SUR LE VERSET QUI SE TROUVE CHEZ MATTHIEU : QUI LES HOMMES DISENT-ILS QUE JE SUIS, LE FILS DE L’HOMME (MT 16, 13)? ET SUR LE RESTE. ET QU’IL FAUT QUE L’ORTHODOXIE DE LA FOI SOIT CARACTÉRISÉE ET ÉPROUVÉE, NON PAS PAR LES LIEUX OU PAR LES AUTORITÉS, MAIS PAR UNE CONFESSION SAINE ET APOSTOLIQUE.
Dieu, qui a fait tout par le Verbe et par la Sagesse supérieure et ineffable, parce que la grandeur et la beauté de chacune de (ses) œuvres et le mouvement ordonné et harmonieux qu’elles conservent les unes par rapport aux autres font connaître qu’il est l’auteur de cet univers — car, tout en se taisant, les œuvres mêmes proclament l’action, la mise en ordre, le soutien de celui qui a agi, de celui qui a mis en ordre, de celui qui soutient — (Dieu, dis-je) se sert souvent aussi d’interrogations, lorsque, comme s’il nous réveillait, nous qui dormons, et il nous pique par (ses) paroles ainsi que par des aiguillons et il nous demande de considérer dans notre intelligence les créatures et l’état bien ordonné du monde ; et c’est par là que nous nous élèverons jusqu’à la pensée de celui qui a créé.
C’est pourquoi c’est par le prophète Isaïe que, parlant comme à des enfants et, pour ainsi dire, nous entraînant à sa connaissance, même lorsque nous ne (le) voulons pas — car il veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4) — il interroge : Qui a mesuré les eaux avec sa main, et a évalué les cieux avec son empan et toute la terre avec son poing (Is 40, 12) ? Et encore : A qui avez-vous fait ressembler le Seigneur, et à quelle ressemblance l’avez-vous fait ressembler (Is 40, 18) ? Et encore : Ne saurez-vous pas ? Et : N’entendrez-vous pas dire ? Et : Ne vous a-t-on pas fait savoir dès le commencement ? N’avez-vous pas connu les fondements de la terre ? (C’est) celui qui soutient le globe de la terre et ceux qui y habitent comme les sauterelles, celui qui a posé les cieux comme une voûte et les a étendus comme une tente pour habiter (Is 40, 21-22).
Et il semble de même interroger également Job de cette manière, non pas cependant comme un infidèle et un insensé, mais comme celui à qui il convient de connaître la petitesse de l’intelligence humaine et qui manque de la science divine bien totalement et bien grandement : Et je t’interrogerai, moi ; quant à toi, réponds-moi. Où étais-tu, lorsque je posais les fondements de la terre ? Et fais-le moi savoir, si tu as de l’intelligence. Qui a déterminé ses dimensions, si tu sais (Jb 38, 3-5) ? Et dans Jérémie aussi (il interroge) pareillement : Est-ce que, moi, je ne remplis pas le ciel et la terre ? dit le Seigneur (Jr 23, 24).
De même dans les Évangiles également, Jésus, le Fils, le Verbe, Dieu de Dieu, la Lumière de la Lumière, par qui tout a été fait (Jn 1, 3), quoique des actions et des prodiges dignes de Dieu proclamassent qu’il était vrai Dieu, se servait parfois aussi de paroles ; (en s’adressant) aux Juifs, d’une part, (il se servait de paroles) qui (les) couvraient de confusion en tant que blasphémateurs et jaloux et impudents, et tantôt en montrant l’humilité et l’économie en ces (termes)-ci : Les œuvres mêmes, que, moi, je fais, rendent témoignage de moi que le Père m’a envoyé (Jn 5, 36), et tantôt clairement en montrant l’égalité par rapport au Père et la non-différence en quoi que ce soit en ces (termes)-là : Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ; mais, si je (les) fais, même si vous ne croyez pas en moi, croyez aux œuvres, afin que vous sachiez et croyiez que le Père (est) en moi, et moi en lui (Jn 10, 37-38) ; (en s’adressant) aux disciples, d’autre part, (il se servait de paroles) sous forme d’interrogation et de controverse, et (cela) alors qu’il savait ce qu’ils pensaient et ce qu’ils allaient dire, et qu’il mettait toute la réalité dans la réponse de ceux-là, afin qu’ils se souvinssent de leur propre croyance et de ce qui a été confessé par eux et qu’ils eussent écrites en eux leurs paroles particulières, et en même temps soit en les faisant par cela bien saisir et bien comprendre, et en les poussant à ne pas regarder superficiellement et extérieurement ce qu’il dit ou fait, mais à éveiller leur intelligence très profondément, soit en donnant aux maîtres comme un modèle d’un enseignement de premier ordre le (fait) d’attendre et d’attendre (encore) les opinions des disciples et de ne pas se déclarer eux-mêmes magnifiques, et en outre soit en soulignant ceci, (à savoir) qu’il faut rendre publiques aux autres les belles actions des meilleurs disciples, afin que, lorsqu’une grâce ou une prérogative s’attacheront à ceux qu’une parole des maîtres distingue davantage, les autres sachent que cela a été accordé et donné non pas par passion ou par faveur, mais plutôt par un jugement droit et qui honore ce qui (est) juste. Car, si ce n’était pas après que Pierre a répondu la parole inspirée par Dieu : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16), (et) que spontanément, sans motif, aient été proclamées la (parole) : Tu es heureux Simon, Bar-Jona (Mt 16, 17) et la (parole): Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon Église (Mt 16,18), nécessairement les disciples seraient rongés par la passion de la jalousie. Et en effet, comme ils avaient des dispositions très imparfaites dès le commencement, ils étaient amenés (à être) soumis à de telles passions humaines et chacun d’eux désirait les (honneurs) de la priorité ; c’est pourquoi ils posaient même la question : Qui donc est (celui) qui est le plus grand dans le royaume des cieux (Mt 18, 1) ? De ceci, en effet, quelqu’un s’étonnera même beaucoup, étant donné le caractère divin et parfait de l’enseignement de notre Sauveur, (à savoir) que, quand les disciples étaient tels, sans culture en quelque sorte, il les ait montrés de telles statues de la perfection et (qu’)il les ait proposés à toute la terre comme des modèles de philosophie.
Mais venons-en à cette interrogation que (Jésus) leur fit, après être venu à Césarée appelée du nom de Philippe — car autre est celle qui est dite (Césarée) de Straton, bien qu’elle soit l’homonyme de celle-là. — Et considérez comment l’interrogation même est un enseignement magistral et qu’elle s’adresse ainsi qu’à des (interlocuteurs) parfaits et (qu’)elle creuse au moyen des expressions et (qu’)elle cherche à produire en public une réponse parfaite. En effet, (Jésus) a dit : Qui les hommes disent-ils que je suis, le Fils de l’homme (Mt 16, 13) ? Il emploie son nom vil, et il n’a pas dit :« Qui me disent-ils ? », et il (ne) s’en est (pas) tenu à l’interrogation ; mais il a ajouté : Le Fils de l’homme, ce qui est humble et bas et qui convient bien aux degrés de l’anéantissement volontaire. Et quoiqu’il pût dire : « Celui qui a marché sur la mer, celui qui a réprimandé les vents et par le seul commandement a apaisé la fureur de la tempête, celui qui a guéri, en même temps qu’il voulait, la mutilation de toute sorte de membres et les différentes espèces de maladies », ainsi qu’il semble aussi dire par les prophètes : Est-ce que vous ne me craindrez pas, moi qui ai posé le sable pour limite à la mer — commandement éternel — et elle ne la franchira pas (Jr 5, 22) ? cependant il ne dit pas cela, et il rend humble l’interrogation, en demandant une réponse digne de Dieu et admirable, afin de montrer clairement que celui qui est vu et s’est fait homme vraiment et sans changement, le même est aussi vrai Dieu, sans être aucunement coupé partiellement et séparément en Dieu et en homme, lorsqu’il est un et indivisible. Mais, même si quelqu’un le nomme Fils de l’homme, il ne l’éloignera pas du (fait) que le même soit également le Fils de Dieu.
Que répondent donc (les disciples) à cette interrogation ? — Ils ont dit d’abord qui les hommes le disent ; car c’est sur cela qu’ils ont été aussi interrogés. Ils étaient si instruits qu’ils font les réponses qui conviennent aux interrogations et qui ne sont pas remplies de superfluités. Et même ils ont dit encore : Ceux-ci disent que c’est Jean-Baptiste, et d’autres, Élie, et d’autres, Jérémie ou l’un des prophètes (Mt 16, 14). Et à son tour le maître sage de disciples intelligents n’a pas sursauté, ou il (ne) s’est (pas) indigné pour cela, et il n’a pas dit: « Allez loin d’(ici) », à cause de l’opinion différente et fausse d’un grand nombre. Mais il attend et attend (encore) la parole de ceux-ci, et il interroge de nouveau et dit : Mais vous, qui dites-vous que je suis (Mt 16, 15) ? Et, lorsque Simon-Pierre a répondu, il a dit : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16). « Toi, dit-il, tu as condensé l’interrogation en un petit nombre (de mots), et tu interroges : Qui pensons-nous que, toi, tu es, le Fils de l’homme ? Pour moi, c’est à cause de l’humilité et à cause de l’économie de ton interrogation que je m’élève vers la hauteur ; et, en réfléchissant que, étant donné qui tu es par nature, tu es descendu à une telle humiliation à cause de l’économie, je confesse par-dessus tout que tu es le Fils du Dieu vivant. »
Et vois la précision de Pierre, lequel confirme l’interrogation de son maître ; car il n’a pas dit : « Toi, tu es le Fils du Dieu vivant », mais : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. « En effet, dit-il, parce que tu t’es fait le Fils de l’homme pour notre salut, c’est pour cela que tu es le Christ ; car tu es oint conformément à l’économie dans l’Esprit saint et dans la force par Dieu et Père, sans que, toi, tu aies besoin de l’onction. En effet, tu es le Fils du Dieu vivant, et qui possèdes en toi l’Esprit par essence et qui donnes aux autres la participation à celui-là, et qui es oint, non pas pour toi, mais pour nous véritablement, afin, après avoir été comme les prémices de notre race, de transmettre jusqu’à nous la grâce de l’onction et la participation à l’Esprit saint. Car comment celui qui est le Fils du Dieu vivant aurait-il besoin de l’onction ou de participer à l’Esprit, qui est à lui en propre par nature et de qui il donne la grâce aux autres ? »
C’est aussi à cette confession de Pierre précise et digne de Dieu que Jésus répond : Tu es heureux, Simon, Bar-Jona ; car ce n’est pas la chair et le sang qui te (l’) ont révélé, mais mon Père qui (est) dans les cieux (Mt 16, 17). Et pourquoi Pierre seul a-t-il reçu cette béatitude, et cela lorsque Nathanaël a fait précédemment la même confession et a dit clairement : Rabbi, toi, tu es Fils de Dieu ; toi, tu es roi d’Israël (Jn 1, 49) ? — C’est parce que, d’après les expressions et d’après la pensée de ceux qui ont fait la confession il y a à apprendre une différence. En effet, le (fait) que (Nathanaël) a dit : Rabbi, ce qui est « Maître », et (qu’)il a continué ensuite : Toi, tu es roi d’Israël (Jn 1, 49), montre le côté humain et l’abaissement, qui rivalise avec la terre, de la pensée de celui qui a dit la (parole) et qui n’a songé à rien de divin au sujet de Jésus, mais l’a appelé Fils de Dieu comme un certain Maître, et roi d’Israël qui est roi du royaume qui (est) sur la terre, selon la (parole) : Moi, j’ai dit : Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut, vous tous (Ps 81, 6).
Mais Pierre est entré dans le sanctuaire secret de la théologie, après avoir été transporté dans son âme et s’être élevé par une révélation du Père des cieux. Et d’abord il a dit : Toi, tu es le Christ (Mt 16, 7), et non pas : « Toi, tu es un Christ », comme un de ces Christs d’autrefois, qui symboliquement étaient oints d’huile, ou comme un des rois ou des prophètes, que Dieu a sanctifiés et mis à part selon ce qui est dit dans les Psaumes : Ne touchez pas à mes Christs, et ne faites pas de mal à mes prophètes (Ps 104, 15), (et) comme ce qui se trouve chez Habacuc : Tu es sorti pour le salut de ton peuple, pour sauver tes Christs (Ha 3, 13). En effet, le (fait) de dire démonstrativement avec l’article, c’est-à-dire « le » : Toi, tu es le Christ fait connaître la propriété et la non-communauté avec les autres : Toi, tu es le Christ, l’unique (Christ), le (Christ) spécial et distinct, qui a été attendu, qui a été indiqué d’avance et a été proclamé d’avance par les prophètes, à qui et au sujet de qui David disait : (Toi) qui es assis sur les Chérubins, manifeste-toi (Ps 79, 2) ; et : Dieu viendra manifestement, notre Dieu, et il ne se taira pas (Ps 49, 3). Ensuite, après la (parole) : Toi, tu es le Christ, il a aussi ajouté la (parole) : Le Fils du Dieu vivant, non pas simplement le Fils de Dieu par grâce, mais du (Dieu) vivant, comme la Vie qui (est) de la Vie, comme la Lumière qui (est) de la Lumière, comme Dieu qui (est) de Dieu ; car c’est d’une théologie qui (est) très élevée qu’est rempli le (fait) que (le Christ) soit confessé le Fils du Dieu vivant. Et en effet, celui qui considère le Fils, l’image vivante et subsistante de celui qui l’a engendré, sait clairement qu’il est engendré par celui qui est perpétuellement vivant et subsistant — et il est certain que (c’est) par le Père — et (qu’)il est le Fils du Dieu vivant. Et cependant, ô Pierre, tu as reçu l’ordre de dire : « Qui penses-tu qu’est le Fils de l’homme ? » Et comment, en volant, es-tu monté jusqu’à la théologie ? Mais il dira : « (C’est) même très justement, parce que je traite théologiquement ce Fils de l’homme, sachant que le même est le Fils de Dieu, qui n’est pas divisé par la dualité des natures après l’union ineffable. En effet, bien qu’il se soit incarné de la Vierge la Mère de Dieu, (en prenant) la chair qui nous est consubstantielle, qui a une âme intellectuelle, cependant il ne s’est pas éloigné de ce qu’il est Dieu. Car c’est un, sans diminution et sans changement, que l’Emmanuel est vu de deux, à savoir de la divinité et de l’humanité, une seule personne, une seule hypostase, une seule nature incarnée du Verbe Dieu. »
C’est pour cette confession précise, et non pas d’une manière générale, que Pierre a reçu cette béatitude, lorsqu’il a entendu : Tu es heureux, Simon, fils de Jona ; car ce n’est pas la chair et le sang qui te (l’)ont révélé, mais mon Père qui (est) dans les cieux (Mt 16,17) de sorte que, si quelqu’un confesse ainsi le Christ, de la même manière que Pierre l’a confessé, celui-là, en éloignant le voile de chair qu’(il a) sur le cœur, s’attache à la révélation du Père des cieux. Mais, si quelqu’un le divise en deux natures, ou bien (s’)il regarde comme une imagination l’incarnation véritable qui (est) de nous et l’inhumanation, ou bien (s’)il altère autrement, de n’importe quelle manière, le mystère qui le (concerne), celui-là ne (dit) rien d’en haut, mais traite toute la réalité d’après la chair et d’après le sang.
Et c’est très bien et à propos ici que le Christ a crié à Pierre la (parole) : Bar-Jona (Mt 16, 17), ce qui est « fils de Jonaé » et cela alors que ce n’est pas toujours de cette manière qu’il lui parlait. En effet, parce que celui-là (lui) a dit qu’il est le Fils du Dieu vivant, lui aussi, il l’a nommé « fils de Jona », en montrant clairement par cela et, pour ainsi dire, en disant : « Je suis ainsi le vrai Fils de Dieu et Père et qui participe avec lui à la même nature et (lui est) consubstantiel, de la même manière que, toi, Pierre, tu es le vrai fils de Jona et (que) tu n’es pas d’une autre nature, c’est-à-dire essence, si ce n’est de celle qu’est aussi le père qui t’a engendré. Car c’est à ceux qui (les) ont engendrés que sont nécessairement consubstantiels les enfants mêmes. »
Que les partisans d’Arius, en entendant ces (paroles), soient couverts de confusion par cela également et qu’ils ne pensent pas que c’est à un serviteur et à un inférieur qu’appartient le (fait) que le Fils dise : Et non plus personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler (Mt 11, 27). Ils pensent par ignorance que (le fait de révéler) appartient à un service et à un ministère et à une condition inférieure. Voici, en effet, que le Père également révèle au Fils, ainsi que (le) dit le Fils lui-même : Tu es heureux, Simon, Bar Jona; car ce n’est pas la chair et le sang qui te (l’ )ont révélé, mais mon Père qui (est) dans les cieux (Mt 16,17). De même Paul aussi, en envoyant aux Galates, disait : Et quand Dieu, qui m’a mis à part dès le sein de ma mère (Cf Ga 1,15-16) et m’a appelé par sa grâce, a voulu révéler en moi son Fils. Le (fait) de la « révélation », est-ce qu’il a montré (qu’il appartient) à l’égalité d’honneur ou à un abaissement ?
Matthieu donc a écrit ainsi que Pierre a confessé : Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16). Jean vient dans les mêmes termes, même si c’est à une autre interrogation de notre Sauveur que (Pierre) dit ainsi : Jésus donc dit aux douze : Est-ce que, vous aussi, vous voulez vous en aller ? Simon-Pierre lui répondit : Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous, nous avons cru et nous avons su que, toi, tu es le Christ le Fils du Dieu vivant (Jn 6,68-70). Luc, en termes concis et avec une pensée (qui) n’(est) pas différente, a écrit qu’à la même interrogation Pierre a répondu ainsi : Et (Jésus) leur dit : Mais vous, qui dites-vous que je suis ? Et, lorsque Pierre a répondu, il a dit : le Christ de Dieu (Lc 9, 20). Marc a rapporté de la même manière que Luc : Lorsque Pierre a répondu, il lui dit : Toi, tu es le Christ (Mc 8, 29).
Or ces (récits) ne sont pas contradictoires. Mais il y a contradiction, quand par ce que l’un a écrit est réfuté ce qui a été écrit par l’autre, lorsque l’un, s’il se trouve, a écrit : « Cette chose a eu lieu, ou elle a été dite par notre Sauveur le Christ », et que l’autre a raconté : « Cette chose n’a pas eu lieu, et elle n’a pas été dite », ou bien : « C’est d’une manière contraire qu’elle a eu lieu, ou qu’elle a été dite, et non pas comme l’autre a écrit. » Quant au (fait) qu’ils racontent la même chose, l’un avec plus de développement, et l’autre avec plus de concision, il n’appartient pas à la contradiction, mais à un récit ou qui est plus complet ou qui présente plus de lacunes. En effet, ce n’est pas pareillement et dans les mêmes termes que, nous tous, nous sommes capables de raconter les mêmes choses ; mais, quoiqu’il (n’)y ait (qu’)un récit, l’un raconte d’une manière plus serrée et (plus) concise, et l’autre avec plus d’abondance ; et souvent ce qui a été laissé de côté par l’un a été ajouté par l’autre ; et ce qui a été ajouté est une confirmation de ce qui a été dit, et non une réfutation ; car quelqu’un ajoute à ce qui est vrai ce qui appartient à la même pensée ; et en effet, s’il savait faux ce qui a été dit, il ne le compléterait pas, mais il le réfuterait et le réduirait à néant.
Et à cause de cela donc, c’est selon cette manière qui se trouve précéder que tous les évangélistes s’accordent ensemble, lorsqu’ils ont dit que Pierre a dit : Toi, tu es le Christ (Mt 16,16 ; Mc 8,29 ; cf. Lc 9,20 ; Jn 6,70), bien que ces deux (Matthieu et Jean) seulement aient ajouté la (parole) : Le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16 ; cf. Jn 6, 70). Et même ce n’est pas sans une action de Dieu qu’ils ont fait ceci (à savoir) que les uns (le) disent et que les autres ne (le) disent pas. En effet, par ce qu’ils ont dit nous avons appris la perfection de la confession, par ce qu’ils n’ont pas dit — mais la (parole) : Toi, tu es le Christ, leur a suffi — ils ont mis devant nous un autre enseignement (qui est) semblablement complet et utile, en enseignant que, même si quelqu’un le confesse le Christ seulement, ce n’est pas d’une manière restrictive qu’il a répondu car il a fait savoir que le Fils du Dieu vivant s’est incarné et s’est fait homme.
C’est pourquoi donc, lorsque saint Cyrille s’adressait avec beaucoup de sagesse à l’impie Nestorius, qui divisait et coupait le nom du Christ, dans le troisième tome des (chapitres) contre ses blasphèmes, il s’exprime ainsi : « Lorsque nous entendons dire que le Christ est né de la sainte Vierge, alors assurément, alors nous disons, et (cela) très sagement et en ayant soin de marcher dans l’orthodoxie de la vérité, que le Verbe qui est né de Dieu le Père s’est fail homme et s’est uni à la chair hypostatiquement et aussi qu’il est né selon la chair, et nous ne nous soumettons pas à ton bavardage sur ce point ; et c’est à l’unique et seul, au Fils qui (est) par nature, que nous donnons comme il convient ce nom de Christ. » Et après d’autres (paroles), (il dit) encore : « Pour nous, après l’union, même si quelqu’un nomme Dieu le Verbe, ce n’est pas en dehors de sa chair que nous le comprenons ; même s’il dit le Christ, nous reconnaissons le Verbe qui s’est incarné »
Et c’est ainsi que (s’est exprimé) ce prédicateur de la vérité, et qui marche sur les traces du Livre inspiré par Dieu. Mais Romanos, qui porte sur ses épaules « L’Échelle » impie comme un voleur de nuit, pour ne pas entrer par la porte de la cour par où entrent les bergers, mais pour monter par un autre endroit (cf. Jn 10, 1), en voulant piller le sens sain des paroles sacrées, a dit que le récit des évangélistes, (qui est) profitable et à la fois différent et concordant, (récit) qu’ils ont fait au sujet de la confession de Pierre, est une image et un modèle de l’opinion fausse des hérétiques, (laquelle est) variée, (et cela) en ces (termes) : « Mais la foi orthodoxe des apôtres allait être altérée avec les circonstances par le nouveau langage impur de ceux qui ont de fausses opinions. C’est pourquoi les évangélistes, en s’élevant par un esprit prophétique, et décrivent la variation des circonstances et font connaître le changement de ceux qui deviennent disciples. Et de plus ils prédisent également les opinions mauvaises de ceux qui après eux ravissent de vive force l’honneur de la préséance, eux par qui se multipliera l’iniquité des hérétiques et se refroidira la charité des apôtres (cf. Mt 24,12). »
Et, dis-moi, qui se soumettrait à ce blasphème et oserait dire que les évangélistes ont les premiers souffert une variation et un changement et une division variée, afin de préfigurer celle des hérétiques ? Et comment dis-tu plus haut : « Mais quelqu’un oserait-il dire que l’image de la vérité s’altère et varie et que les évangélistes mêmes sont divisés et ne s’accordent pas avec eux-mêmes ? Loin de là ; » Et qu’y a-t-il de plus honteux et de plus impudent que cette division, en sorte que (les évangélistes) mêmes soient des images et des modèles de l’erreur très divisée des hérétiques et qu’à cause de cela ils soient variés ? En effet, c’est clairement que et les évangélistes et les apôtres ont prédit les hérésies qui devaient avoir lieu, en mettant d’avance en garde ceux qui devenaient disciples de la parole de la vérité, ainsi que dit Paul, en envoyant aux Corinthiens : Car il faut qu’il y ait aussi des hérésies parmi vous, afin que ceux qui sont éprouvés soient manifestés parmi vous (1 Co 11, 19). Et ce ne sont pas ces prédicateurs de la vérité qui ont été les premiers, comme toi, tu dis, des modèles de variation et de changement, lorsqu’ils ont écrit différemment. Car cela n’est pas autre chose, si ce n’est pour qu’ils tombent eux-mêmes sous une accusation de division et de désaccord et (qu’)ils présentent d’avance une défense pour les hérésies. En effet, ils diront : « Nous avons fait cela (à savoir) ce que nous avons reçu ; et ce n’est pas quelque chose d’important, si, nous, nous avons été divisés, puisque ceux qui ont été les témoins oculaires et les ministres de la parole (Lc1, 2) ont souffert cela avant nous. » Cependant aucun de ceux qui ont expliqué l’Évangile n’a jamais dit que les évangélistes aient varié et aient changé ; mais, tous, ils ont montré que même ces (récits) qui semblent différer s’accordent d’une façon capitale. En effet, Porphyre et Julien, les athées et qui ont déraisonné contre la vérité, ont été préoccupés de montrer les évangélistes comme des hommes variés et différents et qui ne s’accordent pas les uns avec les autres ; et cependant ils ont été repris par la Vérité, qui, après la confession qui a été révélée par le Père des cieux, a dit à Pierre : Toi, tu es un roc, et sur ce roc je bâtirai mon Église, et les portes du Schéol ne prévaudront pas contre elle (Mt 16, 18). Et elle appelle « roc » la confession inébranlable de la foi que Pierre a bien faite. Par conséquent ceux qui sont bâtis sur ce roc et (qui) ont reçu pour instruction et pour enseignement cette confession orthodoxe sont dits aussi l’Église à proprement parler ; mais, quand le roc n’a pas de dispositions saines, il est nécessaire que, lui-même également, il fasse mentir le nom d’Église. Mais la parole de Notre-Seigneur est vraiment un grand mur pour l’Église, laquelle confirme son appellation.
Et en effet, il n’a pas dit : « Et la violence et la guerre ne prévaudront pas contre elle », mais : Et les portes du Schéol ne prévaudront pas contre elle (Mt 16, 18). Et qu’est cela ? Les païens, c’est-à-dire les ministres des démons, et, après ceux-là, les Ariens et ceux qui ont été malades des mêmes (maladies) que ceux-ci l’ont persécutée et l’ont maltraitée et ont humiliée avec une telle violence qu’elle semble engloutie et perdue et parvenue aux portes mêmes du Schéol ; mais elle s’est relevée cependant et elle a fait monter sa tête comme en dehors des flots et des profondeurs inférieures. En effet, la parole de Dieu, lequel a dit : Et les portes du Schéol ne prévaudront pas contre elle, l’a relevée, en sorte donc qu’il ne faut pas nous décourager en face de la durée et de la longueur des épreuves ; mais, si c’est pour la foi orthodoxe et pour le roc que nous avons marché, ayons confiance et espérons fermement en celui qui a dit : Et les portes du Schéol ne prévaudront pas contre elle.
C’est à ceux qui se tiennent à la tête d’une telle Église, qui est fondée sur une foi saine, qu’il a donné les clefs du royaume des cieux ainsi qu’à Pierre, et ce sont là les paroles des prêtres qui s’attachent à la foi de Pierre, celles qui lient et délient ; car c’est avec celles-là que, lui aussi, un signe du Dieu des cieux prononce la sentence ; mais les paroles de ceux qui se tiennent en dehors du roc se répandent dans l’air et elles n’opèrent rien. C’est pourquoi Balaam disait : Pourquoi maudirai-je celui que le Seigneur ne maudit pas, et pourquoi maudirai-je cruellement celui que Dieu ne maudit pas cruellement (Nb 23, 8) ?
Où sont ceux qui occupent la Jérusalem sensible et visible ? — Mais ils sont tombés du roc et de la foi saine ; et ce sont de vains anathèmes qu’ils pensent lancer à ceux qui ont des pensées orthodoxes, et ils lisent le livre de l’abominable Théodoret, que saint Cyrille a dit l’imitateur par excellence de l’impiété de Nestorius, et ils ont retranché et supprimé de la doxologie du Trisagion l’(addition) : « Tu as été crucifié pour nous », et ils ont montré pourquoi ils ont mis parmi les volumes sacrés l’infâme et impur concile qui (s’est tenu) à Chalcédoine. Comment pourraient-ils encore s’appeler même chrétiens, en faisant circuler avec orgueil le nom auguste des lieux saints qu’ont autrefois occupés également les fauteurs de la folie d’Arius, après avoir poursuivi leur évêque, vieux et orthodoxe, Cyrille, lorsque le fugitif pieux se rendait à la ville de Tarse ? Est-ce qu’ils n’étaient pas alors dignes de confusion, ceux qui d’un côté faisaient de l’arianisme, et d’un autre côté disaient (que), parce qu’ils occupaient les lieux du Christ, ils tenaient aussi la foi du Christ ? Et pouvaient-ils, en faisant glouglou avec leur gorge à haute voix, comme maintenant vous-mêmes, ô bons, dire la (parole) : De Sion, en effet, sortira la Loi, et la parole du Seigneur, de Jérusalem (Is 2, 3). Lisez les prophéties, et sachez qui vous êtes comme zélateurs. Et en effet, jadis, lorsque ceux-là se tenaient en dehors de la Loi qui a été donnée par Moïse et en dehors des commandements de Dieu et que, tandis que les prophètes (les) corrigeaient et les menaçaient, ils n’entendaient pas, mais s’enorgueillissaient de Jérusalem et du temple de Dieu, le prophète Jérémie leur reprochait d’avoir un vain orgueil, en disant : Ne mettez pas votre confiance en vous-mêmes ou dans des paroles mensongères, parce qu’elles ne vous profiteront pas du tout, à vous qui dites : (C’est) le temple du Seigneur ; C’est le temple du Seigneur (Jr 7, 4) ; Et encore : Pourquoi, bien aimée, as-tu commis l’impureté dans ma maison (Cf Jr 11, 15) ? Et encore : J’ai quitté ma maison, j’ai délaissé mon héritage (Jr 12, 7). A cause de cela, lui aussi, le prophète, alors qu’il était dans la tristesse, disait en gémissant : Qui aura pitié de toi, Jérusalem, ou qui s’attristera sur toi, ou qui se retournera pour demander ta paix ? Toi, tu as détourné de moi ta face, dit le Seigneur (Jr 15, 5-6). Par conséquent, nous non plus, nous ne demanderons pas la paix avec cette (Jérusalem), après que par des opinions hérétiques elle a tourné du Seigneur sa face. C’est pourquoi il n’est pas étonnant, si, ayant des dispositions si impies, ils ont jugé bon de frapper d’anathème ceux qui professent l’orthodoxie. Et en effet, ils ont condamné également Jérémie, en disant : Une sentence de mort pour cet homme, parce qu’il a prophétisé sur cette ville (Jr 26, 11 ou Jr 33, 11). Ainsi il leur fallait, ayant ces pensées hérétiques, non pas se vanter et se glorifier des lieux, mais supporter les condamnations pour ceux qui, commettant l’impiété, déshonorent les lieux saints, en empêchant les fidèles de vénérer ceux-là. Car qui est celui qui, ayant de l’intelligence, choisira pour lui-même de rencontrer, à cause de lieux vénérables, des hommes impies, lorsque la parole du Seigneur dit : Séparez-vous des tentes de ces hommes durs, et ne touchez à rien de tout ce qui leur appartient, de peur que vous ne périssiez en même temps dans tout leur péché (Nb 16, 26) ? Il nous faut, en effet, regarder la foi saine seule et nous mettre en règle avec celle-ci et, selon la loi de l’Apôtre, lever en tout lieu des mains pures (cf. 1 Tm 2, 8), et dire avec David : En tout lieu de sa domination, bénis, mon âme, le Seigneur (Ps 102, 22). Sinon, nous aussi, nous avions de puissants sujets de nous glorifier, le premier siège du chef des apôtres, le grand nom, le (nom) nouveau qui a été béni sur la terre celui des chrétiens qui a commencé par ici. Mais ce ne (sont) là que des bavardages orgueilleux et superbes, si nous n’occupons pas le roc, mais seulement le siège. Puisse-t-il arriver que nous nous tenions solidement sur le roc et que nous mettions notre confiance non pas dans les sophismes des hommes, mais dans la parole de la croix, et, comme dit Paul : Mais qu’il ne m’arrive pas de me glorifier, si ce n’est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ (Ga 6, 14) ; A lui sied la gloire et la puissance, avec le Père saint en tout et l’Esprit vivificateur et consubstantiel, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ;