SUR LA SAINTE MARTYRE DROSIS, ET SUR CELLES QUI SOUFFRIRENT LE MARTYRE AVEC ELLE ; ET EXHORTATION POUR UNE COLLECTE EN VUE DE CE QUI MANQUE À L’OUVRAGE QUI (EST) AU-DESSUS DU SAINT AUTEL.
Après avoir consacré déjà deux homélies aux luttes sacrées de la vaillante martyre Drosis, c’est en l’honneur de la sainte Trinité que j’en viens encore à cette troisième (homélie). En effet, de même que Paul, l’apôtre et le docteur des nations, lorsqu’il se montrait fort dans de nombreux combats pour la piété et voyait le Calomniateur lui résister d’une manière très opiniâtre, et lorsqu’en face de la faiblesse de son propre corps il comparaît et pesait le grand nombre des travaux qui fondaient sur lui, disait : Il m’a été donné un aiguillon de ma chair, un ange de Satan, pour me souffleter, afin que je ne m’enorgueillisse pas ; et : Au sujet de celui-là, trois fois j’ai prié Notre-Seigneur de l’éloigner de moi, et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance s’achève (2 Co 12, 7-9) ; et (de même que), dans la suite, lorsqu’il triomphait davantage par lui-même, il adaptait (sa) parole de nouveau et que, au sujet de ce qu’il venait de refuser, au sujet de cela (même) il montrait de la grandeur d’âme et disait : Joyeusement donc je me glorifierai plutôt de mes maladies, afin que la puissance du Christ habite en moi (2 Co 12, 9) ; et : Mais nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que la grandeur et l’abondance soient le (fait) de la puissance de Dieu, et (qu’elles) ne (viennent) pas de nous (2 Co 4, 7) ; de la même manière, moi aussi, à l’occasion de ce corps (voué) au martyre qui était extrêmement faible – car (le martyre) était celui d’une femme – à l’occasion de ce vase de terre qui est tout prêt et facile à briser car c’était celui d’une jeune fille – très fréquemment j’exaltais, je célébrais et je produisais en public le sexe féminin, la défaillance, la chute, la défaite facile, afin de prêcher la richesse de la grâce d’en haut, qui a combattu en cela, (qui) s’achève dans la faiblesse et (qui) remporte de nombreuses victoires, afin d’exalter l’abondance de la puissance divine.
En effet, de même que, chez un soldat sans armes qui a foncé (et) s’est précipité au milieu d’ennemis en guerre et (qui) d’une part était frappé de tous côtés et ne tombait pas, et d’autre part délogeait lui-même ses adversaires, on admirera (sa) vertu guerrière, de même aussi celui qui voit qu’une jeune vierge, qui jouissait de la douceur de la nature et de l’âge et qui devait être écrasée et vaincue au milieu des maux cruels, se dresse sans crainte et qu’elle se moque de ce qu’il lui fallait redouter, quelle autre chose convenait-il qu’il fasse, si ce n’est de louer l’énergie de cette âme courageuse et de glorifier le Christ qui donne la vaillance, qui forme et exerce même de faibles jeunes filles aux luttes qui n’aiment pas la chair et les mène à des combats intellectuels qui demandent une préparation et une disposition ferme et inébranlable de la pensée ? Par conséquent, l’éloge de la martyre vient non pas des hommes, mais de Dieu, à qui elle criera à juste titre avec le prophète des psaumes : C’est d’auprès de toi que (vient) mon éloge dans la grande Église (Ps 21, 26).
En effet, on peut voir ceux qui font les éloges à la manière des hommes recueillir de çà et de là des éloges parmi ce qui est extérieur de la même manière que dans les collectes d’aumônes, et les présenter comme en cadeau à ceux qui, sont l’objet des éloges. Et, s’ils ont pour patrie une localité importante, ils se livrent à beaucoup de recherches et même de cette ville ils font un ample éloge ; et si c’est par la famille qu’ils sont fameux et célèbres, ils embellissent et amplifient par (leurs) paroles également les éloges de ceux qui sont devenus vieux, sont déjà en état de corruption et sont devenus invisibles avec leurs pères de jadis ; et ils s’enquièrent et ils cherchent ; et, s’(ils font des trouvailles) dans des diplômes et dans de rares écrits, ils (les) enflent beaucoup sous prétexte de dignité ; et, pour le dire simplement, c’est à l’aide de plumes d’autrui qu’ils mènent de force, pour les faire monter en l’air, ceux qui marchent en bas et (qui) n’ont pas d’ailes en propre. Mais la loi des éloges divins vient par les (voies) opposées ; et, à l’exemple d’un agriculteur habile d’entre ceux qui sont l’objet d’éloges, elle coupe ces sarments stériles et sans fruits et qui sont l’aliment du feu, et c’est au moyen de ceux qui sont plus propres et qui rapportent des fruits qu’elle fait l’éloge.
D’après cette loi divine, considère-moi que Drosis, la servante du Christ, arrête ses pas avec précaution et avec assurance sur le roc de la foi, qu’elle se tient debout en restant haute et en ayant de grandes pensées et qu’elle exprime par (ses) paroles ce qu’elle a montré par les faits eux-mêmes. Elle semble dire : « C’est de la ville impériale de Rome que je suis, et c’est ma patrie. Mais le sarment est stérile et d’aucun secours du point de vue de la vertu ; qu’on n’en tienne donc aucun compte et qu’il soit coupé avec la faux d’agriculteur de l’Esprit, lequel dit d’Abraham et des hommes qui s’étaient bien conduits et avaient vécu dans la vertu qu’ils étaient des étrangers et des hôtes dans le pays (cf. Gn 23, 4) et qui, en disant cela, rendaient évident qu’ils désiraient un lieu meilleur, c’est-à-dire la ville des cieux, et attendaient la ville dont Dieu est l’artisan et l’auteur !
« C’est de l’empereur Trajan que je suis la fille. Et ce (sarment) aussi est de même stérile. Que l’atteigne donc une section très pénétrante de la part du Christ, lequel crie : Celui qui aime (son) père ou (sa) mère plus que moi n’est pas digne de moi (Mt 10, 37) !
« L’héritage du sceptre et de la pourpre de mes pères me regarde absolument. Et qu’elle fauche et coupe également la vanité de cette espérance, la (parole) : Quel profit, en effet, aura l’homme, s’il gagne le monde tout entier, mais perd son âme ? Ou bien que donnera l’homme en échange de son âme (Mt 16, 26) ?
« En cela donc, dit-elle, est-ce que j’ai rejeté loin de moi la stérilité, c’est-à-dire le manque de fruits, et n’ai-je plus absolument aucun besoin de section, (à savoir) du rejet des sarments qui sont inutiles ? Voici, en effet, que je vois qu’un sarment de beauté couronne ma tête des fleurs de la jeunesse ainsi que de feuilles. Ne peut-il pas donner naissance à une grappe ? Mais je tiendrai compte aussi de cette parole sacrée : L’homme, ses jours sont comme l’herbe ; comme la fleur du champ, ainsi il fleurira (Ps 102, 15) ; et : Le soleil s’est levé comme la chaleur, et il a desséché l’herbe, et sa peur est tombée, et la beauté de son visage a péri (Jc 1, 11).
« Les bijoux en or, les vêtements et tout le luxe des femmes, ainsi que la dépravation qui s’y trouve, ne compteront pas pour un sarment, n’auront pas besoin de section et ne pousseront pas de (cette) vigne spirituelle. En effet, Paul, ce sage agriculteur, œilletonne ce qui pousse ainsi, lorsqu’en tant que maître il prescrit aux femmes de ne se parer elles-mêmes ni d’or, ni de perles, ni de vêlements de grand prix, mais de bonnes œuvres, ce qui convient à des femmes qui font profession de piété (1 Tm 2, 9-10).
« C’est, un sarment, dit-elle, que me semble (être) également tout mon corps. Et celui-là, il me faut le couper pour le Christ par la section sacrée du martyre, montrer (mon) âme toute nue et libre des liens des passions et du penchant pour la chair et entendre de la (bouche) de celui qui a planté la parole très souhaitable, laquelle dit par le prophète Jérémie : Moi, je t’ai plantée pour une vigne qui porte des fruits, franche tout entière ; ne t’es-tu pas changée en amertume comme la vigne étrangère (Jr 2, 21) et qui renie la noblesse de celui qui l’a plantée, à savoir l’image et la ressemblance raisonnable et divine ?»
Après que, avec cette préparation divine et incorporelle, la très virile Drosis eut quitté le palais et eut pris une fuite très courageuse – laquelle possède la couronne de la virilité, mais non pas l’accusation de la timidité elle se joignit à quelques femmes, vierges modestes et chastes, qui par la continence et l’ascétisme avaient consacré toute leur vie au Christ, s’occupaient de la sépulture de ceux qui souffraient alors le martyre et étaient jetés sans sépulture, et de cela avaient fait leur vie ; et aussitôt elle participe avec celles-ci à tout ensemble, à la foi, aux œuvres, aux espérances, aux exploits courageux et à la bienheureuse délivrance d’ici-bas qui porte les couronnes pour le martyre. Comme une nuit, en effet, elles prenaient et enterraient les corps patients de ceux qui souffraient le martyre et étaient sans sépulture, une troupe d’hommes armés se tint devant elles, et ils emmenèrent cette proie toute prête et facile à saisir, où était en secret dissimulée aussi Drosis, cette fille d’empereur, cette vaillante fugitive. Et cela eut tout aussitôt pour effet que Trajan, comme père et tyran et qui pour ces deux raisons ne pouvait pas contenir (sa) colère, décréta contre les vierges la mort, et une mort affreuse et abominable et qu’enseigna la fureur même, une fois qu’elle eut soudain atteint l’empereur. En effet, comme en ce temps-là il construisait entièrement un bain qui est appelé de son nom, et qu’il faisait fondre de l’airain pour la fabrication des chaudières, au moyen desquelles, lorsqu’elles étaient allumées, l’eau chaude circulait et entrait à l’intérieur du bain, il ordonnait de jeter ces jeunes filles sur cet airain, alors qu’il était embrasé, brûlant et en fusion. Et ce qui avait été ordonné vint à exécution ; et c’est de cette manière que montèrent au ciel en courant ces âmes qui par une grande patience avaient médité la destruction de (leur) corps. Ce sont de telles vierges et jeunes filles à la fois que l’école du Christ fait passer vers les demeures d’en haut (et y) fait habiter. Et d’où ? De la tente et de la dissolution de ce monde, lequel, à cause de l’humidité des désirs et à cause de l’agitation, le prophète Isaïe appelle « mer » d’une manière symbolique en quelque sorte ; et il avance clairement qu’il professe que ce prodige n’appartient pas à sa propre puissance, mais à la puissance de Dieu. Car que dit-il ? La puissance de la mer, en effet, a dit : Je n’ai pas été en travail et je n’ai pas enfanté ; et je n’ai pas nourri de jeunes gens, ni élevé de vierges (Is 23, 4). Par conséquent, que ne me soit pas imputé ce qui n’est pas à moi, mais (qu’il le soit) à la puissance du Christ !
C’est à cette puissance qu’appartenait aussi le signe qui a accompagné les martyres. En effet, comme ces chaudières avaient été fabriquées avec cet airain, qui, après avoir dissous les membres de ces vierges, a eu part à une certaine grâce et à un certain effet et (que) le bain a été préparé pour le plaisir et pour le bien-être, quiconque y entrait ignorait lui-même qu’il prenait le dernier bain et le (bain) funèbre ; car sans cause il tombait mort de lui-même. Et, après que l’empereur en personne eut appliqué son esprit au prodige, il ordonnait que d’autres chaudières fussent fabriquées de nouveau à la place de celles-là et que celles qui avaient torturé les vierges, en faisant bouillir la mort plutôt que l’eau chaude pour ceux qui se baignaient, fussent fondues de nouveau pour (devenir) les statues des jeunes filles ; car l’erreur elle-même, après avoir reconnu la vérité, aime encore faire honneur à la vérité par ses propres marques. En effet, celles qui chantaient en tout temps : Les idoles des nations (sont) l’ouvrage des mains des hommes ; qu’ils leur ressemblent, ceux qui les font et tous ceux qui se confient en elles (Ps 113, 4. 8 ; Ps 134, 15. 18) ! il croyait les apaiser par des ouvrages faits de main d’homme.
Le Livre divin a raconté également au sujet des Philistins qu’ils ont autrefois fait quelque chose de semblable. En effet, après avoir pris l’arche de Dieu à la suite d’une victoire militaire, l’avoir emmenée en quelque sorte en captivité et l’avoir tranquillement retenue chez eux, ils furent frappés de tumeurs à leurs derrières, et leur pays produisait un grand nombre de souris comme des fourmis. Et, lorsqu’ils eurent trouvé la cause de la punition, ils firent fondre des figures du fléau et ils les envoyèrent avec l’arche au Dieu d’Israël. Le Livre sacré, en effet, s’exprime ainsi : Et ils mirent l’arche de Dieu sur un chariot, et ils mirent sur le côté du (chariot) les souris d’or et les derrières d’or (1 R 6, 11).
Pourquoi donc nous, les fidèles, et qui sommes rangés parmi les enfants de Dieu et qui nous attendons à hériter le royaume des cieux, n’imiterions-nous pas les Philistins, ne porterions-nous pas notre attention sur la table sacrée et vénérable et n’apporterions-nous pas ce qui manque à l’argent ? Et qu’il en soit ainsi alors que nous n’avons que peu, et à plus forte raison lorsque nous disposons d’or et d’argent ! Mais tu diras : « Les Philistins, c’est après qu’ils eurent méprisé l’arche de Dieu et qu’ils eurent été frappés à cause des iniquités qu’ils avaient commises qu’ils donnèrent la rançon du fléau. » Et toi, ne commets-tu pas des iniquités plus graves ? N’es-tu pas une arche raisonnable de Dieu ? Est-ce que tu n’entends pas Paul lui-même qui dit : Ne savez-vous pas que vous êtes des temples de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous (1 Co 3, 16) ? Est-ce que tu as la hardiesse de dire que ton arche est libre des passions des Philistins ainsi que des démons qui épient celles-ci sévèrement, (les) observent et (les) mettent en branle ? Y a-t-il parmi nous quelqu’un qui ne soit pas captif ? Quel est, en effet, celui qui se glorifiera d’avoir le cœur pur, ou qui aura l’assurance qu’il est pur des péchés (Pr 20, 9), comme dit la parole inspirée par Dieu ? Ou, parce que nous ne sommes pas frappés à cause de la grande miséricorde de Dieu, à cause de cela nous ne penserons pas que nous avons péché. Considérons combien de milliers de Perses se tenaient, ou peu s’en fallait, à nos frontières. Quel est donc celui qui les a étonnamment fait retourner en arrière et a contenu leur attaque (dirigée) contre nous ? N’est-ce pas la main de Dieu qui ne peut pas être-combattue ? Quoi donc ! Chacun ne donnerait-il pas tout ce qu’il posséderait, lorsque viendrait la nécessité, pour n’avoir pas à endurer les (rigueurs) de la nécessité ? Représentons-nous devant les yeux cette angoisse, et soyons de généreux donateurs pour ce qui est des dons qui profitent à l’âme. Ne soyons pas disposés en notre esprit comme si nous possédions ce que nous possédons, et ainsi chassons loin de nous la passion de l’avarice qui obscurcit gravement l’âme et aveugle les yeux des sages (Dt 16, 19), ainsi que dit le Livre divin.
Et je redoute que, tandis que je dis cela, quelqu’un de ceux qui sont chiches et avares ne dise dans son esprit ou en murmurant doucement sous ses lèvres : « Oh ! avec quelle impudence tu nous sollicites ! C’est donc pour cela que chaque année tu montes dans la chaire sacrée et que tu prends prétexte des éloges des martyrs et que tu nous ramènes (ta) parole pour nous solliciter, même lorsque nous ne le voulons pas. »
Mais je dis, ô excellent, que ce n’est pas moi qui ai nouvellement trouvé ou décidé cette impudence. Car, si cela était, j’aurais honte, sache-le bien, et je rougirais, même lorsque j’entendrais un autre (la) dire, à plus forte raison quand je serais moi-même le ministre d’une telle parole. Mais c’est quand elle descend en ligne directe d’un sanctuaire sacré que je l’ai reçue. Écoute, en effet, ce que le Dieu de l’univers a dit à Moïse, alors qu’il était instruit en secret du milieu de la nuée, sur le sommet de la montagne du Sinaï, quarante jours et quarante nuits, sans nourriture : Dis aux enfants d’Israël : Et recevez pour moi des prémices ; de tous ceux à qui cela semblera bon dans leur cœur, vous recevrez mes prémices ; et voici les prémices que vous recevrez d’eux : de l’or, de l’argent, de l’airain, des étoffes teintes en bleu-violet, en rouge, en écarlate double, du lin filé, et du poil de chèvre, et le reste (Ex 25, 2-4). Si donc celui qui légiférait à une telle hauteur est descendu même jusqu’au poil de chèvre, comment m’accuses-tu sous le reproche d’impudence, moi qui me traîne sur la terre, respire le même air que toi et m’attache à l’image et au modèle de Dieu ? Mais est-ce que je te parais aller contre l’image, parce que je n’ai parlé que de l’argent ? Pourtant j’accepterais même des oboles d’airain recueillies une à une ou deux (par deux) de la part de ceux qui sont de beaucoup les plus pauvres, parce qu’ils agiraient sous (l’influence) d’une pensée plus riche que ceux qui posséderaient.
Veux-tu que je te montre que David aussi en est venu à la même impudence et que, après son propre don royal et pieux qui était réuni sur les différents butins qu’il possédait, une fois qu’il eut prévalu sur (ses) ennemis en guerre et qu’il les eut vaincus, il a dit à ceux qui lui obéissaient, au moment où il s songeait à construire un temple à Dieu et qu’il (y) préparait son fils et lui réservait le travail ? Qui se complaira à remplir ses mains aujourd’hui pour le Seigneur ? Et ils donnèrent, est-il dit, pour les travaux de la maison du Seigneur cinq mille talents d’or, dix mille poids appelés drachmes, dix mille talents d’argent, dix-huit mille talents d’airain et cent mille talents de fer ; et ceux qui trouvèrent des pierres (précieuses) (les) donnèrent dans le trésor de la maison du Seigneur. Et le peuple se réjouit de la bonne volonté, parce que c’est avec un cœur plein qu’ils eurent bonne volonté et qu’ils firent leurs offrandes au Seigneur.
Comprends-tu, ô toi qui es avare et aimes l’argent, comment (le Livre) a dit « à remplir ses mains », et (cela) quoique (les Israélites) dussent donner ? Mais par cela il montre que le fait de vider sa main pour Dieu, c’est à proprement parler la remplir. Et ensuite il appelle « volonté » le don même de ceux qui lui obéissent et qui (sont) sous sa main, lequel (vient) après la parole et l’exhortation du roi, et (il l’appelle) non seulement « volonté » mais encore « joie » et également « cœur plein ».
Comment donc appelles-tu une « nécessité » ma parole, qui ne t’enlève pas la volonté ? Car, que celui qui a des oreilles pour entendre, entende (Mt 11, 15), crie aussi maintenant notre Sauveur. Mais, il est certain que tu souffres avec peine même l’avertissement et que tu crains que la parole ne te fasse étendre ta main qui est devenue paralysée du fait de l’avarice. Cependant c’est là le fait non pas de la faiblesse de mes paroles, mais de la puissance de Jésus qui a guéri de telles (mains) (cf. Mt 12, 10).
Et, d’une part, David et Moïse, ou plutôt celui qui parlait en eux a dit cela au sujet de la construction du temple et du tabernacle. D’autre part, Paul parle également de son propre besoin avec franchise, en écrivant aux Philippiens ainsi qu’à ceux qui (étaient) parfaits : Aussi une première fois et une seconde vous m’avez envoyé pour mon besoin, non pas parce que je cherche le don, mais parce que je cherche à ce que les dons se multiplient pour vous (Ph 4, 16-17). Quant aux Corinthiens qui étaient imparfaits et qui voulaient donner, il les (en) empêchait, en disant : En toute chose je me suis gardé de vous être à charge, et je m’en garderai encore. La vérité du Christ est en moi que cette gloire ne me sera pas enlevée dans les régions de l’Achaïe (1 Co 11, 9-10).
Voyez-vous que nous avons montré que c’est par de telles lois qu’est protégée cette impudence digne d’éloge ? Par conséquent, d’une part, si celle-ci prévaut chez vous aussi avec les lois, c’est ainsi qu’aux Philippiens qui étaient parfaits que j’ai parlé. D’autre part, lorsque vous demeurez dans la même situation, c’est ainsi qu’à l’égard des Corinthiens que désormais je m’appliquerai à (garder) le silence sur cette (question).
Cependant grâces (soient rendues) aux vierges et martyres, qui par leurs propres triomphes ont donné un prétexte pour enseigner également en paroles ce qui a rapport aux actions ! La courageuse Drosis aussi a enduré une mort qui ressemble à la leur, quoiqu’elle en diffère un peu. En effet, après qu’elle eut été condamnée à être jetée dans une fournaise ardente, elle s’y est précipitée allégrement et volontairement, et le feu l’a reçue comme l’eau, ainsi que le vent de rosée qui sifflait au milieu de la fournaise des trois enfants, Ananias, Azarias et Misaël. Par l’effet de cette flamme qui était froide, le corps de la martyre fut gardé dans (son) intégrité et sans dommage ; et elle a reçu les prémices de la résurrection, celle qui, alors même qu’elle l’obtiendra, dira nécessairement les paroles dites d’avance par Isaïe: « Maintenant je sais vraiment que s’est réalisée dans les faits eux-mêmes la (parole) : Les morts vivront, et ceux qui (sont) dans les tombeaux ressusciteront ; car la rosée qui (vient) de chez toi est pour eux une guérison (Cf Is 26, 19) ; maintenant je suis devenue Drosis, c’est-à-dire « de rosée » , moi qui confirme (mon) nom par les récompenses de la victoire et glorifie le Christ, le vrai Sauveur et Dieu. » C’est à lui que sied la gloire avec le Père et l’Esprit saint maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
Fin de l’homélie 114