دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 118

SUR LA FEMME DE MAUVAISE VIE, C’EST-A-DIRE PÉCHERESSE, CONSIGNÉE CHEZ LUC.

De même que ceux qui out vu sur un tableau une peinture parfaite et remarquable et peut-être une très belle image d’homme ou de femme, embellie par l’art et par l’éclat des couleurs et travaillée avec soin pour (atteindre) au plus haut degré de la beauté, y attachent et y fixent leurs yeux avec beaucoup d’application, et, restant bouche bée devant ce qui paraît, ont du plaisir d’une certaine manière et jouissent de cette vue jusqu’à satiété, et sont suspendus à la vue qui (leur) est très chère, et que, tandis que souvent leurs pieds avancent et qu’ils s’en vont (eux-mêmes), ils regardent encore dans leur pensée ce que leurs yeux ont laissé échapper, après en avoir été arrachés de force et à grand-peine ; de même, lorsque, moi, j’ai entendu que le livre des Évangiles inspirés par Dieu a peint une femme de mauvaise vie, nous l’a représentée par la parole et l’a amenée devant (nos) yeux plus manifestement et (plus) clairement que tout tableau et (toute) image faite avec art, mais une (femme) de mauvaise vie, qui par le regret se repent tout à coup de la perversité et qui par la connaissance de ce qu’elle fait est secrètement changée même très vite, qui se dépouille de la honte et apparaît manifestement une statue de perfection et un livre devant tout le monde, après avoir fixé mes oreilles comme des yeux sur le récit et avoir été ravi dans mon intelligence vers cette image vivante, animée et très profitable et qui n’est pas connue seulement par ce qui se voit sur elle à l’extérieur, mais paraît plutôt par les pensées qui (sont) en profondeur, parce que, moi, je ne peux pas retenir ce plaisir en moi-même, je sors et je viens en public, pour le redire à nouveau également devant vous-mêmes, de quelque manière que ce soit, avec un grand amour de la science et avec beaucoup de soin. Car tels sont ceux qui sont en eux-mêmes dévorés du désir de quelque chose ; ils aiment à répéter souvent ce qui leur est cher, à le citer très fréquemment par (leur) bouche et à essayer de le rendre plus cher par le récit, afin de faire participer réellement à leur désir ceux aussi qui les écoutent, et qui font l’éloge de l’objet aimé comme de celui qui ne serait pas en dehors de la parole.

Mais, s’il plaît, repeignons et représentons de nouveau l’image d’après les saints Évangiles, ainsi que d’après un modèle encore.

Un des pharisiens demandait, c’est-à-dire priait, Jésus de manger avec lui. Et, après qu’il fut entré dans la maison de ce pharisien, il se mit à table. Et voici qu’(il y avait) dans la ville une femme qui était pécheresse. Et, lorsqu’elle sut que (Jésus) était à table dans la maison du pharisien, après qu’elle eut apporté un vase d’albâtre (plein) de parfum, c’est-à-dire d’huile parfumée, et qu’elle se fut tenue par derrière, près de ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à arroser ses pieds de ses larmes ; et elle essuyait avec les cheveux de sa tête et embrassait ses pieds, et elle (les) oignait de parfum (Lc 7, 36-38).

Oh ! c’est par la charité de Jésus, ou plutôt par le miracle, que je suis blâmé. En effet, on s’étonne de la douceur de Dieu, qui s’applique à changer le mal par le bien. Car c’est avec les pharisiens envieux, avec ces meurtriers qui (luttaient) contre lui, et qui à sa seule vue crevaient (de jalousie), (et) qui ne pouvaient même pas le voir, et qui, selon la prophétie d’Isaïe, ont pris contre eux-mêmes une mauvaise délibération et ont dit de plus : Lions le juste, parce qu’il est inutile pour nous (Is 3, 9-10), qu’il consent à participer à la table et au sel, afin de les convier à la paix, tandis qu’ils étaient furieux, et, alors qu’ils ne changeraient pas, de les priver de toute excuse. En effet, il n’y a rien qui, comme la participation à la table et au repas, sache ainsi unir ensemble même ceux qui sont des ennemis et qui se combattent le plus.

De même aussi le grand mystère de la piété, parce qu’il réunit les membres de l’Église en un seul (corps) et qu’il a en vue cet objet tout entier, (à,  savoir) que nous soyons dans une pensée qui (se rapporte) à l’unité qui (existe) dans la Trinité sainte et que nous soyons mélangés en un seul (tout) par la participation à la lumière qui brille de là, comme le dit, lui aussi, cet un de la Trinité, le Christ, afin que tous soient un, comme toi, Père, es en moi et moi en toi, afin qu’ eux aussi soient un en nous (Jn 17, 21), (le grand mystère de la piété, dis-je) se célèbre par une table sainte et par un seul banquet commun, auquel nous avons part avec le même honneur, lorsqu’il nous rappelle les paroles de Paul et nous invite en même temps au bon accord et s’écrie par ce qui se fait : En vous supportant les uns les autres avec amour, en ayant soin de conserver l’unité de l’esprit par le lien commun de la paix ; (il y a) un seul corps et un seul esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance de votre vocation (Ep 4, 2-4) ; et encore : Parce qu’(il y a) un seul pain, nous sommes un seul corps, nous qui sommes beaucoup ; car nous participons tous à un seul pain et à un ( seul) calice (1 Co 10, 17).

Mais, tandis que c’est avec l’instructeur et le docteur de semblables doctrines sacrées et (avec) Dieu que ce pharisien prenait son repas en dehors des convenances, qu’il était couché avec lui sur un seul et même lit de table et qu’il regardait (son) visage, il ne voyait pas et ne comprenait pas la grandeur de celui qui s’était abaissé jusqu’à lui. Et, lorsqu’il élevait son front avec orgueil, il pensait encore qu’il avait fait une faveur à Jésus et que (celui-ci) lui devait un merci. Or la femme pécheresse, même quand elle se tenait debout – et (cela) secrètement – par derrière et qu’elle ne s’estimait pas elle-même digne d’être vue par ces yeux pleins de miséricorde et de paix divine, reconnut celui qui ne la regardait pas et était couché sur le lit de table, et, gardant le silence, elle lui présenta une supplication comme à celui qui écoute le cœur. Elle versait, en effet, des larmes qui proféraient une voix et qui coulaient abondamment et descendaient sur ces pieds divins ; et, qu’elle fût elle-même lavée du péché, parce qu’elle lavait ces (pieds), c’était caché ; car à la rencontre des (larmes) il coulait vers elle des grâces de purification plus abondantes. Et elle ajoutait aussi l’honneur qui (vient) de l’huile parfumée, en oignant avec application (ses) pieds et en lui offrant une gloire digne de Dieu, et en montrant que les larmes du repentir et de la confession sont mélangées au parfum et qu’elles sont estimées par Dieu à la place de toute bonne odeur.

Comme ce pharisien voyait cela, sans le considérer dans son intelligence, un feu d’incrédulité et d’envie s’allumait en lui. Et il dit en lui-même (Lc 7, 39), dit (le Livre), c’est-à-dire c’est dans sa pensée qu’était conçue la passion, quand, pour ainsi dire, elle se hâtait aussi d’éclater à l’extérieur, et quand cependant elle parlait encore à l’intérieur et qu’elle torturait l’envieux. Quelle était donc la voix des pensées qu’entendait Jésus, même si elle était invisible ? Celui-là, s’il était prophète, saurait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, que c’est une pécheresse (Lc 7, 39). Quel prophète existe-t-il, en effet, ô pharisien, qui aurait horreur des pécheurs et repousserait loin de lui leur toucher comme impur ? Est-ce que tu n’entends pas les Livres sacrés, au point de ne pas savoir que c’est sur les ossements du prophète Élisée qui était mort qu’un brigand de Syrie fut jeté mort et que par (leur) toucher il est revenu à la vie (cf. 4 R 13, 21) ? Comment n’es-tu pas conduit à la vérité par les préfigurations de la Loi ? Celles-ci, en effet, ont été faites d’avance par les prophètes, afin que, lorsque tu verras que Jésus n’a pas seulement ressuscité les autres, mais encore qu’il s’est ressuscité lui-même – car cela appartient à Dieu seul, qui fait usage de sa propre puissance – tu croies que, lui-même, il est vraiment celui qui a dit : Moi, je suis la vie et la résurrection (cf. Jn 11, 25), celui qui auparavant a fait faire aussi par les prophètes de semblables (miracles), en sorte qu’il n’y ait pas de Juif qui n’ait part aux exemples des pères, mais (que), ainsi que par des enseignements préliminaires, il soit amené de là à la perfection de la foi dans le Christ. Ainsi par conséquent le toucher de la femme pécheresse n’a pas échappé à Jésus, comme ce pharisien l’a pensé ; mais il a su clairement qu’elle l’avait touché plutôt par son cœur, et non pas par ses mains, et c’est avec plaisir qu’il a pris (le toucher) pour lui.

Et c’est pour l’entraîner à cette pensée que (Jésus) presse encore le pharisien par ce qu’il lui expose en paraboles, en dévoilant l’aigreur de sa pensée. Un créancier, en effet, dit-il, avait deux débiteurs, dont l’un devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il fit remise aux deux. Dis lequel l’aimera davantage. Et, lorsque Simon – c’était, en effet, le nom du pharisien – répondit, il dit : Je pense que c’est celui à qui il a été remis beaucoup. Et (Jésus) lui dit : Tu as bien jugé (Lc 7, 41-43). « Toi, ô pharisien, tu as une vue grossière, tu scrutes un toucher de main et tu juges (cette) femme comme celle qui n’est pas pure. Quant à moi, je vois la profondeur de sa pensée, où tout a concouru ; elle a eu conscience de (ses) propres péchés, elle a pleuré, elle a aimé, comme preuve de (son) amour elle a fait cadeau de cette huile parfumée. Cependant, moi, je ne fus pas sans avoir souci de l’amour de celle-ci ; car comme Dieu je remarque toujours le mouvement de son âme, et d’avance je vais au-devant des paiements ; pour son amour j’ai d’avance accordé la rémission de dettes nombreuses, avant que, toi-même, tu aies jugé comme impur le toucher extérieur, parce que la femme a été d’avance purifiée intérieurement. Ainsi, par conséquent, elle n’était pas pécheresse, ô celui-là, celle que tu crois pécheresse. Mais, après avoir reconnu la richesse du don, elle lui a équilibré un poids égal par une surcharge d’amour. »

Voyez-vous comment ce qui est visible dans l’image est brillant ? Cherchons donc, et voyons que ce qui est caché est plus brillant. Ce pharisien, en effet, présente la figure de la synagogue des Juifs, auprès de laquelle a d’abord habité le Verbe de Dieu, alors que, comme dans une seule maison, il n’était connu qu’en Palestine et qu’il apparaissait auprès d’une tente de témoignage, ainsi qu’il a dit aussi par la bouche du prophète Nathan au roi David, qui voulait bâtir un temple : Je n’ai pas habité dans une maison depuis le jour où j’ai fait monter d’Égypte les enfants d’Israël et jusqu’à ce jour-ci, et j’étais celui qui se promenait dans une hôtellerie (et) dans une tente. Et c’est ainsi qu’il a participé avec eux à une table spirituelle, quand il a mis devant eux les commandements de la Loi, lesquels d’une part étaient élémentaires, c’est-à-dire les lettres du commencement de l’enseignement de petits enfants, et d’autre part étaient gros de la perfection du culte du service spirituel, (et) quand il a envoyé par les prophètes qui n’instruisaient et n’enseignaient pas seulement en vue de ce qui est présent, mais encore apprenaient par la prophétie ce qui était à venir, et finalement quand il s’est levé parmi eux conformément à l’économie, est apparu par l’avènement dans la chair et a vécu avec eux (cf. Ba 3, 38), qu’il les a aidés en différentes manières même malgré eux et que, à la fin de l’économie, il a pris place à table et s’est couché à Jérusalem ainsi que dans une maison de Juifs par une sépulture de trois jours. C’est pourquoi il disait aussi : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 15, 24) ; et il ordonnait encore à ses disciples : Allez aux brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 10, 6), parce que partout il avait de la préférence pour (les Juifs), afin de leur montrer que, lorsqu’ils ne croient pas, ils sont étrangers à toute rémission.

Mais, alors qu’inactifs ils étaient à table et (couchés) sur le lit de table, sans manger ainsi qu’il conviendrait à ceux qui auraient le désir des choses de Dieu, et qu’ils eurent goûté, se furent aussitôt rassasiés et eurent dit des injures – en effet, Jacob a mangé et s’est rassasié, et le bien-aimé a regimbé (Dt 32, 15) – la femme pécheresse est entrée à l’improviste dans la maison. Et c’est d’elle-même qu’est venue l’Église, qui s’est recrutée parmi les nations qui (sont) sur toute la terre habitée, et c’est de son plein gré qu’elle a cru dans le Christ, qui était à table avec les injustes et les ingrats.

Et (le Livre) a très bien dit : Voici une femme pécheresse (cf. Lc 7, 37), non pas d’une seule manière, mais de toutes les manières différentes au point de vue du péché et au point de vue de la prostitution. En effet, le Livre divin a coutume de nommer « prostitution » tout péché en général, et surtout l’abandon de l’adoration et du culte de Dieu, toutes les fois qu’ils seront rendus à des idoles inanimées, au lieu de celui qui seul est Dieu, ainsi qu’aux pierres et aux bois. C’est là ce que dit aussi Davis, en chantant à Dieu, encore : Quiconque se prostitue ( en s’éloignant) de toi (cf. Ps 72, 27) ; et au sujet de quelques-uns de nouveau : Et le pays a été profané par le sang des meurtres et il a été souillé par leurs œuvres, et ils se sont prostitués par leurs actions (Ps 105, 38-39) ; et de même dans les Juges également : Et ils ne purent pas tenir en face de leurs ennemis à cause de toutes (leurs) prostit1ttions, et la main du Seigneur était sur eux pour (leurs) malheurs (cf. Jg 2, 14-15). Et l’Église était donc venue à partir de telles actions et de (telles) habitudes et elle y grandissait, et elle était une pécheresse au point de vue du péché varié et multiforme.

Et également la (parole) qui est écrite en plus : Voici qu’(il y avait) dans la ville une femme (cf. Lc 7, 37), est très significative. En effet, elle était réputée en quelque sorte pour toute la ville à cause de la perversité, ou plutôt elle sera connue par toute ville et par la terre habitée. Et c’est quand elle est ainsi perverse qu’elle s’est approchée, non pas simplement, mais après avoir reconnu le Christ par les yeux de la science ; elle sut, dit (le Livre), en effet, que (Jésus) était à table dans la maison de ce pharisien (Lc 7, 37). Elle a apporté allégrement un vase d’albâtre (plein) de parfum, (à savoir) la foi glorieuse, véritable et pure, qui, ainsi que dans le vase de verre, renferme l’action d’agréable odeur et formée d’un mélange, qui (est composée) de toutes les vertus ; car c’est là le parfum intellectuel.

Et, quand elle se fut tenue par derrière, c’est-à-dire après la synagogue, parce qu’elle était appelée et reçue en second lieu – ce que disaient aussi les apôtres eux-mêmes aux Juifs qui ne croyaient pas et n’obéissaient pas à l’Évangile : C’est à vous qu’il était nécessaire que nous annoncions d’abord la parole de Dieu ; mais, parce que vous la repoussez loin de vous, et que, vous-mêmes, vous ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, voici que nous nous tournons vers les nations ; car Notre-Seigneur nous ( l’)a ainsi commandé : Je t’ai établi pour (être) la lumière des nations, afin que tu sois pour le salut jusqu’aux extrémités de la terre ; et, en entendant cela, les nations se réjouissaient et glorifiaient la parole du Seigneur (Ac 13, 46-48) – parce que donc l’Église qui (s’est recrutée) parmi les nations se réjouissait et glorifiait la parole du Seigneur, après qu’elle l’eut reçue avec joie, elle qui autrefois était une femme pécheresse, elle pleure au sujet de ce qu’elle faisait autrefois, et elle se réjouit au sujet de ce qui a été déjà commencé et est attendu encore, et c’est sans retenue qu’elle embrasse. Elle embrasse, non pas sans rien faire, mais en oignant les pieds de (Jésus) avec le parfum et en s’attachant à ses pas par la pratique des vertus.

C’est pourquoi aussi, lorsqu’il l’examine et la compare et qu’il la met en face de la synagogue, le Christ disait à ce pharisien sous un symbole : Tu ne m’as pas donné de baiser (Lc 7, 45). En effet, si jadis la synagogue a fait aussi quelque chose de ce qui est commandé, elle ne l’a fait aucunement par amour, mais plutôt par crainte, servilement et à la façon d’un esclave. C’est pour quoi également, quand Dieu leur donnait la Loi, il faisait des menaces de supplices qui étaient mis devant (leurs) pieds et qui avaient lieu tout aussitôt, afin qu’ils se plient aux commandements, craignant comme des esclaves de souffrir peu de temps après, et non pas obéissant avec amour comme des fils à (leur) père ; et c’était là ce que disait Paul, en envoyant (une lettre) aux Romains : En effet, n’avez-vous pas reçu un Esprit d’adoption, par lequel vous criez : Abba, Père (cf. Rm 8, 15) ? Car il était dit même dans cette loi : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu (Dt 6, 5) ; mais ce n’était pas par amour que ceux à qui la Loi avait été donnée observaient cela, mais par crainte seulement, ainsi que je l’ai dit. Ici le commandement est large, et qui est très élevé, et qui est bien développé ; il dit, en effet : Celui qui aime (son) père ou (sa) mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime (son) fils ou (sa) fille plus que moi n’est pas digne de moi (Mt 10, 37) ; et : Celui qui perdra son âme à cause de moi la trouvera (Mt 10, 39). Car il veut que l’amour qui est dispersé parmi les hommes et partagé pour la patrie, pour la race, pour la parenté du mariage ou pour l’amitié et pour tous les (objets) extérieurs, soit réuni pour lui seul.

C’est là ce que l’Église a vraiment montré comme une fille, et ainsi qu’il convient à l’adoption, et (cela) avec chaleur, lorsqu’elle s’est précipitée vers les dangers (affrontés) pour lui, et qu’elle a confirmé (sa) prédication par les luttes du martyre et par les souffrances (supportées) pour la piété, jusqu’à ce qu’elle eût embrassé, pour le dire brièvement, tout le globe terrestre. En effet, bien qu’il y eût même dans les Évangiles la menace d’un feu qui ne s’éteint pas (cf. Mc 9, 43. 47), cependant tout aussitôt ce n’était pas servilement qu’elle volait et sautait sous l’effet de la crainte : car ce qui est éloigné par la distance ne paraît pas terrible à beaucoup. C’est donc par amour que l’Église a pris sur elle les souffrances qui (sont endurées) pour le Christ et qu’elle s’y est montrée forte. C’est pourquoi (Jésus) disait aussi à ce pharisien : Celle-ci, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds (Lc 7, 45). Et cela aussi montre bien l’amour pour le Christ ; car il n’a pas dit : Celui qui aime (son) père ou (sa) mère plus que moi, celui-là souffrira quelque chose ou sera dans les tourments, mais : Il n’est pas digne de moi (cf. Mt 10, 37). Et c’est le propre de ceux qui ont une beauté remarquable de dire cela, et ils sont assurés de choisir sans aucun doute ceux qu’ils désirent, parce que c’est également après que la femme pécheresse eut été blessée par cet (amour) qu’elle embrassait ses pieds et penchait sa (propre) tête, en essuyant avec ses cheveux l’humidité des larmes. Et c’est après avoir entendu le reproche : Si je ne te lave pas, tu n’as pas part avec moi, que Pierre, parce qu’il eut peur, disait : Non seulement mes pieds, mais encore ma tête (cf. Jn 13, 8-9).

Et celle-ci, c’est avec chaleur, comme celle qui aimait, qu’elle faisait en sorte que sa tête pécheresse touchât à ces pieds divins ; et, tandis qu’elle était lavée par l’eau qui (provenait) des larmes qui coulaient et descendaient par les plantes des pieds de Jésus, (cette tête) était remplie de toute connaissance, alors qu’autrefois elle n’avait pas conscience des péchés qui se commettaient par suite de l’habitude qui (datait) de longtemps. En effet, une tresse de cheveux semble être quelque chose d’insensible, puis qu’elle est coupée sans causer de douleur dans le corps, comme (en causent) les membres, lorsqu’ils sont coupés. Lors donc que (la pécheresse) essuyait les pieds avec ses cheveux, elle détruisait l’insensibilité en elle. C’est pourquoi aussi elle avait conscience du grand pardon des péchés, et elle aimait beaucoup ; car celui à qui il est remis peu, dit (le Livre), aime peu (Lc 7, 47). Cela a été dit pour reprendre ce pharisien et la synagogue, laquelle pense qu’à cause de la justice qui (est) dans la Loi – (justice) qu’elle n’a même pas accomplie – elle a besoin d’un petit pardon. Car celui qui a parfaitement conscience, même s’il paraît très juste, sait bien qu’il a besoin d’un grand pardon, et, comme celui à qui est pardonné beaucoup, il regarde comme peu même tout l’amour, et il dira ce qui est écrit dans le Cantique des Cantiques : Si un homme donnait pour l’amour tout ce qu’il possède dans le monde, on le mépriserait (cf. Ct 8, 7).

Si donc quelqu’un veut aimer le Christ, que (ce) ne (soit) pas d’un amour inefficace, mais qu’il l’oigne du parfum des vertus, en observant tout commandement, et non pas en observant celui- ci et en n’(observant) pas celui-là ; car le parfum est fait de tous (les commandements). Tel est aussi le parfum du pontife et du docteur. En effet, Moïse entendait de la part de Dieu : Et toi prends des parfums, de la fleur de myrrhe du premier choix, cinq cents sicles, et du cinname odoriférant, la moitié de celle-là, deux cent cinquante sicles, et de la canne odoriférante, deux cent cinquante (sicles), et de la casse, cinq cents sicles du sanctuaire, et de l’huile des oliviers, un hin – c’est là  une espèce de mesure – et tu en feras une huile, une onction sainte, un parfum de parfumerie selon l’art du parfumeur ; l’huile sera l’onction sainte (Ex 30, 23-25. 31).

Il faut donc que, de même que nous avons été oints, de même nous fassions aussi sortir la parole doctrinale des aromates cités dans la Loi, et non pas de quelque autre fleur étrangère, même si elle semble avoir une bonne odeur artificielle, et que nous ne l’amenions pas à une honte secrète, selon la manière des fables des païens ; car de tels (procédés) ne peuvent pas composer un parfum, mais plutôt un poison mortel. Et il faut encore que ces parfums cités dans la Loi soient eux-mêmes pesés avec les mesures et les poids énoncés par les connaisseurs de l’art du parfumeur et du prêtre, je veux dire par les maîtres de l’orthodoxie, que nous chassions au loin ce qui sort de leur domaine et que nous le regardions comme une impiété, même si c’est des cieux que vient celui qui le dit (cf. Ga 1, 8). Si c’est de cette manière, en effet, que le parfum doctrinal et exempt d’altération est mélangé avec le parfum des actions des auditeurs, nous serons tous, selon la parole de Paul, la bonne odeur du Christ (cf. 2 Co 2, 15). A lui la gloire dans les siècles ! Ainsi soit-il !

Fin de l’homélie 118

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