SUR LA NATIVITÉ OU L’ÉPIPHANIE, C’EST-A-DIRE L’APPARITI0N DE DIEU.
Oh ! quelle est grande la hauteur de la bonté de Dieu pour nous ! C’est par elle, en effet, que je connais également la grandeur de notre péché ; car il était quelque chose de si grand qu’il attire à lui d’en haut celui qui (est) au-dessus de toute primauté. En effet, alors que nous ne savions pas nous-mêmes où nous gisions en bas, le médecin seul, lorsqu’il est descendu, l’a révélé et fait savoir. Car il s’est levé non pas à cause de ceux qui étaient malades, mais à cause de ceux qui étaient morts ; c’est pourquoi ce n’est pas plutôt à la manière d’un médecin qu’il a guéri ; mais, après que nous avions été frappés par la mort, il nous a ressuscités et nous a retirés (et) fait sortir de ses liens. Et David chante cela d’une manière prophétique, en disant de Dieu et Père : Il a envoyé son Verbe et les a guéris, et il les a délivrés de leurs perditions (Ps 106, 20).
Pourquoi, dis-je, dit-il : Il a guéri ? C’est après qu’ils avaient été pris dans les filets de la perdition et qu’ils descendaient à la fosse de la mort qu’il les a délivrés.
La trompette sacrée des Évangiles également proclame ce qui s’accorde avec cela, en confirmant et en criant davantage les termes prophétiques. Que dit-elle, en effet ? Une lumière nous a visités d’en haut, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort (Lc 1, 78-79). Ce n’est pas lorsque d’un sommet, comme aussi autrefois sur le Sinaï, il y avait une voix qui légiférait et une vision de feu qui s’y dressait et faisait connaître en partie et signifiait l’apparition de la gloire de Dieu, et cette (apparition) cachée avec une nuée ; mais c’est lorsque d’une hauteur beaucoup plus élevée que tout et dont on ne peut concevoir absolument aucune limite (il y a) une lumière répandue au large et beaucoup plus brillante, laquelle appartient au soleil de justice. Celui-là est venu lui-même de son plein gré chez ceux qui étaient assis dans les ténèbres intellectuelles et à l’ombre de la mort ; et il restait en haut avec tous ses rayons, et tout entier il était sur la terre et à proximité, et tout entier il a brillé dans les abîmes du Schéol, sans avoir aucunement abandonné sa plénitude et sans avoir davantage souffert de division ou de limitation par suite de sa venue chez nous.
Quant au comment, ni notre faible intelligence ne pourra le comprendre ni (notre) parole l’expliquer. En effet, (cela) passe au-dessus de la compréhension de toute nature créée, parce qu’il est écrit clairement que le grand mystère de la piété est apparu aussi aux anges – car il est apparu aux anges (1 Tm 3, 16), dit Paul et il est passé sous silence qu’il ait été saisi (par eux) ; et il est dit qu’il a été glorifié par eux, car ils chantaient : Gloire à Dieu dans les hauteurs (Lc 2, 14), et il n’est pas écrit historiquement que ( cela) ait été expliqué par l’une des armées qui sont au service ( de Dieu) (cf. He 1, 14) et sont incorporelles.
Gabriel, en effet, a dit ceci : Salut, pleine de grâce, Notre-Seigneur est avec toi (Lc 1, 28), en saluant la Vierge Mère de Dieu, lorsqu’avec la formule de salut coïncidait d’une manière ineffable, sans devancer, l’habitation en Marie de Dieu le Verbe, ainsi que l’incarnation sans changement et inexplicable. Il n’a pas ajouté ceci (à savoir) comment le Seigneur était avec elle ; car et il n’avait pas reçu l’ordre de dire cela et il ne pouvait pas prendre ce qui ne se saisit pas. Comme (la Vierge) était perplexe et disait : Comment cela m’arrivera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme (Lc 1, 34) ? dissipant seulement la perplexité, il ajouta ensuite : L’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre (Lc 1, 35). « Que le fait que tu ne connais pas d’homme, dit-il, ne te trouble pas et qu’il ne mène pas ton intelligence à la conception qui (résulte) d’une union corporelle ; car l’Esprit viendra sur toi (Lc 1, 35), et le nom d’Esprit est en dehors de toute indication de corps. Et l’Esprit n’est pas n’importe lequel, mais l’(Esprit) saint ; ce n’est pas l’un des (esprits) qui sont déclarés saints et qui entrent dans les ordres au service (de Dieu) ; mais c’est l’(Esprit) saint lui même, qui procède du Père, qui donne la sainteté à toute puissance créée. Où (il est fait) mention de sainteté, là (il y a) nécessairement la pureté, sans aucune trace de volupté et de péché. Par conséquent, c’est en tant qu’Esprit qui (est) de Dieu qu’il fera réellement le petit enfant qui va être conçu de toi et de ton essence, ou plutôt qui est déjà conçu ; car plus rapide que mes paroles est l’effet de ce qui est annoncé. »
Qui est celui qui est conçu ? – Le Fils, le Verbe, la puissance du Père Très-Haut ; car la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre (Lc 1, 35). Que le Christ est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu (cf. 1 Co 1, 24), nous entendons Paul qui l’écrit. De nouveau cette (parole) : Il te couvrira de son ombre, est dite bien opportunément (en réponse) au doute de la Vierge, qui a dit : Parce que je ne connais pas d’homme (Lc 1, 34). Cela également éloigne d’une considération de corps, et fait monter vers une pensée très divine, parce que, au sujet de l’incarnation véritable et sans imagination, il était besoin aussi de paroles très nettes et (très) claires, pour montrer un prodige, qui d’une part ne peut être dit, ( et) qui d’autre part doit être dit autant qu’il est possible.
Et cela, Jean, le fils du tonnerre (cf. Mc 3, 17), d’une voix forte nous l’a tiré d’une opération divine ainsi que d’endroits secrets du sanctuaire, en disant : Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14). Ce n’est pas quelque opération partielle ni (quelque) puissance du Verbe qui a couvert la Vierge de son ombre ; et de là ce n’est pas un enfant comme Jérémie ou quelqu’un de ceux qui sont dits avoir été sanctifiés dès le sein de leur mère qu’elle a conçu. Mais c’est le Verbe lui-même, lequel est Dieu et est auprès de Dieu et est au commencement (Cf Jn 1, 1), qui s’est fait chair, non pas lorsqu’il a changé ce qu’il était, mais lorsqu’en plus il a pris sur soi de se faire chair, parce que sans changement il s’est uni hypostatiquement à la chair qui peut naître, en sorte que le même soit sans généalogie d’une part, en ce qu’il est Dieu, et qu’il ait une généalogie d’autre part, en ce que sans changement il s’est fait homme pour nous, lorsqu’il a pris la semence d’Abraham (He 2, 16), parce que c’est de là que la Vierge Mère de Dieu faisait descendre (sa) race, de laquelle (Vierge) il s’est lui-même incarné et fait homme, lorsqu’il s’est uni à la chair qui possède une âme raisonnable. C’est là, en effet, la (parole) : Il a habité parmi nous (Jn 1, 14) ; car il n’y a aucun de ces (éléments) dans lesquels nous sommes que le Verbe ne se soit pas uni, mais c’est tout entier qu’il est venu à la fois dans toute notre formation.
Comprends donc avec piété et qu’il s’est fait chair et qu’il a demeuré en nous, et tire profit des deux (paroles) et ne sépare jamais l’une de l’autre. En effet, si tu divises les paroles de ce seul Esprit, tu as divisé la vérité avec elles. La (parole) : Il a habité parmi nous, ou : Il a demeuré en nous, montre la (parole) : Il s’est fait chair (Jn 1, 14), exempte de changement, puisque le caractère extraordinaire de l’habitation lui est ajouté ; (et) la (parole) : Il s’est fait chair, montre la (parole) : Il a demeuré, ou : Il a habité parmi nous (Jn 1,14), simple et pleine de miséricorde, parce qu’elle est placée la première avant elle. Chasse de partout le détracteur, en montrant par les paroles sacrées intactes et complètes que l’Emmanuel tout entier n’est ni diminué par la confusion, ni divisé par la section, parce que ce corps de notre âme également est appelé tente, selon ce qui est dit par Paul aux Corinthiens : Si cette maison terrestre de la tente qui est à nous vient à être détruite (2 Co 5, 1) ; et encore : En effet, nous qui sommes dans cette tente, nous gémissons (2 Co 5, 2). Et ce n’est aucunement à cause de cela que, oubliant la cohésion ou l’union naturelle, ainsi qu’(il arrive) des maisons bâties artificiellement, nous tiendrons pour simple l’habitation ou la demeure de l’âme intellectuelle dans le corps.
C’est de la même manière donc, ou même au-dessus de celle-là – car particulièrement ineffable est la parole qui se rapporte à ce (sujet) – que la sagesse de Dieu le Père et (sa) puissance (cf. 1 Co 1, 24), le Fils qui ( est) avant les siècles, s’est unie hypostatiquement à un corps animé intellectuellement et a demeuré en nous, alors qu’il est autre que celui en qui il a demeuré, sans s’être changé ni s’être transformé en lui, et c’est ainsi qu’il est compris s’être fait chair, c’est-à-dire homme, outre qu’il est resté ce qu’il était, de telle sorte qu’une pensée de changement ou de confusion ou de division n’entre d’aucune façon avec lui, lorsque à partir des deux ( éléments), je veux dire de la divinité et de l’humanité, s’est réalisée au-dessus de toute intelligence et de (toute) parole une seule hypostase et une seule personne et une seule nature incarnée de Dieu le Verbe ; et c’est de cette manière qu’il a accepté que lui soient imputées et la conception et la naissance et qu’il a montré aussi sa mère celle qui enfante Dieu. En effet, le Verbe s’est fait chair, et il a demeuré en nous (Jn 1, 14). Car c’est là ce qui est admirable, (à savoir) qu’il n’est pas venu jusqu’à l’âme qui à cause de (son) intelligence et de (sa) raison paraît comme si elle était proche de lui, mais qu’il est descendu même jusqu’à se faire chair, sans avoir absolument rien méprisé de tout ce qui nous appartient. Et cependant l’évangéliste Jean s’exprime aussi en ces termes : Nous avons vu sa gloire, gloire comme du (Fils) unique qui (est) du Père, plein de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Vois-tu clairement ceci, (à savoir) ce que je disais, que le soleil de justice nous est apparu avec tous ses rayons ? Et, bien qu’il fût entré comme s’il se fût glissé sous le nuage de notre chair, sans avoir été caché (par lui), cependant il montrait clairement par les splendeurs de sa gloire qui conviennent à Dieu qu’il est naturellement le (Fils) unique qui (est) du Père et que ce n’est pas par suite d’une participation qu’il a la plénitude sous le rapport de la vérité et de la grâce et que comme Dieu il nous y donne part abondamment à la fois et charitablement.
Cette lumière donc qui (vient) d’en haut, par laquelle nous avons été visités, autrefois, d’une part, les prophètes la criaient sur la terre, en regardant vers le ciel, en demandant qu’elle apparût et en disant : Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et tu nous donneras ton salut (Ps 84, 8) ; et : (Toi) qui sièges sur les Chérubins, manifeste-toi (Ps 79, 2), c’est-à-dire apparais en nous, au milieu de nous, en te faisant homme, en brillant et en resplendissant comme le vrai Dieu. Maintenant, d’autre part, c’est d’en haut que le ciel l’annonce, lorsque par le moyen d’une étoile extraordinaire il attire merveilleusement les Mages, qui viennent de Perse à Jérusalem et disent : Où est le roi des Juifs qui est né ? Car nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus l’adorer (Mt 2, 2).
Que personne, en entendant ces (paroles), ne s’imagine à tort et par ignorance que c’est par le Livre divin qu’entre l’erreur de l’horoscope, par lequel ces gens de rien répartissent et attribuent les naissances de ceux qui naissent en tout temps. En effet, voici l’exposé de cette (théorie) : C’est d’après un certain mouvement, n’importe lequel, de n’importe quelles étoiles, qui depuis le commencement sont dans le ciel, et d’après (leur) liaison et (leur) conjonction par rapport aux étoiles situées dans le cercle appelé zodiaque, et d’après n’importe quelles figures qu’elles (forment) les unes par rapport aux autres que l’heure est écrite, et qu’ils prédisent la vie que doit avoir celui qui est né à (cette heure). Ici une seule étoile extraordinaire et véritable, qui est apparue pour montrer l’admirable naissance selon la chair du Verbe des cieux, est un signe qui avance contre la stupidité et l’ivresse de ces (théoriciens), qui est au service de l’économie et qui ne soumet pas la naissance de l’Emmanuel, laquelle, convient à Dieu, à l’esclavage de ces gens de rien, lequel répartit les destins.
Souvent, en effet, ainsi qu’il est écrit aussi dans les histoires aux époques anciennes, les changements dans les événements sont indiqués d’avance par des étoiles extraordinaires et insolites qui apparaissent, comme celles qui apparaissent dans l’éther et s’appellent κομήται, πωγωμίαι et δοκίδες, c’est-à-dire (étoiles), ramifiées ou chevelues, barbues et en forme de poutre. Ainsi donc les païens ne porteront pas sur nos paroles le jugement qu’elles ne méritent pas confiance et qu’elles n’(ont) rien de vraisemblable, mais ils s’élèveront à cause de ces particularités et par le fait de ce qui paraît voisin en raison de la ressemblance ils ne douteront pas, tout en ne croyant pas à l’étoile qui est apparue aux mages. Celle-là, je ne sais pas s’il nous faut l’appeler encore une étoile, et non pas plutôt une puissance spirituelle qui est apparue sous l’aspect d’une étoile, à cause du caractère merveilleux qui (s’y voit) en toute chose.
D’abord, en effet, en quelque sorte elle dirige les mages et elle est leur guide, en brillant dans la direction de la terre, en s’inclinant vers le bas, en s’arrêtant au-dessus de la tête de l’enfant, en montrant pour ainsi dire du doigt et en indiquant l’emplacement d’un lieu très petit, ce qui en vérité est étranger aux étoiles et même à la lune ; car elles brillent sur tout le monde et elles semblent être voisines de chacun (de nous) et se tenir au-dessus de (notre) tête. Parce que (les Évangiles) ont dit : Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient allait devant eux, jusqu’à ce que, après être venue, elle s’arrêta au-dessus du lieu où était l’enfant (Mt 2, 9), on sait clairement qu’elle leur rendait le (même) office également lorsqu’ils venaient de Perse à Jérusalem, en avançant avec eux et en allant devant eux pendant le voyage. Et cela aussi est extraordinaire et contraire au mouvement des autres étoiles, qui généralement ont coutume de se porter de l’est vers l’ouest ; or celle-là se portait vers le sud à partir des régions qui sont plus au nord ou au nord-est ; et en effet la Perse a cette position par rapport à Jérusalem.
(Ensuite) cette étoile paraît être extraordinaire en ceci encore que c’est pour le besoin des mages qu’elle apparaissait et se cachait. En effet, une fois qu’ils furent venus à Jérusalem, elle disparut et se coucha ; et, alors qu’ils allaient à Bethléem, elle réapparut et elle remplissait son office de direction dans le voyage. Il me semble que c’est même au milieu du plein jour qu’elle apparut alors ; car tout aussitôt Hérode leur ordonnait d’aller à Bethléem, après la lecture de la prophétie de Michée ; et, aussitôt que les mages se mettaient en marche, aussitôt l’étoile également apparaissait, sans permettre l’éclat du soleil, par lequel est cachée même la lumière de la lune.
Et ces (particularités), d’une part, étaient vraiment étonnantes et à l’encontre de l’aspect et du mouvement des étoiles ; d’autre part, ceci paraît être plus étonnant, (à savoir) que les mages disent : Où est le roi des Juifs qui est né (Mt 2, 2) ? Car cela, l’aspect même de l’étoile ne le signifiait absolument pas. En effet, (l’étoile) indiquait qu’elle entraînait à voir quelque chose d’extraordinaire et qu’elle marquait un changement dans les événements. Mais qu’était cet (événement) ou de quel genre (il était), c’est à l’expérience seule, et non pas à l’aspect extérieur de l’étoile qui est apparue qu’il appartenait de le montrer et de le faire connaître. Les mages eux-mêmes semblent ne pas ignorer la prophétie de Balaam, qui se trouve au livre des Nombres, au point et de lui attribuer l’apparition de l’étoile et de dire de semblables paroles.
En effet, après que le peuple des Israélites était sorti d’Égypte, avait marché dans le désert pendant l’espace de quarante années, s’était trouvé une fois presque à proximité de la terre promise et avait battu, taillé en pièces et réduit sous (sa) puissance militaire Séhon, roi des Amorrhéens, et Og, roi de Basan, Balaq, un roi du peuple des Moabites, voyant que cette lance de combat, ou plutôt la droite de Dieu, était en route contre lui et effrayé par l’exemple (précédent), manda près de lui un devin fameux, ainsi qu’il paraissait à ceux qui alors (faisaient partie) de la Mésopotamie, dont le nom était Balaam, en disant : Viens ici, maudis-moi Israël ; car je sais que ceux que tu béniras sont bénis et que ceux que tu maudiras sont maudits (Nb 22, 6). Et, alors que Dieu pouvait rendre vaine et mensongère la malédiction du devin par l’issue contraire des événements, il ne fait pas cela. Mais, comme il voulait montrer la grandeur de (sa) propre puissance non seulement par une victoire (remportée) à la guerre, mais encore par de nombreuses façons différentes, il le pousse d’une part à venir pour maudire, et d’autre part par une action divine non pas à maudire, mais plutôt à bénir Israël, afin que la bouche qui est au service du mensonge soit crue par ceux qui sont habitués à elle et qui grandissent avec l’erreur.
Il est écrit, en effet, que l’Esprit de Dieu fut sur lui (cf. Nb 24, 2). Mais, parce que la bénédiction était réservée à la postérité d’Abraham – car Dieu n’a pas dit : A tes postérités, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais comme s’il s’agissait d’une seule : Et toutes les nations seront bénies dans ta postérité, qui est le Christ (Ga 3, 16 ; cf. Gn 22, 18), afin que par l’intermédiaire du Christ la bénédiction (promise) à Abraham s’étendît du fait de la foi aux Israélites qui (font partie) des nations (Cf Ga 3, 14), comme dit Paul, en écrivant aux Galates ; en effet, il a été dit à Abraham que sa postérité sera comme les étoiles qui (sont) dans le ciel (cf. Gn 22, 17), et il est certain que ceux qui (sortent) du baptême sont purs et que, selon la parole de l’ Apôtre, en eux il n’y a ni tache ni ride ni quelque chose de semblable (cf. Ep 5, 27), eux qui resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père (cf. Mt 13, 43) ; le Christ a été les prémices de ceux-là, puisqu’il est le soleil de justice, en ce qu’il est Dieu, et (il a été) une étoile parmi les hommes, parce qu’il est apparu le premier au bord du Jourdain, c’est-à-dire inaccessible à toute souillure du péché, et qu’il sanctifie notre bain, d’où nous brillons comme des étoiles – Balaam, ce ministre des démons, prophétise cette bénédiction, en figurant d’avance ceux qui, (faisant partie) des nations, vont s’éloigner de la principale idolâtrie, passer à la piété et prophétiser. Et il dit, en regardant l’avenir et le Christ lui-même, bien qu’il adressât la parole à l’ancien Israël : Je le montrerai, mais non maintenant ; je le dirai bienheureux, mais non immédiatement, une étoile luira de Jacob, et un homme se lèvera d’Israël ; et il brisera la tête de Moab, et il emmènera en captivité tous les enfants de Seth, et Édom sera (son) héritage (Nb 24, 17-18). De toutes les nations, en effet – parce que, par celles qui sont nommées en partie, il fait connaître aussi les autres – le Christ a brisé les cultes ancestraux qu’elles ont chassés et rejetés, du fait même qu’elles ont cru à la résurrection par un jugement ferme de (leur) pensée, et elles ont été comptées pour son héritage. C’est pourquoi David lui criait, en disant : Lève-toi, Dieu, et juge la terre, parce que c’est toi qui hériteras parmi toutes les nations (Ps 81, 8).
Cette prophétie de Balaam qui dit : Une étoile luira de Jacob, et un homme se lèvera d’Israël (Nb 81, 8), est par hasard venue jusqu’aux mages, qui étaient voisins de la Mésopotamie, ou par les Livres, ou par leurs ancêtres, par suite d’une tradition qui n’est pas écrite et par suite d’une transmission ; et ils attendaient l’apparition d’une étoile extraordinaire et insolite et la naissance d’un homme (issu) du pays des Juifs, qui doit avoir autorité sur beaucoup de nations. Cette (apparition), ces (hommes) l’ont également vue ; car les mages et tous les Chaldéens ont coutume de demeurer bouche bée en présence des étoiles qui (sont) dans les cieux ; et ils ont immédiatement examiné les paroles de Balaam ; (et) pour (cette) affaire tout aussitôt ils sont accourus en Palestine, et en conséquence ils posaient tout de suite la question : Où est le roi de Judée qui est né ? Car nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus l’adorer (Mt 2, 2).
Alors que j’avais beaucoup à dire d’une façon plus développée sur toute la prophétie de Balaam et à montrer clairement qu’elle s’est accomplie dans le Christ, parce que le temps presse, je passe (cela) sous silence pour l’instant, en ne vous adressant que ces (paroles). Ayons honte de la marche de l’étoile qui nous fixe le chemin du ciel et nous apprend qu’il faut que nous nous y portions ; et soyons confus de ne pas même nous engager dans les (chemins) qui conviennent à la terre, mais plutôt de courir vers le Schéol, à moins que, nous éveillant, nous nous arrêtions nous-mêmes promptement. Rougissons des mages étrangers, qui offrent de l’or au Christ, alors qu’il est encore enfant selon l’économie, nous qui, même après qu’il a été crucifié pour nous, ne lui donnons aucune obole de bronze par l’intermédiaire d’un pauvre. Ceux-là ont accompli la prophétie de Balaam, qui est devenue vieille et semblait désormais un conte ; et toi, en entendant les Évangiles et Je Nouveau Testament, tu passes en courant, sans même sembler entendre. Si tu fêtes la Nativité, sois nouveau chaque jour ; car c’est pour cela que le Christ est né, parce que, si quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées (cf. 2 Co 5, 17), s’est écrié Paul. Si tu solennises l’apparition de Dieu, parais digne de Dieu et célèbre la fête par ce que tu parais, et tu obtiendras la gloire qui ( est) dans le royaume des cieux. Puissions-nous tous obtenir qu’il en soit ainsi par la grâce et par la charité du Dieu grand et notre Sauveur Jésus-Christ, avec qui la gloire sied au Père avec l’Esprit saint en tout, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !
Fin de l’homélie 115