SUR SAINT BASILE ET GRÉGOIRE LE THÉOLOGIEN.
Pour moi, je pense, et très justement, que ce jour présent m’amène chaque année non pas la commémoraison de Basile et de Grégoire, mais à proprement parler la commémoraison du pontificat, et je pense que ce (jour)-là est le jour de l’expiation, comme celui qui est dit dans la Loi, selon laquelle une fois dans l’année, le dixième (jour) du septième mois (cf. Lv 16, 29), le grand prêtre entrait dans le saint des saints, c’est-à-dire dans le sanctuaire parfait, béni et pur. En effet, d’une part, le nombre.
En effet, d’une part, le nombre « sept » est l’indication de la sainteté, de la bénédiction et de la pureté. Et le Livre inspiré par Dieu l’atteste, lui qui dit : Dieu a béni le septième jour et il l’a sanctifié, parce qu’il s’y est reposé de toutes ses œuvres (Gn 2, 3), et (rapporte) que Noé, après avoir construit l’arche pour qu’elle flottât et voguât avec la pluie extraordinaire et étonnante, avait reçu l’ordre de faire entrer près de lui, parmi les animaux purs et les oiseaux, sept paires, à savoir des mâles et (leurs) femelles (cf. Gn 7, 2-3).
D’autre part, le nombre « dix » montre la perfection, comme le fait clairement connaître ( et) l’offrande de la dîme, et Jacob, qui le premier fait vœu et dit à Dieu : Et je te donnerai la dîme aussi de tout ce que tu me donneras (Gn 28, 22), ou plutôt Abraham, qui, avant lui, a donné à Melchisédech la dîme de tout butin (cf. Gn 14, 20), et la Loi renfermée dans dix commandements en tout, et encore la semence de la parole de l’Évangile, qui, lorsqu’elle a pour mesure dix décades, rapporte un fruit parfait (cf. Mt 13, 8. 23), de même qu’Isaac aussi, en semant l’orge, l’amenait également à cent graines (cf. Gn 26, 12), et encore le psalmiste, qui a reçu l’ordre de chanter sur une cithare à dix cordes (cf. Ps 91, 4 ; Ps 143, 9).
Que se faisait-il donc en ce jour de l’expiation ? – Écoutons. Et le prêtre qu’ils oindront et qu’ils ordonneront fera l’expiation et il fera l’expiation pour le saint des saints, pour la tente du témoignage et pour l’autel ; et il fera l’expiation pour les prêtres ; et c’est pour toute l’assemblée qu’il fera l’expiation ; (cela) se fera une fois dans l’année (Lv 16, 32-34).
J’ai cru qu’il a donc le sens de ce jour-là, ce jour, présent également, où nous célébrons aussi la commémoraison de ces saints Pères. En disant qu’ils bénissent encore aujourd’hui le commencement de l’année, on ne s’écartera pas des convenances, puisque des prémices de bénédiction, (à savoir) la proclamation d’un consul illustre, fils du στρατηγóς, ou chef d’armée, digne de louange et pieux du pays d’Orient, nous ont été apportées par ces vrais pontifes, ceux qui étaient consacrés, ces Christs du Seigneur, ceux qui peuvent s’écrier avec Paul : Soyez mes imitateurs, comme je (le suis) du Christ (1 Co 4, 16 ; 11, 1), et ( qui) ainsi paraissent des Christs, ceux qui maintenant encore offrent des sacrifices intellectuels, exercent le sacerdoce et font monter des supplications très pures pour le saint des saints, pour l’autel, pour nous-mêmes prêtres qui nous tenons devant eux sans en être dignes, afin de n’être réprouvés ni pour la conduite ni pour la parole ; car c’est à cela que visent le sacrifice et la prière pour l’autel et également (le sacrifice et la prière) pour le saint des saints, afin que, autant qu’il est en notre pouvoir, ils demeurent saints, sans être profanés par nos actions et par la corruption de faux dogmes. C’est cela, en effet, que par les prophètes le Dieu qui (règne) sur l’univers reprochait également, et même très amèrement, à certains qui profanaient son nom et de plus son sanctuaire aussi et qui donnaient aux nations une occasion de blasphème (cf. Ez 22, 26 ; 36, 22).
C’est donc pour nous qui exerçons le sacerdoce en tout temps et particulièrement en ce jour présent, c’est pour toute l’Église aussi que j’ai cru que des sacrifices raisonnables et des prières sont offerts par ces magnifiques et parfaits pontifes Basile et Grégoire, qu’on regardera tous les deux comme un seul vrai pontife, parce qu’ils ont possédé une seule âme, en ce qu’ils avaient les mêmes pensées et qu’ils ont couru vers un seul sommet élevé de la perfection. Et en effet, par les faits mêmes ils ont montré en eux-mêmes le costume pontifical, qui autrefois était décrit par la Loi selon la figure (Sur le costume du grand prêtre, voir Ex 28, 4-39 ; 39, 1-30 ; Lv 8, 7-9), et finalement a été réalisé pleinement par l’Évangile selon la vérité. Et ils ont revêtu la robe sacerdotale par (leurs) actions, après qu’ils se furent d’abord lavés avec les eaux (cf. Lv 8, 6) de la philosophie et de la vie monastique, Basile, lorsqu’il s’est envolé également vers la vie érémitique et pure à partir de la demeure et de l’habitation des hommes qui vivent dans la matière, et Grégoire, lorsque, pour s’occuper de son père malade, il poursuivait, même à l’intérieur de la ville, la vraie patience et le renoncement à un genre de vie indifférent et mixte, au point de faire parfois même du silence complet une loi pour sa langue.
Ensuite, après avoir ceint leurs reins par la continence et par l’abstention des désirs, après avoir serré leurs lombes par la virginité, après avoir vaincu avec force la fureur et la chaleur des passions honteuses, après avoir traité avec violence le vieil homme de la méchanceté et lui avoir résisté, après être venus d’eux-mêmes à l’(homme) nouveau et qui (est) selon la nature, après être passés ensemble avec cette fermeté par toute la discipline des enseignements rationnels et après s’y être laborieusement occupés, ils sont allés au cratère de la Sagesse divine, ils ont goûté à ses victimes et ils ont pris part à son breuvage (cf. Pr 9, 2). Et, une fois qu’ils eurent convoité et désiré d’une manière sensible la douceur des paroles divines, ils ne s’en sont pas éloignés, mais ils y ont pris plaisir et ils s’en sont remplis de tout leur pouvoir, sans en être rassasiés.
Après avoir dit adieu aux fausses inventions des doctrines profanes et après s’être servis de leur faiblesse pour confirmer seulement la vérité, et ainsi avant même d’être oints de l’onction du pontificat, ils avaient revêtu la tunique pontificale, laquelle est variée à cause des diverses couleurs des vertus, ce qu’indique le modèle de la Loi, lorsqu’elle nommait l’écarlate, le lin et les (matières) semblables ; et ils avaient revêtu la tunique ποδήρης, ou qui descend jusqu’aux pieds, (qui) est entière et (qui) d’une extrémité arrive à l’autre extrémité, en sorte qu’il n’y ait rien qui soit nu ou qui ne soit pas couvert par la vertu.
De même, ils se sont ceints également de la ceinture sacerdotale, qui d’une part fait le tour de la tunique et donne l’élégance qui (vient) de là, (et) d’autre part ne serre pas dorénavant avec force et (avec) lutte les causes qui procréent. Ils se souvenaient, en effet, de celui qui a parlé à Ézéchiel et a dit des prêtres : Et ils ne se ceindront pas les reins avec violence, ou comme un autre des traducteurs : Et ils ne se ceindront pas les reins avec sueur (Ez 44, 18). Car il faut que les prêtres commencent par traiter avec violence les assauts irrésistibles des désirs et qu’ils commencent par suer dans les travaux ; et ils auront une ceinture qui ne traite plus avec violence, mais qui garantit, qui garde et qui rappelle la chasteté.
Ensuite, ils se sont ajusté aussi un ὑποδύτης, qui est un vêtement de dessous, ou une ceinture. Car, lui aussi, il est un vêtement sacerdotal ; et il indique par sa désignation que celui-là est tissé à partir du bas par la montée des vertus et qu’il donne, autant qu’il est possible, la connaissance des mystères cachés et ineffables. En effet, seule la tunique du Christ était tissée à partir du haut (cf. Jn 19, 23), parce que, lui, il était le Verbe Très-Haut, qui d’en haut fait descendre et répand sur nous des trésors de sagesse et de science (cf. Col 2, 3) et n’a pas besoin de l’exercice des vertus, comme, en effet, celui qui ne connaît pas le péché (2 Co 5, 21), mais (qui) nous donnait l’exemple d’une vie excellente par ce qu’il faisait selon l’économie.
Mais à ces vaillants il ne manquait pas non plus les ἐπωμίδας (Cf Ex 28, 6-14), ou les épaulettes, qui (sont placées) sur les épaules ; et c’est avec allégresse qu’ils en ont mis une sur chacune de leurs épaules. C’étaient là également des sortes de ceintures (placées) sur les épaules, puisque, comme des chaînes, elles étaient tressées d’or et d’autres fils de belles couleurs ; elles entouraient la poitrine et elles serraient en même temps la tunique sacerdotale. Elles offraient l’image de l’amour du travail et de la pratique intellectuelle des vertus. Et c’était indiqué par le Livre sacré, qui dit d’Issachar, un des fils de Jacob : Il s’est glissé en courbant son épaule pour travailler, et il est devenu un homme qui cultive la terre (Gn 49, 15). En effet, les Pharisiens, d’une part, étaient blâmés par notre Sauveur, parce qu’ils mettaient sur les épaules des hommes des fardeaux pesants et difficiles à porter, tandis que, eux, ils ne voulaient pas même du bout du doigt toucher à une charge (Mt 23, 4). Basile et Grégoire, d’autre part, en brillant avec les épaulettes pontificales, portaient la patience et l’amour du travail, lorsqu’ils donnaient l’exemple du travail à ceux qui (étaient) sous leur autorité ; et par (leurs) œuvres ils y poussaient et criaient que le joug de l’Évangile est doux et son fardeau léger (Cf Mt 11, 30).
Ensuite, ils présentaient sur (leur) poitrine encore le manteau des jugements, appelé λογεῖον, ou rational. Pour les sens, c’était, selon le modèle de la Loi, un tissu double, qui mesurait un empan à la fois dans la largeur et dans la longueur ; et, lui aussi, il était décoré avec de l’or et avec des couleurs qui (viennent) de la teinture, et il était orné en haut de quatre rangées de pierres précieuses. Et, pour l’intelligence, il signifiait et indiquait la pureté édifiante et éprouvée du (manteau) raisonnable et principal de l’âme – de, cela, en effet, l’or est l’exemple – et le jugement ferme et sain qui (se rapporte) aux bonnes actions, invariable, annoncé à tout le monde et clair ; c’est ce que signifient les pierres étincelantes, alors qu’elles signifient également par le redoublement du nombre « quatre » des rangées, que (le manteau) était complètement fermé de tous côtés. Et il était double, puisque cette étoffe était doublée et roulée sur elle-même ; et il signifiait qu’il faut que le prêtre (traite) les mouvements raisonnables de sa pensée, comme s’il les renvoyait de nouveau, les faisait revenir sur eux-mêmes et les doublait par (ses) réflexions, en sorte que de toutes parts il ait la sécurité.
Lors donc que (ces pontifes) portaient le manteau des jugements ainsi confectionné et terminé, ils avaient sur lui la science et la vérité (cf. Ex 28, 30 ; Lv 8, 8). En effet, c’était quelque chose qui était travaillé avec art et qui tombait sous les sens, selon le livre de la Loi ; et pour l’intelligence cela signifiait et montrait les révélations supérieures des choses divines et la manifestation de la vérité ; car celui qui possède dans (sa) pureté le mouvement raisonnable et qui est ainsi éclairé et fortifié resplendit de la lumière véritable. Après que ceux qui donnent l’occasion à cette solennité présente ont été éclairés par cette (lumière), ils ont montré une doctrine riche, pleine et abondante, en corrigeant et en éduquant les mœurs féroces et sauvages, en faisant sortir ainsi que de lieux secrets la contemplation naturelle de la sagesse du Créateur, laquelle se présente dans les créatures qui se voient et remplissent le monde, en attirant d’en haut par l’intelligence et par la parole la sublimité de la théologie, autant qu’elle est saisie, et en la faisant passer chez les autres par un jugement intelligemment pesé.
Ils portaient, en effet, le λογεῖον, ou rational, appelé non pas simplement « manteau », mais « manteau des jugements ». Ainsi ils étaient également des économes et des intendants spirituels de la profondeur du Livre divin, en ne méprisant ou en ne supprimant pas du tout la beauté superficielle de la lettre et sa simplicité extérieure, et en puisant et en suçant d’après les degrés d’une science consommée la richesse de l’esprit qui y était cachée, et non pas en s’enivrant à cause de l’ignorance au calice ἄκρατον, ou sans mélange, de la diversité des explications erronées ou de la fiction, en s’étant lavés avec les tromperies du bavardage hérétique et en ayant frelaté et falsifié la beauté de la vérité par des récits fabuleux propres à l’interprétation des songes.
En effet, il valait mieux pour eux être humiliés à la manière des Juifs avec le Livre qui est compris d’une façon misérable, et non pas aboutir, par un orgueil ignorant et insolent, au lieu des blés qui nourrissent et qui conviennent à des âmes raisonnables, à la légèreté de la paille, laquelle convient aux bêtes et est sans raison. Un des prophètes a dit justement de semblables paroles : Une poignée qui n’a pas la force de faire de la farine (Os 8, 7). Mais tels ne sont pas le grand Basile et Grégoire le théologien, qui pour moi sont un manteau, ou un rational, des jugements, et la science et la vérité. Et mes paroles pauvres à tous les égards, je les mets en comparaison avec leurs doctrines inspirées par Dieu ; et si jamais je trouve, considérant souvent leurs doctrines comme un miroir, que mes paroles ne présentent pas une image ressemblante, tout aussitôt je les corrige et je m’efforce de les faire monter jusqu’à leur ressemblance, eux qui à cause de cela avaient un manteau des jugements épais, solide et fort, parce que, selon un commandement de la Loi, il était suspendu par ces épaulettes qui (sont placées) sur les épaules, et il était réuni et attaché avec la patience et l’amour du travail. En effet, (le Livre) dit clairement : Vous ne séparerez pas le manteau d’avec l’épaulette qui (est placée) sur l’épaule (Ex 28, 28). C’était une épaulette tressée comme une chaîne ; et elle avait de petits boucliers ronds, ou de petits boucliers longs, qui y étaient ajustés et réunis avec ce manteau, (et) qui étaient faits avec de l’or et avec le mélange de beaucoup de couleurs. Et ils pouvaient, à cause de (leur) forme circulaire, être appelés et roues et δίσκοι ou petits plats, ou quelque chose de semblable. Mais c’est convenablement qu’ils sont nommés « petits boucliers, ronds », ou « petits boucliers longs », parce qu’il faut que le pontife, soit devant lui, soit derrière lui, s’entoure, comme d’un bouclier, de la vigilance qui met en garde, de peur que par hasard une pensée adverse des esprits méchants ne frappe contre ce λογεῖον, ou manteau, ne trouble l’examen des jugements et n’en fasse s’éloigner la science et la vérité à cause d’un mélange de méchanceté.
Il faut que le pontife, en tant que premier combattant et chef de guerre, tende aussi ce bouclier pour ceux qui entendent les jugements du λογεῖον, ou manteau, (qui en) sont instruits et (qui) ont part à la lumière de la science et de la vérité, et qu’il chasse loin d’eux toute atteinte qui (vient) des assaillants. C’est sous lui que Basile et Grégoire ont défendu l’Église, lorsqu’ils ont vaillamment brisé les coups et les assauts ennemis d’Arius, d’Eunomius et de Macédonius ; et maintenant aussi ils la défendent encore, en prenant leurs dispositions contre toute hérésie, et ils renversent celle-là et ils la vainquent.
Et ils portent la lame sacrée (cf. Ex 28, 36-38) sur leur front ; et le visage découvert, avec Paul, ils font connaître la gloire du Seigneur (2 Co 3, 18). Et ils couronnent (leur) tête, ainsi que d’une couronne, de la belle apparence qui (résulte) de tous ces (ornements). Et en haut ils sont couverts de la tiare, d’une sorte de casque rond, circulaire, adapté au haut de la tête, mince et pointu. D’une certaine façon, elle présente l’apparence du ciel et elle indique parfaitement et clairement et comme il convient à des prêtres que, étant tous revêtus du progrès des vertus depuis le bas jusqu’en haut, ils sont citoyens du royaume des cieux. Puisse-t-il nous arriver aussi à tous de n’y pas paraître des étrangers au jour du jugement, par la grâce et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, à qui sied la gloire, avec le Père et l’Esprit saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !
Fin de l’homélie 116