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HOMÉLIE 123

HOMÉLIE CATÉCHÉTIQUE, QUI PREND POUR OBJET ET POUR MATIÈRE LA CONFESSION DE LA FOI ORTHODOXE ; MAIS ELLE TOUCHE SURTOUT A L’IMPIÉTÉ ABOMINABLE DES MANICHÉENS ET D’AVANCE MET EN GARDE POUR QUE PERSONNE NE TOMBE DANS LES FILETS DE CEUX-CI, PARCE QUE QUELQUES UNS MÊME AVAIENT FAIT L’EXPÉRIENCE D’UNE TELLE ERREUR PERNICIEUSE.

Alors que je suis sur le point de toucher à l’homélie catéchétique, je veux, d’une part, et avec un soin qui pour moi est très appliqué, en réfléchissant au mot littéral comme il convient, toucher seulement à des bourdonnements et m’(y) tenir, et bourdonner ceux-là doucement et très humblement et comme si je parlais tout bas, et non pas m’attaquer par les paroles à la théologie, à laquelle la confession de la foi me presse de venir de n’importe quelle manière, afin de ne pas oublier, lorsque résonnent les oreilles qui débutent et ne sont pas initiées ou qui, en d’autres termes, sont ignorantes et inexercées en de pareilles (questions), que je les bouche complètement et (que) je (les) ferme par cela que je crie davantage, ou (que) je les ouvre par cela que j’y bourdonne peu à peu doucement, dans la mesure où elles ont la faculté et le pouvoir d’entendre. Je sais, d’autre part, je sais clairement que, si je porte seulement l’œil de mon esprit vers une pensée de la gloire divine, et (qu’)il voie quelqu’une des choses invisibles et qui tombent sous notre compréhension, et (que) je me mette à méditer celle-ci un peu, je m’élèverai et je monterai aussitôt et je serai ravi, et c’est jusqu’à une montagne de hautes pensées que nécessairement me fera monter Jésus, Le Verbe de Dieu, cet Un de la Trinité sainte, cette porte de la science, qui fait entrer avec précaution jusqu’aux contemplations profondes et cependant compréhensibles et fit sortir avec plus de précaution (en empêchant) d’enseigner les (questions) auxquelles il ne faut pas toucher. Et c’est pourquoi il dit :  Moi, je suis la porte ; si c’est par moi que quelqu’un entre, il sera sauvé et il entrera el sortira et il trouvera un pâturage (Jn 10, 9). C’est pour ceci en vérité qu’il est même descendu jusqu’à nous par le mode de l’inhumanation très charitable, quand, pour ainsi dire, il se prosternait aussi lui-même au pied de notre esprit qui marche sur la terre, (à savoir) pour que l’entrée devint praticable pour ceux qui ne peuvent pas avancer et entrer. Outre la porte donc, il s’est nommé lui-même également la voie, en employant et en harmonisant les noms avec la différence des sens et des pensées, et il dit : Moi, je suis la voie et la vérité et la vie et personne ne vient au Père, si ce n’est par moi (Jn 14, 6).

Si donc je marche par la voie, si je franchis la porte, c’est aussi jusqu’à une montagne, même sans le vouloir, que je m’élèverai. Et en effet, (Jésus) aime faire monter non seulement ceux qui (sont) comme Pierre et Jacques et Jean, mais encore ceux qui (sont) très petits et (très) humbles, selon la mesure de la force de chacun d’eux. Cependant toute (son) action (a lieu) d’une manière charitable, et non pas parce que, nous-mêmes, nous sommes proches, mais parce que, lui, (il est) proche pour ceux qui ne (sont) pas éloignés en toute chose ; en effet, je suis, moi, un Dieu qui (est) proche, dit (le Seigneur), et non pas un Dieu qui (est) au loin (Jr 23, 23).

Et, si je monte, il se transfigurera aussi, peut-être, devant moi, ainsi qu’il est écrit dans les Évangiles (cf. Mt 17, 2 ; Mc 9, 1). Ce n’est plus, en effet, comme la voie ou la porte qui conduisent, et comme si elles faisaient entrer les pensées, qu’il révélera et (qu’il révélera) ce qui est adapté aux oreilles de ceux qui sont catéchisés ; mais c’est à partir de ce qui est proche qu’il (les) conduira et (les) amènera vers ce qui est plus haut. Et c’est là cette transfiguration (à savoir) la montée et l’avance graduelle des pensées.

Et son visage également resplendira comme le soleil, et ses vêtements deviendront blancs comme la lumière (cf. Mt 17, 2). En effet, c’est par la gloire qui l’environne et par ce qui se voit sur lui à l’extérieur que Dieu est connu, ainsi que par des vêtements brillants, et non pas par une considération et (par) une réflexion intérieure et cachée ; (il est connu) par exemple par la beauté et la grandeur des créatures, par l’ordre et par l’harmonie qui se voit en elles, en sorte que nous disions comme le prophète David : Combien magnifiques (sont) tes amures, Seigneur ; Toutes, tu les as faites avec sagesse (Ps 103, 24), et par ce que, il a dit, lui, à ses propres serviteurs, et non pas parce que nous scruterons ces choses ineffables et (que) nous chercherons qu’est en essence celui qui (est) au-dessus de tout.

Après cela, c’est à propos que viendront et apparaîtront et Moïse et Élie, lorsque Moïse représente la Loi, et Élie les prophètes, qui confirment par ce qu’ils ont prédit le grand mystère de cette piété (cf. 1 Tm 3, 16) qui (est) dans le Christ. Mais ils parleront aussi avec Jésus, en montrant l’accord capital de l’Ancien Testament et du Nouveau, de l’ombre et de la vérité, de la lettre et de l’esprit, des figures et de ce qui (est) figuré, des signes et de ce qui (est) connu, de la prédiction et de ce qui doit arriver et de l’issue (cf. Lc 9,31) des faits. Car c’est là ce que diront ensemble avec Jésus la Loi et les prophètes par l’intermédiaire de Moïse et d’Élie.

Et, lorsque je me tiens sur la montagne, si je m’efforce de rester dans ces (pensées) avec plus de recherche et que je m’imagine m’asseoir (?) et me fixer et demeurer dans ce qui se voit et dire : Seigneur, il nous est bon d’être ici ; veux-tu que nous y fassions trois tentes, une pour toi et une pour Moïse et une pour Elie (Mt 17, 4 ; cf Mc 9,4 ; Lc 9, 33) ? — c’est aux mêmes tentes, en effet, que conduisent la Loi et le chœur des prophètes, quand ils s’élèvent jusqu’à l’Évangile et que par celui-ci ils sont réunis dans un chapitre spirituellement, en sorte qu’ils soient comptés trois et qu’ils aboutissent à un seul συμπέρασμα, c’est-à-dire à une seule conclusion du raisonnement — un nuage lumineux cachera alors et interrompra ma recherche superflue, parce que, même en interrompant, il éclaire et cache à la fois. Et en effet, cc n’est pas avec jalousie que (Jésus) fait cela, mais plutôt avec pitié ; car son but est de ne pas (nous) imposer un fardeau par ce qui est au-dessus de (notre) force, mais de (nous) éclairer par ce qui peut être saisi par nous qui sommes liés avec la chair et d’intercepter le reste, pour qu’il n’obscurcisse pas et (qu’) il ne submerge pas, par une abondance et par une largesse exagérée, même cc que nous pouvons voir.

Qu’entendrai-je donc du nuage, qui et éclaire et interrompt de façon profitable ? — Une voix, qui est parfaite et qui est rapportée comme au nom du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu (Mt 17, 5).  En accueillant cette voix qui est descendue du sanctuaire caché d’en haut — et celle-là, je ne peux pas non plus la supporter — moi, c’est sur moi-même que je regarderai et que je ramènerai (mon) regard en bas. Et en effet, lorsqu’ils entendirent, dit (l’Évangile), les disciples tombèrent sur leurs faces, et ils eurent bien peur (Mt 17, 6). J’aurai besoin également et que Jésus s’approche de moi sur la montagne et (qu’) il me touche et (qu’) il me fasse lever et qu’il me commande d’avoir confiance et de ne pas avoir peur. En effet, il est écrit : Quand Jésus se fut approché d’eux, il les toucha et il leur dit : Levez-vous et n’ayez pas peur (Mt 17, 7).

Et ainsi, en accueillant un léger bourdonnement et un bruit dans mes oreilles, je serai initié par la voix qui a été entendue et j’initierai à croire en un seul Dieu le Père tout-puissant et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique et consubstantiel au Père. Car, si le Père a dit : Celui-ci est mon Fils (Mt 17, 5 ; Mc 9,6 ; Lc 9, 35), j’ai toute la réalité de la théologie qui brille avec un petit nombre de mots et (qui) s’élargit avec lui, parce que la parole est simple aussi et qu’elle amène facilement l’infidèle à (donner son) accord. Car il faut dire ainsi : « S’il est Fils (il est) engendré vraiment ; et, s’il est, (il) n’(est) pas du tout créé. » Et en effet, Il est mon Fils, a-t-il dit, et non pas : « Il est devenu (mon Fils) ». Mais, s’il était dit : « Il est devenu », celui qui est devenu serait mis, comme il convient, au nombre des (êtres) créés. Par conséquent celui qui est Fils et ne (l’) est pas devenu sera rangé avec celui qui est Père et ne (l’) est pas devenu, parce qu’il est supérieur à tous ceux qui sont venus à l’existence. En effet, de même que celui-là est perpétuellement Père, lui qui n’a pas commencé à être Père et ne cesse pas (de l’être), de même celui-ci aussi est perpétuellement Fils, sans permettre au vrai nom de Père d’être jamais vide d’un vrai Fils et d’être frustré d’une génération vraie et authentique. Car (le Fils) est la splendeur de sa gloire et l’image de l’hypostase (He 1, 3) du Père, et pour aucun motif la splendeur n’est séparée de ce qui la fait resplendir.  Qui, en effet (éloignera) le soleil — et par « soleil » comprends moi celui qui (se présente) sous l’aspect d’un cercle, c’est-à-dire d’une forme ronde et de feu, ou bien, ce que l’on dira, ce qui émet un rayon — (qui éloignera, dis-je) le soleil de la lumière qui est émise par lui et (qui) resplendit ? Car la splendeur, fût-ce dans un point ou (dans) une partie d’une petite partie ou du temps ou de l’espace, (qui) l’éloignera ? Et en effet, le soleil ne se lève pas non plus sans sa propre clarté, et ce qui resplendit et brille n’est pas séparé non plus de ce par quoi il a resplendi et brillé. Donc, parce que (le Fils) resplendit sans se séparer et sans s’éloigner, il est la Lumière qui (est) de la Lumière ; et, parce qu’il est engendré en tant que Fils par le Père, il est Dieu de Dieu ; et, parce qu’il est perpétuellement avec celui qui est perpétuellement, il sera confessé, et bien justement, qu’il est de celui qui est et consubstantiel au Père ; car celui qui est engendré est de la même essence et de la (même) nature que celui qui engendre.

Mais, dira-t-on, on peut entendre, dans Job aussi, Dieu qui dit : Qui est père de la pluie ? Et qui est celui qui a engendré les gouttes de rosée ? Et des entrailles de qui est sorti le givre ? Et qui a engendré la glace dans le ciel (Jb 38, 28-29) ? Est-ce donc que nous dirons que et la pluie et le givre et encore la glace sont consubstantiels à Dieu à cause de ces mots, l’un : « Le père », l’autre : « Il a engendré », et la (parole) : « Il sort des entrailles ? »

Mais d’abord (Dieu) n’a pas dit : « Moi, je suis le père de la pluie », ou : « J’ai engendré la rosée », ou : « C’est de mes entrailles qu’est sorti le givre. » Mais, lorsque à Job, qui pensait traiter philosophiquement des souffrances et des locutions qui (s’)y (rapportent), il voulait créer du doute et de l’embarras et lui montrer que beaucoup d’ignorance est répandue sur la science humaine, il l’interroge sous forme de doute et il dit : « Peux-tu dire, ô homme, qui est le père de la pluie ou qui a engendré la rosée qui est si abondante ? » Ce n’est pas pour montrer la naissance de ces (phénomènes) ou (leur) génération ; mais parce que les générations humaines et les autres (générations) des (êtres) qui (sont) sur la terre ou les naissances sont précédées par le temps et par le travail, c’est pour cette raison qu’il a dit : « Ne crois pas que j’aie besoin de cela et de délai et (de) travail, de même que de la génération, pour que je fasse venir la rosée et la pluie et la glace et le givre. » Et n’est-ce pas avec une rapidité plus rapide que la parole que cela subsiste par la volonté d’une opération divine, ou plutôt par un signe seulement, ou si on peut dire au sujet de Dieu quelque chose qui soit plus rapide que cela ?

Et ensuite il faut entendre les mots d’après la qualité des objets affirmés par la parole, et non pas blesser la vérité dans l’usage des expressions. En effet, c’est différemment qu’on entend Dieu comme père de la pluie, et différemment (qu’on l’entend comme Père) du Fils et (Père) de ce (Fils) unique. Car le nom de (Fils) unique montre que c’est par Dieu le Père qu’est engendré Dieu le Verbe, le seul qui (est) du seul, et en dehors de tout mode et de (toute) invention de pensée de toute génération ; ainsi par conséquent le nom de (Fils) unique définit et distingue la génération du Fils qui (est) en haut des générations qui (sont) en bas et qui (sont) après celle-là, soit qu’elles existent, soit qu’elles soient dites d’après l’usage.

Autrement, si ceci seulement était écrit : « Le Père a engendré le Fils », et absolument rien d’autre, on pourrait comprendre, par la comparaison et (par) la similitude d’autres expressions qui (sont) semblables, une génération, non pas véritablement et de l’essence du Père, mais d’après l’usage, comme au sujet de la pluie et du givre et de la glace. Mais, parce que ces (paroles) qui (concernent) la génération du Fils ne s’arrêtent pas jusqu’à cela seulement et que nous n’avons pas affaire, ainsi que (le) pensent ces (hommes) vains, à une seule expression, de telle sorte que, par suite de l’explication aberrante de celle-ci, les (objets) de la foi soient pour nous en danger de se perdre, qu’ils cessent de grignoter les paroles peu importantes, comme des souris, d’une manière qui est immonde.

Que ferons-nous, en effet, en entendant Jean qui dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu (Jn 1, 1). Car, s’il était au commencement comme celui qui est auprès de celui qui est et comme Dieu auprès de Dieu, comment pouvons-nous comprendre que la génération de Dieu, et qui est en tout temps, n’est pas vraie et hypostatique et éternelle et de l’essence de celui qui (l’) a engendrée, mais assimiler celle-là à la pluie et au givre ? Et comment emploierons-nous ces paroles au sujet du givre et de la pluie, alors qu’ils sont engendrés par Dieu comme le Fils, ainsi que vous dites ? Et comment conviendra-t-il à l’un de ces (phénomènes) de dire : Et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; et personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler (Mt 11, 27) ? Et comment le givre passera- t-il pour être la splendeur de la gloire de Dieu et l’image de son hypostase (He 1, 3) ? Car la chose faite ne peut pas être l’image de celui qui l’a faite ; mais la génération montre bien ce qu’est le père en hypostase à cause de la participation de la nature.

Vous voyez comment les partisans d’Arius, en osant amoindrir la génération divine du Fils, nagent comme des (êtres) légers sur des similitudes de mots, vides et qui (sont) dépourvues de sens, sans distinguer qu’est-ce qui est énoncé par les noms pour qu’ils soient dits de lui ou ce qui est indiqué par eux, et (comment) ils aboutissent à tomber dans la dernière absurdité, eux qui dans le naufrage de leurs pensées disent même ceci : « Quoi d’étonnant si le Christ est dit la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu (cf. 1 Co 1, 24) ? Voici, en effet, que Joël aussi a écrit : La sauterelle et la locusta et le gryllus et l’eruca, ma grande puissance que j’ai envoyée contre vous (Jl 2, 25). » Est-ce donc que et la sauterelle et la locusta et l’eruca sont de la même essence divine, elles qui ont été dénommées la grande puissance de Dieu ? C’est à ceux-là qu’il sera dit très opportunément : Vous êtes dans l’erreur, vous qui ne connaissez ni les Livres, ni la puissance de Dieu (Mt 22, 29). En effet, le Christ, comme Dieu de Dieu et qui est perpétuellement de celui qui est perpétuellement, est la sagesse essentielle et subsistante et la puissance subsistante et essentielle. Mais les fléaux de la sauterelle et de I’eruca sont des opérations de la puissance divine, qui amènent ceux qui pèchent à la conversion et au changement en ce qui est meilleur, (opérations) par lesquelles se montre la grandeur de la puissance agissante qui a un tel pouvoir même par l’intermédiaire de la sauterelle et de l’ eruca, ces viles (bestioles), ( opérations) que Paul également a appelées tantôt les opérations des miracles et tantôt du nom de « miracles », comme (là) où il dit : En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse, à l’autre une parole de connaissance selon le même Esprit, à un autre la foi par le même Esprit, à un autre le don des guérisons, à un autre les opérations des miracles (1 Co 12,8-10) ; et dans un autre endroit encore : Quoique je ne sois rien, et cependant les signes des apôtres ont été opérés parmi vous en toute patience par des signes et par des prodiges et par des miracles(2 Co 12, 11-12). Ainsi le Livre divin a coutume d’appeler « miracles » les opérations de la puissance divine, de même qu’également le fléau de la sauterelle et de l’eruca est dit une grande puissance.

C’est de cette manière, en effet, qu’il a armé aussi des frelons contre les peuples qui tenaient le pays d’Israël, et (cela), alors que par ces (bestioles) très petites il montrait la supériorité et l’invincibilité de sa propre puissance. C’est pourquoi encore Jésus, le fils de Noun, qui après le grand Moïse était le conducteur du peuple et (son) général d’armée, en rappelant à ses compatriotes les miracles étonnants que Dieu avait faits, disait : Et il envoya devant vous des bataillons de frelons et il chassa de devant votre face douze rois des Amorrhéens ; (ce ne fut) ni par ton épée ni par ton arc (Jos 24, 12). Comprends-tu comment est ce plan (de conduite) ? — C’est pour que même par de viles bestioles de ce genre apparaisse l’infinité de la puissance de Dieu. C’est pourquoi donc, lorsqu’il tourmentait également Pharaon par les grenouilles et par la grêle et par la sauterelle, il disait : C’est afin que je montre en toi ma puissance et afin que mon nom soit pro clamé par toute la terre (Ex 9,16 ; Rm 9,17).

Cependant ce n’est pas à cause de cela que nous regarderons le Christ, la puissance et la force essentielle du Père, comme la même chose que ces prodiges et (ces) miracles qui s’opèrent par lui ; car celui qui fait est assurément autre chose que ce qui est fait. Et ce n’est pas nécessairement que des homonymies unissent en même temps aussi les natures des objets au sujet desquels elles sont nommées. C’est pourquoi Dieu est dénommé « Esprit », ainsi que dit Jean : Dieu est Esprit (Jn 4, 24) ; les anges sont dits également « esprits » ; car le prophète David chante : Celui qui a fait ses anges des esprits (Ps 103, 4). Mais ce n’est pas pour cela que nous regarderons comme la même chose l’ange et Dieu ; car l’intervalle qui (est) au milieu (à savoir l’intervalle) de celui qui fait à ce qui est fait, est grand, et on ne peut pas dire combien grand (il est).

Que les Ariens donc ne se trompent pas eux-mêmes, en considérant et en produisant en public avec ignorance la naissance et la génération de la rosée et du givre et en pensant montrer par la similitude de telles (expressions) que la naissance ineffable du Fils est fausse et non pas vraie et qui (est) de l’essence du Père, et qu’ils ne comparent pas la puissance de la sauterelle et du gryllus et de l’eruca à la sagesse et à la puissance essentielle et unique de Dieu. Mais qu’ils entendent David, qui montre la vérité de la génération divine du Fils et dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite ; c’est des entrailles qu’avant l’étoile du matin je t’ai engendré (Ps 109, 1.3). Et, afin que personne ne pense que ces (paroles) sont dites des seigneurs qui (sont) dits (tels) improprement, (de) deux rois, s’il se trouve — car de tels récits d’inventions et de fables, qui n’ont de créance en aucune manière, sont inventés et forgés par les Juifs — parce que, dans la langue hébraïque, il y a beaucoup de noms honorables et secrets et qui (sont) réservés à Dieu et par lesquels rien d’autre n’est nommé, par exemple celui d’Elohim et celui de Yéhyéh et celui d’ Adonaï, (noms) que même avec soin ceux qui ont traduit ont eux-mêmes laissés volontairement en beaucoup d’endroits sans (les) traduire, en montrant par cela le caractère particulier et incommunicable de ces noms, c’est de ceux-là qu’ici aussi le prophète s’est servi en chantant : Yéhyéh a dit à Adonaï (Ps 109,1), c’est-à-dire : « Le Seigneur (a dit) au Seigneur des armées » ; car c’est cela que signifient ces noms.

Parce que donc, lorsque notre Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ a accompli toute l’économie de l’inhumanation, après la résurrection d’entre les morts, il est monté avec son corps au-dessus des cieux, ainsi qu’il est écrit, alors qu’il remplit l’univers divinement et incorporellement et (qu’) il s’humiliait lui-même jusqu’à la mort (cf. Ep 4,10) et (à) la mort qui (a eu lieu) par la croix et (qu’) en rien il n’a été diminué de sa propre gloire, mais (que), même dans les souffrances et dans la faiblesse qui (est) dans la chair et qu’il a prise volontairement pour nous, il a montré (sa) force et (son) impassibilité et (que) par les souffrances il a vaincu la mort et a prévalu sur elle dans le combat légalement, (pour cela, dis-je) le prophète, prévoyant d’en haut le mystère, écrivait ce que, frappé (qu’il était) comme une cithare, il recevait de l’Esprit l’ordre de chanter. C’est pourquoi c’est aussi pour notre instruction qu’il introduit un langage, comme s’il provenait de Dieu et Père à l’adresse du Fils ; car il n’était pas possible que, nous-mêmes, nous apprenions la vérité autrement, si cela n’était pas écrit d’une manière humaine et en rapport avec notre faiblesse. Et sinon, il est de toute évidence que le Dieu incorporel ne parle pas au moyen d’organes qui produisent la voix ; car la parole de Dieu est le (fait) de vouloir seulement. Et comment le Fils également, pour entendre, a-t-il eu besoin de paroles, lui qui et sait et veut les mêmes choses (à savoir) toutes celles que le Père aussi (sait et veut) ? En effet, de ceux de qui l’essence est une et également l’identité en tout, en dehors de ce que l’un est Père et que l’autre (est) Fils, nécessairement la volonté aussi est une et la même.

Qu’est donc ce que, par l’intermédiaire du prophète, la parole désigne, en faisant une prosopopée : Le Seigneur a dit au Seigneur : Assieds-toi à ma droite (Ps 109, 1) ? — Or cela ne montre rien d’autre, si ce n’est l’égalité d’honneur du Père et du Fils. En effet, le (fait) de penser à la droite au sujet de Dieu et Père incorporel et infini fait partie de ce qui (est) sans intelligence. Mais, parce que chez nous cela indique l’honneur, le fait d’être assis à droite, en vertu d’une coutume humaine, indique les sens élevés. Et sinon, si quelqu’un restait dans ce langage extérieur et superficiel des λέξεις, c’est-à-dire des expressions, sans aboutir jusqu’aux sens qui conviennent à Dieu, il se trouverait mème que le Fils est plus honorable que le Père comme celui qui est assis à sa droite. Mais le Livre n’a eu qu’une préoccupation (à savoir) montrer par les mots et (par) les sens qui ont cours chez nous, ainsi que je (l’) ai dit, l’égalité d’honneur du Père et du Fils. Et en effet, il savait clairement que, en quelque lieu que quelqu’un fasse monter davantage le Fils en honneur, il ne mettra pas celui-là au-dessus du Père qui l’a engendré.

Et c’est ce sens-là que montrent également les expressions rapportées précédemment selon le langage des Hébreux. En effet, Yéhyéh, dit (le Livre), a dit à Adonaï (Ps 109,1) ; « Le Seigneur (a dit) au Seigneur des armées. » Car, si l’ordre était inversé et était : « Le Seigneur des armées a dit au Seigneur », quelques-uns diraient nécessairement que « ce Seigneur des armées » est attribué et donné au Père comme à celui qui (est) supérieur, et (que) « ce Seigneur », qui est au milieu, est employé au sujet du Fils comme pour celui qui (est) inférieur. Or maintenant, au contraire, c’est au sujet du Père que ce nom qui passe pour être au milieu, (à savoir) « ce Seigneur », est employé et (que) celui qui sans conteste est lui-même (celui) qui (est) supérieur (à savoir) « ce Seigneur des armées », est dit au sujet du Fils, parce que les Livres sacrés ont soin de nous montrer par la haute signification des expressions que le Fils n’est pas inférieur au Père, lui qui ne peut pas arriver au-dessus de la gloire du Père. Et cela est dit d’après la traduction de la langue grecque. Et sinon, selon le mot des Hébreux ainsi que nous (l’) avons dit précédemment, et le (nom) de Yéhyéh et le (nom) d’Adonaï font au même titre partie des noms qui sont incommunicables et qui sont dits seulement de Dieu. C’est pourquoi donc tous ceux également qui ont traduit ont transmis de la même manière au sujet des deux (noms) : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite (Ps 109,1).

Et, afin qu’il ne semble pas, selon la stupidité que veulent les partisans de Nestorius, que c’est par grâce que l’homme est entré (et) a été inscrit parmi les fils et (que) par un saut il est monté sur le trône céleste et élevé et (qu’)il a regardé comme rapine, selon la parole de Paul (cf. Ph 2,6), le (fait) d’être à égalité avec Dieu, et (afin) que le Père ne semble pas mentir, lorsqu’il dit par le prophète : Je ne donnerai pas ma gloire à un autre ( Is 42, 8 ; 48, 11), il a ajouté la cause, quand il a continué ensuite : C’est des entrailles qu’avant l’étoile du matin je t’ai engendré (Ps 109, 3), en criant pour ainsi dire : «  Pour cette raison assieds-toi à ma droite, même lorsque tu es incarné, parce que tu n’es pas un autre Fils, en dehors de celui qui est engendré de moi vraiment et de mes entrailles, ainsi qu’on dirait, mais un et le même. » Et c’est en se servant de l’usage de parler des hommes qu’il a mis cela aussi pour preuve d’une génération véritable. Et sinon, quelles entrailles (a) celui qui est sans corps ? Mais, de même que, au sujet d’une action, alors que, nous, c’est avec les mains que nous (la) faisons et que, lui, c’est par la parole qu’il fait tout, il se sert des noms qui nous sont habituels et (qu’) il dit à la manière des hommes : C’est moi qui avec ma main ai affermi les cieux (Is 45, 12) et (que), nous aussi, (nous) lui (disons) : Ce sont tes mains qui m’ont fait et m’ont façonné (Ps 118, 73), de la même manière, alors que les naissances corporelles et consubstantielles qui (arrivent) chez nous se font en général par les entrailles, selon ce qui se trouve chez Isaïe : Est-ce qu’une femme oubliera son fils ? Ou n’aura-t-elle pas pitié des enfants de ses entrailles (Is 49, 15) ? et également dans les Proverbes de même : Que (te dirai-je), fils de mes entrailles ? Que (te dirai-je), fils de mes vœux (Pr 31, 2) ? Lui-même aussi, d’une manière qui convient à l’homme et cependant est assurément très significative, il a dit : C’est de mes entrailles qu’avant l’étoile du matin je t’ai engendré (Ps 109, 3). C’est pourquoi c’est très bien que ces CXVIII (Pères), en nous transmettant la foi et en s’attachant au Livre inspiré par Dieu, ont dit au sujet du Fils : « L’unique est né du Père », c’est-à-dire de l’essence du Père.

Et la (parole) : C’est avant l’étoile du malin, c’est-à-dire Lucifer, que je t’ai engendré (Ps 109, 3), fait connaître que c’est avant tout le monde et avant toute créature douée d’intelligence et avant les esprits d’en haut et les armées immatérielles (qu’il l’a engendré). En effet, Dieu qui (est) dans la Trinité est la Lumière par essence ; et les anges, parce qu’ils ont part à la splendeur qui (vient) de là et, comme on dirait, à l’écoulement (de la lumière) et qu’ils peuvent soutenir cette (lumière) et nous apporter des commandements pleins de lumière et de science, sont des étoiles « Lucifers », tel qu’est apparu Gabriel, lorsqu’il expliquait à Daniel, autant qu’il est possible, et (lui) révélait les (sens) inconnus des énigmes prophétiques et (lui) disait : Daniel, je suis sorti maintenant pour t’apprendre l’intelligence ; au commencement de ta prière, une parole est sortie, et, moi, je suis venu pour te (la) faire connaître, parce que, toi, tu es un homme de désirs ; et considère la parole (Dn 9, 22-23). Il était Lucifer, lorsqu’il a également fait connaître à la Mère de Dieu la Vierge cette annonciation, qui indiquait la venue dans la chair de la Lumière ineffable et supérieure, qui s’est levée pour ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort (cf. Lc 1, 78-79), et (qui) a rempli toute la terre d’une science divine et qui se voit bien et (est) lumineuse.

C’est donc de (ses) entrailles et de (son) essence, et aussi avant toute créature et avant tout Lucifer, que le Père a engendré le Fils. En effet, (cela) relève bien de la folie que nous considérions que cela est dit de Lucifer, c’est-à-dire de cette étoile du matin sensible et qui se voit, (là) où c’est après la création du ciel et de la terre et des plantes et de l’herbe qu’au quatrième jour sont venus à l’existence le soleil et la lune et toutes les étoiles.

Mais, de même que la (parole) : « Le Fils », et le (fait) d’être dit avoir été engendré des entrailles et tous les mots de ce genre montrent celui qui a été engendré consubstantiel à celui qui l’a engendré, de même aussi le (fait) que le Fils soit nommé le Verbe montre (son) impassibilité et (son) incorporéité et (sa génération) sans émission (de semence) et qui (est) exempte de tout ce qui se voit dans les générations corporelles. En effet, la parole est une naissance impassible, elle qui est sortie de l’intelligence, et non pas du mélange ou de l’union des corps ; et, comme une image, elle laisse s’échapper par imitation tout mouvement intellectuel qui se trouve dans la pensée et elle (le) montre et le fait connaître ; et elle est autre, en dehors de ce dont elle est l’image, et elle le montre et le figure en elle-même. Et avec la parole, lorsqu’elle sort, le souffle aussi sort nécessairement. Mais notre parole, comme celle qui sort d’une intelligence changeante et est produite par des parties du corps (à savoir) les lèvres et la langue, est chassée et exhalée en même temps qu’elle sort ; et aussi le souffle de la bouche, c’est-à-dire l’haleine, a cessé avec la sortie (de la parole) et il s’est évanoui.

Or de Dieu le Père, de l’intelligence qui (est) au-dessus de tout, de celui qui est, de celui qui subsiste (de) celui qui donne également aux autres leur existence, (de Dieu le Père, dis-je) tels sont et le Verbe et l’Esprit, vivants et subsistants et créateurs et tout-puissants et qui renferment tout ce qui est créé et (qui) sont dans le Père, de même que le Père aussi est en eux, d’une manière infinie et incorporelle, et ainsi que (le) sait et (l’)atteste celui qui a dit dans les Évangiles : Moi (je suis) dans le Père, et le Père est en moi (Jn 17, 21). De même, en effet, que le Verbe est la splendeur de la gloire el l’image de l’hypostase (He 1, 3) du Père, de même aussi l’Esprit saint est l’Esprit de vérité qui procède du Père (Jn 15, 26), et nécessairement il montre en lui-même celui de qui il est l’Esprit, parce qu’il est de la même essence que celui qui l’a fait sortir, afin qu’il soit aussi l’Esprit de vérité qui ne fait pas mentir par une essence différente celui de qui il procède. C’est pourquoi, en effet, il est compté et loué avec le Père et avec le Fils, et c’est dans le Père et dans le Fils et dans l’Esprit saint que nous sommes baptisés. Car, si ce n’est pas éternellement qu’il subsistait avec le Père et avec le Fils et qu’il ne leur fût pas consubstantiel et égal en honneur, il faudrait qu’il soit rangé avec la créature et qu’il ne soit pas élevé avec la nature incréée et que nous ne croyions pas nous-mêmes en lui comme nous avons cru dans le Père et dans le Fils.

La Trinité sainte est donc coéternelle, incréée et consubstantielle. Et, de même que le Père est Dieu, le Fils aussi est Dieu, l’Esprit saint également est Dieu. Et, de même que le Père est Lumière, le Fils aussi est Lumière, l’Esprit saint également est Lumière. Et, de même que le Père est auteur et créateur et tout-puissant, de même le Fils aussi, l’Esprit saint également. Mais ce ne (sont) pas à cause de cela trois principes. En effet, par cela que le Fils et l’Esprit saint s’élèvent jusqu’au Père et (que) l’un est engendré par lui et (que) l’autre (en) procède, il y a nécessairement un seul principe et un seul Dieu, qui est vu dans une seule essence et divinité et dans trois hypostases non confondues, bon, juste (et) qui s’approche de tout avec sollicitude et avec bonté ; car le Seigneur est bon pour toutes les choses en même temps, et sa miséricorde (s’étend) sur toutes ses œuvres (Ps 144, 9). En effet, parce qu’il est l’auteur de toutes les choses, c’est à juste titre qu’il a de la sollicitude pour toutes les choses et s’(en) occupe.

D’où donc est-il monté à l’esprit des Manichéens, qui sont plus pervers que tout, d’introduire deux principes incréés et sans commencement, le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténèbres qu’ils ont nommées aussi la Matière ? En effet, qui est-ce qui ne réfutera pas l’absurdité par elle-même ? Et qui, après la réfutation, ne déplorera pas le manque d’intelligence ? Car un principe est la cause et la racine de tout, alors qu’il n’a rien qui le surpasse, en sorte qu’il soit encore proprement un principe. Lequel d’entre eux donc dirons-nous qu’il est la cause de l’autre, afin d’attribuer à celui-là le nom de principe ? Laquelle chose d’entre elles ? Le Bien (est-il la cause) du Mal ? Ou, au contraire, le Mal (est-il la cause) du Bien ? Et comment est-il possible que ce qui est le Bien par essence soit la cause et la racine et l’origine de la substance de ce Mal, ou que le Mal à son tour donne le commencement à la nature de ce Bien qui en toute chose lui (est) étranger et opposé ? Ils font mentir donc tous les deux le nom de principe, parce qu’en rien l’un n’est supérieur à l’autre ou ne le dépasse.

Bien plus (Mâni) dit : « Chacun d’eux, en effet, est incréé et sans commencement et le Bien qui est la Lumière et le Mal qui est les Ténèbres et la Matière, et ils ne partagent rien l’un avec l’autre. » — Quoi donc ? Dis à moi qui t’interroge : Professerons-nous que ceux-là aussi sont infinis ? Car à ce qui est incréé et sans commencement convient nécessairement aussi l’infini ; or c’est le propre des infinis également (d’être) sans corps ; et, ce qui est sans corps, il est certain qu’il est aussi intellectuel ; et comment n’est-ce pas manifestement le (fait) de la dernière folie que nous disions la Matière immatérielle et intellectuelle ?

Et, lorsque les deux sont infinis et qu’ils ne sont pas retenus quelque part, (il est) de toute nécessité que les choses qui sont tout à fait contraires et ennemies et les choses qui par nature ne s’accordent pas les unes avec les autres soient mélangées ; et dès lors il n’y a plus deux principes, mais un seul principe qui est à la fois mélangé et mêlé. Que si chacun d’eux est séparé et qu’il ait un lieu propre, (il est) fini ; et les choses qui sont finies sont nécessairement aussi dans des corps, même si ce n’est pas dans des (corps) épais et denses, mais dans des (corps) subtils en quelque manière ; or le propre des corps, c’est le (fait) d’être finis, et, alors qu’ils sont finis et (qu’ils sont) des corps, comment sont-ils incréés et sans commencement ? Et qu’y a-t-il cependant qui les retient (séparés) l’un de l’autre, pour qu’ils soient sans mélange ? En effet, (il est) nécessaire qu’il y ait quelque troisième (principe) et que celui-ci (soit) sans commencement et incréé, de façon que toujours et perpétuellement soient retenus (séparés) l’un de l’autre ce Bien et ce Mal, ces natures ennemies et adversaires l’une de l’autre et sans commencement et incréées. Par conséquent (il y a) trois principes, et non pas deux. Car il faut que nous supposions que ce (principe) intermédiaire appartient à une nature étrangère en dehors de ces deux (principes), afin qu’il puisse aussi (les) clôturer et les enfermer (séparés) l’un de l’autre, eux qui sont si ennemis. En effet, si nous apparentons ce (principe) intermédiaire à chacun de ces deux principes et que nous décrétions qu’il appartient ou à l’essence de la Lumière ou à celle des Ténèbres, il sera besoin de nouveau d’un autre (principe) intermédiaire qui empêche le mélange.

Mais, à ce qu’il semble, il est permis à ces pervers de forger et d’inventer ainsi vainement ces stupidités et ces blasphèmes et (ce) qui ne peut pas du tout en aucune façon tenir debout et de se conduire d’après une loi indépendante et avec audace et de dire « essence » les Ténèbres mauvaises et de les armer contre la Lumière bonne et éternelle et de dire « incréé » ce qui n’a absolument aucune consistance et, alors qu’elles sont la Matière et que c’est d’après leur parole également qu’elles sont ainsi nommées, de (les) décréter et de (les) appeler « immatérielles et intellectuelles » et de limiter encore celles-là et de les enfermer dans des lieux de la même manière (que le Bien) et de dire que ce Bien, qu’ils ont dénommé « Lumière » et « Arbre de la Vie », occupe les régions (situées) vers l’orient et l’occident et le nord, et que l’ Arbre de la Mort car ils appellent également ainsi la Matière qui est très mauvaise et incréée — ( occupe) les (régions) australes et méridionales.

Et, après avoir fait de la θεολογία, , c’est-à-dire de la théologie, d’une manière si impie et (si) blasphématoire, ils apportent des exemples qui conviennent à leur théologie et ils disent en propres termes : « La différence et la distance de ces deux principes sont telles que (sont) également (celles) d’un roi et d’un porc », et : « L’un, c’est ainsi que dans un palais qu’il se comporte dans ses  propres lieux, et l’autre, c’est comme un porc qu’il se roule dans la fange et se nourrit de pourriture et s’(en) délecte, ou c’est comme un serpent qu’il se  glisse dans son trou », et après qu’ils ont dit en plus que le porc et le serpent naissent spontanément, afin que par ces exemples la (qualité) d’incréé ne se perdît pas en quelque façon pour (les principes). Il convenait, en effet, que le principe de la Matière incréée des Manichéens fût tel et qu’il fût assimilé à de tels (animaux) ; c’est d’elle, disent-ils aussi très justement, qu’ils sont venus eux-mêmes à l’existence, puisque ceux qui sont devenus des porcs dans leur intelligence l’imaginent créatrice et efficiente.

Mais, afin de faire remonter le sujet vers ce qui est plus nécessaire au point de vue de la réfutation, en laissant de côté maintenant ces (propos) ridicules, je mettrai ici devant vous quelques-unes des fables abominables de Mâni, qui a été fou — c’est d’après lui que les Manichéens sont nommés — (fables) par lesquelles vous saurez comment ils enferment dans des lieux leurs principes incréés.

Il s’exprime, en effet, dans l’un de ses écrits à ne pas citer, ou plutôt qui sont dignes des ténèbres et de l’oubli, en ces termes : « Quant à ces choses qui sont perpétuellement et toujours depuis le commencement — il parle de la Matière et de Dieu — chacune d’elles existe par sa nature. Et c’est ainsi qu’existe l’Arbre de la Vie, qui (est) orné là de toutes ses beautés et de (toutes) ses magnificences et rempli et revêtu de tous ses biens et ferme et fixe sans sa nature ; et sa terre renferme trois régions, celle du nord qui est en dehors et en dessous, et l’orient et l’occident en dehors et en dessous ; et plus en dessous il n’y a rien qui soit plongé ou revêtu par lui dans aucune des régions ; mais l’infini est en dehors et en dessous ; il n’y a pas de corps étranger, ni autour de lui, ni au-dessous de lui, ni dans aucun lieu de ces trois régions. Mais c’est « à (l’Arbre de la Vie) en dessous et en dehors, au nord et à l’orient et à l’occident, et il n’y a rien qui (l’)entoure et l’enferme dans ces trois régions ; mais il est en lui-même à part, étant revêtu de ses fruits en lui-même, et la royauté est en lui. »

Et après cela, lorsque eurent été rapportées des stupidités nombreuses et sans fin et des inventions et des inepties qu’il n’est pas non plus aisé d’épuiser en beaucoup de temps, parce que c’est sur les mêmes (sujets) que souvent il va et vient de nouveau et qu’il circule et erre comme dans les ténèbres — car telles sont les pensées des ténèbres — il dit encore ceci au sujet du Bien : « Et il n’est pas vu, dit-il, dans la région australe et cela parce qu’ (il est) caché dans ce qui (est) dans son sein ; en effet, Dieu a entouré ce lieu d’un mur. » 

Et, après avoir débité en public des (stupidités) plus nombreuses encore, il en ajoute d’autres qui ne diffèrent ou ne s’éloignent en rien de celles-là par l’impiété. « Sa lumière et sa bonté ( de l’ Arbre bon) sont invisibles, afin qu’il ne donne pas une occasion de désir à l’Arbre mauvais, qui est au sud, et (qu’) il ne soit (pas) pour celui-ci une occasion d’être excité et tourmenté et d’être en danger. Mais celui-là (l’Arbre bon) est enfermé dans la gloire, et il ne donne pas une occasion à cause de sa bonté ; mais il s’est protégé lui-même dans sa justice, et il est dans cette gloire, tout en étant perpétuellement dans la nature de sa grandeur dans ces trois régions. Et quant à cet Arbre de la Mort également, il n’a pas de vie par sa nature, et non plus des fruits de bonté sur aucune de ses branches ; et, lui, il est perpétuellement dans la région australe ; et il a aussi un lieu propre, qui est au-dessus de lui. »

Vous voyez de combien d’outrages et de souffrances ils osent accabler Dieu qui seul (est) bon, eux qui se sont fait de leurs blasphèmes un sujet et une affaire de piété et qui ne disent pas même ce qui s’accorde avec eux-mêmes.

Et en effet, celui (Dieu) que (Mâni), dans ces paroles qui à l’instant ont été citées ici, a dit sans limite, il montre qu’il a une fin et qu’(il est) limité, en l’enfermant dans ces trois régions, dans l’orient et dans l’occident et dans le nord. Et il dit qu’« il n’est pas vu dans la région australe et (qu’il est) caché dans ses « propres seins ». Et pourtant il dit qu’« il a clôturé son propre lieu d’un mur ». Mais, s’il était invisible par (sa) nature, alors qu’il n’était pas du tout vu par la Matière qui (est) dans la région australe, il avait lui-même l’aide qui vient de sa propre nature, alors que pour ce Mal il était invisible et nécessairement insaisissable ou plutôt inexpugnable. En effet, celui qui élève un mur et s’(en) entoure, c’est pour se protéger personnellement qu’il l’élève, parce qu’il craint l’attaque et la venue de celui qui est plus fort que lui. Par conséquent (Dieu) est et faible et peureux et qui a besoin d’inventions qui le protègent, et il n’est pas sans besoin comme Dieu. Et ensuite, s’il a entouré ce lieu d’un mur, de quelle matière a-t-il entouré (le lieu) et a-t-il construit (le mur) ? Et, s’il a entouré (le lieu) d’un mur, c’est nécessairement lorsqu’il n’existait pas auparavant qu’il a fait le mur ; donc, avant d’avoir fait le mur, il était sans protection. Et comment ne savait-il pas d’avance qu’il allait lui-même avoir besoin d’un mur, alors qu’il est Dieu, et (ne) l’a-t-il (pas) construit dès le commencement ? Et comment la Matière était-elle alors inactive, sans attaquer le Bien, quand il était privé (du mur) dès le commencement, plutôt que de l’avoir attaqué, après que le lieu a été fortifié, selon tes stupidités, ô un tel, et d’avoir fait peur et de s’être montrée forte au point d’enlever même une parcelle au Bien ?

Et comment le Bien, alors qu’il pouvait construire un mur avec une matière très bonne, n’a-t-il pas organisé avec cette même (matière) un monde bon qui soit sans mélange avec le Mal ? Que s’il a fait un mur immatériel et intellectuel (c’est) merveille comment celui qui peut amener les essences immatérielles du non-être à l’être n’a pas fait facilement aussi les (essences) matérielles ? Que si également ce mur étaiτ αὐτοφυής, c’est-à-dire existait par soi-même, ainsi que vous avez coutume de dire, il nous est entré encore un troisième (principe) sans commencement et incréé ; par conséquent il faut que nous le comptions avec ces deux (principes) et, au lieu de deux, c’est trois principes qu’il faut que nous conjecturions. Que si c’est de son essence que le Dieu bon a établi le mur, de quelle manière cet incorporel s’est-il diminué ou divisé lui-même ? Que si, selon tes fables, le Mal devait s’armer contre le Bien dans une guerre, parce qu’il désirait sa beauté qui est très éclatante et (très) remarquable, et (que si) le mur était de cette même essence très aimée et magnifique, c’est d’une autre nature qu’il fallait s’entourer d’un mur pour la protection. Et sinon, que s’il était de la même essence que Dieu, il suffisait à la Matière de détacher une parcelle au mur, qu’il lui était très facile et à sa portée de briser, et d’être satisfaite dans son désir et de se mélanger au Bien. Comment donc enfermes-tu le Bien de tous les côtés comme celui qui a besoin de quelque protection et de vigilance, et dis-tu que « la terre qui lui convient comprend trois régions, la septentrionale, l’orientale, l’occidentale, » et qu’il n’y a pas non plus en dessous un vêtement de dessous ? Car je me sers de ton expression, lorsque tu parles comme de quelqu’un qui a froid, lequel avec de nombreuses couvertures se réchauffe lui-même et enveloppe ses pieds, afin que d’en dessous rien qui refroidisse n’apparaisse non plus à son sujet.

Mais voyons nous-mêmes sa réflexion digne de Dieu, à cause de laquelle (il s’exprime) ainsi : « (Pourquoi) le Bien se cache-t-il à celui qui combat avec Dieu ? » — « Afin qu’il ne donne pas, dit-il, une occasion de désir à l’Arbre mauvais, qui est au sud, et (qu’) il (ne) soit (pas) pour celui-ci une occasion d’être excité et tourmenté et d’être en danger. Mais, lui-même, il est enfermé dans la gloire et il ne donne pas une occasion à cause de sa bonté. »

Qui est-ce qui peut supporter ces toiles d’araignée ? Et qui est-ce qui pleurera, comme il convient, sur des âmes raisonnables, en les voyant embarrassées dans ces (toiles) ? En effet, cela donnerait lieu à la tristesse et à l’angoisse, si, en disant cela aussi à des ânes et à des taureaux, ils pouvaient les tromper, à plus forte raison (en disant cela) à des hommes qui n’ont pas perdu complètement le (fait) d’être cela même, (à savoir) ce que sont des hommes.

En effet, celui qui est mauvais par essence, comment désirerait-il le Bien, parce que quelqu’un désire aussi ce qu’il est capable de recevoir ? Et celui qui est mauvais par nature ne peut pas avoir part au Bien. Car les (caractères) des essences, c’est-à-dire des natures, restent immuables, fixes et fermes et qui n’ont absolument aucun mélange avec le contraire ; en effet, quelle communauté la Lumière (a-t-elle) avec les Ténèbres (2 Co 6, 14) ? s’est écrié aussi Paul, en considérant ces choses.

Et deuxièmement, après que cet impur Mâni a dit que « le Bien est invisible pour la région australe », comment dit-il de plus que « la Matière qui demeure et habite au sud et dans la région méridionale » peut désirer ce qui n’est pas vu ? En effet, d’une part, si elle restait dans la région australe, elle ne pouvait pas voir ce qu’elle désirait ; d’autre part, lorsqu’elle sortait, elle traversait les frontières de son héritage que lui a fixées dès le commencement cet audacieux et (cet) indépendant et, pour parler selon la vérité (cet) inique. Et comment s’accorde avec les inventions impures de celui-là le (fait) que le Dieu bon s’enferme lui-même, afin que, en le voyant, l’Arbre mauvais ne soit pas excité et tourmenté et qu’il ne soit pas en danger ? Car quel danger y a-t-il ici (à savoir) que la Matière eût part au Bien, si elle pouvait y avoir part ? Au contraire, il y avait même avantage à ce que (le Dieu bon) permît ceci, (à savoir) que par la participation à ce qui est meilleur il changeât celle qui est si mauvaise. Et, lui aussi, Dieu portera justement la culpabilité pour envie, parce qu’il se cache lui-même, lui qui par sa propre beauté peut entraîner au Bien et subjuguer et soumettre celui qui (lui) est opposé et (le) combat ; car celui qui a condescendu au désir cède et se soumet à ce qui est désiré et il ne lui résiste plus en rien.

Mais celui (Mâni) qui disait : « Dieu s’enferme lui-même à cause de sa bonté, de peur que, quand l’Arbre mauvais sera excité par la vue, il ne soit pris par le désir et qu’il ne soit en danger », après avoir oublié ses fables retourne tout le danger contre ce Bon et qui avait pitié. Car il prépare et arme amèrement contre lui le Mal, la Matière, l’Arbre mauvais de la Mort. Que tous les noms, en effet, soient dits à la fois en même temps et que tous les hommes apprennent à qui les Manichéens attribuent des victoires contre le Dieu bon ;

Et d’abord, ils disent ces choses-ci au sujet de la Matière : « L’Arbre de la Mort est divisé en de nombreux (arbres) » ; et : « La guerre et la cruauté sont en eux » ; et : « Ils sont étrangers à la paix et remplis de toute méchanceté et jamais ils n’ont de bons fruits » ; et : « Il est divisé contre ses fruits, et les fruits aussi (sont divisés) contre l’Arbre, et ils ne s’entendent pas avec celui qui les a engendrés. Mais, tous, ils forment la teigne pour la corruption de leur lieu, et ils ne sont pas soumis à celui qui les a engendrés. Mais l’Arbre tout entier est mauvais et qui ne fait jamais rien de bon ; mais il est divisé contre lui-même, et chacune de ses parties corrompt ce qui est proche d’elle. »

Et maintenant ils commencent dès lors à rassembler une armée et une réunion de soldats puissante, ou plutôt dérisoire et sans consistance, et à diviser la Matière en de nombreuses parcelles et à nommer celles-là « fruits » ; et ils disent que (les fruits) se corrompent les uns les autres, et ils supposent que ceux-ci se révoltent contre l’Arbre qui les a engendrés et que comme la laine ils sont détruits et corrompus par la teigne. Quant à la teigne, ils ne disent pas qu’elle croît, c’est-à-dire naît, mais qu’elle est formée par (les fruits), de sorte qu’ils arrivent à disparaître et qu’ils se détruisent et s’anéantissent les uns les autres, avant d’en venir à l’opération qui (est) contre le Bien.

Et pourtant, parce que ceux qui forgent les inventions athées d’une gloire impure et abominable n’ont pas compris cela et que tout aussitôt ils disent sans examen ce qui leur plaît et qu’à l’instant même ils détruisent cela et qu’ils ajoutent inventions sur inventions d’une manière plus invraisemblable, ils ajoutent (et) insèrent ces autres choses qui suivent celles-là.

En effet, après avoir dit que ces (membres) de la Matière, cette mère avec les enfants, se révoltaient et que tous étaient confondus pêle-mêle et qu’ils étaient remplis de révolte et de trouble, parce qu’ils se sont tous dressés les uns contre les autres, c’est à la suite de cette révolte qu’immédiatement et contre toute vraisemblance ils ont réuni en une seule armée et (pour) une guerre unanime contre la Lumière ceux qui se révoltaient, après avoir appelé les mêmes également « fruits » de l’ Arbre mauvais et membres de la Mort et en avoir fait des gens armés. Car il leur est permis et de faire essences du Mal et de la Mort les choses qui n’existent pas et de diviser celles-là en un grand nombre et de les réunir de nouveau en une seule et de présenter en même temps la révolte et l’entente et de remplir tout d’énigmes inconsistantes.

Mais il convient de mettre devant vous l’histoire ancienne de cette guerre étonnante, ou plutôt leur mythologie (des Manichéens), en choisissant, parmi ces inventions et ces bavardages nombreux et, pour le dire en peu de mots, infinis, un petit nombre d’(exemples), autant qu’il est possible, par lesquels le manque d’intelligence de leur blasphème sera manifeste pour tout le monde (2 Tm 3,9), ainsi que dit l’Apôtre.

Ils ont écrit, en effet, aussi ces choses fortes : « Ces choses (se rapportent) à la matière et à (ses) fruits et à ses membres. Mais, c’est d’ici, c’est de (leur) révolte qu’ils ont eu une occasion pour monter même jusqu’aux mondes de la Lumière. En effet, ces membres de I’ Arbre de la Mort ne se connaissaient pas les uns les autres ou ils ne se remarquaient pas les uns les autres ; car chacun d’eux ne connaissait rien de plus, si ce n’est sa voix, et ils voyaient ce qui (était) devant leurs yeux, et, lorsque quelque chose criait, ils (l’)entendaient et ils percevaient cela et ils sortaient avec impétuosité vers la voix ; mais ils ne connaissaient rien d’autre. Et ils furent ainsi excités et poussés les uns par les autres à sortir même jusqu’aux frontières de la terre glorieuse de la Lumière. Et, lorsqu’ils virent le spectacle admirable et magnifique (de la Lumière) qui est de beaucoup meilleure que la leur, alors ils se réunirent — c’est là la Matière ténébreuse — et ils complotèrent contre la Lumière, afin de se mélanger eux-mêmes à celle-là. Et ils ne savaient pas à cause de (leur) folie qu’un Dieu puissant et fort y habitait ; et cependant ils cherchèrent à monter en haut, parce que la renommée de la divinité n’avait jamais été connue d’eux ou qu’ils (n’)avaient (jamais) remarqué qui est Dieu. Mais ils regardèrent d’une manière folle par suite du désir du spectacle de ces mondes bénis et ils pensèrent qu’il était à eux. Et donc tous les membres de l’Arbre des Ténèbres, lequel est la Matière corruptrice, s’élevèrent et ils montèrent avec des puissances nombreuses, dont on ne peut pas dire le nombre. Et, tous, ils étaient revêtus de la matière du feu. Et ces membres étaient différents ; en effet, les uns avaient des corps durs et ils étaient infinis en grandeur, et les autres étaient incorporels et intangibles, qui avaient une tangibilité subtile de la même manière que les démons et les spectres des fantômes. Et, après s’être élevée, toute la Matière monta avec ses vents et (ses) tempêtes et (son) eau et (son) feu et (ses) démons et (ses) fantômes et (ses) princes et (ses) puissances, et (cela) alors que, tous, ils étaient dans la profondeur, afin de s’introduire eux-mêmes dans la Lumière. Et à cause de ce trouble, qui a été préparé depuis la profondeur contre la terre de la Lumière et contre les fruits saints, il fut nécessaire qu’une parcelle de la Lumière vînt et se mélangeât à ces Mauvais, afin que les ennemis fussent pris au moyen du mélange et (qu’)il y eût la paix pour les Bons et (que) la nature du Bien fût conservée, après que la nature bénie eût été délivrée du feu de la Matière et de la teigne corruptrice, et (qu’à) leur tour les Lumineux fussent débarrassés de la Matière par la puissance qui (y) a été mélangée, afin que la Matière disparaisse et (que) l’ Arbre de la Vie devînt Dieu en tout et sur tout. Dans le monde de la Lumière, en effet, il n’y a pas de feu qui brûle pour être lancé contre le Mal, ni de fer qui coupe, non plus d’eau qui noie, ou quelqu’autre mauvaise chose semblable. Car tout est Lumière et la région (est) libre et il n’y a pas de malice contre elle ; mais c’est là une issue, ou un passage, afin que les ennemis, une fois qu’ils auront été dispersés par la parcelle qui est venue de la Lumière, cessent (leur) attaque et soient pris au moyen du mélange. »

Qui est-ce qui, après avoir pris sur lui de boire le breuvage de ce manque d’intelligence, ne sera pas ivre dans son esprit ? Et qui, ayant de l’intelligence, ne rira pas de toute manière de cette vaine stupidité, qui renferme toutes ces choses désordonnées et disparates et rapportées comme cela se trouve ? Comment, en effet, la Matière incréée et sans commencement et coéternelle au Bien a-t-elle été trouvée abonder en tous ces fruits mauvais et « en des puissances nombreuses et dont on ne peut pas dire le nombre », ainsi qu’a dit l’écrivain impie, « en des corps durs », dont il a dit que « la grandeur est infinie » ? Car quelle raison concédera jamais qu’il y a des corps infinis dans les corps subtils, dans les fantômes, dans les vents, dans les tempêtes, dans l’eau, dans le feu, dans les démons, dans les princes qui (sont) dans la profondeur ? Car il a énuméré tout cela, en rangeant en bataille l’armée de la Matière.

Que (les Manichéens) disent donc si ces fruits avaient crû en même temps que (la Matière) dès le début et dès le commencement, ou si c’est à la fin qu’ils avaient été ajoutés. Que si c’est dès le début, nombreux sont ces (fruits) sans commencement et incréés et qui dépassent (tout) nombre et, pour le dire simplement, toute la réunion de ceux qui ont été nommés. Mais, si, à la ressemblance d’un arbre, c’est dans le temps que (la Matière) a fait pousser ces fruits et a rapporté toute cette charge de méchanceté, une certaine partie (prise) à elle serait incréée et de nombreuses (parties seraient) créées et qui auraient été acquises dans la suite. Et comment convient-il que nous considérions la même essence comme créée et incréée ? Et comment ces fruits de la Matière, alors qu’ils sont fous en quelque manière et inconscients et qu’ils voient seulement ce qui (est) devant (leurs) pieds et qu’ils peuvent à peine entendre la voix de ceux qui (sont) à proximité à cause de (leur) paresse et de (leur) pesanteur et de (leur) insouciance et qu’ils se révoltent les uns contre les autres, désirèrent-ils ainsi en même temps dans le même esprit et allèrent-ils d’un commun accord jusqu’aux frontières de la terre de la Lumière comme ceux qui sont rangés et conduits sous un seul bataillon et (sous) une (seule) troupe, et virent-ils le spectacle de la Lumière et, après avoir été atteints par le désir, désirèrent-ils la beauté ? Ces choses, en effet, ne relèvent aucunement de la folie et de l’inconscience ; car le désir de ce qui est vraiment le Bien, lequel est Dieu, c’est à juste titre que quelqu’un le définira qu’il est intelligence supérieure, et non pas folie.

  De quelle manière, ô excellent, alors que (les fruits de la Matière) ont la nature de la folie et de l’inconscience — car vous avez défini aussi le Mal une nature — pouvaient-ils en somme désirer la gloire bienheureuse du Bien ? Et comment l’écrivain plein de toute insanité a-t-il dit à leur sujet : « Ils virent le spectacle de la Lumière admirable et splendide, qui est de beaucoup supérieure à la leur, et alors ils se réunirent, et c’est là la Matière ténébreuse » ? Quelle splendeur, en effet, ou quelle Lumière admirable y avait-il en somme dans la Matière ténébreuse, (Lumière) au sujet de laquelle tu dis aussi après examen : « Lorsque les fruits de la Matière virent le spectacle de la Lumière admirable et splendide, qui est de beaucoup supérieure à la leur … ? »

Y avait-il, en effet, dis-moi, une parcelle de la Lumière dans la Matière ténébreuse ? Alors donc (la Matière) était plutôt mêlée à la Lumière dès le commencement, et superflue (était) cette guerre qui est si cruelle. Car il fallait que (la Matière) allât vers (la Lumière) amicalement ainsi que vers une parente et (qu’)elle (lui) envoyât une ambassade de paix et (qu’)elle (lui) demandât le mélange complet de la Lumière, dont une parcelle était mélangée elle-même à la Matière ténébreuse.

Et il nous faut encore considérer ceci (à savoir) comment il a dit au sujet des fruits de la Matière, c’est-à-dire de ses membres : « Et alors ils se réunirent, et c’était là la Matière ténébreuse », de sorte donc que nous ne comprenions pas qu’autre chose est la Matière, et autre chose les fruits. Or, si la Matière (était) dans ceux-ci, (des fruits) nombreux et infinis étaient bien sans commencement et incréés, et (il) n’(y avait) pas seulement deux principes, ainsi que nous (l’)avons dit précédemment.

Quant à moi, il m’arrive de m’étonner comment la Lumière immatérielle et intellectuelle et invisible du Dieu bon était visible pour les fruits matériels ou comment l’écrivain a oublié — pour lui concéder cela également — le mur dont il a entouré la Lumière. En effet, il était impossible que ceux qui vinrent jusqu’aux frontières de la terre glorieuse et (qui) s’arrêtèrent là quelque part perçassent ce mur avec leurs yeux et (qu’)ils vissent la Lumière qui était enfermée et contenue à l’intérieur, au sujet de laquelle ce sage initié à ces choses qui ne (sont) pas sages et (cet initié) impur a écrit plus haut avec stupidité : « Elle n’est pas vue par la région australe, et cela parce qu’elle est cachée dans ce qui (est) dans son sein. Dieu, en effet, a fortifié le lieu par un mur. » Et encore : « Mais, lui, il (est) enfermé dans la gloire. »

Qui donc fera une réfutation à l’encontre de ces choses qui se contredisent ainsi l’une l’autre et suffisent à se renverser réciproquement, parce que c’est même contre la nature que combattent ces choses qui (sont) dites ? En effet, que n’a pas dit parmi les choses impossibles l’(apôtre) cacographe et habile des Manichéens et le chef d’opinions abominables et le législateur de l’iniquité ? N’a-t-il pas attribué une nature au Mal, et celle-là sans commencement et incréée ? N’a-t-il pas opposé et dressé celui-là en face du Dieu bon par essence ? En divisant le Mal, c’est-à-dire la Matière, en des fruits infinis, n’en a-t-il pas fait beaucoup d’(êtres) incréés et des dieux innombrables et ne nous a-t-il pas présenté ceux-là sans commencement ? Et n’a-t-il pas montré que le polythéisme des païens et la gigantomachie sont modestes et médiocres auprès de (son) blasphème ? Si ceux-là, par un don (qui vient) des hommes, introduisent comme par une adoption (et) se font des dieux et qu’ils donnent à ces (dieux) la victoire contre les géants, et (si) c’est contre celui qui seul est Dieu, contre la cause de ce qui est, contre celui qui (est) au-dessus de tout, que celui-là (Mâni) range en bataille une armée mauvaise et la Matière et qu’il crée tout à coup un ennemi co-éternel, qui a des fruits qui croissent et poussent en même temps (à savoir) les réunions des démons et des puissances adverses, n’est-ce pas à ces (fruits), alors qu’ils sont inconscients et fous par nature, qu’il a donné selon les refrains de vieille femme de ses fables le désir de la Lumière supérieure ? Ne suppose-t-il pas matériel (et) visible ce qui est immatériel et invisible ? Ne construit-il pas un mur et n’y enferme-t-il pas la Lumière et, comme si elle n’avait pas de mur, ne fait-il pas que celle-là soit vue de loin ? Et, après avoir dit que c’est à cause de (leur) folie que les fruits de la Matière, ou plutôt la Matière elle-même, à la ressemblance d’une famille qui comprend de nombreuses personnes, s’est armée contre la Lumière, (n’)a-t-il (pas) fait que l’agresseur en vienne à une intelligence supérieure ? Elle (la Matière) a vaincu, en effet, parce que le Dieu bon, s’étant trouvé dans un grand danger et ayant été pris de crainte, pour (sa) délivrance des maux qui étaient suspendus au-dessus de lui, en est venu à la nécessité de satisfaire le désir de la Matière et de contenir sa folie et de détacher de sa propre Lumière une parcelle et de l’envoyer en bas, (parcelle) qu’il dit s’être aussi mélangée aux Mauvais. La Matière aux multiples personnes, en effet, était supérieure par le nombre, puisqu’elle était chargée de tous ces fruits. Combien la Rhéa de chez les païens était, à ce qu’il semble, plus sage que le Dieu bon des Manichéens — et en effet, celui-ci qui est si faible et (si) peureux et (si) vide d’intelligence est leur (Dieu), et non pas celui de l’un de ceux qui pensent bien — où il est rapporté dans les fables qu’elle trompa par des ruses son propre époux Kronos, qui mangeait ses enfants, et (que), à la place du petit enfant qui lui restait et venait de naître, elle cacha une pierre dans les langes et (l’) arrangea à la ressemblance d’un petit enfant et (que) par (cette) tromperie elle lui fit avaler la pierre.

Et considérez-moi les φλυαρίας, c’est-à-dire les inventions puériles, de Mâni : « Dans le monde de la Lumière, dit-il, il n’y a pas de feu qui « brûle pour être lancé contre le Mal, et non plus de fer qui coupe, et non plus d’eau qui noie. » De cela, en effet, Dieu avait-il besoin, ô (toi) qui es plus impur que quiconque ? Et quoi ? Par un seul signe ne pouvait-il pas tout détruire en une seule fois et tout d’un coup, lui qui produit tout par une parole de sa bouche (Cf He 1,3), selon ce qui a été dit par Paul ? Mais tu n’as rien fait d’étrange, toi qui as ajouté encore cela à (tes) blasphèmes. Toi, en effet, qui as dit : « Il s’est trouvé en danger », et : « Pour (sa) délivrance et pour que les ennemis soient apaisés et cèdent et s’en aillent, il donnera une parcelle de (sa) propre Lumière », à la ressemblance de ceux qui deviennent eux-mêmes de leurs mains leurs propres meurtriers, afin de n’être pas emmenés prisonniers, tu t’es attaché à tes impiétés (toi) qui as pensé à son sujet qu’il a aussi besoin de machines de guerre pour (sa) vengeance. Et c’est encore avec des paroles solennelles que tu caches sa faiblesse et la misère de son indigence, en disant : « Cette parcelle a été donnée à la Matière comme un appât de flatterie et de tromperie », afin que, après cela « le mélange — ainsi que, toi, tu dis — soit purifié et (que) la Lumière trouvée plus pure » — comme si tu croyais discourir sur la lie mêlée au vin, et non pas sur Dieu — « et (que), après la purification — afin que je dise cela aussi comme toi — la Matière parvienne complètement à la destruction » ; car c’est en propres termes que j’ai ainsi cité plus haut que tu dis : « Afin que la Matière disparaisse ».

Pourquoi donc, ô toi, vain, as-tu cousu vainement toutes ces paroles qui combattent avec Dieu ? Car c’est à la dernière démence qu’est parvenu et a abouti pour toi le συμπέρασμα, c’est-à-dire la conclusion dernière du raisonnement de ces détours variés. En effet, si tu as posé en principe que la Matière et ses fruits se corrompent les uns les autres, en sorte qu’ils forment aussi la teigne destructrice, il fallait que tu laisses de côté celle-là (la Matière), qui peu après va se corrompre d’elle-même, et non pas que, par tes fables tu la mettes aux prises avec le Bien et que tu permettes à celle qui est mangée par la teigne de remporter des victoires sur Dieu.

Et peut-être un autre dira : « Mais il fallait qu’une parcelle de la Lumière se mélangeât avec la Matière, afin que ce qui est meilleur vainquît et que par un changement il fît passer la Matière et l’attirât à soi. » Si celui qui a été fou de cette folie pure avait cette opinion, peut-être ses fictions auraient-elles une couleur (de vérité) ou ne jetterait-il pas le fondement de cette opinion abominable. En effet, tout le débat pour lui (est) de donner le pouvoir au Mal et de montrer que le péché n’est pas condamnable, comme si la Matière forçait à pécher, elle qui forme la teigne destructrice. Il a dit, en effet, plus haut : « C’est pour ceci qu’une parcelle (prise) à la Lumière a été donnée à la Matière, lorsqu’elle s’est armée contre elle dans la guerre — car de nouveau je citerai ici ses paroles — (c’est) pour que la nature du Bien fût conservée, après que la nature bénie a été délivrée du feu de la Matière et de la teigne corruptrice. »

Si donc la nature du Bien a donné comme rançon pour elle-même une parcelle d’elle-même à la Matière, afin de ne pas faire l’expérience du feu et de la teigne corruptrice, il est bien évident que la parcelle, qui a été donnée par le Bien et a été mélangée avec la Matière, a été donnée pour être détruite et être brûlée, jusqu’à ce que le mélange fût purifié, selon les stupidités de Mâni qui a été fou. Donc le Bien a été coupé en deux, et la parcelle, qui a été arrachée à la Lumière, est asservie à la Matière, soumise à la teigne destructrice et forcée de pécher.

Ils (les Manichéens) disent que cette parcelle de la Lumière, qui a été mélangée avec la Matière, a donné aussi une occasion pour que ce monde fût créé et que Dieu a été forcé, à cause du mélange de ce genre avec le Mal, de faire l’univers. « Sinon, pourquoi, disent-ils, Dieu avait-il besoin du monde et des hommes qui n’allaient pas lui obéir ? Car c’est à la suite de ce mélange que toutes les choses ont été organisées, et avec elles l’homme également ; car, lui aussi, il est une parcelle de tout le monde. »

Et comment, lorsque vous êtes fous en cela — car nous ne dirons pas : (Lorsque) vous professez — quelqu’un vous supportera-t-il ? Et comment Dieu crée-t-il par nécessité ? Comment celui qui a été contraint d’une manière tyrannique par la Matière pourra-t-il à la suite de ce mélange tyrannique organiser l’harmonie du monde ? Comment, lorsque les fruits de la Matière se révoltent et se corrompent les uns les autres et (que) du fait d’une guerre et d’une révolte et d’une rixe ils ont ravi une parcelle au Bien, quelque chose sera-t-il organisé, et ne sera-t-il pas plutôt désuni ? Car la révolte et la nécessité sont les mères de la désunion, et non pas de l’organisation.

D’où donc cet univers est-il conduit et gouverné avec ordre, lorsque les saisons se présentent avec une bonne température, que le jour et la nuit, le soleil et la lune reviennent et s’en vont avec ordre par des successions et des reprises appropriées qui (viennent) les unes des autres, que les vents soufflent, que la terre est ensemencée et moissonnée, que la mer reconnaît ses propres limites et est freinée par le sable et arrête et retient la marche de ses flots et ramène vers elle le gonflement et la hauteur de ses vagues ? — C’est nécessairement parce que l’auteur et le chef est un et stable et tout-puissant. Mais, si selon votre parole c’était la révolte et la nécessité qui précédaient la création et que ce fussent elles qui eussent l’autorité — car nous concéderons ainsi — il n’y aurait rien qui soit mu avec ordre, mais tout serait désuni.

D’où donc dites-vous que vous suivez Platon, ô (vous) qui (êtes) plus impurs que tout ? En effet, parce que le Livre divin vous met dehors et (qu’)il vous chasse loin de lui comme des barbares et (ceux) qui sont en tout ignorants des paroles sacrées, vous vous précipitez vers des témoignages étrangers et qui (sont) de l’extérieur, et cela bien qu’ils vous ferment les portes au nez. Ainsi pour tout le monde vous êtes et adversaires et ennemis et odieux. Comment, en effet, ne deviez-vous pas (l’être), vous qui ne dites pas même ce qui s’accorde avec vous-mêmes ? Car, quoique Platon ait pensé que la matière est éternelle, cependant (il) n’(a) pas (pensé) qu’elle est mauvaise, ni qu’(elle appartient) à une nature mauvaise, ou qu’elle fait le mal, ou qu’elle s’oppose au bien, ainsi que, vous-mêmes (vous pensez) ; de même que, lui, il dit également que c’est d’elle que Dieu a fait ce monde, et c’est pourquoi il l’appelle et mère et nourrice et celle qui reçoit tout, et il la vénère par des noms honorables. Mais il ne met pas en avant que le Créateur est venu à la qualité de Créateur contre sa volonté et par nécessité, selon votre langue et votre pensée qui combat avec Dieu, mais que c’est de son plein gré et à cause de sa bonté seule ; c’est pourquoi il dit aussi : « Et nous disons la cause, pour laquelle Dieu a organisé la création et cet univers : (c’est qu’)il était bon, et, pour celui qui est bon, il n’y a aucune jalousie, et (cela) pour rien. »

Et assurément c’est très bien qu’(il a dit) cela. Mais en ceci (à savoir) que la matière, d’où (est fait) le monde, est éternelle, nous ne sommes pas de (son) avis ; car ce monde matériel est créé, et ce qui est créé n’est pas éternel. En effet, le Dieu incréé est seul éternel, et tout ce qui ne fait pas partie de l’essence qui (est) au-dessus de tout, cela aussi est créé et n’est pas éternel, ainsi que le montre la parole de la piété.

D’où (viennent) donc les maux ? disent-ils — C’est là, en effet, une question de force des Manichéens, par laquelle ils entraînent ensemble les ignorants à leur propre perte. Pour moi, je dis que c’est de vous-mêmes, ô (vous) qui (êtes) plus méchants que tout, que sont les maux. Et, puisque vous avez vous-mêmes la solution de la difficulté — car vous êtes la source de tout le Mal qui produit la maladie, après avoir été malades de votre propre gré — ne cherchez pas les maux dans un autre lieu. Pourquoi, en effet, essayez-vous de percer des rocs et de chercher le trésor du Mal que vous possédez, après que vous l’avez enfoui dans votre propre terre ? Car le Mal n’est pas une essence, mais un écart d’un mouvement libre. En effet, de même que Dieu a créé les yeux du corps pour que nous voyions et (que) nous ayons part à cette lumière sensible et visible, et (qu’)il n’a pas organisé la cécité — car la cécité est la privation de la lumière ; et, si quelqu’un par sa volonté se ferme les yeux, il a organisé (et) disposé la cécité pour lui-même, et il ne blâmera pas Dieu pour cela ; en effet, il est l’auteur, non pas d’une privation, mais des essences — de même, il a créé aussi l’intelligence qui (est) en nous à la ressemblance d’un œil intellectuel, pour que nous ayons part à la lumière divine et intelligible et (que) nous vaquions à la contemplation de ce qui se voit et que par la beauté et (par) l’harmonie du monde nous réfléchissions par analogie à celui qui a fait et réglé cet ordre. En effet, ses (perfections) invisibles, dit Paul, depuis la création du monde, sont vues par ses serviteurs, lorsqu’elles sont comprises (Rm 1, 20) ; et un autre sage (dit) : « Car c’est par la variété des créatures qu’est vu par analogie leur Créateur. » Mais, si par notre volonté nous éloignons de cette contemplation notre intelligence et (que) nous la tournions vers les plaisirs des passions, nous avons fermé, parce que nous (l’)avons voulu, (notre) œil intellectuel et nous avons organisé en ce qui le concerne la cécité, qui est l’éloignement de Dieu ; or l’éloignement de Dieu, c’est la privation de la lumière, et c’est là le péché — qui est une privation, et non pas une essence-(péché) qui n’existerait pas, si, moi, je n’avais pas éloigné de la contemplation qui (se porte) sur la nature (mon) œil intellectuel et (que) je ne (l’)eusse pas fermé.

Mais tu diras qu’il fallait que nous fussions immuables par rapport au Mal et absolument incapables de pécher. — Mais tu me sembles ne vouloir rien autre chose, si ce n’est que, au lieu d’homme, tu fusses une pierre ou du bois, et honorer la créature insensible avant celle qui possède la volonté et la raison. Celle-là, en effet, est immobile par rapport au péché ; car la pierre et le bois et s’il y a quelque chose de tel ne sont absolument pas capables du péché. Quant aux créatures raisonnables, c’est pour ceci que Dieu les a faites (à savoir) pour qu’elles aient part à sa bonté. Et, parce que celui-là est la sagesse essentielle et la justice et la lumière, nous aussi par un mouvement intellectuel et par le (fait) que nous nous élevons vers elle et (que) nous avons part à sa science et à la lumière qui à partir de celle-là se produit en nous, nous pourrons être justes et bons et qui (serons) éclairés dans la science des choses célestes selon ce qui sera saisi par nous. C’est pourquoi des sages également d’entre ceux qui (sont) profanes ont énoncé aussi cette définition de la philosophie.

La philosophie est l’imitation de l’homme par rapport à ce qui est le meilleur autant qu’il est possible. » Or (ils ont dit) cela, non pas d’un autre endroit — d’où ? — si ce n’est de cette sagesse qui (est) la nôtre et (est) vraie, laquelle enseigne que l’homme a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26), en ce qu’il peut recevoir par l’exercice des vertus l’image, c’est-à-dire la similitude, et la ressemblance divine ; et une marque très grande de l’image, c’est le libre arbitre. En effet, si ce n’était pas par notre propre force que nous nous conduisions nous-mêmes, mais (si) nous étions conduits par une certaine nécessité, c’est en ce qui (est) très important, en cela même, que nous manquerions de la similitude par rapport au modèle, et c’est dans une partie capitale que l’image devrait être quelque chose de mutilé. Après donc que nous avons été convaincus que nous nous conduisons nous-mêmes, nous avons reçu également une puissance convenable et une force bien suffisante pour ne pas nous soumettre à quelqu’une des choses qui constituent le péché. Et cela est montré clairement par ceux qui ont pratiqué la perfection ; car, s’il n’y avait pas dans cet animal raisonnable une force suffisante pour faire le bien, nécessairement aucun de ceux qui n’importe quand ont mené une vie ascétique ne pratiquerait la perfection. Mais, si c’est le grand nombre qui apparaît avoir fait le bien, c’est un blâme pour la paresse de ceux qui n’ont pas fait le bien, et non pas pour Dieu qui a créé ; car, alors qu’ils pouvaient, ils n’ont pas fait.

Mais il fallait, dit-il, que l’âme ne soit pas unie avec ce corps, et elle n’aurait pas penché vers le péché. — Mais ce n’est pas cela qui est cause que nous péchions, ô bon ; mais (la cause en est) que tu te sers mal des rênes de (ta) volonté. C’est pourquoi, bien que la nature des anges soit exempte de lien par rapport à la chair, nous voyons que Satan, qui autrefois était compté avec les Lucifers, et est tombé, parce qu’il s’est représenté en pensée ce qui (était) au-dessus de lui, et n’a pas gardé le rang qui avait été fixé par celui qui l’a créé. De là c’est à son sujet et au sujet de ceux qui comme lui ont été malades du même changement qu’une parole sacrée dit quelque part : Les anges qui n’ont pas gardé leur primauté, mais ont abandonné leur propre demeure, c’est pour le jugement du grand jour, dans des chaînes éternelles, au milieu des ténèbres, qu’il (les) a réservés (Jude 6). En effet, ils sont réservés pour tomber dans le dernier feu et dans des chaînes éternelles, au milieu des ténèbres ; car la (parole) : Il a réservé, regarde le temps futur, ainsi que Pierre aussi écrivait : Quant aux cieux d’à présent et à la terre, ils sont par sa parole ceux qui sont mis de côté — et placés comme dans un grenier — en étant réservés pour le feu, au jour du jugement el de la ruine des hommes impies (2 P 3, 7). C’est pourquoi aussi Notre-Seigneur, dans les Évangiles, en figurant et en représentant d’avance le jour du jugement, paraît en disant : Allez-vous-en, maudits, au feu éternel qui est préparé pour le Calomniateur el pour ses anges (Mt 25, 41). Ceux-là, nous (les) appelons également « démons », non pas parce que des natures mauvaises ont été créées par Dieu, qui a fait bonnes toutes choses (cf. Gn 1,31), mais parce que, eux-mêmes, de leur propre mouvement, ils s’en sont allés volontairement vers une volonté mauvaise, ainsi que l’a montré la parole ; et c’est pourquoi, de leur propre gré, ils ont pris sur eux aussi la jalousie et la guerre qui (est) contre nous. Et pourtant ils sont vaincus, quand Dieu permet le combat, afin que ceux-là soient accablés par la défaite pour (leur) orgueil et (pour leur) esprit hautain et (que), nous-mêmes, nous apparaissions éprouvés et choisis avec la victoire (remportée) contre eux.

Que personne donc ne condamne le (fait) que l’âme croisse avec le corps. En effet, en montrant la sublimité de sa sagesse, comme on dirait, Dieu a fait l’homme un modèle digne d’admiration, le même (étant) raisonnable et sensible ; et, après l’avoir placé au milieu de la création visible et de la (création) invisible, en ce qu’il se rapproche par l’intelligence de ceux qui (sont) en haut et par le corps de ceux qui (sont) en bas, il le fait passer tout entier par la pratique des vertus vers ceux qui (sont) en haut ; car, eu égard au genre de vie de ceux qui ont fait le bien, considère la sagesse et la bonté de Dieu et, eu égard à la négligence de beaucoup, ne fais pas faussement un blâme à celui qui a créé. Et en effet, il ne fallait pas que, à cause de ceux qui devaient pécher et s’éloigner de Dieu par leur folie, ceux qui ont fait le bien ne soient pas amenés à l’existence. Car par les uns et les autres se montre la bonté de celui qui a fait, et qui a fait tous les hommes avec le même honneur, et non pas les uns d’une nature, et les autres d’une autre. C’est pourquoi beaucoup, après avoir eu dès le commencement une volonté mauvaise et s’être roulés dans les désirs, sont finalement revenus par un changement à ce qui est meilleur ; et d’autres ont fait le contraire, et par la diversité de cette conduite ils ont montré que le Dieu bon n’est pas la cause des maux. En effet, si le corps, selon la parole des Manichéens qui sont plus impurs que quiconque, était celui qui pousse au péché, personne, parce qu’il serait lié avec la chair, ne pratiquerait la justice. Car comment Josué, fils de Noun, avec une langue de chair, commandait-il aux luminaires qui (sont) dans le ciel et arrêtait-il le cours de la lune et du soleil, afin qu’il dressât l’étendard de la victoire en face des ennemis et que la nuit n’interrompît pas (sa) victoire ? Et je passe sous silence les autres qui étaient semblables à celui-là par la vertu dans l’Ancien Testament et (dans) le Nouveau.

Après donc que vous avez été vous-mêmes catéchisés par ces paroles et que vous avez cru en un seul Dieu tout-puissant, qui est vu dans une seule essence et divinité et en trois hypostases, en vous tenant debout et en vous tournant vers la région de l’occident, renoncez aux ténèbres des Manichéens ; c’est là le Calomniateur qui, après être monté au-dessus de celui qui l’a créé et avoir dit selon la prosopopée qui ( est) dans Isaïe : C’est au-dessus des étoiles du ciel que je placerai mon trône (Is 24, 13), et après avoir été précipité de là, s’élève maintenant par les langues des Manichéens sur le sommet de cette folie, en s’appelant Ténèbres sans commencement et incréées et en se rangeant en bataille en face de Dieu. Et tournez-vous également vers l’orient ; et c’est par les rayons mêmes que vous rencontrera le Christ, le soleil de justice, qui crie clairement : Moi, je suis la lumière du monde (Jn 8, 12), qui en lui-même montre le Père et en même temps révèle l’Esprit saint ; lui, il vous fera descendre vers l’eau et (vous) fera prendre un bain comme purification de toute la vie ancienne, et il (vous) conduira vers une vie nouvelle, en ensevelissant la vieillesse du péché dans les flots — en effet, soyez ensevelis avec sa sépulture — et en (vous) revêtant de l’enfance de la taille spirituelle et en (vous) montrant par cela nouveaux au lieu d’anciens. Et cela, il le proclamait d’avance clairement par le prophète Isaïe, en montrant la grandeur de la grâce et du don, et il disait : C’est moi, c’est moi qui efface ton iniquité à cause de moi, et de tes péchés je ne me souviendrai pas (Is 43, 25) ; et c’est très bien qu’il a dit la (parole) : A cause de moi ; car, en voulant dire : « A cause de vous », il s’indigne et est dans l’embarras comme celui qui n’a que dire, et il supplée même à notre indigence, en disant : À cause de moi ; « je fais que ma grâce, dit-il, soit cause d’un don. C’est pour cela, en effet, que par la grâce qui sied à Dieu j’ai goûté pour tout le monde la mort et que je suis ressuscité, (c’est) pour accorder de tels (bienfaits). » C’est pourquoi Paul également disait : Ce n’est pas en vertu d’œuvres (opérées) dans la justice que nous aurions faites, mais c’est selon sa miséricorde qu’il nous a sauvés par le bain de la régénération et (par) la rénovation de l’Esprit saint (Tt 3, 5). Et aussi le prophète Isaïe à son tour, en publiant et en criant la grandeur du don, s’exprime en ces termes : À cause du Seigneur, les pauvres exulteront dans la joie, et ceux qui (sont) sans espoir parmi les hommes seront remplis de joie (Is 29, 19). Écoute Paul qui enseigne quelle est (cette) pauvreté et (quel est ce) manque d’espoir. Vous étiez en ce temps-là sans Christ, étant en dehors de la vie d’Israël et étrangers aux alliances de la promesse, n’ayant pas d’espérance et (étant) sans Dieu dans le monde. Mais maintenant dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez éloignés, vous avez été rapprochés par le sang du Christ (Ep 2, 12-13). Le Christ également a dit de son côté ce qui s’accorde avec ces (paroles)-là, en parlant par Isaïe : Et je conduirai les aveugles par un chemin qu’ils n’ont pas connu, et c’est par des sentiers qu’ils ne connaissaient pas que je les ferai marcher ; je ferai pour eux des ténèbres la lumière et de ce qui est inégal ce qui est droit. Ces paroles, je les accomplirai pour eux; et, eux, je ne les abandonnerai pas (Is 42, 16).

Vous voyez la munificence du don de sa richesse (don) qui est mis sous vos yeux. Quand vous recevez celui-là, gardez-le ; quand vous êtes aveugles, voyez ; ne paraissez plus de nouveau être aveuglés par les ténèbres du péché ; c’est vers un chemin droit que vous avez été appelés ; oubliez celui qui est tortueux, et éloignez de celui-ci vos pas complètement.

Que la grâce du baptême vous entoure de tous les côtés, tandis qu’elle est une muraille inexpugnable pour les ennemis. En vérité, elle était préfigurée aussi par le bâton de Moïse qui symbolisait la croix ; et il a divisé la mer Rouge, en sorte que le Livre sacré dise : Et les eaux étaient pour eux une muraille à droite, el une muraille à gauche (Ex 14, 22). Celui-ci a étendu ce bâton sur les eaux symboliquement ; et, nous, posons-le sur elles spirituellement ; celui-là a fait également jaillir les eaux de l’enseignement catéchétique et de la profession d’une foi saine de mon rocher qui est plus sec que tout ; et, après avoir été amené sur le fleuve égyptien et idolâtre de l’impiété manichéenne, même si ce n’est pas sur  tout (le fleuve), et (après l’) avoir frappé avec la réfutation, il a changé en sang le fleuve de boue, afin que personne ne puisse en boire. Fuyons donc l’impiété pleine de sang et meurtrière des blasphèmes, et que fuient surtout toutes celles qui sont d’une proie facile parmi les femmes ; et courons vers le Christ, la source de la vie. A lui (soit) la gloire avec le Père et l’Esprit saint dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ;

Fin de l’homélie 123

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