saint sont trois hypostases distinctes et non confondues dans une seule essence. Or il est bon que présentement je vous explique à propos ce qu’est l’essence et ce qu’(est) l’hypostase ; car c’est ainsi surtout que sera clairement montré ce qui se trouve devant nous. Nous disons donc que l’essence et l’hypostase sont des mots qui indiquent l’existence des choses qui existent. En effet, l’essence fait connaître que le sujet existe, et l’hypostase qu’il subsiste ; c’est pourquoi c’est aussi du nom d’action qu’elles tirent leur nom, l’essence de ce qu’elle est, et l’hypostase de ce qu’elle subsiste ; et en cela elles ne diffèrent aucunement l’une de l’autre, et en ceci grande est la différence des deux ; car l’essence indique la communauté, et l’hypostase la propriété.
Mais il faut expliquer la notion par un exemple convenable. Le mot « homme » indique la communauté — et (cela) comme l’essence — selon ce qui est écrit : Qu’est-ce que l’homme, pour que tu aies été connu par lui, ou le fils de l’homme, pour que tu en fasses cas ? Et encore : L’homme est devenu semblable à la vanité (Ps 143, 3). Car ici ce n’est pas un seul homme, mais tous les hommes, que renferme la désignation, et elle montre d’une manière générale l’égalité d’honneur et l’identité d’être de tout le genre (humain). En effet, un tel n’est pas particulièrement plus raisonnable qu’un tel, ou particulièrement plus mortel qu’un tel ; car tout homme est un animal raisonnable et mortel ; et en cela nous ne différons aucunement les uns des autres, mais nous sommes tous les mêmes. Mais, lorsque nous dirons Pierre ou Paul, nécessairement l’auditeur saisira dans son intelligence un homme, et non tout homme, mais un tel ou un tel ; et c’est par les propriétés qui apparaissent pour chacun qu’il fera connaître celui qui est indiqué. En effet, autre est la propriété de Pierre, par exemple : qu’il est de la petite ville de Bethsaïde, et fils de Jona, et frère d’André, et pêcheur de métier, et après cela apôtre, et qui à cause de l’orthodoxie et de la fermeté de sa foi a été de nouveau appelé « roc » par le Christ ; et autre à son tour est la propriété de Paul : qu’il sera de Cilicie, qu’il serait Pharisien, qu’il a été instruit et a appris la Loi de (ses) pères aux pieds de Gamaliel, que, après avoir persécuté, il a prêché l’Évangile, qu’il sera appelé Paul au lieu de Saul, et tous les autres (faits) qui sont consignés à son sujet dans l’histoire. L’hypostase donc, d’une part, ne nie pas l’identité du genre (humain) et de l’existence, et elle ne la réduit pas non plus à néant ; d’autre part, elle distingue et définit le sujet par des caractères propres. En effet, d’un côté, c’est par l’existence et par le genre (humain) que Pierre est homme, de même que Paul aussi ; d’un autre côté, c’est par la propriété qu’il est distinct de Paul ; et Pierre ne sera pas regardé comme Paul, ni Paul non plus ne sera jamais forcé de changer en Pierre.
Il faut dire la même chose également au sujet de la Trinité sainte. Là aussi, en effet, l’essence, (c’est) la divinité ; car le Père est Dieu, le Fils (est) Dieu, l’Esprit saint (est) Dieu ; et l’un d’eux n’est pas plus Dieu que l’autre à cause de l’identité et de l’égalité d’honneur de l’essence. Quant à l’hypostase, autre est celle du Père, et autre (celle) du Fils, et autre celle de l’Esprit ; mais chacun d’eux est indiqué par un caractère propre. En effet, la propriété du Père, pour ainsi dire, est la paternité, c’est-à-dire de ne pas être engendré par quelque chose, mais d’exister sans génération ; et la propriété du Fils (est) d’être engendré par le Père, quoique indépendamment du temps et éternellement ; et la propriété de l’Esprit saint (est) de procéder du Père éternellement ; car il est écrit dans les Évangiles : L’Esprit de vérité, qui procède du Père (Jn 15, 26). Ni le Père n’est le Fils ou l’Esprit saint, ni le Fils non plus ne passera en changeant à être l’Esprit ou le Père, ou l’Esprit saint ne changera jamais en passant à la propriété du Fils ou du Père. En effet, les propriétés demeurent immobiles et immuables, en caractérisant sans confusion chacune des hypostases et en ne divisant pas la communauté de l’essence. Car une est la divinité des trois hypostases, et non seulement la divinité, mais encore la louange, et aussi la royauté et la puissance et tous les autres (attributs) qui conviennent à Dieu. En effet, le Fils est tout ce qu’est le Père, à l’exception de ceci seulement qu’il soit Père ; et pareillement l’Esprit saint aussi a par essence ce qui par nature est dans le Père et dans le Fils, à l’exception de la qualité de Père et de la qualité de Fils. Car c’est non seulement dans l’hypostase, mais et dans la volonté et dans la puissance et dans le temps et dans le lieu que Pierre et Paul, et chaque homme, sont divisés, en tant qu’ils sont créés et sujets au changement par nature ; mais la Trinité sainte est sans changement en toutes choses, si ce n’est qu’elle est séparée dans les hypostases. Et nous n’encourons pas de reproche, comme si nous professions trois principes, parce que le Fils et l’Esprit s’assignent le Père pour principe en tant que cause et qu’ils remontent à celui-là ; car c’est par lui qu’ils sont, même si ce n’est pas après celui-là qu’ils sont.
Et que personne, en entendant cela, ne dise : « Pourquoi le Père est-il non-engendré, et le Fils est-il engendré, et l’Esprit procède-t-il ? », et : « Qu’est la génération ? », ou : « Qu’est la procession ? » En effet, le Père seul et le Fils et l’Esprit qui scrute tout (cf. 1 Co 2, 10) connaissent ces choses, et elles leur (sont) connues. Quant à nous, ce n’est que par ces noms que nous avons connu la communauté de l’essence et la particularité des hypostases ; mais nous renonçons à rechercher comment sont ces choses, en tant qu’elles ne peuvent pas être présumées.
Si donc le Père possède sa personne, et le Fils la sienne, et l’Esprit saint la sienne, il est certain que ce n’est ni le Père, ni l’Esprit saint qui s’est incarné et s’est fait homme pour nous, mais que c’est le Fils unique, le Verbe Dieu, l’image de Dieu et Père invisible (cf. Col 1, 15) ; or une image est déjà autre que celui dont elle est l’image. En effet, le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14), selon la parole de Jean, lorsqu’il dit ce qui s’accorde avec ce que Paul écrivait : Mais, quand est venue la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils, et il a été de la femme (et) il a été sous la Loi (Ga 4, 4). Parce que donc, lorsque le Fils s’est fait homme sans changement et sans confusion et en vérité et en dehors de toute imagination, il est demeuré Dieu, sans être diminué en rien, et qu’il a pris, de sainte Marie Mère de Dieu et toujours vierge, un corps qui a une âme intelligente, et (qu’) il lui a été uni hypostatiquement, et (que) le même est consubstantiel au Père selon la divinité et le même (est) consubstantiel à nous selon l’humanité, et (qu’) il est un des deux natures de la divinité et de l’humanité, c’est pour cela que, lorsque nous confessons et professons et que nous admirons beaucoup la gloire du mystère — que, même après s’être abaissé par l’inhumanation et s’être vidé lui-même (cf. Ph 2, 7), il ne s’est pas éloigné d’être plein et il n’a pas perdu d’être Dieu, mais (qu’) il a montré en particulier qu’il est cela en ce qu’il s’est fait homme sans changement et (qu’) il n’a pas obscurci les splendeurs de la divinité, mais qu’il fait ce qui convient à Dieu et (que) le même en vient humainement aux choses de l’économie pour notre salut (c’est pour cela, dis-je, que) nous lui faisons monter la louange et (que) nous disons : « Tu est saint, Dieu. »
Et, parce que le même, en ce qu’il s’est fait homme, a pris volontairement les maladies de la chair, les injures, les soufflets, les (coups) de la flagellation, le crucifiement, et tout ce qui accompagne cela et qui ne tombe pas sous une accusation, et (que) par là il a montré qu’il est fort dans les choses où il semblait devoir être malade — car il est apparu, en tant qu’il est Dieu par nature, qu’il ne peut pas être saisi par les souffrances — et (que) par là il a lié celui qui était fort à cause de l’empire du péché, et (qu’) il nous a enlevés, nous qui étions ses armes (cf. Lc 11, 22), sauvés que nous sommes désormais de la sujétion du Calomniateur, c’est à ce Fort qui a vaincu Satan, lequel a prévalu sur nous, et (qui) nous a délivrés de la captivité que nous disons : « Tu es saint, Fort », à celui qu’également Isaïe, qui a la (plus) forte voix parmi les prophètes, a connu alors particulièrement comme Dieu fort, lorsqu’il a pris la faiblesse qui (est) pour nous et (qu’) il a consenti à s’incarner. Qu’a-t-il dit, en effet ? Un enfant nous est né, un fils, el il nous a été donné, sur l’épaule de qui (est) son pouvoir ; et son nom s’appelle l’ange du grand conseil, le conseiller admirable, (le) Dieu fort, le prince, le chef de la paix, le père de ce siècle futur (Is 9, 5).
Et, après que dans la chair il a été aux prises avec la mort et (qu’) il est descendu même jusqu’aux portes du Schéol, il est ressuscité le troisième jour, après avoir délié les cordes de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle (Ac 2, 24), ainsi que l’a dit l’apôtre Pierre ; car il était immortel par nature, même si dans le corps capable de souffrir et de mourir il a accepté de souffrir, parce qu’il ne se pouvait pas non plus qu’il fît autrement approcher de lui la mort. A celui donc que nous avons vu par expérience que c’est d’une manière immortelle qu’il a été dans la mort, à celui-là, en le louant, nous disons la (louange) : « Tu es saint, Immortel. »
Et, de même que, dans les luttes qui ( ont lieu) dans les pugilats, nous définissons « athlète victorieux » celui qui s’est fait prendre par son adversaire, et (qui) est attaché avec des liens qui ne peuvent pas être déliés et (sont) puissants et ( qui) semble déjà descendu à terre, et (qui) par suite de la grandeur de son adresse et de sa force délie (ses) liens et (qui) se tient au-dessus de son adversaire, de même, au sujet de l’Emmanuel également, nous avons été dans l’admiration du fait que, après qu’il a été attaché à la croix, et qu’il était cloué par ses mains et par ses pieds, et qu’il a été livré à la mort, et qu’il allait à jamais être enfermé dans les abîmes qui (sont) sous terre — et il ne semblait pas pouvoir être délivré — par le Calomniateur et par les armées méchantes qui (sont placées) sous lui (dans l’admiration du fait, dis-je, que) par la croix il a détruit et renversé Satan et les esprits de l’air et quand dans le Schéol il a brisé les portes d’airain et mis en pièces les verrous de fer (Ps 106, 16) ; car les portiers du Schéol, ainsi qu’il est écrit, lorsqu’ils le virent, furent saisis de terreur (Jb 38, 17). C’est pourquoi nous faisons connaître aussi le genre de mort, je veux dire celle qui (a eu lieu) par la croix, en montrant la grandeur de sa force et en disant en (toute) liberté : Ainsi donc dis- lui avec Paul : Il a dépouillé les principautés méchantes et les puissances (cf. Col 2, 15), en tant qu’il a consenti volontairement à être sous leurs liens et qu’il a coupé (ces) liens.
Cette louange donc est dite du (Fils) unique de Dieu, du Verbe, qui pour nous s’est incarné et s’est fait homme. En effet, que le Père aussi est par nature Dieu et fort et immortel, et pareillement l’Esprit saint également, c’est certain pour tout le monde. Mais, en nous opposant à la sottise des païens et à l’incrédulité des Juifs, pour qui un crucifié est une folie et un scandale (cf. 1 Co 1,23), nous disons : « Saint, Dieu, toi qui pour nous t’es fait homme sans changement et es demeuré Dieu ; saint, Fort, toi qui dans la faiblesse as montré la supériorité de la force ; saint, Immortel, toi qui as été crucifié pour nous, qui as supporté dans la chair la mort qui (a eu lieu) par la croix et (qui) as montré que tu es immortel, même lorsque tu as été dans la mort. »
C’est donc bien utilement à cause des incrédules que nous disons que c’est pour le Fils que monte cette louange. En effet, le Père et l’Esprit saint n’ont jamais été dans l’humanité, ni dans la faiblesse, ni dans la mort. Mais le (Fils) unique, le Verbe de Dieu qui s’est incarné, a volontairement pris cela sur lui ; et, lorsqu’il a été dans l’adversité, il a montré très brillamment qu’il est Dieu impassible et fort et immortel. Et c’est à cause de cela que trois fois nous (lui) offrons et nous faisons monter pour lui la (louange) : « Tu es saint », pour montrer que ce n’est pas un autre en dehors de la Trinité sainte, qui comme une des créatures a été enrichi de la sainteté par participation, parce que par nature il est saint comme Dieu, mais qu’il est une de ces trois hypostases par lesquelles les autres peuvent être sanctifiées, et parce que la louange du Fils est la louange du Père et de l’Esprit saint. En effet, de ceux dont l’essence est une, de ceux-là la louange aussi est une, et celui qui loue une de ces trois hypostases n’a d’aucune façon séparé de la doxologie les deux autres ; car dans la doxologie du Fils il y a la doxologie du Père et celle de l’Esprit saint.
Que personne donc ne dise par ignorance que la (louange) : « Tu es saint, Dieu » convient au Père, et la (louange) : « Tu es saint, Fort » (convient) au Fils, et la (louange) « Tu es saint, Immortel » (convient) à l’Esprit saint, en sorte qu’il semble que c’est comme un quatrième que « celui qui a été crucifié » est ajouté (et) compté en plus de la Trinité sainte. En effet, si c’est dans une telle pensée que cela était dit par nous, ce serait nécessairement reçu aussi par ceux qui défendent les opinions impures de Nestorius et qui disent le seul Christ deux natures après l’union. Mais, étant donné qu’ils savent exactement que nous louons comme immortel celui qui a été crucifié, parce qu’il est, ainsi que nous l’avons dit, un de la Trinité sainte, ils s’irritent, et ils s’indignent, et ils décochent des paroles de blasphème même contre le ciel, et ils appellent « nouveau » le fait même, et ils disent qu’ils ont beaucoup d’inimitié et de haine pour ce qui est nouveau, alors qu’il leur échappe, (à eux) qui profèrent des (paroles) vaines et qui crient de la terre, comme dit le prophète Isaïe, que les usages de l’Église ne nous sont pas tous venus à partir de traditions apostoliques, mais qu’il y en a qui ont passé dans toute (l’Église) qui (est) sous le ciel également par suite d’inventions successives et de progrès. Et il y a d’abord le (fait) que nous soyons nommés chrétiens beaucoup d’années après que l’Évangile a été prêché : ce qui, après avoir commencé par cette Église d’Antioche, nous a englobés pour (former) un peuple saint, nous qui (sommes) en tout lieu de la terre.
Et, afin de laisser de côté un grand nombre d’(exemples), j’en rappellerai un ou deux. Cette fête et solennité de la « Rencontre », qu’on célèbre à Jérusalem et dans toute la Palestine, en faisant mémoire du jour, où Siméon reçut le Christ dans ses bras, lorsque (celui-ci) accomplissait la Loi et offrait le sacrifice qui était ordonné par Moïse — lequel (Siméon) aussi, après avoir reconnu que (Jésus) est également Dieu par nature, a dit : Maintenant tu congédies ton serviteur, Seigneur, selon la parole, en paix (Lc 2, 29) — (cette fête, dis-je) n’était pas célébrée dans la ville impériale. Maintenant cependant celle-ci aussi a imité l’usage qui a été conservé chez d’autres, et il n’a été aucunement question de blâme ou de reproche de nouveauté. Et dans cette ville d’Antioche, vous le savez, le genre de cette fête qui a été dite n’est pas connu. Et même à Jérusalem cette fête n’était pas quelque chose d’ancien ; mais elle a été inventée récemment, ainsi que nous l’avons entendu dire à quelques hommes anciens.
Or on peut dire cette même chose aussi au sujet de cette fête de ce qui s’appelle Βαΐα, quand toute une foule, portant des branches de palmiers dans leurs mains, accompagnait notre Seigneur et notre Sauveur Jésus-Christ, monté sur un petit d’ânesse et entrant à Jérusalem, et le conduisait en triomphe en allant devant lui, tandis que des enfants aussi le félicitaient vraiment d’être le Dieu Très-Haut, en disant : Hosanna dans les hauteurs ; (Mt 21, 9). Et en effet, le jour de cette fête, bien qu’il ne fût pas célébré chez beaucoup et que maintenant, pour parler d’une manière générale, il soit célébré chez tous les hommes, n’a été rejeté comme une invention nouvelle par aucun de ceux qui ont imité ceux qui le célébraient déjà.
Mais beaucoup d’autres choses également ont été inventées successivement, soit dans les prières, soit dans les louanges. Que si quelqu’un n’accepte pas l’(addition) : « Celui qui a été crucifié pour nous », parce qu’elle est « nouvelle », qu’il rejette aussi toute cette louange, en tant qu’elle n’était pas en honneur anciennement, mais (qu’) elle a commencé il y a peu de temps et (qu’) elle n’est pas dite par tous ; car les Alexandrins et les Libyens et les Égyptiens ne chantent pas du tout à l’église cette louange au Sauveur de l’univers, au Christ. En effet, la (parole) : Saint, saint, saint, le Seigneur des armées (Is 6, 3), dite par les séraphins, nous été rapportée par le prophète Isaïe, lorsqu’il a obtenu de voir et d’entendre (cela) ; mais la (parole) : « Saint, Dieu, saint, Fort, saint, Immortel », a été ajoutée bien longtemps après. Si donc nous avons accepté dans ces (louanges) l’addition en tant que pieuse et que nous confessions vrai Dieu celui qui a été crucifié, n’appelons pas « nouvelle » la confession de notre foi, puisque c’est avec raison qu’elle a été ajoutée à cette louange, qui combat la folie juive de Nestorius et (qui) est chantée ainsi dans les saintes Églises de Dieu. Et c’est par notre ville d’Antioche qu’elle a commencé, par où a commencé également le nom des chrétiens ; mais déjà et elle est parvenue jusqu’aux Églises d’Asie et elle fait son chemin dorénavant vers toutes les Églises.
Cela donc, nous, nous l’avons dit pour votre sauvegarde ; quand à ceux qui s’appliquent à l’impiété et qui luttent contre la bouche du Seigneur (citation non identifiée), ainsi qu’il est écrit, et (qui) se glorifient d’occuper Jérusalem, ils se repentiront souvent de ce qu’ils ont mal appris, lorsqu’ils seront frappés par la droite qui (vient) d’en haut, soit ceux qui tiennent la place des chefs, soit ceux qui suivent ceux-là ; et sur eux s’accomplira ce qui a été dit par Isaïe sous forme de prophétie en ces termes : Et le peuple n’est pas revenu, jusqu’à ce qu’il fût frappé, et il n’a pas recherché Dieu ; et le Seigneur retranchera de Jérusalem la tête et la queue, le grand et le petit en un seul jour, le vieillard et ceux qui admirent les visages c’est la tête — et le prophète qui enseigne les iniquités — c’est la queue (Is 9, 12-14). Car qui a pensé que Théodoret, autre Nestorius, ou plutôt qui dépasse même celui-là par les blasphèmes, est lu dans les lieux saints du Christ comme un prophète qui enseigne les iniquités ? Et les chefs qui admirent les visages et ne rougissent pas devant Dieu ont permis, c’est-à-dire laissé faire cela. En effet, n’ont-ils pas lu ses réfutations faites contre les douze chapitres de saint Cyrille, où, prenant des prétextes de blâmer le mélange de Dieu le Verbe et de la chair, il a osé clairement combattre la parole de l’Évangile et dire : « Parce que donc le Verbe ne s’est pas fait chair …? Ou bien, se bouchant les oreilles, ne dépassent-ils pas cela même en courant ?
Nous donc, demandons dans la prière et pour nous-mêmes la conservation d’une foi orthodoxe et pour ceux-là les changements en ce qui est parfait ; et éloignons et rejetons complètement les folles inepties des partisans de Nestorius, où ceux qui ont perdu leur intelligence disent, en forgeant certaines expressions qui ne sont pas écrites et n’ont pas de témoins, que l’un de ces deux voleurs qui a été crucifié avec Notre-Seigneur se nommait Doumas, et que c’est celui-là, à ce qu’ils affirment, que louent ceux qui disent : « Toi qui as été crucifié pour nous. » D’abord donc qu’ils répondent de quel livre ils peuvent tirer cela, et ensuite pourquoi ce n’est pas plutôt à ces trois cent dix-huit Pères et à ces cent cinquante (Pères) qu’ils ont reproché cela en premier lieu avant nous ; car ceux-là ont dit : « Celui qui pour nous est descendu, s’est incarné s’est fait homme, a souffert, a été crucifié aux jours de Ponce-Pilate. » Il leur a donc échappé à eux-mêmes à ce qu’il semble, que ce n’est pas le Christ, mais Doumas, que, selon vos folies, en usant de barbarismes avec blasphème et avec ignorance, ils ont fait Dieu, et non pas brigand. Mais peut-être Paul, et non pas nous-mêmes, se trouvera-t-il être plus proche de votre calomnie ? Car il a écrit aux Corinthiens : Vous savez, en effet, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, alors qu’il est riche (2 Co 8, 9). Or votre Doumas, qui a été inventé tout à coup, est plus proche de l’(expression) : « Pour vous », que de l’(expression) : « Pour nous. » Mais c’est là une moquerie et une plaisanterie de petits enfants, et (ce sont) des paroles de l’intelligence d’un ivrogne. Et en effet, s’il nous faut forger des mots par un changement de lettres et par des suppressions, faisons un petit changement : Παῦλος, c’est-à-dire φαῦλος, et χρυσóς, c’est-à-dire l’or, au lieu de χριστóς, c’est-à-dire le Christ ; et il se trouvera que c’est Mammon que nous vénérons et adorons. Vraiment l’insensé dira des choses insensées, et son cœur comprendra des choses vaines (Is 32, 6), selon la parole d’Isaïe. Quant à nous, que le Seigneur ne nous livre pas par une telle folie à une intelligence réprouvée, mais qu’il nous sauve par sa grâce ; Et que ceux aussi qui maintenant (sont) à Jérusalem se souviennent que ceux qui autrefois (étaient) là avaient d’abord lutté contre le synode de Chalcédoine, et (que) lorsque Juvénal, leur évêque, revint, ils ne le reçurent pas et imposèrent les mains à un autre, et (que) cet autre évêque en ordonna plus de dix d’après le nombre, mais (que), quand le même Juvénal revint, il entrait à Jérusalem avec un grand nombre de soldats, avec qui une foule de Samaritains massacra six cents moines, des hommes saints, alors que se produisirent aussi des signes — et pas en petit nombre — que je tais volontairement, mais que rapporte nécessairement le Livre du ciel. Est-ce que ceux-là n’occupaient pas ces lieux saints ? N’étaient-ils pas remplis de zèle pour la foi ? Est-ce que les choses anciennes ne méritaient pas davantage d’être crues, plus que celles qui sont maintenant décrétées de façon nouvelle ? Oui, certes, même si vous ne voulez pas ; car le Dieu de vérité, qui est le Christ, en est témoin. C’est à lui que sied aussi la louange, avec le Père et l’Esprit, saint en tout et vivificateur et qui lui (est) consubstantiel, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ;
FIN DE L’HOMÉLIE 125