SUR LE REPAS DE NOCE CONSIGNÉ CHEZ L’ÉVANGÉLISTE JEAN, LEQUEL A EU LIEU A CANA DE GALILÉE, OU LE CHRIST, APRÈS Y AVOIR ÉTÉ AUSSI INVITÉ, CHANGEA L’EAU EN VIN (cf. Jn 2, 1-11) ET QUE LE MARIAGE EST HONORABLE. ET A L’ADRESSE D’UN CERTAIN ROMANOS, QUI D’UNE FAÇON BLASPHÉMATOIRE ET CONTRADICTOIRE CHANGEA PAR UNE INTERPRÉTATION DIFFÉRENTE LA PAROLE DES SAINTS ÉVANGILES MISE DEVANT NOUS.
Si quelqu’un déploie son intelligence suivant la largeur du Livre inspiré par Dieu et surtout suivant celle des saints Évangiles, il trouvera beaucoup de voies du bien vivre, et (il trouvera) que toutes mènent à Dieu, qu’elles sont pleines de sainteté, qu’elles préparent en vue de l’avenir et qu’elles invitent à la vie éternelle ; car bien vivre, c’est ne pas abandonner le parti de Dieu. Il croira l’entendre parler par le prophète Jérémie à tous ceux qui veulent entendre : Tenez-vous sur les routes, et voyez ; et interrogez sur les sentiers du Seigneur qui sont éternels ; et voyez quelle est la bonne route, et marchez-y, et vous trouverez la sainteté pour vos âmes (Jr 6, 16).
Voici, en effet, que le Verbe de Dieu et Père, qui a parlé autrefois par les prophètes (He 1,1), lorsque à la fin des temps il s’est incarné et s’est fait homme, d’une manière ineffable et tout ensemble sans changement et en vérité, de l’Esprit saint et de l’essence de sainte Marie Mère de Dieu et toujours vierge, et que par là il inaugurait la voie de la virginité, (voie) qui d’un côté renferme ce monde présent lequel se complète à la fois par la procréation des enfants et par le commandement divin disant : Soyez féconds et multipliez-vous (cf. Gn 1, 28), et (qui) d’un autre côté passe au (monde) futur que la résurrection montrera nouveau, puisque ceux qui doivent ressusciter doivent être dans le ciel comme des anges (cf. Mc 12, 25) et ne doivent pas avoir besoin du secours du mariage, parce qu’ils demeurent constamment sans plus venir à l’existence ni mourir, (le Verbe de Dieu, dis-je), sachant que l’excellence du célibat est aussi difficile à soumettre à une règle et en tant que Dieu décidant par une loi ce qui convient à la force de notre nature, n’a pas défini par des lois écrites qu’il nous faut nous appliquer à la virginité ; mais, qu’elle soit l’objet d’un zèle volontaire, elle qui est si belle et (si) bonne et qui conduit à une égalité d’honneur avec les anges, il l’a désiré, sans le demander, en entraînant plutôt par l’amour et non en y poussant par la contrainte d’une législation. En effet, ce qui se trouve dans une loi, il est de toute nécessité de le faire ; mais ce qui est l’objet du zèle et qui est en dehors de la loi est l’apanage de ceux qui choisissent de leur plein gré.
C’est pourquoi Paul, obéissant à la volonté de son Dieu et de son docteur, écrit, comme un oppresseur, mais sous forme de conseil, un avertissement qui a rapport à cela, et il enseigne ainsi : Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur, mais je donne un conseil (1 Co 7, 25). – Et dis quel conseil tu donnes. – Il est bon pour un homme de ne pas toucher de femme (1 Co 7, 1) ; et encore : Il est bon pour un homme d’être ainsi (1 Co 7, 26). Es-tu lié à une femme, ne cherche pas la rupture ; n’es-tu pas lié à une femme, ne cherche pas de femme. Si pourtant tu t’es marié, tu n’as pas péché ; et, si la vierge s’est mariée, elle n’a pas péché. Car ceux qui sont tels auront de la tribulation dans la chair, et moi j’ai pitié de vous (1 Co 7, 27-28). Il a appelé « tribulation de la chair » ce qui s’ajoute aux soucis et aux peines mondaines du mariage. En effet, celui qui n’est pas marié, dit-il, a souci des choses du Seigneur, comment il plaira au Seigneur ; et, celui qui s’est marié a souci des choses du monde, comment il plaira à (sa) femme (1 Co 7, 32-33). Et (il) ne (dit) pas (cela), pour qu’on ait ainsi de l’aversion pour le mariage en tant que souillé et impur. En effet, il le sait tellement pur qu’il dit même au sujet du mariage d’un mari infidèle et d’une femme fidèle, ou inversement : Car le mari infidèle est sanctifié par la femme, et la femme infidèle est sanctifiée par le mari ; et sinon, vos enfants seraient donc impurs, et maintenant ils sont purs (1 Co 7, 14). Et dans un autre endroit il écrit : Le mariage est honorable en tout, et leur lit conjugal est pur (cf. He 13, 4).
Lorsqu’il veut faire connaître par les faits eux-mêmes et enseigner de façon claire que le mariage est pur et qu’il ne sépare aucunement de Dieu, lui aussi, notre Seigneur et notre Dieu, Jésus-Christ, qui est né d’une vierge selon la chair, ( qui) a conservé la virginité à celle qui lui a donné naissance, et (cela) même après l’enfantement, et (qui) a montré dans sa largeur la voie de la virginité à la vie du monde, a réjoui le repas de noce qui (a eu lieu) à Cana de Galilée, en présence et de la Vierge, sa mère, et de ses disciples ; car ils étaient invités à cause de quelque amitié humaine et à cause de (quelque) parenté en tant que gens de connaissance. Et celui qui fait tout avec sagesse (Cf Ps 103, 24) a obéi conformément à l’économie, en bénissant le repas de noce, afin d’y faire aussi le (premier) signe et le premier miracle. Et cela a été raconté par Jean le théologien seul en dehors des autres évangélistes, lui qui s’est appliqué à la virginité et a passé toute sa vie sans connaître le commerce charnel du mariage et (qui) était particulièrement et spécialement cher à Jésus. Et cependant, si le mariage était abominable, il lui fallait passer cela sous silence à cause de ceux qui fuient le commerce charnel du mariage et poursuivent l’imitation des anges. Mais voyons quel est le signe que Jésus a fait, lorsqu’il a honoré le repas de noce.
Après que le vin eut manqué, dit (Jean), la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont pas de vin (Jn 2, 3). Par là il est certain que ceux qui l’avaient invité au repas de noce n’avaient pas à son sujet des pensées supérieures ou dignes de Dieu. Et en effet, il leur faudrait, s’ils avaient des pensées comme il est convenable, le prier de suppléer au manque de vin ; car celui qui a besoin demande pour obtenir ce dont il a besoin. Mais, je l’ai dit, c’est en le connaissant d’une manière humaine qu’ils (lui) ont fait l’invitation au repas de noce, sans avoir considéré aucunement la hauteur de sa divinité.
Alors que Marie, dans une pensée de commisération, s’était penchée vers le besoin de ces (personnes) et qu’elle présentait une demande, (Jésus) rejette celle-ci, pour ne pas paraître être pour lui-même en quête de la vaine gloire et songer pour lui-même à cette gloriole avec sa mère, comme si celle-ci semblait avoir fait une demande avec feinte et que, lui, il courût volontiers après l’exhibition des signes. Tandis qu’il tenait les auditeurs loin de cette fausse opinion et qu’il montrait que c’est non pas par gloriole, mais avec soin et utilité, qu’il faisait toute chose, il lui répond même très durement, en instruisant ses auditeurs, je l’ai dit, et en enseignant la vérité, et non pas en voulant mépriser (sa mère) : Qu’y a-t-il à toi et à moi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2, 4).
En effet, que ces paroles ne fussent pas une réprimande, mais une manière d’instruction à cause des étrangers, sa mère l’a fait savoir. Car ce n’est pas comme celle à qui il a fait une réprimande qu’elle s’est retirée et éloignée, et ce n’est pas comme celle qui a essuyé un blâme qu’elle s’est tue et repentie de (sa) hardiesse. Mais, alors qu’elle savait dans son esprit ce qui se passait, c’est comme si Jésus n’avait absolument rien dit qu’elle dit aux serviteurs : Ce qu’il vous dit, faites-(le) (Jn 2, 5), voulant montrer encore quelque chose qui soit plus grand et qui convienne davantage à Dieu. Et, se mettant en accord avec cette pensée de (sa mère), qui songeait à ce qui est très grandiose, (Jésus) a dit : Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2, 4). « Tu crois, dit-il, que tout d’un coup je poursuis la réalisation de signes grandioses ; mais sache que ceux-ci se règlent d’après des temps convenables, en sorte que pas même une petite partie d’une heure n’échappe à (ma) direction et à (ma) conduite. Et en effet c’est en rapport avec la croissance de la taille corporelle que je montre peu à peu ma divinité et c’est avec le progrès véritable de la taille que je parais grandir en sagesse et en grâce (cf. Lc 2, 52) de miracles et de prodiges, parce que j’accorde ceux-ci d’une manière qui convient à Dieu et parce que cependant je (les) fais connaître successivement, ainsi que le mode de l’économie le demande, même jusqu’à un instant indivisible du temps ; car ce qui (relève) des actions divines a lieu également pour ce qui est plus menu et plus petit que tout, même si cela nous est complètement inconnu et difficile à saisir. »
C’est d’après ce sens que dans un autre endroit de l’Évangile également il y a au sujet des Juifs : Et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas venue (Jn 7, 30) ; et, dans un autre endroit de nouveau : Et personne ne l’appréhenda, parce que son heure n’était pas encore venue (Jn 8, 20) ; de même : L’heure est venue que le Fils de l’homme soit glorifié (Jn 12, 23). En effet, jusqu’à ce que l’économie fût accomplie jusqu’au dernier terme et qu’il ne restât rien de ce qui lui était d’avance connu et décrété ainsi que par la sagesse de Dieu, il était insaisissable absolument pour tout le monde. Mais il passait même au milieu d’eux, lorsqu’ils lui jetaient des pierres (cf. Jn 10, 31. 39). Et, quand tout fut venu à (son) terme, entièrement accompli et terminé à fond, comme on dirait – ce qui parut être bon et parfait à celui-là même qui dirigeait – c’est alors en vérité, c’est alors que se livra lui-même volontairement celui qui disait : J’ai le pouvoir de poser mon âme, et j’ai le pouvoir de la reprendre ; et personne ne me l’enlève, mais c’est moi qui la pose de mon plein gré (cf. Jn 10, 18). Il ne dirait pas cela, s’il était soumis aux nécessités des heures selon l’invraisemblance des stupidités païennes. C’est pourquoi, même après avoir dit à sa mère, pour le motif que j’ai dit, la (parole) : Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2, 4), tout aussitôt il a fait un signe qui n’appartenait nullement à celui qui est soumis à l’observation des heures. En même temps il (nous) instruit et il (nous) enseigne par là, si jamais nous n’obéissions pas à des mères qui nous commanderaient quelque chose à contretemps, même si le refus semble comporter ce qui convient et ce qui plaît beaucoup, à les contenter tout aussitôt avec ce qu’il faut, ou bien en faisant ce qu’elles ont commandé, ou bien par une autre voie, et à ne pas les délaisser du tout dans leur tristesse. Honore, en effet, dit-il, ton père et ta mère, afin d’être heureux et d’être longtemps sur la terre (Ex 20, 12 ; Dt 5, 16).
En examinant la parole avec plus de soin, on trouve que la Mère de Dieu, et après (son) enfantement et depuis qu’elle a servi le mystère de l’économie, était remplie de l’Esprit saint et savait d’avance ce qui allait (arriver). En effet, elle était prophétesse, comme dit Isaïe : Et je me suis approché de la prophétesse (Is 8, 3). Car, s’il n’en était pas ainsi pour elle, comment ne penserait-elle pas que c’est spontanément, et du néant, et de quelque chose d’invisible, que Jésus pouvait également mettre du vin sous les yeux de tous ? Mais, parce qu’elle savait d’avance ce qui allait arriver et que Jésus allait ordonner aux serviteurs de puiser de l’eau pour la changer ainsi en vin, elle aussi, elle leur donnait d’avance un ordre, en disant : Ce qu’il vous dira, faites-(le) (Jn 2, 5). Ainsi la prescience au sujet de ce qui allait arriver était en quelque sorte commune à Jésus et à elle-même, à celui-là ainsi qu’à Dieu et à celle-ci ainsi qu’à celle qui agit comme une prophétesse. En effet, il avait voulu – et il a mis son application à le faire – écarter du miracle tout soupçon d’imagination. Car, si c’était ἀπʹ αὐτομάτον, c’est-à-dire spontanément, qu’il avait fait que le vin jaillît et apparût d’une façon étonnante au milieu de ceux qui mangeaient, il serait regardé comme menteur, sans être cru, et (le fait) semblerait une hallucination, et une illusion des yeux et du goût, et une supercherie des démons, comme ce qu’essaient de faire d’une manière trompeuse ces charlatans aussi qui (opèrent) dans la tente, lorsqu’ils imitent l’action de faire des miracles.
C’est pourquoi (Jésus) fait durer et traîne en longueur le manque (de vin), afin que ceux qui mangeaient prennent conscience de manquer de vin pour le moment et qu’ainsi ils ne laissent pas passer aussi le miracle, mais qu’ils l’apprennent très clairement. Ce n’est pas pour attendre l’observation de l’heure, ce n’est pas pour cela qu’il tardait ; car comment l’auteur des siècles (cf. He 1, 2) devait-il faire attention à l’opportunité de l’heure, et attendre, et épier le vide qu’(il y a) en cela ? En effet, par le fait qu’il a changé l’eau en vin, il nous a évité encore d’imaginer une accusation, et par là il ne s’est pas moins montré le créateur de toutes choses que s’il eût créé le vin à partir du néant. Car il est pareillement celui qui par l’intermédiaire de la vigne change aussi en vin la rosée, qui n’est pas autre chose que de l’eau, et de la même rosée (il fait) dans le pommier une pomme, et dans le figuier une figue, et il change d’après chaque espèce (d’arbre).
Et considère comment (l’évangéliste) développe le miracle au moyen de circonstances variées, en lui ménageant la vérité de toute part et en lui retranchant et en lui enlevant le soupçon d’une imagination mensongère. Il y avait là, dit-il, des urnes de pierres, six (urnes), qui étaient placées pour la purification des Juifs, contenant chacune de deux à trois mesures. Jésus dit aux (serviteurs) : Remplissez d’eau ces urnes. Et ils les remplirent jusqu’en haut (Jn 2, 6-7). En effet, comme la Loi qui (a été donnée) par Moïse ordonnait que celui qui touchait quelque chose d’impur lavât ses vêtements et se fît des ablutions dans l’eau, à cause de la fréquence d’une telle purification, parce que le pays de Palestine est très sec et n’est pas arrosé par des sources et par des rivières, mais supplée à son manque (d’eau) ou par des puits ou par des citernes, les urnes dont il est question, c’étaient celles qui étaient pleines et préparées à cet effet pour les Juifs, afin qu’ils se purifient tout aussitôt. Ces (urnes) donc, qui alors, par un certain hasard, se sont trouvées être vides, Jésus ordonnait aux (serviteurs) de les remplir d’eau, elles qui depuis longtemps servaient pour l’eau et où il n’y avait absolument aucune odeur ni ce qui a quelque rapport avec l’idée de vin. En effet, s’il leur ordonnait de se servir d’autres pots quelconques, on pourrait dire que, parce qu’il y était resté de la lie, une fois que l’eau a été versée sur elle, elle a reçu (quelque chose) de la qualité du vin et (que), comme ceux qui mangeaient étaient déjà ivres et que pour eux le discernement du goût était comme mort par suite de l’ivresse, ils ont pris l’eau pour du vin.
Vois donc que par tout (cela} est écarté le soupçon (d’imagination). En effet, ce ne sont pas les disciples qui reçoivent l’ordre de remplir les urnes, mais ce sont ces serviteurs, témoins étrangers et qui de nulle part n’apportent une contribution au témoignage ; et (l’ordre est de remplir) non pas n’importe quelles urnes qui se rencontreront, mais celles qui ont été mises à part pour l’usage de l’eau depuis longtemps. Celles-là, ils les ont encore remplies, est-, il dit, jusqu’en haut (Jn 2, 7) (en sorte) qu’elles ne donnent place à aucun mélange de vin. Et c’est ainsi que Jésus a dit aux (serviteurs) : Puisez maintenant, et portez au maître d’hôtel ; et ils (en) portèrent (Jn 2, 8). Le maître d’hôtel n’est pas un de ceux qui prennent place sur le lit où on prend place à table ; mais c’est le chef de ce qui se dit τρίκλινον, c’est-à-dire de la petite salle du banquet et de ce qui lui est nécessaire, dont l’unique occupation, alors que pour ainsi dire il est complètement à jeun, est de circuler partout, de placer cuisiniers, serviteurs, échansons, de tout disposer et de (tout) transporter pour ce qui sert tout ensemble l’intérêt et l’utilité de ceux qui mangent. C’est à celui-là donc que Jésus ordonnait aux (serviteurs) de donner les prémices de l’eau qui avait été changée en vin, à lui qui était éveillé et qui avait (tout) net le discernement du goût, à tel point qu’il témoigna non seulement que c’était du vin, mais encore que ce (vin) était très bon et excellent, en disant à l’époux : Tout homme sert d’abord le bon vin, et, lorsque (les convives) se seront enivrés, celui qui est moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent (Jn 2, 10).
Tels sont donc, selon une explication simple et facile du miracle mis devant nous, l’éclat et l’aspect extérieur de la parole évangélique. Mais, pour ceux qui peuvent descendre avec modération vers la profondeur des pensées – car personne ne suffit sous le rapport d’une contemplation totale – ce n’est pas n’importe quelle richesse qui se trouve (là). Et en effet, le repas de noce signifie et montre que c’est comme dans la gaîté d’un repas de noce, que Jésus est venu par son avènement selon la chair parmi ceux qui (sont) sur la terre. Car il n’est pas venu pour juger le monde, dit l’évangéliste, mais pour que le monde soit sauvé par lui (cf. Jn 3, 17), et pour qu’il se fiance l’Église comme une vierge pure en qualité d’épouse, selon ce qui est dit par Paul aux Corinthiens : Car je vous ai fiancées à un mari unique, pour vous présenter devant le Christ comme une vierge pure (2 Co 11, 2) ; c’est de lui que Jean Baptiste aussi disait : Celui qui a l’épouse est époux (Jn 3, 29) ; et c’est de ses disciples qu’il disait également lui-même: Est-ce que les amis de l’époux peuvent être dans la tristesse, tant que l’époux est avec eux (Mt 9, 15) ?
Le repas de noce était donc une image des fiançailles et du mariage intellectuel, (des fiançailles) que le Christ a faites et (du mariage) par lequel il s’est uni à nos âmes, (lui qui est) le pur époux de l’Église. C’est au nom de celle-ci que cette mère (de Jésus), la Vierge Mère de Dieu, lorsqu’elle était présente au repas de noce, qu’elle voyait que le vin, (c’est-à-dire) la parole doctrinale qui avait été donnée à la synagogue des Juifs, avait manqué, parce que, comme des cabaretiers, ses docteurs, les princes des prêtres et les pharisiens, y mêlaient comme l’eau leurs propres enseignements faibles et humains – eux dont Isaïe aussi dit : Tes cabaretiers mélangent le vin avec l’eau (cf. Is 1, 22) – en prenant pour objet de leurs enseignements les commandements des hommes, en sorte que désormais tout devenait de l’eau, et qu’elle voulait pousser le Christ à la miséricorde, (cette mère de Jésus, dis-je) a dit : Ils n’ont pas de vin (Jn 2, 3), en le pressant presque de donner même le vin mystique des mystères. C’est pourquoi Jésus lui répondait : Qu’y-a-t-il à toi et à moi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2, 4). « Il n’est pas encore temps que je verse le vin très parfait et très mystique, avant que je porte la croix et verse mon sang et (que) le Paraclet vienne sur ceux qui (sont) sur la terre. Pour l’instant c’est l’enseignement qui ressemble à l’eau et qui est humain que je changerai en la chaleur, l’énergie, la force et l’agrément d’une boisson spirituelle ; car c’est de cela que le vin est le modèle. »
Il n’était pas possible que le goût de ce (vin) fût examiné par la synagogue des Juifs, qui était ivre, avec qui il était couché à table à cause de la charité et à qui il a donné part, autant qu’il fallait, à la doctrine d’un banquet qui était un repas de noce, lorsqu’il lui a donné beaucoup de beaux enseignements, sans que pourtant elle les ait remarqués. Ses maîtres d’hôtel, c’étaient les (disciples) de Moïse et les ( disciples) d’Abraham, car Moïse était fidèle comme serviteur dans la maison de Dieu (cf. Nb 12, 7 ; cf. He 3, 5)), ainsi qu’il est écrit ; après n’avoir goûté même que du bout des lèvres, ils ont su clairement par les révélations des prophètes qu’il avait gardé pour l’Église le bon vin de la doctrine évangélique pour le dernier et à la fin des temps ; votre père Abraham, en effet, a dit le Christ aux Juifs, a tressailli de joie afin de voir mon jour que voici ; et il (l’)a vu, et il s’est réjoui (Jn 8, 56).
Ce sont là les biens et les profits qui conviennent aux paroles divines et s’accordent avec elles. Mais, ce qui a été dit d’une manière trompeuse par quelques-uns et qui change et fausse ces sens véritables de vive force et d’une manière opposée et qui mène au blasphème, il faut le fuir et en détourner la face. Et en effet, quelqu’un a osé dire que ce repas de noce offre l’image de la corruption qui (a eu lieu) dans le paradis, ainsi qu’il dit lui-même, le troisième jour, et appeler « maison de plaisirs » et « siège de relâchement » le banquet, dont il est dit qu’y a pris part aussi Jésus, ou l’homme qui est figuré par lui à l’image de Dieu ; et il ajoute à son sujet avec blasphème et par ignorance en propres termes : « Il a bu tout ce vin par un mouvement naturel ». Et il présente la Mère de Dieu comme une personne relâchée, qui courait de façon impudente vers la concupiscence et même qui offrait une image de la sensation voluptueuse ; et elle disait : Ils n’ont pas de vin (Jn 2, 3), et à cause de cela elle était blâmée et (s’)entendait (dire) : Femme (cf. Jn 2, 4) ; et « elle parlait aux serviteurs, dit-il, aux pensées inspirées par la passion ». Et les urnes juives, il admet qu’elles soient l’indice de la pureté et des pensées vives et pieuses, et il appelle (vin) de passion, et (de) perversion, et de folie qui (est) en dehors de l’intelligence – car je me sers des paroles de celui-ci – le vin qui avait été changé à partir de l’eau par la thaumaturgie de (notre) Dieu et notre Sauveur le Christ. Et il affirme que c’est de ce (vin) que le prophète a dit : Malheur à ceux qui sont ivres, (mais) pas de vin, et courent après les liqueurs fortes (cf. Is 5, 22 ; 29, 9). Or, des prophéties qui se présentent différemment, c’est comme de petits morceaux d’étoffe qu’il les coud ensemble par ignorance. Dans un endroit, en effet, le prophète crie malheur à ceux qui courent après les liqueurs fortes, et il dit : Car le vin les brûlera (cf. Is 5, 11) ; et, dans un autre endroit, (il dit) qu’ils sont ivres sans vin, en disant : Malheur à la couronne d’ignominie, les mercenaires de la montagne d’Ephraïm, la fleur qui a perdu la gloire, et, sur le sommet de la montagne couverte de forêts, ceux qui sont ivres sans vin (Is 28, 1). Car quiconque est furieux et fou de passion, ainsi que ceux dont il prophétise, est ivre de vanité dans son intelligence. Mais il explique que cette parole a été corrompue, et il dit : « Lorsque c’est non seulement à l’égard du péché naturel, mais encore à l’égard de celui qui est fait contre la nature, qu’ils étaient sans retenue et sans vigilance. »
Quelle grandeur de blasphème ces (paroles) ne dépassent-elles pas ? De quelle réfutation ont-elles un besoin pour (leur) ruine, alors que par leur lecture elles sont manifestes et claires ? Qui a divisé le péché en (péché) naturel et en (péché) qui est contre la nature, que parfois, lui-même, celui-là dit également (péché) volontaire ? Qu’en s’avançant en public il explique la différence qu’il veut (faire) ! En effet, ou bien c’est de la volonté que (le péché) est une maladie et une erreur, ainsi qu’il l’est aussi ; et, lorsque nous péchons, c’est à juste titre que nous sommes condamnés. Ou bien, s’il est dans la nature, personne ne porte la peine de la nature ; en effet, faisons nécessairement remonter la cause à celui qui a créé la (nature) ainsi. Qui a jamais attribué à des personnes saintes et dignes de louanges, et également au Christ, ces mauvaises interprétations (basées) sur un contresens, ou, au contraire, qui (a attribué) à des (personnes) mauvaises et exécrées ce qui (est le fait) de la perfection et d’une conduite chaste ? En effet, il nous faut prendre les paroles et les sens d’après les qualités qui sont affirmées de (ces) personnes. Par exemple, le mot « cèdre », dans le Livre divin, signifie tantôt la méchanceté, et tantôt la perfection. En effet, il est dit tantôt à cause de la stérilité et de la fierté : J’ai vu l’impie qui s’élève beaucoup, et il s’élève comme les cèdres du Liban (Ps 36, 35), et tantôt à cause de son odeur agréable, du grand nombre de (ses) branches, de sa vie en société, de son pourtour circulaire, de son opulence, de son extension vers le ciel, de son port rectiligne : Le juste, c’est comme le palmier qu’il poussera, et c’est comme le cèdre qui (est) dans le Liban qu’il se multipliera (Ps 91, 13). Et de la même manière le vin également, d’après le contexte, signifie tantôt la folie et l’ivresse, par exemple, comme ce que dit Salomon dans les Proverbes : Ils sont ivres d’un vin qui (est) contre la Loi (Pr 4, 17), et tantôt la doctrine spirituelle, comme on peut (l’)entendre chez le même, où la Sagesse dit : Buvez du vin que je vous ai versé à boire (Pr 9, 5).
C’est pourquoi certains se froissent à mon sujet, parce que je ne dis pas bon et doux ce qui est amer et nuisible. Quant à moi, je leur demanderai d’une manière plaisante : Voudraient-ils et désireraient-ils que je sois tel que je dispense la vérité selon le bon plaisir des hommes, ou bien que je ne puisse discerner des opinions réprouvées et que je m’y attache à la façon d’une bête, et que je ne puisse, conformément aux décisions de Paul, quoique modérément, et consoler par un enseignement sain et réfuter ceux qui contestent (cf. Tt 1, 9) ? Mais cela n’est rien autre chose que s’ils maudissaient l’Église. Et en effet à cause de moi, elle aussi, elle devrait courir un danger, en apprenant à penser en dehors de ce qu’il lui faut penser, elle que le Seigneur aurait préposée à la foi saine, en la gardant et en la sauvant de l’erreur de l’hérésie et de toute corruption.
Si tu menaces d’amputer mes paroles, du moins, en (me) menaçant de (cette) amputation, toi, tu es tombé de toi-même. Avant moi, menace plutôt David. Facilement, en effet, tu le montreras athée, comme celui qui dit que pour lui il n’y a pas de Dieu. Mais, lorsque tu mettras et placeras la (parole) : L’insensé a dit dans son cœur, à côté de la (parole) : Il n’y a pas de Dieu (Ps 13, 1 ; Ps 52, 1), c’est l’insensé, et non pas David, que tu incrimineras, et tu montreras que ta menace est ridicule. Car Paul aussi serait le docteur du polythéisme d’après ta parole, lui qui dit : Il y a beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs (1 Co 8, 5). Mais, parce qu’il a dit auparavant : Il n’y a de Dieu, qu’un seul (1 Co 8, 4), qu’il s’est moqué de l’erreur et qu’il a ajouté : Quoiqu’il y ait (des êtres) qui sont appelés dieux (1 Co 8, 5), il échappe à la froide accusation.
« L’Échelle » qui fait descendre au Schéol – c’est ainsi, en effet, que son livre a été intitulé par Romanos, l’interprète puissant, qui a déraisonné dans les interprétations qu’il a exposées ( en se basant) sur un contresens – se trouve tout entière en tout devant tout le monde, montrant sa propre honte à ceux qui (la) rencontrent, sans avoir besoin de celui qui la réfute, à moins que quelqu’un ne soit ivre dans son intelligence à la ressemblance de celui qui l’a écrite et qu’il ne croie que le péché est naturel et contre la nature. En effet, l’Apôtre dit de nous-mêmes, qui avons été sauvés par la grâce de la venue selon la chair du Christ notre Sauveur : Et nous étions par nature, c’est-à-dire en (toute) vérité, des fils de colère (Ep 2, 3) ; car celui qui fait ce qui est digne de la colère est nommé « fils de colère ». Et en effet, le Livre divin a coutume d’appeler ceux qui dans leur pensée sont malades d’une certaine passion et qui sont possédés et entraînés par elle les « fils de cette passion ». C’est pourquoi Paul aussi, qui a dit : Nous étions par nature des fils de colère (Ep 2, 3), a dit auparavant clairement : Lorsque nous faisions les volontés de la chair et de nos pensées (Ep 2, 3), c’est-à-dire : « Et lorsque (nous péchions) par le corps, et lorsque nous péchions par la pensée ». Et vois-moi la perfection de la pensée de l’ Apôtre et comment elle reconnaît toute espèce de péché comme un égarement de la volonté et de la pensée, qui ont été malades de la volupté. Et en effet, le fait de vouloir ou le fait de ne pas vouloir, c’est le propre de l’âme, et non pas du corps. Et pourtant il a nommé le péché corporel « la volonté de la chair », montrant que c’est à cause de la volonté mauvaise et à cause de l’âme qui se porte elle-même vers ce qu’elle veut et est entraînée avec le corps qu’existent aussi les passions qui agissent par le moyen de la chair. Et que le Livre divin ait coutume d’appeler ceux qui sont les agents des passions « les fils de ces passions », David également le fait savoir, quand il chante en ces termes : Et le fils de l’iniquité ne continuera pas à lui faire du mal (Ps 88, 23) ; et, lui aussi, notre Seigneur dit de Judas : Et pas un d’eux ne se perd, si ce n’est « ce fils de perdition » (Jn 17, 12) ; et l’Apôtre encore a donné à ceux qui n’ont pas cru à l’Évangile le nom de « fils de l’incrédulité » (cf. Ep 5, 6).
Quant au péché naturel, aucun de ceux qui ont des pensées orthodoxes n’a donné à le conjecturer. Mais diras-tu : « Lui aussi, ce bon (Paul) a donné au (péché) corporel la désignation de péché naturel, en tant que le véritable (péché) ». – Quoi donc ! Le péché qui (est) dans la volonté est-il faux ? – « Parmi les péchés, en effet, il en a dit quelques-uns naturels, et quelques-uns volontaires. » – Et quel est le sens d’une division de ce genre dénuée de (toute) science ? Car nous sommes condamnés pour toute espèce de péché, attendu que nous avons péché véritablement, et non pas faussement. – « Oui, dit-il. Mais, lui aussi, l’Apôtre, écrivant aux Romains, a dit : Car leurs femmes ont changé l’usage naturel en celui qui (est) contre la nature. (Rm 1, 26) » – Et après ? Ne considères-tu pas qu’il a dit : L’usage naturel, et non pas : Le péché ? L’usage naturel de la femme, c’est celui par lequel se fait la procréation des enfants et la propagation de la race, non pas celui qui a pour fin le plaisir, mais celui qui a une fin convenable et utile, (à savoir) la génération des enfants, par laquelle s’est maintenue la forme du monde. Et l’usage qui (est) contre la nature, c’est celui par lequel des (hommes) impudiques sont passionnés même pour des mâles.
L’usage naturel de la femme donc n’est pas un péché, puisque c’est dans la loi du mariage qu’il a sa défense. Mais, lorsque- la loi défend le commerce charnel comme illégitime, par exemple celui qui (a lieu) avec une sœur ou une mère ou avec quelqu’une des personnes de ce genre, au cas où quelqu’un, après avoir fléchi dans sa pensée, accepterait l’attrait du plaisir comme un hameçon et transgresserait la loi, ce n’est pas à cause de l’usage naturel de la femme que j’appelle « péché naturel » le glissement de la pensée et sa maladie, d’où résulte le fait qu’il pécherait. Comme je l’ai dit, en effet, c’est là une maladie de la volonté, et la maladie n’est pas naturelle ; car c’est une telle disposition de l’âme qui est la racine et la cause du péché. Et en effet, c’est par le mouvement de l’intelligence et par la passion que se jugent le péché et l’égarement et dans le Livre divin et chez tous ceux qui ont légiféré dans les πολιτείας, ou villes, qui sont bien gouvernées par des lois.
Et vois saint Jean, évêque de Constantinople, expliquer dans l’épître aux Romains cette parole que nous venons d’examiner, exposer cela dans la quatrième homélie et montrer que la transgression de la loi, lorsque c’est de la pensée qu’elle tient le mouvement, donne lieu au péché et fait qu’il soit convenablement et justement appelé volontaire, et non pas naturel. « En effet, tout ce qui transgresse les lois portées par Dieu désire ce qui est étranger (aux lois), et non pas ce qui est déterminé par des lois. Car, de même que beaucoup souvent, après avoir renoncé au désir des aliments, mangent de la terre et de petits cailloux, et que d’autres, lorsqu’ils sont en proie à une soif violente, désirent souvent aussi de la boue, de même ceux-ci également en sont venus dans leur débordement à cet amour qui est contre la loi. Si tu dis : Et d’où (vient) une telle intensité à ce désir ? – De l’abandon de la part de Dieu. – Et l’abandon de la part de Dieu, d’où (vient-il) ? – De l’iniquité de ceux qui l’ont abandonné. »
Et encore, dans la cinquième homélie, il a écrit en ces termes : « C’est pourquoi il n’a pas dit : Et de même qu’ils n’ont pas connu Dieu, mais : De même qu’ils n’ont pas essayé de connaître Dieu (Rm 1, 28), montrant que le péché est le fait plutôt d’un jugement corrompu et d’une contestation, et non d’un rapt et d’une tromperie, et que les péchés sont le fait non de la chair, ainsi que le disent quelques-uns parmi les hérétiques, mais de la pensée et de la concupiscence mauvaise, et que c’est de là qu’est la source des maux. En effet, après que l’intelligence est devenue réprouvée, alors tout a été détruit et renversé, une fois que l’ἡνίοχος, c’est-à-dire celui qui tient les rênes, a été corrompu. »
De même aussi Grégoire le théologien, dans la lettre à Clédonius, quand il combat Apollinaire qui disait que l’intelligence n’a pas été prise par Dieu le Verbe incarné pour nous, lorsqu’il parle d’Adam qui a transgressé le commandement divin, s’exprime ainsi : « En effet, ce qui a reçu le commandement, cela n’a pas observé le commandement ; ce qui n’a pas observé le commandement, cela a osé aussi la transgression du commandement ; ce qui a transgressé le commandement, cela surtout avait besoin aussi de salut ; ce qui avait besoin de salut, cela a été pris aussi ; l’intelligence donc a été prise. » Et cela a été démontré, bien que malgré eux, par des nécessités logiques et des démonstrations géométriques, comme on dit.
Et également le sage et saint Cyrille reconnaît le péché comme une maladie, et non pas comme une nature, ainsi que la corruption qui est arrivée à la chair par suite de la maladie de l’intelligence, laquelle ne dirigeait pas comme il faut et vers ce qui est le meilleur le mouvement de la concupiscence inné en nous, ou plutôt laquelle était menée par lui, attendu que par une honteuse volupté elle est devenue sauvage et furieuse et que dès lors c’est à la manière d’une loi qu’elle lui commandait le péché. Il a écrit en ces termes dans la première lettre à Succensus : « Nous disons donc que, par suite de la transgression du commandement par Adam, après que la nature humaine a souffert la corruption et que la pensée qui est en nous se révoltait et était contrainte par les désirs de la chair, c’est-à-dire par les mouvements innés en nous, il nous était nécessaire pour le salut, à nous qui (sommes) sur la terre, que le Verbe de Dieu se fît homme, afin de faire la sienne propre la chair de l’homme qui était sujette à la corruption et a été malade de la volupté et que, parce qu’il est la vie et qu’il vivifie, il détruisît la corruption qui est en elle et qu’il réprimât les mouvements innés, à savoir ceux qui (mènent) à la volupté. Car c’est ainsi que pouvait mourir le péché qui (est) en elle. Nous nous souvenons, en effet, que le bienheureux Paul également a appelé loi du péché (cf. Rm 7, 23) le mouvement inné en nous. » Il est donc connu d’avance que le fait que nous soyons malades de la volupté, que par celle-là le mouvement inné en nous l’emporte et devienne une loi de pécher pour l’intelligence qui tient la place de chef et qu’il la mène et la conduise en tyran, c’est là le péché. Mais, quant au (péché) qui est arrivé par suite de la maladie, personne ne le dit jamais naturel.
D’où est-il donc venu à l’intelligence de ce charpentier de « L’Échelle », laquelle lutte avec Dieu, de nous introduire cette division du péché et de dire naturel le (péché) corporel et volontaire celui qui (est) dans la pensée, et de s’exprimer ainsi : « Il montre que le péché volontaire est plus grand que le (péché) naturel, et que la faute intellectuelle est plus grave que la (faute) sensible, parce que le Calomniateur est exempt des fautes matérielles ; car il n’a pas de corps. » Et quelle espèce trouvera-t-on, dis-moi, au péché naturel, comme tu dis, et qui n’a pas la volonté pour commencement ? Nous entendons, en effet, les saints Pères enseigner, dans ce qui a été cité plus haut, que la pensée est la source de tous les péchés et que c’est le fait des hérétiques d’attribuer à la chair la cause du péché.
Comment ne combats-tu pas aussi les opinions communes de tous les hommes, toi qui dis que le péché sensible et corporel est plus léger que le péché intellectuel et qui (est) dans la pensée ? Car ce n’est pas la même chose, je pense, d’accueillir dans sa pensée un désir d’adultère et de s’en tenir là, que de commettre l’adultère aussi de corps. En effet, quoique Notre-Seigneur lui-même ait condamné pour adultère celui qui a regardé une femme pour désirer (cf. Mt 5, 28), cependant il y a une grande distance et une (grande) différence de l’action corporelle au mouvement voluptueux qui (est) dans la pensée. De là encore le canon XLVIII, par lequel sont régies les saintes Églises, s’est ainsi exprimé : « Si quelqu’un, après avoir désiré une femme, projette de dormir avec elle, et que sa pensée ne se réalise pas, il semble qu’il est sauvé par la grâce. »
Tu es donc manifestement en lutte avec les paroles sacrées du Livre inspiré par Dieu, avec les explications des docteurs éprouvés et encore avec les canons et les lois ecclésiastiques. Et tu octroies le pardon aux péchés sensibles et corporels, et, les (péchés) naturels, comme tu l’as dit et (cela) avec éloge, tu les dis plus légers que ceux qui sont commis en pensée, pour la raison que tu as cru absolument, comme les Manichéens exécrables, que le corps appartient à une partie qui a la nature du péché et qu’à cause de cela il est conduit au péché par une nécessité naturelle. Octroie donc un pardon complet à la nature du corps qui est conduit de force à pécher, et ne dis pas, en trompant ceux qui écoutent, que les fautes intellectuelles sont plus graves que les (fautes) sensibles et corporelles. Car ce n’est pas parce que le Calomniateur n’a pas péché matériellement et corporellement, mais immatériellement, que déjà, à cause de la ressemblance avec celui-là, les péchés des hommes qui (sont) dans la pensée seront également regardés comme plus grands que les (péchés) corporels. Et en effet la condamnation a été augmentée pour celui-là du fait qu’il était en plus dans une condition intellectuelle et angélique, et que cependant, en face de la gloire divine, il (en) a fait peu de cas et a péché.
Tu tresses un filet trompeur avec une telle fourberie que tu prends occasion de combattre les Juifs, comme si tu simulais la parole à la place des apôtres et que tu les accuses de dire que le péché ( est) naturel, et non volontaire, en ces termes mêmes : « C’est pourquoi les (apôtres) seront pour vous des juges ; ceux qui ont remis l’incorruptibilité dans son premier état par leur conduite forte et excellente vous condamneront, parce que non seulement vous n’avez pas horreur du péché, mais encore vous enseignez qu’il est naturel, et non volontaire, comme s’il (?) disait : Vous, en effet, vous dites : Quelle autre chose Dieu cherche-t-il, si ce n’est la semence (cf. Ml 2, 15) ?
Qui ne manifestera pas d’étonnement pour ces (paroles) qui jettent chez les simples un venin caché ? En effet, en pensant faire un reproche aux Juifs sous prétexte qu’ils disent que le péché est seulement naturel, et non pas, d’après sa division très erronée, impossible et tout à fait ignorante, que celui-ci est naturel et celui-là volontaire, c’est sur sa propre pensée très malveillante et sur un témoignage scripturaire qu’il fonde l’accusation, lorsqu’il a ajouté ensuite : « Vous, en effet, dit-il, vous dites : Quelle autre chose Dieu cherche-t-il, si ce n’est la semence ? » voulant montrer que l’émission de la semence humaine qui produit la génération est un péché naturel.
Mais nous avons montré, dans ce qui a été dit plus haut, ô excellent, que ce n’est ni le commerce charnel avec la femme défini par la loi qui est un péché, ni pareillement la procréation des enfants, mais le (commerce charnel) illégitime et qui par suite d’une volupté immodérée sort des limites énoncées dans la loi. Autrement, que la semence n’est pas abominable, écoute le prophète Isaïe qui dit : Heureux celui qui a une semence dans Sion et des parents dans Jérusalem (Is 31, 9) ; et encore : Votre âme verra une semence de longue vie (cf. Is 53, 10), laquelle (semence) et se conçoit d’une manière sensible au sujet de la procréation des enfants et se voit d’une manière allégorique en même temps au sujet de la semence de la perfection et au sujet de celle de la doctrine spirituelle, par laquelle (semence) viennent à l’existence de nombreux enfants qui connaissent Dieu ; et, dans le Deutéronome, Moïse également dit : Bénis sont les enfants de tes entrailles (cf. Dt 28, 4).
Et il est (trop) long de citer ici les témoignages relatifs à ce sujet, parce qu’ils sont nombreux. Mais, toi, ô celui-là, il est certain que tu essaies de présenter la procréation des enfants comme impure et pétrie de péché, comme on dirait, à la façon des misérables Manichéens et comme les Messaliens dont les murmures et les radotages sont absurdes. Tu as écrit, en effet, dans « L’Échelle », peu avant les paroles qui ont été citées ici, de cette manière : « Il a été dit aussi jadis que Béelzébub s’interprète « avaleur de mouches ». Et il signifie l’esprit de fornication, selon ce qui a été dit : Ils disaient : Il y a en lui un esprit impur (Mc 3, 30), qui tantôt lui faisait recevoir chez lui, et tantôt en chassait toutes les passions honteuses et mauvaises. C’est pourquoi il est dit encore : Il est le chef des démons (cf. Mt 12, 24 ; Mc 3, 22 ; Lc 11, 15). En effet, c’est avant tous les maux que celui-ci est entré le premier dans le premier homme. Après avoir commencé par lui, c’est avec toute la nature humaine que désormais il naît, vit et se conduit d’une manière effrontée et impudente. Et on peut apprendre cela très exactement par l’âge des petits enfants, qui ignore en grande partie la διάθεσις, c’est-à-dire la pensée, de toutes les passions, de l’avarice, de l’ambition, de l’égoïsme, de l’orgueil, de l’envie, etc., mais qui connaît et chérit la (passion) de la volupté, et (cela) même avant le temps convenable, tantôt parce que (cet âge) sera corrompu, (et) tantôt parce qu’il corrompra. »
À quoi fera-t-on attention parmi ces (paroles) qui ont été dites par toi, ô Romanos, sans intelligence, avec impiété et avec audace ? Car c’est par une dégustation intempérante, et non par la fornication, que le Livre sacré dit en ces termes que le premier homme, c’est-à-dire Adam, a été vaincu : Et la femme vit que l’arbre était bon à manger ; et, après avoir pris de son fruit, elle en mangea et en donna également à son mari avec elle, et il en mangea (Gn 3, 6) ; ce qui relève non pas de la fornication, mais de la gloutonnerie. Mais tu commets encore cette impiété avec les autres, en te heurtant à ton « Échelle » qui manque de solidité. Tu y dis, en effet, que c’est charnellement qu’Adam s’est uni à Ève dans le paradis, et tu affirmes sottement que c’est là la manducation de l’arbre, en parlant de Jean-Baptiste et du Calomniateur, et tu écris en ces termes : « Et, celui-là (Jean-Baptiste), en tant qu’ami fidèle et véritable, en poussant l’Église à s’unir spirituellement à Notre-Seigneur, promet à (celle-ci) ce qui (fait partie) du mariage, le royaume des cieux ; et celui-ci (le Calomniateur), en tant qu’ami caché et funeste, en poussant Ève à s’unir charnellement à Adam, promet à ( celle-ci) comme dot la puissance de Dieu : Le jour, dit-il, où vous mangerez de l’arbre, vos yeux s’ouvriront, el vous serez comme des dieux qui savent le bien et le mal (Gn 3, 5). En effet, réellement par cette action pernicieuse il s’est glissé et est descendu avec eux. »
Si donc dans le paradis le Calomniateur apparaît, après avoir dit cela à Ève, et (s’)il l’a poussée à s’unir charnellement à Adam, après avoir été trompée, et s’ils ont fait une action pernicieuse, ainsi que tu l’as dit, et si le premier péché était une fornication, le lieu de l’incorruptibilité est devenu une maison de fornication, selon ta parole.
Mais le Livre divin nous instruit et nous enseigne différemment. En effet, après avoir dit : Et Dieu chassa Adam et le fit habiter en face du paradis de délice (Gn 3, 24), alors il a déclaré ensuite : Adam connut Ève, sa femme ; et, après avoir conçu, elle enfanta Caïn (Gn 4, 1). En montrant l’aide qui (vient) de la procréation des enfants et le maintien de la race qui (découle) de là, elle a dit : J’ai possédé un homme par Dieu (Gn 4, 1). Sache, si tu veux – car je te parlerai comme si tu étais présent et (comme) celui qui est un ami pour toi – que les docteurs de l’Église et de la vérité n’ont pas les mêmes pensées que toi-même au sujet de la manducation du fruit de l’arbre, eux qui enseignent que cette manducation ferait monter jusqu’à la contemplation divine, si elle avait été prise opportunément. Grégoire le théologien, en effet, dans l’homélie sur l’apparition de Dieu, a écrit ceci : « Et il donne une loi comme matière au libre arbitre. La loi était un commandement, (prescrivant) de quelles plantes il lui fallait manger et à quelle (plante) il ne lui fallait pas toucher. Celle-ci était l’arbre de la science, qui n’a pas été planté dès le commencement avec méchanceté et n’a pas été défendu par jalousie – que ceux qui luttent avec Dieu ne lancent pas là leurs langues, et qu’ils n’imitent pas le serpent ! – mais (la plante) était bonne assurément, lorsqu’elle était prise en son temps – car la plante était la contemplation, comme ma contemplation, à laquelle il n’est prudent de monter que pour ceux qui sont plus parfaits au point de vue de leur pensée. – Mais (la plante) n’était pas bonne pour ceux qui sont plus simples jusqu’alors et sacrifient davantage à la gourmandise par le désir, de même qu’une nourriture complète n’est pas avantageuse pour ceux qui sont encore tendres et ont besoin de lait. » Ainsi donc ce qui (appartient) au péché se trouve dans la désobéissance seulement, et parce qu’Adam a été vaincu en ne mangeant pas du fruit en son temps.
Comment donc, selon ta parole, nous faut-il penser que la dégustation était la fornication, l’union de la femme avec l’homme et une action honteuse, comme tu as dit, en sorte que le premier péché soit un (péché) de fornication ? C’est pourquoi tu dis que et le (péché de fornication) et l’esprit impur qui y (préside) sont nés avec toute l’humanité. Donc Paul ment, lui qui dit : Et sinon, vos enfants seraient donc impurs ; or maintenant ils sont saints (1 Co 7, 14). Comment dis-tu, affirmant seulement comme un bavard ce qui te vient à la bouche et ne pensant rien de sage, que les enfants, et (cela) même avant l’âge convenable, sont enclins à la fornication plus qu’aux autres passions ? Ils paraissent, en effet, être surtout gourmands par le goût, se mettre en colère et être jaloux les uns des autres, mais ne désirer aucunement avant ces passions l’union des corps et le commerce charnel. Car ce qui a été dit par Notre-Seigneur, à savoir : Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux (cf. Mt 18, 3), a été dit de ceux qui sont encore de tout jeunes enfants et qui n’ont absolument pas éprouvé en eux quelque chose de ce genre, et non en général ; mais : Si vous ne changez pas et que vous ne deveniez pas comme des enfants (cf. Mt 18, 3) ; c’est-à-dire : Détournez-vous de toute méchanceté, comme ce qui a été écrit par l’Apôtre Paul aux Corinthiens : Mes frères, ne soyez pas des enfants dans vos pensées ; mais devenez de tout jeunes enfants sous le rapport de la méchanceté, et dans vos pensées devenez parfaits (1 Co 14, 20).
C’est donc à cause de ceci que tu roules (dans ta bouche) de nouveau de semblables (paroles) et que tu dis que l’esprit de fornication est né avec toute l’humanité et que les enfants ont avant les autres passions des désirs honteux de corrompre et d’être corrompus, parce que tu veux montrer que c’est comme si un tel péché avait été apporté avec notre nature et (en) était devenu l’essence. C’est ainsi que tu as également écrit plus haut au sujet du démon, comme tu dis, du (démon) de la fornication, qui « par le péché a acquis par rapport aux hommes un droit de parenté ».
Et encore sur un autre degré branlant de « L’Échelle », qui est pleine de dangers et qui mène sur des rochers, en descendant, tu ajoutes ces (paroles) qui sont apparentées à celles-là et leur ressemblent : « Afin que nous célébrions donc la fête, non pas avec du vieux levain – par le culte légal – ni avec un levain de malice et de perversité (cf. 1 Co 5, 8), c’est-à-dire par l’action naturelle et volontaire d’Adam et de Caïn, par laquelle toute la formation de la nature mortelle a été mélangée au péché pernicieux et fétide. » Voilà ce que tu (dis), toi qui combats les Juifs en apparence : « Le péché est non pas naturel, mais volontaire. » Qu’est-ce qui est donc volontaire ? Dis quelle est l’action naturelle d’Adam et de Caïn qui est privée de la volonté ? Comment la formation de la nature humaine a-t-elle été mélangée au péché ? Ou bien comment certains ont-ils possédé leur propre arche à l’abri des passions mélangées à la formation de la nature, ainsi que tu l’as dit, en confondant pêle-mêle toutes ces (idées) qui ne s’accordent nullement les unes avec les autres ? Car ces (penchants) semés et jetés avec la nature, comment les en chassera-t-on ? Quelle est l’affinité (?) et la parenté du démon de la fornication ? Ou qui se dépouille de (cette) parenté par les sueurs de la vertu ? De quelle manière la parenté qui a lieu par suite du péché se maintient-elle ? Parmi ceux qui ont expliqué, qui a dit : Les Juifs ont affirmé que Notre-Seigneur était possédé par un esprit de fornication ? Et en effet également sa sainteté, qui (apparaissait) dans (sa) conduite humaine et conforme à l’économie, fermait même la bouche de (ses) ennemis et de (ses) adversaires. La (parole) : « La passion de la fornication est née avec les hommes, ainsi que l’esprit qui y (préside) », est clairement consignée dans les écrits impies des Messaliens. Et à celle-là ressemble également cette (parole) : « Parmi les péchés, tu en diras quelques-uns naturels et quelques-uns volontaires » ; et cela en beaucoup d’endroits. Tu as écrit, en effet, en ces termes : « Les pensées de la volupté, c’est dans des hommes charnels qu’elles ont leur lit, et les chatouillements de la cupidité, c’est chez les inconstants qu’ils ont leur nid. » Et encore : « la méchanceté naturelle dresse des embûches dans les pensées basses des Juifs, et l’impiété de Satan habite dans les volontés hautaines des païens. »
Vois-tu que tu es pris (dans tes filets), toi qui dis naturel tout péché, et non seulement celui qui est perpétré par le corps, mais déjà également celui qui est commis dans la pensée, celui-là seul que tu disais volontaire. Écoute, en effet, tes paroles, à moins que tu ne fasses semblant d’être sourd et qu’en même temps tu persuades à ceux qui t’obéissent de (t’)écouter. Car tu as dit : « La méchanceté naturelle s’est glissée dans les pensées basses des Juifs. » Si donc la méchanceté de la pensée est naturelle, quelle est dès lors la (méchanceté) volontaire ? Où auras-tu ce qui (appartient) à la division subtile et grave, par laquelle tu saisis les occasions d’appeler ce péché-ci naturel, et celui-là volontaire, afin de paraître seulement parler de (péché) volontaire et de flatter par (cette) expression ceux qui te rencontrent ?
En effet, lorsque tu entreprends de parler d’Adam dans un autre endroit, en te servant de nouveau de la même division, tu t’exprimes ainsi : « A la sixième heure, il a été coupé comme une grappe de raisin par un désir volontaire ; à la neuvième heure, il a été enfermé comme le vin dans le tonneau de la mort par un péché naturel. » Et encore dans un autre endroit : « Et les foules du pays extérieur et du (pays) intérieur, (foules) de la nature, de la pensée (et) de l’âme, s’approchèrent de lui, ayant avec elles la foule nombreuse et variée de la maladie volontaire, qu’il a guérie facilement peut être pour la raison qu’il était assis sur la montagne philosophique de la perfection. »
Est-ce que tu comprends ce que tu dis, ô toi ? Pourquoi, en effet, changes tu (et) désignes-tu les foules différemment ? Pourquoi peux-tu changer (et) les appeler avec un contre-sens ? Quelles sont ces (foules) de la nature ? Quelles (sont) les (foules) de l’âme ? Quelles (sont) les (foules) de la pensée ? Comment les (foules) de la nature ont-elles une maladie volontaire ? En effet, si tu considères ce qui est dans la nature, c’est-à-dire par rapport à la volonté de l’auteur de la nature et de Dieu qui l’a créée, la (nature) jouit aussi d’une santé excellente, et elle n’a pas besoin de guérison. Lorsque tu as dit que toute la foule avait une maladie volontaire, quelle idée aurons-nous de cette division des foules de la nature, de l’âme et de la pensée ? Ou plutôt tu oublies – s’il me faut dire la vérité – que tu mets la confusion dans ta division indivisible. Même celles qui ont commis un péché naturel selon ta parole – car c’est là le (péché) des foules de la nature – se trouveront avoir une maladie volontaire. Par conséquent tu as été pris (dans ton propre filet), toi qui encore changes de nouveau même le péché volontaire en (péché) naturel ; et il est certain et manifeste que c’est par ironie seulement qu’en beaucoup d’endroits tu le nommes volontaire.
Comment ne remarques-tu pas que c’est encore parce que tu as blasphémé par suite d’une impiété ignorante que tu as osé dire : « C’est pour cela que Jésus a facilement guéri la foule de ceux qui étaient malades, parce qu’en vérité il était assis sur la montagne de la philosophie. » Car quelle guérison n’a-t-il pas faite facilement ? Lequel, parmi les évangélistes, a jamais raconté que celle-ci a été faite difficilement, et celle-là facilement ? Car c’est comme le vrai Dieu qu’il les faisait toutes par sa volonté seulement. Qu’avait-il besoin pour cela de monter sur une montagne ? Est-ce que tu ne sais pas que c’est après être descendu d’une montagne qu’il a dit la parole (adressée) au lépreux, qui montrait que l’action de la volonté divine était très rapide, qu’elle volait et qu’elle opérait : Je veux, sois purifié (Mt 8, 3 ; Mc 1 , 40 ; Lc 5, 3). Car la purification de celui qui était malade égalait en vitesse les paroles elles-mêmes. En effet, il est manifeste que Jésus lui-même nous traçait en tout le modèle de la vie philosophique et lorsqu’il se retirait à part dans un lieu et lorsqu’il priait (cf. Lc 5, 16), et qu’il n’avait pas lui-même besoin de cela pour opérer facilement la guérison de ceux qui étaient malades ou les autres miracles.
Comment donc, à l’exemple de ceux qui sont ivres, crois-tu monter jusqu’aux degrés supérieurs de ton « Échelle », et oublies-tu que tu te portes vers le bas, et (cela), alors mème que tu tentes de nouveau d’avancer et de monter en chancelant et que tu te renverses encore et que des vertiges te prennent, comme on dit ? En effet, tu as écrit également ceci : « A un homme marqué du caractère sacerdotal, qui était redevable d’une dette d’huile d’enseignement, il a fait cadeau d’un cinquième, en (lui) remettant les péchés non volontaires : Prends, en effet, dit-il, ton billet, et écris : Quatre-vingts (cf. Lc 16, 7). Et à un homme du siècle, qui était écrasé par une dette de froment qui sert à lα nourriture, il a abandonné la moitié, en lui remettant deux parties et une demie, (à savoir) les (péchés) non volontaires et les (péchés) naturels, et une certaine partie des (péchés) volontaires, à cause des affaires du monde, lorsqu’il lui a dit aussi : Prends ton billet, et, t’asseyant dans la fosse du désespoir, écris : Cinquante (cf. Lc 16, 6).
Il serait donc possible de citer ici encore beaucoup d’autres (paroles), qui seraient bien pleines de blasphèmes nombreux et variés et qui conduisent, clairement pour beaucoup d’entre elles et parfois aussi secrètement pour quelques-unes d’entre elles, à l’abomination des Manichéens et des Messaliens et à cette autre chaîne des diverses hérésies. Je n’ai nécessairement produit en public que ces (paroles), afin que vous appreniez la raison pour laquelle il regarde comme une maison de plaisir le repas de noce qui a eu lieu à Cana de Galilée, en pensant que le commerce charnel du mariage est une corruption et un péché naturel, en sorte que, même s’il se trouve par hasard faire mention du mot « repas de noce » par euphémisme, même s’il nomme volontaire le péché, même s’il fait semblant d’accuser les Manichéens, il ne soit pas cru. Car c’est en cachette qu’il répand le venin selon les sens qui ont été manifestés par ses propres paroles et (qui) ont été examinés précédemment par nous. En effet, beaucoup ont coutume, même parmi ceux qui ont les pensées de Nestorius, d’anathématiser Nestorius, d’accuser peut-être ses opinions et de répandre ses semences parmi les simples très subtilement avec une certaine habileté ; c’est la même chose qu’ont coutume de faire ceux aussi qui sont pris par les autres hérésies et s’en occupent très habilement.
C’est pourquoi il n’a pas craint de prendre la Vierge Mère de Dieu comme un type de la sensation (qui est) voluptueuse et impudente, et au contraire les urnes juives comme un exemple de la pureté et des pensées pieuses, alors qu’il oublie qu’il faut entendre également les eaux d’après la qualité actuelle et des personnes et des choses. En effet, tantôt Dieu promet le soulagement et le rafraîchissement par ce qu’il dit à l’adresse de ceux qui brûlent du fait des passions honteuses et des traits ardents du Calomniateur, (qui) sont secs et chez qui il n’y a pas l’humidité de la connaissance de Dieu, en criant dans le prophète Isaïe : Vous qui avez soif, venez aux eaux (Is 55, 1) ; et encore dans Jérémie : Ils m’ont abandonné, (moi), la source des eaux vives, et ils se sont creusé des citernes crevassées, qui ne peuvent pas retenir l’eau (Jr 2, 13) ; et également dans les Évangiles de la même manière : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive! Celui qui croit en moi, comme a dit le Livre, des fleuves d’eau vive couleront de son sein (Jn 7, 37-38). Tantôt elles signifient l’enflure qui (vient) de l’arrogance, le débordement et l’humidité d’une vie adonnée aux passions, les violences et les malheurs des afflictions qui fondent sur les hommes, ainsi qu’a dit Jacob à Ruben au livre de la Création : Dur, arrogant, tu as été insolent comme l’eau, ne bouillonne pas, car tu es monté sur la couche de ton père (cf. Gn 49, 3-4) ; et, ainsi que dit le prophète David : Délivre-moi et sauve-moi des grandes eaux et de la main des fils des étrangers (Ps 143, 7) ; et encore : Quand les hommes se seraient élevés contre nous, est-ce qu’ils nous engloutiraient vivants ? Et, quand leur fureur se serait emportée contre nous, est-ce que les eaux nous submergeraient (Ps 123, 2-4) ? Elles signifient encore la faiblesse, la paresse et le mouvement instable de la fausse doctrine et de la parole de la sagesse profane, par exemple de la (sagesse) égyptienne et de la (sagesse) chaldéenne et de celles qui leur ressemblent, comme la (parole) : Tes cabaretiers mélangent le vin avec l’eau (cf. Is 1, 22), qui a été dite par Isaïe à Jérusalem, et la (parole) qui (a été dite) par Jérémie : Qu’y a-t-il à toi et à la route d’Égypte, pour boire l’eau de Gihon ? Et qu’y a-t-il à toi et à la route des Assyriens, pour boire l’eau des fleuves (Jr 2, 18) ? et la (parole) : Comme des eaux mensongères, dans lesquelles on n’a pas confiance (Jr 15, 18).
Comment n’est-ce pas une impiété complète de dire que le premier signe de notre Dieu et notre Sauveur le Christ, (à savoir) l’eau qui a été changée en vin d’une manière digne de Dieu et merveilleuse, pervertit et produit les passions et la folie ?
(Ce) signe est dit le premier. Et en effet cela également a été discuté, puisque certains disent qu’il l’a fait le premier, attendu que, dans le temps passé de son âge selon le corps, il n’y eut absolument rien de tel, parce qu’il ne voulait pas se manifester avant le temps qui était réglé d’après l’économie. Nécessairement, en effet, les Juifs seraient encore davantage dans le doute à son sujet, ils ne croiraient pas en lui, parce que ce n’est pas l’âge qui convient aux hommes faits qu’il offrirait, et même ils se hâteraient vite de s’en emparer d’avance et de le clouer à la croix ; cependant il était insaisissable pour eux, même lorsqu’ils voulaient le prendre ; c’est pourquoi il n’est pas saisi, mais c’est de sa propre volonté qu’il s’est livré lui-même. Il semble donc, disent-ils, que dans tout le premier âge, avant ce miracle, il n’a fait absolument aucun signe, mais seulement à l’âge de douze ans, ainsi que Luc l’a raconté, lorsqu’il s’assit avec les docteurs des Juifs qui (étaient) à Jérusalem et qu’il les étonna par (ses) interrogations et par la sagesse de (ses) réponses.
On peut en entendre d’autres qui se livrent à des recherches plus minutieuses et qui disent que l’évangéliste a dit « premier » ce signe qu’il a fait, non pas en général, mais à Cana de Galilée, indiquant qu’une autre fois et dans un autre lieu il a fait des signes, même si chez tous ce n’étaient pas les mêmes ou de semblables. Et en effet, c’est également d’après la diversité des personnes, des temps et des lieux que ces (signes) se faisaient différemment et sagement, de cette manière-ci chez les Juifs, qui étaient jaloux et qui avaient des pensées d’orgueil, parce qu’ils croyaient connaître Dieu et sa loi, et de cette manière-là chez ceux qui étaient affranchis de passions de ce genre. En Égypte, en effet, quand il y fut descendu à cause de la folie d’Hérode, alors qu’il était tout enfant, conformément à la prophétie d’Ιsaïe, il ébranlait ses (objets) faits de main d’homme (cf. Is 19, 1) – à savoir : les statues, les idoles et les images des démons, qui faisaient d’avance connaître leur destruction et qui tout aussitôt devaient lui être soumis comme au vrai Dieu et tomber et être vaincus également dans l’attaque et le combat avec lui. Et elle aussi, sa mère et la Vierge Mère de Dieu, c’est comme celle qui était accoutumée à voir des signes et qui le savait l’auteur de miracles étonnants qu’elle disait : Ils n’ont pas de vin (Jn 2, 3). Ainsi il nous faut penser que c’est le premier signe, ou bien (le premier) de ceux qui eurent lieu à Cana de Galilée, ou bien le premier après que Jésus fut baptisé.
Parce que cet excellent (Romanos), qui tord ce qui est droit par les explications erronées qu’il fait au moyen d’un contre-sens, a transformé et changé ce miracle en un blasphème très méchant, allant à l’encontre du but du Livre divin et de l’intelligence des docteurs et des initiateurs de la vérité qui l’ont expliqué par le même Esprit, c’est pour vous affermir, vous qui (m’)écoutez, que j’apporterai ici leur témoignage.
En effet, saint Jean, évêque de Constantinople, expliquant ce passage de l’Évangile, a écrit en ces termes : « Alors donc Jésus a fait du vin avec l’eau ; et, alors et maintenant, il ne cesse pas de changer les volontés molles et qui coulent et qui se répandent. Il y a, en effet, il y a des hommes qui ne diffèrent en rien de l’eau, qui ainsi sont froids et mous et qui ne s’arrêtent jamais. Ceux qui sont dans cet état, présentons-les à Notre-Seigneur, pour qu’il change leur volonté en la manière du vin, en sorte qu’ils ne coulent plus et ne se répandent plus, mais en sorte qu’ils soient un sujet de joie et pour eux-mêmes et pour les autres. » Remarquez-vous combien grande est l’opposition et que le vin est ici un signe du changement en quelque chose de meilleur et de la joie spirituelle, et non de la folie, comme le veut le genre diabolique de l’explication de celui-ci, et que l’eau également est un modèle non pas de la pureté ici et de la piété, mais de la froideur, de la mollesse et du fait de ne pas s’arrêter, de couler et de se répandre.
Écoutez donc le sage et saint Cyrille, qui a été le pasteur de la grande ville croyante d’Alexandrie, expliquer divinement ce passage de l’Évangile. Or il écrit en ces termes : « Et le troisième jour un repas de noce eut lieu à Cana de Galilée (Jn 2, 1). C’est donc sous un bon prétexte qu’il vient au commencement des signes, même si c’est involontairement qu’il semblait être invité au (repas). En effet, alors qu’une fête se faisait à l’occasion de noces, il est absolument certain que c’est avec gravité que la mère de notre Sauveur est présente et que, ayant été invité lui aussi, il vient avec ses propres disciples, pour faire un miracle plutôt que pour prendre part à un repas, et encore avec cela pour sanctifier également le commencement de l’existence humaine, nous voulons dire dans la mesure où cela avait rapport avec la chair. Il lui fallait, en effet, en prenant en bloc la nature humaine et en la faisant retourner tout entière à ce qui est meilleur, non seulement accorder une bénédiction à ceux qui étaient déjà appelés à l’existence, mais encore préparer d’avance la grâce pour ceux qui devaient naître peu après et rendre saint leur passage à l’existence. Admets encore une troisième justification à ce sujet. Il avait été dit quelque part à la femme par Dieu : C’est dans les douleurs que tu enfanteras des fils (Gn 3, 16). Comment donc nous fallait-il encore rejeter loin de nous cette malédiction ? Ou comment pouvions-nous autrement échapper au mariage condamné ? Parce qu’il est charitable, notre Sauveur lui-même a annulé aussi cette (malédiction) ; par sa présence il a honoré le mariage, lui (qui est) l’allégresse et la joie de tous, afin de chasser la première tristesse de la procréation des enfants ; en effet, si quelqu’un (est) dans le Christ, il est une nouvelle créature ; et : Les choses anciennes sont passées, ainsi que dit Paul, et il y a eu des choses nouvelles (2 Co 5, 17). » Avez-vous vu quel intervalle il y a entre la lumière et les ténèbres ? Est-ce qu’il a appelé le repas de noce une maison de plaisirs ? Est-ce un indice de la corruption qui (aurait eu lieu) dans le paradis et de l’union honteuse d’Adam et d’Ève que celui qui est corrompu dans son intelligence s’empresse d’inventer en vertu d’une loi qui (vient) de lui-même ?
Que soient donc mises aussi, sous les yeux de tous, les paroles du docteur (qui expriment) une pensée sublime et la contemplation ! Après ce qui a été dit, en effet, il ajoute encore peu après ces (paroles) qui déracinent la sottise de ce (Romanos), où se trouvent des blasphèmes, des contes et une grande honte – ce qu’il a fait par un contre-sens – et qui la rejettent des lieux saints, en dehors du Livre divin, comme impure.
« Le Verbe de Dieu est donc descendu du ciel, ainsi qu’il le dit lui-même quelque part, afin que, en s’unissant la nature de l’homme en tant qu’époux, il la persuadât de porter dans son sein les semences spirituelles de la sagesse. Et à cause de cela l’humanité est appelée à juste titre « épouse », et notre Sauveur « époux », lorsque c’est à partir de notre (condition) que le Livre divin développe (et) élève la parole jusqu’au sens qui est au-dessus de nous.
« Le festin du repas de noce est réuni le troisième jour, c’est-à-dire dans les derniers temps de ce siècle présent ; car ce nombre « trois » nous apporte le commencement, le milieu et la fin ; c’est ainsi que tout le temps est mesuré. À cela paraîtra ressembler ce qui a été dit quelque part par l’un des prophètes : Il frappera, et il nous bandera (les plaies) ; il nous guérira le troisième jour, et nous nous lèverons et nous vivrons devant lui et nous connaîtrons ; mettons-nous à la recherche de la connaissance du Seigneur ; c’est comme une aurore toute prête que nous le trouverons (Os 6, 2-3). En effet, il a frappé à cause de la transgression du commandement qui (a eu lieu) en Adam, lorsqu’il a dit : Tu es poussière, et tu iras en poussière (Gn 3, 19). Celui qui était frappé de corruption et de mort, lui-même, il en a aussi bandé (les plaies) le troisième jour, c’est-à-dire non pas dans les premiers temps, ni dans les (temps) intermédiaires, mais dans les derniers temps, quand, après s’être fait homme pour nous, il a montré la nature en bonne santé, l’ayant ressuscitée d’entre les morts tout entière en lui-même ; c’est pourquoi donc il est aussi appelé les prémices de ceux qui dorment (1 Co 15, 20). Par conséquent, parce que (Jean) a dit : Le troisième jour (Jn 2, 1), où se faisait le repas de noce, il signifie le dernier temps.
« Il fait connaître également le lieu : À Cana de Galilée (Jn 2, 1), en effet, dit-il. Et que celui qui aime à s’instruire fasse de nouveau attention ! En effet, ce n’est pas à Jérusalem qu’(a lieu) la fête ; c’est en dehors de la Judée qu’(a lieu) le banquet ; il se fait dans le pays des Gentils ; car la Galilée faisait partie des Gentils (cf. Is 9, 1), comme le dit un prophète. Il est absolument certain, je pense, que la synagogue des Juifs a rejeté l’époux qui (vient) du ciel, et que l’Église qui (se recrute) parmi les Gentils l’a reçu, et (cela) très joyeusement. Ce n’est pas de lui-même que notre Sauveur vient au repas de noce ; car il était invité par de nombreuses voix de saints.
« Mais le vin manquait à ceux qui mangeaient. En effet, la Loi n’a rien amené à la perfection (He 7, 19) ; le Livre de Moïse ne suffisait pas à réjouir parfaitement. Cependant même le degré de la vigilance innée en nous ne s’étendait pas jusqu’à pouvoir nous sauver. Il est donc vrai de dire de nous aussi : Ils n’ont pas de vin (Jn 2, 3). Notre Dieu, riche en dons, ne néglige pas la nature agitée par le manque de biens ; il nous a montré un vin bon et meilleur que le premier ; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie (2 Co 3, 6). Et la Loi ne possède pas la perfection dans les biens ; mais les divines instructions de la doctrine évangélique apportent une bénédiction très riche. Ce maître d’hôtel est dans l’admiration du vin ; je crois, en effet, que chacun de ceux qui sont ordonnés pour le sacerdoce divin et à qui est confiée la maison de notre Sauveur le Christ, est dans l’admiration et dans l’étonnement de sa parole qui est au-dessus de la Loi. C’est au (maître d’hôtel) le premier que le Christ ordonne de donner le (vin), parce que, selon la parole de Paul, le cultivateur qui peine doit le premier être nourri de ses fruits (2 Tm 2, 6). »
Après avoir entendu cela, est-ce que vous avez encore besoin de ma parole pour juger que ces (explications) sont les enfants de l’Esprit saint, et que celles de cet affligé sont les produits des démons, comme les exemples de faux petits miracles qui fatiguent même à première vue ceux qui les rencontrent ? En effet, ce docteur de la vérité a dit que l’époux céleste, le Christ, qui s’attache nos âmes par la foi en lui et par l’union, c’est-à-dire le mariage, est symbolisé et figuré par le repas de noce ; et le ministre du mensonge a dit le contraire, (à savoir) que notre Sauveur représentait et figurait comme type l’homme que les désirs ont enivré et l’homme que les passions rendent fou et furieux, et il s’exprime par des paroles honteuses qui sont l’aveu même de sa défaite : « Jusqu’alors, dit-il, je bataille, je combats et je lutte pour ne pas consentir au désir de la chair. » Et après cela il ajoute : « Sa mère dit aux serviteurs, aux pensées inspirées par les passions : Ce qu’il vous dit, faites-le (Jn 2, 5). Il n’est pas possible, en effet, qu’il ne fasse pas ce qui est proposé, dès qu’il a goûté au premier breuvage de la pensée. » Et cependant il se peut que celui qui a reçu une mauvaise pensée se rapportant à la concupiscence la rejette par une pensée chaste se présentant ensuite, sans en venir aucunement à l’action. Comment donc disais-tu plus haut en voyant cette contemplation pleine de ténèbres : « Les disciples sont des pensées pieuses et excellentes, avec lesquelles, en tant que maître de lui-même, il marche sans obstacle dans le chemin et bon et mauvais. » Que s’il est maître de lui-même et qu’il avance sans obstacle vers ce qu’il veut, comment n’est-il pas possible qu’il ne fasse pas (ce qui est proposé), après qu’il a goûté, comme tu as dit, au premier breuvage ? Car ce (mot) : Il n’est pas possible, signifie (et) montre la contrainte forcée et l’absence de volonté. Vois-tu que la maîtrise de soi et tous les mots de la religion ne sont pour toi qu’une cause illusoire et sortent et progressent jusqu’à un simple mot, et qu’en fait tu introduis le péché forcé et naturel que tu as divisé, à ton avis, en (péché) naturel et en (péché) volontaire, en trompant des oreilles inexpérimentées et grossières. Mais nous, nous savons que tout péché est une maladie de l’âme, et naît de la volonté qui a été gravement malade, selon la parole du prophète divin David, lequel chante avec sagesse et avec science et dit : Bénis, mon âme, le Seigneur, qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies, qui sauve ta vie de la perdition (Ps 102 1, 3-4).
Pourquoi, après avoir mis de côté tous les sens qui sont faciles à expliquer et qui servent à l’éloge du repas de noce, es-tu plutôt conduit à des significations erronées ? – C’est parce que tu veux montrer que le mariage est impur, à l’exemple des Manichéens qui sont plus souillés que tout, dont l’Apôtre, écrivant à Timothée, a parlé d’avance ainsi : L’Esprit dit clairement en propres termes que, dans les derniers temps, certains s’éloigneront de la foi, en regardant et en écoutant attentivement des esprits séducteurs et des doctrines de démons, à cause de l’hypocrisie trompeuse de menteurs, qui ont la conscience cautérisée et interdisent de se marier (1 Tm 4, 1-3).
Une fois que par esprit de contradiction tu as été fou et furieux dans ta pensée, tu as décrété que ce bon vin, ce (vin) de la doctrine évangélique, ce (vin) parfait, est un agent de passion et de folie, que ce maître d’hôtel est l’intelligence qui a fléchi et est tombée dans les passions, et que cet époux est la pensée obscène et qui désire les passions, ou le démon qui est le compagnon et l’auxiliaire de l’impureté ; car de nouveau je me sers de tes paroles.
Mais c’est une besogne pénible de continuer à rapporter, après ces (paroles), celles qui restent et qui suivent. En effet, nous n’avons cité pour votre sécurité que celles qui regardaient cette explication mise devant nous de la parole de l’Évangile et la contemplation du repas de noce qui s’est fait à Cana de Galilée et quelques-uns de ses nombreux blasphèmes. Et autrement, pour tout parcourir, c’est l’affaire de tout un écrit et d’un traité particulier et complet. Et moi, parce que je tiens grand compte de votre profit, je ne consens pas à ne mettre devant vous, pour (les) faire entendre, que ces contre-sens de ses explications dignes de bonnes femmes et criminels, et à causer une sorte de dommage pour vos oreilles et aussi pour vos âmes. Mais c’est avec soin que je m’applique à ceci, à vous nourrir d’abord avec une nourriture solide, à vous charmer et vous réjouir par la doctrine spirituelle des Pères – car je me fais gloire de rapporter leurs (enseignements) – et à dévoiler de cette manière la honte de l’erreur et vous faire juges de ce qui est dit. Et cela, nous le ferons peu à peu, quand Dieu l’accordera, quoique j’aie cru que, après avoir entendu ce (qui précède), vous pouvez vous mêmes, à la seule lecture de « L’Échelle » très impie et très ridicule, reconnaître sa honte – et il est certain qu’elle mène d’elle-même à l’abîme – son étrangeté et sa privation des Livres divins.
Qui, en effet, ne rirait pas longtemps – afin que, laissant de côté ces impiétés pour un temps, je mentionne une de ces (explications) ridicules – en voyant que l’arbre qui (était) dans le paradis est mesuré en coudées et en entendant que leur nombre est sottement inventé ? « En effet, dit-il, un autre bois, auquel a été suspendu chez les Perses quelqu’un du nom d’Haman, était de cinquante coudées (Est 7, 9). »
Comment ne montre-t-elle pas en grand nombre les rires qui (éclatent) sous la tente, la contemplation, ou plutôt la κωμῳδία, c’est-à-dire la risée, du statère qui (était) dans le poisson, dont Notre-Seigneur a dit à Pierre dans les Évangiles : Va à la mer, jette un hameçon et prends le poisson qui montera le premier ; et, lui ouvrant la bouche, tu trouveras un statère ; prends-le et donne-leur (Mt 17, 26). En effet, celui-là, qui fait beaucoup de contre-sens, qui est tout entier suspendu à la contemplation et qui se vante, avec orgueil et non avec humilité, d’expliquer l’Évangile, écrit en ces termes : « Tu trouveras le statère de la foi orthodoxe de bon aloi et le meilleur : pour l’homme extérieur et intérieur, deux σιμίσιον, c’est-à-dire moitiés, la science et l’action ; pour l’esprit, l’Ame et le corps, trois τριμίσιον, la foi, l’espérance et la charité ; de même aussi pour les quatre températures, chaude, sèche, humide (et) froide, les quatre γραμμα, la force, la sagesse, la chasteté, la justice ; de plus, les vingt-quatre κεράτιον, les pensées pieuses des douze patriarches et les belles actions véritables des douze apôtres. » De quel aubergiste, qui calcule les prix de l’orge et de la paille et qui en même temps remue ses doigts, ne dira-t-on pas, et très justement, que ce sont là les paroles ? En effet, de quelle (parole) nous faut-il rire plus que de telle autre ? Il n’est pas facile de le trouver. Des sens qui sont peu intéressants et qui conviennent à des bonnes femmes, ou bien du langage campagnard et grossier et qui présente une grande vulgarité dans les mots ?
Mais plaise au ciel que ce soit au rire que s’arrêtent pour lui parfois de tels jeux de nombres et de mesures ! Et peut-être (Romanos) serait-il supportable pour ceux qui aiment à rire, lorsque c’est pour quelque autre chose de risible qu’il serait l’objet du rire. Maintenant il en vient même à l’impiété, par suite de (son) bavardage déplacé et immodéré. En effet, au sujet du Baptiste et ambassadeur, et qui, d’après le témoignage de notre Sauveur, est plus grand que tous ceux qui sont parmi les enfants des femmes (cf. Mt 11, 11), il a osé écrire en ces termes : « Et de même que Notre-Seigneur est venu en la ressemblance de cet homme qui a été trompé, de même aussi il a amené Jean (pour être) l’image du Calomniateur qui a trompé. » Et à cette contemplation impie il rattache un nombre vide, pareillement impie et indépendant, en disant que c’est trois fois qu’Adam a été baptisé par le Calomniateur, de même que le Christ par Jean. Il écrit aussi ceci : « Et lorsque Jean baptisait tout homme une seule fois, il disait : Je te baptise pour la satisfaction du péché, pour la pratique de la pénitence, pour la connaissance de la vérité, parce que, quand le Calomniateur a posé sur lui sa main efficace, il a également dit : Je te baptise pour le rejet de l’incorruptibilité, pour l’affermissement du péché, pour l’opposition au salut. Lorsque (Jean) baptisait Notre-Seigneur trois fois, il disait : Je te baptise, toi qui enlèves les péchés du monde (cf. Jn 1, 29), qui donnes à tout homme l’immortalité, qui conduis tout homme à ton royaume céleste. » Ces (paroles) ne sont-elles pas pleines de toute révolte indépendante et de (toute) arrogance blasphématoire ? C’était donc vrai ce qui est dit par les Livres sacrés : La mort va au-devant de ceux qui ne sont pas instruits (Pr 24, 8) ; et dans le prophète Osée encore : Leurs chefs tomberont par l’épée à cause du manque d’instruction de leur langue (Os 7, 16).
Quel livre, en effet, a raconté que c’est par trois invocations qu’Adam a été baptisé par Satan ? Quel Évangile a rapporté que c’est par trois immersions et (trois) invocations que Jean baptisait ? D’où as-tu pris cela en déraisonnant ? Car ceci seulement est écrit : (Jean) baptisait pour la pénitence (cf. Mc 1, 4 ; Lc 3, 3). Qui parmi les docteurs éprouvés a jamais fait entrer ce bavardage dans les églises ? En effet, le baptême parfait, qui confère l’adoption, le Christ, l’un de la Trinité, nous a appris à l’accomplir dans le Père, dans le Fils et dans l’Esprit saint. Et c’est avec ces trois appels des hypostases que s’accordent aussi en nombre égal les immersions, au sujet desquelles est citée encore une autre parole mystérieuse et attestée par le Livre divin. En effet, parce que, ainsi que dit Paul, en écrivant aux Romains, nous sommes ensevelis avec le Christ par le baptême, lorsque nous sommes baptisés dans sa mort (Rm 6, 3-4), et (parce que) la sépulture du Christ, après laquelle il y a la résurrection, a duré trois jours, c’est par trois immersions dans l’eau que nous montrons cela ; et, en ensevelissant les péchés anciens dans une sépulture vivifiante, nous changeons ( et) nous passons à l’homme nouveau, en recevant de là le gage de la résurrection.
Mais remontons jusqu’au repas de noce qui (a eu lieu) à Cana de Galilée, et conduisons-nous comme il convient à l’époux impassible. Et, disant adieu de loin aux contre-sens de ce bon (Romanos), qui sont tout en eau et honteux, courons après le bon vin qui réjouit le cœur de l’homme (cf. Ps 103, 15), selon la parole du Psalmiste, qui possède la perfection de la doctrine évangélique. Et faisons l’éloge du mariage en tant qu’il est honorable, et faisons l’éloge de la virginité comme de ce qui est supérieur et plus honorable, et (faisons l’éloge) des deux qui préparent le royaume du ciel. Et n’interdisons pas celui-là – car c’est le fait des hérétiques d’abolir et d’interdire le mariage – et poussons à celle-ci, et suivons l’Apôtre qui écrit aux Corinthiens : En sorte que celui qui marie sa vierge fait bien, et que celui qui ne la marie pas fait mieux (1 Co 7, 38). Et en effet, autre chose est d’interdire et de blâmer et de décrier ce qui se trouve dans la loi ; et autre chose est d’engager à choisir ce qui est mieux à la place de ce qui est bien et de préférer à ce qui est permis ce qui est au-dessus de la loi. Et regardons tout péché comme une maladie de l’âme et qui a pour commencement un mouvement de l’intelligence dû aux passions et une maladie de la volonté, quoique ce soit par le moyen du corps que se fasse la consommation du plaisir ; et ne regardons pas cela comme une nécessité de la nature.
Et ayons en horreur comme des hérétiques ceux qui sont dans ces (sentiments) ; et, quoiqu’ils profèrent et disent, en guise de défense, quelques paroles qui conviennent à l’orthodoxie sur un autre point, et non sur celui pour lequel ils sont blâmés et accusés de s’être trompés, qu’ils soient jugés comme des séducteurs ! Et en effet Eutychès et Nestorius ne seront pas absous des péchés dont ils se sont rendus coupables par le fait qu’ils confessent la sainte Trinité consubstantielle ; car à ce sujet personne ne leur a fait de reproche. Et Novatus n’a pas tiré profit du fait qu’il approuve la profession de l’Église sur tous les autres points, alors qu’il n’admet pas la pénitence. Car il est ridicule que celui qui est accusé d’avoir commis un adultère se défende d’avoir tué. Et en effet il n’est pas possible en général de trouver un hérétique qui n’ait pas dit nécessairement quelque chose de ce qui est la saine (doctrine), de ce que pense l’Église ; et ce n’est pas aussitôt que nous les comptons pour cela parmi ceux dont les pensées sont orthodoxes. Parce qu’Arius également professe comme nous aussi que le Père est Dieu tout-puissant, pourtant cela ne suffit pas à le montrer exempt du blasphème contre le Fils. Car quiconque change en partie les dogmes de la piété, s’éloigne de l’observation des lois et de la pensée de l’Église, introduit des semences des hérésies blâmées auparavant et, ainsi que dit Paul, prêche un Évangile autre que celui que nous avons reçu (cf. Ga 1, 9), appartient au parti des hérétiques, au sujet desquels le même Apôtre donne aux fidèles un avertissement et un commandement, en disant : C’est pourquoi sortez du milieu d’ eux et séparez-vous d’ eux, dit le Seigneur ; et ne touchez pas aux impurs ; et, moi, je vous recevrai ; et je serai pour vous un père, et, vous, vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant (2 Co 6, 17-18). C’est à lui que sied aussi la gloire et la puissance, au Père, au Fils et à l’Esprit saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
Fin de l’homélie 119