SUR L’ENTRÉE DU JEUNE, ET SUR LA LECTURE QUI CONVIENT (TIRÉE) DES SAINTS ÉVANGILES, QUE L’HOMÉLIE MÊME INDIQUE, EN AVANÇANT, LORS QU’ELLE EN FAIT UN MODESTE COMMENTAIRE.
Après que vous avez entendu les paroles du Seigneur, vous avez reconnu quel est l’ἀξίωμα, ou la dignité, du jeûne et quelle (est) son efficacité : et la dignité, d’une part, parce que Dieu l’a institué par une loi comme quelque chose de bon — c’est pourquoi, lui aussi, il a témoigné à son sujet — l’efficacité, d’autre part, parce qu’il fait fuir les démons et (qu’)il accorde la délivrance de (leur) servitude méchante et la liberté qui convient à la prière. Par conséquent, respectons sa dignité, faisons l’expérience de son efficacité, et n’écartons pas de nous le profit qui d’ici se produira en nous. Car ou bien, étant malades, nous serons guéris, ou bien, étant bien portants, nous gagnerons de ne pas tomber dans la maladie.
Mais remontons, s’il (vous) plaît, au début des versets de l’Évangile, et considérons leur sens paisiblement et tranquillement selon la petite force qui (est) en nous ; et, lui, il nous guidera et nous fera nécessairement monter vers la hauteur du jeûne. Un homme, dit (l’Évangile), s’approcha de Jésus, en le suppliant et en disant : Mon Seigneur, aie pitié de mon fils, parce qu’il est lunatique et souffre cruellement (Mt 17, 14). Et, d’une part, tu trouveras que les médecins φυσιολογοῦσιν, c’est-à dire parlent d’après la nature, au sujet de cette souffrance et qu’ils ne veulent pas l’imputer à l’action des démons, mais (qu’)ils disent que par un certain hasard la maladie est produite par une humeur, qui se meut principalement dans la tête et possède (son) mouvement à cause du cycle de la lumière de la lune par suite d’une certaine sympathie et (qui) produit chez l’homme le vertige et le trouble. Nous, d’autre part, en acquiesçant à la Vérité qui a prêché l’Évangile, nous disons que c’est là une attaque et une agression des démons, de ces (esprits) qui haïssent les hommes totalement et (sont) sauvages et cruels, qui se hâtent et s’appliquent non seulement à nuire au corps, mais aussi à répandre dans les âmes des opinions mauvaises et pernicieuses. En effet, c’est avec le cycle de la lune qu’ils font circuler leur propre action qui est extrêmement nuisible ; et ils la font croître et décroître avec elle, et (cela) en la diminuant habilement et en la prolongeant et en l’augmentant, afin que nous pensions que c’est la lune qui est l’auteur des maux et (que) nous (en) fassions remonter la cause au Créateur d’une manière blasphématoire et ( que), selon qu’il est dit par le prophète David, tandis que nous mettons notre bouche dans le ciel, nous proférions l’iniquité dans la hauteur (Cf Ps 72, 8-9).
De même, ces esprits mauvais se réunissent ensemble (et) entrent également dans la tromperie de ceux qui sont appelés ἀστρολóγοι, c’est-à-dire ceux qui dissertent sur les étoiles, et supputent les horoscopes ; et, tandis que ces (personnages) vains et qui s’enorgueillissent en vain font remonter leurs folies furieuses à certaines figures d’étoiles malfaisantes, comme ils disent eux-mêmes, les démons montent une garde sévère et se postent auprès de la figure d’une étoile, quelle qu’elle soit, et alors ils répandent la folie par eux, afin de faire que ceux qui sont dans de telles dispositions soient particulièrement saisis par la tromperie comme par ce qui n’erre pas et ne se trompe pas. C’est avec cette sévérité qu’ils en poursuivent (et) conduisent quelques-uns même jusqu’à certains tombeaux de ceux qui sont possédés par les démons, afin d’affermir encore par là une autre opinion athée de ceux qui pensent que quelques-unes des âmes de ceux qui sont morts sont changées en démons. Et beaucoup parmi les hommes pervers et qui s’adonnent aux pratiques de la sorcellerie à cause de cette opinion, se sont jetés aussi sur les meurtres d’enfants ; et tout aussitôt ces démons experts dans les maux se glissent (et) entrent sous l’effet de l’opinion de ceux-là et personnifient d’une manière trompeuse celui qui a été tué ; et ils sont constamment auprès de ces homicides et ils leur répondent promptement, lorsqu’ils appellent, et ils entrent en conversation selon ce qui (leur) plaît, afin que, étant confirmés sous le rapport de la tromperie, ces (êtres) trois fois malheureux se portent encore à d’autres meurtres et que, étant pris, ils encourent les peines (fixées) par les lois.
Ainsi les (démons) mauvais ont soif de notre perte de partout à cause de (leur) haine des hommes, en accomplissant toute chose ouvertement et en faisant semblant d’une manière trompeuse et en plaçant des filets trompeurs sur (notre) chemin. C’est pourquoi Notre-Seigneur, dans les Évangiles, disait au sujet du Calomniateur, le chef de leur phalange : Celui-là est homicide dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui (Jn 8, 44). À cause de cela ils épient nos folies et nos pensées qui se trompent et errent, afin d’affermir (leurs) opinions qui combattent et luttent contre la vérité et contre Dieu. C’est pourquoi il nous faut tenir les enseignements de l’Église et ne sortir en rien des définitions et des lois du Livre divin, de sorte qu’il n’y ait en nous aucun passage pour les démons qui trompent et nuisent, eux qui se sont glissés également dans les hérésies, lesquelles simulaient la piété, et (eux) qui en ont induit beaucoup en erreur. Car ils se transforment même en anges de lumière (2 Co 11, 14), ainsi que dit Paul, et ils s’appliquent et mettent leurs soins à mêler même à la pratique des commandements leurs propres (actions), en dressant des embûches près du chemin des vertus, en sorte que le prophète David, après avoir considéré leur ruse, chante et dise avec l’esprit plutôt et non pas avec la langue : Dans ce chemin où je marchais, ils m’ont caché des filets, et à côté du sentier ils m’ont dressé des embûches (Ps 139, 6).
De même, lui aussi, l’ Apôtre, est-il écrit dans les Actes, fut remué et piqué, en présence d’une servante, en qui il y avait un esprit mauvais, dit Πὐθων— lequel est « devin » — et (qui) devinait aussi à son sujet et disait au sujet de ceux qui annonçaient (l’Évangile) avec lui : Ces hommes sont des serviteurs de Dieu, qui vous annoncent une voie de salut (Ac 16, 17), qu’il bâillonna également et dont il ferma la bouche, alors qu’elle disait des choses vraies, en nous apprenant à ne pas accueillir les démons, quoiqu’ils plaident pour la vérité, mais à leur barrer tout chemin de la tromperie et à fermer nos oreilles pour tout ce qui (vient) d’eux. En effet, après que Paul fut troublé et importuné, dit (le Livre), s’étant retourné, il dit à cet esprit : Je te commande au nom de Jésus-Christ de sortir d’elle ; et il sortit à l’heure même (Ac 16, 18). Et la (parole) : Il fut troublé, indique que Paul a été remué et qu’il s’est réveillé et s’est levé pour une juste fureur. Car il faut surtout que nous nous montrions durs envers eux, envers les démons, lors qu’ils flattent et trompent et disent ce qui (se rapporte) à la volupté, et que nous soyons leurs adversaires et que nous leur résistions.
C’est pourquoi il faut nous réveiller également pour cela et fuir au loin ceux qui promettent d’user d’incantations contre les maladies ou contre les ulcères et de suspendre et d’attacher aux cous ou aux bras ou à un autre membre ces (objets) dits φυλακτήρια, ou amulettes pour la protection, même s’ils ont une apparence de piété, de peur que, cherchant la santé du corps, nous ne soyons malades en plus aussi dans l’âme, lorsque, pour de spécieux prétextes de ce genre, nous rendons (son) entrée accessible à la tromperie des démons.
Il nous faut, en effet, embrasser la seule foi dans le Christ et tenir celle-là de toute (notre) force et l’entourer étroitement de toute part. Et, quand à la fin nous sommes affligés et tourmentés et (que) nous sommes proches de la mort, levons nos yeux vers le ciel et, en mettant toute notre affaire dans la foi, disons d’une manière assurée et ferme ces paroles de Pierre : Même si j’ai à mourir avec toi, je ne te renierai pas (Mt 26, 35). Et en effet, tout en étant ainsi disposés dans (notre) esprit, si, d’une part, nous ne sommes pas encore près du terme de notre vie, tout aussitôt, par un secours qui (viendra) d’en haut, nous serons complètement guéris et nous nous lèverons du lit, tandis que l’infirmité s’enfuira et sera chassée au loin, et nous jouirons de tous les biens. Si, d’autre part, nous continuons encore à être malades, en rendant grâces à l’exemple d’Isaïe, disons : La leçon du Seigneur ouvre mes oreilles (Mc 14, 31). Mais, si le commandement est proche et (que) nous soyons appelés et (qu’)il nous faille partir de la vie — car c’est permis et décrété par ce gardien et administrateur des jugements ineffables et qui conduit tout vers ce qui convient pour les raisons qu’il connaît lui-même — avançons dans cet autre chemin avec bon espoir, en ne subissant aucun dommage dans notre âme inutilement de la part des hommes trompeurs et en nous en allant avec une confession intacte de la foi et en attendant la promesse vraie du juste juge, qui veut honorer même ce qui est petit par ce qui est très magnifique et (qui) a promis et dit : Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai, moi aussi, devant mon Père qui ( est) dans les cieux (Is 50, 5).
C’est donc en tout que des démons mauvais font semblant d’une manière trompeuse, en s’appliquant et en se hâtant de frapper les âmes par des opinions pernicieuses ou les corps par des afflictions et par des plaies dans lesquelles nous ne tomberons pas, retenus que nous sommes par une ancre sacrée, par une espérance divine ; car ni le cycle de la lune n’est l’auteur des maux, non plus que les impulsions des étoiles. En effet, tout ce que Dieu a fait est bon, et très bon (Gn 1, 31), comme dit sa parole inspirée par Dieu ; et en effet, lui-même, il a dit, et ils ont été ; lui-même, il a commandé, et ils ont été créés (Ps 148, 5) ; et selon la parole de Jérémie : Est-ce que de la bouche du Très-Haut ne sortent pas les maux et les biens (Lm 3, 38) ? Et personne ne dit que les âmes des hommes à la ressemblance des démons obéissent aux pratiques des sorciers — en effet, celui qui parle par le prophète Ézéchiel affirme : Toutes les âmes sont à moi (Ez 18, 4) ; et celles qui sont à Dieu, comment un homme impie les soustrairait-il ? — car les démons seuls ont à cœur d’obéir aux méchants. En effet, si les âmes qui ont péché doivent être punies au jour du jugement, parce que, selon la parole du sage Qohéleth, Dieu citera en jugement en même temps toutes les œuvres (Ec 12, 14), et : Alors il rendra à chacun selon ses œuvres (Mt 16, 27), selon la parole du prophète David, comment seront-elles accusées justement en tant qu’elles ont mal agi en ce monde, alors que, après (leur) séparation d’avec le corps, il leur est permis de servir les méchants et d’être entraînées par eux par nécessité et de force ? Et tout particulièrement cela se montrera faux également au sujet des âmes des enfants, lesquels n’ont pas péché du tout. En effet, que les âmes des justes sont dans la main de Dieu (Sg 3, 1), c’est-à-dire dans l’union et dans la familiarité avec lui, comme si elles étaient chéries par lui et contenues dans sa main, un sage aussi l’a très bien traité en philosophe.
Et c’est d’après une présomption et une opinion et une habitude qui avait cours qu’également celui-là, le père de cet enfant, criait : Aie pitié de mon fils, parce qu’il est lunatique et souffre cruellement (Mt 17, 14). Et c’est selon une opinion générale des hommes que, lui-même aussi, l’évangéliste écrit plus haut au sujet de Jésus : Et ils lui présentèrent tous ceux qui étaient en mauvaise santé et qui étaient affligés de diverses maladies et tourments et qui étaient possédés par le démon et qui étaient lunatiques, et également les paralytiques (Mt 4, 24), et ( cela), non pas lorsqu’il connaît la souffrance dite « mal du lunatique » autre que ce que nous disons : « Il est possédé par le démon », mais — ce que j’ai dit — lorsqu’il s’est servi de l’habitude. C’est pourquoi, tandis que son père avait dit ici que son fils est lunatique, l’évangéliste, ajoutant la guérison de la souffrance, n’a pas dit simplement : « Il le guérit », afin que la souffrance paraisse douteuse, mais : Il le réprimanda, et ce démon sortit de lui (Mt 17, 17). Ainsi être lunatique n’est pas autre chose qu’être possédé par le démon.
Or, semble-t-il, dans d’autres passages également, les évangélistes ont écrit quelques (récits) selon une opinion des hommes, ainsi que j’ai dit, et non pas selon leur propre pensée. C’est pourquoi Matthieu a écrit : Jésus dit à celui qui était paralytique et qui a été amené sur un lit : Aie confiance, mon fils ; tes péchés te sont remis. Et voici, dit-il, quelques-uns des scribes dirent en eux-mêmes — ce qui est : « Ils réfléchissaient et disaient dans leur esprit » — Celui-là blasphème (Mt 9, 2-3). Et Luc ajoute la cause de cela avec plus de détails : Qui peut, en effet, dirent-ils, remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul (Lc 5, 21) ? Et, lorsque Jésus connut leurs pensées, il dit : Pourquoi pensez-vous le mal dans vos cœurs ? Car lequel est le plus aisé de dire : Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche ? Mais, pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, alors il dit à ce paralytique : Lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison (Mt 9, 4-6). Et par cela il a clairement montré que celui qui a et dit et fait cela avec un pouvoir qui convient à Dieu est vrai Dieu ; car c’est vraiment le propre, et (le propre) de Dieu seul de connaître les mouvements cachés des cœurs, et selon ce qui est dit par Salomon dans une prière, au troisième (livre) des Rois : Toi seul, tu connais le cœur de tous les hommes (1 R 8, 39), et selon ce qui est dit par les apôtres dans les Actes : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous (Ac 5, 24). Et c’est pareillement le propre de Dieu de dire aussi avec autorité : Tes péchés te sont remis (Mt 9, 2), et d’accorder cela de façon royale et de confirmer, par cela qu’il a délié la paralysie visible, que le lien invisible des péchés également a été délié. Et cependant, s’il n’était pas Dieu par essence, avec ceci qu’il s’est fait vraiment homme, il lui faudrait éloigner de lui ce qui a paru aux Juifs être un blasphème et dire : « Le Père m’a donné ce pouvoir », ce que parfois il a dit aussi en d’autres (circonstances), en guidant la faiblesse de ceux qui écoutent. Mais maintenant c’est même d’une façon très démonstrative, suivant ses sages et ineffables paroles, qu’il a montré vérité le blasphème qui semblait à ceux-là. « En effet, s’il appartient à Dieu seul de remettre les péchés, ô Juifs, et que, moi, je (les) remette, comprenez à quoi tendait le συμπέρασμα, ou la conclusion du raisonnement (à savoir qu’) il est certain qu’est Dieu celui qui remet ce qui est tel comme il convient à Dieu. »
Et vois-moi l’indivisibilité de l’économie et que, lui-même, il est un et le même (celui) qui parle à la fois comme Dieu et comme homme. En effet, après avoir clairement montré par cela qu’il est vrai Dieu, il n’a pas dit : « Mais pour que vous sachiez que le Fils de Dieu a le pouvoir de remettre les péchés » ; mais il emploie le mot qui est très humble et il dit : Mais, pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir (Mt 9, 6). Par cela il est certain et clair que fausse est l’opinion de ceux qui le divisent par la duplication des natures qui (est) après l’union ineffable et (qui) divisent et attribuent les mots qui conviennent à Dieu à la nature divine et ceux qui sont humbles et conformes à l’économie à la nature humaine. Et comment quelqu’un dira-t-il que ce que l’humble dit humblement est un mot de l’économie ? Car celui qui parle comme il lui convient n’a pas besoin de l’économie, et celui qui est très haut par nature parle conformément à l’économie, lorsqu’il descend jusqu’à la bassesse des mots, afin de confirmer aussi par ce qu’il dit qu’il s’est fait vraiment homme pour notre salut. Que personne donc ne s’imagine l ‘Emmanuel autre et autre, en le coupant d’une manière impie après l’union en la dualité des natures ; car il est un et le même de deux (de) la divinité et (de) l’humanité, une seule personne et une seule hypostase, une seule nature incarnée du Verbe, et qui, en dehors du changement et de l’imagination, s’est fait homme parfaitement.
Cependant l’évangéliste, qui a écrit ces (paroles) qui montrent clairement qu’il était vrai Dieu (celui) qui faisait tout par (sa) propre puissance et par (son propre) pouvoir, a produit ensuite une opinion humaine (laquelle était) celle de la foule qui se tenait autour de lui et laquelle était très éloignée de la vérité ; il a dit, en effet : Et, après avoir vu, les foules furent dans l’admiration, et elles glorifièrent Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes (Mt 9, 8). Ainsi il était habituel à ceux qui ont écrit de produire en public également ces (expressions) de l’opinion d’un grand nombre, de même que c’est selon un usage général que Matthieu aussi s’est servi de l’expression : Ceux qui (étaient) lunatiques (Mt 4, 24), d’après laquelle il a raconté que le père de cet enfant également a dit de lui : Parce qu’il est lunatique et souffre cruellement (Mt 17, 14).
Or il semble que ce père de l’enfant est malade d’incrédulité et qu’il incrimine la faiblesse des disciples : Je l’ai amené, en effet, dit-il, à tes disciples, et ils n’ont pas pu le guérir (Mt 17, 15). C’est à cause de cette incrédulité que selon l’économie également ont été empêchés ces (cas) de guérison, alors que les disciples avaient fait déjà beaucoup d’(actions) de ce genre et qu’ils se réjouissaient et disaient à Jésus : Même les démons nous sont soumis (Lc 10, 17). Et en effet, cet (homme) avait besoin d’une réprimande et d’un reproche qui (le) corrige. Mais, parce que les foules aussi qui se tenaient tout autour partageaient la même incrédulité, (Jésus) généralisait la réprimande, en disant : O génération incrédule et perverse (Mt 17, 16) ; Et c’est très bien qu’il a dit : perverse, en dévoilant le genre de l’incrédulité. Et en effet, également lorsque d’autres qui (étaient) possédés du démon ont été guéris, elles disaient que c’est par Béelzébub, chef des démons, que sortaient les démons (Mc 3, 22 ; Lc 11, 15).
Et maintenant, alors qu’il s’est produit un petit retard, elles pensaient se moquer de (sa) faiblesse. Et (Jésus) a causé un tel profit au père de l’enfant par la réprimande qu’il a amenée ensuite comme il convient en tant que Seigneur et docteur que (celui-là) criait même, en disant — ainsi que dit Marc : — Je crois, viens au secours de mon incrédulité (Mc 9, 24), « L’incrédulité que tu (m’)as reprochée, reçois-la à la place de la foi, et aie pitié ; car je reconnais (mon) péché. » Et (Jésus) s’est incliné en voulant cela ; et, après avoir purifié d’abord le père de son incrédulité, de même il délivre du démon l’enfant également.
Or les disciples, après avoir été modérément troublés et avoir eu peur que la grâce des guérisons ne les eût abandonnés, posent une question au sujet de ce démon : Pourquoi, nous, n’avons-nous pas pu le chasser (Mt 17, 18) ? Et, en les ramenant à l’humilité et à penser toujours qu’ils sont dans le besoin, par rapport à toute bonne action, et à s’en prendre à eux-mêmes, de ce que la grâce qui (vient) de lui n’arrive pas d’elle-même, n’importe quand, par quelque parole ineffable, il leur a répondu : C’est à cause de votre incrédulité ((Mt 17,19). Et puis, afin qu’ils ne pensent pas encore que toute action relève de la foi et qu’ils n’ont pas besoin des œuvres, il ajoute en continuant ensuite, en disant : Mais ce genre ne sort pas si ce n’est par la prière et par le jeûne (Mt 17, 20).
Or c’est bien comme il convient qu’il a employé une parole qui ne (contient) pas l’indication de la personne et qu’il n’a pas dit : « Si vous ne jeûnez pas, vous, vous qui guérissez, ou bien ceux qui sont tourmentés et souffrent », afin que l’exercice de la prière et du jeûne fut général, et de ceux qui guérissent, et de ceux qui ont besoin de guérison. Mais il a dit cela de ceux qui à cause de (leur) vertu, comme les apôtres, reçoivent le pouvoir et la grâce pour chasser les esprits. Beaucoup, en effet, pour le profit de quelques-uns, dans des lieux où il n’y avait pas la connaissance de Dieu, ont accompli de telles (actions) d’après le besoin, et elles relevaient non pas de leur vertu, mais de Dieu qui a donné. Parce que et le devin Balaam, bien qu’il fût indigne, a prophétisé au sujet de l’économie, et (de même) Caïphe, le grand prêtre des Juifs, cependant ce n’est pas à cause de cela que Caïphe et Balaam sont des prophètes. C’est pourquoi Notre-Seigneur aussi disait : Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur ; Seigneur ; n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé et en ton nom que nous avons chassé des démons et en ton nom que nous avons fait de nombreux miracles ? Et alors je leur confesserai : Jamais je ne vous ai connus. Éloignez-vous de moi, artisans d’iniquité (Mt 7, 22-23). Il faut donc faire ce qui est défini par les lois, et ainsi (en est-il) également des miracles que Dieu donne et fait faire. Réjouissons-nous, et ne nous enorgueillissons pas, et retirons-nous aussitôt dans la crainte.
Et qu’est la (parole) : Ce genre (Cf Mt 17, 20) ? Est-ce que (Jésus) parle des démons qui, dans les cycles de la lune, attaquent les hommes ? — Et nullement. Sinon, il dirait : « Cette espèce ». Mais, lorsqu’il a dit : (Ce) genre, il parle d’une manière générale de toute action des démons, par rapport à laquelle nous tous avons besoin du jeûne et de la prière. Quant au jeûne, ce n’est pas celui des aliments, mais c’est l’éloignement de tous les maux. En effet, si tu es malade de l’avarice, tout aussitôt le démon qui en allume le feu, se trouvant un degré pour s’avancer, s’avance et se jette sur ton âme. Jeûne donc et dompte par la faim le désir de l’avarice, en n’amassant pas pour elle ce qui lui est cher et en donnant de ce que tu possèdes à ceux qui (sont) dans le besoin ; et, en priant, tu te délivreras aussitôt de (cette) folie. Et si, tandis que tu comptes les mois, tu abordes très durement ceux qui (te) doivent, en réclamant de lourds et exécrables intérêts, tu ne diffères en rien du démon qui, dans le cycle de la lune, met l’homme en pièces. Et si quelqu’un est poussé et importuné également par une colère irraisonnée et brutale, qu’il jeûne de celle-là par la douceur et qu’il n’oublie pas que c’est le démon, qui fait grandir la passion, qu’il amène en face de lui-même et qu’il accueille. Que le jaloux aussi s’approprie ce remède et qu’il ne soit pas jaloux des biens des voisins ; sinon, il trouvera que le serpent qui rampe s’est glissé secrètement dans les appartements de son cœur, lui qui a été jaloux d’Adam à cause du séjour bienheureux dans le paradis, lui qui par jalousie a armé contre Abel la main droite de son frère. (Qu’ils s’approprient) cela, l’adultère et celui qui est au service de son ventre et de la gourmandise, (qui sont) des collecteurs d’impôts et des percepteurs qui ne se rassasient pas. En effet, c’est de cela et de tous les maux en général que les démons allument la fureur. Mais ce genre, c’est-à-dire toute espèce qui accueille l’action des démons, est chassé par le jeûne et la prière. C’est avec cette purification que le Christ, la Pâque, qui a été immolé pour nous (cf. 1 Co 5, 7), veut que nous le rencontrions au jour de la résurrection.
Que, avec ce qui a été dit, également le (fait) pour nous de ne pas avoir part à la nourriture est une purification des péchés, Dieu l’a attesté (lui), qui a nommé seul jour de l’expiation le dixième jour du septième mois, où il a commandé de jeûner dans la Loi qui a été donnée par Moïse. Qui donc est celui qui ne veut pas par ce remède se rendre Dieu propice pour ses péchés ? Par conséquent, jeûnons joyeusement et même en dehors de tout motif, afin de recevoir une rémission de nos péchés abondante et riche et d’obtenir le royaume des cieux par la grâce et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, avec qui la louange sied au Père avec son Esprit, saint en tout et bon et qui lui (est) consubstantiel, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi-soit-il ;