دائرة الدراسات السريانية

HOMÉLIE 117

SUR L’ÉPIPHANIE

Quelle est la grandeur et quel est le genre du salut qui (a eu lieu) par les flots du Jourdain, il est à notre portée, même par ce que les prophètes nous ont montré d’avance par un signe, de l’imaginer un peu et de l’admirer dans notre intelligence et de louer le Dieu qui a ainsi réglé cela. En effet, Isaïe, à la voix très forte, représente d’avance toute la terre habitée à la ressemblance d’une terre altérée, aride, sèche, déserte et stérile, qui, après avoir reçu dans ses veines ce fleuve abondant et qui coule du ciel et (en) avoir bu et s’(en) être enivrée, est devenue tout à coup une prairie, a produit des fleurs de vie évangélique et de plus même des arbres de tout genre, et imite, ou plutôt éclipse, les montagnes, qui sont pour tous un objet d’admiration à cause de la grandeur et de la multitude de leurs arbres.

Accorde-moi, en effet, que quelqu’un, dans un récit et dans une histoire de la terre qui est si grande et, pour le dire brièvement, infinie, ait d’avance raconté sa sécheresse, sa stérilité, son aridité, son état désertique, sa désolation et le (fait) qu’elle ne s’attend pas et le (fait) qu’elle désespère de l’existence et de la production de tous les fruits et de l’herbe ou d’une racine, (et) qu’ensuite, tout à coup et contre toute attente, celui-là ait examiné par (son) regard, et ait dirigé ses yeux, et ait vu que cette (terre) qui était si vaste est prospère, a tout en abondance et paraît (couverte) de fruits et de plantes, et qu’à la fois à cause de l’épaisseur et de la hauteur de ce qui y a poussé il est impossible à première vue de savoir qu’il y a de la terre. Pourquoi donc celui qui est tel ne proclamerait-il pas la gloire de celui qui a changé cela de cette manière ? Mais il vaut mieux dire : Comment ne serait-il pas immobile de stupeur et ne resterait-il pas comme un sourd sans comprendre et sans parler, en voyant que c’est au-dessus de toute parole et au-dessus de toute intelligence que ce changement est ainsi digne de Dieu, (changement) dont parle Isaïe, lorsque (Dieu) accomplit d’avance le miracle mystérieusement dans une vision prophétique, et dont il parle, non pas pour montrer la grandeur de ce qui paraît, mais pour ne pas laisser sans témoin un si grand mystère qui doit avoir lieu, être confirmé par une prédiction qui le concerne et n’être un sujet d’admiration que parce qu’il a été annoncé d’avance prophétiquement, et non pas parce qu’il a été dit comme il convient et qu’il est une faible et très petite partie des (changements) qui sont arrivés en réalité ? Car, s’il n’était pas nécessaire qu’il prophétisât, nécessairement il honorerait par le silence la grandeur de l’événement ; et c’est après que dans sa pensée il a été figuré dans l’avenir qu’il a saisi en lui-même le miracle comme s’il était dans le présent et sous les yeux.

Mais voyons comment la vision essaie de représenter d’avance dans une figure l’image que j’ai dite de cette terre qui était sèche et qui a été changée en vue de la fécondité et d’une végétation vigoureuse, parce que (l’image) peut, en effet, ravir nos oreilles d’admiration, tout en s’éloignant beaucoup de la vérité et en se tenant à distance. Le prophète semble donc se tenir, au loin, regarder, considérer avec soin, et crier ainsi à ce qui devait recevoir une telle charité : Réjouis-toi, désert altéré ; que le désert soit dans l’allégresse et qu’il fleurisse comme le lis ! Et il poussera et il se réjouira comme la forêt ; et les déserts du Jourdain seront dans l’allégresse ; et la gloire du Liban lui a été donnée, ainsi que l’honneur du Carmel ; et mon peuple verra la gloire du Seigneur et la majesté de Dieu (Is 35, 1-2).

C’est pourquoi donc le désert – et c’était là, pour parler brièvement, toute âme des nations qui (sont) sur terre, laquelle était malade du vide complet de Dieu – a fini et a cessé d’être altéré. En effet, (l’âme) n’a pas seulement bu, mais elle s’est réjouie et s’est rassasiée, et par les flots du Jourdain elle a eu la source de vie, qui est le Christ, qui habite en elle, ou plutôt qui jaillit d’elle ; car elle entend Paul qui dit : Le Christ habite dans l’homme intérieur, lorsque (l’âme) a été puissamment fortifiée par l’Esprit (cf. Ep 3, 16-17). Et (l’âme) inhabitable est devenue et le temple de Dieu et l’asile de l’Esprit saint ; car le même Apôtre lui a dit : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous (1 Co 3, 16) ? Comment, en effet, n’allait-elle pas obtenir cela, (l’âme) qui a fleuri comme le lis, et qui a acquis la grande blancheur du lis et son éclat et est devenue blanche par les flots du Jourdain, et (qui a acquis) sa bonne odeur, parce qu’elle a accompli les préceptes évangéliques et s’est écriée encore avec Paul : Nous sommes la bonne odeur du Christ pour Dieu (2 Co 2, 15) ?

Et le prophète n’a pas seulement dit : (Le désert) fleurira, comme si la fleur admet le (fait) de se faner ; mais, après cela, aussitôt il a déclaré ensuite : Il poussera également et il se réjouira comme la forêt ; et les déserts du Jourdain seront dans l’allégresse (Is 35, 2), c’est-à-dire (l’âme) fera sortir rameau sur rameau par le progrès des vertus ; et, au point de vue de l’abondance, de l’épaisseur et de la hauteur, elle imitera les arbres qui (sont) dans les forêts ; ou bien, pour comprendre plutôt d’une manière élevée la (parole) : Il se réjouira comme la forêt (Is 35, 2), (l’âme) se réjouira à l’encontre de la matière, en méprisant les biens et les possessions, parce qu’elle se réjouit en esprit, ainsi que les autres choses qui passent, parmi lesquelles ce monde se conduit et s’exerce et monte en courant vers une vie incorporelle et immatérielle, ce que (l’âme) a paru également avoir fait, ainsi que l’a raconté le Livre des Actes, en disant : Tous ceux qui possédaient des domaines et des maisons, lorsqu’ils (les) vendaient, apportaient les prix de ce qui était vendu et ils les déposaient aux pieds des apôtres, et c’était distribué et donné à chacun selon qu’il avait besoin (Ac 4, 34-35). 

La même chose a été montrée aussi par les myriades de ceux qui ont entrepris vraiment de vivre la vie philosophique du monachisme et se sont dépouillés de tout pour le Christ. C’est de cette manière, et d’une semblable manière, qu’ont fleuri et poussé les campagnes désertes qui ont été citées, (à savoir) celles du Jourdain ; car, dit-il, les ἔρημοι, ou les déserts, du Joudain seront dans l’allégresse (Is 35, 2). Et en effet, après les avoir arrosés par son débordement lumineux et leur avoir fait porter des fruits, (le Jourdain) a fait qu’ils sont à juste titre appelés ses (déserts). C’est là ce qu’a produit la (terre) qui autrefois était sèche et altérée, et la gloire du Liban lui a été donnée, ainsi que l’honneur du Carmel (Is 35, 2).

Il n’échappe à personne que la montagne du Liban appartient au pays des Phéniciens, où il y avait un important culte de démons et une riche et grande louange des dieux élevés (?) et faux, et que le Carmel, lui aussi, est une montagne de la Phénicie maritime, qui arrive jusqu’à la Galilée, où Élie le Thesbite, a dit le Livre inspiré par Dieu, habitait et demeurait sans relations et dans le silence, et vivait et s’entretenait avec Dieu seul (cf. 3 R 18, 19.42). C’est donc parce que l’Église, qui était autrefois une solitude et un désert, et a accueilli ceux qui ont cru d’entre les Juifs et d’entre les nations qui étaient plus idolâtres que tout et s’est recrutée parmi les deux, après qu’ils eurent changé et qu’ils se furent rétractés de leur première croyance, que le prophète dit en conséquence que l’honneur et la gloire de ceux-ci passeront au désert, et (cela) à tel point qu’il dépassera en hauteur au-dessus de tout. Pourquoi dis-je qu’il dépassera, alors que ce qui existe est considérable et qu’il est impossible de dire quelle est sa grandeur ? Car il sera dans la pensée de la gloire du Dieu Très-Haut et il y participera autant qu’il est possible. C’est pourquoi (Isaïe) a déclaré ensuite, en montrant qu’il ne faut pas examiner curieusement ce changement et le comparer avec un autre : Et mon peuple verra la gloire du Seigneur et la majesté de Dieu (Is 35, 2).

On peut voir par là et par l’histoire elle-même comment ce qui (est) l’honneur du Carmel a commencé à passer aux déserts du Jourdain, En effet, c’est en reproduisant très largement le modèle angélique et incorporel du glorieux genre de vie d’Élie, qui vivait philosophiquement sur le Carmel, que Jean était venu au désert du Jourdain. Car, de même que, en dépeignant Élie, le Livre sacré a dit : (C’était) un homme velu, et ceint d’une ceinture de cuir sur ses reins (4 R 1, 8), de même aussi Jean, non seulement velu, mais encore au corps endurci, rude et devenu comme de la pierre, et qui est complètement inconnu des hommes et qui à vécu et s’est tenu dans des déserts et dans des lieux inaccoutumés, est apparu d’une façon merveilleuse ceint autour de ses reins de la même ceinture (cf. Mt 3, 4 ; Mc 1, 6) ; et de même que celui-là faisait usage d’une μηλωτή, c’est-à-dire d’un vêtement en peau de mouton, et qu’il s’en couvrait (Cf 3 R 19, 13), de la même façon, et avec plus de patience encore, celui-ci également se couvrait d’un vêtement fait de poil de chameau (cf. Mt 3, 4 ; Mc 1, 6); et de même qu’Élie doit être précurseur avant le second avènement du Christ, selon la prophétie de Malachie, laquelle dit : Voici que, moi, je vous envoie Élie le Thesbite, avant que vienne le jour du Seigneur, (le jour) grand et brillant (Ml 4, 5), de la même manière Jean aussi a été précurseur avant le premier (avènement). C’est pourquoi Notre-Seigneur également, à cause de sa ressemblance qui (apparaît) en quoi que ce soit, disait de Jean clairement : Et si vous voulez (l’)accepter, c’est lui qui est Élie qui doit venir (Mt 11, 14) ; et dans un autre endroit encore : Mais je vous dis qu’Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu (Mt 17, 12) ; et après cela l’évangéliste déclare : Alors les disciples comprirent qu’il leur avait parlé de Jean-Baptiste (Mt 17, 13).

C’est pourquoi Gabriel aussi, rapportant une révélation à Zacharie, son père, et faisant connaître d’avance la naissance de Jean qui allait avoir lieu ainsi que ce qui allait arriver à son occasion, disait : Et il ramènera beaucoup des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu ; et, lui-même, il marchera devant lui avec l’esprit et avec la puissance d’Élie, pour ramener les cœurs des pères vers les fils et les indociles à la sagesse des justes (Lc 1, 16-17). Et pour l’instant il nous faut regarder ceci : Comment l’ange a-t-il dit : Et il ramènera beaucoup des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu (Lc 1, 16) ? et a-t-il ajouté : Et lui-même, il marchera devant lui (Lc 1, 17) ? Ainsi, par conséquent, le Seigneur et le Dieu d’Israël était le Christ, devant qui Jean a couru, en ramenant les cœurs des pères vers les fils. Et qu’est cela ? Des Juifs étaient pères et de Jean et des apôtres et de tous ceux qui ont prêché l’Évangile. Car c’est d’eux qu’ils descendent en ligne directe et par la parenté du sang et par les doctrines ancestrales de la Loi et des prophètes. Mais pourtant, alors qu’ils étaient (leurs) pères, ils étaient devenus aveugles à l’égard de l’Évangile par suite de l’orgueil, de la jalousie et de l’incrédulité, en ne reconnaissant pas le Christ, au sujet de qui les prophètes avaient prophétisé d’avance, vers qui et Jean et les apôtres, comme des fils pleins de pitié, les inclinaient et les entraînaient, en leur donnant la main, parce qu’ils ne voyaient pas, et leur montraient la vérité, en leur lavant la chassie de l’incrédulité et en (les) entraînant vers leur (propre) justice et leur propre sagesse.

C’est pourquoi, en effet, l’ange, expliquant ce qu’est la (parole) : Il ramènera les cœurs des pères vers les fils, a ajouté : Et les indociles à la sagesse des justes (Lc 1, 17). Car, qu’il en soit ainsi, Notre-Seigneur lui-même également (l’a montré), quand aux Juifs qui blasphémaient et disaient : Celui-là ne chasse les démons que par Béelzébub, prince des démons (Mt 12, 24), en faisant connaître d’avance les miracles qui devaient avoir lieu de la même manière par les apôtres ainsi que leur puissance contre les démons avec (l’aide) de l’Esprit saint (et) en les couvrant de confusion, il disait : Et si, moi, c’est par Béelzébub que je chasse les démons, vos fils par quoi les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront euro-mimes vos juges (Mt 12, 27 ; Lc 11, 19). De même Élie aussi, lorsqu’il viendra en précurseur du deuxième avènement du Christ, ramènera les Juifs qui demeureront dans l’erreur ancestrale et s’enorgueillissent de jouer le rôle de pères à la vérité des apôtres, de Jean et de tous ceux qui ont passé pour (être) dans la condition de fils, afin que soit sauvé ce qui reste d’Israël (cf. Rm 9, 27) 4, selon ce que dit l’Apôtre.

Voyez-vous comment (Jean) a changé (et) fait passer le Carmel d’Élie aux déserts mêmes du Jourdain, et (comment) – qui plus est – il a couru au-delà ? En effet, le peuple a vu la gloire du Seigneur et la majesté de Dieu (Is 35, 2), (à savoir) l’Emmanuel, qui à cause du plus bas degré de l’inhumanation est descendu jusqu’aux eaux, a purifié celles-ci complètement et en a fait un bain, une purification de toute la terre habitée, (et) la voix du Père, laquelle témoigne qu’il est le Fils par nature, et non pas qu’il (l’)est devenu par grâce, (et) l’Esprit saint, qui, lorsque Jésus est monté (en sortant) de l’eau, a demeuré sur lui en volant à la ressemblance d’une colombe (cf. Mc 1, 10) et, par cette apparence corporelle, faisait savoir que même sans corps il était dans le Christ, puisqu’il lui appartenait en propre selon l’essence.

 Et en effet, si cela n’était pas (ainsi), nécessairement (l’Esprit) viendrait sur lui lorsqu’il était en bas dans l’eau. Mais Jésus est descendu au Jourdain, comme celui qui s’est fait les prémices de notre race ; et, comme celui qui est le Verbe consubstantiel au Père, sans s’être éloigné de la (condition) d’être Dieu, il a fait par sa descente dans les eaux que notre baptême soit complet, parfait et saint. En effet, à ce que le Fils fait, à ce qui a été fait, il ne manque pas le Père ou l’Esprit ; car une est l’opération de la Trinité sainte, comme aussi l’essence, bien qu’elle soit partagée entre les hypostases sans confusion. Ainsi par conséquent, d’une part, le Fils même, qui pour nous s’est incarné et s’est fait homme, a été baptisé conformément à l’économie et, lorsqu’il a été baptisé, il a sanctifié les eaux ; d’autre part, à la sanctification elle-même il ne manquait ni le Père ni l’Esprit. Après la sortie de l’eau, c’est par l’apparition d’une colombe que ceci devient connu pour nous ; c’est par une voix que cela, (à savoir) l’ouverture des cieux, est la connaissance du Père. Car celui que nous ne savions pas être Dieu, celui-là, nous le connaissons comme Père ; la descente de l’Esprit saint, (ce sont) tous les trésors de la science divine.

Désormais les demeures royales d’en haut sont ouvertes. En effet, après qu’Adam nous eut fermé les cieux par le péché, et que ceux qui (sont nés) de lui sont tombés dans la chair, au point que Dieu dise même : Mon esprit ne restera pas parmi ces hommes, parce qu’ils sont chair (Gn 6, 3), rien ou peu de chose ne descendait de là jusqu’à nous. Mais, quand le second Adam, le Christ, se fut montré lui-même les pures prémices de notre race, le verrou du ciel, qui semblait ne pas pouvoir être ouvert, a été enlevé et brisé. Aussi Marc, se servant d’une expression plus significative, a dit non pas que les cieux s’ouvrent, mais qu’ils se séparent (cf. Mc 1, 10), afin de montrer clairement que ceci n’appartenait qu’à l’économie de l’Emmanuel, (à savoir) de prendre de force, de déchirer et de séparer ce qui ne peut être séparé. C’est pourquoi ceux qui avaient cru dans le Christ avaient les cieux ouverts, et c’est sans empêchement qu’ils y entraient par la contemplation. Ainsi Etienne, le premier des martyrs, comme il se tenait au milieu de l’assemblée des Juifs et qu’il avait été ravi dans son esprit et qu’il avait attaché son regard au ciel, vit la gloire de Dieu, c’est-à-dire l’ouverture des cieux, et Jésus qui se tenait debout à la droite de Dieu (Ac 7, 55), et (qui) par une semblable apparition lui apprenait et lui enseignait à se tenir debout, à ne pas s’abaisser et à ne pas fléchir le genou dans le combat pour la piété ; car c’est en rapport avec les faits dont il est question qu’apparaissent aussi les (objets) des révélations et des contemplations.

Et à cet égard c’est à juste titre que quelqu’un sera perplexe, (en lisant) comment le Baptiste, tandis qu’il disait d’abord : Celui qui vient après moi est plus puissant que moi, (lui) dont je ne suis pas digne de porter les chaussures; lui, il vous baptisera dans l’Esprit saint et dans le feu (Mt 3, 11 ; Lc 3, 16), dit après cela : Et moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, lui, il m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là est celui qui baptise dans l’Esprit saint (Jn 1, 33). Cependant le sens de ces paroles était connu d’avance et évident. En effet, quand les Pharisiens avaient envoyé quelques (disciples) et qu’ils interrogeaient pour apprendre si, lui, Jean était le Christ, il nia. Mais, lorsqu’il voulait montrer que son propre témoignage au sujet du Christ était vrai et exempt de toute passion et de (toute) hypocrisie, il a dit : « Et moi, je ne le connaissais pas (Jn 1, 33). Ce n’est pas par une science humaine, ainsi que, vous autres, vous le pensez, ô Pharisiens, que je le connais, en tant qu’(il est) de la même famille et du même âge et qu’il participe aux mêmes habitudes et au (même) genre de vie que moi, sur quoi il y a une contribution dans les témoignages. Et en effet il m’était inconnu par cette science, parce que toute ma vie j’ai séjourné dans le désert, de telle sorte que ce n’est pas ainsi que je le connaissais, comme, vous autres, vous le pensez. Mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a fait connaître celui-là par une science divine. »

Cela peut se comprendre encore d’une autre façon, qui de la même manière est vraie, ou plutôt qui est élevée et plus haute. En effet, de même qu’il est écrit de Moise que c’est comme un ami avec un ami qu’il était avec Dieu et qu’il parlait avec lui, et (cela) face à face (cf. Ex 33, 11), ainsi que dit le Livre sacré, et que peu après, lorsqu’une contemplation plus claire et (plus) évidente lui est apparue, il a dit : À peine vit-il ce qui est derrière Dieu (cf. Ex 33, 23), et que Paul également, envoyant (une lettre) aux Corinthiens, écrivait : En effet, nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie, mais, quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel cessera (1 Co 13, 9-10), c’est de cette manière que Jean aussi connaissait Jésus, (disant) et : Il baptise dans l’Esprit saint (Jn 1, 33), et aussi : Il est l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde (Jn 1, 29). Mais, après avoir vu l’Esprit descendre et demeurer sur lui – (c’est) une demeure digne de Dieu et ineffable, par laquelle et le Fils demeure dans le Père et le Père (demeure) dans le Fils, selon ce qui a été dit par lui : Le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres ; croyez-moi, que Je suis dans le Père, et le Père est en moi (Jn 14, 10-11) – alors il a considéré comme ignorance la première science à cause de la supériorité de celle qui suivait, et il a dit : Et moi, je ne le connaissais pas (Jn 1, 33), et ( cela) alors qu’il pensait (le) connaître.

Et également la (parole) : Lorsque Jésus eut été baptisé, aussitôt il monta (en sortant) de l’eau (Mt 3, 16), arrête les extravagances des Manichéens impurs. En effet, ceux qui à propos de tout racontent des histoires extravagantes et inventent méchamment des (contes) de vieilles femmes disent que celui qui a été baptisé est demeuré en bas, et que l’eau en a donné en apparence un autre à la place de celui qui est en vérité, en sorte qu’il ne possède de la vérité rien qui ne soit pas calomnié par eux, et, pour parler en termes plus justes, qui ne le montre pas plus estimé, lui qui brille davantage même par ce en quoi il est calomnié. Et en effet, lorsque Jésus eut été baptisé, dit (le Livre), aussitôt il monta (en sortant) de l’eau ; et (il a dit) : Jésus lui-même, et : Aussitôt, afin de porter sur leur erreur un sévère arrêt de mort.

Il nous fallait discuter cela, sans mépriser ce qui semble être de peu d’importance, sonder la richesse des Livres divins, craindre et redouter de tomber dans des dogmes de mauvais aloi parfois sous une apparence de piété. Comment n’est-il pas insensé, en effet, qu’absolument personne ne se dise charpentier et serrurier, sans en connaître le métier ni l’exercer, et que ceux qui se nomment chrétiens soient, pour parler brièvement, des (gens) non initiés aux Livres divins et qu’ils puissent facilement être induits en erreur par ceux qui veulent ? C’est pourquoi Paul disait : Vous, examinez-vous vous-mêmes. Voyez si vous êtes dans la foi ; vous, éprouvez-vous vous-mêmes ; Est-ce que vous ne reconnaissez pas que Jésus-Christ est en vous ? A moins que vous ne soyez réprouvés (2 Co 13, 5).

Prions donc, et adressons et présentons de laborieuses supplications à celui qui a brillé pour ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort (cf. Lc 1, 79) et qui à la ressemblance du soleil a répandu sur le Jourdain la lumière de l’unique divinité qui est comprise dans la Trinité sainte ; et demandons-lui de nous accorder ce qui est éprouvé et dans la manière de vivre et dans la foi, pour la gloire de sa manifestation. C’est à lui que sied aussi la gloire et la puissance, avec le Père et son Esprit vivificateur et consubstantiel, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

Fin de l’homélie 117

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